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15/05/2017

Revenus et trajectoires agricoles en Afrique d'ici 2050 : vers un trop-plein d'agriculteurs ?

Face à l'enthousiasme que suscite une éventuelle « révolution verte » en Afrique, cette note technique de l'AFD, de mars 2017, interroge la « capacité de l'agriculture à faire vivre les producteurs et à répondre à d'autres fonctions » qui lui sont attribuées, notamment en termes d'emplois. Elle analyse des indicateurs dont l’interaction permet de comprendre le changement structurel qui, dans certains pays, a placé l'agriculture dans une situation de convergence de revenus avec les autres secteurs de l'économie. La méthode utilisée projette à l'horizon 2050 les potentialités de croissance de la production par pays (projet GAEZ). La convergence des revenus est abordée à partir du « ratio de revenu du travail (LIR) », qui met en rapport les variables « volume de production », « population » et « prix ». Les pays africains présentent des différences sur le plan agricole. Certains ont déjà entamé un processus de changement structurel classique (réduction simultanée de la part de l'agriculture dans l'emploi et dans la richesse globale), qui les place dans de bonnes conditions d'évolution pour les années à venir. D'autres, à l'inverse, devront engager des politiques volontaristes de soutien à l'agriculture et au revenu.

La variable démographique est déterminante en Afrique, et selon les projections, le sera plus encore à l'horizon 2050. Les auteurs montrent que les systèmes économiques seront insuffisamment développés pour absorber cette croissance de main-d’œuvre potentielle. Le secteur agricole ne pourra pas non plus assumer ce rôle : il devra faire face à une baisse de la surface disponible par travailleur, même en considérant l'incorporation des terres marginales. Pour que l'agriculture puisse être considérée comme une voie d'insertion des jeunes générations, une situation de convergence des revenus entre secteurs économiques devrait être atteinte.

Enfin, à partir d'une modélisation de quatre régimes de développement agricole, et selon des projections à l'horizon 2050, la note met en évidence que 34 pays africains seraient dans une trajectoire « défavorable aux agriculteurs », 9 dans une trajectoire « pouvant favoriser les agriculteurs  » et 10 dans un « changement structurel classique ». Sur le continent, la population active agricole augmenterait de 89 % (97 % pour la région subsaharienne), tandis que l'écart entre le revenu agricole et le revenu non agricole croîtrait.

Trajectoires projetées à l'horizon 2050 pour les pays africains

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Source : AFD

Hugo Berman, Centre d'études et de prospective

Source : AFD

11:14 Publié dans 1. Prospective, Agriculteurs, Mondialisation et international, Territoires | Lien permanent | Tags : afd, afrique |  Imprimer | | | | |  Facebook

12/05/2017

L'éducation, un enjeu pour l'économie des zones rurales des pays de l'OCDE

Alors que les zones rurales perdent des habitants et voient les services publics physiques reculer, l'accès à l'éducation devient un enjeu important pour leur dynamisme économique, d'autant que de nombreuses industries y sont implantées. C'est l'objet du focus sur l'enquête PISA 2015, publié le mois dernier par l'OCDE, portant sur tous les pays membres de l'organisation.

Croisant divers indicateurs statistiques, l'auteur met en évidence les difficultés rencontrées par les populations rurales pour accéder à une même qualité d'éducation, en particulier dans les zones les plus éloignées : scolarisation précoce plus faible, fermetures d'école, offre scolaire plus réduite, recrutements d'enseignants plus difficiles, etc. Ces difficultés conduisent, dans plusieurs pays, à des écarts importants en matière d'acquisition de compétences entre les élèves du monde rural (écoles localisées dans des communes de moins de 3 000 habitants) ou urbain (écoles situées dans des villes de plus de 100 000 habitants) : ce constat est particulièrement sévère en Hongrie, Portugal, Slovaquie et Turquie.

Écart de performance en science, en tenant compte des origines socio-économiques entre les élèves des écoles rurales et urbaines

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Source : OCDE

La poursuite d'études, avec l'obtention d'un diplôme de fin d'enseignement secondaire, est également contrastée selon les régions, à l'avantage des plus urbaines. Ce résultat est obtenu en croisant des statistiques régionalisées de niveau d'études et de populations vivant en zone rurale. Les disparités régionales sont plus ou moins importantes selon les pays (30 à 40 points d'écart au Mexique et en Turquie, quasiment nulles en Suisse et Slovénie), mais, dans pratiquement tous les cas, à l'avantage des régions les plus urbanisées.

La réduction de l'offre physique de services en milieu rural pèse sur l'attractivité de ces régions pour les enseignants les plus qualifiés et les plus expérimentés. Au-delà de politiques incitatives, l'auteur met en avant la nécessité de former de manière spécifique les enseignants intervenant en milieu rural, et de rompre leur isolement de la communauté éducative par un soutien approprié.

Enfin, si les outils numériques facilitent l'accès des élèves aux ressources éducatives et à l'e-enseignement, lorsque les distances à parcourir deviennent trop importantes, on constate que les régions les plus éloignées sont également les moins bien équipées en haut débit dans de nombreux pays.

Muriel Mahé, Centre d'études et de prospective

Source : OCDE

11:06 Publié dans Enseignement et recherche, Territoires | Lien permanent | Tags : ocde, pisa, éducation, zones rurales |  Imprimer | | | | |  Facebook

10/05/2017

La fin du village. Une histoire française, Jean-Pierre Le Goff

Ce livre avait eu du succès lors de sa sortie voici cinq ans. Il nous revient aujourd'hui en version de poche, dans son texte intégral. L'auteur y décrit les transformations d'une communauté villageoise provençale (Cadenet), au tournant des années 1970 et 1980, cette monographie étant prétexte à une réflexion plus générale sur les mutations de la France rurale. Tous les aspects de la vie quotidienne y sont abordés, les plus anecdotiques comme les plus structurants, à travers de nombreux portraits et témoignages, croisés avec des analyses sociologiques et historiques.

Outre le constat d'un inexorable changement, qui met ce village sur une voie de modernisation identique à celle de tous les autres, l'auteur montre bien le hiatus croissant entre le village idéalisé et le village vécu, entre le "local" imaginé de loin par la société française et le "local" fabriqué par ceux qui le vivent. On y voit aussi que pour mieux supporter les incertitudes de l'avenir, de la mondialisation, des évolutions économiques et culturelles, du brassage des populations, les habitants du Cadenet d'aujourd'hui se racontent la belle histoire du "peuple ancien" et partent, avec le sociologue qui les confesse, à la recherche du temps perdu...

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Lien : Éditions Gallimard

10:32 Publié dans Société, Territoires | Lien permanent | Tags : rural, le goff, village |  Imprimer | | | | |  Facebook

L'innovation agricole contribue au développement du capital social en zones rurales

C'est le constat principal d'une étude récemment publiée dans Intellectual Economics, qui cherche à mesurer l'impact de l'innovation technologique, en agriculture, sur le capital social en zones rurales méditerranéennes.

Si la relation inverse a déjà fait l'objet de nombreuses études (comment le capital social favorise-t-il la diffusion d'innovations ?), l'auteure, s'appuyant sur les principes qui ont sous-tendu les révolutions agraires de très nombreux pays méditerranéens, part de l'hypothèse que l'adoption d'innovations en agriculture favorise le développement du capital social de l'ensemble de la communauté rurale, via l'augmentation des revenus, le développement des échanges économiques et sociaux, l'élévation des compétences des agriculteurs. Elle utilise pour ce faire un modèle « bioéconomique » du capital social expliqué par trois types de variables couvrant les champs de l'innovation, les facteurs socio-économiques et environnementaux. L'estimation pour 21 pays du bassin méditerranéen, sur la période 2000-2011, révèle la contribution positive de l'innovation induite (irrigation, fertilisation) et de la mécanisation au capital social.

Source : Intellectual Economics

10:28 Publié dans Société, Territoires | Lien permanent | Tags : capital social, innovation, zone méditerranéenne, rural |  Imprimer | | | | |  Facebook

13/04/2017

Des vies de pauvres. Les classes populaires dans le monde rural, Agnès Roche

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Sous ce titre, Agnès Roche (université Clermont Auvergne) rend compte d’une recherche, menée de 2011 à 2013, sur la pauvreté dans les campagnes du Puy-de-Dôme. Quatre territoires aux profils contrastés (plus ou moins pauvres ou « attractifs », plutôt orientés vers l’élevage ou vers les grandes cultures, etc.) ont été retenus. L'observation d'interactions avec les assistantes sociales du Conseil général et de la MSA a servi de porte d’entrée pour interroger des usagers réguliers des services sociaux, suivant la méthode des récits de vie. 110 personnes ont ainsi été longuement interviewées : 12 « jeunes relégués », 21 « retraités modestes », 33 « travailleurs pauvres en galère et éclopés de la vie » et 44 « paysans ».

La première moitié de l’ouvrage réorganise le matériau ainsi recueilli en une série de portraits, qui « essaient de rendre compte de l’histoire de la personne et de sa situation présente », en recherchant « la variété des individus, des situations et des trajectoires ». Les agriculteurs, eux, sont distribués en trois sous-ensembles. Tout d’abord ceux « en sursis », souvent proches de la retraite, qui « vivotent sur de petites exploitations (…) condamnés à une disparition proche et certaine », sans repreneur dans la famille. Ensuite des agriculteurs en survie, qui ont hérité d’exploitations de taille moyenne, difficiles à moderniser. Et enfin de « nouveaux paysans », souvent issus du monde rural, mais « non-héritiers » et à la recherche d’une nouvelle vie.

La deuxième partie, plus analytique, cherche à dégager les mécanismes de « reproduction sociale » que subissent les catégories populaires en milieu rural, notamment à l’école et dans la famille. L’accumulation d’anecdotes et de difficultés verse parfois dans une ornière assez misérabiliste. Mais elle rend bien compte d’existences à la fois précaires et surdéterminées par leurs conditions sociales, et souvent mal connues des décideurs publics, issus de milieux plus favorisés.

Florent Bidaud, Centre d’études et de prospective

Lien : Presses universitaires de Rennes

16:07 Publié dans Agriculteurs, Société, Territoires | Lien permanent | Tags : pauvreté, classes populaires, rural |  Imprimer | | | | |  Facebook

15/03/2017

La désindustrialisation et la désagricolisation de la société française amplifient la métropolisation

La métropolisation de la société française, dans un contexte de désindustrialisation, modifie les dynamiques territoriales d'emploi. Les évolutions constatées au cours de la décennie écoulée, et leurs impacts sur les métiers, devraient s'amplifier d'ici 2022, selon l'analyse que vient de publier France Stratégie. Croisant les évolutions démographiques, les dynamiques sectorielles et la prospective des métiers et des qualifications à 2022, l'étude met en évidence les défis auxquels seront confrontées les zones rurales dans la décennie à venir.

Alors que la concentration des emplois en zones urbaines bénéficiait, jusqu'en 2000, à l'ensemble des villes (notamment aux petites et moyennes), on assiste depuis à une évolution divergente, aggravée depuis la crise de 2008 : les aires urbaines de moins de 100 000 habitants perdent régulièrement des emplois, alors que les créations se concentrent dans la douzaine de pôles urbains de plus de 500 000 habitants.

Taux de croissance annuel moyen de l'emploi en fonction du taux d'urbanisation

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Source : France Stratégie

Par ailleurs, ces évolutions globales masquent des dynamiques à l’œuvre en termes de types d'emplois et de métiers, qui pourraient encore amplifier les contrastes territoriaux : les métiers de l'agriculture et de l'agroalimentaire, concentrés dans les zones peu urbanisées (voir sur ce thème une note de l'Insee), sont attendus en recul dans les prochaines années. À l'inverse, les postes de cadres, les métiers du numérique, des soins aux personnes, de l'hôtellerie sont en fort développement et particulièrement représentés dans les grands pôles urbains. Dans ce contexte, les zones rurales perdent en attractivité et l'accès aux services devient plus difficile, comme l'illustre le choix de certains agriculteurs d'habiter en ville et non plus sur leur exploitation.

L'analyse pointe également le fait que les métropoles les plus attractives et dynamiques sont celles du grand quart sud-ouest, combinant les activités cognitives (technologies, recherche, industries de pointe) et présentielles (liées aux populations et au tourisme). L'effet d'entraînement des métropoles sur leur périphérie doit toutefois être mieux étudié.

Évolution de l'emploi des 25-54 ans entre 2006 et 2013, par aire urbaine

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Source : France Stratégie

Enfin, l'auteur s'interroge sur les dynamiques à plus long terme et notamment sur l'impact du numérique sur l'organisation spatiale du travail, permettant d'entrevoir des pistes d'action publique en faveur des zones actuellement à l'écart des dynamiques métropolitaines.

Muriel Mahé, Centre d'études et de prospective

Source : France Stratégie

10:05 Publié dans Société, Territoires, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : métropolidation, france stratégie, emploi |  Imprimer | | | | |  Facebook

15/02/2017

Les réformes agraires dans le monde

La Revue d’histoire moderne et contemporaine consacre son dernier numéro aux réformes agraires. Le sujet, trop souvent circonscrit à la deuxième moitié du XXe siècle en Occident, est ici élargi à d'autres périodes et à différentes zones géographiques (Europe, Chine, Maghreb, Mexique).

Ce dossier thématique ne se limite pas à la question de la propriété du sol et à sa répartition : la réforme agraire y est comprise dans une acceptation large, les historiens s’intéressant aussi aux conditions de mise en valeur de la terre et aux multiples processus menant à ces réformes. À titre d'exemple, ils interrogent la Révolution française en tant que révolution agraire. Indéniablement, l'abolition des servitudes personnelles et des droits seigneuriaux, l'égalité des droits, la mise en vente de 10 % des superficies agricoles sous forme de biens nationaux et l'accès élargi à la propriété constituent des émancipations agraires. Cependant, les auteurs démontrent que les structures agricoles et la société paysanne ne sont pas sorties radicalement transformées de la Révolution. Ces changements ne se mettront en place qu'au fil des décennies suivantes.

Ce numéro présente une synthèse réussie des réformes agraires en Europe, en analysant les interactions, les convergences et divergences entre les différents processus dans chacun des pays. Dans un second temps, des études de cas approfondies abordent successivement : la réforme agraire au Mexique puis celle sous la Seconde République espagnole ; les réformes postcoloniales au Maghreb ; les politiques agraires de la Révolution chinoise.

Le dossier se conclut par un article sur la question de « l’accaparement des terres » (land grabbing), analysé comme une « contre-réforme » agraire. Une approche comparative historique de ce phénomène, avec des processus antérieurs, est ici développée. Ce dernier article montre la nécessité d’une véritable approche historique de l'accaparement et son auteur appelle à une plus grande participation des historiens à l’analyse de ce mouvement.

Céline Fabre, Centre d'études et de prospective

Source : Revue d'histoire moderne et contemporaine

11:17 Publié dans Société, Territoires | Lien permanent | Tags : foncier, histoire, réformes agraires |  Imprimer | | | | |  Facebook

09/02/2017

Agricultures et villes : des articulations renouvelées

Les Annales de géographie livrent un dossier qui met en lumière plusieurs aspects des agricultures péri-urbaines. Y. Le Caro (université Rennes 2) rend compte d’une enquête par entretiens avec des agriculteurs de l’Ouest de la France, dans le cadre d’une approche topologique. Le plus souvent, « les agriculteurs interrogés font preuve d’ingéniosité pour adapter leur exploitation et plus précisément leurs parcelles aux évolutions et demandes exogènes qui concernent directement leur espace de travail ». Par exemple, un agriculteur déclarera en jachère une petite parcelle pour ménager le passage des chevaux ou louer des terres pour le jardin de nouveaux voisins. « Par contraste », le chercheur se dit « frappé par la rareté et la confidentialité des réflexions et des moyens consacrés », au sein des territoires ruraux et des organisations agricoles, « à l’intégration territoriale des interactions agri-urbaines ».

Par ailleurs, C. Clément et C. Soulard (Inra) s’intéressent à la « publicisation » des espaces agricoles dans le Languedoc, c’est-à-dire à la concurrence des usages sur ces espaces « pratiqués par de multiples acteurs » (habitants, touristes, etc.). Signalons également un article qui évalue les initiatives sarthoises de fourniture de produits locaux et de qualité à la restauration collective depuis la fin des années 2000, avec un bilan mitigé.

Source : Annales de géographie

10:48 Publié dans Territoires | Lien permanent | Tags : péri-urbain, ville, agriculture |  Imprimer | | | | |  Facebook

18/01/2017

Les filières viande du Massif Central à l'horizon 2050

Fin 2016, l'Inra a publié une étude prospective sur les filières viande de ruminants du Massif Central à l'horizon 2050, réalisée à la demande du Commissariat général à l'égalité des territoires. Basée sur la méthode des scénarios, cette prospective analyse les futurs possibles des filières bovines et ovines, afin d'identifier les enjeux et leviers d'adaptation ainsi que les axes de recherche à développer, pour une zone qui rassemble un tiers des bovins et plus de la moitié des ovins français.

Après identification des déterminants externes au massif (changement climatique, consommation européenne de viande, politiques agricoles et environnementales, stratégie et organisation des filières européennes) et des déterminants internes (modèles professionnels et sociologie agricole, aménagement du territoire), les auteurs établissent cinq scénarios contrastés pour les filières locales. Évolution de la consommation, concurrence internationale, agro-écologie, valorisation de l'herbe et flux internationaux sont au centre de ces scénarios, dont chacun a fait l'objet d'une modélisation à l'échelle du massif en termes de cheptel, production de viande et de lait, utilisation du territoire, emploi direct et indirect et impacts environnementaux. Ils peuvent ainsi être analysés et comparés directement selon différents enjeux chiffrés, donnant un relief particulier à la démarche prospective : les graphiques ci-dessous en fournissent une illustration pour les emplois et la production.

Nombre d'emplois directs et indirects estimés dans les scénarios 2050 (REF = situation actuelle)

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Source : Inra ; annotations CEP

Par exemple, le nombre d'emplois agricoles directs diminue dans tous les scénarios par rapport à la situation de référence (environ 90 000), la baisse la plus faible étant rencontrée dans le scénario 3 (75 000 emplois conservés).

Production de lait, de viande et d'animaux vivants dans le Massif Central, modélisée dans les scénarios

massif-central2.jpg

Source : Inra

Cette prospective met bien en évidence l'importance centrale de la valorisation de l'herbe, de manière plus ou moins intensive selon les scénarios. Par ailleurs, les auteurs pointent l'enjeu central que constitue l'adaptation de l'offre en viande à la demande sociale, entre production d'animaux maigres destinés à l'exportation et engraissement local à l'herbe. Il ressort de la comparaison des différents scénarios que cette offre doit être construite dans une recherche de qualité, grâce à une organisation collective renforcée.

Jean-Noël Depeyrot, Centre d'études et de prospective

Source : Inra

10:00 Publié dans 1. Prospective, Filières agricoles, Territoires, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : massif central, élevage, viande, inra, cget |  Imprimer | | | | |  Facebook

17/01/2017

Emploi et territoire : rapport de l'Observatoire des territoires

L’Observatoire des territoires a présenté en décembre dernier son cinquième rapport, consacré à l’emploi. Les auteurs analysent la répartition de l’emploi sur le territoire métropolitain et ultramarin, et ils proposent des indicateurs pour en observer l'évolution, au cours des quarante dernières années, et sa situation à différentes échelles territoriales. Pour cela, plusieurs grilles d’analyse sont utilisées :

- la zone d’emploi, maille de référence ;

- le zonage en aires urbaines, définissant les aires d’influence des pôles d’emploi ;

- la commune, qui permet une prise en compte assez fine de la diversité des contextes locaux ;

- la région, à la fois échelon institutionnel compétent en termes de développement économique et maille de référence pour situer la France dans un contexte européen.

L’objectif du rapport est de fournir des clés de lecture partagées aux acteurs. Ce diagnostic est organisé en trois parties. Une première étudie les disparités, à l’échelle nationale, en matière d’emploi, de nature et qualité des postes, de développement économique et de trajectoires des territoires. La seconde partie évalue plus finement le fonctionnement de l'emploi à l’échelle locale, notamment le lien entre localisation des emplois et localisation des actifs. Une dernière partie analyse spécifiquement la situation du marché du travail dans les départements d'outre-mer.

Ce rapport met en évidence, et sans surprise, la concentration de l’emploi dans les grandes aires urbaines, ainsi qu’un décalage croissant entre localisation des emplois et des actifs, avec un allongement des trajets domicile-travail. La dernière crise économique (2008) a peu modifié les trajectoires des territoires et elle prolonge les tendances passées. Par ailleurs, le secteur agricole est celui qui a connu la plus forte diminution depuis 1975 : l'emploi agricole représentait 10 % de l’emploi national en 1975 contre environ 3 % en 2012 (cf. cartes ci-dessous).

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Source : CGET

Selon les auteurs, la division par trois des emplois agricoles depuis 1975, avec une chute importante entre 1982 et 1999, s’explique essentiellement par l’augmentation de la taille des exploitations. Toutefois, l’agriculture demeure encore un secteur important en termes d'emplois dans le grand Bassin parisien, en Nouvelle Aquitaine, au nord de la région Occitanie, à l’ouest de la région Auvergne-Rhône-Alpes ainsi qu’à l’intérieur de la Bretagne.

Céline Fabre, Centre d'études et de prospective

Source : Observatoire des territoires

09:49 Publié dans Territoires, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : observatoire des territoires |  Imprimer | | | | |  Facebook

Acquisitions de terres à grande échelle et corruption : parution d'un rapport de Global Witness

En novembre dernier, l'ONG Global Witness a publié un rapport d'Olivier de Schutter sur un sujet sensible et peu traité, le rôle de la corruption dans les transferts de terres. Cette publication répond à un double objectif : porter à connaissance le sujet et fournir des mesures pratiques que les investisseurs, les institutions financières et les gouvernements pourraient mettre en œuvre.

Ce rapport se fonde sur une vaste recherche documentaire et plusieurs études de cas. La première partie dresse le panorama des acquisitions foncières à grande échelle (au moins 200 hectares par opération), et l'auteur avance le chiffre de 1 073 « grands accords fonciers » conclus depuis les années 2000, couvrant un total estimé à près de 40 millions d'hectares. La plus grande partie de ces transactions a concerné l'Afrique (457 documentées) et l'Asie du Sud-Est (316). En surface, six pays sont en tête de liste : Sud-Soudan (plus de 4 millions d'hectares), Papouasie-Nouvelle-Guinée (3,7 millions), Indonésie (3,6 millions), République démocratique du Congo (2,7 millions), Congo (2,1 millions) et Mozambique (également 2,1 millions).

L'auteur souligne la complexité d'obtenir des données chiffrées concernant ces acquisitions, les contrats n'étant pas toujours rendus publics, et il indique qu'il est encore plus délicat d'estimer la part de corruption dans ces transactions. L'intérêt de ce rapport est donc de détailler de façon précise les différentes formes de corruption existantes ou co-existantes : la deuxième partie est consacrée à l'analyse de cette corruption et à ses impacts en termes d'atteinte aux droits de l'Homme. Le troisième volet aborde ensuite la législation nationale, les traités internationaux et les initiatives multipartites visant à limiter les risques de corruption. La dernière partie propose un ensemble de recommandations politiques pour les investisseurs, les banques et autres institutions financières, les États d'accueil où sont réalisées les acquisitions et les États d'origine où sont localisés les sièges sociaux des investisseurs.

In fine, l'auteur précise que tout effort visant à mettre fin à ces acquisitions de terres doit également s'attaquer à la corruption, car les deux phénomènes coexistent et se renforcent. Il souligne que des transactions foncières transparentes ne se feraient pas seulement au profit des communautés, mais bénéficieraient également aux entreprises et aux investisseurs, en limitant les risques économiques, juridiques et de réputation.

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Céline Fabre, Centre d'études et de prospective

Source : Global Witness

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10/01/2017

Classes sociales, trajectoires individuelles et « alternatives » dans les pratiques agricoles et alimentaires

La revue Savoir/Agir consacre un dossier aux « alternatives », considérées comme un « révélateur des recompositions des classes moyennes ». Madlyne Samak (CNRS, Paris Dauphine) s’intéresse aux réorientations professionnelles vers l’agro-écologie et la permaculture, et dresse trois portraits de néo-fermiers. L’un y arrive par son engagement politique écologiste et altermondialiste, le deuxième par un questionnement religieux qui le pousse vers une vie de sobriété, et un troisième à l’issue d’un parcours fait de galères professionnelles. Selon l'auteur, les agricultures alternatives ne sont donc pas réductibles à une politisation « à gauche ».

Par ailleurs, un article d’Anaïs Malié et Frédéric Nicolas (LaSSP, Toulouse et CESAER, Inra) sur les pratiques alimentaires du type « AMAP », en milieu rural, montre combien les possibilités de maintien dans « l’alternative » varient en fonction des origines sociales, plutôt populaires ou plutôt bourgeoises. Ainsi, les ménages des milieux populaires sont souvent réticents à revenir sur la conquête, en termes de temps libre notamment, que constitue le recours au supermarché. Pour eux, l’alternative est disqualifiée comme retour en arrière. En revanche, ils possèdent de meilleures dispositions pour vivre de façon plus autonome, avec une économie de moyens, que les ménages issus de familles aisées.

Source : Savoir/Agir

09:24 Publié dans Agriculteurs, Alimentation et consommation, Société, Territoires | Lien permanent | Tags : alternatives |  Imprimer | | | | |  Facebook

Accompagner la transition vers une économie circulaire, un enjeu important pour les secteurs agricole, forestier et alimentaire

L'économie circulaire, par opposition à l'économie linéaire, vise à concilier gestion durable des ressources et croissance économique. La préservation du capital naturel est au cœur du modèle, qui ne se limite pas aux seuls leviers du recyclage ou de l'allongement de la durée d'utilisation des biens, ainsi qu'un rapport récent de l'Institut Montaigne le rappelle.

Économie circulaire : une multiplicité de leviers pour poursuivre la croissance et préserver le capital naturel

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Source : Institut Montaigne

Croissance, innovation et collaboration sont les principales caractéristiques motivant une réflexion sur les moyens d'orienter l'économie actuelle vers le cercle vertueux de l'économie circulaire. Après une revue des bénéfices attendus aux différentes échelles (monde, territoire, entreprise, individu), le rapport fait le point à la fois des outils d'évaluation et des politiques ou stratégies déjà mises en œuvre à l'échelle de pays ou d'entreprises. Plusieurs exemples tirés de l'agriculture et de l'industrie agroalimentaire sont ainsi mis en avant.

Source : Institut Montaigne

09:20 Publié dans Filières agricoles, Forêts Bois, Territoires | Lien permanent | Tags : économie circulaire |  Imprimer | | | | |  Facebook

12/12/2016

Campagnes contemporaines. Enjeux économiques et sociaux des espaces ruraux français, Stéphane Blancard, Cécile Détang-Dessendre, Nicolas Renahy (coord.)

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En raison du puissant héritage rural de la société française, nos campagnes bénéficient d'une attention particulière et d'une solide tradition de recherche. Leurs évolutions sont suivies de près par de nombreux spécialistes, tels ceux du Centre d'économie et de sociologie appliquées à l'agriculture et aux espaces ruraux (CESAER-Inra) de Dijon, qui publient régulièrement (1998, 2002, 2009) des ouvrages collectifs faisant le point sur les connaissances acquises. Ce quatrième opus, associant sociologues, géographes et économistes, présente un large panorama d'analyses (réflexions théoriques, monographies de terrain, typologies, statistiques) et d'objets d'étude : population et modes de vie, mobilité, activités productives, monde agricole, institutions et politiques publiques, foncier, environnement, etc. En une douzaine de chapitres courts mais précis et informés, les auteurs dégagent les grandes dynamiques à l'œuvre, loin des visions trop souvent catastrophistes ou bucoliques attachées à ces espaces pudiquement dits de « faible densité ».

Très intéressante est la recherche quantitative de S. Legras, sur les déterminants de la localisation résidentielle des ménages. Elle montre que le « paysage vu depuis la maison » est, en complément du degré d'accessibilité aux services publics et à l'emploi, un exemple typique de bien commun environnemental contribuant à fixer le prix de l'immobilier. Elle décrit aussi l'impact direct du climat, qui défavorise les implantations plus coûteuses en termes de temps, d'argent ou de fatigue (« effet verglas »), et avantage les latitudes clémentes aux aménités vertes (« effet barbecue »).

On retiendra également le chapitre de A. Barczak et M. Hilal, consacré à l'accès aux commerces et aux services. Distinguant les ressources « de proximité », « intermédiaires » et « supérieures », ils démontrent, en s'appuyant sur la « base permanente des équipements » de l'Insee, que les services publics (hôpital, gendarmerie, collège, contact postal) ont gardé la majorité de leurs implantations des années 1980, alors que d'autres prestataires, non dotés d'intérêt général, ont décliné : maçon, libraire, garage, banque, magasin de vêtements, etc.

De leur côté, J. Mischi, N. Renahy et A. Diallo confirment statistiquement la surreprésentation des couches populaires (ouvriers, employés) dans les espaces ruraux, résultat d'une ségrégation spatiale due à la hausse du prix de l'immobilier qui rejette hors des villes les ménages modestes. Cette tendance concerne plus précisément les « bourgs ou pôles ruraux » (devenus les espaces les plus populaires sur l'ensemble du territoire national), les autres communes rurales comportant proportionnellement plus d'agriculteurs, d'artisans, de commerçants et chefs d'entreprises.

Bruno Hérault, Centre d'études et de prospective

Lien : Éditions Quæ

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08/12/2016

Les sociologues et le périurbain

La Revue française de sociologie publie un numéro consacré aux territoires périurbains. Une revue de littérature pointe les limites de l’apport des sociologues, tardif par rapport à celui des démographes et des géographes. Les travaux menés depuis les années 2000, non dénués d’aspects polémiques, mettent toutefois « en exergue qu’il s’agit d’un espace diversifié et non homogène », d’un « territoire pluriel et ouvert socialement et non intrinsèquement fermé », « en relation étroite tant avec la centralité qu’avec le monde rural » et animé par des « pratiques innovantes », par exemple en matières de gouvernance, d'aménagement ou encore d'agriculture biologique et solidaire.

Signalons deux autres articles : l’un, consacré à la quantification et aux approches statistiques, aboutit à relativiser « l’idée répandue d’une '‘explosion'’ du périurbain » ; l’autre, qui s’intéresse aux règles locales et aux décisions d’urbanisme, rappelle certains facteurs – notamment la « forte proximité entre producteurs et usagers de la règle » – qui font de l’étalement urbain une tendance lourde.

Source : Revue française de sociologie

11:40 Publié dans Enseignement et recherche, Société, Territoires | Lien permanent | Tags : périurbain, sociologie |  Imprimer | | | | |  Facebook