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11/10/2018

Paysages pastoraux, les préserver sans les naturaliser

La revue Landscape Research vient de publier un numéro spécial dédié à la gestion des paysages pastoraux, et tout particulièrement des alpages. Plusieurs articles proposent une analyse de l'impact des politiques publiques sur la conservation de ces espaces à haute valeur culturelle, écologique et agricole. Si la plupart des contributions se réfèrent aux paysages alpestres dans plusieurs pays européens, certaines se distinguent en abordant d'autres régions : paysages pastoraux de la Chaîne des Puys en France, de la région des Lacs au nord de l'Angleterre (English Lakeland), landes des Pays-Bas, pâturages du Népal.

Quelle que soit la région, les paysages pastoraux sont des espaces naturels modelés par l'homme, notamment par les usages liés à l'élevage. Ouverts et discontinus, ils sont aujourd'hui menacés, dans de nombreuses zones, par la conjugaison de divers phénomènes : recul de l'élevage extensif et des pratiques de transhumance, concurrence d'autres usages (tourisme, forêt), remise en cause de la gestion collective des communs, développement d'une conception spatialisée de la conservation des espaces naturels, etc. Porteurs d'enjeux multiples et parfois contradictoires (agricoles ou ruraux, récréatifs, culturels, de biodiversité, etc.), ils sont directement ou indirectement l'objet de plusieurs politiques publiques (agricole, environnementale, forestière, économique, touristique, culturelle, etc.), à différentes échelles (territoriale, nationale, européenne).

Ainsi, dans le cas des Alpes slovènes, les auteurs ont cherché à analyser l'impact de la Politique agricole commune (PAC) sur l'évolution des paysages, dans une région où la forêt est très présente. Si la PAC a globalement permis le maintien de pâturages extensifs et limité l'abandon des terres, elle conduit à une standardisation des paysages, particulièrement dans le cadre du 1er pilier. De plus, les modalités de mise en œuvre du 2nd pilier ne permettent pas d'apporter une réponse adaptée à l'hétérogénéité des paysages pastoraux, laquelle est justement essentielle des points de vue de la biodiversité et de la tradition culturelle. Enfin, les auteurs identifient une tension entre deux objectifs : soit préserver la dynamique évolutive d'une nature anthropisée, soit conserver les paysages dans un état « naturalisé » pour les consommateurs.

Muriel Mahé, Centre d'études et de prospective

Source : Landscape Research

10:17 Publié dans 4. Politiques publiques, PAC, Territoires | Lien permanent | Tags : paysages, pastoralisme |  Imprimer | | | | |  Facebook

10/10/2018

Étude des bénéfices environnementaux et sociaux générés par les activités agricoles dans les Cévennes

Inscrites au patrimoine mondial de l'Unesco, les Cévennes se caractérisent par un paysage karstique ouvert, fait de prairies permanentes. Façonné par l'agro-pastoralisme, cet écosystème fragile est aujourd'hui menacé par l'évolution des pratiques agricoles. Partant de ce constat, une équipe de l'Inra, associée au bureau d'étude BRL, s'est penchée sur les relations entre activités agricoles et écosystème dans cette région. Leurs travaux ont fait l'objet d'un article publié dans la revue Land Use Policy. Ils s'inscrivent dans le cadre du projet de recherche européen PEGASUS, qui vise à développer des approches innovantes permettant de renforcer les bénéfices sociaux et environnementaux des activités agricoles et forestières. Il repose sur 32 études de cas conduites dans 10 États membres.

Délimitation du parc national des Cévennes

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Source : Land Use Policy

Les auteurs mobilisent un cadre conceptuel relevant de la théorie des biens communs, afin de comprendre comment le contexte socio-économique et politique influe sur la production, par les activités agricoles, de biens publics et services écosystèmiques. Pour cela, des entretiens ont été conduits auprès d'acteurs impliqués dans la gouvernance locale : Parc national, État (direction départementale des territoires), associations de professionnels du tourisme, agriculteurs, etc.

Les auteurs ont identifié trois facteurs impactant, de façon négative, la production de bénéfices sociaux et environnementaux par les agriculteurs, et deux l'impactant de façon positive. Parmi les facteurs négatifs, on trouve d'abord les mécanismes de marché et l'environnement compétitif, qui encouragent par exemple le remplacement des prairies permanentes par des surfaces cultivées. Viennent ensuite le changement climatique et la recrudescence des sécheresses, qui incitent les éleveurs à délaisser le pâturage, ce qui conduit à l'enfrichement de certains terrains. Enfin, les modalités de calcul des aides de la PAC ne sont pas forcément favorables au maintien des infrastructures agro-écologiques caractéristiques du paysage cévennol.

Parmi les facteurs positifs, les auteurs mentionnent la présence de nombreux agriculteurs néo-ruraux, qui attachent une grande importance à la préservation de l'écosystème local. Enfin, ils insistent sur le rôle central qu'a eu le Parc national pour impulser une dynamique de préservation du paysage et de l'écosystème.

Mickaël Hugonnet, Centre d'études et de prospective

Source : Land Use Policy

09/10/2018

Land Use and Food Security in 2050: a Narrow Road. Agrimonde-Terra, Chantal Le Mouël, Marie de Lattre-Gasquet, Olivier Mora (coord.)

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Paru en septembre 2018, en version anglaise uniquement, l'ouvrage Land Use and Food Security in 2050: a Narrow Road. Agrimonde-Terra présente de façon détaillée la démarche, les méthodes et les résultats de l'exercice prospectif éponyme conduit par l’Inra et le Cirad. Ayant mobilisé environ 80 experts internationaux au sein de multiples ateliers thématiques, l'étude avait pour objectifs d'analyser et d'explorer les déterminants des changements d'usage des sols aux niveaux mondial et régional, les évolutions à attendre en matière de surfaces agricoles, et les grands enjeux relatifs à la sécurité alimentaire à l'horizon 2050.

La démarche prospective a porté sur le système « usage des sols - sécurité alimentaire », influencé par cinq variables directes (systèmes de culture, d'élevage, forestiers, structures des exploitations agricoles, relations rural-urbain) et trois variables exogènes (contexte global, climat, régimes alimentaires). La combinaison des hypothèses d'évolution de ces variables a donné lieu à la production de cinq grands scénarios (voir à ce sujet un précédent billet sur ce blog) : trois scénarios tendanciels (« métropolisation », « régionalisation », « ménages ») et deux scénarios de rupture (« qualité des aliments et santé », « communautés rurales dans un monde fragmenté »). La narration de ces scénarios est enrichie de simulations chiffrées (cf. figure) issues de l'outil « GlobaAgri-AgT », un modèle d'équilibre utilisation-ressources de la biomasse mondiale développé par la plateforme GlobAgri Cirad-Inra, regroupant les commodités agricoles en 33 catégories, à partir des données de Faostat.

Changements d'usage des sols au niveau mondial entre 2010 et 2050 selon différents scénarios (millions d'hectares et % d'évolution)

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Source : Éditions Quæ

Au-delà des scénarios eux-mêmes, l'ouvrage est riche d'une revue de littérature des prospectives par scénarios menées sur ce thème (chapitre 4), d'une synthèse rétrospective des grandes tendances (chapitre 5), et d'un focus régional sur l'Afrique subsaharienne (chapitre 15). Au total, si tous les scénarios conduisent à une augmentation de l'usage agricole des terres, seul le scénario « santé » se révèle capable d'assurer la sécurité alimentaire mondiale à l'horizon 2050. Analysant en détail le rôle des technologies, du commerce et d'autres facteurs, les auteurs concluent en dégageant un ensemble d'options de politiques publiques, certaines valables dans tous les scénarios, d'autres spécifiques à chacun d'entre eux.

Julien Hardelin, Centre d'études et de prospective

Source : Éditions Quæ

Où pâturer ? Le pastoralisme entre crises et adaptation, Anne-Marie Brisebarre, Guillaume Lebaudy, Pablo Vidal González (dir.)

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En octobre 2016 se tenait à Valence, en Espagne, un colloque d'anthropologie sur les transhumances. Où pâturer rend aujourd'hui compte de ces travaux. Cet ouvrage collectif, proche du format « revue », est découpé en trois parties inégales, et le lecteur y trouvera de riches aperçus sur les évolutions récentes du pastoralisme.

Les textes de la première partie (« Le dossier ») éclairent cinq questions majeures. En premier lieu, la contribution environnementale des troupeaux est évoquée à propos des paysages des Cévennes. Les déplacements des moutons ont façonné des agroécosystèmes et un patrimoine culturel qui font aujourd'hui l'objet d'une intense mise en valeur touristique. L'impact des nouvelles technologies sur les conditions de travail, traditionnellement marquées par l'isolement et la solitude, est ensuite évoqué à propos de la région de Valence. Le cas des éleveurs kurdes permet, quant à lui, d'éclairer les multiples enjeux identitaires du nomadisme. Les enjeux humains de la mondialisation sont illustrés avec les pasteurs roumains venus garder les moutons en Italie – une « ethnicisation professionnelle » sur laquelle les tenants de la patrimonialisation du métier ont tendance à fermer les yeux. Enfin, un chapitre est consacré à la question des savoirs et des connaissances, à partir de terrains en Roumanie. Le berger apparaît comme une figure ambivalente, entre « l'idiot et le savant », « mystérieux connaisseur, capable de s'adapter au changement depuis des millénaires ».

La partie centrale, intitulée « Bouger pour s'adapter », navigue entre ces différents thèmes, en abordant parfois explicitement des questions de politiques publiques. C'est le cas d'un chapitre sur une réforme du cadre légal de l'élevage agro-pastoral au Kirghizistan. La « loi sur les pâturages » de 2009, malgré des objectifs louables (encourager la mobilité pour « limiter la dégradation des pâturages proches des villages »), apparaît trop « plaquée » et insuffisamment participative. D'autres contributions éclairent la situation au Kazakhstan, au Maroc, dans les Pyrénnées catalanes, etc. Enfin, l'ouvrage se termine par trois brefs textes sur la question du loup et de la difficile cohabitation avec l'élevage extensif.

Florent Bidaud, Centre d'études et de prospective

Source : Éditions Cardère

09:52 Publié dans Environnement, Société, Territoires | Lien permanent | Tags : transhumances, anthropologie, paturer, moutons, agroécosystèmes |  Imprimer | | | | |  Facebook

08/10/2018

La Rural Investment Support for Europe (RISE) Foundation (La fondation de soutien à l'investissement rural en Europe)

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Créée en 2006, à Bruxelles, par l'ex-commissaire européen à l'agriculture Franz Fischler, en collaboration avec l'organisation européenne des propriétaires terriens (ELO) et l'association Friends of the countryside, le Rural Investment Support for Europe (RISE) est une fondation d'utilité publique indépendante, financée par des donateurs, institutionnels ou privés, via la Fondation Roi Baudouin, elle-même rattachée au réseau philanthropique Transnational giving europe (TGE network). L'objectif principal de RISE est de soutenir la compétitivité de l'économie rurale en Europe. À cette fin, elle produit des études et rapports dont elle tire des recommandations destinées aux décideurs. La fondation s'appuie sur une équipe internationale d'experts internes ou externes, économistes et scientifiques, dont le professeur Buckwell, économiste agricole, qui a dirigé plusieurs études récentes de RISE. Sont organisés également des ateliers de consultations et plates-formes de débats avec des experts, représentants d'ONG, professionnels, décideurs et universitaires. Les axes de réflexion concernent l'agriculture, l'élevage ainsi que la biodiversité et le patrimoine rural.

Parmi les publications de la fondation, on peut citer un rapport sur l'agriculture écologiquement intensive, sorti en 2014, qui proposait des pistes pour concilier productivité et environnement. En 2016, le rapport Nutrient recovery and reuse in european agriculture traitait des récupération et réutilisation des nutriments tout au long de la chaîne alimentaire, afin de limiter la pollution et le gaspillage. En 2017, un rapport sur l'avenir de la PAC proposait notamment de la centrer sur les résultats et de réduire les paiements directs. Les auteurs identifiaient deux axes majeurs d'adaptation, la gestion des risques et celle des terres (autour de contrats de services dans ce dernier cas), et émettaient différentes recommandations de fond et de procédure en vue de la réforme de cette politique.

Plus récemment, la fondation a publié un rapport sur l'espace optimal à consacrer à l'élevage en Europe (voir à ce sujet une autre brève sur ce blog). Les auteurs, font des propositions pour limiter les pertes nutritives, et mettent en exergue les défis liés à une diminution de l'élevage : par quoi remplacer les produits animaux ? Quid des protéines végétales alternatives ? Que fera-t-on des terres libérées ? Seront-elles laissées à un état « sauvage », dédiées à la forêt, à la production de céréales, de biocarburants, etc. ? Enfin, dans le cadre du programme européen de recherche et d'innovation Horizon 2020, la fondation vient de lancer un projet d'économie circulaire, axé sur la gestion du carbone, du phosphore et de l'azote.

Madeleine Lesage, Centre d'études et de prospective

Source : Fondation RISE

05/10/2018

Vendanges présidentielles : quand du vin coulent les votes

Un an après une note de Terra Nova sur l'élection présidentielle de 2017 (voir une précédente brève sur ce blog), la Fondation Jean-Jaurès passe en revue les différents vignobles, à la recherche de mécanismes expliquant ou éclairant les résultats électoraux. Selon J. Fourquet et S. Manternach, le cadre d'interprétation qui oppose France des métropoles et « espaces périphériques », « régions gagnantes » et « perdantes » de la mondialisation, est globalement « valide et opérant ». La réputation des terroirs, sanctionnée par les Appellations d'origine protégée (AOP), et la capacité à « créer et capter des richesses », favorisent les votes conservateurs, tandis que « les problématiques d'isolement, de relégation et de déclassement » pousseraient au vote protestataire. Mais la réalité est plus complexe que cette première approche ne le laisse entendre. Les lignes de fracture passent aussi, en fait, à l'intérieur des différents bassins économiques. Ainsi, en Bourgogne, dans la côte de Nuits, le vote Le Pen s'accroît à mesure qu'on s'éloigne du centre de la micro-région, et que l'agriculture est « moins présente et moins lucrative ». Les différentes observations avancées ne manquent pas d'intérêt, mais comme souvent dans ce type d'étude, quand le cadre d'analyse général est pris en défaut, des ressorts ad hoc sont mis en avant (ancienneté de l'implantation du FN en Languedoc-Roussillon, attaches personnelles de Mélenchon dans le vignoble d'Arbois, etc.).

Source : Fondation Jean-Jaurès

09:35 Publié dans Société, Territoires | Lien permanent | Tags : vote, vignobles, élections présidentielles, terra nova |  Imprimer | | | | |  Facebook

04/10/2018

L'université Harvard et ses investissements fonciers

En septembre 2018, GRAIN consacre un rapport à l'université Harvard en tant qu'acteur majeur des investissements fonciers à l'échelle mondiale. Selon les auteurs, un réseau complexe et opaque de sociétés lui ont permis, jusqu’en 2017, d’acquérir 850 000 ha pour un montant de 930 millions de dollars. Ils s'appuient sur des données issues des déclarations d'impôt de l'université et de ses filiales, sur les investissements en ressources naturelles (données Preqin), des rapports universitaires ainsi que des témoignages des populations concernées. Les terres ont été achetées au Brésil, en Afrique du Sud, en Ukraine, en Nouvelle-Zélande, en Australie et aux États-Unis. Le rapport indique que ces transactions ont pu être sources de conflits avec les populations locales, et avoir des conséquences néfastes sur l'environnement et la ressource en eau. C'est notamment le cas dans la région du Cerrado au Brésil où des partenariats avec des sociétés locales ont permis de prendre le contrôle de grandes surfaces par la suite déforestées pour la culture du soja ou de la canne à sucre. Dans le cas présent, l'échec productif de ces investissements témoigne du caractère spéculatif des projets.

Terres agricoles du Fonds de dotation de l'université Harvard

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Source : GRAIN

Source : GRAIN

09:33 Publié dans Mondialisation et international, Territoires | Lien permanent | Tags : foncier, investissements fonciers, harvard |  Imprimer | | | | |  Facebook

14/09/2018

Comprendre la faible participation des agriculteurs à la gouvernance territoriale

Prolongeant la tendance entamée dans les années 1975-85, les politiques de développement rural, en France, se caractérisent par une territorialisation grandissante. L'action publique s’opère de plus en plus à l’échelle de « territoires de projet » (pays, parcs naturels, territoires Leader, bassins de vie, intercommunalités, etc.) et repose sur des démarches participatives. Constatant la faible implication des agriculteurs dans ces dispositifs de gouvernance, une équipe de sociologues de l’Inra s’est penchée sur ce phénomène.

Leurs travaux, conduits dans le cadre du projet Gouv.Innov, ont fait l’objet d’une publication dans la Revue européenne des sciences sociales. Ils y ont suivi une « opération concertée d’aménagement de l’espace rural » (OCAGER), lancée par le pays Corbières Minervois (département de l’Aude). Leurs résultats combinent des informations issues d’observations participantes, d’entretiens semi-directifs et d’archives.

Les auteurs montrent que les agriculteurs, rompus à l’action collective et habitués à déléguer leur représentation aux coopératives, syndicats et chambres d’agriculture, sont déstabilisés par des démarches participatives qui s’adressent d’abord aux individus et non aux collectifs. De plus, la dynamique du développement rural, où l’agriculture n’est plus considérée comme un champ d’action publique à part entière, mais est soumise à une approche transversale, se heurte aux logiques sectorielles qui prévalent chez les agriculteurs. Pour ces raisons, la plupart d’entre eux ne prennent pas part aux réunions de concertation, ou bien seulement à celles consacrées aux questions agricoles, et comptent sur leurs institutions pour les représenter le reste du temps.

Les auteurs notent toutefois que les « néo-agriculteurs » font exception à cette règle. Souvent tournés vers des systèmes alternatifs (agriculture biologique, etc.) et porteurs d’une vision politique de leur activité, ils trouvent aisément leur place dans les processus de concertation, et ce d’autant plus que leurs parcours professionnels antérieurs les ont acculturés aux démarches délibératives. De fait, ils sont surreprésentés dans les dispositifs participatifs.

Ainsi, cette étude de cas illustre les défis sociaux, culturels et organisationnels auxquels sont confrontés les dispositifs participatifs cherchant à mobiliser les acteurs locaux, et notamment les agriculteurs.

Mickaël Hugonnet, Centre d'études et de prospective

Source : Revue européenne des sciences sociales

L'agriculture sociale en Catalogne

Un article du Boletín de la Asociación de Geógrafos Españoles de juin 2018 traite de l'agriculture sociale et de sa mise en pratique, en Catalogne, en tant que processus d'inclusion socio-économique de populations précaires et de revitalisation de l'espace rural à travers, notamment, la survie des petites exploitations agricoles. L'étude, menée par une équipe du Departament de Geografia de la Universitat Autònoma de Barcelona, analyse en premier lieu l'évolution historique du concept « d'agriculture sociale », depuis les monastères du Moyen-Âge jusqu'à la multifonctionnalité des espaces ruraux du XXIe siècle, en passant par les hôpitaux et les œuvres religieuses du XXe siècle.

Une analyse des caractéristiques de l'agriculture sociale catalane est menée, en se basant sur des données de la statistique publique, des enquêtes de terrain et des outils cartographiques. Les auteurs ont recensé, en 2017, 206 expériences, dont 161 concernent l'agriculture sociale proprement dite (hors jardinage), orientés vers les personnes handicapées, âgées, en situation de pauvreté et/ou de chômage. Parmi ces démarches, 61 % ont une approche écologique, dont 77 % en agriculture, 8 % en transformation agroalimentaire (produits laitiers, confitures, bières artisanales par exemple), 8 % en foresterie, 5 % en services agricoles, 1 % en artisanat et 1 % en élevage. L'encadrement est assuré par des techniciens agricoles, éducateurs, psychologues ou assistants sociaux, et du volontariat. Les ressources foncières et financières sont publiques, privées et mixtes.

Selon les auteurs, les forces de l'agriculture sociale en Catalogne reposent sur son inscription dans une stratégie agroalimentaire ancrée dans le territoire et contribuant effectivement au développement local et à l'innovation sociale. Mais des faiblesses sont également soulignées : atomisation des expériences, faible reconnaissance institutionnelle et sociale, différentiels de compétitivité par rapport à l'agriculture traditionnelle, etc.

Enfin, en s'appuyant sur un diagramme de flux, les auteurs proposent une série d'actions stratégiques qui, selon eux, favoriseraient ces expériences : encouragement de l'agriculture sociale en tant que secteur de l'économie sociale, meilleure inclusion du modèle dans les politiques publiques, mise en place d'un cadre juridique propre, appui à la mise en place de financements alternatifs et de réserves de terres.

Expériences d'agriculture sociale en Catalogne selon le champ d'action

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Source : Boletín de la Asociación de Geógrafos Españoles

Hugo Berman, Centre d'études et de prospective

Source : Boletín de la Asociación de Geógrafos Españoles

10:24 Publié dans Agriculteurs, Territoires | Lien permanent | Tags : catalogne, agriculture sociale |  Imprimer | | | | |  Facebook

11/07/2018

Anticiper les changements climatiques en Nouvelle-Aquitaine pour agir dans les territoires

Cinq ans après un premier rapport, le comité scientifique régional AcclimaTerra vient de publier une nouvelle édition. Sous la direction d'H. Le Treut, cette deuxième livraison est le fruit de la mobilisation d'environ 240 chercheurs. Elle intègre le périmètre élargi de la Nouvelle-Aquitaine et de nouvelles thématiques et disciplines (dont les sciences humaines). Face à la complexité des questions climatiques et de la transition environnementale, la région représente un espace d'action, de réflexion, de débat et d'éducation citoyenne, l'adaptation devant se concevoir avant tout à l'échelle des territoires. S'adressant à l'ensemble des acteurs concernés (élus, citoyens, etc.), les auteurs veulent accompagner cette démarche (défi de l'interface entre diagnostic scientifique et « complexité du fait social ») et fournissent des informations pour aider à la prise de décision. Une lecture à plusieurs niveaux est ainsi proposée (ouvrage, synthèse, infographies, compléments disponibles en ligne, etc.).

Évolution des émissions de gaz à effet de serre par secteur et par gaz, entre 1990 et 2015

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Source : AcclimaTerra

Après un rappel des données clés de la région la plus vaste de France (5,9 millions d'habitants, 84 % du territoire occupés par l'agriculture et la forêt, etc.), quinze chapitres présentent des analyses détaillées sur des thématiques variées : dépendance entre climat local et climat global, approches historique et juridique, santé environnementale, milieux naturels, territoires urbains, massifs montagneux, etc. La ressource en eau, l'agriculture, la forêt, la pêche et la conchyliculture font ainsi l'objet de développements intéressants.

Extrait (volet « adaptation ») de l'infographie synthétisant le chapitre consacré à la pêche et à la conchyliculture

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Source : AcclimaTerra

De la conclusion, il ressort que tous les territoires de la Nouvelle-Aquitaine sont, à des degrés divers, vulnérables au changement climatique, ce qui appelle, pour les auteurs, des actions différenciées tenant compte des inégalités. Ils soulignent également des besoins de travaux scientifiques, par exemple pour mieux établir les risques et estimer la vulnérabilité des territoires. Ils identifient par ailleurs des actions nécessaires dans divers domaines (ressource en eau, forêt, montagne, zones humides, pêche, conchyliculture, etc.). Ils insistent aussi sur l'urgence à agir en matière agricole, en mettant à profit les débats actuels, entre autres sur les produits phytosanitaires : repenser les systèmes de production en tenant compte de la durabilité économique et de la diversité des exploitations, ainsi que des changements d'habitudes alimentaires.

Julia Gassie, Centre d'études et de prospective

Source : AcclimaTerra

12/06/2018

Cartographie du potentiel de lutte biologique des paysages agricoles européens

En Europe, la protection des plantes repose largement sur l'usage de produits chimiques, qui impactent négativement la biodiversité et la fourniture de services écosystémiques. Le développement de la lutte biologique (ou bio-contrôle) permettrait donc d'améliorer la durabilité de l'agriculture, tout en garantissant la sécurité alimentaire. Dans cet objectif, des chercheurs ont modélisé et cartographié le potentiel de lutte biologique (basée ici sur des auxiliaires, ennemis naturels des ravageurs) des paysages agricoles européens actuels. Leurs résultats sont publiés dans un article de la revue Ecological Indicators.

Pour ce travail, le territoire européen a été divisé en cellules d'un hectare. Leur potentiel de bio-contrôle a ensuite été estimé en considérant : 1) la présence et le nombre d'habitats semi-naturels (ex. haies), 2) leur répartition dans l'espace, 3) leur distance par rapport à la cellule considérée et 4) leur type, boisé ou herbagé et linéaire ou surfacique. Afin de paramétrer le modèle, la densité d’auxiliaires a été mesurée dans 217 habitats semi-naturels différents répartis entre quatre pays (Italie, Allemagne, Suisse, Royaume-Uni). Puis, plusieurs sources de données satellitaires sur l'usage des terres (dont Copernicus) ont été utilisées.

Potentiel de lutte biologique des paysages européens

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Source : Ecological Indicators

La carte produite (voir ci-dessus) représente l'index de bio-contrôle ainsi estimé, normalisé de 0 à 100 (maximum). Elle permet d'identifier des zones à fort potentiel, comme la Franche-Comté ou le Massif Central, ou à faible potentiel, comme le Centre-Val de Loire. De manière générale, les cultures arables et pérennes ont le plus faible potentiel, et les systèmes pastoraux et hétérogènes le plus élevé (voir figure ci-dessous). Enfin, ce potentiel diffère d'une région à l'autre. Les paysages suisses ont par exemple un potentiel plus élevé, car ils reposent sur des champs de petite taille parsemés d'habitats naturels ou semi-naturels.

Potentiel de contrôle biologique dans les grands systèmes agricoles et lien entre l'abondance d'habitats semi-naturels et le potentiel dans les départements européens

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Source : Ecological Indicators

Les auteurs suggèrent donc d'encourager la présence d'habitats semi-naturels, en particulier de haies boisées, dans les zones à faible potentiel de bio-contrôle. Ils soulignent également l'importance d'étudier les arbitrages et les synergies entre les différents services écosystémiques. Cela fait notamment écho à un autre article récent montrant que la survie des pollinisateurs en Europe de l'Ouest dépend de la configuration des paysages agricoles et pas de la diversité des cultures.

Estelle Midler, Centre d'études et de prospective

Source : Ecological Indicators

08/06/2018

Action des villes intermédiaires sur le foncier en vue d'une relocalisation de leur approvisionnement alimentaire : un état des lieux

Pour certaines villes, les terres agricoles situées à leur périphérie pourraient constituer le levier d'une possible relocalisation d'une partie de leur système alimentaire. Dans un article publié dans la revue Géocarrefour, une équipe de géographes s'est penchée sur ce phénomène, dont ils mettent en évidence les finalités, modalités et limites. Ils se focalisent sur les villes intermédiaires, moins étudiées jusqu'ici que les grandes métropoles, en s'appuyant sur l'étude de trois intercommunalités engagées dans ce type de démarches (Amiens, Millau, Saint-Affrique) et choisies selon la méthode des cas contrastés. Le travail d'enquête a reposé sur 25 entretiens semi-directifs conduits auprès d'acteurs locaux.

Localisation des terrains d'étude

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Source : Géocarrefour

Les études de cas illustrent la diversité des objectifs poursuivis par les intercommunalités. À Amiens, l'action de la collectivité est guidée par la volonté de préserver les hortillonnages, un patrimoine qui participe à l'attractivité touristique de la ville. À Millau, il s'agit d'approvisionner la cantine municipale en produits biologiques, afin de favoriser l'accès du grand public à ce mode d'alimentation jugé plus sain. À Saint-Affrique, la démarche s'inscrit d'abord dans une optique de réinsertion sociale.

Les auteurs soulignent plusieurs caractéristiques communes à ces projets, tel l'accent mis sur le maraîchage ou l'importance du portage par les élus. Ils constatent que le foncier est mobilisé de différentes manières : tantôt la collectivité met à disposition du foncier qu'elle possède déjà, tantôt elle l'achète au préalable. Par ailleurs, l'exploitation des terres se fait selon trois modalités (bail, bail à clauses environnementales et régie publique), qui reflètent des niveaux d'implication variables des collectivités. Enfin, plusieurs freins à ces démarches sont identifiés : obstacles juridiques et financiers, difficultés à légitimer une approche territoriale de l'alimentation par rapport à l'approche sectorielle qui prévaut au sein des organisations agricoles majoritaires, etc.

Pour conclure, les auteurs indiquent que si les actions étudiées sont le reflet d'une dynamique « locavore » impulsée par certaines villes intermédiaires, elles ne sont qu'un premier pas au regard de l'ambition globale de relocalisation alimentaire. La question se pose alors de savoir s'il est possible d'aller au-delà de la production maraîchère aujourd'hui centrale dans ces démarches.

Mickaël Hugonnet, Centre d'études et de prospective

Source : Géocarrefour

05/06/2018

Start-up et région lyonnaise

Dans le cadre d'un travail engagé depuis un an, la Direction de la prospective et du dialogue public de la métropole de Lyon vient de publier plusieurs documents consacrés à l'étude des trajectoires et des dynamiques des start-up sur son territoire. Une cohorte de 110 start-up a ainsi été constituée. Trois études sectorielles (secteur alimentaire notamment) ont été réalisées, une synthèse reprenant les principaux enseignements. En matière de foodtech (cf. schéma ci-dessous), environ 60 start-up ont émergé depuis 2005. Il ressort de l'analyse que ce territoire se caractérise par un « vrai potentiel » d'innovation alimentaire, de par un nombre important de start-up et un environnement favorable à leur développement (incubateur, tiers lieux, écoles spécialisées, tissu dense d'entreprises agroalimentaires). Malgré ces succès, constituer un fonds d'investissement local et soutenir la phase du passage à la production constituent deux défis à relever.

Signalons également la publication de Pistes prospectives autour du phénomène start-up et d'une infographie présentant les grandes étapes de développement de ces structures.

Innovations et technologies portées par les start-up sur les différents maillons de la chaîne de valeur alimentaire

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Source : métropole de Lyon

Source : Millénaire3

09:49 Publié dans Alimentation et consommation, Territoires | Lien permanent | Tags : lyon, métropole, foodtech, start up |  Imprimer | | | | |  Facebook

09/05/2018

Les territoires, au service d'une agriculture et d'une alimentation durables selon la FAO

La prise en compte des enjeux liés au développement durable nécessite la mise en place de stratégies globales et intégrées de gestion des écosystèmes et des territoires. Telle est l'idée défendue par la FAO dans un rapport publié récemment et intitulé Landscapes for life.

Dans ce document, l’organisation onusienne appelle à privilégier les démarches systémiques, conduites à l'échelle de territoires ou d'ensembles paysagers régionaux, afin d'encourager la transition vers une agriculture et une alimentation durables. Pour la FAO, ce type d'approches est le mieux à même de satisfaire les besoins des populations vivant sur un territoire donné, en tenant compte de la multifonctionnalité de ce dernier et du fait qu'il fournit des biens et services à des catégories d'acteurs aux intérêts parfois contradictoires. C'est aussi, selon les auteurs, le moyen le plus efficace pour avoir une gestion durable des ressources et accroître la résilience des populations locales face aux aléas, notamment ceux résultant du changement climatique.

5 principes clés d'une agriculture et d'une alimentation durables

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Source : FAO

L'essentiel du rapport est consacré à la présentation des différents types d'approches territoriales mises en œuvre par la FAO dans le cadre de ses interventions : gestion durable de bassins versants, restauration paysagère et forestière, approches écosystémiques des pêcheries et de l'aquaculture, etc. À chaque fois, des cas concrets de projets pilotés ou appuyés par l'organisation sont présentés, à titre d'illustrations. Elle a par exemple assisté les autorités marocaines pour la mise en place d'un programme de gestion durable du bassin versant de l'Oued Outat, dans le double objectif de lutter contre la pauvreté et la désertification. Construit au moyen d'une consultation large, incluant l'ensemble des parties prenantes, ce programme prévoit la réhabilitation des zones dégradées, le développement des infrastructures locales ainsi que la promotion de pratiques agricoles plus durables à travers un programme de recherche-action participative visant à combiner connaissances traditionnelles et scientifiques.

Afin de faciliter la mutualisation entre acteurs du développement impliqués dans des démarches territoriales, et de capitaliser sur les actions engagées, plusieurs guides de bonnes pratiques, boîtes à outils et plate-formes numériques ont été élaborés et mis à disposition par la FAO. Pour autant, les auteurs considèrent qu'il reste beaucoup à faire sur ces aspects.

Mickaël Hugonnet, Centre d’études et de prospective

Source : FAO

Le développement territorial dans un contexte de systèmes alimentaires globalisés

La revue espagnole Ager, dans son premier numéro de 2018, publie un dossier intitulé « Chaînes globales alimentaires : débats théoriques et recherches empiriques ». Le premier article, conceptuel, traite de la construction « du politique » dans les processus de restructuration territoriale et de son insertion dans les réseaux économiques globaux, dimension insuffisamment approfondie dans la littérature. Passant en revue les définitions de différentes notions (« chaînes globales de valeur » par exemple), l'auteur s'interroge sur la nature de la frontière entre « politique » et « économique » et propose d'élargir la conception du premier.

Les trois autres articles appliquent cette grille de lecture à la filière vitivinicole, dans différents territoires à vocation exportatrice. Ils s'intéressent aux effets, sur la production locale, de l'insertion dans des marchés mondialisés. Les travaux empiriques présentés concernent des zones de production de raisin de table (Murcia et Alicante en Espagne, Sonora au Mexique), et des terroirs ayant connu des processus de restructuration vitivinicole (Valencia en Espagne et Mendoza en Argentine). Les auteurs abordent les nouvelles géographies résultant de l'insertion dans des filières d'exportation, ainsi que les externalités contraignant certains acteurs à adapter leurs stratégies de production et de reproduction dans le temps, avec pour certains des processus de précarisation. Dans ces trois analyses, la qualité du produit est discriminante, pour pouvoir répondre à des marchés de consommation de plus en plus exigeants en la matière. Ainsi, des investissements et l'accès à une main-d’œuvre qualifiée, disponible et bon marché, sont nécessaires à une amélioration de la qualité de la production et de la compétitivité à l'exportation. Enfin, l'orientation de l'intervention des pouvoirs publics, dans l'accompagnement de ces évolutions, diffère selon les contextes : à Murcia, création de l'Instituto Tecnológico de Uva de Mesa ; à Sonora, territoire accueillant un grand nombre de travailleurs migrants, inspections par la Secretaría de Trabajo y Previsión Social ; à Mendoza, création dans les années 1980 de coopératives et d'institutions mixtes (ex : Fondo Vitivinícola), et plus récemment mise en place du Plan Estratégico Vitivinícola 2020 ; à Valencia, mobilisation des aides de la PAC destinées à la filière vitivinicole, dont celle pour la restructuration du vignoble européen.

Hugo Berman, Centre d'études et de prospective

Source : Ager

13:32 Publié dans Mondialisation et international, Territoires | Lien permanent | Tags : cgv, vitinicole, vin, espagne, mexique, argentine, qualité |  Imprimer | | | | |  Facebook