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18/09/2019

Une forte interdépendance entre les États-Unis, le Brésil et la Chine sur le marché du soja

Trois experts de l'Economic Research Service (département américain à l'agriculture, USDA) ont publié une synthèse sur l'interdépendance entre ces trois acteurs majeurs du marché mondial du soja. En effet, parmi les principaux produits agricoles, ce marché est le plus concentré au monde, à l'exportation comme à l'importation. Brésil et États-Unis cumulent ainsi plus de 83% des exportations mondiales, dont les deux tiers sont absorbés par la Chine. Cette concentration géographique résulte de la combinaison de facteurs bioclimatiques, politiques et économiques, au cours des dernières décennies.

Principaux flux mondiaux dans le commerce du soja (2016-2017)

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Source : USDA-ERS

Les auteurs rappellent comment les politiques agricoles et alimentaires chinoises ont favorisé la production locale de riz et de céréales, dans un objectif de sécurité alimentaire, et ont donc ouvert la voie aux importations de soja, celles-ci représentant aujourd'hui 30 % du total des imports nationaux de produits agricoles et agroalimentaires. L'explosion de la demande chinoise, qui a permis un développement rapide de la production locale de viande, constitue la majeure partie de la croissance mondiale des échanges, directement tirée par le développement de la production de soja brésilien. Les conditions de culture s'y sont en effet révélées très favorables, en particulier dans les zones tropicales où soja et maïs peuvent se succéder sur une même campagne. Les coûts de production brésiliens sont inférieurs de 19 % à ceux constatés aux États-Unis et de 60 % par rapport à ceux de la Chine, en particulier grâce au moindre prix des terres, et aux plus faibles coûts du travail et du matériel.

Importations mondiales de soja depuis 1990 et projections jusqu'en 2028/2029

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Source : ERS-USDA

Depuis juin 2018, l'application par la Chine de taxes à l'importation sur le soja américain, dans le cadre des conflits commerciaux entre les deux pays, a largement profité au Brésil, renforçant sa position de leader. Compte tenu de l'ampleur des flux concernés, et en dépit de la baisse des prix américains, les autres pays importateurs n'ont pas pu absorber les volumes produits aux États-Unis qui ne sont plus exportés vers la Chine. Malgré ce conflit et un léger ralentissement récent des achats chinois, l'USDA prévoit une poursuite de la progression de la demande chinoise sur les dix prochaines années, essentiellement alimentée par le Brésil.

Cette synthèse très documentée permet donc de resituer et comprendre cette interdépendance historique, et rappelle la place stratégique du soja dans l'économie brésilienne actuelle.

Jean-Noël Depeyrot, Centre d'études et de prospective

Source : United States Department of Agriculture, Economic Research Service

17:17 Publié dans Mondialisation et international, Production et marchés | Lien permanent | Tags : soja, etats-unis, brésil, chine |  Imprimer | | | | |  Facebook

La place des jeunes dans les processus de transformations structurelle et rurale

Un rapport du FIDA de juin 2019 analyse la situation socio-économique des jeunes ruraux (15-24 ans) dans 85 pays « en voie de développement » et « émergents », de diverses régions (Asie-Pacifique, Afrique subsaharienne, Proche-Orient, Afrique du Nord, Asie Centrale, Europe, Amérique latine, Caraïbes). Il décrit les contextes qui conditionnent leur avenir et les leviers qui devraient être actionnés par les pouvoirs publics et les investissements privés pour faciliter leur insertion dans la vie active. Plus de 80 % des 15-24 ans vivent dans des « pays en développement », dont 41 % dans les zones rurales, notamment en Asie et en Afrique. Les projections prévoient une augmentation et une concentration géographique de cette tranche de la population en Afrique.

Les auteurs fondent leur analyse sur un ensemble de données macro et microéconomiques, ces dernières issues d'enquêtes auprès de ménages. Une typologie originale des « espaces des débouchés ruraux » combine les informations sur les potentiels de production agricole et de commercialisation, la densité de population, la localisation géographique des ménages. Elle permet de montrer que la prévalence des ménages composés d'agriculteurs de subsistance diminue et celle des ménages non agricoles augmentent lorsque les débouchés sont plus importants (figure ci-dessous).

Pourcentage de ménages dans l'espace des débouchés ruraux, par type de ménage

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Source : FIDA

Lecture : dans les espaces rencontrant des difficultés de débouchés importantes, 61 % des ménages sont en transition et 18 % sont non agriculteurs. Ces proportions sont respectivement de 49 % et 38% dans les espaces présentant des débouchés variés et rémunérateurs.

Selon les auteurs, les trois piliers d'une transformation rurale inclusive de la jeunesse sont la productivité (environnement de travail, compétences), la connectivité (rapports aux personnes, marchés, services, informations) et, enfin, un contexte favorisant la maîtrise de leur destin à tous les niveaux (familial, local et national). Le RSPA (Rural sector performance assessment), ensemble d'indicateurs développé par le FIDA pour évaluer la performance économique générale d'un pays, et du secteur rural en particulier (politiques de développement, pauvreté, égalité des sexes, compétences, nutrition, changement climatique, accès au foncier, aux marchés, etc.), contribue à l'analyse de ces transformations rurales en cours. La répartition des jeunes, par région et par type de transformations, concernant l'ensemble du pays (« transformation structurelle ») ou seulement les zones rurales (« transformation rurale »), en est une illustration (figure ci-dessous).

Nombre de jeunes par région et par catégorie de transformations structurelle (TS) et rurale (TR)

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Source : FIDA

Hugo Berman, Centre d'études et de prospective

Source : Fonds international de développement agricole

Quels effets de la politique commerciale des États-Unis sur leur secteur agricole et agroalimentaire ?

En juillet dernier, l'université de Purdue a publié un article étudiant l'impact de l'évolution récente de la politique commerciale des États-Unis (EU) sur leur secteur agricole et agroalimentaire. L'analyse est réalisée à partir du modèle d'équilibre général GTAP. Cet article revêt un intérêt particulier dans le contexte actuel, où les EU ont quitté en 2017 (avant son entrée en vigueur) l'Accord de Partenariat TransPacifique (TPP) avec onze pays du pourtour de l'Océan Pacifique (Canada, Mexique, Japon, Australie, etc.) et engagé des contentieux commerciaux, notamment avec la Chine. Fin 2018, ils avaient également menacé de quitter l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) avec le Canada et le Mexique, pour en forcer la renégociation.

Les auteurs simulent l'impact ex ante, sur le secteur agricole américain, de trois décisions déjà prises et de deux scénarios hypothétiques : la mise en œuvre de l'Accord Canada – États-Unis – Mexique (ACEUM) signé en 2018, qui vise à prendre la suite de l'ALENA ; l'augmentation des droits de douane par les pays partenaires sur les importations de produits agricoles américains, suite aux surtaxes décidées par ce pays sur l'acier, l'aluminium et d'autres produits (scénario appelé ci-après « guerre commerciale ») ; la sortie des EU du TPP décidée début 2017 ; une éventuelle sortie des EU de l'ALENA ; une éventuelle ré-adhésion au TPP.

Les résultats indiquent que la politique commerciale américaine actuelle pourrait avoir des effets négatifs sur le secteur agricole et agroalimentaire (voir figure). Ainsi, les gains tirés de la signature de l'ACEUM, en matière d'exportations, seraient modestes (+ 440 millions de dollars) et largement annulés par les pertes générées par la guerre commerciale (- 7,7 milliards) et la sortie du TPP (- 1,8 milliard). La baisse des exportations générerait une réduction de la production et une sortie de près de 50 000 travailleurs du secteur agricole et agroalimentaire. L'impact serait le plus important pour les secteurs des oléagineux, du porc et de la volaille, et des produits ovins et porcins. Dans le scénario hypothétique où les EU seraient sortis de l'ALENA, les exportations auraient diminué de 12 milliards de dollars, générant une perte additionnelle de 50 000 emplois. Au contraire, leur ré-adhésion au TPP permettrait d’accroître les exportations (+ 2,9 milliards de dollars), en particulier dans le secteur des produits laitiers.

Impact de différents scénarios de politiques commerciales sur les exportations américaines de produits agricoles et agroalimentaires

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Source : Global Trade Analysis Project

Lecture : USMCA : ACEUM ; TPP11 : TPP sans les États-Unis ; Trade war : guerre commerciale ; No NAFTA : sortie de l'ALENA ; TPP12 : ré-adhésion au TPP.

Raphaël Beaujeu, Centre d'études et de prospective

Source : Global Trade Analysis Project

17:10 Publié dans Mondialisation et international | Lien permanent | Tags : etats-unis, politique commerciale, gtap |  Imprimer | | | | |  Facebook

10/09/2019

Faire science à part. Politiques d'inclusion sociale et agriculture familiale en Argentine, Frédéric Goulet

F. Goulet (Cirad) a mené en Argentine une enquête sur le volet scientifique des politiques d'inclusion sociale en faveur de la petite agriculture familiale. De 2003 à 2015, l'injonction du pouvoir péroniste de développer des savoirs, des agro-équipements et un appareil de conseil tournés vers les besoins spécifiques de ces agriculteurs, s'est trouvée en phase avec la mobilisation d'une fraction d'un monde scientifique et technique décrit comme « fortement politisé ». L'auteur décortique ce processus d'institutionnalisation, à l'interface entre politique et science, qui passe notamment par la création de nouveaux instruments d'objectivation, tel le Centre de Recherche pour la Petite Agriculture Familiale, ou la refonte de dispositif existants (statistique agricole), par des recrutements, mais aussi par un « travail de démarcation » avec les modes de production dominants de la connaissance. En dépit de vives contestations et des pressions du secteur agro-industriel, la redéfinition des frontières entre recherche et développement a permis d'ancrer de nouvelles modalités d'action publique, y compris sur la scène internationale, mais non sans une certaine fragilité. Au-delà de l'Argentine, F. Goulet contribue à une réflexion plus générale sur le « gouvernement des technosciences ». Son livre intéressera les lecteurs soucieux de comprendre les logiques de diffusion de l'innovation en agriculture.

Lien : Presses universitaires de Liège

09/09/2019

Tomate, riz, moutarde, banane, Coca-Cola : série d'été « Le monde dans votre assiette » du journal Les Échos

Du 19 au 23 août, Les Échos ont publié cinq articles sur le thème « Le monde dans votre assiette », associant infographies et photographies, avec pour objectif de donner « un instantané des grands enjeux de l'alimentation face à la mondialisation ». Sont tour à tour traités la tomate (focus sur la production destinée à la transformation industrielle), le riz (dépendance africaine par rapport à l'Asie), la moutarde, le Coca-Cola (impact en particulier de la chaîne d'approvisionnement sur la ressource en eau), ainsi que la banane. Des enjeux clés sont ainsi mis en exergue et illustrés. Par exemple, alors que le Canada a longtemps dominé la production mondiale de grains de moutarde, le Népal s'est positionné récemment en tête, illustrant une forte consommation asiatique sous forme d'huile, en particulier de cuisson, malgré les risques sanitaires associés. Dans le cas de la banane, premier fruit mangé au monde, la variété Cavendish est majoritairement produite (51 % en 2017) et représente 96 % des exportations. Si, à partir des années 1950 et en association avec une course aux rendements (de 10,7 t/ha en 1960 à 21,1 en 2015), elle a supplanté la variété Gros Michel, victime de la fusariose, les pays producteurs font actuellement face à diverses menaces, en particulier sanitaires et associées au poids économique élevé des intrants (environ 40 % du coût de production en Équateur, premier exportateur).

Source : Les Échos

08/07/2019

Le développement agricole de la Corée : un modèle pour l'Afrique ?

La Banque africaine de développement (BAD), en partenariat avec The Korea Institute for International Economic Policy et la Hankuk University of Foreign Studies, a sorti un rapport financé par la Korea-Africa Economic Cooperation sur le développement agricole et le processus de consolidation des chaînes de valeur agroalimentaires de la Corée du Sud. Son objectif est de tirer des leçons pour l'Afrique, où 60 % des revenus sont d'origine agricole, où les importations de produits alimentaires progressent, avec des différentiels de productivité et de valeur ajoutée agricoles considérables par rapport aux moyennes mondiales (rendements agricoles inférieurs de moitié).

Valeur ajoutée ($) du processus de transformation du riz

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Source : Banque africaine de développement

La situation de la Corée du Sud des années 1960 était, à certains égards, comparable à celle de l'Afrique d’aujourd’hui : passé colonial, petits agriculteurs peu productifs, infrastructures et ressources financières limitées, croissance démographique rapide. À l'époque, le gouvernement sud-coréen a mis en place une politique agricole volontariste, fondée sur la concertation public-privé et rythmée par des plans quinquennaux visant l'autosuffisance en riz par l'augmentation des rendements (1962, 1967) et l'agro-mécanisation (de 1972 à 1987). Le rapport souligne le rôle clef des institutions dans la croissance des chaînes de valeur agroalimentaires : Rural Development Administration (R&D, conseil, vulgarisation), Nonghyup (fédération de coopératives), mouvement Saemaeul (entraide et coopération), etc. Technologies de l'information et de la communication, développement des marchés locaux et écotourisme ont également contribué à la réussite du modèle sud-coréen.

Commerce de produits agricoles en Afrique, 1961-2013 (millions de $). Importations en vert ; exportations en gris

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Source : Banque africaine de développement

Pour les auteurs, certaines de ces politiques peuvent inspirer les pays africains, notamment par la présence d'acteurs coopératifs solides dans les domaines de la fourniture d'intrants, du financement, de la commercialisation, de la vulgarisation des connaissances scientifiques et des techniques, etc. Parmi ces exemples, citons le Nonghyup, qui fut chargé de l'achat, la distribution et le stockage des engrais et des récoltes, pour le compte du gouvernement coréen, ou encore le Saemaeul, qui incitait à la mobilisation villageoise (y compris les femmes et les jeunes) en faveur de l'agriculture. Les auteurs soulignent enfin l'intérêt des partenariats public-privé comme leviers financiers pour les politiques de développement.

Hugo Berman, Centre d'études et de prospective

Sources : Banque africaine de développement, Banque africaine de développement

05/07/2019

La mutation des ports de pêche bretons dans un contexte de mondialisation

Dans un article publié sur Géoconfluences, J.-R. Coliou dresse un panorama des transformations des ports de pêche bretons depuis 1950. Il montre que la mondialisation a rendu obsolète la pêche reposant sur une ressource peu éloignée du port, exploitée par une main-d’œuvre familiale et transformée localement. L'auteur met en évidence la recomposition des flux de produits, la raréfaction de la ressource proche ayant conduit à exploiter des pêcheries plus distantes. Dans le même temps, mareyeurs et transformateurs ont diversifié et internationalisé leurs approvisionnements. Il évoque ensuite la diminution de la main-d’œuvre familiale et le recours croissant à des salariés, souvent étrangers. Cette internationalisation s'observe aussi du côté des capitaux, nombre d'entreprises portuaires ayant aujourd'hui un actionnariat étranger. Au total, le port n'est plus l'interface entre la pêcherie d'avant-pays et l’arrière-pays, mais une plate-forme insérée dans une économie globalisée.

Source : Géoconfluences

13:23 Publié dans Mondialisation et international, Pêche et aquaculture, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : bretagne, ports, pêche |  Imprimer | | | | |  Facebook

Les enjeux qualitatifs de la production de poisson fermenté en Afrique de l'Ouest

Une revue de littérature, publiée dans le numéro de mai 2019 des Cahiers Agricultures, traite de la conservation du poisson par fermentation, en Afrique de l’Ouest, et des défis qui en résultent en matière de qualité des produits. Le poisson, notamment fermenté, constitue la principale source de protéines animales dans cette région, en particulier au Bénin, en Côte d'Ivoire et au Sénégal. Mis en œuvre dans le cadre d'activités artisanales, le traitement post-capture et le stockage reposent sur des procédés traditionnels et peu coûteux tels que le salage, le séchage ou la fermentation, aboutissant à un produit final dont la qualité est très variable.

Cet article propose des pistes d'amélioration ciblant la diversification des techniques de fermentation : utilisation de micro-organismes déjà présents dans le poisson pour initier le processus, bactéries lactiques issues de la fermentation de céréales, caractérisation de levures d'intérêt par écologie microbienne, etc. Cela permettrait le développement d'une production à grande échelle mais requerrait des efforts en termes de recherche, d'amélioration des procédés et de développement de la formation, ainsi que des actions collectives et d'appui à la commercialisation.

Source : Cahiers Agricultures

Plongée en vidéos dans les filières avicole et d'arachides au Sénégal

La Fondation FARM a récemment mis en ligne douze vidéos, accompagnées de fiches didactiques, consacrées à la production d'arachides et à l'aviculture sénégalaises. Réalisées en 2018 par des étudiants de l'ISTOM (Angers), elles donnent la parole aux acteurs de terrain et mettent en évidence les dynamiques collectives, les défis rencontrés, les besoins (formation, coordination, accès au crédit), etc. Ces vidéos permettent également de prendre la mesure des différences entre les deux filières : si la production d'arachides est principalement tournée vers l'exportation de graines et d'huile, le fort essor de l'aviculture a fait suite aux interdictions d'importations de 2005 (grippe aviaire), ce secteur fonctionnant pour l'heure en « vase clos ».

Source : Fondation FARM

Vers une pénurie de main-d’œuvre en agriculture aux États-Unis ?

Ce constat, publié en juin 2019 dans le magazine Choices, a été posé à partir de la modélisation de l'offre de travail des ouvriers mexicains, représentant actuellement 68 % de la main-d’œuvre employée dans les exploitations aux États-Unis. Compte tenu de l'évolution démographique et sociale du Mexique (forte baisse de la natalité en zones rurales, progression du niveau d'éducation), la principale source d'ouvriers agricoles se réduit régulièrement, alors que les exploitations américaines recrutent principalement de jeunes hommes d'origine agricole ou rurale, et faiblement éduqués. Les actifs ruraux se détournent donc de l'agriculture, profitant de la tertiarisation de l'économie mexicaine, et l'absence d'investissements dans la mécanisation des travaux agricoles aux États-Unis pourrait à terme poser d'importants problèmes.

Les chercheurs ont modélisé l'offre de main-d’œuvre pour déterminer son élasticité par rapport aux salaires versés. Toutes choses égales par ailleurs, pour la maintenir au niveau actuel, les salaires réels devraient augmenter de 10 % au cours des 10 prochaines années, poursuivant l'évolution récente. Cette hausse conduirait cependant à une modification des modes de production, en faveur de systèmes moins consommateurs de main-d’œuvre (mécanisation, gestion du travail), mais également à une diversification des origines des travailleurs.

Source : Choices

Structure et évolution du réseau mondial d'échanges de céréales

Des chercheurs décrivent, dans un article de mai 2019, la façon dont se sont organisés les échanges internationaux de céréales de 1986 à 2013. Pour ce faire, ils s'appuient sur la théorie des graphes, un graphe étant un ensemble de nœuds et de liens représentant respectivement les pays et leurs échanges de céréales : si un pays vend des céréales à un autre l'année n, un lien les relie dans le graphe représentant cette année-là.

La structure du réseau a évolué au cours du temps, passant d'une organisation centrée sur des hubs, principalement les pays d'Europe de l'Ouest et les États-Unis, à un accroissement des échanges entre États historiquement moins centraux, notamment, depuis les années 1990, les pays émergents asiatiques et sud-américains. Cette diversification des voies d'échanges et des approvisionnements pourrait se traduire par une meilleure résistance aux perturbations.

Source : PLOS One

04/07/2019

Un fonds fiduciaire collaboratif contre la résistance aux antimicrobiens

Fondée en 2010 par la FAO, l'OIE et l'OMS, la collaboration tripartite One Health a lancé en juin 2019, pour une période de cinq ans, un fonds fiduciaire mondial pour lutter contre la résistance aux antimicrobiens. Celle-ci est responsable de 700 000 décès humains annuels, nombre qui pourrait monter à l'avenir à 10 millions si aucune solution n'est trouvée. La mise en place de plans nationaux (ex. Ecoantibio en France) a permis des améliorations dans certains pays, mais le risque est mondialisé et peut aussi compromettre la sécurité alimentaire à cette échelle, si les animaux de production ne peuvent plus être soignés. Un appel de fonds de 70 millions de dollars va être lancé pour promouvoir la mise en commun des connaissances et méthodes de travail, et apporter un soutien technique aux pays dans le cadre de leurs plans d'action. La création de ce fonds fait suite à un récent rapport sur les antibiorésistances.

Source : FAO

09:15 Publié dans Mondialisation et international, Santé et risques sanitaires | Lien permanent | Tags : antimicrobiens, one health, fao, oie, oms |  Imprimer | | | | |  Facebook

17/06/2019

La certification privée : un moteur pour les exportations agricoles ?

Un article publié en juin dans la European Review of Agricultural Economics analyse l'impact des standards volontaires privés (SVP) GlobalGAP sur les exportations de bananes, ananas et raisins, au niveau mondial entre 2010 et 2015. Les données proviennent du certificateur GlobalGAP lui-même, de la base UN Comtrade et de la FAO. Cet article revêt un intérêt particulier car avec la multiplication des SVP et le pouvoir croissant des multinationales agroalimentaires, ces standards deviennent de facto obligatoires pour intégrer certaines filières. Cependant, l'effet de ces normes sur les exportations restait encore indéterminé.

En premier lieu, l'étude rappelle que l'accroissement du nombre de producteurs et des surfaces certifiés par GlobalGAP (voir figure) peut générer des effets contrastés sur les exportations. En spécifiant et en harmonisant les attributs des produits, la certification facilite la coordination entre les différents acteurs de la chaîne de valeur et contribue à réduire les coûts de transaction pour ceux situés en aval. Les programmes d'assistance du certificateur permettent aussi, dans certains cas, d’améliorer les capacités des agriculteurs à fournir des produits compétitifs. Cependant, d'autres travaux montrent que le développement des SVP peut également entraver l'accès au marché international, pour les producteurs qui ne sont pas en mesure de payer les coûts liés à la certification (adoption du cahier des charges, frais de certification, etc.).

À partir d'une analyse empirique basée sur un modèle gravitaire, les auteurs confirment que la hausse du nombre de producteurs et des surfaces certifiés par GlobalGAP impacte positivement les performances à l'exportation d'un pays (volumes exportés et accès à de nouveaux marchés), mais avec des effets variables selon les produits et les pays d'origine et de destination. L'effet est moins prononcé pour les exportations vers les pays en développement que vers ceux de l'OCDE, mais demeure néanmoins significatif. Pour les auteurs, ce résultat témoigne du fait que l'accroissement de la demande pour les produits certifiés ne concerne plus uniquement les pays industrialisés. Par ailleurs, l'impact de la certification est plus marqué pour les exportations en provenance des pays en développement, ceux-ci ayant besoin de donner plus de garanties d'approvisionnement aux acteurs de l'aval.

Évolution des surfaces agricoles certifiées par GlobalGAP (2008-2015)

GlobalGAP.jpg

Source : European Review of Agricultural Economics

Lecture : les surfaces pour l'Amérique et l'Europe sont sur l'axe de gauche, celles pour l'Afrique et l'Asie-Pacifique sur l'axe de droite.

Raphaël Beaujeu, Centre d'études et de prospective

Source : European Review of Agricultural Economics

09:58 Publié dans Mondialisation et international | Lien permanent | Tags : certification, globalgap, exportations |  Imprimer | | | | |  Facebook

12/06/2019

Dépossession foncière et stratégies d'acteurs en milieu rural

Le numéro 238 de la Revue internationale des études du développement (Institut d'études du développement de la Sorbonne), mis en ligne en mai 2019, traite de la dépossession foncière, en tant que perte totale ou partielle des droits d'usage pour les populations locales, dans divers territoires d’Afrique, d'Asie et d'Amérique latine. Il en appréhende la diversité des formes et des impacts, et en caractérise les acteurs, leurs logiques et leurs interactions. Les méthodes varient selon les articles : analyse des processus historiques, socio-économiques et politiques ; observations de terrain ; études de cas et enquêtes de terrain ; etc. Neuf des onze articles ont un rapport avec l'agriculture, traitant des mobilisations et contestations sociales (Mauritanie, Mozambique, Inde), des stratégies socio-politiques des acteurs, notamment étatiques (Tanzanie, Mozambique, Mexique, Guatemala, Honduras, île de La Réunion), et de la concurrence foncière avec d'autres activités (Pérou, Cambodge).

Ce numéro illustre la grande variété des processus de dépossession foncière dans le monde. Par exemple, l'analyse de la Tanzanie retrace l'évolution historique du rôle de l’État : la gestion du foncier contribue à sa consolidation, avec la mise en œuvre de politiques sur l'accès et la distribution des terres, dans un contexte d'évolution du socialisme au néolibéralisme. L'action publique est également abordée dans l'article consacré à La Réunion : selon les auteures, des politiques autrefois orientées vers la production de canne à sucre et l'irrigation, se tournent désormais vers le soutien aux efforts en faveur de l'environnement. Pour une partie des agriculteurs, dans l'incapacité de mettre en application ces nouvelles exigences, elles entraînent précarisation voire abandon des terres.

Des objectifs parfois divergents entre institutions internationales et organismes de coopération sont également mis en lumière, notamment entre protection de l'agriculture familiale (FAO) et promotion des politiques environnementales (PNUE). Ainsi, comme observé en Amérique centrale, les politiques de reforestation (REDD+), en restreignant l'accès à la terre des populations anciennement installées, peuvent aller à l'encontre du maintien des petits agriculteurs déjà marginalisés. Enfin, au niveau local, la consultation des populations peut contribuer à servir des intérêts particuliers dans des situations où le droit foncier est utilisable à des fins particulières et l’État peu présent, comme le montre l'exemple du Mozambique.

Hugo Berman, Centre d'études et de prospective

Source : Revue internationale des études du développement

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11/06/2019

Un quart des émissions liées au secteur bois-papier est échangé

Le recours aux bois et papiers d'importation permet aux pays développés de limiter les émissions de leurs propres secteurs forêt-bois, selon une étude récente publiée dans Forest Science. Si ce secteur industriel reste l'un des moins émetteurs de gaz à effet de serre (GES), il est l'un de ceux, en revanche, pour lesquels les échanges mondiaux brouillent le plus les inventaires nationaux. En effet, sur la base de la consommation finale de produits (bois, liège, pâte à papier et papier), plus du quart des émissions est importé.

Les auteurs ont utilisé un modèle multi-régional input-output, qui présente l'avantage de différencier les technologies à l’œuvre dans les différents pays (plus ou moins émettrices de GES). Ils se sont appuyés sur une base de données internationale de tableaux entrées-sorties couvrant 41 pays et 35 secteurs d'activité, fournissant une comptabilité environnementale sectorielle sur la période 1995-2009. Distinguant les huit pays les plus importants en matière i) d'émissions basées sur la consommation et ii) d'intensité d'émission (volume de GES par tonne consommée ou produite), ils ont montré l'importance des échanges dans l'empreinte carbone du secteur, selon le profil des pays (importateur ou exportateur, développé ou non). Enfin, si l'intensité d'émission du secteur étudié tend à diminuer sur la période en raison des progrès technologiques, la baisse des émissions du secteur forêt-bois dans les pays développés a été permise par le recours aux importations en provenance de pays moins développés.

Source : Forest Science

09:16 Publié dans Climat, Forêts Bois, Mondialisation et international | Lien permanent | Tags : bois, papier, secteur forêt-bois, ges, échanges |  Imprimer | | | | |  Facebook