Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

08/07/2020

Besoins en financement de l'agriculture et de l'agroalimentaire dans l'Union européenne : enseignements de l'étude fi-compass

Conduite à la demande de la Commission européenne et de la Banque européenne d'investissement, l'étude fi-compass a été publiée en juin 2020. Elle analyse l'offre et la demande de financements dans les secteurs agricole et agroalimentaire, dans 24 États membres, en suivant une méthodologie commune. L'étude repose sur deux enquêtes téléphoniques menées en 2018 et 2019, auprès de 7 600 agriculteurs, complétées par un examen des statistiques publiques européennes et nationales, et d'entretiens avec des parties prenantes, administrations et organismes financiers. Chaque pays a fait l'objet d'un rapport individuel, accessible sur un portail dédié. Une des contributions originales de l'étude consiste en l'estimation du déficit de financement (financing gap), défini comme la « demande de crédit non satisfaite en raison de contraintes ou d'absence d'accès au financement », et qui comprend à la fois les demandes rejetées ou découragées (anticipation de rejet).

Dans le cas de la France, plusieurs résultats intéressants se dégagent. Tout d'abord, le marché du crédit augmente dans le secteur agricole depuis plusieurs années, avec 52,7 milliards d'euros de prêts en 2018 contre 47,7 milliards en 2015. Néanmoins, les auteurs estiment qu'il existe un déficit de financement, entre 1,3 et 1,7 milliard d'euros, en dépit de conditions d'accès au crédit favorables et de taux d'intérêt bas. Les crédits sont inégalement répartis, 15 % des exploitations agricoles concentrant 65 % des volumes de prêts. Enfin, les nouveaux entrants et les jeunes agriculteurs connaissent un accès plus difficile au crédit, comme les porteurs des projets les plus innovants.

Déficit de financement du secteur agricole français par type de produit bancaire, 2017

FiCompass1.jpg

Source : fi-compass

Dans le secteur agroalimentaire français, la hausse de l’investissement est nettement plus marquée que pour l'agriculture (+35 % entre 2014 et 2017) et elle atteint 13 à 14 milliards d'euros en 2018. Cependant, le déficit de financement dans ce secteur serait de 2,9 milliards et concernerait à 88 % les petites entreprises. Sur la base de ces diagnostics, l'étude propose une série de recommandations, en faveur notamment d'évolutions du Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader).

Déficit de financement du secteur agroalimentaire français par type de produit bancaire, 2017

FiCompass2.jpg

Source : fi-compass

Julien Hardelin, Centre d'études et de prospective

Source : fi-compass

15:37 Publié dans Exploitations agricoles, IAA | Lien permanent | Tags : financement, fi-compass, crédits, prêts |  Imprimer | | | | |  Facebook

07/07/2020

Économies de gamme et synergies entre ateliers dans les élevages laitiers bavarois

Dans le numéro de juillet de l'European Review of Agricultural Economics, deux chercheurs allemands étudient les synergies liées à la diversification des productions dans les élevages laitiers de Bavière. Des économies de gamme sont en effet possibles lorsque les coûts de production de plusieurs produits, une fois regroupés, sont inférieurs aux coûts de production séparés. Les chercheurs se sont focalisés sur les complémentarités de coûts de facteurs de production qui permettent des économies croisées entre deux ateliers, et contribuent aux économies de gamme. Celles-ci peuvent aussi reposer sur le partage des coûts fixes. De telles complémentarités existent lorsque des ressources (y compris immatérielles, comme les compétences techniques) sont mobilisées pour différentes productions sans frais supplémentaires.

Les travaux exposés reposent sur les données comptables collectées de 2000 à 2014 par le Farm Accountancy Data Network (FADN, Rica européen) : ils retiennent 1 647 exploitations laitières de Bavière, enquêtées pendant au moins deux années successives. Si les exploitations laitières sont, en général, spécialisées, une part non négligeable de leurs recettes peut provenir d'une diversification interne : valorisation de la viande issue du troupeau laitier, mais aussi ateliers allaitants ou grandes cultures.

Part des différents ateliers dans les recettes des exploitations laitières de Bavière (2000-2014)

Ateliers.jpg

Source : European Review of Agricultural Economics

Les complémentarités de coûts croisées entre les ateliers sont alors identifiées économétriquement par la distance à une fonction d'efficience, et analysées selon les caractéristiques des fermes et des agriculteurs. En définitive, ces économies dépendent de la taille et du degré de spécialisation des exploitations. Les plus grandes exploitations laitières réalisent davantage d'économies par des synergies avec les grandes cultures, alors que les plus petites peuvent mieux bénéficier de complémentarités avec l'atelier viande. La différence pourrait s'expliquer par le fait que les structures les plus grandes sont plus intensives en capital et les autres en travail. Pour les auteurs, si la diversification ne se limite pas aux réductions de coûts étudiées par eux, les politiques qui cherchent à la soutenir devraient prendre en compte la taille et la structure des exploitations.

Jean-Noël Depeyrot, Centre d'études et de prospective

Source : European Review of Agricultural Economics

03/07/2020

Reconnecter production végétale et animale pour la gestion de l'azote en France : les résultats du modèle bioéconomique SYNERGY

La spécialisation agricole a conduit à une déconnexion entre productions végétale et animale, avec des impacts en matière de bilan et de répartition des stocks et flux d'azote, sources de pollution des écosystèmes. À la recherche des possibilités d'une reconnexion et d'un rebouclage des cycles, une équipe de chercheurs d'INRAE a étudié deux solutions : i) l'augmentation des surfaces en légumineuses, pour réduire le besoin en azote minéral et contribuer à la production de protéines pour l'alimentation animale ; ii) les échanges locaux de produits végétaux et d'engrais organique (fumier, lisier) entre exploitations agricoles. Ces deux solutions ont été analysées à l'aide d'un modèle bioéconomique régional (SYNERGY), intégrant les dimensions économique et environnementale, et appliqué à l'Ouest de la France. Les résultats mettent au jour les limites significatives de ces solutions de rebouclage : dans le cas d'une augmentation de 10 % des surfaces en légumineuses, seulement 25 % d’entre elles serviraient à l'alimentation du bétail, car leur écoulement en tant que produits finaux est plus rentable. Les échanges d'engrais organiques tendraient à provoquer un rebond de la production animale, qui ferait plus que compenser l'économie d'engrais minéraux initialement permise.

Échanges d'engrais organique entre exploitations agricoles par département dans l'Ouest de la France dans (a) le scénario de référence et (b) le scénario LEG10 + MaC (superficie initiale de légumineuses de 10 %, échanges locaux de cultures et de fumier)

Azote.jpg

Source : Ecological Economics

Lecture : les cercles sont proportionnels à la superficie de chaque type d'exploitation agricole dans chaque département. Les flèches représentant les échanges de cultures sont proportionnelles à la valeur absolue du solde « achats - ventes ».

Source : Ecological Economics

02/07/2020

15,9 millions de personnes travaillent à la production, la transformation et la vente de produits alimentaires dans l'Union européenne

La direction de la Commission européenne en charge des statistiques (Eurostat) a publié, en mai 2020, une note sur les 15,9 millions d'employés du secteur de l'approvisionnement alimentaire, représentant 8 % de l'emploi total européen. Elle souligne les variations importantes entre les pays : la Roumanie (23 %), la Grèce (18 %) et la Pologne (14 %) arrivent en tête, tandis que le Luxembourg et la Suède présentent le plus faible pourcentage (3 %). Ces différences existent aussi au sein d'un même pays (carte ci-dessous) : en France, par exemple, ce taux varie de 2 à 14 % suivant les régions considérées. Enfin, près de 50 % des employés du secteur travaillent en « production animale et végétale et chasse », 26 % dans la transformation et 15 % dans la vente en magasin spécialisé.

Part des employés travaillant dans l'approvisionnement alimentaire dans l'Union européenne et les régions limitrophes

Travail.jpg

Source : Eurostat

Source : Eurostat

14:59 Publié dans Agriculteurs, Exploitations agricoles, IAA, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : eurostat, production, agroalimentaire, vente |  Imprimer | | | | |  Facebook

14/05/2020

Coronavirus : divers regards sur la crise proposés par Terra Nova

Initiée le 23 mars 2020 par le think tank Terra Nova, cette série de contributions propose des « réflexions, témoignages et questionnements suscités par la pandémie de Covid-19 et ses multiples conséquences ». Parmi la quarantaine de contributions disponibles début mai, T. Pech rappelle les liens étroits entre urgences sanitaire et écologique : le développement des infections zoonotiques est en effet, selon lui, associé au déclin de la biodiversité et à l'augmentation des interactions entre animaux sauvages et domestiques, notamment du fait de l'expansion de l'agriculture et de l'élevage. Dans son texte publié le 10 avril, L. Dablanc revient sur la logistique en temps de crise. Toujours stratégique pour les villes, cette activité est devenue plus visible et prioritaire. Des éclairages sont donnés, grâce à un « Baromètre de la logistique urbaine en confinement », sur les aspects alimentaires (e-commerce, livraisons de repas). Pour finir, mentionnons l'analyse de L. Chabason sur la gouvernance mondiale pour mieux lutter contre les pandémies zoonotiques.

Source : Terra Nova

06/05/2020

Risques et incertitudes économiques, freins à la transmission des exploitations

Une équipe irlandaise a publié récemment, dans Rural Studies, un article considérant les conséquences des risques et incertitudes économiques sur la transmission des exploitations. Cette étude de la perception des risques économiques chez le cédant s'inscrit dans la continuité de ses travaux quantitatifs antérieurs sur l'influence, entre autres, des politiques agricoles et des caractéristiques socio-démographiques sur le renouvellement des générations.

À partir de 24 entretiens approfondis dans deux comtés, spécialisés respectivement dans le bovin-viande et le lait, les auteurs mettent en évidence l'impact de l'incertitude en matière de revenus après cessation, notamment pour le financement ultérieure d'une éventuelle dépendance. Les cédants s'en prémunissent en retardant la transmission ou en ne cédant qu'une partie des facteurs de production. Selon les auteurs, les politiques incitant à la transmission devraient en tenir compte en mettant en place, par exemple, des compléments de retraite conditionnés à la cession.

Source : Rural Studies

09:48 Publié dans Agriculteurs, Exploitations agricoles | Lien permanent | Tags : transmission, cessation, retraite, risques économiques, irlande |  Imprimer | | | | |  Facebook

15/04/2020

Une analyse de la profitabilité des agricultures européennes

Dans un article publié dans la revue Sustainability, une équipe de chercheurs lituaniens compare les performances économiques des agricultures européennes. Si ce type d'approche a déjà fait l'objet de publications (voir à ce sujet un précédent billet sur ce blog), l'originalité du travail présenté ici tient au fait qu'il s'appuie sur la construction d'un indicateur agrégé, permettant de rendre compte de façon globale de la profitabilité des agricultures étudiées.

Le travail repose sur les données du réseau européen d'information comptable agricole (RICA ou Farm Accountancy Data Network, FADN). Quatre variables, qui témoignent du niveau des capitaux immobilisés pour la production agricole, ont été utilisées : valeur des terres et des éventuels quotas de production, bâtiments, matériel, cheptel reproducteur. Chacune de ces variables a été divisée par le revenu agricole brut, afin d'évaluer l'efficacité de l'utilisation des facteurs de production. Les auteurs ont ensuite eu recours à une méthode d'aide à la décision multicritères (méthode VIKOR) afin de pondérer chacune des variables et de les agréger en un indice global. Cette méthode a été appliquée aux 21 États membres pour lesquels les données étaient disponibles, en opérant une distinction suivant les spécialisations productives.

Quelle que soit l'orientation considérée, les agricultures des nouveaux États membres (ex. : Bulgarie, Roumanie) affichent une profitabilité supérieure à celles des anciens États membres (cf. figure ci-dessous avec l'exemple des grandes cultures). Les auteurs expliquent ces résultats contre-intuitifs par le fait que ceux entrés récemment dans l'Union européenne bénéficient de prix faibles pour les facteurs de production capitalistiques, ce qui leur permet de compenser leur moindre efficacité technique.

Indicateur de profitabilité économique des exploitations de grandes cultures de 21 pays de l'UE

Profitabilite.jpg

Source : Sustainability

Lecture : l'indice calculé étant basé sur les coûts des facteurs de production divisés par le revenu agricole brut, une valeur faible indique une profitabilité élevée, et inversement.

Pour terminer, les chercheurs analysent deux indicateurs agro-environnementaux : la pollution atmosphérique d'origine agricole et le niveau d'utilisation de fertilisants de synthèse. Ils mettent en évidence une corrélation positive entre profitabilité et performance environnementale. Ces résultats sont toutefois à prendre avec précaution, toutes les composantes de la performance environnementale n'ayant pas été prises en compte (biodiversité, stockage du carbone, etc.).

Mickaël Hugonnet, Centre d'études et de prospective

Source : Sustainability

19:08 Publié dans Exploitations agricoles | Lien permanent | Tags : profitabilité, rica |  Imprimer | | | | |  Facebook

14/04/2020

Élevage multi-espèces et durabilité

Des chercheurs européens ont publié, dans la revue Agricultural Systems, une synthèse consacrée à l'élevage multi-espèces et à sa contribution au développement durable. Les auteurs se sont intéressés aux élevages associés, pâturants ou de plein air, pour lesquels les synergies sont les plus significatives, sous l'angle des trois piliers de la durabilité.

Concernant le pilier environnemental, ils mettent en avant un meilleur usage des ressources et un accroissement de la biodiversité. Les différentes espèces élevées ont en effet des niches alimentaires souvent complémentaires : leurs régimes ne se recouvrent pas totalement, dans les espèces ou dans les façons de les consommer. Ces consommations différentes permettent un pâturage plus homogène des surfaces et des espèces, et réduisent les zones de refus. Le co-pâturage de chevaux et de bovins bénéficie ainsi à ces derniers, par un bon développement du trèfle sur les surfaces broutées à ras par les équins. Sur la même pâture, deux espèces complémentaires allègent la compétition entre individus pour les ressources favorites, conduisant à de meilleures prises alimentaires. Ces mécanismes sont favorables à la diversité végétale des prairies, mais aussi à l'ensemble de la biodiversité de ces écosystèmes.

Exemples de systèmes d'élevage multi-espèces

Elevage.jpg

Source : Agricultural Systems (crédits photo : Severin Hübner et Sophie Prache)

Pour le pilier économique, les systèmes d'élevage associés montrent une meilleure productivité technique, par exemple avec truies et bovins sur les mêmes prairies. Une gestion fine des calendriers de pâturage est toutefois nécessaire pour tirer pleinement bénéfice des concurrences et complémentarités. La rentabilité des élevages associés peut profiter de ces gains techniques et d'économies de gamme liées à l'usage conjoint du parc matériel (ex. : fenaison ou contention), voire des bâtiments. Comme les autres systèmes de production diversifiés, ils sont moins exposés aux aléas et aux fluctuations, permettent un étalement des revenus dans l'année et une multiplication des débouchés. En contrepartie, ces systèmes plus complexes sont techniquement exigeants et la commercialisation des animaux, dans différents circuits, peut être chronophage.

Enfin, concernant le pilier social, la diversification, si elle nécessite une organisation fine des tâches, permet un étalement des pics de travail et un allègement des contraintes. Ces élevages multi-espèces méritent donc des travaux de recherche et de conseil dédiés pour faciliter leur développement.

Jean-Noël Depeyrot, Centre d'études et de prospective

Source : Agricultural Systems

19:01 Publié dans Exploitations agricoles | Lien permanent | Tags : élevage, multi-espèces, durabilité |  Imprimer | | | | |  Facebook

13/04/2020

Pertes économiques liées aux mammites en élevage bovin laitier

Publié récemment dans Frontiers in Veterinary Science, un article évalue l'impact économique des mammites pour les élevages de vaches laitières. Premières pathologies en fréquence dans ces élevages, elles sont responsables de coûts et de pertes d'exploitation, du fait des analyses bactériologiques (identification de la ou des bactéries responsables, antibiogramme) et cytologiques (comptage cellulaire dans le lait) à réaliser pour poser le diagnostic, des traitements, du surplus d'activité de l'éleveur, de la destruction du lait pendant la durée de la maladie et après le traitement, de l'abattage éventuel de l'animal, etc.

Les auteurs ont réalisé une méta-analyse d'articles en langue anglaise décrivant les pertes économiques liées à des mammites bovines, publiés jusqu'en juin 2019 dans trois bases (PubMed, ISI Web of Science, Google Scholar). À partir d'un corpus initial de 1 566 articles, plusieurs phases de sélection ont permis d'en sélectionner 9, représentant 82 cas. Les critères d'inclusion de ces publications étaient la présence d'une mammite clinique (exclusion des formes subcliniques), la mention des pertes financières par cas de mammite ou par année et par vache, la limitation à des pays de la zone climatique tempérée, et des données postérieures à 1990.

Les résultats montrent une forte corrélation avec l'étiologie : si l’impact financier moyen est de 224 € par cas, il est de 101 € pour des mammites dues à des bactéries Gram + et de 457 € pour celles provoquées par une bactérie Gram -. Plus précisément, il est en moyenne de 74 € si la bactérie responsable est Staphylococcus aureus, de 79 € pour St. coagulase -, de 121 € pour Streptococcus sp. et de 428 € pour Escherichia coli.

Les auteurs relèvent toutefois plusieurs problèmes liés aux articles retenus, et donc à la méta-analyse qui en est issue. Tout d'abord, l'interaction avec d'autres maladies dans ces pertes est rarement mentionnée. D'autre part, se limiter aux coûts et pertes engendrés à court terme par une maladie pourrait être trompeur : si les mammites dues à des bactéries Gram - ont un coût très supérieur à celles à Gram +, les conséquences à moyen et long termes de ces dernières ne sont pas prises en compte. De même, le coût de l'abattage est sous-valorisé car il ne devrait pas se limiter au seul coût de l'animal. Enfin, des paramètres comme le prix du lait ou le coût du travail sont peu inclus. Pour les auteurs, une méthode normée permettrait de réduire ces limites à l'avenir.

Franck Bourdy, Centre d'études et de prospective

Source : Frontiers in Veterinary Science

06/04/2020

Le drainage agricole : de la tuyauterie à l'hydro-diplomatie

Cet article de B. Vincent (INRAE), publié dans un numéro spécial de la revue Sciences eaux & territoires, propose un état de l'art sur le drainage agricole en France et en Europe. Abordant les différents dispositifs (dimensionnement, entretien), l'article renseigne également sur l'évolution des superficies drainées en France (10 % de la SAU ou 20 % de la sole céréalière en 2010), avec un accroissement de 20 000 ha/an sur la période 2000/2010. L'auteur montre surtout les changements en matière d'ingénierie du drainage, pour laquelle l'innovation ne porte plus tant sur la technologie utilisée que sur l'optimisation des dispositifs de remédiation qui assurent la dépollution des eaux. Permettant une redistribution des bilans hydriques, de solutés et de particules, le drainage est considéré comme un outil de gestion de l'eau : à ce titre, il nécessite le développement d'une ingénierie de la remédiation mobilisant les apports du génie écologique. Les solutions techniques sont mises en place dans le cadre de démarches concertées, avec des outils de dialogue territorial, instituant alors une sorte « d'hydro-diplomatie ».

Source : Science, eaux & territoires

17:36 Publié dans Agronomie, Exploitations agricoles | Lien permanent | Tags : drainage |  Imprimer | | | | |  Facebook

16/03/2020

Des propositions d'indicateurs agro-environnementaux pour renforcer le suivi des exploitations européennes

Principal outil de suivi des exploitations européennes, le Farm Accountancy Data Network (FADN) rassemble des informations comptables de plus de 80 000 exploitations. Il ne contient toutefois que très peu d'éléments relatifs aux enjeux environnementaux, ce qui complique l'évaluation des dispositifs de politique publique dédiés. Pour pallier cette difficulté, dans un article publié dans la revue Ecological Indicators, une équipe allemande a étudié la possibilité de compléter le FADN par des indicateurs agro-environnementaux.

Les auteurs ont d'abord procédé à une revue de littérature afin d'établir une liste d'indicateurs potentiellement mobilisables. Pour réduire les coûts de collecte, ils se sont limités aux indicateurs pouvant être renseignés à partir des informations issues des déclarations PAC remplies chaque année par les agriculteurs. Cinq entrées ont ainsi été retenues : l'indice de Shannon des cultures, qui rend compte de leur diversité sur une exploitation ; le nombre de cultures occupant plus de 5 % de la surface cultivée ; la taille médiane des parcelles ; la densité de haies ; la part des éléments paysagers dans la surface totale. Pour apprécier la pertinence des indicateurs proposés, ces derniers ont été calculés pour les exploitations du Land du Brandebourg, en Allemagne. Ces calculs montrent qu'ils sont pertinents pour discriminer les exploitations, mais ils mettent en évidence de fortes corrélations entre certaines variables, qui conduisent les auteurs à éliminer les indicateurs « nombre de cultures occupant plus de 5 % de la surface cultivée » et « part des éléments paysagers dans la surface totale ».

Les trois indicateurs finalement proposés permettraient de compléter le dispositif de suivi des exploitations européennes, mais ils présentent toutefois certaines limites. Ne portant que sur une partie des enjeux agro-environnementaux, ils laissent de côté des sujets tels que les émissions de gaz à effet de serre ou l'utilisation des intrants (engrais, pesticides, etc.). Par ailleurs, ils supposent la mobilisation de données administratives qui n'ont pas été collectées à des fins de suivi et d'évaluation, ce qui nécessiterait d'obtenir l'autorisation préalable des agriculteurs les ayant fournies.

Mickaël Hugonnet, Centre d'études et de prospective

Source : Ecological Indicators

16:52 Publié dans Environnement, Exploitations agricoles | Lien permanent | Tags : indicateurs, agro-environnement, exploitations, europe |  Imprimer | | | | |  Facebook

10/02/2020

Recensement agricole argentin 2018 : résultats préliminaires

L'Instituto Nacional de Estadística y Censos (INDEC) a publié, fin 2019, les résultats préliminaires du recensement agricole argentin 2018 (Censo nacional agropecuario - CNA), la dernière édition d'une série commençant en 1888. L'Institut est chargé de sa conception, la réalisation étant confiée aux services régionaux (Direcciones Provinciales de Estadística). La méthodologie de « balayage territorial », où le recenseur rencontre le producteur, utilise un dispositif de capture mobile incluant des images satellitaires associées à un modèle vectoriel d'information géographique (limites administratives, hydrographie, voies de communication, villes). Les données collectées entre le 1er juillet 2017 et le 30 juin 2018 concernent i) l'exploitation et le producteur, ii) le type d'activité, iii) les pratiques culturales et d'élevage, iv) la mécanisation des tâches, v) les résidents et la main-d’œuvre.

Le CNA a couvert près de 207 millions d'hectares (cultures, prairies, forêts) et de 250 900 exploitations. Environ 733 000 personnes y habitent, dont 52 % appartiennent à la famille, 18 % sont des travailleurs non familiaux et 16 % des associés. Au total, 420 700 travailleurs permanents (82 % d'hommes) cultivent 33 millions d'hectares (69 % de céréales et oléagineux) et élèvent 56 millions de têtes de bétail. 91 % des exploitations sont gérés par les producteurs ou associés, dont 21 % sont des femmes et 16 % ont moins de 40 ans. Concernant la mécanisation des tâches, les principaux matériels recensés sont les tracteurs (plus de 200 000), les moissonneuses (environ 23 500), les semoirs (75 000) et les conditionneurs de fourrage (37 800). Ces données traduisent des degrés de mécanisation variables selon les structures, mais aussi le recours à des prestations externes. Ainsi, 25 % des exploitations ont recours à de la sous-traitance de services, cette pratique concernant notamment 67 % de la superficie récoltée d'oléagineux.

Répartition des surfaces par activité et de l'élevage par espèce (nombre d'animaux) au 30 juin 2018

Argentine.jpg

Source : INDEC

En trente ans, entre les recensements de 1988 (378 000 exploitations) et 2018, on constate un phénomène de concentration : baisse de 37 % du nombre d'exploitations, augmentation de 96 % de leur surface moyenne (de 421 à 826 ha), et trois fois plus de superficie consacrée aux cultures annuelles (céréales et oléagineux). Ces dernières passent ainsi de 7,67 à 23 millions d'hectares, notamment dans la région Pampa humide, caractérisée par une concentration relativement importante de la production et une pratique fréquente de la sous-traitance sous la figure des contratistas. Cette situation s'oppose aux filières dites « régionales » (vigne, canne à sucre, fruits, etc.) pour lesquelles la concentration est essentiellement foncière.

Recensement 2018, parcelles cultivées

Argentine2.jpg

Source : INDEC

Hugo Berman, Centre d'études et de prospective

Sources : INDEC, Sobre la Tierra

21/01/2020

Un chiffrage des conséquences du changement climatique sur la rentabilité des exploitations australiennes

Alors que l'Australie connaît depuis plusieurs mois une sécheresse importante à l'origine d'incendies gigantesques, l'Australian Bureau of Agricultural and Resource Economics and Sciences (ABARES), un organisme de recherche interne au ministère en charge de l'agriculture, a récemment publié les résultats d'une étude visant à apprécier les conséquences du changement climatique sur la profitabilité des exploitations du pays.

L'étude s'appuie sur un modèle économétrique permettant d'estimer leur performance technique et économique à partir de variables relatives à leur structure, au contexte de prix et au climat. Ce modèle a permis aux auteurs de simuler ce qu'aurait été la situation économique des agriculteurs australiens si les conditions climatiques des années 2000 à 2019 avaient été comparables à celles que le pays a connues de 1950 à 2000.

Les résultats de la modélisation montrent que, toutes choses égales par ailleurs, les évolutions du climat en Australie depuis les années 2000 ont induit une diminution de 22 %, en moyenne, du « profit » des exploitations du pays, considéré ici comme le revenu net d'entreprise une fois prises en compte la rémunération du travail familial et la variation de la valeur des stocks. Cette moyenne masque d'importantes disparités selon les productions, les agriculteurs en grandes cultures étant plus impactés que les éleveurs de bétail : -35 % pour les céréaliculteurs, contre -18 % pour les éleveurs ovins et -5 % pour les producteurs de viande bovine. De même, les États de l'Ouest du pays (Western Australia) et surtout de l'Est (New South Wales, Victoria), davantage concernés par les sécheresses récentes et comportant une proportion élevée d'exploitations céréalières, sont sensiblement plus touchés que les autres. La modélisation montre également que les stratégies mises en place par les agriculteurs en réponse à ces conditions climatiques nouvelles, telles que le non-labour, ont permis d'en atténuer les conséquences : en leur absence, la diminution du profit aurait été de 26 % en moyenne et de 49 % pour les céréaliculteurs.

Effet des conditions climatiques sur le profit des exploitations australiennes

Australie.jpg

Source : ABARES

En conclusion, les auteurs appellent les pouvoirs publics à renforcer leur soutien aux agriculteurs, en cherchant non pas à les protéger des conséquences du changement climatique, mais à les aider à renforcer leur résilience face à ce phénomène. Les formes concrètes que pourrait prendre ce soutien ne sont toutefois pas explicitées dans l'étude.

Mickaël Hugonnet, Centre d’études et de prospective

Source : ABARES

15/01/2020

Les effets positifs de l'agriculture de conservation sur les rendements dans la Corn Belt

Un article récent, publié dans la revue Environmental Research Letters par des chercheurs de l'université de Stanford, s'intéresse aux effets des pratiques d'agriculture de conservation sur les rendements du maïs et du soja dans la Corn Belt des États-Unis. Selon les auteurs, la littérature sur le sujet, bien que riche, ne permet pas toujours de conclure en raison de la variété des conditions de culture, des pratiques, des profils pédoclimatiques, etc. Ils proposent ici une approche originale, en utilisant des bases de données issues d'observations satellitaires et en analysant les données avec des algorithmes de machine learning. Les résultats montrent que les pratiques d'agriculture de conservation permettent d'augmenter le rendement de 3,3 % en moyenne pour le maïs et de 0,74 % pour le soja. Cet effet positif est en revanche plus limité pour les parcelles venant de passer récemment en agriculture de conservation, probablement en raison du temps nécessaire pour que la qualité des sols évolue et que les agriculteurs utilisent de façon optimisée ces pratiques (cf. figure).

Résumé des impacts moyens de l'agriculture de conservation sur les rendements en fonction de la durée de mise en œuvre

Corn-belt.jpg

Source : Environmental Research Letters

Source : Environmental Research Letters

11/12/2019

Agriculture et qualité de l'air. Comprendre, évaluer, agir, C. Bedos, S. Génermont, J.-F. Castell, P. Cellier, (coord.)

Air1.jpg

Dans cet ouvrage collectif publié en octobre 2019, les auteurs analysent les liens entre agriculture et qualité de l'air, en France et en Europe de l'Ouest. Leur but est de mettre à disposition de tout acteur concerné par ce sujet une synthèse des connaissances actuelles. Ils décrivent le contexte et l'histoire de cette problématique, et présentent les différents polluants atmosphériques produits par ou impactant l'agriculture, ainsi que les méthodes permettant de les mesurer ou de modéliser leur émission. La dernière partie propose une réflexion sur le passage du diagnostic à la mise en œuvre d'actions de réduction de ces pollutions.

L'agriculture est source de nombreux polluants atmosphériques : par exemple, 94 % des émissions d'ammoniac en sont issus, de même que 54 % des particules totales en suspension (essentiellement des PM10). Pourtant, les auteurs soulignent que la prise de conscience par la société de l'impact de l'agriculture sur la qualité de l'air s'est seulement faite dans les années 2000, et qu'il a fallu attendre 2010 pour que le secteur reconnaisse sa propre vulnérabilité face à ces polluants. Par exemple, l'ammoniac favorise l'acidification des sols, ce qui diminue leur fertilité et joue sur les rendements. Selon eux, il est probable qu'à l'avenir la pression de l'opinion publique, pour réduire les émissions d'origine agricole, s'accentue parallèlement à l'augmentation des aires d'influence des villes et donc des interfaces avec l'agriculture.

L'ouvrage dresse par ailleurs un panorama du corpus réglementaire relatif aux émissions dues à l'agriculture (voir figure), et alerte sur le risque d'incohérences et d'inefficacité dû à l'empilement des textes et au manque de coordination entre ceux-ci. Ainsi, leur mise en œuvre s'avère difficile et la France est par exemple attaquée, devant la Cour de justice européenne, pour non-respect des valeurs limites dans l'air pour le NO2.

Afin d'améliorer la qualité de l'air, les auteurs envisagent des actions à l'échelle de l'exploitation (changement de pratiques, etc.), mais aussi à des échelles plus larges. On peut citer entre autres les leviers suivants : modifier la mosaïque paysagère pour maximiser la recapture locale de polluants ; positionner les sources émettrices importantes loin des zones sensibles (zones protégées par exemple) ; répartir les émissions dans le temps et dans l’espace pour éviter des pics de concentration, et donc maintenir une diversité des productions dans chaque bassin. Ils soulignent enfin que la mise en œuvre de ces leviers devra être adaptée au contexte local.

Niveaux d'action du cadre législatif appliqué en France pour lutter contre les émissions de polluants atmosphériques d'origine agricole

Air2.jpg

Source : Éditions Quae

Aurore Payen, Centre d'études et de prospective

Lien : Éditions Quae

13:58 Publié dans 4. Politiques publiques, Agronomie, Environnement, Exploitations agricoles | Lien permanent | Tags : air, pollution, ammoniac, pm10, no2 |  Imprimer | | | | |  Facebook