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21/01/2020

Un chiffrage des conséquences du changement climatique sur la rentabilité des exploitations australiennes

Alors que l'Australie connaît depuis plusieurs mois une sécheresse importante à l'origine d'incendies gigantesques, l'Australian Bureau of Agricultural and Resource Economics and Sciences (ABARES), un organisme de recherche interne au ministère en charge de l'agriculture, a récemment publié les résultats d'une étude visant à apprécier les conséquences du changement climatique sur la profitabilité des exploitations du pays.

L'étude s'appuie sur un modèle économétrique permettant d'estimer leur performance technique et économique à partir de variables relatives à leur structure, au contexte de prix et au climat. Ce modèle a permis aux auteurs de simuler ce qu'aurait été la situation économique des agriculteurs australiens si les conditions climatiques des années 2000 à 2019 avaient été comparables à celles que le pays a connues de 1950 à 2000.

Les résultats de la modélisation montrent que, toutes choses égales par ailleurs, les évolutions du climat en Australie depuis les années 2000 ont induit une diminution de 22 %, en moyenne, du « profit » des exploitations du pays, considéré ici comme le revenu net d'entreprise une fois prises en compte la rémunération du travail familial et la variation de la valeur des stocks. Cette moyenne masque d'importantes disparités selon les productions, les agriculteurs en grandes cultures étant plus impactés que les éleveurs de bétail : -35 % pour les céréaliculteurs, contre -18 % pour les éleveurs ovins et -5 % pour les producteurs de viande bovine. De même, les États de l'Ouest du pays (Western Australia) et surtout de l'Est (New South Wales, Victoria), davantage concernés par les sécheresses récentes et comportant une proportion élevée d'exploitations céréalières, sont sensiblement plus touchés que les autres. La modélisation montre également que les stratégies mises en place par les agriculteurs en réponse à ces conditions climatiques nouvelles, telles que le non-labour, ont permis d'en atténuer les conséquences : en leur absence, la diminution du profit aurait été de 26 % en moyenne et de 49 % pour les céréaliculteurs.

Effet des conditions climatiques sur le profit des exploitations australiennes

Australie.jpg

Source : ABARES

En conclusion, les auteurs appellent les pouvoirs publics à renforcer leur soutien aux agriculteurs, en cherchant non pas à les protéger des conséquences du changement climatique, mais à les aider à renforcer leur résilience face à ce phénomène. Les formes concrètes que pourrait prendre ce soutien ne sont toutefois pas explicitées dans l'étude.

Mickaël Hugonnet, Centre d’études et de prospective

Source : ABARES

17/01/2020

Évolution de la diversité des espèces cultivées en Inde

Un article de décembre 2019, publié dans PLOS ONE, revient sur les impacts de l'intensification de l'agriculture en Inde sur la diversité des espèces cultivées, entre 1947 et 2014. Deux sources de données (India Agriculture and Climate et International Crops Research Institute for the Semi-Arid Tropics) ont été compilées pour suivre entre 20 et 24 espèces (selon les années et les informations disponibles), sur 305 districts. Le calcul d'indices a permis de préciser la diversité des cultures et son lien avec l'intensification des pratiques.

De 1947 à 2014, les surfaces cultivées en Inde ont augmenté de 37 %. Le riz reste la culture principale, malgré le triplement des surfaces de blé, deuxième culture la plus répandue. L'expansion du blé s'est faite au détriment de nombreuses espèces, telles que le pois chiche, l'orge et, dans une moindre mesure, le millet, le sorgho et le coton. De plus, deux tiers des surfaces cultivées en millet et en sorgho ont été remplacées par d'autres espèces, notamment le colza, la moutarde, le coton, les fruits et légumes.

En 1956, les cultures se répartissaient de manière relativement homogène en Inde. Par la suite, les États du Nord se sont spécialisés dans la production du blé et du riz, là où ces plantes étaient déjà implantées en 1947. L'intensification de l'agriculture, la mise en place de subventions, d'un contrôle des prix et d'investissements publics, pour améliorer les réseaux de distribution, ont favorisé la compétitivité de ces deux cultures au détriment du sorgho et du millet, entraînant une diminution de la diversité culturale dans ces États. Indirectement, ces politiques ont aussi incité les États dont les conditions étaient moins propices au riz et au blé à s'orienter vers d'autres productions. Des actions de diversification des cultures ont également encouragé ces évolutions, ainsi qu'une demande en produits diversifiés plus forte suite à l'augmentation des revenus des habitants. Pour cette raison, les districts obtenant les scores de diversification les plus élevés se situent aujourd'hui dans le sud du pays, notamment ceux s'étant détournés du sorgho et du millet au profit du colza, de la moutarde, du coton, des fruits et des légumes.

Les auteurs établissent ainsi les impacts indirects et opposés que peuvent avoir des politiques d'intensification sur des régions moins favorisées en matière de potentiel de production. Ils rappellent cependant que l'augmentation de la diversité culturale ne traduit pas la diversité biologique totale des régions, qui peut être impactée négativement par l'expansion des cultures.

Nombre d'espèces cultivées en 1956, 1974, 1992 et 2008 au niveau des États (A) et des districts (B)

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Source : PLOS ONE

Aurore Payen, Centre d'études et de prospective

Source : PLOS ONE

16:07 Publié dans Mondialisation et international, Production et marchés | Lien permanent | Tags : inde, cultures, intensification |  Imprimer | | | | |  Facebook

Gains de productivité agricole et usage des terres au niveau mondial : y a-t-il un « effet rebond » ?

Depuis les années 1990, les gains de productivité globale des facteurs (PGF) ont contribué pour trois quarts à l'augmentation de la production agricole mondiale. Leurs conséquences environnementales sont, en revanche, plus complexes à caractériser : s'ils permettent, à production constante, d'économiser des facteurs (engrais, terre, travail, etc.), les gains de PGF peuvent aussi engendrer un « effet rebond » en incitant à produire plus et, in fine, conduire à une utilisation accrue de ces facteurs. Dans un récent article, N. Villoria propose une analyse quantifiée de ces phénomènes, en se concentrant sur les changements d'usages des terres et les impacts environnementaux associés (gaz à effet de serre - GES, biodiversité). Il tient également compte des effets indirects puisque les gains de productivité, dans un pays, peuvent influencer l'usage des terres dans le reste du monde via des différentiels de compétitivité induits.

L'étude se base sur un modèle statistique d'expansion de l'évolution des terres, développé par l'auteur, qui dépend des gains de PGF dans le pays considéré, des différentiels de PGF entre les pays (effets indirects), et d'autres variables explicatives telles que la demande alimentaire (population, PIB) et les prix des facteurs (engrais, terres) aux niveaux domestique et mondial. Les barrières au commerce sont également prises en compte, dans la mesure où elles peuvent atténuer les effets indirects entre les États. Des indicateurs permettent d'estimer les conséquences pour les émissions de GES et d'identifier les écosystèmes affectés par les changements d'usage des terres.

Les résultats montrent que, si les gains de PGF dans un pays donné s'accompagnent bien de l'expansion des terres agricoles dans ce même pays (effet rebond domestique), celle-ci est plus que largement compensée par une réduction causée par les gains de PGF dans le reste du monde. Au niveau mondial, en l'absence de gain de productivité sur la période 2001-2010, 125 millions d'hectares agricoles supplémentaires auraient ainsi été nécessaires pour répondre à la demande, avec une hausse associée des GES comprise entre 17 et 84 Gt de CO2 équivalent. Ces effets indirects sont décomposés par grandes zones géographiques (cf. figure). En revanche, l'auteur montre, par une simulation sur 2018-2023, que le rythme actuellement plus faible des gains de productivité risque de préparer une augmentation de l'expansion des terres agricoles à l'avenir. 


Effet de la croissance de la PGF dans différentes régions (axe horizontal) sur le changement des terres cultivées dans les régions cibles (axe vertical), sur la période 2001-2010

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Note : calculs de N. Villoria basés sur des estimations de paramètres dans SMS-3

Source : Environmental Research Letters

Julien Hardelin, Centre d'études et de prospective

Source : Environmental Research Letters

15:31 Publié dans Mondialisation et international | Lien permanent | Tags : pgf, productivité, terre, productivité globale des facteurs |  Imprimer | | | | |  Facebook

16/12/2019

Commerce agricole international et usages non durables de l'eau

Les auteurs d'un récent article publié dans Environmental Research Letters proposent une estimation des flux d'eau virtuelle non durable, en se concentrant sur le commerce international des productions végétales irriguées. L'« eau virtuelle » est habituellement définie comme la quantité d'eau nécessaire pour fabriquer un produit ou un service le long de la chaîne de production. Elle permet de rendre compte des pressions exercées par nos modes de consommation sur la ressource, y compris à longue distance. Mais un contenu élevé en eau virtuelle n'implique pas nécessairement des impacts négatifs : cela dépend du niveau de stress hydrique des ressources mobilisées dans le processus de production du bien considéré. Le travail présenté ici vise à mieux identifier ce phénomène.

L'irrigation est définie comme « non durable » dès lors que la consommation des cultures excède les disponibilités en eau renouvelable en un lieu donné. Dans ce cas, il y a dégradation de l'environnement car les débits minimum des rivières ne sont pas respectés et les nappes phréatiques se tarissent à un rythme supérieur à leur recharge naturelle. Les auteurs ont utilisé un modèle biophysique de culture spatialisé à l'échelle mondiale pour estimer les bilans hydriques en tous points : ils l'ont appliqué à 130 cultures, regroupées en 26 classes (céréales, fruits et légumes, etc.), sur les années 2000 et 2015. Les estimations d'eau virtuelle non durable ont ensuite été combinées aux données de commerce international pour en analyser les flux.

Plusieurs résultats intéressants ressortent de cette analyse. 52 % de la consommation d'eau mondiale pour l'irrigation (569 km³) étaient non durables en 2015, en augmentation de 8 % par rapport à 2000 (525 km³). Le commerce joue un rôle limité en la matière, avec seulement 15 % de la consommation non durable (88 km³), mais en hausse de 18 % par rapport à 2000. La géographie de l'eau virtuelle non durable s'est transformée en quinze ans, avec un poids croissant de la Chine et de l'Inde. Si les États-Unis restent un exportateur d'eau virtuelle non durable important, ce volume diminue cependant de 7,2 km³ entre 2000 et 2015. La France, pour sa part, figure au 8e rang mondial des pays importateurs, en raison des fruits et légumes en provenance d'Espagne (1,6 km³).

Usages non durables de l'eau associés au commerce international de productions végétales, 2000 et 2015

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Source : Environmental Research Letters

Lecture : les exportateurs nets d'eau non durable figurent en vert, les importateurs nets en orange et rouge. Les flèches indiquent les tailles relatives des 15 plus importants flux d'eau virtuelle non durables.

Julien Hardelin, Centre d'études et de prospective

Source : Environmental Research Letters

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Le riz, source croissante d'exposition au mercure et à l'arsenic, sous l'effet de la mondialisation et du réchauffement climatique

Deux publications récentes dans Nature Communications pointent le riz comme vecteur de contamination accrue pour deux métaux lourds, le mercure et l'arsenic. Ce phénomène est préoccupant, compte tenu de la place importante prise par cette céréale dans les régimes alimentaires mondiaux et du poids des facteurs climatiques.

Le cycle du mercure

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Source : Nature Communications

Une équipe chinoise a enrichi ses travaux sur l'exposition au méthylmercure par le riz, en complétant l'analyse du cycle du mercure et en identifiant les transferts entre les formes inorganiques et organiques de ce dernier. Le brûlage des pailles, largement pratiqué dans les zones de production asiatiques, contribue à amplifier le phénomène. Même si le riz n'est pas la seule source de mercure organique consommé par les humains, c'est aujourd'hui la principale, devant le poisson. Le développement de la consommation, hors des bassins traditionnels d'Asie, élargit cette exposition aux populations, d'Afrique notamment. Les auteurs alertent ainsi sur le fait que le riz est souvent associé, dans de nombreux régimes alimentaires, à une consommation de poisson, pouvant conduire à des expositions accrues dont les effets ne sont pas suffisamment étudiés.

Flux mondiaux de méthylmercure (dizaines de kg par an) par le biais du commerce mondial du riz

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Source : Nature Communications

À plus longue échéance, la qualité sanitaire du riz est menacée par un autre métal lourd : l'arsenic. Si l'effet concentrateur des grains en métaux lourds présents dans les sols est bien connu, les taux d'arsenic restaient jusqu'à présent en-dessous des normes sanitaires. Une équipe internationale de chercheurs a mis en évidence le fait que le réchauffement climatique induirait une concentration accrue de l'arsenic inorganique dans le riz, avec pour corollaire une chute des rendements de 40 %. En effet, la hausse des températures accélère l'activité des bactéries et micro-organismes qui transforment l'arsenic minéral présent (naturellement ou par pollution) dans les sols et les eaux d'irrigation en sa forme inorganique, directement absorbable par le riz.

Muriel Mahé, Centre d'études et de prospective

Source : Nature Communications, Nature Communications

15:47 Publié dans Climat, Mondialisation et international, Santé et risques sanitaires | Lien permanent | Tags : riz, mercure, arsenic |  Imprimer | | | | |  Facebook

Quel recours au travail des enfants dans les chaînes d'approvisionnement mondiales ?

Publié en novembre 2019 conjointement par l'Organisation internationale du travail (OIT), l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) et le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef), un rapport fournit des estimations sur le recours au travail des enfants et au travail forcé dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, alimentaires notamment. Pour cela, les auteurs utilisent des données de l'OCDE (tableaux internationaux d'entrées-sorties), décrivant les relations entre secteurs producteurs et consommateurs de chaque pays et permettant d'isoler l'impact direct ou indirect d'un secteur spécifique sur l'ensemble de l'économie. Ils les combinent avec 65 ensembles de données probabilistes nationales sur le travail des enfants. Une analyse complémentaire a également estimé le recours au travail forcé, mais les données sont plus limitées et les résultats moins robustes.

Les auteurs montrent qu'il existe un risque non négligeable de travail des enfants dans la production liée aux chaînes d'approvisionnement mondiales, même si celui-ci est nettement plus répandu dans celle destinée à l'économie nationale. Ainsi, ils estiment que 26 % du travail des enfants en Asie orientale et du Sud-Est contribuent aux exportations vers d’autres régions (voir figure ci-dessous), contre 9 % en Asie occidentale et en Afrique septentrionale.

Estimations du travail des enfants et de la valeur ajoutée pour les biens et services exportés et la demande intérieure, par région (2015)

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Source : OIT, OCDE, OIM, Unicef

L’analyse empirique fournit également des indications sur les maillons des chaînes d’approvisionnement concentrant le travail des enfants : selon les régions, entre 28 % et 43 % de ce travail contribuent indirectement aux exportations, par l’intermédiaire des secteurs amont (comme l’extraction de matières premières ou l’agriculture). De ce fait, les secteurs agricoles et alimentaires font partie de ceux présentant le risque le plus élevé de travail des enfants dans leur chaîne d'approvisionnement, et ce pour toutes les régions étudiées (voir tableau ci-dessous). En Amérique latine par exemple, 7 % du travail des enfants contribuant à la production alimentaire se font dans le dernier maillon de la chaîne, contre 93 % dans les secteurs en amont (dont 80 % dans le secteur agricole).

Cinq principaux secteurs d’exportation présentant un risque de travail des enfants dans leur chaîne d’approvisionnement, contributions directes et indirectes, par région (2015)

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Source : OIT, OCDE, OIM, Unicef

Lecture : les contributions directes proviennent du stade final de la production tandis que les contributions indirectes proviennent des intrants en amont de la chaîne d’approvisionnement.

Enfin, les auteurs identifient trois grandes catégories de facteurs de risques : i) lacunes dans la législation, l'application de la loi et l'accès à la justice, ii) pressions socio-économiques auxquelles sont confrontés les individus et iii) conduite des entreprises. Ils proposent un ensemble de recommandations pour les acteurs publics et privés.

Estelle Midler, Centre d'études et de prospective

Source : OIT

13/12/2019

Les protections à l'importation de produits agricoles en Afrique subsaharienne

Dans le cadre de son Observatoire mondial du soutien à l’agriculture et suite à un colloque organisé en octobre 2019, la fondation Farm a publié récemment un document sur les enjeux d'un éventuel renforcement des protections à l'importation des produits agricoles en Afrique subsaharienne (ASS). S'appuyant sur les données les plus récentes du Cepii (2013), il montre que l'agriculture de cette région est moins protégée que celle des autres pays en développement : les droits de douane appliqués sont de 15 % en moyenne (indicateur « Weight MacMap Mean » dans la figure ci-dessous), contre par exemple 34 % en Asie du Sud, 26 % en Afrique du Nord et 14 % en Europe. Ce constat vaut pour les produits alimentaires ou non alimentaires, bruts ou transformés.

Droits de douane moyens sur les importations agricoles selon trois méthodes de calcul (2013)

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Source : Farm

Des différences significatives des droits de douane sur les importations agricoles sont également constatées entre sous-régions : par exemple, les pays de l'Afrique de l'Est appliquent des droits de douane de 26 % aux autres pays de l'ASS et de 22 % à ceux hors ASS (figure ci-dessous). L'investissement public dans l'agriculture est également moins important, le soutien au secteur reposant essentiellement sur cette politique de protection à l'importation.

Droits de douane sur les importations agricoles des sous-régions d'Afrique subsaharienne (2013), avec les autres sous-régions en marron et avec le reste du monde en orange

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Source : Farm

Selon les auteurs, deux courants de pensée s'opposent sur les bénéfices potentiels d'un renforcement des droits de douane sur les produits agricoles et agroalimentaires. Pour les partisans de la libéralisation des échanges, une telle politique risque de réduire le pouvoir d'achat des consommateurs africains et de fragiliser la sécurité alimentaire des pays. Pour les autres, au contraire, le renforcement de la protection aux frontières est indispensable pour consolider les filières, réduire le déficit commercial, créer des emplois, etc. Pour les pays de l'ASS, les compromis internationaux, notamment ceux de l'OMC, les Accords de partenariat économique (APE) avec l'Union européenne et la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), conditionneront la mise en place de mesures de renforcement de la protection aux frontières. Pour les auteurs, l'augmentation des droits de douane sur les produits agricoles ne suffira pas, à elle seule, à consolider un secteur agro-industriel générateur de valeur ajoutée, d'emploi et de meilleures conditions de vie en milieu rural. Cette mesure devrait être considérée comme l'une des composantes d'une politique globale de développement dans les domaines économique, social et environnemental.

Hugo Berman, Centre d'études et de prospective

Source : Fondation Farm

Inégalités de revenu en milieu rural dans le bassin arachidier du Sénégal

Des chercheurs du Cirad (Montpellier) et du Bureau d’analyses macro-économiques de l’Institut sénégalais de recherches agricoles ont étudié les inégalités de revenu des ménages ruraux au sein du bassin arachidier du Sénégal. Cette zone concentre une grande partie de la population rurale du pays. L'analyse a été conduite sur un échantillon de 1 770 exploitations en céréales et légumineuses (dont 103 dirigées par des femmes), extrait des données de l’enquête nationale menée par le Projet d’appui aux politiques agricoles.

Proportion de ménages possédant du matériel agricole, par type de matériel et par quintile de revenu

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Source : AFD

Les auteurs décomposent les revenus des ménages en revenus agricoles, non agricoles, vente d’animaux et transferts reçus, puis calculent les coefficients et élasticités de Gini, les classes de mesure de general entropy (indicateur d'inégalité) et les quintiles de revenu. Dans l'échantillon, ils relèvent un taux de pauvreté de 90 % (ménages ayant moins de 0,91 €/équivalent adulte/jour), montant à 94 % pour les exploitations dirigées par des femmes. Les 20 % de ménages les plus riches ont un revenu 10 fois plus élevé que celui des 20 % les plus pauvres. Néanmoins, les inégalités sont plus faibles au sein des classes de revenu moins aisées, par exemple dans les ménages dirigés par des femmes. Les inégalités proviennent principalement des revenus agricoles, du fait i) des superficies exploitées (20 % des exploitations les plus riches ont une superficie 3 fois supérieure aux 20 % les plus pauvres) et ii) des rendements découlant de plus fortes mécanisation et utilisation d’intrants. La réduction des inégalités passerait donc en priorité par une augmentation des revenus agricoles, à travers un meilleur accès aux facteurs de production, notamment pour les femmes.

Valeur du coefficient de Gini, par département au sein du bassin arachidier

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Source : AFD

Lecture : le coefficient de Gini est plus élevé dans les zones avec le plus de disparités de revenus.

Pour aller plus loin dans la compréhension des inégalités, et aussi pour une modélisation future, les auteurs proposent une typologie des ménages agricoles afin d’aider la puissance publique à mener une politique de développement agricole plus inclusive, prenant en compte les ménages les plus pauvres.

José Ramanantsoa, Centre d'études et de prospective

Source : Agence française de développement

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12/12/2019

Évaluer l'impact de la certification « commerce équitable » sur les salariés agricoles

Une évaluation scientifique, publiée dans Agricultural and Human Values, met en évidence les bénéfices de la certification « commerce équitable » pour des salariés agricoles de plantations de bananes. Cette certification peut s'appliquer aux plantations depuis les années 1990 et, en 2013, les entreprises certifiées comptaient près de 170 000 salariés pour environ un million d'agriculteurs exploitants. Toutefois, si de nombreux travaux s'intéressent aux impacts sur les propriétaires, peu traitent des salariés, et souvent sous le seul angle économique des salaires.

L'analyse se base sur une enquête de terrain menée en République dominicaine auprès de deux échantillons aléatoires et représentatifs de salariés agricoles : 161 travaillant dans cinq plantations bananières certifiées, 222 dans six plantations comparables mais non certifiées. Les chercheurs ont mesuré les impacts de la certification dans trois domaines : les conditions de travail (y compris rémunération et avantages sociaux ou en nature), la qualité de vie au travail (sécurité, participation aux décisions), la dignité (satisfaction au travail, sentiment de contrôler sa vie, perspectives, etc.). Ils ont ensuite identifié, grâce à une analyse économétrique, les différences significatives entre les deux populations enquêtées.

L'évaluation confirme l'absence de différences économiques significatives. Cependant, les salariés de plantations certifiées ont plus d'avantages en nature (santé, formation, transport, éducation des enfants) et recourent plus souvent à l'épargne. En matière sociale, ils bénéficient d'un nombre supérieur de jours de congés payés et font plus confiance à leurs collègues et à leurs représentants (mais pas à leurs dirigeants). De même, les résultats des indicateurs de « bonheur » au travail leur sont plus favorables : plus grand sens d'appartenance à l'entreprise, impression de contrôler le cours de leur vie et de leur carrière, sentiment de s'accomplir dans leur travail.

Les chercheurs en concluent qu'il est important d'introduire des indicateurs plus diversifiés que le salaire ou les conditions de travail pour évaluer l'impact des systèmes de certification sur les salariés agricoles.

Muriel Mahé, Centre d'études et de prospective

Source : Agriculture and Human Values

11/12/2019

Commerce intra-national et gestion des chocs climatiques

En novembre, la revue Agricultural Economics a publié un numéro spécial valorisant les travaux présentés lors de la 30e Conférence internationale des économistes agricoles, ayant pour thème « les nouveaux mandats et les nouveaux paysages de l’agriculture ». Il traite des évolutions en matière de technologies, de demande et d'environnement. L’article présenté ici étudie notamment le rôle du commerce intérieur, au sein de l’empire britannique indien, dans la gestion de l’insécurité alimentaire causée par les sécheresses entre 1870 et 1930, période historique rare d’accroissement concomitant des chocs climatiques et du fret ferroviaire. L’auteur utilise les résultats de ses précédentes analyses et des données de diverses sources (Agricultural Statistics of India, Digital Chart of the World, Global Historical Climatology Network, travaux de Srivastava publiés en 1968).

Il rappelle en premier lieu les gains théoriques attendus du commerce international et propose une validation de ces résultats à une échelle nationale. La théorie des avantages comparatifs de Ricardo montre que si chaque pays se spécialise dans la production des biens pour lesquels il est le plus productif, la production et la consommation nationales et mondiale augmentent. Pour tester cette théorie, l’auteur compare la production agricole, en valeur déflatée, des 235 districts de l’empire britannique des Indes, avant et après le développement du chemin de fer (figure ci-dessous). À partir d’une analyse économétrique en double différence, l’auteur montre que la production a augmenté d’environ 25 % sur la période 1870-1930 et que la moitié de cet effet est attribuable au commerce permis par le développement ferroviaire.

L’article analyse également la façon dont le commerce entre districts a permis de limiter les famines du XIXe siècle, provenant d’épisodes de sécheresse répétés. Utilisant également une analyse en double différence, l’auteur montre qu’un district relié au chemin de fer avait une probabilité inférieure de connaître une famine face à un événement de sécheresse. Toutefois, cet effet n’est possible que dans la mesure où le choc climatique ne touche pas simultanément tous les districts.

Ainsi, grâce à cette perspective historique, l'article apporte des éclairages sur les effets attendus du commerce international à une échelle intra-nationale et sur le rôle des échanges face aux défis climatiques.

Le développement du chemin de fer sous l’empire britannique des Indes, en 1853 et en 1930 (voies d'échanges commerciaux : en bleu, littoral et cours d'eau navigables ; en rouge, voies ferrées)

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Source : Agricultural Economics

Raphaël Beaujeu, Centre d'études et de prospective

Source : Agricultural Economics

14:55 Publié dans Climat, Mondialisation et international | Lien permanent | Tags : inde, ferroviaire, commerce, transport, histoire |  Imprimer | | | | |  Facebook

10/12/2019

Synthèse sur le conseil agricole en Afrique

Une synthèse d'Inter-réseaux Développement rural d'octobre 2019 aborde les enjeux actuels du conseil agricole en Afrique, en dressant un panorama de la situation sur le continent et en explorant les défis à venir en matière d'économie, de gouvernance, de santé, d'environnement, de populations vulnérables (femmes, jeunes) et de conseil agricole (pérennisation de son financement, formation et qualification des conseillers). Les auteurs constatent que l'offre actuelle en conseil, quantitative et qualitative, ne suffit pas à satisfaire les demandes, même si on assiste à sa diversification. Trois formes de conseil agricole ont été identifiées, qui correspondent aux principales stratégies mises en place par les pays étudiés : i) à dominante publique (Cameroun, Maroc) ; ii) à statut mixte (Niger, Côte d'Ivoire) ; iii) à dominante privée (Ouganda, Bénin). Cette synthèse est le produit d'un groupe de travail auquel ont participé l'Iram, le Cirad et Ambre Conseil/CER FRANCE, dont les résultats ont déjà fait l'objet de plusieurs publications (rapport remis à l'AFD, numéro de Grain de Sel).

Source : Inter-Réseaux

09:59 Publié dans Agriculteurs, Mondialisation et international | Lien permanent | Tags : inter-réseaux, afrique, conseil agricole |  Imprimer | | | | |  Facebook

18/11/2019

Risques et systèmes alimentaires : tendances et défis

En octobre 2019, la FAO, le Cirad et la Commission européenne ont publié un rapport sur les risques auxquels sont et seront confrontés les systèmes alimentaires. Réalisé par des chercheurs du Cirad, ce document s'appuie sur les connaissances scientifiques actuelles, avec une attention particulière portée aux pays à faibles revenus. La première partie établit un cadre général d'analyse, détaillant six catégories de moteurs et leurs tendances : facteurs biophysiques et environnementaux (ressources naturelles, climat), démographiques (urbanisation, migrations, etc.), technologiques et infrastructurels, économiques (revenus, commerce et globalisation, etc.), socio-culturels (valeurs et identités, éducation et services de santé, etc.) et politiques (gouvernance, conflits, etc.).

Les parties suivantes traitent des risques sous quatre angles : changement climatique, environnement, dimensions sociales et économiques, sécurité alimentaire. Divers enjeux et leurs interactions sont traités. Ainsi, sur la question climatique, la partie 2 s'intéresse aux problèmes des émissions de gaz à effet de serre, des productions animales, de la déforestation et des nouveaux ravageurs et maladies. De même, la partie 5 aborde les défis liés aux disponibilités alimentaires (en particulier en Afrique du fait de la croissance démographique et du changement climatique), aux risques de prix alimentaires plus instables et plus élevés sur les marchés internationaux, aux risques nutritionnels liés à des régimes non sains et à ceux associés à la qualité sanitaire des denrées.

Combinaison de moteurs (en noir) des systèmes alimentaires et génération de risques cumulés (en rouge)

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Source : Cirad

En conclusion, il apparaît que les progrès récents en matière de quantité et qualité de la production alimentaire sont remis en question par divers facteurs : surexploitation des ressources, pauvreté, insécurité alimentaire liée à l'accès, transitions nutritionnelles, etc. Les auteurs invitent à repenser les systèmes en prenant en compte leurs différents rôles (création d'emplois, réduction des inégalités entre acteurs et territoires, etc.) et à en développer une évaluation multifactorielle, dépassant le seul objectif de production. Par ailleurs, rappelant les augmentations récentes du nombre de personnes souffrant de la faim, ils soulignent que certaines régions (pays à bas revenus en particulier) sont particulièrement confrontées à des combinaisons de risques, lesquels « se précipitent, s'aggravent et se combinent ». Enfin, si les risques sont globaux, les auteurs appellent à « être plus attentif aux trajectoires de résilience et aux solutions locales ».

Carte des risques associés aux principaux systèmes de production

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Source : Cirad

Julia Gassie, Centre d'études et de prospective

Source : Cirad

08/11/2019

Urbanisation et zoonoses dans les pays du sud

Un article publié en septembre dans Environment and Urbanization s'intéresse aux liens entre urbanisation et zoonoses dans les pays du sud de la planète. L’urbanisation des populations y est en effet de plus en plus importante et elle est corrélée au développement des maladies infectieuses. Une grande partie de celles-ci est constituée de zoonoses, lesquelles représentent, d’après l’OMS, 61 % des maladies humaines en général et 75 % des nouvelles maladies découvertes ces dix dernières années. Cet article étudie les causes de cette corrélation à partir de la littérature scientifique (35 articles retenus après screening). Ce développement en milieu urbain n’est pas seulement lié à la promiscuité, mais également à une plus grande pauvreté, à l’apport par les nouveaux arrivants de nouvelles sources infectieuses, aux transferts d’animaux vivants ou de produits animaux. Les auteurs pointent en particulier un défaut dans les programmes de santé publique, notamment en ce qui concerne l’eau (distribution, hygiène).

Source : Environment and Urbanization

09:28 Publié dans Mondialisation et international, Santé et risques sanitaires | Lien permanent |  Imprimer | | | | |  Facebook

06/11/2019

Les entreprises agroalimentaires thaïlandaises participent à la prévention de la peste porcine africaine

D'après un article publié par la Nikkei Asian Review, pour tenter de préserver la Thaïlande de la peste porcine africaine, les trois principales entreprises agroalimentaires du pays ont décidé d'appuyer le gouvernement dans sa politique de prévention. Elles ont ainsi annoncé qu'elles apporteraient les fonds nécessaires à la mise en place de 50 points de contrôle sanitaire aux frontières, ainsi qu'à la création d'un fonds d'indemnisation des éleveurs.

Source : Nikkei Asian Review

16/10/2019

La Banque mondiale livre un diagnostic et des recommandations sur la productivité agricole mondiale

Publié le 16 septembre 2019 par la Banque mondiale en version préliminaire (parution du livre en novembre), Harvesting Productivity: Technology and Productivity Growth in Agriculture constitue le quatrième opus d'une série d'ouvrages consacrés à la productivité de l'économie mondiale, dans le cadre du World Bank Productivity Project. Il porte cette fois-ci sur la productivité agricole, ses déterminants et les politiques publiques permettant de la stimuler.

Sur la période 2001-2015, l'augmentation de la production agricole mondiale a été imputable pour deux tiers à celle de la productivité globale des facteurs (figure ci-dessous). Le monde est ainsi passé d'une croissance basée sur les facteurs de production (modèle des années 1960-70), à une croissance basée sur la productivité, reposant sur l'innovation et la connaissance. Pour les auteurs, cette tendance devra se poursuivre activement pour répondre aux défis à venir que sont la réduction massive de la pauvreté et de la faim dans le monde. Elle sera aussi nécessaire pour rendre l'agriculture plus résiliente au changement climatique.

L'augmentation de la productivité globale des facteurs est devenue une source de plus en plus importante de la croissance de la production agricole

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Source : Banque mondiale

Selon les auteurs, les travaux les plus récents convergent sur le fait que le progrès technologique est la cause principale des gains de productivité globale des facteurs. Le rôle de la ré-allocation plus efficiente des facteurs de production (terre, travail, etc.) serait plus limité que ce qui a pu être communément admis. Ainsi, la productivité du travail agricole, relativement aux autres secteurs, serait généralement sous-estimée. L'importance des économies d'échelle serait également à relativiser : pour les auteurs, il n'existe pas de « taille optimale » de l'exploitation agricole, les petites comme les grandes pouvant être tout aussi efficientes (figure ci-dessous). Partant de ce diagnostic, le rapport analyse ensuite les politiques favorables à la croissance de la productivité agricole : innovation et R&D (chapitre 3), facilitation de l'adoption des technologies par les agriculteurs (chapitre 4, gestion des risques, insertion des producteurs sur les marchés, etc.), promesses offertes par l'intégration des chaînes de valeur (chapitre 5).

Il n'y a pas de taille optimale d'exploitation agricole : les grandes comme les petites peuvent être également efficientes

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Source : Banque mondiale

Julien Hardelin, Centre d'études et de prospective

Source : Banque mondiale