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07/12/2016

La résilience des exploitations de taille moyenne aux États-Unis

D'après une publication récente de l'United States Department of Agriculture (USDA), les exploitations américaines de taille moyenne (dont le produit brut agricole est compris entre 350 000 $ et 999 999 $ constants par an) constituent, en 2014, 6 % du total des exploitations et participent pour 21 % à la production agricole nationale. Le rôle central qu'elles jouent dans la dynamique des structures, aux États-Unis, a conduit l'USDA à s'intéresser de plus près à leurs évolutions sur plus de 20 ans, période durant laquelle les politiques agricoles ont fortement varié.

Au-delà de la valorisation des recensements et des enquêtes sur l'économie des structures agricoles, l'étude se focalise sur la caractérisation des entrées et sorties de la catégorie, et sur les transitions. Les auteurs ont ainsi tenté d'identifier des facteurs clés pour expliquer l'aptitude à survivre des exploitations : l'âge des exploitants, l'ancienneté dans la profession, le type de productions, la zone géographique, le mode de propriété, les paiements directs publics perçus, etc.

Source : USDA

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Lancement d'un observatoire citoyen des risques naturels

Mi-novembre, le BRGM a annoncé le lancement, en partenariat avec l'université de technologie de Troyes et avec le soutien de la Fondation MAIF, d'un projet d'« observatoire citoyen des risques naturels ». Via une plateforme web, l'objectif est d'exploiter, immédiatement après une catastrophe naturelle, les « témoignages émis sur les réseaux sociaux (Twitter dans un premier temps) ». Cela permettrait de mobiliser des informations pour « tenter de construire une représentation réaliste de la situation », phase critique après la survenue de catastrophes naturelles.

Source : BRGM

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Décider dans l'incertitude : la recherche apporte sa contribution

Faut-il présenter les résultats scientifiques avec l'incertitude qui les accompagne ? Ou, au contraire, cette transparence décrédibilise-t-elle l'état des connaissances et réduit-elle leur contribution à l'aide à la décision, notamment politique ? Ces questions ont été au cœur d'une grande partie des débats lors du colloque « Quelles nouvelles approches de l'incertitude pour la gestion des forêts et de leur biodiversité ? », organisé le 16 novembre dernier par le GIP Ecofor.

Face aux controverses, mais également à la demande accrue de transparence du grand public, les chercheurs construisent des guides de bonnes pratiques visant à accompagner cette évolution, sans pour autant brouiller les messages. On notera tout particulièrement l'analyse récemment publiée par l'Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services (IPBES), sur l'utilisation des modèles et l'élaboration de scénarios en appui à la mise en œuvre ou à l'évaluation des politiques environnementales, ainsi que le guide de l'Anses sur le traitement de l'incertitude dans les processus d'évaluation des risques sanitaires.

Sources : GIP Ecofor, IPBES, Anses

11:22 Publié dans Enseignement et recherche, Forêts Bois, Santé et risques sanitaires | Lien permanent | Tags : incertitude, risques |  Imprimer | | | | |  Facebook

06/12/2016

Publication de l'IDDRI sur la gouvernance alimentaire mondiale

Un rapport de l'IDDRI a été publié en octobre 2016 afin de situer les réformes du Comité de la sécurité alimentaire mondiale (CSA) dans le contexte plus large d'évolution du dialogue international sur la sécurité alimentaire. La question de la sécurité alimentaire est en effet traitée par plusieurs instances multilatérales (notamment G8/G20, OMC et les discussions sur les Objectifs de développement durable – ODD – de l'ONU), ainsi que dans différents groupes de travail incluant des organismes et chercheurs variés. Selon l'IDDRI, cet éclatement ne permettrait pas une discussion appropriée sur le sujet et générerait une multitude de normes et règles, parfois conflictuelles. En conséquence, les auteurs appellent l'Union européenne à réaffirmer le rôle du CSA comme organe de référence permettant l'inclusion de toutes les parties prenantes et la définition d'un cadre structurel pour les enjeux relatifs à la sécurité alimentaire.

Source : IDDRI

Le coût de l'antibiorésistance mis en avant lors de la semaine « antibiorésistances » 2016

Depuis 2012, la troisième semaine de novembre est consacrée à la lutte contre les antibiorésistances. L'édition 2016 a été l'occasion de présenter divers résultats scientifiques, en particulier en matière d'évaluation du coût de l'antibiorésistance, avec par exemple l'étude Burden BMR publiée en 2015 par l'Institut de veille sanitaire. Par ailleurs, à l'occasion d'un colloque organisé par l'Anses (voir à ce sujet un autre billet sur ce blog), la représentante de la FAO a signalé le lourd tribut que pourraient payer les États du sud. Elle s'est en particulier appuyé sur le rapport de l'économiste britannique Jim O Neill, publié en 2016, anticipant d'ici 2050 la mort de 10 millions de personnes par an des suites de l'antibiorésistance, dont 9 millions dans les pays du sud. Ce même rapport donne des pistes pour diminuer l'impact de l'élevage sur les antibiorésistances. L'auteur estime que l'utilisation d'antibiotiques en élevage est à l'origine d'une grande partie des molécules diffusées dans le milieu extérieur, via le fumier notamment. Le Danemark, qui réussit à concilier production animale intensive (en filière porcine surtout) et consommation antibiotique maîtrisée, est cité en exemple.

Sources : Anses, Ministère des Affaires sociales et de la Santé

11:19 Publié dans Santé et risques sanitaires | Lien permanent | Tags : antibiorésistance |  Imprimer | | | | |  Facebook

Gestion des émissions d'ammoniac en bâtiment d'élevage

Une publication de l'IIASA s'intéresse aux pratiques dans les bâtiments, et leur combinaison, pour réduire les émissions d'ammoniac des élevages bovins lait : raclage des sols, type de sols, évacuation du fumier avec de l'eau, acidification du fumier en bâtiment. Les auteurs estiment le potentiel technique d'atténuation entre 17 et 50 %. Ils soulignent également que le modèle est utilisé pour conseiller le gouvernement flamand.

Source : Science of The Total Environment

11:16 Publié dans Climat, Exploitations agricoles | Lien permanent | Tags : élevage, bâtiments, ammoniac |  Imprimer | | | | |  Facebook

05/12/2016

Des dispositifs fiscaux en faveur de la forêt et de l'agriculture biologique cohérents mais difficiles à quantifier

La Cour des comptes française a récemment publié une enquête sur les dispositifs fiscaux susceptibles d'avoir un impact sur l'environnement. Ce travail identifie plusieurs faiblesses : incohérence des mesures prises dans leur globalité (certaines venant compenser l'impact négatif d'autres), affaiblissement du suivi et de l'évaluation au cours des quinze dernières années, multiples difficultés méthodologiques. À noter toutefois le satisfecit (au risque de saupoudrage près) des interventions en faveur de la forêt et de l'agriculture biologique, qui convergent positivement, même si leurs effets sont peu ou pas quantifiés.

Source : Cour des comptes

Frontières symboliques entre espèces : prénoms de chiens et prénoms des humains

Les Annales de démographie historique publient un article de Baptiste Coulmont (université Paris 8) basé sur des informations individuelles concernant un peu plus de 10 millions de chiens nés entre 1970 et 2012. Par exemple, le palmarès des prénoms voit Maya et Lola remplacer, au cours des années 2000, Tina et Chipie.

Les frontières sociales et symboliques entre espèces sont plus complexes qu'on ne pourrait le croire. L'auteur montre ainsi que « dans de très nombreux cas », les noms « donnés aux chiens et aux humains sont similaires, et quand les chiens reçoivent des prénoms humains, ils sont à la mode chez les chiens avant de l'être chez les humains ».

Source : Annales de démographie historique

11:13 Publié dans Société | Lien permanent | Tags : espèces, prénoms, chien |  Imprimer | | | | |  Facebook

17/11/2016

PAC 2020 : trois rapports pour lancer les discussions au Parlement européen sur une future réforme

À l'occasion d'une table ronde sur la prochaine PAC, organisée le 8 novembre 2016 par la Commission agriculture et développement rural du Parlement européen, les travaux de trois équipes de chercheurs ont été publiés dans un rapport. Nous développerons ici plus spécifiquement la première étude, traitant des paiements directs et de la structure de la PAC, avant d'évoquer plus rapidement les deux suivantes, davantage ciblées sur la gestion des risques de marché et les problématiques liées au développement des zones rurales.

Dans le premier document, l'économiste Alan Matthews dresse un état des lieux des paiements directs (qui représentent 72 % du budget de la PAC), sous la forme d'une synthèse de travaux académiques et institutionnels et de débats récents.

L'auteur rappelle les choix européens et nationaux opérés dans le cadre de la dernière réforme. Il analyse ensuite les impacts de cette réforme en termes de dépendance aux aides, d'effet redistributif entre exploitations, de stabilisation des revenus, de productivité, de renouvellement des générations et d'effets environnementaux. Pour chacun de ces volets, il conclut que les paiements directs actuels sont au mieux insuffisamment ciblés pour être réellement efficaces, au pire contre-productifs. Pour A. Matthews, la conclusion est claire : les paiements actuels ne sont pas des outils adaptés aux objectifs qu'ils entendent servir. Une réforme en profondeur paraît alors nécessaire.

L'auteur explore ensuite trois pistes d'évolution :

- un modèle de « stabilité », pour lequel on suppose une continuité entre les mesures de 2013 et celles de 2020, avec des ajustements afin de rendre plus efficace et plus simple l'application des politiques ;

- un scénario de « retour vers le futur », à l'américaine, avec deux variantes en substitution aux paiements découplés : i) un retour vers des aides sous forme de paiements contra-cycliques ou ii) le déploiement d'outils assurantiels (par exemple de stabilisation des revenus) ;

- une réforme « verte » qui décrit quatre modalités d'évolution du verdissement.

Sur la base de ces scénarios contrastés, l'auteur présente ce que serait selon lui une PAC optimale (en termes de paiements directs), supportée par un pilier unique et déployée en cinq registres (''tiers'' en anglais), composés de mesures aux objectifs mieux ciblés (soutien environnemental, gestion de la variabilité des revenus, etc.) :

Grandes lignes du système de paiements directs proposé

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Source : Parlement européen

Sans détailler chacun de ces volets, notons leurs traits caractéristiques :

- une architecture simplifiée assez proche de celle de l'actuel second pilier (cofinancement pour tous les tiers, logique pluriannuelle, etc.) ;

- une sortie des paiements découplés remplacés progressivement par des outils mieux ciblés sur la gestion du risque, le soutien à la compétitivité ou à la production de biens publics ;

- une logique contractuelle (plus qu'une logique de guichet), en particulier pour les paiements environnementaux (tiers 2 et 4) ;

- le passage d'une obligation de moyens à une obligation de résultats, y compris dans les relations entre l'Europe et les autorités de gestion.

La mise en œuvre de mesures agro-environnementales « de masse » définies nationalement serait une condition pour bénéficier de l'ensemble des autres aides (y compris les aides non surfaciques).

Une première simulation de budget pour la prochaine PAC (en milliards d'euros)

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Source : Parlement européen (A. Matthews), mise en forme CEP

Le second document mis à la disposition des parties prenantes de la table ronde a été rédigé par J.-C. Bureau (AgroParisTech) et L.-P. Mahé (AgroCampus Rennes). Cette étude traite de la gestion des risques. Les auteurs s’appuient notamment sur un examen de la dernière crise laitière et des mesures prises ces derniers mois, après avoir dressé une analyse critique de la PAC actuelle et des dispositifs de gestion des risques en place aux États-Unis et en Europe. Sur cette base, ils développent 27 propositions pour une PAC à trois piliers. Parmi celles-ci, un renforcement de la réserve de crise, la mise en place d'une autorité indépendante d'application des politiques, la conditionnalité des aides à la souscription d'outils ou programmes de gestion des risques ou de stabilisation des revenus, ces derniers devant être conçus comme préventifs.

Réalisée par T. Dax (Federal Institute for Less-Favoured and Mountainous Areas) et A. Copus (The James Hutton Institute et Nordic Center for Spatial Developement), la troisième étude publiée traite plus spécifiquement du développement rural. En se basant sur des évaluations de politiques publiques, des études et des avis d'experts, les auteurs soulignent les manques de la PAC actuelle, en insistant notamment sur la ré-allocation décevante des ressources entre régions. Les principales recommandations formulées incluent une prise en compte poussée des opportunités et contextes locaux dans des programmes de développement co-conçus avec les parties prenantes des territoires.

Alexis Grandjean, Pierre Claquin, Centre d'études et de prospective

Source : Parlement européen

 

10:35 Publié dans 4. Politiques publiques, PAC | Lien permanent | Tags : pac, paiements directs, gestion des risques, développement rural |  Imprimer | | | | |  Facebook

Obligations vertes : les États entrent dans la danse

Alors que le marché des obligations vertes est en pleine expansion (multiplié par 4 depuis 2013), la France innove en annonçant le lancement d'un emprunt obligataire d'Etat de 9 milliards, sur les trois prochaines années, destiné à financer les investissements liés à la transition écologique. L'arrivée des dettes souveraines sur ce créneau devrait donner un coup d'accélérateur à un outil de financement innovant, à la fois par son ciblage et par ses modalités de fonctionnement, ainsi que le relève un article récent de ParisTech Review.

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Source : ministère de l'Environnement, de l'Énergie et de la Mer

Les green bonds ne sont pas nouvelles mais la COP 21 les a replacées au centre du dispositif de financement des investissements en faveur d'une économie bas-carbone. Apparues dans les années 2000 aux États-Unis, elles ont été depuis largement soutenues par la Banque mondiale, puis par la Banque européenne d'investissement, avant de susciter l'intérêt de grandes entreprises et des banques commerciales. Chine et Inde figurent parmi les principaux pays émetteurs, aux côtés des nations occidentales.

L'intérêt de cet outil réside dans le lien clair existant entre la recherche de fonds et le projet d'investissement « vert », permettant d'élargir la base des investisseurs susceptibles de financer des projets ayant une forte dimension environnementale, notamment dans les domaines agricoles et forestiers. L'un des défis des obligations vertes est de garantir un impact environnemental positif, non seulement lors du lancement du projet mais également à terme. Ce sont donc naturellement les questions de certification et de transparence qui focalisent l'attention, tant des États et des milieux financiers que des organisations non gouvernementales (lire à ce propos le rapport du WWF France de juin 2016).

De fait, les obligations vertes soutiennent une allocation plus efficace du capital sur des projets bas-carbone et résilients au changement climatique (cf. le rapport de l'Institute for Climate Economics, publié en juin). À plus long terme, au-delà de la caution apportée par les États au travers des obligations souveraines, qui permettent aux investisseurs de pondérer leur risque, la mutualisation des besoins de financement pour les investisseurs plus modestes, en particulier via la titrisation, devrait faciliter l'accès aux fonds « responsables ».

Muriel Mahé, Centre d’études et de prospective

Sources : ParisTech Review, Commissariat général au développement durable

10:30 Publié dans 4. Politiques publiques | Lien permanent | Tags : obligations vertes |  Imprimer | | | | |  Facebook

Une revue du potentiel des techniques d'ingénierie génétique CRISPR-Cas9

Dans le numéro de septembre 2016 de Nature Biotechnology, J. Doudna et R. Barrangou passent en revue les perspectives offertes par la technologie CRISPR-Cas9 (voir à ce sujet un précédent billet sur ce blog), en termes de recherche fondamentale mais aussi d'applications pratiques. Quatre ans seulement après la publication dans Science de l'article fondateur, cette technologie issue d'un mécanisme bactérien de lutte contre les virus a connu un développement scientifique particulièrement intense dans de nombreux domaines de la biologie. Les auteurs reviennent ainsi sur les principales voies de recherche développées aujourd'hui dans plus de cinquante pays sur le système CRISPR-Cas9 : de l'étude au perfectionnement des outils d'ingénierie génétique, jusqu'à leur application concrète. En effet, ce système, par sa plasticité, sa sélectivité et un coût de mise en œuvre déjà faible, ouvre de nombreuses et prometteuses possibilités concrètes, qui ne sont pas sans poser des questions écologiques et éthiques.

Par exemple, les recherches progressent rapidement dans l'intervention sur le génome des micro-organismes, ouvrant la voie à des moyens de lutte inédits contre les bactéries et virus, capables de cibler des pathogènes au sein d'une population bactérienne, et constituant alors un nouveau type d'antibiotiques à action spécifique. Dans le secteur agricole, de nombreux développements montrent que les outils CRISPR pourraient accélérer la sélection génétique de caractères ciblés. Leur combinaison avec la génomique statistique a déjà permis le développement de porcs protégés contre des virus ou de vaches laitières dépourvues de cornes. Par ailleurs, de nombreux travaux sont déjà menés sur les plantes cultivées (maïs, soja, tomate), et des champignons blancs génétiquement édités pour résister au brunissement ont été autorisés à la production et la commercialisation aux États-Unis, où ils ne sont pas considérés comme « génétiquement modifiés » car ils ne contiennent aucun ADN étranger (à l'inverse des premières générations d'OGM).

C'est probablement dans l'industrie agroalimentaire que les utilisations du système CRISPR-Cas9 sont les plus avancées. C'est d'ailleurs à partir de travaux sur les souches bactériennes lactiques destinées à la fabrication de yaourts que les mécanismes immunitaires des bactéries ont été mis en évidence, conduisant rapidement à la découverte du complexe CRISPR-Cas9. Différentes souches de bactéries lactiques ont ainsi pu être vaccinées contre des virus néfastes. Si les opportunités semblent évidentes en termes de recherche, les techniques d'édition génétique (voire de propagation rapide par gene-drive) soulèvent toutefois de nouvelles questions réglementaires et sociétales.

Jean-Noël Depeyrot, Centre d'études et de prospective

Source : Nature Biotechnology

Les impacts de l'agriculture de précision en débat

Plusieurs publications récentes s’interrogent sur les apports de l’agriculture de précision. En amont d’une prospective sur « le futur de l’agriculture », à paraître fin 2016, le Service de recherche du Parlement européen livre une série de synthèses sur les développements technologiques récents, leurs impacts environnementaux, les questions de formation et la gouvernance de l’agriculture numérique.

Selon les auteurs, « les exploitations agricoles vont mettre en œuvre les technologies de l’agriculture de précision pour produire ''plus avec moins'', accroissant ainsi leur compétitivité et celles des filières agro-alimentaires. Les grandes en profiteront le plus ». En découlera une augmentation de la taille des exploitations « en raison des investissements et des savoir-faire nécessaires », et « le nombre de fermes va encore diminuer ».

Sous réserve de ses implications sociales, l’agriculture de précision apparaît de plus en plus comme une solution pour concilier les enjeux économiques et environnementaux, y compris au sein du système intégré de gestion et de contrôle (SIGC) de la PAC, où elle pourrait permettre de vérifier le respect des bonnes pratiques. Les performances environnementales semblent validées par une série d’études ponctuelles. Mais, selon le rapport, on manque encore de références économiques indépendantes pour apprécier ses impacts. C’est d’ailleurs un constat partagé avec le Focus Group PEI-AGRI sur l'agriculture de précision, dont les derniers travaux viennent également d’être publiés.

On lira donc avec intérêt l’étude rendue publique par l’USDA sur l’adoption, par les agriculteurs américains, notamment les maïsiculteurs, de trois technologies : les cartes de sols et de rendement, les systèmes d’auto-guidage et la modulation intra-parcellaire. Il en ressort en particulier que « les exploitations les plus grandes sont les plus susceptibles d’adopter les technologies de l’agriculture de précision », ces investissements restant lourds. Ces technologies peuvent générer des coûts salariaux supplémentaires (main-d’œuvre qualifiée). Au total, suivant les données analysées (déjà anciennes, car datant de 2010), « l’impact de ces technologies sur les profits des maïsiculteurs américains est positif, mais limité », ce qui constitue un frein important à leur plus large diffusion.

Florent Bidaud, Centre d'études et de prospective

Sources : European Parliament Research Service, USDA

10:25 Publié dans 1. Prospective, Exploitations agricoles | Lien permanent | Tags : agriculture de précision |  Imprimer | | | | |  Facebook

Une analyse des facteurs de résistance des exploitations laitières en zone de montagne

Dans le numéro d'octobre 2016 de la revue Agricultural Economics, Marie Dervillé et des chercheurs de l'Observatoire du développement rural (ODR) ont analysé la restructuration des exploitations laitières françaises en zone de montagne et des facteurs de résistance de ces exploitations.

À l'aide d'un appariement des données administratives issues de la gestion des quotas laitiers, des données de l'ODR concernant notamment les aides européennes du second pilier, et des informations issues de la Mutualité sociale agricole pour l'année 2004, les auteurs ont développé une riche base de données permettant un suivi quasi exhaustif (86 %) des exploitations laitières françaises entre 2004 et 2009. À partir de cette base, les auteurs ont analysé les facteurs endogènes et exogènes aux exploitations déterminant le maintien, la progression ou l'arrêt de la production laitière. Le contexte externe a notamment été caractérisé, pour 500 micro-zones de montagne, du point de vue de la densité laitière, de la part locale des aides du second pilier, du développement d'Appellations d'origine protégée (AOP) et d'une typologie de la transformation laitière locale.

Sur la base de ces facteurs, les auteurs ont élaboré trois modèles économétriques pour caractériser et analyser le devenir de l'activité laitière. Cette approche leur a permis d'isoler les facteurs influençant le plus la poursuite de l'activité laitière des exploitations, montrant notamment les rôles conjoints des économies d'échelle et des économies de gamme : dynamique de croissance passée, implication dans les mesures agro-environnementales et diversification par la transformation fermière renforcent nettement la pérennité de l'activité. Parmi les facteurs contextuels, le développement des AOP, la densité laitière, l'organisation collective et la structure de la transformation locale renforcent l'attractivité pour la production. Enfin, les mesures du second pilier se révèlent moins efficaces que la gestion des quotas laitiers dans l'incitation au maintien de la production.

Ce travail innovant, de valorisation de données administratives dans une analyse économétrique et géographique, apporte des éléments essentiels dans la compréhension de la restructuration laitière, et ouvre de nombreuses pistes de travail.

Jean-Noël Depeyrot, Centre d'études et de prospective

Source : Agriculturals Economics

10:23 Publié dans Exploitations agricoles | Lien permanent | Tags : exploitations laitières, facteurs de résistance, montagne |  Imprimer | | | | |  Facebook

16/11/2016

Quand pertes de biodiversité et de productivité forestière vont de pair

Montrer les effets de la biodiversité sur la productivité des systèmes forestiers, tel est l'enjeu d'une publication dans la revue Science, qui a mobilisé une équipe internationale de chercheurs appartenant à 90 institutions. Sachant qu'une espèce arboricole sur trois est considérée comme menacée, ils ont exploré les conséquences d'une diminution de cette diversité des essences sur l'augmentation annuelle du volume de bois, c'est-à-dire l'accroissement biologique.

Ce travail repose sur 45 inventaires forestiers dans 44 pays, soit près de 780 000 parcelles, incluant plus de 30 millions d'arbres appartenant à 8 727 espèces. Avec cette importante base de données, les chercheurs visent à changer d'échelle par rapport aux études précédentes. Ils souhaitent ainsi obtenir une appréciation plus globale de la relation entre biodiversité et productivité, tout en soulignant ses variations spatiales.

Côté résultats, sur la majorité des sites, une perte de la biodiversité spécifique entraîne une diminution de la production forestière : globalement, un déclin de 10 % (de 99 % dans un second cas) entraîne une baisse de 2 % à 3 % de la productivité (entre 62 et 78 % dans ce second cas). Les cartes ci-dessous montrent les conséquences régionales de ces pertes de biodiversité. À noter que les régions les plus touchées en termes relatifs (c'est-à-dire en pourcentage) ne sont pas forcément celles les plus concernées en termes absolus (en m3 de production perdus par hectare et par an). Les auteurs soulignent également les impacts possibles sur l'atténuation des émissions de gaz à effet de serre : une baisse de diversité de 25 % entraîne une diminution de 7,2 % de la capacité de stockage de carbone.

Estimation en % (carte A) et dans l'absolu (carte B) de la baisse de productivité forestière avec un déclin de 10 % de la richesse des espèces forestières (entre parenthèses, les résultats pour un déclin de 99 %)

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Source : Science

Les auteurs proposent également une estimation de la valeur économique de cette biodiversité, estimation partielle car reposant uniquement sur la valeur économique de la production de bois. Pour ce faire, ils mobilisent deux études donnant une valeur de la production forestière annuelle de l'ordre de 649 milliards de US$ (2007) et 606 milliards de US$ (2011). Ils appliquent les taux de perte de productivité calculés précédemment (26 à 66 % pour une diminution de la biodiversité actuelle à une seule espèce), et en concluent ainsi à une valeur comprise entre 166 et 490 milliards de US$ (2015) par an.

Élise Delgoulet, Centre d'études et de prospective

Sources : Science, Cirad

10:20 Publié dans Environnement, Forêts Bois | Lien permanent | Tags : biodiversité, forêt, productivité |  Imprimer | | | | |  Facebook

Insectes introduits envahissants : des dégâts sous-évalués

Moustique tigre, capricorne asiatique, longicorne de l'épinette, frelon asiatique, etc. : la liste est longue des insectes introduits qui s'acclimatent et provoquent des dégâts importants sur les productions, la santé humaine ou les écosystèmes. Selon des travaux récemment publiés dans Nature Communication, les coûts annuels mondiaux peuvent être estimés au minimum à près de 80 milliards de dollars.

Les coûts marchands et non-marchands générés par les insectes introduits envahissants

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Source : Nature Communication

Ce travail original s'appuie sur les évaluations menées régionalement, espèce par espèce. Ces études ne sont pas légion, au regard des dégâts immenses qui peuvent en résulter : les auteurs ont ainsi recensé 86 évaluations pour les dégâts causés aux biens et services (agricoles, forestiers, infrastructures), et 117 pour les atteintes à la santé humaine (maladies transmises par ces vecteurs). Parmi ces évaluations, seule une fraction a été qualifiée de « reproductible » (respectivement 55 % et 85 %), c'est-à-dire offrant des données traçables du point de vue méthodologique. Et ces travaux ne portent que sur une petite dizaine d'espèces d'insectes envahissants parmi les 86 répertoriées par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

En dépit de l'aspect ponctuel de ces évaluations, les auteurs ont été en mesure d'extrapoler et consolider les coûts ressortissant de l'analyse bibliographique. Ainsi, les espèces d'insectes envahissantes généreraient directement 70 milliards de dollars de dégâts aux biens et aux marchandises, dont un tiers sur les seuls produits agricoles, et près de 7 milliards de dollars par an de dommages aux personnes.

En raison du champ couvert, ces montants restent sous-évalués : les chiffrages collectés se limitent en général au secteur marchand. Les conséquences sur le secteur non-marchand ne sont quasiment pas étudiées, particulièrement dans le cas des ravageurs forestiers. Enfin, ces coûts pourraient augmenter sensiblement avec le changement climatique, lequel accentue l'importation d'espèces invasives via le commerce international et les migrations.

Cette analyse met également en évidence l'intérêt d'une prévention accrue et d'une politique renforcée de bio-sécurité, dont le coût pour la société serait dix fois moindre que les dégâts potentiels.

Muriel Mahé, Centre d’études et de prospective

Source : Nature Communications

10:15 Publié dans Production et marchés, Santé et risques sanitaires | Lien permanent | Tags : insectes, espèces invasives, dégâts |  Imprimer | | | | |  Facebook