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10/02/2021

La transition numérique au service des politiques agricoles

Alors que l'impact du numérique en agriculture fait l'objet de recherches de plus en plus fournies, l'apport des technologies venant en appui aux politiques publiques, particulièrement agricoles, est rarement étudié. Une analyse récemment publiée dans Food Policy permet d'identifier les principaux domaines qui, en la matière, pourraient bénéficier de cette transition.

Les travaux menés s'inscrivent dans la problématique des « instruments d'action publique » (voir Lascoumes et Simard, 2011). Les auteurs détaillent ceux qui sont mobilisés par les politiques agricoles, de leur conception jusqu'à leur évaluation. Ils traitent aussi des opportunités offertes par la technologie et des questions nouvelles que posent ces évolutions. Sont ainsi identifiés plusieurs domaines dans lesquels les technologies numériques impacteront la conception des politiques et leurs modalités d'action (voir schéma ci-dessous), afin d'en améliorer l'efficacité et l'efficience. À titre d'illustration, les auteurs ont analysé la mise en œuvre des politiques relatives aux pollutions par les nitrates et les pesticides.

Les technologies numériques peuvent par exemple favoriser les liens entre utilisation des intrants, pratiques culturales sur les parcelles et pollutions diffuses à l'échelle d'un territoire. Les données géoréférencées, issues de capteurs placés dans les champs ou provenant des agroéquipements, peuvent en effet être croisées avec celles issues d'observations des milieux. Ce croisement facilite les diagnostics en matière de pratiques agricoles et le ciblage des exploitations bénéficiant de dispositifs spécifiques, toutes choses susceptibles d'améliorer l'efficience de la réduction des pollutions par les nitrates.

La digitalisation des politiques agricoles est cependant tributaire de la pénétration du numérique dans les exploitations et de l'évolution des objectifs de ces politiques en matière d'accès aux données. Elle dépend aussi des transformations du rôle de l'État (régulateur ou facilitateur) dans la chaîne de valeur alimentaire. Compte tenu des incertitudes relatives à ces paramètres, les auteurs concluent à la nécessité d'une réflexion prospective explorant les scénarios de recours au numérique en appui aux politiques agricoles.

Domaines de la politique agricole impactés par les technologies numériques, en matière d'instruments ou de designs

transition numérique.jpg

Source : Food Policy

Lecture : en bleu, dimensions directement touchées par les technologies numériques ; en vert, dimensions indirectement touchées.

Muriel Mahé, Centre d'études et de prospective

Source : Food Policy

19:34 Publié dans 4. Politiques publiques | Lien permanent | Tags : numérique, politique agricoles, technologies, digital |  Imprimer | | | | |  Facebook

19/01/2021

Numérique et bien-être des animaux d’élevage

Lors d’un séminaire organisé en décembre 2020, la chaire AgroTIC traitait deux domaines d’actualité : l’utilisation des technologies de l’information et de la communication (TIC) en élevage, et le bien-être animal (BEA). Une douzaine d’interventions ont permis, au-delà d’un panorama des nombreux outils existants, de voir si la relation entre TIC et bien-être était toujours positive et bénéfique tant pour l’éleveur que pour l’animal, dans une perspective One Welfare. Les présentations étaient regroupées en 3 sessions : la première relative à l'évaluation du BEA, depuis la mesure des paramètres jusqu'à l’aide à la décision ; la deuxième associant le bien-être animal et celui de l’éleveur ; la dernière traitant des questions de société. Revenons ici sur deux de ces interventions.

L’utilisation des outils numériques en élevage présente plusieurs défis, selon Michel Marcon, de l’Institut du porc (IFIP). Le premier est économique : le consommateur est de plus en plus sensible au BEA, mais il n’accepte de payer davantage que de façon limitée ; quant à l’éleveur, son utilisation du numérique doit conduire à une réduction des frais et des médicaments vétérinaires par une détection précoce des problèmes de santé. Ces outils peuvent aussi être une source de revenu supplémentaire par une amélioration des performances ou une meilleure traçabilité du cahier des charges d’un label. Un deuxième défi tient à l'accessibilité et à la connectique, le rural étant parfois mal raccordé (figure ci-dessous). L'éleveur doit également choisir une solution robuste, adaptée à des contraintes techniques (insectes sur les caméras, humidité, etc.), non spécifique de l'endroit pour lequel l’outil a été choisi (installation dans des bâtiments différents).

Couverture en fibre des zones rurales de l’ouest de la France fin 2019

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Source : Arcep

Pour Nathalie Hostiou (INRAE), le numérique a divers impacts sur le métier d’éleveur. D'abord, la réduction du temps de travail n’est pas aussi importante qu'espérée, l’automatisation permettant plutôt une redistribution du travail dans la journée et une flexibilité des horaires. En matière de charge mentale, le numérique peut devenir un « fil à la patte » avec des alertes jour et nuit. Il induit par ailleurs de nouvelles relations humain-animal avec une distanciation (moins de contacts directs), mais aussi une meilleure connaissance individuelle des animaux. Enfin, l’autonomie dans le travail peut être remise en question avec une forte dépendance aux services, une dépossession des paramètres déterminants pour la gestion de l’élevage et des décisions qui leur sont liées.

Franck Bourdy, Centre d'études et de prospective

Source : chaire AgroTIC

14/01/2021

Analyse de Terra Nova sur les applications de notation alimentaire

Le 16 décembre 2020, le think tank Terra Nova a publié un rapport consacré aux applications de notation alimentaire, outils récents qui connaissent une augmentation continue du nombre de leurs utilisateurs. La préoccupation forte pour la qualité de l'alimentation (aspects nutritionnels, sanitaires et plus récemment environnementaux) se traduit par de nouveaux besoins des mangeurs auxquels répondent, notamment, les applications de notation.

Si les premiers outils (ex. BuyOrNot) se positionnaient face aux acteurs agroalimentaires, les propositions se sont depuis multipliées, portées par des structures variées (collectifs de citoyens, industriels de l'agroalimentaire, associations de consommateurs, etc.). OpenFoodFacts (dont les données servent elles-mêmes à une centaine d'autres applications) et Yuka sont les plus utilisées, et les auteurs relèvent que ce type d'outils s'adresse préférentiellement à une partie de la population (plus de 35 ans, de catégorie socio-professionnelle élevée, habitant en Île-de-France).

Du fait de l'offre importante d'applications, leur différenciation est nécessaire et passe actuellement par une plus grande personnalisation des services : critères de choix des consommateurs, suivi de régimes alimentaires spécifiques (en particulier liés à des problèmes de santé ou à des confessions religieuses). Cette personnalisation nécessite une évaluation plus complexe (finesse et fiabilité) des habitudes alimentaires et des contributions plus exigeantes de l'utilisateur (données très détaillées à renseigner, mises à jours régulières). De manière générale, l'auteure souligne les questions liées à l'utilisation d'informations personnelles. Elle met aussi en avant la variabilité des méthodes de notation et les différences importantes des niveaux de preuves scientifiques selon les types de données utilisées (ex. données nutritionnelles vs celles sur les additifs et conservateurs).

Complétant l'analyse par des éléments sur les démarches publiques et celles engagées par les industriels, le rapport aboutit à plusieurs propositions. Y figure notamment le renforcement des efforts de recherche afin que les applications de notation s'appuient sur des données robustes et des niveaux de preuves élevés. Il invite aussi à renforcer la régulation de ces outils et à garantir la transparence des modèles économiques et de la gestion des informations personnelles.

Julia Gassie, Centre d'études et de prospective

Source : Terra Nova

13/11/2015

Colloque « Débattre des technologies : un enjeu territorial ? »

Quels sont les enjeux des choix technologiques pour les territoires ? Comment l’innovation et les technologies se mettent-elles à leur service dans le contexte notamment de la transition énergétique ? Comment les territoires « pensent »-ils les nouvelles technologies et les différentes formes d’innovation (technologique, managériale, sociétale, etc.) et comment les anticipent-ils ? Quelle place est-elle accordée à la concertation et à la question de l’approbation de ces innovations ? Autant de questions qui ont été abordées lors du colloque co-organisé le 5 novembre par l’Institut des Hautes Études pour la Science et la Technologie, l’Institut des sciences de la communication et le think-tank Décider ensemble.

Croisant les approches, ce colloque a permis de porter un regard pluridisciplinaire sur la définition d’un « territoire » et sur son évolution au cours du temps, ainsi que sur les modalités d’interdépendance entre la construction des territoires et les choix technologiques. Les controverses suscitées par les technologies d’aujourd’hui ont également été discutées.

L’agriculture a été abordée à plusieurs reprises. Ainsi, pour illustrer les enjeux des choix technologiques pour les territoires, François Houllier (INRA) a mis en avant les deux dimensions intrinsèques de l’agronomie, « une science des localités », à la fois universelle (utilisation de technologies transversales non liées à un espace donné) et ancrée à un « terroir » / territoire (diversité des écosystèmes agricoles).

Concernant la manière dont les territoires favorisent et mettent en œuvre l’innovation technologique, le secteur de l’agriculture a été pris en exemple par Gilles Fumey, géographe : ce sont les caractéristiques d’une campagne (son histoire, sa religion, ses richesses, etc.) qui déterminent l’arrivée de nouvelles technologies. Il souligne que certains territoires agricoles détiennent un projet social, comme le département du Gers qui s’est engagé dans l’agriculture biologique, avec son collectif de paysans portant des pratiques culturales originales (suppression des labours, suppression de l’irrigation en période caniculaire, etc.).

Une réflexion intéressante et commune à plusieurs intervenants a porté sur la nécessaire mise en perspective historique et culturelle des territoires français – quels qu’ils soient – avant d’envisager l’implantation d’innovations ou de nouvelles technologies.

Christine Cardinet, Centre d’études et de prospective

Source : Décider Ensemble

10:46 Publié dans Territoires | Lien permanent | Tags : territoires, technologies, innovation |  Imprimer | | | | |  Facebook