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10/03/2021

Entente sur le marché du bois en Finlande : quels impacts réels sur les prix ?

Un article récent traite du conflit ayant opposé trois des plus grands producteurs mondiaux de pâte à papier, opérant en Finlande, aux services publics forestiers, à des propriétaires privés et à des municipalités. Il s'est soldé, au milieu des années 2010, par l'absence d'indemnisation : si le cartel était bien confirmé et actif durant la période 1997-2004, les expertises à l'appui de la décision de justice n'avaient pu mettre en évidence l'effet de cette entente sur les prix payés aux propriétaires.

Pour mesurer cet impact, les auteurs traitent des séries de prix de produits issus de résineux (grumes et bois d'industrie de pin et d'épicéa), avec une analyse économétrique basée sur l'approche dite « variable indicateur ». Régulièrement employée pour mettre en évidence les conséquences des pratiques anticoncurrentielles, cette méthode compare l'évolution réelle des prix avec ce qu'elle aurait été en situation de concurrence normale. Il apparaît ainsi que seul le prix du bois d'industrie de pin a été réduit de façon significative : la baisse moyenne induite serait de l'ordre de 10 % sur l'ensemble de la période. Pour les autres produits, aux débouchés plus larges que la seule production de pâte à papier, les auteurs concluent à l'absence d'impact sur les prix.

Source : Forest Policy and Economics

11:08 Publié dans Forêts Bois | Lien permanent | Tags : concurrence, cartel, prix, forêt-bois, bois, finlande |  Imprimer | | | | |  Facebook

Stratégies de diversification et impacts sur le revenu des éleveurs laitiers suisses

Pour améliorer leur revenu, certains agriculteurs diversifient leurs activités, par exemple via la vente directe ou l'agritourisme. Dans un article publié dans le Journal of Rural Studies, des chercheurs suisses ont évalué l'impact de ces stratégies sur les performances économiques des exploitations. Pour cela, ils ont analysé les données comptables de 3 500 exploitations laitières helvétiques entre 2000 et 2015. Les tests statistiques réalisés montrent que l'agritourisme augmente significativement le revenu agricole global des structures (+37 %), ainsi que la productivité du travail (+23 %). En revanche, la vente directe ne semble pas entraîner d'amélioration du revenu global, sauf pour les exploitations situées en plaine. Elle conduit au contraire à réduire la productivité du travail, le supplément de main-d’œuvre qu'elle nécessite ne se traduisant pas nécessairement par un revenu supérieur.

Source : Journal of Rural Studies

09/03/2021

Peut-on manger sans risques ? Acteurs et instruments de la sécurité sanitaire

Sociologies pratiques consacre un dossier à la sécurité sanitaire des aliments. Parmi les articles, l'un porte sur le travail des inspecteurs de restaurants, sa standardisation, et l’autonomie relative que les agents de la Direction départementale de la protection des populations (préfecture de police) de Paris ont su conserver. Un autre traite des différentes visions du métier d’artisan charcutier. Pour cela, l’auteure étudie un parcours de formation d’adultes en CAP : en prenant le cas du sel nitrité, elle s'intéresse à l'adéquation entre savoirs transmis et attentes des personnes formées. Elle montre que celles-ci souhaitent plus de débats et une meilleure adaptation des enseignements aux évolutions des connaissances. Enfin, signalons un article sur les conceptions du « bien manger » induites par les applications mobiles d’évaluation des qualités alimentaires. En généralisant de facto le label Nutri-Score, au-delà de son utilisation volontaire par les entreprises, ces applications prolongeraient l’action publique en matière de « gouvernement des conduites » et d’information du consommateur. Elles peuvent aussi la concurrencer en diffusant d'autres critères d'évaluation, par exemple en reprenant le score Nova lié au degré de transformation des produits.

Source : Sociologies pratiques

Brevets sur les innovations technologiques : la quatrième révolution industrielle s'accélère

Dans une étude récente, l'Office européen des brevets (OEB) s'intéresse aux inventions relatives aux technologies de la quatrième révolution industrielle (4RI) : les objets connectés intelligents. Ces technologies sont considérées comme des innovations de rupture ouvrant la voie à « l'économie des données ». Elles englobent l'internet des objets, le big data, l'intelligence artificielle et la 5G. Le dépôt de familles de brevets internationales (FBI) dédiées s'est considérablement accéléré ces dernières années : depuis 2010, leur croissance a été cinq fois plus importante que la moyenne des dépôts dans tous les autres domaines technologiques, jusqu'à atteindre 11 % des innovations brevetées dans le monde en 2018. Loin derrière d'autres domaines d'application (biens de consommation, services, automobile, etc.), le secteur agricole était très peu concerné par ces innovations en 2000. Toutefois, il bénéficie désormais de cette dynamique et, en 2018, comptabilise 384 FBI pour des technologies relatives à la 4RI : tracteurs connectés, drones intelligents, automatisation des serres, robots de traite avec capteurs sensoriels, etc.

Croissance mondiale des FBI par domaines d’application, 2000-2018

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Source : OEB

Source : Office européen des brevets

11:04 Publié dans Agriculteurs | Lien permanent | Tags : big data, brevet, innovation de rupture |  Imprimer | | | | |  Facebook

2020, une année d’intenses débats publics sur les relations hommes-animaux en Chine

Un article publié sur China Dialogue recense les débats provoqués par la pandémie de Covid-19 en République populaire de Chine. Trois temps principaux sont distingués. La publication, le 24 février, d’un texte à valeur législative interdisant la consommation alimentaire d’animaux sauvages, provoque de vives réactions relatives aux conséquences sur les activités économiques concernées. Au mois de mai, le ministère de l’Agriculture, cherchant à concilier les intérêts économiques et la question environnementale, fait paraître une liste blanche comprenant les espèces échappant à l’interdiction (cerf, renard, vison, etc.), car certaines parties de la population en font l'élevage. Pour l'auteur, ce texte illustre la porosité de la frontière entre espèces sauvages et domestiques en Chine. Enfin, la révision de la loi sur la protection de la vie sauvage, en octobre 2020, autorise certains usages non alimentaires selon des procédures complexes (ex. : pharmacie traditionnelle, production de fourrure).

Source : China Dialogue

Seul 1 % du soutien financier à l'agriculture et à l'alimentation contribuerait à réduire les usages de pesticides

Dans un rapport s'appuyant sur une étude préalable du BASIC, le think tank de la Fondation Nicolas Hulot propose une quantification de la part des financements publics et privés participant à réduire l'utilisation des produits phytosanitaires, reçus par les acteurs agricoles et alimentaires. Selon les auteurs, si 11 % de ces financements (2,7 milliards d'€) visent à réduire les usages de pesticides, seul 1 % (220 millions) y contribuerait réellement. Par ailleurs, les dispositifs d'allégements fiscaux et les financements privés bénéficieraient surtout aux exploitations agricoles les plus utilisatrices de pesticides. Soulignons toutefois que ces estimations mériteraient d'être affinées et complétées par de nouveaux travaux évaluatifs.

Le think tank propose donc plusieurs pistes d'action : i) quintupler les financements pour l'agriculture biologique ; ii) dédier 40 % du premier pilier de la Politique agricole commune à la rémunération des services environnementaux ; iii) privilégier les mesures agro-environnementales les plus pertinentes, renforcer leur ambition et leur financement ; iv) soutenir les démarches collectives ; v) financer la mise en place de projets alimentaires territoriaux à hauteur de 63 millions d'euros.

Source : Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l'Homme

Une étude évalue les difficultés de la PAC à encourager la gestion durable des sols

Dans le cadre d'une série d'évaluations de la Politique agricole commune (PAC), la Direction générale pour l'agriculture et le développement rural de la Commission européenne a publié, en février 2021, un rapport sur ses effets sur la gestion durable des sols. Réalisée par l'Institute for European Environmental Policy et Oréade Brèche, l'étude s'est appuyée sur une revue de la littérature et des données disponibles, sur des entretiens et des études de cas. Les conclusions soulignent qu'en dépit de la diversité des instruments et mesures fournies par la PAC, qui pourraient encourager une gestion durable des sols, peu d’entre eux sont imposés ou soutenus au niveau de l'Union européenne ou dans les choix de mise en œuvre des pays membres. Par exemple, certaines activités clés (rotations culturales diversifiées, etc.) ne font l'objet d'aucune mesure réglementaire. L'analyse des décisions des États montre que ces derniers accordent moins d'importance à la qualité des sols qu'à d'autres problématiques environnementales, comme l'eau ou la biodiversité.

Source : Commission européenne

11:00 Publié dans 2. Evaluation, 4. Politiques publiques, Agriculteurs, Agronomie | Lien permanent | Tags : pac, sols, durabilité |  Imprimer | | | | |  Facebook

08/03/2021

L'essor des produits équitables

Dans le n°34 de Concurrence et Consommation, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes publie une note intitulée « L’essor des produits équitables » : outre une présentation d'éléments sur les contrôles menés (par exemple sur des allégations trompeuses ou non justifiées), est évalué le développement de ce secteur au cours des 15 dernières années. Les dépenses des consommateurs sont passées, en moyenne, de 1,6 € par habitant et par an en 2004-2005 à 21,4 € en 2020. L’offre globale de produits a fortement augmenté, avec une diminution de la part des denrées alimentaires, de 90 % à 70 %. Après avoir mentionné l’extrême diversité des labels, le document présente le cadre juridique dans lequel s’inscrit désormais le commerce équitable et en particulier la loi relative à l’économie sociale et solidaire de 2014. La définition législative du « commerce équitable » ne fait plus référence aux seuls échanges avec les pays en développement (« Nord/Sud »), et la qualification de « commerce équitable » peut donc être aussi utilisée pour des échanges « Nord/Nord » : il représente un tiers du commerce équitable en France. Dans le secteur alimentaire, il est principalement développé pour les produits laitiers et carnés, les céréales et les fruits et légumes.

Les évolutions juridiques du commerce équitable

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Source : DGCCRF

Source : DGCCRF

Renforcer la place des femmes dans les pêcheries artisanales des îles Salomon, Fidji et au Vanuatu

Un article de Marine Policy explore le niveau d'inclusion des femmes dans les pêcheries artisanales des îles Salomon, Fidji et au Vanuatu, territoires où elles contribuent à hauteur de 80 % à la subsistance de leurs communautés. 12 experts ainsi que 39 femmes et 29 hommes (représentants locaux, nationaux, internationaux, du monde associatif, etc.) ont été interviewés dans ce but.

La majorité des dispositifs d'inclusion vise à augmenter la participation des femmes aux activités et projets. Les auteurs notent que ce type de dispositifs ne leur garantit cependant pas une présence plus importante aux différents niveaux de la décision, ni que s'améliorent leur accès aux ressources et leur indépendance. Le manque d'implication des hommes, qui ne se sentent pas concernés par la recherche de solutions, est souvent souligné. Un engagement politique et institutionnel explicite, en matière d'égalité des sexes, et une meilleure intégration de cet enjeu dans l’ensemble des politiques publiques sont des pistes d'amélioration citées par les auteurs.

Source : Marine Policy

10:56 Publié dans 4. Politiques publiques, Pêche et aquaculture, Société | Lien permanent | Tags : genre, rapports sociaux, pêche, pacifique |  Imprimer | | | | |  Facebook

Enquête pour la Fédération française des banques alimentaires sur le profil des bénéficiaires

Une étude réalisée par CSA Research pour la Fédération française des banques alimentaires s'intéresse au profil des personnes accueillies par leurs partenaires en 2020 (associations, épiceries sociales, Centres communaux d'action sociale). Elle est basée sur une enquête conduite entre le 30 septembre et le 10 novembre auprès d'un échantillon de 2 000 personnes (903 réponses), accueillies dans 200 de ces structures. La comparaison des résultats avec ceux d’un travail similaire, mené en 2018, montre des évolutions dans le temps. L'âge moyen des bénéficiaires est de 48 ans, contre 47 ans en 2018. 70 % d'entre eux sont des femmes (+1 % par rapport à 2018). Si 80 % des répondants n'ont pas d'emploi, le nombre de ceux en ayant un a augmenté de 3 points entre 2018 et 2020. 12 % ont eu recours à l'aide alimentaire en lien avec la crise de la Covid-19, et 51 % en sont bénéficiaires depuis moins d'un an. Enfin, 52 % d'entre eux déclarent que l'aide alimentaire est « essentielle » et 73 % qu'elle permet une « alimentation équilibrée ».

Source : Fédération française des banques alimentaires

10:55 Publié dans Alimentation et consommation, Société | Lien permanent | Tags : banques alimentaires, aide alimentaire, population |  Imprimer | | | | |  Facebook

L’impact des ondes électromagnétiques sur les animaux d’élevage

L’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) a organisé, le 18 février 2021, une audition sur l’effet des ondes électromagnétiques sur les animaux. Une variété d'acteurs ont participé : chercheurs, éleveurs, pouvoirs publics, vétérinaires, représentants de chambres d’agriculture, sociétés d’électricité, Groupe permanent pour la sécurité électrique en milieu agricole (GPSE). Sur ce sujet complexe, l’OPECST considère qu'il convient de considérer la détresse des éleveurs. Si ceux-ci et les vétérinaires rapportent des effets sur les animaux et leurs performances zootechniques, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation souligne l’impossibilité de conclure à partir des travaux publiés. En cas de troubles sur un élevage, le GPSE conduit un triple bilan concerté, électrique, zootechnique et sanitaire. Les participants ont regretté le manque de données et de normes spécifiques aux animaux plus sensibles que les humains. De nouveaux travaux et la création d’un observatoire sont donc encouragés.

Source : Sénat

« Je mange donc je suis », quatre épisodes de l'émission Les chemins de la philosophie

Fin janvier, A. Van Reeth proposait de s'installer « à la table des philosophes » lors de quatre épisodes de l'émission Les chemins de la philosophie. Le premier était consacré à Barthes, qui a envisagé tout au long de son œuvre les objets culinaires (notamment dans Mythologies, 1957). Le deuxième épisode s'intéressait à Brillat-Savarin et proposait une analyse fine de sa Physiologie du goût (1825). Le troisième traitait des liens entre littérature et gastronomie dans les écrits de Dumas, Proust, Rabelais et Platon. Enfin, le dernier portait sur Rousseau. S'il n'a pas consacré de traité à la question alimentaire, celle-ci tient une place intéressante dans ses réflexions. Ainsi, il distinguait les besoins, l'appétit et le goût, l'appétit étant une variable sur laquelle l'être humain a prise et qui lui permet d'agir sur ses besoins. Rousseau remettait également en question les dimensions politiques et inégalitaires attachées, selon lui, à la « grande cuisine » et aux régimes trop carnés.

Source : France Culture

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Restauration collective concédée : état des lieux et dynamiques récentes dressés par l'Insee

Un Insee Première publié en février traite de la restauration collective concédée, de sa situation en 2019 et 2020, et des évolutions documentées depuis 2010. Sont ainsi passés en revue les performances (chiffre d'affaires, taux de marge, rentabilité, etc.), les types d'acteurs à l’œuvre, l'emploi, etc. Les effets de la crise sanitaire de 2020 sont également détaillés.

Répartition en 2017 des effectifs de la restauration collective concédée, par sexe et catégorie socioprofessionnelle

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Source : Insee

Source : Insee

10:50 Publié dans Alimentation et consommation | Lien permanent | Tags : restauration collective |  Imprimer | | | | |  Facebook

11/02/2021

Dynamiques et perspectives du commerce africain

En collaboration avec la Commission économique pour l'Afrique des Nations unies, la Banque africaine d'import-export a publié un rapport sur la situation du commerce en Afrique en 2020. Dans la perspective de la mise en place d'une zone de libre-échange à l'échelle du continent, les auteurs apportent un éclairage sur les dynamiques actuelles et les potentiels de développement du commerce intra- et extra-continental.

L'un des points forts du document est de mettre en évidence l'importance du commerce informel transfrontalier dans la création d'emplois, la croissance économique, la consommation des ménages et le développement des chaînes de valeur régionales. Le défaut de prise en compte de ces flux étant généralement lié au manque de données, le rapport présente une méthode possible de collecte, testée le long du corridor Abidjan-Lagos en 2019, et pouvant être répliquée dans d'autres régions.

En marge des éléments recueillis lors de cette expérimentation, le rapport s'appuie sur d'autres sources variées. Un trait commun à l'ensemble des régions est le poids des échanges informels dans la distribution alimentaire, y compris pour l'approvisionnement en biens essentiels dans les pays affectés par des conflits. Les produits agricoles et alimentaires sont généralement de faible valeur et transportés en petites quantités : cela diminue l'incitation des autorités douanières à contrôler et mesurer ces flux, d'autant plus que les agents réalisant les contrôles peuvent appartenir aux communautés frontalières, dont la sécurité alimentaire pourrait être menacée par de tels contrôles.

Le rapport présente également les grandes caractéristiques du commerce extra-continental. Il souligne notamment que depuis 2018, l'Asie est devenue le premier partenaire commercial de l'Afrique, en lieu et place de l’Europe : en 2019, près de 29 % des échanges impliquaient l'Asie, la Chine et l'Inde en représentant 23 % à elles seules.

Le commerce intra-africain, en revanche, a légèrement diminué en 2019, à hauteur de 14,5 % du commerce total. Cette tendance pourrait s’inverser avec la mise en place de la zone de libre-échange, et cette part atteindrait alors plus de 22 %. Les auteurs identifient enfin des pistes de développement du commerce intra-continental, par région et par produit, en fonction de l'offre, de la demande et de la facilité d'échange. Les poissons et crustacés, ainsi que les autres produits alimentaires et les fertilisants, figurent parmi les 10 produits identifiés à fort potentiel (figure ci-dessous).

Produits ayant le plus de potentiel pour le commerce intra-africain (en millions de dollars US)

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Source : Banque africaine d'import-export

Marie-Hélène Schwoob, Centre d'études et de prospective

Source : Banque africaine d'import-export

Chambres d'agriculture France nuance l'érosion de la compétitivité de l'agriculture française depuis 1970

Trois économistes de Chambres d'agriculture France ont publié un rapport examinant la compétitivité du secteur agricole et agroalimentaire français. Sur ce sujet déjà très couvert, l'intérêt de leur travail réside dans la longueur de la période étudiée (1970-2020), et dans la prise de recul par rapport à la dégradation observée de l'excédent commercial agroalimentaire.

Solde commercial de la France par secteur : l'agriculture et l'alimentaire restent excédentaires

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Source : Chambres d'agriculture France (données Insee)

En effet, les auteurs notent que l'Union européenne (UE) reste le premier exportateur mondial de produits agricoles et agroalimentaires, et la France maintient dans ce secteur un excédent (figure ci-dessus), même s'il s'amenuise (notamment sur les produits agricoles bruts et ceux destinés aux partenaires européens). Le solde a augmenté vers les pays tiers (figure ci-dessous), grâce aux produits transformés (vins, produits laitiers, céréales, alimentation animale, etc.), faisant de la France l’État membre dont le poids dans les exportations européennes de produits agricoles et alimentaires vers les pays tiers est le plus élevé. Les auteurs appellent donc à des stratégies combinées de reconquête de la compétitivité sur le marché européen (toutefois encombré et très concurrentiel) et d'amplification du positionnement sur les marchés des pays tiers, qui sont les plus dynamiques.

Solde agroalimentaire par zone géographique : la France en progression sur les marchés tiers, en recul dans l'UE

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Source : Chambres d'agriculture France (données Agreste/Douanes)

Conduisant leur analyse sur les 50 dernières années, pour les principales filières et grâce aux données du Réseau d'information comptable agricole (RICA), les auteurs observent que les secteurs déficitaires en début de période (années 1970 et 1980) le demeurent par la suite, car ils le sont structurellement (offre inadaptée à la demande, absence de modernisation de l'outil de production). Ils notent que le coût du travail ne peut expliquer à lui seul la dégradation de la compétitivité des exportations nationales, la France se situant en la matière devant l'Allemagne et la Belgique, et au même niveau que les Pays-Bas. En revanche, la stagnation de la productivité a été un frein majeur, du fait d'un manque de modernisation de l'aval industriel, malgré d'importants gains de productivité au niveau des exploitations.

Les auteurs proposent enfin plusieurs pistes pour renforcer la position des exportations françaises dont : i) le développement d'une marque France à l'export, ii) la segmentation des produits, pour diversifier les débouchés, iii) la limitation des importations par le recentrage de la production nationale et iv) la recherche d'une plus grande cohérence des stratégies européennes en matières commerciale, diplomatique et industrielle.

Vincent Hébrail-Muet, Centre d'études et de prospective

Source : Chambres d'agriculture France