Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

13/12/2019

Inégalités de revenu en milieu rural dans le bassin arachidier du Sénégal

Des chercheurs du Cirad (Montpellier) et du Bureau d’analyses macro-économiques de l’Institut sénégalais de recherches agricoles ont étudié les inégalités de revenu des ménages ruraux au sein du bassin arachidier du Sénégal. Cette zone concentre une grande partie de la population rurale du pays. L'analyse a été conduite sur un échantillon de 1 770 exploitations en céréales et légumineuses (dont 103 dirigées par des femmes), extrait des données de l’enquête nationale menée par le Projet d’appui aux politiques agricoles.

Proportion de ménages possédant du matériel agricole, par type de matériel et par quintile de revenu

Senegal1.jpg

Source : AFD

Les auteurs décomposent les revenus des ménages en revenus agricoles, non agricoles, vente d’animaux et transferts reçus, puis calculent les coefficients et élasticités de Gini, les classes de mesure de general entropy (indicateur d'inégalité) et les quintiles de revenu. Dans l'échantillon, ils relèvent un taux de pauvreté de 90 % (ménages ayant moins de 0,91 €/équivalent adulte/jour), montant à 94 % pour les exploitations dirigées par des femmes. Les 20 % de ménages les plus riches ont un revenu 10 fois plus élevé que celui des 20 % les plus pauvres. Néanmoins, les inégalités sont plus faibles au sein des classes de revenu moins aisées, par exemple dans les ménages dirigés par des femmes. Les inégalités proviennent principalement des revenus agricoles, du fait i) des superficies exploitées (20 % des exploitations les plus riches ont une superficie 3 fois supérieure aux 20 % les plus pauvres) et ii) des rendements découlant de plus fortes mécanisation et utilisation d’intrants. La réduction des inégalités passerait donc en priorité par une augmentation des revenus agricoles, à travers un meilleur accès aux facteurs de production, notamment pour les femmes.

Valeur du coefficient de Gini, par département au sein du bassin arachidier

Senegal2.jpg

Source : AFD

Lecture : le coefficient de Gini est plus élevé dans les zones avec le plus de disparités de revenus.

Pour aller plus loin dans la compréhension des inégalités, et aussi pour une modélisation future, les auteurs proposent une typologie des ménages agricoles afin d’aider la puissance publique à mener une politique de développement agricole plus inclusive, prenant en compte les ménages les plus pauvres.

José Ramanantsoa, Centre d'études et de prospective

Source : Agence française de développement

15:37 Publié dans Agriculteurs, Mondialisation et international | Lien permanent | Tags : sénégal, rural, revenu |  Imprimer | | | | |  Facebook

12/12/2019

Rapport sur la main-d’œuvre agricole en Europe

À la demande du Parlement européen, une équipe internationale a consacré un rapport à l'emploi agricole en Europe, ses enjeux et ses perspectives. Elle développe une revue générale de la littérature et des données, sur l'emploi agricole européen et sur les impacts de la Politique agricole commune (PAC). Elle présente également des prévisions sur la population des travailleurs agricoles. Enfin, huit études de cas, dont la Corse, lui permettent d'approfondir et détailler ses analyses au niveau local, avant d'émettre des recommandations.

Sur l'ensemble de l'Europe, l'agriculture reste un secteur d'activité significatif, concernant 9,7 millions de travailleurs, soit 4 % de la main-d’œuvre. Son importance locale peut être bien supérieure, jusqu'à 23 % en Roumanie, 17 % en Bulgarie et plus de 10 % en Grèce et en Pologne. La main-d’œuvre agricole connaît toutefois un déclin quasi généralisé, avec 2,5 millions de travailleurs en moins entre 2007 et 2017. La population des exploitants reste plutôt âgée (58 % ont plus de 55 ans) et masculine (à 71 %). La main-d’œuvre salariée est quant à elle majoritairement occasionnelle et à temps partiel. Dans la plupart des États membres, la part des travailleurs immigrés dans le secteur agricole est inférieure aux autres secteurs, hormis en Italie, en Espagne et au Danemark (où elle représentait 20 % des travailleurs agricoles en 2017).

L'analyse de la littérature scientifique fait ressortir que les effets de la PAC sur l'emploi peuvent être contradictoires, au vu de la diversité et de la complexité de mesures aux objectifs parfois divergents : maintien d'activités, soutien aux zones défavorisées, mais aussi incitations à l'agrandissement et aux investissements pouvant accélérer la substitution du capital au travail, etc. Si les impacts diffèrent selon les régions, les auteurs relèvent que la majorité des études ont pointé un effet global négatif sur l'emploi.

Évolution de la main-d’œuvre agricole entre 2010 et 2016

Emploi2.jpg

Source : Parlement européen

Une étude de cas est consacrée à la Corse, car la main-d’œuvre agricole y a légèrement progressé depuis 2010, après une forte baisse. Selon les auteurs, l'accès à la terre y représente un enjeu majeur, susceptible d'enrayer cette dynamique. Si l'agritourisme est considéré comme un véritable « avantage comparatif » pour l'île, il risque aussi d'y entrer en concurrence avec la production.

Jean-Noël Depeyrot, Centre d'études et de prospective

Source : Parlement européen

15:26 Publié dans Agriculteurs, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : europe, main d'oeuvre, corse, emploi |  Imprimer | | | | |  Facebook

Évaluer l'impact de la certification « commerce équitable » sur les salariés agricoles

Une évaluation scientifique, publiée dans Agricultural and Human Values, met en évidence les bénéfices de la certification « commerce équitable » pour des salariés agricoles de plantations de bananes. Cette certification peut s'appliquer aux plantations depuis les années 1990 et, en 2013, les entreprises certifiées comptaient près de 170 000 salariés pour environ un million d'agriculteurs exploitants. Toutefois, si de nombreux travaux s'intéressent aux impacts sur les propriétaires, peu traitent des salariés, et souvent sous le seul angle économique des salaires.

L'analyse se base sur une enquête de terrain menée en République dominicaine auprès de deux échantillons aléatoires et représentatifs de salariés agricoles : 161 travaillant dans cinq plantations bananières certifiées, 222 dans six plantations comparables mais non certifiées. Les chercheurs ont mesuré les impacts de la certification dans trois domaines : les conditions de travail (y compris rémunération et avantages sociaux ou en nature), la qualité de vie au travail (sécurité, participation aux décisions), la dignité (satisfaction au travail, sentiment de contrôler sa vie, perspectives, etc.). Ils ont ensuite identifié, grâce à une analyse économétrique, les différences significatives entre les deux populations enquêtées.

L'évaluation confirme l'absence de différences économiques significatives. Cependant, les salariés de plantations certifiées ont plus d'avantages en nature (santé, formation, transport, éducation des enfants) et recourent plus souvent à l'épargne. En matière sociale, ils bénéficient d'un nombre supérieur de jours de congés payés et font plus confiance à leurs collègues et à leurs représentants (mais pas à leurs dirigeants). De même, les résultats des indicateurs de « bonheur » au travail leur sont plus favorables : plus grand sens d'appartenance à l'entreprise, impression de contrôler le cours de leur vie et de leur carrière, sentiment de s'accomplir dans leur travail.

Les chercheurs en concluent qu'il est important d'introduire des indicateurs plus diversifiés que le salaire ou les conditions de travail pour évaluer l'impact des systèmes de certification sur les salariés agricoles.

Muriel Mahé, Centre d'études et de prospective

Source : Agriculture and Human Values

Vulnérabilité de l'agriculture et des pêcheries marines face au changement climatique

La revue Sciences advances a présenté, fin novembre, une étude consacrée à la vulnérabilité des systèmes de production alimentaire de différents pays du monde face aux effets du changement climatique. Le travail se focalise sur l'agriculture (hors élevage) et les pêcheries marines, dans respectivement 240 et 194 pays ou régions. Deux scénarios à horizon 2100 sont étudiés : un scénario « business as usual » ne supposant pas de réduction particulière des émissions de gaz à effet de serre ; un scénario de limitation forte conforme aux objectifs de l'Accord de Paris.

L'étude révèle que le changement climatique peut avoir des effets « gagnant-gagnant », « gagnant-perdant » et « perdant-perdant » pour l'agriculture et la pêche. Les régions tropicales seraient les plus exposées aux situations « perdant-perdant », sachant qu'elles sont également les plus vulnérables vis-à-vis de l'emploi, de la sécurité alimentaire et du revenu, et avec une moindre capacité d'adaptation. Les pays situés à une plus haute latitude, quant à eux, feraient face à des impacts plus faibles, voire à des situations gagnant-gagnant (Canada, Russie). Ainsi, le scénario business as usual exposerait 90 % de la population mondiale à des situations perdant-perdant et moins de 3 % à des situations gagnant-gagnant. Le scénario « Accord de Paris », en revanche, se traduirait par une exposition plus réduite de la population (60 %) à des situations perdant-perdant et plus de personnes (jusqu'à 5 %) se trouveraient dans des situations gagnant-gagnant. De plus, les effets « perdant » seraient de moindre amplitude que dans le scénario business as usual.

Écart de productivité de l'agriculture (A) et des pêcheries marines (B) à horizon 2100 sous le scénario « business as usual »

Climat1.jpg

Source : Science advances

Les auteurs en concluent que les stratégies pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre – à supposer qu'elles soient d'ampleur mondiale et maintenues dans le temps –, réduiraient massivement la vulnérabilité humaine aux impacts sur l'agriculture et les pêcheries marines. Et cela y compris dans les pays les plus émetteurs de gaz à effet de serre. Les auteurs invitent à envisager des stratégies d'adaptation intersectorielles dans les pays faisant face à des situations gagnant-perdant, par exemple pour réduire la production agricole au bénéfice de la pêcherie marine, ou inversement. Des pistes de recherche complémentaires sont évoquées, notamment le développement de l'aquaculture, pour les États qui disposent d'infrastructures adaptées.

Amplitude des changements de la productivité agricole et des pêcheries marines (intérieur des anneaux A et B), et proportion de la population mondiale affectée (extérieur des anneaux A et B), selon deux scénarios d'émissions de CO2 (RCP8.5 et RCP2.5)

Climat2.jpg

Source : Science advances

Vincent Hébrail-Muet, Centre d'études et de prospective

Source : Science advances

10/12/2019

Synthèse sur le conseil agricole en Afrique

Une synthèse d'Inter-réseaux Développement rural d'octobre 2019 aborde les enjeux actuels du conseil agricole en Afrique, en dressant un panorama de la situation sur le continent et en explorant les défis à venir en matière d'économie, de gouvernance, de santé, d'environnement, de populations vulnérables (femmes, jeunes) et de conseil agricole (pérennisation de son financement, formation et qualification des conseillers). Les auteurs constatent que l'offre actuelle en conseil, quantitative et qualitative, ne suffit pas à satisfaire les demandes, même si on assiste à sa diversification. Trois formes de conseil agricole ont été identifiées, qui correspondent aux principales stratégies mises en place par les pays étudiés : i) à dominante publique (Cameroun, Maroc) ; ii) à statut mixte (Niger, Côte d'Ivoire) ; iii) à dominante privée (Ouganda, Bénin). Cette synthèse est le produit d'un groupe de travail auquel ont participé l'Iram, le Cirad et Ambre Conseil/CER FRANCE, dont les résultats ont déjà fait l'objet de plusieurs publications (rapport remis à l'AFD, numéro de Grain de Sel).

Source : Inter-Réseaux

09:59 Publié dans Agriculteurs, Mondialisation et international | Lien permanent | Tags : inter-réseaux, afrique, conseil agricole |  Imprimer | | | | |  Facebook

13/11/2019

Géographie des transitions agro-écologiques en France

Un article des Cahiers Agricultures d'août 2019 propose une approche méthodologique pour identifier les exploitations « en transition agro-écologique », en France métropolitaine, à partir des données du recensement agricole de 2010. Les auteurs concentrent leur analyse sur les modes de production (biologique ou pas) et de commercialisation (circuit court / circuit long), et sur la part du chiffre d'affaires réalisée en circuit court. À partir de ces trois variables, ils élaborent une typologie en six groupes d'exploitations. Ils considèrent que celles « en transition » réalisent 50 % et plus de leur chiffre d'affaires avec des productions biologiques commercialisées en circuit court. Représentant 12,5 % du total, ces structures ont des chefs d'exploitation plus jeunes que la moyenne (plus forte proportion de moins de 40 ans) et d'un niveau de formation plus élevé. Par ailleurs, la proportion de femmes est corrélée avec la commercialisation en circuit court. L'analyse socio-économique montre une autre corrélation entre le circuit de commercialisation, court ou long, le type d'orientation technico-économique des exploitations, leur taille et l'intensivité en main-d’œuvre. Ainsi, les cultures maraîchères, de fruits et l'élevage de petits ruminants, majoritaires parmi les structures réalisant plus de la moitié de leur chiffre d'affaires en circuit court, disposent relativement de moins de surface et recourent à plus d'unités de travail annuel, par comparaison avec celles orientées vers les circuits longs (grandes cultures, élevage bovin).

Le contexte territorial est également un facteur explicatif de l'appartenance des exploitations à la catégorie « transition agro-écologique ». Une carte à l'échelle cantonale met ainsi en évidence deux macro-territoires (figure ci-dessous) : l'un, septentrional, avec des caractéristiques socio-démographiques moins propices aux transitions (faible population urbaine dans des espaces économiquement fragiles) ; l'autre, méridional, davantage tributaire de la proximité des périphéries urbaines avec une population encline à l'achat en circuit court et partageant une vision de formes de production et de commercialisation alternatives. Notons que ce travail n'intègre pas d'autres formes de transition agro-écologique telles que l'agriculture de conservation, l’agroforesterie, la permaculture, etc.

Typologie des cantons selon le profil de répartition des six types d'exploitation en 2010

Transitions.jpg

Source : Cahiers Agricultures

Hugo Berman, Centre d'études et de prospective

Source : Cahiers Agricultures

10:03 Publié dans Agriculteurs, Environnement | Lien permanent | Tags : agro-écologie, transition, bio, circuit court |  Imprimer | | | | |  Facebook

12/11/2019

Salariés de l'agriculture : moins de risques chimiques mais un travail plus pénible physiquement

L'exposition aux risques des salariés de l'agriculture a évolué de façons diverses au cours des vingt-cinq dernières années, comme le montre l'analyse des premiers résultats de la dernière livraison de l'enquête Sumer. Menée tous les sept ans auprès de plus de 30 000 salariés via les médecins du travail, elle permet de suivre l'évolution des conditions de travail. Même si le secteur agricole représente une part de plus en plus faible des travailleurs français et, a fortiori, des salariés (1,7 % en 2017, contre 5,1 % en 1994), des tendances spécifiques et des situations propres à ses salariés (dans un secteur largement dominé par le statut d'indépendant) sont mises en évidence.

Si la situation des salariés de l'agriculture s'est améliorée pour ce qui est de l'exposition au risque chimique (1 sur 3 exposé, contre 1 sur 2 en 1994), grâce notamment aux formations spécifiques et aux mesures de prévention dans le cadre des plans Écophyto, elle s'est détériorée pour la pénibilité physique et les risques biologiques (liés surtout au contact avec les animaux). Ils sont ainsi parmi les plus exposés aux gestes répétitifs, à la station debout prolongée et aux contraintes posturales. Sur ces deux derniers risques, la situation s'est nettement dégradée depuis l'enquête de 2010 : de 20 à 37 % pour la station debout prolongée, de 22 à 38 % pour les contraintes posturales. En revanche, les salariés agricoles font partie des moins exposés aux contraintes organisationnelles et relationnelles, même s'ils subissent des contraintes horaires plus importantes que les autres, plus d'un sur deux travaillant les dimanches et jours fériés.

Source : Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques

09:36 Publié dans Agriculteurs, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : dares, salariés, risques, risque chimique, pénibilité, risques biologiqes |  Imprimer | | | | |  Facebook

16/10/2019

Des propositions pour que la statistique américaine rende mieux compte de la complexité de l’activité agricole

Si la production agricole états-unienne a longtemps reposé sur des exploitations familiales, la majorité de la production est aujourd’hui assurée par des structures complexes, que la statistique agricole peine à saisir. Partant de ce constat, l’Académie des sciences américaine a publié un rapport dans lequel elle formule des propositions de réforme du système statistique afin de l’adapter à ce nouveau contexte.

Le rapport comporte trois parties. La première présente les activités de la statistique agricole aux États-Unis. Elles comportent principalement le recensement exhaustif des exploitations tous les cinq ans (Census of Agriculture) et l’enquête sur la gestion des ressources agricoles (Agricultural Resource Management Survey), réalisée par sondages annuels. La deuxième partie du document explore les raisons de la complexification des entreprises agricoles : exploitations multi-sites, emploi de salariés et prestataires, origine variée des capitaux, diversification et pluri-activité, etc.

Dans la dernière partie, les auteurs formulent de nombreuses recommandations pour mieux saisir statistiquement cette complexité. Ils suggèrent d’abord de revoir la définition de l’exploitation et de distinguer l’établissement agricole, unité fonctionnelle de base, de l’entreprise agricole, laquelle peut regrouper plusieurs établissements détenus par une même personne ou société. Ils appellent également à la création d’un registre qui listerait l’ensemble des établissements et ferait apparaître leurs liens éventuels. De plus, dans la mesure où la production agricole implique aujourd’hui fréquemment des entreprises de services, les auteurs jugent nécessaire de s’intéresser de près à ces dernières. Ils suggèrent ainsi de relancer le programme de recensement des services agricoles (Census of Agricultural Services), suspendu en 1978, et d’intégrer ces entreprises dans le registre mentionné plus haut. Pour terminer, constatant que le taux de réponse aux enquêtes est d’autant plus faible que la structure de production est complexe, les auteurs recommandent de limiter autant que faire se peut le recours à des données d’enquêtes, et d'exploiter prioritairement les données administratives et commerciales disponibles.

Mickaël Hugonnet, Centre d'études et de prospective

Source : The National Academies of Science, Engineering, Medicine

La performance économique des systèmes de production agro-écologiques

Une équipe internationale de chercheurs vient de publier, dans le Journal of Rural Studies, une large revue de la littérature sur la performance économique de l'agro-écologie, allant de l'analyse théorique de ses déterminants à divers travaux empiriques. L'agro-écologie repose sur l'usage des ressources naturelles et le bouclage des cycles biogéochimiques, selon une approche systémique et dynamique, adaptant les systèmes de production au cas par cas à leur environnement. De ce fait, les démarches sont très diverses, mais elles partagent le principe fondamental d'une réduction de l'usage des intrants externes à l'exploitation, conjointement à une amélioration de leur efficience.

Les auteurs présentent les principes qui confèrent à ces systèmes de meilleures performances économiques et leur résilience. L'accroissement de la valeur ajoutée (VA) par rapport au produit brut (PB) constitue l'élément clé, alors que les approches les plus courantes recherchent une augmentation du PB par unité de main-d'œuvre (UTA). La démarche agro-écologique représente ainsi une véritable intensification en valeur ajoutée. Par ailleurs, les deux ratios sont inversement liés, la hausse du PB/UTA ne pouvant se faire qu'au prix d'investissements, d'agrandissements ou d'augmentations des consommations intermédiaires (figure ci-dessous). De son côté, l'accroissement du ratio VA/PB passe par un recentrage sur les ressources internes de l'exploitation, une diversification des activités et l'optimisation des synergies, notamment entre cultures et élevage.

Relation entre les ratios VA/PB et PB/UTA, et modèles organisationnels d'exploitations agricoles

Agroecologie.jpg

Source : Journal of Rural Studies

De plus, la réduction des intrants et l'amélioration de l'efficience diminuent l'exposition aux aléas économiques. Après des décennies favorables à l'agrandissement, la volatilité des prix, la hausse du coût de l'énergie (et donc des intrants), ainsi que la crise financière constituent selon les auteurs un contexte propice aux exploitations agro-écologiques.

Les auteurs étayent leur analyse par une large revue d'exemples concrets issus d'une douzaine de pays européens. Ainsi, au Danemark, l'agrandissement poussé a conduit à une grande fragilité du secteur laitier, la majorité des exploitations de plus de 200 vaches étant en déficit en 2016, alors que la plupart des fermes de moins 100 têtes restaient bénéficiaires. En France, les exploitations économes et autonomes se révèlent particulièrement créatrices de valeur ajoutée.

Jean-Noël Depeyrot, Centre d'études et de prospective

Source : Journal of Rural Studies

11:42 Publié dans Agriculteurs, Exploitations agricoles | Lien permanent | Tags : agro-écologie, performance économique |  Imprimer | | | | |  Facebook

09/10/2019

Étude sociologique des pratiques apicoles

Sur la base de 37 entretiens réalisés avec des apiculteurs amateurs, professionnels ou double-actifs, des chercheurs de l'Inra caractérisent les formes d’engagement communes à cette activité, au-delà de la diversité des profils, des trajectoires et des projets d’exploitation. Leur article, paru dans Développement durable & territoires, met en lumière les enjeux de renouvellement du cheptel, examinant successivement la cueillette d’essaims sauvages pratiquée par les amateurs, l’essaimage artificiel permettant d’exercer une certaine sélection et l’élevage et l’achat de reines. Enfin, il débouche sur une réflexion sur l’autonomie dans le travail des apiculteurs. Celle-ci ne consiste pas seulement à mettre à distance le marché ou les contraintes du monde du travail (dans le cas des doubles-actifs et des deuxièmes carrières). Elle renvoie aussi à l'épanouissement dans l'action et à une certaine liberté créatrice.

Source : Développement durable & territoires

11:18 Publié dans Agriculteurs | Lien permanent | Tags : apiculture, travail |  Imprimer | | | | |  Facebook

08/10/2019

Politiques et structures agraires en Amérique latine

Un document de l'International Land Coalition (ILC), présenté dans le cadre du Forum de la terre de l'ILC Amérique latine et Caraïbes, propose une réflexion sur l'impact des politiques de réforme agraire mises en place dans cette région au cours des cinquante dernières années. Treize spécialistes du sujet ont été sollicités pour en dresser le bilan, et identifier des points communs (origines des réformes, etc.) et des différences (conséquences sur les propriétaires fonciers, etc.). Malgré ces politiques, les auteurs constatent la persistance des phénomènes qu'elles cherchaient à endiguer : très forte concentration de la propriété de la terre (1 % des plus grandes exploitations possèdent plus de la moitié des terres agricoles), accroissement de la pauvreté et de la faim dans l'espace rural, migrations rural-urbain, actions violentes à l'encontre des populations revendiquant l'accès au foncier et la protection de l'environnement.

Source : International Land Coalition

18/09/2019

La place des jeunes dans les processus de transformations structurelle et rurale

Un rapport du FIDA de juin 2019 analyse la situation socio-économique des jeunes ruraux (15-24 ans) dans 85 pays « en voie de développement » et « émergents », de diverses régions (Asie-Pacifique, Afrique subsaharienne, Proche-Orient, Afrique du Nord, Asie Centrale, Europe, Amérique latine, Caraïbes). Il décrit les contextes qui conditionnent leur avenir et les leviers qui devraient être actionnés par les pouvoirs publics et les investissements privés pour faciliter leur insertion dans la vie active. Plus de 80 % des 15-24 ans vivent dans des « pays en développement », dont 41 % dans les zones rurales, notamment en Asie et en Afrique. Les projections prévoient une augmentation et une concentration géographique de cette tranche de la population en Afrique.

Les auteurs fondent leur analyse sur un ensemble de données macro et microéconomiques, ces dernières issues d'enquêtes auprès de ménages. Une typologie originale des « espaces des débouchés ruraux » combine les informations sur les potentiels de production agricole et de commercialisation, la densité de population, la localisation géographique des ménages. Elle permet de montrer que la prévalence des ménages composés d'agriculteurs de subsistance diminue et celle des ménages non agricoles augmentent lorsque les débouchés sont plus importants (figure ci-dessous).

Pourcentage de ménages dans l'espace des débouchés ruraux, par type de ménage

FIDA1.jpg

Source : FIDA

Lecture : dans les espaces rencontrant des difficultés de débouchés importantes, 61 % des ménages sont en transition et 18 % sont non agriculteurs. Ces proportions sont respectivement de 49 % et 38% dans les espaces présentant des débouchés variés et rémunérateurs.

Selon les auteurs, les trois piliers d'une transformation rurale inclusive de la jeunesse sont la productivité (environnement de travail, compétences), la connectivité (rapports aux personnes, marchés, services, informations) et, enfin, un contexte favorisant la maîtrise de leur destin à tous les niveaux (familial, local et national). Le RSPA (Rural sector performance assessment), ensemble d'indicateurs développé par le FIDA pour évaluer la performance économique générale d'un pays, et du secteur rural en particulier (politiques de développement, pauvreté, égalité des sexes, compétences, nutrition, changement climatique, accès au foncier, aux marchés, etc.), contribue à l'analyse de ces transformations rurales en cours. La répartition des jeunes, par région et par type de transformations, concernant l'ensemble du pays (« transformation structurelle ») ou seulement les zones rurales (« transformation rurale »), en est une illustration (figure ci-dessous).

Nombre de jeunes par région et par catégorie de transformations structurelle (TS) et rurale (TR)

FIDA2.jpg

Source : FIDA

Hugo Berman, Centre d'études et de prospective

Source : Fonds international de développement agricole

17/09/2019

Terres nourricières ? La gestion du foncier agricole en France face aux demandes de relocalisation alimentaire

Les démarches de « retour au local », en matière alimentaire, sont le plus souvent étudiées sous l'angle de la consommation citoyenne, reléguant à l'arrière-plan leurs aspects fonciers et spatiaux. Elles sont aussi entourées d'un certain halo discursif, entretenant un doute sur leur réelle portée transformatrice. La thèse de géographie qu'A. Baysse-Laîné (université Lyon 2) consacre aux « mobilisations de terre », dans le cadre de projets de relocalisation alimentaire, apporte une analyse très éclairante en la matière.

Ciblant ses observations sur trois zones – le Lyonnais, l'Amiénois et le sud-est de l'Aveyron –, l'auteur repère des projets de relocalisation portés par divers acteurs : l'association Terre de Liens (6), des acteurs publics locaux (12), mais aussi des agriculteurs (118) intégrés dans une filière et réorientant tout ou partie de leur activité vers les marchés de proximité, notamment à l'occasion de la transmission de l'exploitation. Une autre dimension importante de son travail consiste à cerner la base foncière de ces circuits alimentaires.

Ses résultats mettent notamment en évidence une forme originale de « circuits courts de longue distance », sous influence urbaine et, dans le cas des mobilisations des acteurs publics, relativisent l'idée d'une moindre qualité des terres mises à disposition. Ils pointent aussi l'important décalage entre les discours sur la terre nourricière et la réalisation limitée des projets.

Le renouvellement des voies d'accès au foncier agricole se fait « à la marge » des dispositifs majoritaires d'installation. Des associations de développement rural et le syndicalisme minoritaire mettent en œuvre des « stratégies réticulaires » pour partager l'information sur la libération de terres à exploiter. De leur côté, les acteurs publics territoriaux et Terres de Lien engagent des « stratégies domaniales » d'acquisitions de terres, pour réserver celles-ci à certains types d'agriculture (production biologique, permaculture, etc.). Adoptant une approche en termes de « faisceaux de droits fonciers », l'auteur analyse les rapports de force autour des terres et envisage les effets des stratégies domaniales sur la coexistence entre différents modèles agricoles. Si les surfaces concernées sont assez réduites, ces effets d'ouverture à de nouveaux publics sont, en fait, loin d'être négligeables, les mobilisations de terre étant l'occasion d'un réajustement, plus ou moins conflictuel, des relations entre acteurs.

Florent Bidaud, Centre d'études et de prospective

Source : HAL

13/09/2019

Les effets contrastés de la gestion des risques sur la productivité agricole

La gestion des risques influence-t-elle positivement la productivité agricole ? Pour répondre à cette question, M. Vigani (université de Gloucestershire) et J. Kathage (JRC, Commission européenne) proposent une analyse économétrique afin d'estimer les effets de différentes stratégies sur la productivité globale des facteurs (PGF).

En théorie, la gestion des risques permet une meilleure allocation des ressources, car elle donne la possibilité aux exploitants agricoles d'effectuer leurs choix de production (assolements, intrants, etc.) comme s'ils étaient neutres au risque. Cela suggère un effet positif sur la productivité. Mais, soulignent les auteurs, la gestion des risques a aussi un coût : primes d'assurance, coût des contrats, efforts de collecte et d'analyse des données, etc. Ce coût, susceptible d'augmenter avec la complexité de la stratégie mise en place, peut donc peser négativement sur la productivité.

L'étude est menée sur un échantillon de 700 exploitations agricoles productrices de blé en France (350, situées en Champagne-Ardenne, Picardie, Centre et Bourgogne) et en Hongrie (350, dans la plupart des régions). 16 stratégies de gestion des risques sont analysées, correspondant aux combinaisons possibles (« portefeuilles ») de quatre instruments : assurance, diversification des cultures, variétés résistantes, contrats. Un modèle de régression multinomial à régimes endogènes est choisi par les auteurs pour traiter des problèmes d'endogénéité, et isoler les effets propres des stratégies de gestion des risques sur la PGF.

Les résultats s'avèrent particulièrement contrastés (cf. figure). Les portefeuilles simples, recourant à un seul instrument, augmentent bien la productivité : c'est le cas des variétés résistantes (+ 9 % par rapport à une absence de gestion des risques) et les contrats (+ 22 %) lorsqu'ils sont choisis isolément. Les portefeuilles complexes, incluant davantage d'instruments, tendent en revanche à avoir un effet négatif (ex : « assurance-diversification-variété résistante », - 41 %), confirmant l'hypothèse des auteurs sur le coût croissant des stratégies complexes. Ces impacts sont en outre très différents entre la France et la Hongrie, et en fonction du niveau de risque auquel font face les exploitations agricoles. Ces résultats, soulignent les auteurs, nourrissent la réflexion sur l'avenir des politiques de gestion des risques, en particulier dans le contexte de réforme de la PAC.

Effets des portefeuilles d'instruments de gestion des risques sur la productivité des exploitations agricoles par rapport à l'absence d'instrument

Risques.jpg

Source : American Journal of Agricultural Economics

Lecture : I = assurance ; D = diversification ; C : contrat ; V = variété.

Julien Hardelin, Centre d'études et de prospective

Source : American Journal of Agricultural Economics

Quelle résilience des exploitations américaines face au risque climatique, en présence de programmes d'assurance ?

Alors que la résilience des exploitations fait l'actualité, deux équipes de chercheurs américains viennent de contribuer, par leurs publications, à documenter l'impact des variations climatiques d'une part, et des assurances, d'autre part, dans la survie des structures agricoles.

La première équipe s'est appuyée sur les résultats des recensements américains de 1992 à 2012 pour cibler les agriculteurs installés depuis moins de 10 ans et mieux comprendre les facteurs influant sur la poursuite ou l'arrêt d'activité entre deux enquêtes. De manière originale, ils ont introduit les facteurs climatiques, et ce de deux façons séparées, indirectement à travers la volatilité des prix et directement avec les fluctuations de la température et des précipitations. De manière plus classique, ils ont également analysé le poids de différents facteurs socio-économiques, tels que la rentabilité, l'âge de l'agriculteur, le type d'exploitation (familiale ou non, culture ou élevage), la part de l'agriculture dans l'économie locale (à l'échelle des comtés) ou le montant des aides fédérales.

Les auteurs ont ainsi pu mettre en évidence les facteurs ayant le plus d'impacts, positifs ou négatifs, sur la probabilité de cessation d'un agriculteur récemment installé. C'est le cas des aides fédérales ou de la volatilité des prix, qui agissent de façon contre-intuitive : plus il y a d'aides ou plus les prix sont stables, moins les exploitations sont résilientes. À l'inverse, l'instabilité climatique a peu d'effet sur la durée de vie des exploitations, en raison notamment des outils de gestion des risques auxquels recourent les agriculteurs américains.

C'est d'ailleurs sur ce volet que la deuxième étude est focalisée : elle évalue les programmes d'assurance récolte au regard de la résilience des exploitations, à partir de données de panel dans le Kansas, entre 1992 et 2016. L'équipe a estimé de façon précise l'apport des programmes d'assurance dans le maintien en activité des structures agricoles, voire

dans la limitation du désinvestissement. Recréant un contrefactuel à partir des exploitations n'ayant pas souscrit d'assurance récolte, les auteurs mesurent l'apport très significatif de cet outil dans le maintien d'activité, avec une baisse de 13,5 à 16 % du taux de cessation, et de 6 % du désinvestissement. Enfin, les auteurs font le lien avec la réforme de la Politique agricole commune, favorisant un recours accru aux subventions en faveur des assurances, ce qui pourrait s'accompagner d'une baisse du taux de disparition des exploitations européennes.

Muriel Mahé, Centre d'études et de prospective

Sources : Sustainability, European Review of Agricultural Economics