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17/09/2019

Fonctionnement de la concurrence en Outre-mer

Début juillet 2019, l'Autorité de la concurrence a publié un avis sur le fonctionnement de la concurrence dans les Départements et régions d'Outre-mer (DROM), actualisant une première livraison de 2009. Plusieurs constats généraux sont posés pour les cinq territoires étudiés (Guadeloupe, Guyane, Martinique, La Réunion, Mayotte). D'après des travaux de l'Insee repris dans l'avis, les écarts de prix à la consommation par rapport à la métropole persistent, ils sont significatifs et en grande partie imputables aux produits alimentaires (tableau ci-dessous). De plus, les spécificités fiscales (régime de TVA, octroi de mer), géographiques et économiques (marchés étroits, fort déséquilibre commercial, échanges commerciaux en grande majorité avec la métropole), peuvent affecter ces prix.

Écarts de prix, en 2015, entre DROM et métropole selon trois indicateurs (indice de Fisher, panier local acheté en métropole, panier métropolitain acheté localement)

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Source : Autorité de la concurrence, d'après données Insee, calculs et tableau Autorité de la concurrence

Note de lecture : un ménage métropolitain augmenterait ses dépenses alimentaires de 47,9 % en Martinique s'il consommait les mêmes produits et services qu'en France métropolitaine. À l'inverse, un ménage martiniquais réduirait de 22,6 % ses dépenses alimentaires s'il consommait en France métropolitaine à l'identique de sa consommation martiniquaise. Au final, les prix alimentaires sont 38,2 % plus élevés en Martinique qu'en France métropolitaine.

L'Autorité analyse ensuite finement le fonctionnement des différents marchés ultramarins, de l'amont à l'aval, les coûts et chiffres d'affaire de la distribution de produits de grande consommation, ainsi que les enjeux associés au commerce en ligne. On peut notamment retenir que la vente au détail est dominée par les grandes enseignes nationales, les enseignes de hard discount étant peu présentes. De même, produits à marques de distributeur et premiers prix jouent un rôle limité, à l'inverse des promotions sur des produits à marque nationale. Créé en 2012, le « Bouclier qualité-prix » (BQP) est largement salué mais rencontre des difficultés de mise en œuvre. L'import direct (produits achetés directement par les distributeurs auprès des fournisseurs métropolitains ou étrangers) augmente depuis 2009, représentant 45 % de la part moyenne (en valeur) des importations dans les achats de marchandise. Toutefois, spécialisés et localisés dans les DROM, les grossistes-importateurs conservent un rôle important. Par ailleurs, la production locale est limitée et peu compétitive, bien que prédominante dans certains cas : produits frais et ultra-frais, spécificités culinaires et culturelles, marques locales notoires. Les possibilités d'exportation sont très réduites (hors bananes et produits de la filière sucrière), et les subventions et l'octroi de mer jouent un rôle déterminant, pour ce segment en cours de structuration. Enfin, l'Autorité considère que les « produits de dégagement » (issus principalement de l'élevage, viande fraîche de volaille en particulier), ne peuvent être considérés comme concurrents de l'offre locale car non substituables.

Enfin, l'Autorité énonce dix-neuf recommandations visant à i) améliorer les études de prix et encourager l'action des observatoires des prix, marges et revenus, ii) évaluer les conditions d'application de l'octroi de mer, iii) réformer le BQP, iv) améliorer la régulation du fonctionnement des marchés, v) encourager une organisation plus efficace des filières locales (structuration, différenciation par des signes de qualité), vi) favoriser le développement du commerce en ligne.

Julia Gassie, Centre d'études et de prospective

Source : Autorité de la concurrence

Terres nourricières ? La gestion du foncier agricole en France face aux demandes de relocalisation alimentaire

Les démarches de « retour au local », en matière alimentaire, sont le plus souvent étudiées sous l'angle de la consommation citoyenne, reléguant à l'arrière-plan leurs aspects fonciers et spatiaux. Elles sont aussi entourées d'un certain halo discursif, entretenant un doute sur leur réelle portée transformatrice. La thèse de géographie qu'A. Baysse-Laîné (université Lyon 2) consacre aux « mobilisations de terre », dans le cadre de projets de relocalisation alimentaire, apporte une analyse très éclairante en la matière.

Ciblant ses observations sur trois zones – le Lyonnais, l'Amiénois et le sud-est de l'Aveyron –, l'auteur repère des projets de relocalisation portés par divers acteurs : l'association Terre de Liens (6), des acteurs publics locaux (12), mais aussi des agriculteurs (118) intégrés dans une filière et réorientant tout ou partie de leur activité vers les marchés de proximité, notamment à l'occasion de la transmission de l'exploitation. Une autre dimension importante de son travail consiste à cerner la base foncière de ces circuits alimentaires.

Ses résultats mettent notamment en évidence une forme originale de « circuits courts de longue distance », sous influence urbaine et, dans le cas des mobilisations des acteurs publics, relativisent l'idée d'une moindre qualité des terres mises à disposition. Ils pointent aussi l'important décalage entre les discours sur la terre nourricière et la réalisation limitée des projets.

Le renouvellement des voies d'accès au foncier agricole se fait « à la marge » des dispositifs majoritaires d'installation. Des associations de développement rural et le syndicalisme minoritaire mettent en œuvre des « stratégies réticulaires » pour partager l'information sur la libération de terres à exploiter. De leur côté, les acteurs publics territoriaux et Terres de Lien engagent des « stratégies domaniales » d'acquisitions de terres, pour réserver celles-ci à certains types d'agriculture (production biologique, permaculture, etc.). Adoptant une approche en termes de « faisceaux de droits fonciers », l'auteur analyse les rapports de force autour des terres et envisage les effets des stratégies domaniales sur la coexistence entre différents modèles agricoles. Si les surfaces concernées sont assez réduites, ces effets d'ouverture à de nouveaux publics sont, en fait, loin d'être négligeables, les mobilisations de terre étant l'occasion d'un réajustement, plus ou moins conflictuel, des relations entre acteurs.

Florent Bidaud, Centre d'études et de prospective

Source : HAL

Performances économiques, sociales et environnementales comparées des chaînes d'approvisionnement alimentaire

Publié en juillet dans Sustainability, cet article propose une évaluation quantitative des performances économiques, sociales et environnementales des chaînes d'approvisionnement alimentaires utilisées par 208 producteurs (agriculteurs et pisciculteurs, dont 31,7 % certifiés bio), dans sept pays (France, Hongrie, Italie, Norvège, Pologne, Royaume-Uni, Vietnam). Ce travail s'inscrit dans le contexte d'un certain retour au local dans les attentes des consommateurs. Selon les auteurs, peu de résultats quantitatifs existent sur les bénéfices attribués à ces différentes formes de chaînes d'approvisionnement.

L'évaluation inclut les principaux produits agroalimentaires des pays concernés, sans distinction du mode de production. Les producteurs de l'échantillon sont engagés dans au moins deux types de chaînes d’approvisionnement. La moitié des volumes (52 %) est commercialisée en circuits longs (hypermarchés notamment), 32 % en circuits courts et 16 % sont destinés à la transformation agroalimentaire. Six types de chaînes d'approvisionnement courtes (notées de a à f dans le tableau ci-dessous) sont évalués, sur la base de huit indicateurs (taux de majoration du prix de vente, empreinte carbone, égalité femme-homme, etc.), et comparés aux chaînes longues (quatre, de g à j).

Indicateurs de durabilité des chaînes d'approvisionnement alimentaire étudiées

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Source : Sustainability

Les chaînes d'approvisionnement courtes présentent de meilleurs résultats économiques, en termes de prix de vente et de valeur ajoutée. En matière d'émissions de carbone par volume (kg) de produit, elles sont en revanche moins performantes : les émissions sont notamment plus importantes du fait des déplacements individuels des consommateurs pour de faibles quantités de denrées transportées (ex. : cueillette et vente à la ferme). Sur les aspects sociaux, les capacités de négociation sont perçues comme plus importantes dans les chaînes courtes (confiance, relations avec les autres producteurs et avec les consommateurs), sauf pour les ventes par Internet. L'attractivité globale des chaînes d'approvisionnement longues et courtes est en revanche jugée équivalente par les producteurs. Ils apprécient les bons prix, la régularité des paiements et la « philosophie » des circuits courts. Ils valorisent en revanche la possibilité de vendre de grandes quantités et de conclure des contrats de long terme en circuits longs.

Claire Bernard-Mongin, Centre d'études et de prospective

Source : Sustainability

12/09/2019

Une analyse comparative de l'impact environnemental de plusieurs aliments emballés

Si les aliments emballés sont principalement achetés pour des raisons de commodité, de gain de temps et de facilité de conservation, la littérature scientifique traitant de l'impact environnemental des emballages, basée sur l'analyse du cycle de vie (ACV), reste rare. Des chercheurs américains ont évalué l'impact, en termes de gaz à effet de serre (GES), des matériaux utilisés dans l'emballage d'aliments consommés habituellement aux États-Unis lors du petit-déjeuner : jus d'orange, lait, café instantané, céréales, petits pains et beurre d'arachide. Ces produits de différentes marques présentent une variété de taille et de matériaux d'emballage (carton, verre, plastiques, etc.), associée à des impacts environnementaux inégaux.

Une fois mesurée la masse et identifiée la composition des matériaux d’emballage, une ACV a été effectuée à partir du logiciel Simapro 8.5, en utilisant plusieurs bases de données (Ecoinvent 3.4, ACV Food DK, US Life Cycle Inventory). La moyenne et l'écart-type des émissions de GES ont été estimés par portion d'aliment, tant pour le contenu que pour le contenant.

Pour 6 catégories de produits, écart relatif des émissions de gaz à effet de serre provenant de l'emballage utilisé pour des produits à portions multiples, comparativement aux produits à portions individuelles (ligne noire à 0 sur l'axe horizontal)

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Source : Science of The Total Environment

Lecture : les small multi-serving products (en orange) correspondent à des produits qui contiennent un nombre faible de portions par rapport aux big multi-serving products (en vert). Par exemple, pour le café instantané, le small multi-serving product contient 45 portions de 2 grammes, contre 120 portions pour le big multi-serving product.

De manière générale, les résultats montrent que les contenants de portions individuelles produisent plus d'émissions de GES par portion que ceux de portions multiples. De plus, il y a un écart dans les émissions lorsqu'on compare différentes tailles de produits à portions multiples (figure ci-dessus). La nature des contenants influe aussi sur les émissions. Comparativement au plastique, les émissions par portion d'un contenant en carton seraient inférieures de 17,9 % pour le lait et de 43,1 % pour le jus d'orange. En revanche, toujours par rapport au plastique, celles des contenants de verre seraient supérieures de 164 % pour le jus d'orange et de 170,5 % pour le beurre d'arachide. Des différences significatives d'émissions ont également été détectées pour l'emballage d'un même produit alimentaire fabriqué par des marques différentes, à tailles et matériaux similaires. Néanmoins, il apparaît que, par portion, la contribution de l'emballage aux émissions de GES reste largement inférieure à celle du produit en lui-même. Pour les auteurs, ces résultats pourraient être utilisés pour accompagner une prise de conscience de la durabilité, lors de l'achat, par les consommateurs d'aliments emballés, le produit alimentaire le plus respectueux de l'environnement pouvant différer assez fortement de leurs habitudes de consommation.

Contribution relative ( %) en termes d'émissions de GES du produit alimentaire et du matériau d'emballage pour les produits étudiés

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Source : Science of The Total Environment

José Ramanantsoa, Centre d'études et de prospective

Source : Science of The Total Environment

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11/09/2019

La révolution matérielle. Une histoire de la consommation, France XIXe-XXe siècle, Jean-Claude Daumas

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500 pages de texte foisonnant et détaillé, suivies de 100 pages touffues de bibliographie et index : voilà bien ce qu'on appelle une « somme », autrement dit un gros ouvrage, dense, impressionnant de maîtrise et d'érudition, faisant le tour complet de son sujet. Dans cette vaste fresque consacrée à deux siècles de consommation en France, l'auteur (professeur émérite des universités) croise plusieurs approches : histoire sociale, étude des représentations et mentalités, histoire économique, monographies d'entreprises, statistiques de revenus, portraits biographiques et familiaux, synthèses à caractère philosophique et critique.

L'ensemble, rigoureusement structuré, comporte cinq parties chronologiques couvrant la période allant de 1840 à aujourd'hui. Chaque partie est constituée de chapitres dédiés à des groupes particuliers (ouvriers, « paysans » puis « agriculteurs », « monde bourgeois » puis « classes supérieures », couches moyennes, cadres, catégories précaires, etc.) ou à des thèmes spécifiques (« rêve américain », « démocratisation inachevée », etc.). À chaque fois, cette consommation est abordée sous divers angles, privilégiant tour à tour les secteurs (alimentation, logement, ameublement, transport, énergie, habillement, santé et hygiène, loisirs, culture, etc.), les produits et services (pain, viande, vin, voiture, vélo, réfrigérateur, machine à laver, radio, télévision, smartphones, vacances, etc.), les circuits (petit commerce, grande distribution, web, logistique, banque, crédit, etc.) et enfin les modalités et styles de consommation (luxueuse ou de survie, de masse ou de niche, libre ou mimétique, traditionnelle ou alternative, etc.). Daumas défend la thèse générale d'une « révolution matérielle » massive et ininterrompue, même si les consommations sont quantitativement et qualitativement variables, et socialement inégales.

Les lecteurs de ce bulletin de veille s'intéresseront d'abord aux cinq chapitres sur les consommations du monde agricole et à la grosse centaine de pages, disséminées dans le livre, concernant le système alimentaire : stratégie des entreprises, budget des familles, denrées, circuits de vente, électroménager, recettes de cuisine, nutrition, etc. Sur tous ces points, ils trouveront une riche compilation de références et résultats inédite en langue française. Mais on peut parier qu'ils n'en resteront pas à ces lectures ciblées, et que le style alerte du livre les poussera à butiner d'autres chapitres... Il leur apparaîtra alors clairement que les différents secteurs de consommation sont interdépendants, et qu'en s'immergeant profondément au cœur des modes de vie, l'histoire de la consommation raconte subtilement l'histoire des Français.

Bruno Hérault, Centre d'études et de prospective

Lien : Éditions Flammarion

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Une histoire de hamburger-frites, Didier Pourquery

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Cet essai alerte, écrit par le journaliste Didier Pourquery, conte d'un humour grinçant l'épopée du hamburger-frites, cette référence mondiale du fast-food. Il n'en propose pas une analyse détaillée mais, comme le titre le suggère, nous livre plutôt son regard personnel et sensible. S'inspirant de l'empilage d'un Big Mac, le récit comporte six tranches de réflexions, tout en restant digeste et plaisant.

La première tranche, faite d'histoire, rappelle les origines puis les grandes dates du hamburger, ses lieux de naissance et de diffusion, ses créateurs et leurs recettes, aux États-Unis comme en France ou ailleurs. La deuxième tranche, de sociologie, décrit les valeurs et les comportements du fast-fooder, qui commande machinalement son burger, puis commence toujours par piquer une frite, avant de manger à pleines mains – régression enfantine – son monticule instable d'ingrédients tièdes et mous. La tranche suivante, de géographie, évoque les lieux de cette consommation rituelle : chaînes internationales installées près des centres commerciaux et des échangeurs routiers, ou restaurants de quartier populaires ou plus chics, voire très chics et chers. Arrive ensuite la tranche nutritionnelle, revenant sur des sujets souvent débattus : qualité et quantité des ingrédients, phénomènes d'addiction, mal-alimentation et surpoids, pathologies associées, et réaction rapide des grandes enseignes, devant l'accumulation de critiques, en supprimant les portions super size au profit de légumes, fruits et eau minérale. L'avant-dernière tranche, d'économie, n'oublie pas qu'un tel succès mobilise dans le monde des centaines de milliers de restaurants, des millions de salariés, des dizaines de milliards de clients annuels (22 rien que pour McDo, dans 118 pays), le tout appuyé sur des organisations très taylorisées du travail. Enfin la sixième tranche, prospective, recense les mutations à l'œuvre ou promises : néo-burgers bio et vegan ; recettes exotiques façon world food ou au contraire adaptées aux gastronomies nationales ; robots cuiseurs-assembleurs-distributeurs ; etc.

Tout n'est pas alimentaire dans l'alimentation : en mangeant le contenu de son assiette, on met aussi en œuvre des valeurs et de la culture, des rites et du simulacre, quelques goûts et beaucoup d'habitudes. À l'instar de Roland Barthes (Mythologies, 1957) qui voyait dans le bifteck-frites l'un des plus beaux mythes de la cuisine française, Didier Pourquery juge que l'hamburger-frites est, pour le meilleur et pour le pire, au cœur des grandes légendes de l'alimentation mondiale contemporaine.

Bruno Hérault, Centre d'études et de prospective

Lien : éditions Robert Laffont

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10/09/2019

Rapport du Défenseur des droits sur la cantine scolaire

Mi-juin 2019, le Défenseur des droits a rendu un rapport consacré au droit à la cantine scolaire pour les enfants en école primaire. Six ans après une première publication sur ce même thème, il constate des évolutions sociétales, législatives et jurisprudentielles, révélées notamment par les nombreuses réclamations reçues. Cette restauration scolaire est à la croisée de divers enjeux dépassant la seule fourniture de repas : sociaux, éducatifs, sanitaires, de santé publique, écologiques, politiques, relatifs aux convictions religieuses et philosophiques. La cantine joue un rôle croissant dans la nutrition quotidienne des élèves, notamment par l'augmentation de la fréquentation (environ 7 enfants sur 10) et des situations de pauvreté. Si, depuis janvier 2017, l'inscription est un droit pour les enfants scolarisés dès lors que le service existe, le Défenseur des droits relève des inégalités d'accès, notamment en zones rurales et périurbaines, ainsi que des disparités de tarification. Il s'intéresse également à la composition des repas, au cœur de débats croissants, faisant la part entre prise en charge des troubles de santé (projet d'accueil individualisé) et convictions personnelles. Il fait six recommandations, préconisant par exemple le lancement d'une réflexion sur la généralisation, selon les possibilités locales, d'un repas végétarien de substitution.

Source : Défenseur des droits

16:17 Publié dans Alimentation et consommation, Société | Lien permanent | Tags : défenseur des droits, cantine scolaire, enfants |  Imprimer | | | | |  Facebook

09/09/2019

Commerce et ruralité. La « renaissance rurale » d'un siècle à l'autre ?, Michaël Pouzenc

Cette recherche universitaire analyse les rapports entre commerce alimentaire et ruralité. Dire que le commerce a disparu de l'espace rural est aujourd'hui un lieu commun. À l'encontre de ce préjugé, l'auteur montre que si la réduction du nombre des petits magasins traditionnels est bien réelle, elle a été compensée par l'installation de supérettes ou supermarchés de la grande distribution. Ils appliquent certes des modèles identiques à tous les territoires qu'ils occupent, mais en veillant aussi à s'adapter aux demandes spécifiques des consommateurs locaux. D'autres formes nouvelles d'installations récentes (boutiques multiservices, vente de plats à emporter ou de produits bios, etc.) participent de cette même vitalité rurale.

En même temps que la ruralité accueille et conditionne certains types de commerce, le commerce façonne de nouveaux rapports à la ruralité. Petits magasins comme grandes enseignes mettent en avant les produits du terroir, les agriculteurs des environs, la consommation citoyenne, etc. De leur côté, les circuits alternatifs de vente directe (AMAP, etc.) amènent les vendeurs et acheteurs à construire ou reconstruire de nouvelles images de la ruralité, faites d'engagements (développement durable, achats équitables) et de nouvelles représentations de la nature.

Au total, les nombreuses études de cas mobilisées dans ce livre montrent que ni le commerce rural ni la ruralité ne déclinent. Ils ne s'excluent pas non plus, alors même que nous vivons dans une société de consommation très urbanisée et à forte mobilité.

Lien : Presses universitaires du Midi

16:10 Publié dans Alimentation et consommation, Société, Territoires | Lien permanent | Tags : commerce, ruralité, pouzenc |  Imprimer | | | | |  Facebook

Tomate, riz, moutarde, banane, Coca-Cola : série d'été « Le monde dans votre assiette » du journal Les Échos

Du 19 au 23 août, Les Échos ont publié cinq articles sur le thème « Le monde dans votre assiette », associant infographies et photographies, avec pour objectif de donner « un instantané des grands enjeux de l'alimentation face à la mondialisation ». Sont tour à tour traités la tomate (focus sur la production destinée à la transformation industrielle), le riz (dépendance africaine par rapport à l'Asie), la moutarde, le Coca-Cola (impact en particulier de la chaîne d'approvisionnement sur la ressource en eau), ainsi que la banane. Des enjeux clés sont ainsi mis en exergue et illustrés. Par exemple, alors que le Canada a longtemps dominé la production mondiale de grains de moutarde, le Népal s'est positionné récemment en tête, illustrant une forte consommation asiatique sous forme d'huile, en particulier de cuisson, malgré les risques sanitaires associés. Dans le cas de la banane, premier fruit mangé au monde, la variété Cavendish est majoritairement produite (51 % en 2017) et représente 96 % des exportations. Si, à partir des années 1950 et en association avec une course aux rendements (de 10,7 t/ha en 1960 à 21,1 en 2015), elle a supplanté la variété Gros Michel, victime de la fusariose, les pays producteurs font actuellement face à diverses menaces, en particulier sanitaires et associées au poids économique élevé des intrants (environ 40 % du coût de production en Équateur, premier exportateur).

Source : Les Échos

05/09/2019

Pourquoi des individus parfaitement informés des conséquences environnementales de la consommation de viande continuent-ils à en manger ?

Publié en juillet 2019 dans PLOS One, un article s'intéresse aux raisons données par des individus continuant à manger de la viande alors même qu'ils se disent conscients des conséquences environnementales associées (le « paradoxe de la viande »). Les auteurs s'appuient en particulier sur des entretiens avec 42 chercheurs de l'université autonome de Barcelone, de profils diversifiés (disciplines, âge, opinions politiques, etc.) et au fait des problématiques environnementales. Ils mettent au jour divers profils et identifient trois types de justifications : un impact plus important attribué aux changements techniques ou politiques qu'aux actions individuelles ; des doutes quant à l'effet d'une action personnelle dans un monde complexe ; un manque de détermination personnelle. In fine, pour les auteurs, ces éléments mettent en doute l'efficacité, auprès d'une partie des individus ciblés, d'actions publiques d'information ou de culpabilisation quant au fait de manger de la viande et à ses conséquences environnementales.

Source : PLOS One

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08/07/2019

Les échelles du commerce équitable : du commerce Nord-Sud au local

Un récent article de la revue Cybergeo s'intéresse à la reconfiguration des espaces du commerce équitable qui, selon l'auteure, s'opère depuis une quinzaine d'années dans le monde. Précédemment structuré autour d'échanges entre Nord (l'Europe représentant 60 % de ce marché) et Sud rural (Afrique, Asie, Amérique latine), le commerce équitable se développe aujourd'hui à des échelles plus régionales, voire locales, autour de polarités urbaines du Nord. Cette forme émergente Nord-Nord met en avant la préservation de l'agriculture familiale de proximité, sur fond d'argumentaires environnementaux et de souveraineté alimentaire.

L'article analyse les transformations des pratiques associées à ces nouveaux discours et réseaux d'acteurs, à travers la campagne internationale Fair Trade Towns lancée en 2001. L'auteure l'étudie aussi ses déclinaisons française (« Territoires du commerce équitable » à Lyon, 2009) et belge (« Communes du commerce équitable » à Bruxelles, 2004). Portées par des coordinations nationales d'acteurs historiques du commerce équitable (Oxfam, Ethiquable, Fair trade Max Havelaar, Artisans du Monde, etc.), ces campagnes visaient à redynamiser les ventes et les réseaux, et cherchait à promouvoir plus largement le secteur après des pouvoirs publics.

Cette institutionnalisation du commerce équitable a conduit à l'émergence de territoires urbains labellisés, qui souscrivent aux cinq critères génériques proposés par Fair Trade Towns. En intégrant certaines dimensions du commerce équitable dans leurs projets alimentaires ou leurs Agenda 21 (« achat publics » pour Lyon, « développement économique » pour Bruxelles), les villes deviennent de nouveaux acteurs du secteur : elles en modifient la géographie, les réseaux d'acteurs et les modes de justification. Le commerce équitable se retrouve alors parmi d'autres formes de consommation éthique, donnant davantage d'importance aux dimensions locales, biologiques, durables et de souveraineté alimentaire, par rapport aux aspects traditionnels, insistant plus sur la solidarité internationale et la rémunération des producteurs du Sud.

Inscription du commerce équitable dans les dispositifs territoriaux de développement durable

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Source : Cybergeo, Revue européenne de géographie

Claire Bernard-Mongin, Centre d'études et de prospective

Source : Cybergeo, Revue européenne de géographie

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L'identité sociale, moteur déclaré du végétarisme

Un article publié fin mai 2019 dans Appetite analyse les liens entre les raisons conduisant à l'adoption d'un régime végétarien et les comportements sociaux et alimentaires qui en découlent. Complétant certaines des motivations bien connues du végétarisme (défense de la cause animale, écologie, santé, religion), les auteurs insistent sur un cinquième moteur  : l'identité sociale, définie comme « le désir d'un individu de s'identifier à un groupe social, à cause notamment d'une aura positive qu'il attribue au groupe et donc des bénéfices induits pour son estime de soi ».

L'étude se fonde sur un questionnaire en ligne complété par 380 personnes qui se déclarent végétariennes ou vegan (majoritairement des femmes, originaires du monde anglo-saxon). L'analyse mesure la probabilité, en fonction des types de raison qui motivent le régime végétarien, que les individus adoptent une série de comportements spécifiques (liens au groupe social, estime de soi, diffusion des choix, rigidité du régime, etc.).

Cinq motivations du régime végétarien et leurs conséquences sur les comportements individuels

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Source : Appetite

Lecture : les flèches pleines représentent des corrélations positives fortes, les flèches en pointillé des corrélations négatives fortes. Chaque comportement individuel est mesuré par une série de questions dans l'enquête.

- ingroup bias : perception positive du groupe social des végétariens par les enquêtés ;

- outgroup perception : manière dont les enquêtés pensent être perçus par les non-végétariens ;

- vegetarian-based collective self esteem : importance de l'appartenance au groupe « végétarien » dans l'estime de soi des individus ;

- dislike hypocrital vegetarian : rejet par les enquêtés des individus dérogeant aux règles végétariennes ;

- dietary restrictiveness : caractère restrictif déclaré du régime ;

- cheating on restrictions : consommation par les individus, dans certaines situations, d'aliments interdits ;

- disclosure of vegetarian identity to others : expression de son identité végétarienne auprès des autres (amis, collègues, famille etc.) ;

- word-of-mouth evangelizing : efforts pour faire adopter aux autres le régime végétarien.

L'étude montre que le « désir de s'affirmer végétarien » est un moteur en soi de l'adoption d'un tel régime. Néanmoins, ce moteur est le moins conscientisé par les individus.

Les auteurs montrent aussi que le moteur « identité sociale » est lié à une plus forte estime de soi et à une moindre rigueur dans le suivi du régime végétarien, en fonction par exemple du contexte de consommation des produits. Enfin, les auteurs postulent que l'importance de ce moteur se renforce au cours du temps : plutôt faible par rapport aux autres motivations (éthiques, environnementales, santé) au moment de l'adoption du végétarisme, l'identité sociale, notamment par ses liens au collectif, gagnerait en importance une fois le régime bien installé.

Hélène Milet, Centre d'études et de prospective

Sources : Appetite

13:50 Publié dans Alimentation et consommation | Lien permanent | Tags : végétarisme, veganisme |  Imprimer | | | | |  Facebook

Quelle place des légumineuses dans l'alimentation des Français ?

Une étude récente, publiée dans Food Research International par une équipe du Centre des sciences du goût et de l'alimentation (CSGA), et financée par l’institut Carnot Qualiment, s’est intéressée à la place des légumineuses dans l'alimentation des Français non végétariens et aux moyens d'encourager leur consommation. 120 participants de plus de 18 ans, cuisinant régulièrement, ont été invités à composer des plats principaux, en choisissant trois photos d’aliments parmi 20, issus du répertoire culinaire traditionnel français et représentant les quatre catégories principales recommandées dans le Plan national nutrition santé (PNNS) : viandes-poissons-oeufs (VPO), féculents, légumes et légumineuses. Six scénarios fictifs étaient proposés aux participants pour différencier les contextes : repas du quotidien à domicile, restauration collective, restaurant, avec un budget restreint, pour recevoir un ami végétarien ou bien des invités. Les freins à la consommation de protéines végétales ont également été étudiés.

Les résultats montrent que les groupes d'aliments les plus souvent choisis sont ceux de la catégorie VPO : près de 80 % des plats composés par les participants contenaient un produit de cette catégorie, suivis des féculents et des légumes. Seul le scenario végétarien plaçait en premier des choix de photos de légumineuses. Quant aux photos de la catégorie féculents, elles étaient choisies pour composer le plat principal des scénarios « bon marché » (47 % des choix) ou « végétarien » (42 %).

Malgré la baisse de la consommation de viande depuis les années 1980, les aliments d'origine animale conservent une importance centrale dans les pratiques alimentaires françaises, et la place des protéines végétales, telles les légumineuses, est moins visible. Outre la quantification des préférences des mangeurs, pour différents types d'aliments, cette étude décrit les freins à la consommation de ces produits (difficiles à cuisiner, image vieillotte, etc.). Elle met en évidence des leviers pour les promouvoir (qualités nutritionnelles, durabilité, etc.) afin de ré-équilibrer les choix entre protéines animales et végétales.

Madeleine Lesage, Centre d'études et de prospective

Source : Food Research International

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Entendez-vous l'éco (France Culture) fait le point sur l'économie de l'alimentation

Présentée par T. de Rocquigny, l'émission de France Culture Entendez-vous l'éco a diffusé, du 27 au 30 mai 2019, quatre épisodes thématiques sur l'économie de l'alimentation, accessibles en podcasts. Dans le premier, « Quand l'industrie fait son marché », P. Hébel (Crédoc) et C. Harel (magazine LSA) font le point sur l'évolution des modes de consommation alimentaire. Malgré une part dans le budget des ménages qui diminue, l'alimentation est, depuis les années 2000, un sujet de préoccupation majeure pour les Français, avec la montée des thèmes de la santé et de l'écologie. Les crises sanitaires (« vache folle », etc.) ont, selon les invitées, clairement contribué à cette tendance, de sorte que l'inquiétude alimentaire augmente, alors que la sécurité sanitaire s'est beaucoup améliorée : en 1995, 53 % des enquêtés considéraient que « manger comporte un risque important ou très important », contre 74 % aujourd'hui. Face à ces préoccupations, le bio rassure et présente une croissance à deux chiffres, et les produits « sans » (sans colorants, sans pesticides, etc.) s'affirment.

Le second épisode, « Le modèle du supermarché en fin de course ? », réunit L. Lavorata (université de Reims Champagne-Ardenne) et P.-M. Décoret (Groupe Avril), pour analyser les transformations du secteur de la distribution alimentaire. Le modèle classique des supermarchés des « Trente Glorieuses » est en bouleversement : concurrence des discounters (hard, puis soft), des géants du e-commerce, développement du digital, etc. Pour y répondre il s'agira, selon les invités, de ré-enchanter l'acte d'achat mais aussi d'innover, notamment en matière d'optimisation logistique (Amazon est le premier investisseur mondial en R&D devant Google). « Là où l'hypermarché ne fait plus rêver, les magasins phygitaux [le] font », avec une expérience client continue, intégrée, « où que vous soyez, quel que soit le moment ».

Les deux derniers épisodes abordent deux sujets au cœur des enjeux actuels : « Une planète à nourrir », avec B. Parmentier, sur la faim dans le monde, et « Les lobbies et la santé publique » dans l'agroalimentaire, avec A. Thébaud-Mony et B. Pellegrin.

Julien Hardelin, Centre d'études et de prospectives

Source : France Culture

05/07/2019

La viande détrônée par les produits alternatifs et la viande de synthèse à l’horizon 2040 ?

Le cabinet A.T. Kearney publie une étude prospective sur les conséquences, à 2040, du développement de produits alternatifs sur le marché et la production mondiale de viande conventionnelle : produits vegan et végétariens protéinés classiques, à base d’insectes, imitant la viande, et viande de laboratoire. Malgré des incertitudes concernant les méthodes utilisées, les auteurs avancent quelques pistes prospectives intéressantes.

Le développement de produits alternatifs, imitant les goûts et textures de la viande, bénéficie d’investissements massifs (900 millions de dollars en 2018) et, en parallèle, la viande de laboratoire connaît aussi un engouement important (50 millions d’euros investis en 2018), mais sans commercialisation pour l’instant. Selon les auteurs, ces produits pourraient convaincre de nouveaux consommateurs ne s’identifiant pas au végétarisme et au veganisme, et, ainsi, prendre des parts de marché à la viande classique. Considérant que les modes de production traditionnels ne pourront répondre aux défis écologiques et à la demande croissante (+3 % par an projetés d’ici 2040), ils comparent, sur la base de huit critères, les types de produits et aboutissent aux conclusions suivantes : si les alternatives à la viande peuvent gagner des parts de marché importantes dans les années à venir, c’est la viande de laboratoire qui, à terme, connaîtra la plus forte croissance, rivalisant presque avec la viande traditionnelle en 2040.

Projections de la consommation globale de viande en 2040 (milliards de $)

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Source : A.T. Kearney

Source : A.T. Kearney