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17/03/2021

La filière lait biologique à l'heure du changement d'échelle

Présenté lors des dernières Rencontres recherches ruminants (3R) et publié récemment, cet article dresse un état des lieux de la filière laitière en agriculture biologique (AB), depuis ses débuts dans les années 1990 jusqu'à aujourd'hui, où le marché dépasse le milliard d'euros. La production de lait bio a connu un véritable essor dans la dernière décennie : la part des exploitations en AB dans l'ensemble des livreurs de lait a été multipliée par 5 (dépassant 7 % des exploitations début 2020), et la part des volumes par 4. Traitements de données et entretiens auprès des opérateurs ont permis aux auteurs de retracer cette évolution, d'un bout à l'autre de la filière.

Partant d'un petit socle d'exploitations, la croissance s'est déroulée en trois vagues de conversion successives (voir figure). Au début des années 2000, la première a constitué une réponse aux crises sanitaires vécues par le secteur bovin, et a été soutenue par les Contrats territoriaux d'exploitation (CTE). Après une phase stable, la crise économique de 2009 a encouragé une deuxième vague de conversions. La stabilité du prix du lait bio rendait cette démarche d'autant plus attractive que les conditions du marché se dégradaient en lait conventionnel. Enfin, dans un contexte comparable à celui de 2009, le secteur a connu une troisième vague de conversions massives entre 2017 et 2019.

Évolution de la collecte de lait biologique française

Lait.jpg

Source : 3R 2020

Les débouchés du lait produit en AB, essentiellement destiné aux ménages, ont progressivement absorbé ces hausses de production. Entre une demande en croissance régulière et les à-coups des volumes produits, l'équilibre entre offre et demande est néanmoins parfois difficile à établir, surtout compte tenu des délais de conversion des exploitations. Le lait liquide est, depuis l'émergence de la filière, un pilier de la valorisation en AB, absorbant plus du quart des volumes collectés (10 % en conventionnel). Le beurre, les crèmes et l'ultra-frais connaissent par ailleurs des croissances très dynamiques. En revanche, la transformation fromagère plafonne en AB à 10 % de la collecte (contre 33 % tous laits confondus). Le mix-produit de la transformation biologique reste déséquilibré et il ne permet pas une valorisation totale de la partie protéique du lait. Selon les auteurs, la taille atteinte par la filière doit aujourd'hui lui permettre de diversifier l'offre de produits finaux pour atteindre cet équilibre et prolonger cette dynamique.

Jean-Noël Depeyrot, Centre d'études et de prospective

Source : Rencontres recherches ruminants 2020

 

13:09 Publié dans Agriculteurs, Exploitations agricoles, Production et marchés | Lien permanent | Tags : lait, agriculture biologique, bio |  Imprimer | | | | |  Facebook

16/03/2021

Productivité agricole, qualité et âge des agroéquipements

Dans le numéro de février de The Quarterly Journal of Economics, deux économistes des universités Cornell et d'Exeter ont publié leurs travaux sur un sujet très peu exploré dans le secteur agricole : la prise en compte de la qualité et de l'obsolescence du capital productif, notamment des équipements, pour expliquer les écarts de productivité entre pays. En effet, ceux-ci sont le plus souvent reliés à des différences d'intensification des pratiques, de travail (temps et compétences), d'allocation du capital humain entre les secteurs économiques, ou à des économies d'échelle permises par les variations de taille des exploitations. Or, selon eux, les disparités d'utilisation des agroéquipements, et surtout de types de matériel utilisé (qualité et âge), expliquent une part non négligeable des écarts constatés au plan international.

Pour le démontrer, les chercheuses se sont focalisées sur les tracteurs. Elles ont, dans un premier temps, dû résoudre le problème d'absence de bases de données sur leurs âge et qualité (puissance, fonctions, technologies embarquées, etc.). Elles se sont appuyées sur les informations de la FAO (stocks, durée d'utilisation des tracteurs, prix neufs ou d'occasion, etc.), pour approcher les différences entre les matériels utilisés. Cette reconstitution de jeux de données a été menée pour 16 pays à différents stades de développement économique, parmi lesquels la France.

En différenciant les capitaux employés en agriculture selon la qualité de l'équipement, elles arrivent à des résultats qui revalorisent son poids dans l'explication des écarts de productivité. Les qualités variables du capital productif, qu'elles soient d'origine (lors de l'achat) ou liées au vieillissement des matériels, expliquent environ 16 points des variations de productivité du travail. Ainsi, quand on ne prend pas en compte son hétérogénéité, le matériel contribue pour 21 % aux écarts de productivité entre pays. À l'inverse, quand l'hétérogénéité est intégrée dans les calculs, ce sont 37 % des différences internationales de productivité du travail qui sont expliqués. Et l'amélioration de la qualité des équipements, qui est évaluée à 4,2 % par an, expliquerait entre un cinquième et un tiers des gains de productivité observés entre 1990 et 2014, augmentant avec le degré de développement du pays. Ce dernier constat ouvre la voie à des analyses plus poussées sur les freins à l'accès aux technologies matérielles et sur le fonctionnement du marché international des agroéquipements.

Muriel Mahé, Centre d'études et de prospective

Source : The Quarterly Journal of Economics

10/03/2021

La peste porcine africaine en Chine et ses conséquences

L’Académie d’agriculture de France et l’Académie vétérinaire de France ont organisé une séance, le 3 février 2021, sur l’épizootie de peste porcine africaine (PPA) en Chine et ses conséquences locales comme mondiales. Après un exposé de Marie-Frédérique Le Potier (Anses) sur cette maladie, son épidémiologie et les moyens de lutte, Jean-Christophe Audonnet (Boehringer-Ingelheim), Jean-Marc Chaumet (Idele) et Boris Duflot (Ifip) ont présenté ses conséquences sanitaires et économiques en Chine et dans le monde.

La Chine reconnaît officiellement l’abattage de 1,2 million de porcs depuis le déclenchement de l’épizootie, en 2018, mais la moitié du cheptel national (soit 250 millions de têtes) serait en fait concernée, autrement dit le quart de l’effectif mondial, selon J.-C. Audonnet. En l’absence de vaccin, la Chine prend des mesures prophylactiques. La création de porcs génétiquement résistants à la PPA semblant illusoire, les autorités publiques prônent le remplacement de multiples abattoirs locaux par des abattoirs industriels de grande capacité. De la même façon, elles privilégient la disparition des petits élevages au profit de « mégafermes » dotées de dispositifs de biosécurité de haut niveau : un ensemble de 22 bâtiments avec 1 800 porcs par étage pourrait ainsi produire 2,1 millions de têtes par an. Selon l’intervenant, les animaux comme les personnels seraient isolés dans ces structures quasi-autonomes, avec des conséquences potentielles sur leur bien-être. Existant déjà pour la volaille, un projet de ferme automatique, où le personnel serait remplacé par des robots et de l’intelligence artificielle, est aussi à l’étude.

Sur le plan économique, J.-M. Chaumet montre que la chute de la production interne de viande porcine a entraîné une augmentation de son prix, qui s’est traduite par une hausse des prix des autres viandes (figure ci-dessous) avec, pour conséquence, une inflation croissante. Le gouvernement chinois, pour en prévenir les conséquences sociales, réalise des importations massives de viande porcine (deuxième figure ci-dessous), creusant ainsi son déficit commercial.

Évolution du prix de la viande en Chine

elevage,exploitations agricoles,chine,peste porcine africaine

Source : Abcis

Selon J.-M. Chaumet, la Chine cherche donc à rétablir son autonomie alimentaire en favorisant des élevages sur son sol, quitte à s’affranchir de certaines contraintes environnementales, ou en développant à son profit la production animale à l’étranger.

Importations chinoises de viande en valeur

chine viande 2.jpg

Source : Abcis

Franck Bourdy, Centre d'études et de prospective

Source : Académie d’agriculture de France

Stratégies de diversification et impacts sur le revenu des éleveurs laitiers suisses

Pour améliorer leur revenu, certains agriculteurs diversifient leurs activités, par exemple via la vente directe ou l'agritourisme. Dans un article publié dans le Journal of Rural Studies, des chercheurs suisses ont évalué l'impact de ces stratégies sur les performances économiques des exploitations. Pour cela, ils ont analysé les données comptables de 3 500 exploitations laitières helvétiques entre 2000 et 2015. Les tests statistiques réalisés montrent que l'agritourisme augmente significativement le revenu agricole global des structures (+37 %), ainsi que la productivité du travail (+23 %). En revanche, la vente directe ne semble pas entraîner d'amélioration du revenu global, sauf pour les exploitations situées en plaine. Elle conduit au contraire à réduire la productivité du travail, le supplément de main-d’œuvre qu'elle nécessite ne se traduisant pas nécessairement par un revenu supérieur.

Source : Journal of Rural Studies

09/03/2021

Seul 1 % du soutien financier à l'agriculture et à l'alimentation contribuerait à réduire les usages de pesticides

Dans un rapport s'appuyant sur une étude préalable du BASIC, le think tank de la Fondation Nicolas Hulot propose une quantification de la part des financements publics et privés participant à réduire l'utilisation des produits phytosanitaires, reçus par les acteurs agricoles et alimentaires. Selon les auteurs, si 11 % de ces financements (2,7 milliards d'€) visent à réduire les usages de pesticides, seul 1 % (220 millions) y contribuerait réellement. Par ailleurs, les dispositifs d'allégements fiscaux et les financements privés bénéficieraient surtout aux exploitations agricoles les plus utilisatrices de pesticides. Soulignons toutefois que ces estimations mériteraient d'être affinées et complétées par de nouveaux travaux évaluatifs.

Le think tank propose donc plusieurs pistes d'action : i) quintupler les financements pour l'agriculture biologique ; ii) dédier 40 % du premier pilier de la Politique agricole commune à la rémunération des services environnementaux ; iii) privilégier les mesures agro-environnementales les plus pertinentes, renforcer leur ambition et leur financement ; iv) soutenir les démarches collectives ; v) financer la mise en place de projets alimentaires territoriaux à hauteur de 63 millions d'euros.

Source : Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l'Homme

18/01/2021

Quels agriculteurs en 2040 dans l'Union européenne ?

Dans le cadre de sa conférence annuelle sur les perspectives agricoles de l'Union européenne, la direction générale de l'agriculture de la Commission a présenté, en décembre 2020, les résultats d'une étude prospective sur les agriculteurs européens à l'horizon 2040 (support de présentation, visioconférence en replay)

Menée avec le Joint Research Centre (JRC), elle repose sur une méthode originale, combinant des outils de la prospective (exploration des possibles, tendances structurantes) et du design (prototypes, profils). Une démarche participative (interviews, ateliers organisés dans plusieurs pays, discussions thématiques à distance) a permis d'impliquer des agriculteurs, des chercheurs, des représentants d'organisations non gouvernementales, des institutions et des organisations professionnelles agricoles, etc.

L'exercice prospectif s'est déroulé en plusieurs phases. Après avoir caractérisé douze profils types d'agriculteurs en 2020 (six actuellement dominants, et six autres plus marginaux), les auteurs ont identifié les variables motrices (sociales, technologiques, environnementales, économiques, politiques) intervenant dans l'évolution du métier. Ils ont ensuite croisé ces éléments avec quatorze tendances structurantes générales, documentées et mises à disposition par le JRC pour alimenter les analyses prospectives au niveau européen.

Le résultat est présenté dans des portraits fictifs illustrant les douze profils projetés en 2040 (figure ci-dessous). À cette échéance, l'analyse conclut à une diversité accrue des types d'agriculteurs et des modèles agricoles : certains profils, émergents en 2020, seraient nettement plus présents en 2040, comme par exemple les agriculteurs « urbain », « cellulaire » ou l’« amateur passionné » pour lequel le revenu tiré de l’agriculture n'est pas une préoccupation. À l'inverse, les agriculteurs « intégré », « intensif » ou « patrimonial » (prisonnier d'investissements passés et, dans une situation précaire, reproduisant le modèle antérieur) sont déjà bien établis en 2020 et occuperont toujours une place notable en 2040.

Cette multiplication des modèles agricoles constitue un défi pour les politiques publiques, rendant plus difficile le ciblage des instruments et des financements.

Les douze profils d'agriculteurs en 2040 identifiés par l’étude

prospective 2040.jpg

Source : Commission européenne, JRC

Muriel Mahé, Centre d'études et de prospective

Source : Commission européenne, Joint Research Centre

12:40 Publié dans 1. Prospective, Agriculteurs, Exploitations agricoles, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : prospective, agriculteurs |  Imprimer | | | | |  Facebook

13/01/2021

En Bavière, 30 à 50 % des aides du 1er pilier de la PAC sont capitalisés dans les fermages

Des chercheurs autrichiens ont récemment publié des résultats sur la proportion des paiements liés à la PAC capitalisée dans la valeur des fermages. Cette analyse empirique a été menée sur un échantillon de 3 000 exploitations bavaroises, pour la période 2006-2011. Réalisée sur une seule région, la Bavière, pour garantir un même système de soutien, l'étude a tout d'abord permis de différencier les impacts selon le type d'aide. Ainsi, chaque euro versé contribue à une augmentation des loyers agricoles de 30 centimes pour les aides du premier pilier, et de 40 à 50 centimes pour celles liées aux zones défavorisées. À l'inverse, les paiements du second pilier n'ont pas d'impact significatif.

Ces constats varient fortement au sein d'une même région, en fonction de la qualité des terres, de la taille des exploitations ou de la proportion de terres en fermage : plus celles-ci sont importantes, plus la capitalisation est élevée. Près de la moitié des terres exploitées en Bavière est louée. Dans ce contexte, les auteurs s'interrogent sur l'efficience des aides directes en matière de soutien au revenu des agriculteurs, puisqu’entre 30 et 50 % rémunèrent in fine les propriétaires fonciers.

Source : European Review of Agricultural Economics

12:55 Publié dans Exploitations agricoles, PAC | Lien permanent | Tags : pac, premier pilier, fermage, exploitations agricoles |  Imprimer | | | | |  Facebook

12/01/2021

Évaluation du bien-être du veau par vidéosurveillance

Une thèse d’exercice vétérinaire, primée en décembre 2020 par le think-tank Vet IN Tech, étudie l’utilisation d’une caméra pour évaluer le bien-être des veaux et des génisses en élevage laitier, dispositif émergent encore peu documenté. En effet, l’auteure souligne que les référentiels existants sont peu adaptés aux jeunes animaux et que certains indicateurs sont absents de ces référentiels, en particulier ceux nécessitant une observation longue. Elle propose d’ajouter, aux critères des référentiels classiques, l’étude du comportement par une caméra fixe. Elle a donc mis en place un dispositif d'expérimentation chez une vingtaine d’éleveurs volontaires, en trois étapes : administration d’un questionnaire détaillé sur les pratiques d’élevage, prise d'images pendant trois jours, analyse de ces images et conseils à l’éleveur. Cette méthode permet à ce dernier de gagner du temps avec, de surcroît, la possibilité de déléguer l’analyse. Elle permet aussi d’observer les animaux sur des périodes longues, y compris la nuit, et enfin de ne pas biaiser les résultats par la présence d’un observateur.

Source : Oniris

12:15 Publié dans Exploitations agricoles, Production et marchés | Lien permanent | Tags : bien-être animal, vétérinaire, film |  Imprimer | | | | |  Facebook

15/12/2020

#esaconnect 2020 : réseaux sociaux, outils d’intermédiation et apprentissages

Cette année, les Rendez-vous de l'agriculture connectée, organisés par la chaire Mutations agricoles de l’École supérieure d’agricultures (ESA) d'Angers, étaient consacrés à la façon dont internet et les réseaux sociaux transforment les modalités de débat sur et dans l’agriculture. Qui intervient dans ces espaces en ligne et assiste-t-on à une diversification des profils ? Comment le numérique renouvelle-t-il les formes d'expression, tant personnelles que politiques ? Leur dynamique permet-elle un décloisonnement des savoirs, ou ces espaces contribuent-ils, au contraire, à l'éclatement des référentiels techniques, à la formation de « bulles » et de nouveaux entre-soi professionnels ? Que sait-on de la réception et de la portée de ces débats sur l'image des agriculteurs ? Ces questions ont été discutées dans quatre conférences et deux tables rondes.

Dans la conférence introductive, B. Thareau (ESA d'Angers) rappelle que l'agriculture française, principalement organisée dans le cadre de la famille, s'est dotée de nombreux collectifs pour « produire des connaissances » (groupes de développement), « coopérer » (organisations de producteurs) et « représenter » (syndicats). Les réseaux sociaux ont contribué à réorganiser, mais aussi à conforter, ces trois « fonctions sociales », en créant de nouvelles intermédiations : espaces de dialogue en groupes sur Whatsapp ou Facebook, pour la production de connaissances et l'échange d'informations entre pairs ; blogs et micro-blogging (comme sur Twitter) s'agissant de la (re)présentation du métier ; plates-formes et sites spécifiques de mise en relation, pour la « coopération physique hors média ».

En complément de trois présentations s'intéressant aux évolutions générales (communication politique en ligne, mesures d'opinion, transformations du travail), deux riches discussions abordent ces nouvelles pratiques. L'une porte sur les chaînes vidéo d'« agriyoutubeurs » comme celle d'Étienne Fourmont. L'autre s'intéresse à la circulation des connaissances au sein du monde agricole, et souligne le rôle des vidéos pédagogiques et des « tutos » en ligne, pour la formation initiale et pendant la phase d'installation, comme celles de Ver de Terre productions.

Florent Bidaud, Centre d'études et de prospective

Source : Chaire Mutations agricoles - ESA d'Angers

07/12/2020

Criminalité agricole : un impact qui dépasse les aspects économiques

Connue surtout par les éléments rapportés dans les médias, la criminalité qui s'exerce à l'encontre des entreprises agricoles (vols de bétail et de matériel, dégradations, etc.) a des impacts lourds sur la santé psychique des agriculteurs victimes. C'est la principale conclusion d'une étude récemment publiée dans le Journal of Rural Studies, à partir d'une enquête exploratoire menée au Royaume-Uni, qui invite à approfondir les recherches sur ce sujet méconnu.

Source : Journal of Rural Studies

 

08:55 Publié dans Agriculteurs, Exploitations agricoles, Société, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : risques, agriculteurs, dégradation |  Imprimer | | | | |  Facebook

Effets du « management » sur le travail dans une firme agricole française

Les exigences croissantes de la grande distribution, en matière de normalisation et de certification, et la mise en place du management en flux tendus, peuvent se traduire par une pression accrue sur les salariés agricoles. Cet article de L. Mazenc (ENSAT), mis en ligne en novembre 2020, analyse les évolutions de l’organisation du travail dans une entreprise commercialisant des melons. Il met en évidence des résistances individuelles ou collectives, « pour soi » ou « pour les autres », qui peuvent freiner la production ou, au contraire, l’accélérer.

Source : Études rurales

16/11/2020

Performances économique et environnementale d'exploitations laitières en AOP

Une équipe de chercheurs a publié, dans Agricultural Systems, une analyse croisée de l'empreinte carbone et des performances économiques d'exploitations laitières sous signe officiel de qualité. Ils ont travaillé sur une centaine d'exploitations, en établissant leur bilan carbone via des enquêtes de terrain dans les zones d'appellation d'origine protégée (AOP) de Franche-Comté et de Savoie. La richesse des données recueillies a permis d'analyser de façon conjointe les déterminants des émissions de gaz à effets de serre et des résultats économiques.

L'objectif de ce travail est de faire ressortir les synergies ou les antagonismes dans la recherche de double performance. Les auteurs se sont focalisés sur un échantillon d'exploitations homogène, reposant sur des systèmes fourragers à dominante herbagère, dans des environnements biophysique et socio-économique comparables, et inscrites dans des filières plutôt rémunératrices. Ainsi, ils cherchent à mettre en évidence les déterminants les plus fins de ces deux performances.

Corrélations entre performances économique et environnementale au sein d'un groupe d'exploitations sous AOP

performance eco.jpg

Source : Agricultural Systems

Lecture : une case bleue indique une corrélation négative entre les deux variables, une case rouge indique une corrélation positive ; la p value de chaque corrélation est indiquée dans la case.

Le choix d'un échantillon homogène empêche de comparer les performances des exploitations sous AOP aux autres, néanmoins il fait ressortir les écarts au sein de ce sous-système. La comparaison directe des performances « bas carbone » et économiques de ces exploitations montre que les deux performances sont généralement antagonistes, mais l'analyse de leurs déterminants révèle aussi des synergies. En particulier, les charges en carburant et en électricité sont des leviers d'amélioration sur les deux points. Un des moyens pour y parvenir est notamment l'augmentation du pâturage par rapport à la fenaison (et au séchage du foin). Le savoir-faire des éleveurs dans la production et la gestion de l'herbe semble être le facteur clé pour concilier performances économique et environnementale, et ce sont les exploitations utilisant le plus le pâturage qui tirent le mieux parti de ces synergies. Méthodologiquement, cette étude montre l'intérêt qu'il y a à mobiliser différents indicateurs environnementaux (par litre et par hectare, potentiellement divergents), pour que les résultats soient les plus riches possibles.

Jean-Noël Depeyrot, Centre d'études et de prospective

Source : Agricultural Systems

11/11/2020

Robots de traite et bien-être au travail des éleveurs

Selon une étude norvégienne récemment publiée dans le Journal of Rural Studies, l'utilisation de robots de traite peut être un facteur de stress pour les éleveurs. Grâce à une enquête par internet auprès d'exploitants équipés (739 réponses), le bien-être de ces éleveurs a été mesuré, en matière de revenus, de satisfaction professionnelle, de santé psychique et de conciliation des vies familiale et professionnelle. Ils ont ensuite identifié les facteurs de dégradation de ce bien-être, particulièrement ceux liés directement à l'utilisation des robots de traite.

Ils mettent ainsi en évidence la fragilité des éleveurs lors de la phase d'appropriation du fonctionnement des robots, évaluée à 4 années à la suite de l'investissement : maîtrise imparfaite, organisation non stabilisée, occupation supérieure en temps, revenu en retrait, etc. De plus, ils sont nombreux à ne pas utiliser les données produites par le système, par manque de compétences, générant un surcroît de stress qui pourrait être réduit par de la formation et un accompagnement mieux ciblé.

Source : Journal of Rural Studies

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International Labour Migration to Europe’s Rural Regions, Johan Fredrik Rye, Karen O'Reilly (ed.)

migrations,travail,sociétes rurales

Dans le cadre d'un projet financé par le Conseil de la recherche norvégien sur la main-d’œuvre mondiale dans les sociétés rurales, des chercheurs ont publié un ouvrage intitulé International Labour Migration to Europe’s Rural Regions, qui rassemble les contributions de 25 auteurs de disciplines variées des sciences sociales. Les 14 chapitres s'appuient sur de nombreuses études de terrain, pour explorer le thème de la migration et du travail dans les milieux ruraux d'Europe, et en présenter une image dynamique. Ils sont organisés en deux parties, la première sur la dépendance accrue des activités économiques au travail des migrants, la deuxième consacrée au point de vue des autres acteurs. Les études de cas présentées traitent de divers domaines agricoles et agroalimentaires : horticulture, cueillette de baies, pastoralisme, industrie de la pêche, etc. Ils décrivent notamment les conditions de vie des travailleurs migrants et leurs difficultés à les faire évoluer, mais aussi leur marginalisation et leur invisibilité qui tendent à rigidifier les possibilités d'évolution des sociétés rurales.

Lien : Taylor & Francis

 

16:41 Publié dans Exploitations agricoles, Territoires, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : migrations, travail, sociétes rurales |  Imprimer | | | | |  Facebook

10/11/2020

Coûts budgétaires des instruments de gestion des risques revenu

Un article récent du Journal of Agricultural Economics analyse les impacts budgétaires qu'aurait l'adoption, par l'Union européenne, de deux instruments de gestion du risque relatif au revenu agricole actuellement utilisés aux États-Unis. Le premier (Price Loss Coverage, PLC), déclenche des paiements à destination des exploitants dès que le prix de marché descend en-dessous d'un seuil de référence. Le second (Agricultural Risk Coverage, ARC) est activé lorsque le revenu par hectare est inférieur à une référence collective (à l’échelle du comté) ou au niveau de l’exploitation. Pour le PLC, trois hypothèses de seuils (haut, bas, moyen) sont considérées. Des simulations stochastiques sont effectuées à partir du modèle Aglink-Cosimo, en prenant comme scénario de référence les projections OCDE-FAO 2019-2028. Dans le cas d'un prix de référence élevé, les paiements du PLC atteindraient 13,9 milliards d'euros en 2020, puis diminueraient à 11,2 milliards en 2030. Des prix de référence plus faibles conduiraient cependant à des montants nettement moins élevés, voire nuls.

Paiements totaux des programmes PLC et ARC sur 2020-2030, dans l'hypothèse moyenne pour 100 simulations stochastiques

Gestion-risques.jpg

Source : Journal of Agricultural Economics

Source : Journal of Agricultural Economics