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15/05/2017

Revenus et trajectoires agricoles en Afrique d'ici 2050 : vers un trop-plein d'agriculteurs ?

Face à l'enthousiasme que suscite une éventuelle « révolution verte » en Afrique, cette note technique de l'AFD, de mars 2017, interroge la « capacité de l'agriculture à faire vivre les producteurs et à répondre à d'autres fonctions » qui lui sont attribuées, notamment en termes d'emplois. Elle analyse des indicateurs dont l’interaction permet de comprendre le changement structurel qui, dans certains pays, a placé l'agriculture dans une situation de convergence de revenus avec les autres secteurs de l'économie. La méthode utilisée projette à l'horizon 2050 les potentialités de croissance de la production par pays (projet GAEZ). La convergence des revenus est abordée à partir du « ratio de revenu du travail (LIR) », qui met en rapport les variables « volume de production », « population » et « prix ». Les pays africains présentent des différences sur le plan agricole. Certains ont déjà entamé un processus de changement structurel classique (réduction simultanée de la part de l'agriculture dans l'emploi et dans la richesse globale), qui les place dans de bonnes conditions d'évolution pour les années à venir. D'autres, à l'inverse, devront engager des politiques volontaristes de soutien à l'agriculture et au revenu.

La variable démographique est déterminante en Afrique, et selon les projections, le sera plus encore à l'horizon 2050. Les auteurs montrent que les systèmes économiques seront insuffisamment développés pour absorber cette croissance de main-d’œuvre potentielle. Le secteur agricole ne pourra pas non plus assumer ce rôle : il devra faire face à une baisse de la surface disponible par travailleur, même en considérant l'incorporation des terres marginales. Pour que l'agriculture puisse être considérée comme une voie d'insertion des jeunes générations, une situation de convergence des revenus entre secteurs économiques devrait être atteinte.

Enfin, à partir d'une modélisation de quatre régimes de développement agricole, et selon des projections à l'horizon 2050, la note met en évidence que 34 pays africains seraient dans une trajectoire « défavorable aux agriculteurs », 9 dans une trajectoire « pouvant favoriser les agriculteurs  » et 10 dans un « changement structurel classique ». Sur le continent, la population active agricole augmenterait de 89 % (97 % pour la région subsaharienne), tandis que l'écart entre le revenu agricole et le revenu non agricole croîtrait.

Trajectoires projetées à l'horizon 2050 pour les pays africains

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Source : AFD

Hugo Berman, Centre d'études et de prospective

Source : AFD

11:14 Publié dans 1. Prospective, Agriculteurs, Mondialisation et international, Territoires | Lien permanent | Tags : afd, afrique |  Imprimer | | | | |  Facebook

09/05/2017

Les métiers d'ouvriers agricoles, les plus recherchés en 2017

C'est l'une des conclusions marquantes de l'enquête « Besoins en main-d’œuvre » menée par Pôle Emploi auprès des employeurs pour l'année 2017. Au total, ce sont plus de 200 000 recrutements qui seraient prévus dans le secteur de la production agricole (+6 % par rapport à 2016).

Positionnement des 15 métiers les plus recherchés en 2017 en fonction des difficultés à les pourvoir et de leur caractère saisonnier

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Source : Pôle Emploi

La grande majorité des recrutements prévus sont saisonniers (90 %), mais les projets de recrutements non saisonniers progressent en un an de plus de 10 %. La moitié est concentrée dans la viticulture et l'arboriculture, un quart s'adressant à des emplois saisonniers d'agriculteurs et ouvriers agricoles. De manière générale, bien qu'importants en quantité, les projets de recrutements sont jugés peu difficiles par rapport à la moyenne générale, à l'exception des emplois forestiers, des conducteurs d'engins et des pêcheurs. Les mauvaises conditions de travail sont les principaux freins à l'embauche avancés par les employeurs.

Source : Pôle Emploi, Pôle Emploi

10:23 Publié dans 3. Prévision, Agriculteurs, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : emploi, saisonnier, main d'oeuvre |  Imprimer | | | | |  Facebook

Comprendre le processus d'installation des jeunes en agriculture pour mieux l'accompagner

En considérant que l'insertion des jeunes, sous le modèle de l'agriculture familiale, constitue un enjeu pour le développement des pays du Sud, en particulier pour de nombreux pays africains, cette note technique, publiée en avril par l'AFD, propose une grille d'analyse des processus d'installation des jeunes en agriculture. Ayant la « recherche-action » comme cadre théorique et méthodologique, cette grille doit permettre d’établir un diagnostic, d'identifier les besoins d'accompagnement, de piloter les dispositifs d'accompagnement et d’analyser l'impact desdits dispositifs. Le résultat constituera un outil essentiel pour la réflexion en termes de politique publique.

La note illustre la démarche en comparant trois expériences de dispositifs de formation-insertion en agriculture, réalisées en 2015 au Cameroun (programme AFOP), à Madagascar (Collèges agricoles de Fekama) et au Togo (CIDAP).

Source : AFD

13/04/2017

Des vies de pauvres. Les classes populaires dans le monde rural, Agnès Roche

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Sous ce titre, Agnès Roche (université Clermont Auvergne) rend compte d’une recherche, menée de 2011 à 2013, sur la pauvreté dans les campagnes du Puy-de-Dôme. Quatre territoires aux profils contrastés (plus ou moins pauvres ou « attractifs », plutôt orientés vers l’élevage ou vers les grandes cultures, etc.) ont été retenus. L'observation d'interactions avec les assistantes sociales du Conseil général et de la MSA a servi de porte d’entrée pour interroger des usagers réguliers des services sociaux, suivant la méthode des récits de vie. 110 personnes ont ainsi été longuement interviewées : 12 « jeunes relégués », 21 « retraités modestes », 33 « travailleurs pauvres en galère et éclopés de la vie » et 44 « paysans ».

La première moitié de l’ouvrage réorganise le matériau ainsi recueilli en une série de portraits, qui « essaient de rendre compte de l’histoire de la personne et de sa situation présente », en recherchant « la variété des individus, des situations et des trajectoires ». Les agriculteurs, eux, sont distribués en trois sous-ensembles. Tout d’abord ceux « en sursis », souvent proches de la retraite, qui « vivotent sur de petites exploitations (…) condamnés à une disparition proche et certaine », sans repreneur dans la famille. Ensuite des agriculteurs en survie, qui ont hérité d’exploitations de taille moyenne, difficiles à moderniser. Et enfin de « nouveaux paysans », souvent issus du monde rural, mais « non-héritiers » et à la recherche d’une nouvelle vie.

La deuxième partie, plus analytique, cherche à dégager les mécanismes de « reproduction sociale » que subissent les catégories populaires en milieu rural, notamment à l’école et dans la famille. L’accumulation d’anecdotes et de difficultés verse parfois dans une ornière assez misérabiliste. Mais elle rend bien compte d’existences à la fois précaires et surdéterminées par leurs conditions sociales, et souvent mal connues des décideurs publics, issus de milieux plus favorisés.

Florent Bidaud, Centre d’études et de prospective

Lien : Presses universitaires de Rennes

16:07 Publié dans Agriculteurs, Société, Territoires | Lien permanent | Tags : pauvreté, classes populaires, rural |  Imprimer | | | | |  Facebook

17/03/2017

Analyse de 20 années de variabilité des revenus des ménages agricoles aux États-Unis

L'Economic Research Service de l'USDA a publié, dans un rapport mis en ligne en février, les résultats d'une analyse des données structurelles et comptables issues de dix-huit enquêtes annuelles. Depuis 1996, un total de plus de 200 000 familles agricoles professionnelles a fait l'objet de l'enquête Agriculture Ressource Management Survey (certaines y ont participé à plusieurs reprises). Après avoir défini les revenus « agricoles » et « non agricoles », les économistes ont mesuré leur variabilité selon la taille économique et la production des exploitations, et cherché à mettre en évidence des facteurs explicatifs. Dix-huit années de recul et des données longitudinales ont permis d'analyser les effets de différents programmes publics.

En comparant ces travaux à des études concernant d'autres secteurs économiques, les auteurs mettent en évidence des revenus totaux des ménages agricoles nettement plus volatiles que ceux des ménages non agricoles. De plus, la pluriactivité apporte de la stabilité financière aux agriculteurs, tandis que les exploitants célibataires et à plein temps sont plus sujets au risque. Par ailleurs, contrairement à d'autres secteurs économiques, la volatilité des revenus s'accroît avec la taille des exploitations. Ce résultat est dû à la part plus importante du revenu agricole dans les revenus totaux des grands exploitants, mais aussi à la plus grande variabilité de leurs revenus non agricoles, potentiellement issus d'investissements plus risqués. Les éleveurs, en proportion plus petits et plus souvent pluriactifs, sont moins sujets à cette volatilité que les cultivateurs. Leur recours plus important à la contractualisation leur permet également d'être moins exposés d'une année sur l'autre.

Selon les calculs des chercheurs, la variabilité des revenus a diminué entre 1996 et 2013, du fait d'une diversification des programmes d'aides publiques, d'un accroissement du recours à la contractualisation et d'une réorganisation des exploitations. Tous les programmes d'aides, notamment les assurances et les paiements contracycliques, participent à la stabilisation des revenus. Ils représentent ainsi 17 % du revenu total et ne sont à l'origine que de 3 % de sa variabilité.

Alexis Grandjean, Centre d'études et de prospective

Source : USDA

10:17 Publié dans Agriculteurs | Lien permanent | Tags : usa, usda, revenus |  Imprimer | | | | |  Facebook

16/01/2017

Végétaliser en ville : indicateurs, outils de financement et gouvernance des projets

L’Institute for climate economics (I4CE – initiative de la Caisse des dépôts et de l'Agence Française de Développement) a publié fin 2016 une synthèse sur la nature en ville. Quels bénéfices en attendent les acteurs de l’urbanisme ? Quels financements sont privilégiés dans les projets existants ? Quels indicateurs et quelles modalités de gouvernance recommander ? Pour répondre à ces questions, Alexandre Tavin et Alexia Leseur se sont appuyés sur huit études de cas, en Europe et aux États-Unis.

Si les bénéfices « dépendent du type d’espaces végétalisés (trames vertes, forêts et parcs, jardins, friches, linéaires, toits végétalisés », les auteurs extraient d’une revue de littérature des éléments d’appréciation des services rendus par le végétal en ville : rôle de l’arbre dans la réduction des îlots de chaleur urbains et la lutte contre le ruissellement, valorisation durable des ressources avec la filière bois-énergie et les déchets verts, sécurité alimentaire et maintien de la biodiversité avec l’agriculture urbaine, etc.

« Évaluer les services rendus par les écosystèmes permet de les intégrer à l’analyse coûts-bénéfices en phase initiale de projet urbain, ou contribuer à enrichir une analyse multicritères, qui peuvent alors agir comme outil d’aide à la décision ». Mais « la monétarisation de ces effets, et par là la capacité d’auto-financement des projets, sont encore très limités ». Ces projets reposent largement sur des fonds d’origine publique. L’étude passe en revue les différents échelons de financement disponibles en France (collectivités locales, État et agences de l’État, Union européenne).

Dans un contexte général de budgets publics contraints, la comparaison internationale met en évidence, outre la formule récurrente des partenariats public-privé, des modalités plus innovantes : procédures accélérées d’obtention de permis de construire (Green Permit Program de Chicago), combinaison de contrainte réglementaire et d’incitation par crédit d’impôt à Bâle, finance carbone et obligations vertes (Perth, Deli, Santa Monica), par exemple.

Florent Bidaud, Centre d’études et de prospective

Source : Institute for climate economics

09:37 Publié dans 4. Politiques publiques, Agriculteurs, Société | Lien permanent | Tags : ville, végétalisation, agriculture urbaine |  Imprimer | | | | |  Facebook

10/01/2017

Classes sociales, trajectoires individuelles et « alternatives » dans les pratiques agricoles et alimentaires

La revue Savoir/Agir consacre un dossier aux « alternatives », considérées comme un « révélateur des recompositions des classes moyennes ». Madlyne Samak (CNRS, Paris Dauphine) s’intéresse aux réorientations professionnelles vers l’agro-écologie et la permaculture, et dresse trois portraits de néo-fermiers. L’un y arrive par son engagement politique écologiste et altermondialiste, le deuxième par un questionnement religieux qui le pousse vers une vie de sobriété, et un troisième à l’issue d’un parcours fait de galères professionnelles. Selon l'auteur, les agricultures alternatives ne sont donc pas réductibles à une politisation « à gauche ».

Par ailleurs, un article d’Anaïs Malié et Frédéric Nicolas (LaSSP, Toulouse et CESAER, Inra) sur les pratiques alimentaires du type « AMAP », en milieu rural, montre combien les possibilités de maintien dans « l’alternative » varient en fonction des origines sociales, plutôt populaires ou plutôt bourgeoises. Ainsi, les ménages des milieux populaires sont souvent réticents à revenir sur la conquête, en termes de temps libre notamment, que constitue le recours au supermarché. Pour eux, l’alternative est disqualifiée comme retour en arrière. En revanche, ils possèdent de meilleures dispositions pour vivre de façon plus autonome, avec une économie de moyens, que les ménages issus de familles aisées.

Source : Savoir/Agir

09:24 Publié dans Agriculteurs, Alimentation et consommation, Société, Territoires | Lien permanent | Tags : alternatives |  Imprimer | | | | |  Facebook

08/12/2016

Un système innovant de gestion des phytosanitaires pour la protection des travailleurs agricoles et des riverains

La start-up française Deaverde lance Notiphy, un système connecté d'enregistrement et de notification des traitements phytosanitaires pour le secteur viticole, développé en partenariat avec le CNRS et l'université de Bourgogne. Le boîtier NotiPhy, implanté en bout de parcelle, peut être activé au moment des traitements, pré-enregistrés dans le logiciel en ligne. Le système permet ensuite de diffuser une information sur mesure à une liste d'abonnés, pour gérer les délais de ré-entrée dans la parcelle. Il assure aussi la mise à disposition de l'information pour les riverains, voire pour les promeneurs occasionnels, sur le boîtier lui-même (émettant un signal lumineux et équipé d'un écran) et par Internet. L'intérêt de cette innovation est à mettre en relation avec un récent rapport publié par l'Anses sur les expositions professionnelles aux pesticides, qui pointait la question de la gestion des ré-entrées dans les parcelles traitées, et la nécessité d'une meilleure production d'informations sur les pratiques en exploitation.

Source : Vitisphere

09/11/2016

Greenpeace met en ligne la plateforme Farmers2Farmers

Greenpeace a publié le 13 octobre dernier un article présentant sa plateforme Farmers2Farmers dont le but est de permettre les partages d'expérience et de savoir-faire entre agriculteurs autour des pratiques agroécologiques. Des « études de cas » sont ainsi disponibles, présentant les pratiques d'exploitations de cinq pays (Belgique, Bulgarie, France, Grèce, Slovaquie), selon quatre thèmes : alimentation animale sans OGM - cheptel laitier ; glyphosate - cultures de plein champ ; néonicotinoïdes - arbres fruitiers ; nénonicotinoïdes - cultures de plein champ. Greenpeace propose également un programme FarmErasmus, qui permettra aux agriculteurs sélectionnés de visiter une « ferme d'accueil » : six visites sont prévues en 2016-2017.

Source : Greenpeace

09:26 Publié dans Agriculteurs | Lien permanent | Tags : greenpeace, agroécologie |  Imprimer | | | | |  Facebook

15/09/2016

Quel futur pour l'agriculture familiale au Royaume-Uni ?

Des chercheurs des universités de Nottingham et d'Exeter (Angleterre) ont publié une étude, à la demande du Fonds princier pour la ruralité. En se basant sur des entretiens, des sondages ciblés et les données statistiques disponibles, les experts ont établi un état des lieux de l'agriculture familiale au Royaume-Uni, définie comme se rapportant aux exploitations avec au plus deux travailleurs à plein temps. Les auteurs ont retenu cette définition en partant du constat que, dans une grande partie de ces exploitations, les travailleurs sont de la même famille. L'étude s'achève par une série de recommandations.

Parmi les principales conclusions, il est à noter les nombreuses difficultés économiques de ces exploitations, le rôle fondamental de la diversification et des activités non agricoles dans le revenu, ainsi qu’un vieillissement accéléré et un faible taux de renouvellement. L'importance de l'agriculture familiale semble avérée pour le maintien du tissu social en milieu rural. Sur le plan de l'impact environnemental, les chercheurs insistent sur le fait que petits agriculteurs et grandes exploitations ne devraient pas être systématiquement opposés. Par ailleurs, la diversité structurelle, associant petites et grandes exploitations, menacée par le déclin des petites, est identifiée comme devant être favorisée par les politiques publiques.

Un éventail de recommandations, dont beaucoup de mesures non contraignantes, est proposé. Elles ont pour but d'améliorer la résistance des petites exploitations et de favoriser l'installation de jeunes agriculteurs familiaux. On notera notamment l'intensification, la réorganisation et l'amélioration des services de conseil économique aux exploitants ; la promotion des « fermes exemples » pouvant jouer un rôle de « catalyseur » ; le développement d'outils d'assistance aux départs en retraite et à l'installation ; des conseils ciblés localement afin de proposer des activités de diversification aux exploitants ; et une politique ambitieuse de développement des circuits courts. Par ailleurs, à destination des concepteurs de politiques publiques, il est suggéré la mise en place de baux de 10 ans et l'aide à la reprise progressive des fermes, en facilitant le financement d'une maison d'habitation pour les futurs retraités, permettant la cohabitation avec les repreneurs. Enfin, des réductions d'impôts pour les jeunes agriculteurs devraient permettre des installations plus réussies.

Alexis Grandjean, Centre d'études et de prospective

Source : The Prince's Countryside Fund

15:16 Publié dans Agriculteurs, Exploitations agricoles | Lien permanent | Tags : royaume-uni, agriculture familiale |  Imprimer | | | | |  Facebook

11/07/2016

L'agriculture australienne à l'heure du numérique

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L'Australian Farm Institute (voir un précédent billet sur ce blog) a publié les résultats d'une étude sur « les conséquences de l'agriculture digitale et du big data pour l'agriculture australienne ». Ce travail s'est appuyé sur une série d'entretiens aux États-Unis et en Australie, auprès des acteurs des secteurs agricole, informatique, des télécommunications et de la recherche. Le fait qu'une majorité des fournisseurs d'intrants australiens (machinisme et produits phytosanitaires) sont américains (ou appliquent assez directement les résultats d'études américaines), justifie la comparaison.

Une analyse détaillée est faite des différences de développement de l'agriculture digitale entre les différents secteurs de production, de l'état du marché des services de stockage et d'analyse de données, ainsi que du contexte juridique et institutionnel autour de la propriété des données. Sont également étudiées les limites techniques au développement de l'agriculture digitale. Sur cette base, neuf recommandations sont proposées, parmi lesquelles :

- la mise en place d'un forum entre les acteurs des secteurs agricoles, des télécommunications et du logiciel pour, entre autres, travailler à l'harmonisation des règles d'interopérabilité des données, et sur les questions de propriété et de secret des données ;

- l'établissement d'un principe selon lequel les propriétaires de terres agricoles ou d'animaux de production gardent un droit de propriété sur les données liées à leur activité ;

- un engagement de l'ensemble des acteurs concernés à suivre un protocole standard d'échange des données ;

- un suivi, par les structures publiques de recherche et de développement agricoles, des standards d'échanges mis en œuvre, et une utilisation par ces instituts des nouveaux circuits d'information pour diffuser les résultats de la recherche.

Pour sa part, le gouvernement australien est invité à apporter un soutien aux travaux de cartographie des sols et d'enregistrement des données climatiques, et à garantir l'accès à des réseaux Internet performants en zone rurale. D'après l'exemple américain, les autorités publiques ne doivent pas s'impliquer dans le développement de logiciels ou plateformes, afin de garantir une concurrence optimale, permettant à terme une ouverture effective des données.

Gaétane Potard-Hay, Centre d’études et de prospective

Source : Australian Farm Institute

08/07/2016

Composer avec les moutons. Lorsque des brebis apprennent à leurs bergers à leur apprendre. Michel Meuret, Vinciane Despret

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Michel Meuret, écologue, a mené en 2011 une enquête sur l’expérience de bergers confrontés au défi de « construire un troupeau cohérent » à partir de brebis issues de différents cheptels. Avec Composer avec les moutons, les entretiens recueillis à cette occasion servent de matière première pour une réflexion plus large, menée avec la philosophe Vinciane Despret, sur le compagnonnage homme-animal.

Le premier chapitre traite de la « mise en apprentissage » de ces animaux plus ou moins habitués à l’itinérance. La modernisation agricole provoque, dans les années 1960, une « rupture de transmission ». La sédentarisation permet de reproduire « les conditions simplifiées et prévisibles pour lesquelles l’optimisation du rationnement avait été conçue », et les éleveurs peuvent alors se passer des bergers, traditionnellement issus du monde paysan. Mais dans les années 1990, la recherche de fourrages bon marché amène les éleveurs à réactualiser la transhumance. Une nouvelle génération de bergers, d’origine citadine, amoureuse des animaux, est recrutée. Les troupeaux, eux aussi, sont inexpérimentés : il faut tout leur apprendre, de ce qui se mange à comment se déplacer en nombre.

Les chapitres suivants éclairent différents aspects de ces boucles d’apprentissages réciproques. Le « bon » berger déploie un art de l’attention et construit une relation de confiance avec son troupeau (chapitre 2). La « mène » ne peut pas être réduite au conditionnement des animaux. Les auteurs donnent des exemples de « conduites créatives face à des événements qui demandent des ajustements fins et non des réflexes stéréotypés » (chapitre 3). « Créer un troupeau, c’est agir sur les relations », défaire des clans, s'appuyer sur des individus prescripteurs, pour composer d'autres cohésions, « collectives cette fois » (chapitre 4). Cette « politique du troupeau » débouche sur une méditation sur la contribution du pastoralisme à la formation et l’entretien des paysages : « manger comme art d’habiter » (chapitre 5). Ce livre, d’une grande qualité littéraire, réserve une large place à des extraits d’entretiens avec les bergers, et peut intéresser un large public.

Florent Bidaud, Centre d'études et de prospective

Lien : Cardère éditeur

09:38 Publié dans Agriculteurs, Territoires | Lien permanent | Tags : meuret, despret, moutons, bergers, cardère |  Imprimer | | | | |  Facebook

16/06/2016

Comprendre ce qui favorise l'adoption de l'agriculture de précision sur les cultures de maïs aux États-Unis

Le département de recherche économique du ministère de l'Agriculture des États-Unis (ERS-USDA) a publié les résultats d'une étude sur les processus d'adoption et les économies liés à la mise en œuvre de technologies d'agriculture de précision dans la culture du maïs.

Les technologies étudiées sont la cartographie en temps réels des rendements, la cartographie en temps réel des sols, les systèmes de guidage automatisé GPS, et la technologie d'application à taux variable des intrants (VRT) en association avec les trois premières citées. Les données utilisées pour cette étude sont issues de l'enquête annuelle 2010 sur la gestion des ressources agricoles (ARMS survey).

Comme illustré par le graphique ci-dessous, deux conclusions principales se dégagent :

- la plus forte économie de 25$/acre (soit 55 €/hectare) est réalisée en utilisant seulement la cartographie automatisée des rendements ;

- les technologies d'application des intrants à taux variable permettent essentiellement d'augmenter les économies réalisées en utilisant la cartographie automatisée des sols.

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Pour bien comprendre ces résultats, il faut rappeler que ces travaux n'explorent que les économies en termes de diminution des coûts directs (intrants), mais ne prennent pas en compte les augmentations potentielles de revenus liées à une augmentation de la production. Rappelons aussi que les technologies d'application des intrants à taux variable nécessitent un investissement plus conséquent que les autres technologies.

Gaétane Potard-Hay, Centre d’études et de prospective

Source : ERS-USDA

15:40 Publié dans Agriculteurs | Lien permanent | Tags : etats-unis, agriculture de précision, maïs |  Imprimer | | | | |  Facebook

15/06/2016

Agriculture des métropoles en Amérique latine : voie d'avenir ou cache-misère ?

Le dernier volume de la revue Problèmes d'Amérique latine, mis en ligne récemment, propose un dossier intitulé : « Agriculture des métropoles : voie d'avenir ou cache-misère ». Il regroupe cinq articles, dont quatre traitent d'exemples de métropoles (Buenos Aires, Lima, Mexico, Santiago du Chili). Le dossier apporte ainsi une présentation synthétique de l'agriculture urbaine et péri-urbaine, pour chacune de ces grandes villes (principaux chiffres, historique et caractérisation des différentes catégories d'agriculture existantes), et, pour certains articles, une analyse des politiques d'appui à ces agricultures.

Il ressort de ce regard croisé la nécessité de bien définir et dissocier, dans l'analyse et dans les éventuelles politiques d'appui, les types d'agricultures très différents existants : agriculture urbaine à proprement parler, agriculture périurbaine essentiellement commerciale (soit insérée dans des circuits classiques, soit positionnée sur des « niches », comme par exemple le bio), et agriculture située dans des zones rurales de municipalités urbaines. Cette distinction est semble-t-il rarement faite. De manière générale, l'agriculture réellement urbaine semble limitée à quelques initiatives, individuelles ou collectives (pour certaines connues à l'international), appuyées ou non par les autorités, dont il est difficile de dire si elles sont plutôt anecdotiques ou indicatrices d'évolutions sociales dans les capitales latino-américaines. L'agriculture périurbaine semble en revanche plus dynamique, même si elle fait face à certaines difficultés et en particulier à la pression foncière due à l'extension urbaine.

L'article sur Buenos Aires propose un angle différent : il analyse la relation entre migration et activité économique agricole, en montrant en quoi les migrants boliviens, désormais majoritaires dans les productions maraîchères périurbaines et la commercialisation, sont acteurs des transformations récentes de cette agriculture (introduction de nouvelles techniques de production et de commercialisation, de nouvelles variétés). L'auteur montre que ces migrants n'ont pas été initiateurs des innovations, mais ont joué un rôle clé dans leurs diffusion et amélioration en se les réappropriant. L'analyse des origines boliviennes de ces producteurs (région de départ, statut d'agriculteurs familiaux, etc.) et de leurs pratiques agricoles, avant la migration, permet de mieux comprendre ces évolutions.

Claire Deram, Centre d’études et de prospective

Source : Géographie Économie Société

15:39 Publié dans Agriculteurs, Mondialisation et international | Lien permanent | Tags : amérique latine, agriculture urbaine |  Imprimer | | | | |  Facebook

Développement des productions agricoles et alimentaires biologiques

Sous ce titre, la revue Innovations agronomiques aborde trois questions, également traitées lors d'une conférence. La première est simple : quels sont les déterminants et les dynamiques de la conversion en bio ? Selon A. Dufour, F. Alavoine-Mornas, J. Godet et S. Madelrieux, « les agriculteurs qui se convertissent à l’AB doivent relever de nombreux défis, parmi lesquels la redéfinition du sens de leur métier ». Cette redéfinition se fait autour de trois dimensions importantes : le rapport au vivant, le gain d’autonomie et l’inscription des activités dans le marché. Parmi les déterminants du développement du bio sont évoquées la concentration de la production en agriculture biologique sur certains territoires ou encore l’inscription du bio dans les enjeux de gestion de l’eau.

Deuxième question : quels sont les enjeux de structuration pour ces filières ? Une étude sur la gestion des éléments minéraux fertilisants souligne, par exemple, que « les exploitations biologiques ont recours indirectement à la fertilité héritée des engrais de synthèse », ce qui pose question au regard du « principe d’écologie » (interdiction du recours aux intrants chimiques). Sont également évoqués des enjeux de régulation : regroupement de l’offre, maîtrise des prix, exigences du label, etc.

Enfin, une troisième série d’articles porte sur la diffusion du bio : quel peut être son rôle dans l’animation des territoires, qu’est-ce qui circule entre agriculteurs bio et conventionnels dans les groupes d’éleveurs, ou entre agriculteurs expérimentés et novices dans les dispositifs d’installation ? Le dossier est encadré par deux synthèses : l’introduction de G. Allaire propose notamment une périodisation du développement de l’AB, tandis que la conclusion de S. Bellon la met en regard avec l’institutionnalisation de l’agro-écologie.

Par ailleurs, un article sur la gouvernance du « bio », publié par la revue Agriculture & Human Values, revient sur la mise en place à l’échelle mondiale d’un « régime tripartite de gouvernance par les standards », articulant définition des qualités, certification et accréditation. De façon convergente avec le dossier d’Innovations agronomiques, le développement de l’agriculture bio apparaît donc à la fois comme une réussite et comme un facteur de déstabilisation de ses acteurs historiques, liée à la « conventionnalisation » de ce mode de production.

Florent Bidaud, Centre d'études et de prospective

Sources : Inra, Agriculture and Human Values

15:35 Publié dans Agriculteurs, Filières agricoles, Production et marchés | Lien permanent | Tags : bio |  Imprimer | | | | |  Facebook