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17/01/2019

Les nouveaux entrants en agriculture, plus entrepreneurs que price takers

À l'échelle mondiale, le contexte réglementaire ou le paysage industriel influencent fortement les orientations techniques des agriculteurs qui s'installent. En revanche, les aptitudes individuelles et les choix personnels des nouveaux entrants expliqueraient en grande partie le dynamisme de leur exploitation, selon des travaux récemment publiés dans l'European Review of Agricultural Economics.

S'inscrivant dans le prolongement de recherches précédemment réalisées par les auteurs sur le secteur agricole, à partir des données rassemblées par le Global Entrepreneurship Monitor (GEM), cette analyse se focalise sur les nouveaux entrants, identifiés comme sources de dynamisme économique et d'emplois dans les espaces ruraux. Pour ce faire, les auteurs utilisent plusieurs théories généralement mobilisées dans l'étude des trajectoires d'entreprises, principalement dans le domaine industriel ou les services, plus rarement dans le secteur agricole. Ainsi, la théorie du management basé sur les ressources (Resource-Based View, RBV), met en avant la singularité des combinaisons de ressources matérielles et immatérielles des entreprises, notamment celles provenant du capital humain, pour dégager un avantage comparatif par rapport aux concurrents, au niveau national voire international. De son côté, la théorie institutionnelle introduit une dimension exogène importante, via le cadre réglementaire, les normes ou les représentations. Enfin, l'analyse industrielle s'intéresse plus au contexte sectoriel et aux situations de concurrence.

En combinant ces différentes lectures des dynamiques des entreprises, les auteurs ont calculé et hiérarchisé l'impact de divers facteurs a priori susceptibles d'influer sur le devenir des exploitations agricoles. En s'appuyant sur des données individuelles (près de 6 000 observations) couvrant la période 2004-2014, dans 90 pays, ils ont ainsi mesuré les interactions de différents paramètres avec la productivité du travail. En particulier, dans les pays ayant atteint un haut niveau de productivité, le capital humain est essentiel pour expliquer la performance des nouveaux agriculteurs. Le niveau de formation initiale, le capital social (réseaux de pairs), la créativité, les aptitudes à innover et à se saisir des opportunités, mais également les compétences techniques pour les mettre en œuvre, sont des moteurs de la croissance. Les auteurs concluent sur l'importance de favoriser la créativité et la faculté à s'insérer dans des réseaux, pas seulement agricoles, chez les futurs agriculteurs en formation.

Schématisation des facteurs expliquant au niveau individuel, ou à l'échelle nationale, la dynamique des trajectoires économiques des agriculteurs nouvellement installés

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Source : European Review of Agricultural Economics

Muriel Mahé, Centre d'études et de prospective

Source : European Review of Agricultural Economics

09:04 Publié dans Agriculteurs | Lien permanent | Tags : agriculteurs, nouveaux entrants, capital humain, formation, capital social, innovation |  Imprimer | | | | |  Facebook

11/01/2019

Sans adieu, film de Christophe Agou, sortie DVD en novembre 2018

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Le photographe Christophe Agou, originaire de Montbrison (Forez), a publié en 2010 un livre (Face au silence, Actes Sud), sur la vie des petits paysans de sa région. Il travailla ensuite jusqu'à sa mort en 2015 à la réalisation d'un long métrage. Celui-ci fut sélectionné au festival de Cannes 2017, puis sortit en salle la même année. Il vient d'être édité et distribué en DVD par Blaq Out.

Son film n'est pas du tout représentatif de l'agriculture d'aujourd'hui, ni de la petite paysannerie qui continue à subsister. Il témoigne seulement de la fraction la plus miséreuse des paysans qui, après avoir existé en masse, ont aujourd'hui quasiment disparu. Son objectif est de nous les donner à voir et d'enregistrer leurs paroles. Les images sobres, sans dialogues, sont seulement ponctuées de soliloques et d'extraits de journaux radiophoniques en voix off.

Claudette, 75 ans, est le personnage principal. Tour à tour douce ou violente, hargneuse ou réfléchie, agaçante ou amusante, souvent criailleuse, solitaire et endettée, elle n'arrive pas à louer ses terres pour prendre sa retraite, et peste contre l'administration, le notaire, la banque, les assistantes sociales. Elle trime sans fin, les pieds dans la boue, mais conduit fièrement sa voiture, cherche son coq et engueule toujours son chien. Elle dit qu'elle préférerait être morte plutôt que de vivre sa vie, mais elle conjure tout de même le sort en disant « sans adieu ! » au réalisateur, après chaque prise de vues, pour être sûre de le revoir.

D'autres personnages plus secondaires se partagent l'écran. Raymond qui cohabite avec ses poules et court après ses vaches. Jean qui travaille à sa vigne pour supporter la mort de son frère. Mathilde, Jean-Baptiste et Jeanne, dans leur capharnaüm de misère noire et de chats. Jean-Clément et Bernadette, durement séparés de leur troupeau de vaches malades. Et enfin Christiane, la seule à parler d'amour, entre deux lessives à l'eau froide des montagnes. Tous vivent dans la saleté, le dénuement, entourés d'animaux salvateurs, burinés par les saisons, physiquement diminués, faisant d'amers constats (« on n'est plus maîtres de nos vies ») mais continuant à se battre : « Il faut lutter encore un peu, après je sais pas, bon, on verra bien... ».

Les images, belles et troublantes, sont rudes et crues, mais sans voyeurisme, sans misérabilisme, sans nostalgie. Agou n'a pas cherché à idéaliser ou victimiser le vieux monde paysan, mais à révéler ces gens de peu, ces gens de rien, ces vies de survie qui vivotent et que l'on ne voit pas. Son film n'est pas tragique, mais pathétique et tristement tendre, et parfois humoristique. Après être rentré dans l'intimité de ces résistants involontaires de la terre, derniers représentants d'un monde disparu, qui pourrait encore soutenir que « c'était mieux avant » ?

Bruno Hérault, Centre d'études et de prospective

Lien : Blaq Out

11:56 Publié dans Agriculteurs, Société, Territoires | Lien permanent | Tags : agou, paysans, film, forez |  Imprimer | | | | |  Facebook

09/01/2019

Dossiers d'Alternatives Économiques : « Les campagnes sont de retour »

Le numéro de décembre 2018 des Dossiers d'Alternatives Économiques est consacré au « retour des campagnes ». Il se compose de quatre parties (état des lieux, dynamiques, ressources, initiatives) et combine judicieusement cartes, données, points de vue variés de chercheurs (géographes, économistes, etc.) et exemples représentatifs. Le numéro aborde sous différents angles le secteur agricole, à travers ses interactions avec le rural : coopération avec la ville comme dans le cas du Pays Portes de Gascogne (couvrant un tiers du Gers), associé à Toulouse par un contrat de réciprocité ; agriculture comme levier touristique avec l'exemple de l'olive noire de Nyons dans la Drôme (Baronnies) ; stratégies de qualité (Comté, agriculture biologique, etc.). La question de la distribution et du petit commerce, qui « redevient central pour revitaliser les campagnes », est également abordée. Le Dossier souligne le rôle majeur des stratégies des acteurs locaux pour impulser une dynamique territoriale positive, ainsi que la place significative de l'agriculture comme ressource, levier et foyer d'initiatives.

Source : Alternatives Économiques

08:53 Publié dans Agriculteurs, Territoires | Lien permanent | Tags : campagnes, rural |  Imprimer | | | | |  Facebook

19/12/2018

Quelle place pour les Groupements agricoles d'exploitation en commun (GAEC) en France ?

Alors que les débats relatifs aux formes d'agriculture à promouvoir opposent souvent exploitation familiale et firme, l'agriculture de groupe, dont relèvent les GAEC, constitue une alternative peu étudiée. Créés par la loi d'orientation de 1962, les GAEC supposent la mise en commun des ressources de différentes exploitations. Dans un article de la revue Environment and Planning, deux économistes étudient cette forme particulière de production.

La première partie de l'article est consacrée à l'analyse de données issues des recensements agricoles. Elles montrent que les GAEC représentent une proportion croissante des exploitations françaises (7,6 % en 2010, contre 3,7 % en 1988) et des actifs agricoles (15 % en 2010). Par ailleurs, plus de 65 % des groupements sont spécialisés en productions animales. Pour l'expliquer, les auteurs font l'hypothèse que l'élevage, qui induit une charge de travail importante et bien répartie sur l'année, se prête mieux à l'agriculture de groupe que les cultures végétales.

Les auteurs cherchent ensuite à expliquer l'inégale répartition des GAEC sur le territoire. L'analyse statistique par régression linéaire montre qu'ils sont surtout présents dans les départements où prédominaient les exploitations de taille intermédiaire en 1970 (20 à 49 ha), et où les inégalités de revenus sont faibles. Ceci rejoint l'idée, largement admise, selon laquelle les GAEC ont surtout permis à des exploitations moyennes de se développer, en mutualisant leurs ressources. Par ailleurs, les auteurs mettent en évidence une corrélation positive entre la part de la surface agricole (SAU) exploitée en prairies permanentes et le nombre de GAEC, ce qui est cohérent avec l'observation précédente selon laquelle l'agriculture de groupe est davantage adaptée aux activités d'élevage qu'aux cultures. D'autres corrélations sont également montrées entre nombre de GAEC et part des étudiants spécialisés en agriculture, part des femmes parmi les actifs agricoles, etc.

Répartition des GAEC en France métropolitaine

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Source : Environment and Planning

En conclusion, au-delà du cas français, les auteurs considèrent que l'agriculture de groupe constitue une voie crédible de développement là où prédominent des exploitations de taille moyenne tournées vers des productions exigeantes quantitativement en main-d’œuvre.

Mickaël Hugonnet, Centre d'études et de prospective

Source : Environment and Planning

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17/12/2018

Un rapport de la Banque mondiale sur le rôle de l'agriculture et de la PAC dans la réduction de la pauvreté dans l'Union européenne

La Banque mondiale a publié en novembre une analyse macro-économique du rôle de l'agriculture dans la lutte contre la pauvreté dans l'Union européenne (UE). Pour mener cette étude, les auteurs se sont basés sur des données de la Commission européenne, dont le RICA européen (FADN - Farm Accountancy Data Network). En préalable, ils notent que si l'UE s'est globalement remise, sur le plan économique, de la crise financière de 2008, les inégalités entre les territoires et la pauvreté (mesurée par rapport au revenu médian) restent plus élevées qu'avant cette période (figure ci-dessous). Toutefois, les revenus agricoles ont convergé plus vite que les autres types de revenus, entre États membres, indiquant, dans ce secteur, une plus grande réduction des inégalités entre territoires européens.

Évolution d'indicateurs de pauvreté dans quatre zones européennes de 2003 à 2014 : taux de pauvreté relatif calculé par le revenu médian (à gauche) et PIB par habitant (à droite)

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Source : Banque mondiale

Lecture : les pointillés rouges marquent la crise de 2008.

Ils montrent ensuite que les fonds de la politique agricole commune (PAC) (2007-2011) ont bénéficié aux zones monétairement les plus pauvres de l'UE, mais de façon variable selon les pays. Si l'Espagne, la Roumanie ou le Portugal ont orienté toutes les aides vers leurs régions à haut niveau de pauvreté, la France, la Pologne, l'Allemagne ou encore l'Irlande ont plutôt fait l'inverse. Une analyse économétrique indique que la PAC a eu un effet globalement positif sur la réduction de la pauvreté, en particulier son second pilier. Les résultats montrent aussi que la pauvreté est plus élevée dans les foyers agricoles comptant le plus d'individus, et que les ménages ayant des activités diversifiées (en agriculture et dans d'autres secteurs), se portent économiquement le mieux. Quant à ceux dépendant uniquement d'un revenu agricole, ils s'en sortent mieux si leur activité est spécialisée sur certaines productions, en particulier les céréales.

In fine, les auteurs croisent l'ensemble de leurs résultats (figure ci-dessous). Ils concluent qu'en France, aux Pays-Bas ou en Allemagne, l'agriculture et les paiements de la PAC ne sont plus liés aux personnes et aux zones pauvres, témoignant de l'aboutissement de la transformation structurelle : l'agriculture a rempli son rôle de réduction des inégalités territoriales. En revanche, en Espagne, au Portugal, en Grèce et en Italie, la pauvreté demeure en dépit de l'attribution des fonds aux zones les plus pauvres, ce qui témoigne pour la Banque mondiale d'une certaine inefficacité dans leur allocation. Enfin, des pays comme la Lettonie pourraient réduire la pauvreté en orientant plus leurs fonds vers les zones les plus démunies.

Répartition des pays selon leurs liens entre pauvreté, PAC et agriculture

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Source : Banque mondiale

Lecture : l'axe des abscisses figure l'association entre pauvreté et agriculture, l'axe des ordonnées celle entre pauvreté et paiements de la PAC. Les pays dans le cadran en bas à gauche ont une association faible entre tous les indicateurs : l'agriculture et les paiements de la PAC ne sont pas liés à la pauvreté. À l'inverse, dans les pays du cadran en haut à droite, l'agriculture se fait dans des régions pauvres, lesquelles sont les plus soutenues par la PAC.

Vanina Forget, Centre d'études et de prospective

Source : Banque mondiale

14/12/2018

Étude sur la durabilité de la filière du café

En octobre ont été publiés les résultats d'une étude du Basic, consacrée à la filière du café. S'appuyant sur des sources diverses (travaux de recherche, données, entretiens), les auteurs s'intéressent aux « conditions qui permettraient l'avènement d'une filière réellement durable du café », alors que se multiplient les initiatives en la matière, portées historiquement par les acteurs du commerce équitable, et plus récemment par des entreprises (notamment les leaders du secteur). Trois études de chaînes de valeur nationales complètent l'analyse : Colombie, Éthiopie et Pérou.

En croissance régulière depuis 50 ans et estimée en 2017 à 9 millions de tonnes, pour une valeur de 200 milliards de dollars, la consommation mondiale de café connaît deux tendances, pour un produit auparavant peu différencié : le développement des ventes de café instantané (en majorité du robusta) ; l'émergence de cafés « premium » (essentiellement de l'arabica), positionnés sur l'« expérience de dégustation » et valorisant les origines. Les Français sont les premiers consommateurs de cafés en dosettes à domicile.

Croissance annuelle moyenne de la consommation de café en volume et en valeur, entre 2007 et 2012, par segments au niveau mondial

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Source : Basic

 Les auteurs dressent ensuite un panorama détaillé des problématiques actuelles de la filière, économiques, sociales et environnementales : concentration des maillons clés de l'aval ; spécialisation des pays producteurs, entre café de qualité et matière première standardisée et bon marché ; volatilité plus marquée des cours ; précarité accrue des producteurs ; pollutions et déforestation, en particulier pour la production en monoculture ; conséquences du changement climatique (hausse des températures, altération du régime des pluies, propagation de nouveaux ravageurs et maladies). À 2050, les rendements pourraient être réduits de moitié, la qualité du café altérée et la moitié des zones actuelles de production ne seraient plus adaptées. Par ailleurs, de l'analyse des « alternatives », dans les trois cas d'étude, il ressort notamment que la combinaison des labellisations équitable et biologique réduit le plus les coûts sociétaux identifiés.

Comparaison des coûts sociétaux dans les filières Éthiopie-France

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Source : Basic

À l'issue de ce travail, les auteurs identifient trois leviers clés pour limiter les impacts négatifs engendrés dans les pays producteurs : régulation du secteur et capacité de valorisation du café sur le marché ; organisation et autonomisation des producteurs ; modèle agroforestier à faible utilisation d'intrants. Ils en tirent des recommandations à l'adresse des États, consommateurs et producteurs, et des acteurs du secteur et des institutionnels.

Julia Gassie, Centre d'études et de prospective

Source : Basic

12/12/2018

The Nuffield Farming Scholarships

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En 1947, la fondation du magnat de l'automobile William Morris (Lord Nuffield) met en place un système de bourses, pour permettre à de jeunes professionnels du Royaume-Uni d'effectuer un voyage d'étude et repérer à l'étranger des méthodes d'élevage innovantes. L'idée est de favoriser la circulation des idées et la formation d'un réseau d'influence. Dans les années 1950, le dispositif s'élargit à d'autres pays du Commonwealth, puis au-delà. En parallèle, la fondation Nuffield se retire en partie, le financement des bourses étant apporté par divers mécènes issus des secteurs philanthropique, financier et agricole.

Aujourd'hui, le programme a des antennes en Australie, Canada, Kenya et Zimbabwe, France (depuis 1982), Irlande et Pays-Bas. Il cherche aussi à se développer au Brésil, au Chili, en Afrique du Sud et aux États-Unis. Chaque année, une sélection sur dossier retient 70 à 80 boursiers. Outre la condition de nationalité, le projet doit être porté par un professionnel au CV déjà bien rempli, et concerner un thème de recherche dans les domaines des productions agricoles, de l'alimentation, de l'horticulture ou des activités économiques en milieu rural. En contre-partie d'une bourse de 7 000 à 12 000 £ (couvrant les dépenses de voyage), les boursiers doivent notamment remettre un rapport d'une quarantaine de pages, publié sur le site du programme international.

Le cycle d'études des bourses Nuffield

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Source : Nuffield Farming Scholarships Trust

Les sujets d'étude sont très divers et assez pointus, car liés à un projet professionnel. La documentation réunie est inégale, mais l'audace du « dire d'expert », la mise en valeur des visites de terrain et un style assez direct tranchent avec les publications universitaires. Citons par exemple un travail sur le business model des fermes verticales, réalisé par une horticultrice du Pays de Galles.

Retenons aussi l'étude, par une éleveuse australienne de Wagyu (bœuf de Kobe), des alternatives pour l'engraissement de ces animaux habituellement nourris au grain en feedlot, pendant une longue période, pour obtenir une viande délicatement marbrée, vendue comme produit de luxe. Compte tenu de l'évolution de la demande, il lui semblait intéressant de « finir » les animaux à l'herbe. Des visites à une dizaine de producteurs, à travers le monde, pour mesurer les performances de cette conduite « naturelle », l'ont toutefois dissuadée d'engager son exploitation dans cette voie, pour diverses raisons exposées dans le rapport, dont celle liée aux modifications de la qualité de la carcasse, la rendant difficilement valorisable entière.

Florent Bidaud, Centre d'études et de prospective

Source : Nuffield International Farming Scholars

09:21 Publié dans Agriculteurs, Enseignement et recherche | Lien permanent | Tags : portrait, nuffield |  Imprimer | | | | |  Facebook

11/12/2018

Métiers de l'agriculture, des IAA ou des industries du bois : plus de sorties que d'entrées entre 2010 et 2015

C'est l'une des conclusions qui ressort de l'analyse de la mobilité professionnelle, récemment publiée par la Dares, à partir des résultats de l'enquête « Formation et qualification professionnelles 2014-2015 » (Insee). Les métiers de l'agriculture, de la sylviculture et de la pêche, exercés par une majorité d'indépendants, se caractérisent toujours par leurs moindres mobilités : 12 % des personnes y ont changé de métier et de domaine professionnel entre 2010 et 2015. Ils connaissent également une moindre mobilité géographique (18 % seulement de personnes ont déménagé) et des niveaux de formation inférieurs. En revanche, une faible proportion de ceux qui exerçaient dans ce domaine en 2010 sont au chômage 5 ans plus tard (5%). Le changement de métier se traduit par une amélioration des conditions de travail pour 61 % des sortants, un taux équivalent à celui de l’hôtellerie restauration ou des transports.

À l'inverse, les métiers des industries de process (dont les industries agroalimentaires) et des matériaux (dont le bois) connaissent les plus fortes mobilités : plus du quart des personnes ont eu un changement de métier, et souvent de domaine. Cependant, les entrées ont été inférieures aux sorties au cours de la période, et la désaffection est la plus nette pour les métiers du bois, des matériaux souples et les industries graphiques, avec un écart de 10 points. Les industries de process se caractérisent également par des départs supérieurs aux entrées (5 points), tout comme le domaine « agriculture, marine, pêche », mais de façon plus modérée (1 point).

Part de ceux qui ne travaillaient pas dans le domaine professionnel cinq ans plus tôt et de ceux qui ont quitté le domaine, parmi ceux qui sont en emploi en 2010 et 2015, en %

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Source : Dares

Source : Dares

10/12/2018

L'agriculture est l'un des secteurs avec les accidents du travail les plus fréquents

Portant sur des données de 2013 (enquête Emploi et module complémentaire), l'Insee Première n°1719 publié en novembre 2018 révèle que les accidents du travail concernent 26 % des personnes interrogées depuis le début de leur carrière. Des résultats concernent en particulier l'agriculture : si les ouvriers sont, avec un taux de 40 %, les plus nombreux à déclarer au moins un accident, ce pourcentage est de 32 % dans le secteur agricole. Les causes de blessure y sont la chute de hauteur dans 19 % des cas, celle d'objet (18 % contre 11 % en moyenne), un accident provoqué par un animal (10 % contre 1 %). Si un quart des personnes déclarent être encore limitées dans leurs activités quotidiennes par leur dernier accident, ce taux est de 34 % pour les agriculteurs, qui font partie, par ailleurs, des catégories moins souvent arrêtées (64 % contre trois quarts en moyenne). D'autres éléments intéressants sont également présentés sur les arrêts de travail et l'aménagement du poste suite à l'accident.

Être limité dans la vie quotidienne à la suite du dernier accident au travail selon la catégorie socioprofessionnelle au moment de l'accident

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Source : Insee

Source : Insee

09:07 Publié dans Agriculteurs, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : accidents du travail, arrêts de travail |  Imprimer | | | | |  Facebook

14/11/2018

Évaluation de l'efficacité économique et environnementale d'une mesure volontaire soutenant le lait produit à partir d'herbe en Suisse

Deux chercheurs d'Agroscope, le centre de compétences de la Confédération helvétique pour la recherche agricole, ont publié en septembre, dans le Journal of Agricultural Economics, une évaluation de l'impact économique et environnemental d'une mesure volontaire encourageant la production de lait à base d'herbe. Cette aide (qui couvre aussi les bovins viande), a été introduite en Suisse en 2014, afin de limiter l'usage de concentrés alimentaires et de maïs dans la production laitière au profit du pâturage. Elle combine une incitation économique (200 francs suisses/ha, soit environ 175 €/ha), avec des restrictions sur la composition de la ration alimentaire animale. Cette évaluation est l'une des premières disponibles sur l'efficacité d'une aide couplant un soutien direct pour le pâturage avec une régulation environnementale.

Pour analyser les effets de ce soutien, les auteurs ont combiné de façon originale deux méthodes, dont les résultats ont été comparés. D'une part, ils les ont économétriquement évalués ex post par une approche dite de l'« écart des différences » (differences-in-differences), en utilisant des données analogues au RICA de 2011 à 2015. D'autre part, ils ont utilisé un modèle de simulation des comportements des agents économiques suisses (SWISSland). Ces deux méthodes ont chacune conduit à la construction de contrefactuels permettant d'évaluer l'effet propre de la mesure, et leurs résultats se sont révélés cohérents entre eux.

Agroscope démontre ainsi que le programme a réduit l'utilisation de concentrés alimentaires, mais pas de maïs, et qu'il a bien accru le recours au pâturage. Il a conduit à la diminution des rendements laitiers, ce qui a augmenté les prix du lait en Suisse. Il a également directement amélioré le revenu des agriculteurs, par l'aide financière apportée, mais aussi indirectement par la réduction des charges liées aux intrants. En revanche, le programme n'a eu aucun impact environnemental, qu'il s'agisse du surplus azoté ou de la surface en prairies, les agriculteurs ayant continué à utiliser du maïs dans la ration alimentaire de leur cheptel et intensifié son chargement sur les parcelles. Les auteurs concluent que les restrictions imposées sur l'alimentation animale et sur les pratiques de pâturage, pour percevoir l'aide, étaient insuffisantes, et qu'elles devraient être complétées pour avoir un effet environnemental.

Résultats des simulations du modèle SWISSland sur les effets économiques et écologiques, à court et long termes, du soutien au lait à l'herbe (« GMF »)

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Source : Journal of Agricultural Economics

Vanina Forget, Centre d'études et de prospective

Source : Journal of Agricultural Economics

13/11/2018

Quels leviers pour la transition agro-écologique ? Nouveau rapport d'IPES-Food

Après un premier rapport appelant à la transition agro-écologique des systèmes alimentaires, en réponse aux limites du modèle agro-industriel, le panel d'experts international sur les systèmes alimentaires durables (IPES-Food) s'est penché sur les défis opérationnels que posent de telles transitions.

À travers l'analyse bibliographique de sept cas de cheminements réussis vers l'agro-écologie, les experts dégagent les traits communs à ces processus et identifient les leviers à mobiliser afin d'amplifier ces dynamiques. Les exemples abordés concernent aussi bien des pays du Nord que du Sud et varient par leur échelle : gestion durable des ressources dans une communauté villageoise en Tanzanie, développement de l'agriculture biologique dans la vallée de la Drôme, essor de la production agro-écologique paysanne en substitution à une agriculture de plantation agro-exportatrice à Cuba, etc. Au-delà de l'analyse des changements de pratiques, les experts documentent les évolutions du cadre institutionnel, des relations économiques et sociales, ainsi que des processus de production et de dissémination des connaissances qui ont rendu possibles ces transitions. Ainsi, dans l'exemple drômois, ils montrent que si l'agriculture biologique y émerge dans les années 1970, l’implication des coopératives et la constitution de groupes d'échange entre agriculteurs dans les années 1990, puis le soutien des pouvoirs publics, à partir des années 2000, ont été nécessaires pour amplifier le mouvement. Aujourd'hui, 16,5 % de la surface agricole utile (SAU) du département sont exploités en agriculture biologique, contre 6,5 % au niveau national.

À partir des études de cas, les auteurs formulent plusieurs recommandations classiques. Parmi celles-ci figurent la promotion des démarches participatives en matière de développement et d'innovation agricole, l'élaboration de cadres institutionnels permettant une plus grande implication des populations dans la gouvernance locale, la construction d'alliances entre agriculteurs, consommateurs et associations de défense de l'environnement, ou bien encore la relocalisation des systèmes alimentaires.

Les leviers à mobiliser pour la transition agro-écologique

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Source : IPES-Food

Plus généralement, les experts considèrent que la transition agro-écologique doit s'articuler avec une transformation globale des sociétés, faisant des enjeux environnementaux une priorité.

Mickaël Hugonnet, Centre d'études et de prospective

Source : IPES-Food

10:06 Publié dans Agriculteurs, Agronomie, Environnement | Lien permanent | Tags : ipes-food, agro-écologie |  Imprimer | | | | |  Facebook

12/11/2018

Au Japon, la pluriactivité des agriculteurs joue un rôle sur leur maintien en activité

De manière générale, on considère que la pluriactivité des agriculteurs joue un rôle contrasté dans le maintien ou non des exploitations. Publiés dans le Journal of Agricultural Economics, des travaux récents, menés à l'échelle des préfectures japonaises, par une équipe nippo-américaine, démontrent que son impact dépend de la part des revenus non agricoles et du type d'emploi sur et hors de l'exploitation.

Le Japon, comme de nombreux pays développés, a dû faire face à une rapide baisse du nombre d'exploitations au cours des dernières décennies. Dans le cas particulier de ce pays, cela se traduit aussi par un recul de la production agricole, y compris pour le riz, en dépit de soutiens publics importants. Si l'ajustement structurel a été favorisé de façon à permettre le développement d'exploitations plus performantes, des politiques ont également été mises en œuvre pour ralentir la baisse du nombre d'agriculteurs (16 % de moins entre 2000 et 2005). Près de 80 % des agriculteurs sont pluriactifs, et la taille moyenne des exploitations « commerciales » est de 1,45 ha.

S'inscrivant dans la lignée des travaux étudiant la cessation d'activité, quel qu'en soit le motif (retraite ou reconversion), les auteurs ont approfondi l'analyse de l'impact de la pluriactivité, développant une méthode intéressante et potentiellement réutilisable dans d'autres contextes. Devant les différents niveaux de consolidation des données (ménage, commune, préfecture, etc.) et l'hétérogénéité des types de variables (discrètes, continues), les chercheurs ont utilisé une modélisation bayésienne hiérarchique pour optimiser les informations dont ils disposaient.

Leurs résultats font ressortir le caractère essentiel, dans la compréhension des arrêts d'activité en agriculture, des conditions locales d'emplois, de revenus non agricoles et d''urbanisation. Ainsi, si la pluriactivité réduit les sorties nettes de l'agriculture, son impact est plus important dans les préfectures où elle est répandue, tout en ne contribuant que marginalement aux revenus des ménages agricoles. La composition du collectif de travail sur l'exploitation est également à prendre en compte : la présence de salariés et la répartition de ce travail au sein du couple (l'un y travaillant à plein temps, l'autre à l'extérieur) consolide la structure. À l'inverse, l'urbanisation, tout en fournissant des opportunités de pluriactivité (en volume d'emploi et en valeur), facilite la sortie définitive de l'agriculture, en réduisant les coûts de transaction liés à l'arrêt d'activité. Les auteurs recommandent donc de prendre en compte les situations locales afin d'élaborer des politiques de soutien aux exploitations plus efficaces en termes de maintien de l'agriculture et de limitation des friches.

Muriel Mahé, Centre d'études et de prospective

Source : Journal of Agricultural Economics

09:48 Publié dans Agriculteurs, Mondialisation et international | Lien permanent | Tags : japon, agriculteurs, pluriactivité |  Imprimer | | | | |  Facebook

Représentation de la prise de décision dans les modèles agricoles européens multi-agents

Cet article de synthèse, signé d’une quinzaine de chercheurs européens, dans le cadre d’un projet Horizon 2020, fait le point sur l’utilisation des approches de modélisation multi-agents, dans les évaluations ex ante et ex post des politiques publiques dans le domaine agricole. Les modélisations multi-agents font référence à des approches mathématiques et computationnelles, développées aux États-Unis dès les années 1970-80, combinant entre autres théorie des jeux, théorie des réseaux et étude des systèmes complexes. Leur principe repose sur la modélisation des dynamiques à un niveau global d’observation (structure paysagère, choix de production, impacts environnementaux, etc. – dénommés « phénomènes émergents »), à partir des comportements individuels d'agents hétérogènes en interaction.

Les auteurs proposent un cadre d’analyse comparatif qu’ils appliquent à une sélection de vingt modèles multi-agents, afin d’en expliciter les différents variables dans une perspective systémique (cf. schéma ci-dessous). La plupart des modèles utilisent l’exploitation agricole comme unité décisionnelle et l’inscrivent dans son environnement biophysique (avec plus ou moins de réalisme). Le degré de complexité des mécanismes de prise de décision, ainsi que les déterminants étudiés, varient en fonction de l’objectif de la démonstration, mais en général les dimensions difficilement quantifiables des choix (valeurs, normes, processus d’apprentissage et interactions sociales, etc.) sont peu traitées. Il en est de même pour les activités non agricoles, alors que le contexte européen pousse à la diversification des revenus.

Les différentes dimensions de la prise de décision des agriculteurs, en relation avec les phénomènes émergents simulés par les modèles multi-agents européens sur l’agriculture

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Source : Agricultural Systems

Afin d’améliorer la robustesse de telles approches, complémentaires des outils plus classiques d’évaluation des politiques publiques (modèles d’équilibre partiel, évaluations intégrées, approches économétriques, etc.), les auteurs soulignent qu'il reste à trouver un juste équilibre entre la sophistication des modèles multi-agents, pour plus de réalisme et une meilleure prédictibilité, et leur communicabilité. En effet, la transparence sur les paramètres utilisés, notamment sur les mécanismes de causalité, est particulièrement importante en évaluation de politiques publiques.

Claire Bernard-Mongin, Centre d'études et de prospective

Source : Agricultural Systems

09/11/2018

Évolution agrotechnique contemporaine II. Transformations de l'agro-machinisme : fonction, puissance, information, invention, Delphine Caroux, Michel J. F. Dubois, Loïc Sauvée (dir.)

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Cet ouvrage est issu de la deuxième édition du séminaire « Évolution agrotechnique contemporaine », organisé par l'unité de recherche Interact. Les agro-équipements sont un domaine privilégié pour observer le renouvellement des interactions homme-technique-vivant, autour des enjeux de l'information. D. Caroux, M. Dubois et L. Sauvée (UniLaSalle) soulignent, en introduction, que les techniques mobilisées par les agriculteurs « portent en elles-mêmes » des « capacités d'intensification » des processus naturels, par la logique propre de leur « concrétisation ». Ce terme, emprunté au philosophe G. Simondon, se réfère au processus de coordination entre les fonctions de la machine et le milieu où celle-ci opère.

Cette approche, attentive à « la technique en train de se faire », est déclinée dans une série de courtes présentations sur les firmes du secteur, l'agriculture urbaine, l'énergie, etc. Par exemple, C. Chéron (co-fondateur d'AirInov, leader français des drones agricoles) met en perspective l'avènement des machines agricoles autonomes. D. Caroux réfléchit sur la place des agriculteurs dans la production des innovations, « entre sujétion, association, autonomie ».

Mais l'originalité de l'ouvrage est de laisser une large place à quatre récits professionnels, complétés pour trois d'entre eux par un film réalisé sur le terrain (vidéos accessibles en ligne). Ph. Colin, pionnier des techniques culturales simplifiées, analyse la conversion de son exploitation à la production de miscanthus en 2007, et les défis posés par l'émergence d'un « milieu associé » à cette production (matériels de récolte, de stockage, débouchés, etc.). P. Hervé-Gruyer décrit l'application des principes de la permaculture sur la ferme biologique du Bec Hellouin, et notamment la mise au point d'outils manuels adaptés au travail en planches plates. X. David-Beaulieu et A. de la Fouchardière reviennent sur l'invention d'un robot viticole travaillant en essaim, le Vitirover. Enfin, M. Glamel, entrepreneur de travaux agricoles et agriculteur sur une petite ferme à la limite du Vexin, explique comment il a cherché à la rendre viable économiquement en diversifiant la production, en introduisant l'agriculture de conservation et en travaillant sur l'autonomie énergétique.

Florent Bidaud, Centre d'études et de prospective

Sources : Université de technologie de Belfort-Montbéliard, Le comptoir des presses d'universités

09:07 Publié dans Agriculteurs, Agronomie | Lien permanent | Tags : agro-équipements, machinisme, innovation, information |  Imprimer | | | | |  Facebook

07/11/2018

Fidéliser, servir, rendre dépendant. Le travail d'attachement au sein d'une grande coopérative agricole

Robin Villemaine (sociologue, AgroSup Dijon) publie, dans la revue Sociologie du travail, un article tiré de sa thèse sur le travail des cadres technico-commerciaux (TC) d'une grande coopérative céréalière du nord-est de la France. Ces agents jouent un rôle important dans « l'attachement » des agriculteurs à leur coopérative. L'auteur dégage notamment de ses entretiens différents profils d'agriculteurs (plus ou moins autonomes ou, au contraire, « délégataires ») et trois procédés mis en œuvre par les TC pour les fidéliser : les « cocooner », sanctionner l'infidélité commerciale, instaurer une convention d'exclusivité. L'article évoque « la faible distance entre le travail de fidélisation » et « le tissage d'une relation de dépendance », une question au centre des débats récurrents sur la séparation du conseil et de la vente d'intrants.

Source : Sociologie du travail