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15/12/2020

Histoire du sucre, histoire du monde, James Walvin

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L’universitaire britannique James Walvin rencontre l’histoire et l’économie du sucre en 1967, à la Jamaïque, dans le cadre de l’étude d’une plantation locale. Ce compagnonnage aboutit à un ouvrage de référence, traduit en 2020 en français, qui s’inscrit dans l’histoire de l’économie, des cultures et des modes de vie.

Découpé en 16 chapitres, le livre revient tout d’abord sur la naissance et la diffusion de la production de sucre. Celui-ci a, dans un premier temps, circulé sous la forme de miel dans le sillage de l’expansion des empires grec, romain, islamique et ottoman. Puis la production sucrière change d’échelle à la faveur des explorations maritimes des Européens, amorcées au XVe siècle. Développée au départ dans les îles de l’Atlantique, elle se déplace vers les Amériques après que les Portugais eussent organisé le premier déplacement massif d’esclaves, de Luanda vers les champs de canne du Nouveau monde. Les colons français et britanniques s’inspirent des pratiques agricoles des pionniers du Brésil et, en 1770, la Jamaïque et surtout Saint-Domingue, la Martinique et la Guadeloupe deviennent le centre mondial de la production sucrière. Les femmes et les hommes, assignés au travail éreintant de la coupe, sont broyés ; les terres sont découpées, entourées de murs et de fossés tandis que les forêts, brûlées, cèdent la place aux parcelles et routes. Des chapitres suivants, qui analysent la consommation du sucre et de ses sous-produits, on retiendra la formation du binôme sucre-boisson chaude ainsi que l'affirmation, au XVIIe siècle, de la distinction du sucré et du salé, comme du dessert « à la française ». La mélasse agrémente, elle, la cuisine populaire ; le rhum s’exporte vers l’Europe et l’Amérique du Nord.

Les chapitres 9, 10, 11 et 12 montrent le basculement des lieux de pouvoir de l’industrie du sucre, de l’Europe vers les États-Unis. À partir de 1789, la production de Saint-Domingue s’effondre du fait des soulèvements d’esclaves, élément qui favorise le recours au sucre de betterave en Europe. Simultanément, les transformations de l’économie nord-américaine (constitution de trusts comme l'American sugar refining company) combinées à la mécanisation, participent outre-Atlantique à la formation de géants de l’agroalimentaire. L’ouvrage revient enfin sur les conséquences sanitaires de la consommation de sucre ainsi que sur les luttes acharnées entre industriels et acteurs de santé autour de sa taxation, par exemple.

Nathalie Kakpo, Centre d’études et de prospective

Lien : La Découverte

09:36 Publié dans Filières agricoles, Production et marchés, Société | Lien permanent | Tags : filière, sucre, histoire, esclavage |  Imprimer | | | | |  Facebook

11/12/2020

L'avenir de l'élevage européen et sa contribution à un secteur agricole durable

Une étude parue en octobre 2020 s'intéresse à l'avenir de l'élevage européen. La première partie présente la situation actuelle et les tendances à l’œuvre : place de l'élevage dans l'économie de l'Union européenne (UE), impacts sur l'environnement, bien-être animal, relation à la santé humaine. La deuxième partie analyse les facteurs de changement pour les années à venir. La troisième propose des solutions pour assurer un élevage durable.

L'élevage occupe une place importante dans l'économie agroalimentaire européenne, avec 70 milliards d'€ de produits animaux ou d'origine animale en 2017 (UE-28, 40 % de la production totale agricole) et des exportations qui augmentent depuis 2000. Il joue un rôle notable dans certains territoires en matière d'emploi et de culture (paysages, gastronomie). La nécessité de réduire les impacts environnementaux (gaz à effet de serre, pollution de l'eau, etc., cf. figure) et la baisse de la consommation de viande seront deux variables déterminantes de l'avenir de l'élevage européen. Les auteurs soulignent aussi ses contributions positives à l'environnement, notamment pour le stockage du carbone et la biodiversité grâce aux prairies permanentes : « 50 % des espèces d'oiseaux dépendent des prairies pour leur alimentation et leur reproduction ».

Intensités d'émissions moyennes de gaz à effet de serre liées à la consommation de 100 g ou de 100 kcal d'aliments

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Source : Commission européenne

Selon les auteurs, les substituts aux produits carnés (végétal, viande artificielle) ne devraient pas atteindre une masse critique à même de concurrencer significativement l'élevage à moyen terme (2030), car ils présentent des limites : produits encore en phase pré-commerciale, impacts incertains sur la santé (produits très transformés) et l'environnement, acceptation par les consommateurs, etc. Il conviendrait d'améliorer conjointement l'efficience environnementale et la compétitivité de l'élevage européen, plutôt que d'importer des produits animaux aux empreintes environnementales potentiellement plus fortes.

Le rapport propose à cet égard des pistes prometteuses : bioéconomie et bouclage des cycles, génétique et écologie microbienne, bien-être animal, etc. Il souligne l'importance de la diversité des systèmes d'élevage et de l'approche systémique : « les animaux sont essentiels parce qu'ils sont par nature des recycleurs, ce qui leur permet de contribuer à une agriculture plus efficace en utilisant la biomasse non comestible et en fournissant des engrais organiques ».

Julien Hardelin, Centre d'études et de prospective

Source : Commission européenne

09:28 Publié dans 1. Prospective, Filières agricoles, IAA, Production et marchés | Lien permanent | Tags : elevage, filière, prospective, europe |  Imprimer | | | | |  Facebook

Économie de la filière équine : apports des Journées sciences et innovations équines

Les Journées sciences et innovations équines se sont déroulées le 17 novembre 2020. Cinq sessions ont exploré les thèmes suivants : bien-être et comportement ; pathologie, épidémiologie et gestion sanitaire ; sciences humaines, sociales et économie appliquées aux enjeux équins ; élevage et entretien des animaux ; activités équestres ou avec les équidés. Les 14 communications et les posters sont présentés sur le site de l'Institut français du cheval et de l’équitation (IFCE) sous la forme de courts articles. Retenons ici quelques éclairages économiques.

Tout d'abord, le Réseau Équin suit 128 exploitations (centres équestres, établissements de tourisme équestre, écuries de pensions), et associe diverses compétences (Institut de l’élevage, chambres d'agriculture, IFCE notamment) pour dégager des bonnes pratiques et mieux définir le poids socio-économique de la filière. Le Réseau prodigue des conseils aux exploitants pour améliorer leurs établissements, et aux porteurs de projets pour affiner leur stratégie d’installation ou de développement.

Le projet Equitourisme vise à connaître les motivations touristiques spécifiques des villes du cheval pour mieux structurer leur offre (Chantilly, Deauville, Saumur). Ces demandes s’inscrivent dans des cadres événementiel, culturel et expérientiel (équitation montée ou attelée). Plusieurs pistes d'amélioration sont identifiées : fédérer localement les acteurs du tourisme autour du cheval pour élaborer un « récit » ; au niveau national, pour les villes du cheval, échanger leurs bonnes pratiques et s'acheminer vers un label « Destination du Cheval ».

Enfin, si la consommation de viande est en baisse en France, la chute de l'hippophagie est encore plus brutale : cette viande représente 1 % des achats et les 2/3 des Français n'en consomment plus. Cette consommation est pratiquée à domicile (87,5 % des cas), par un profil d'homme ouvrier vivant dans le Bassin parisien ou le nord-est. Pour relancer cette filière, les auteurs proposent de faciliter les achats au-delà du réseau très restreint des boucheries chevalines, et de recourir à une viande d'origine française plutôt qu'importée.

Une communication intéressante concerne la filière du lait d’ânesse, peu étudiée. 60 éleveurs sont recensés, majoritairement en agriculture biologique. Avec un volume moyen annuel de 200 litres par ânesse, le lait est principalement utilisé dans des produits cosmétiques et d’hygiène (cf. figure). Un frein important au développement de la filière est la difficile valorisation économique des ânons mâles non commercialisés.

Devenir du lait d’ânesse produit dans les exploitations françaises

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Source : IFCE

Franck Bourdy, Centre d'études et de prospective

Source : IFCE

09:27 Publié dans Filières agricoles, Production et marchés, Société, Territoires | Lien permanent | Tags : filière, cheval, tourisme, territoire |  Imprimer | | | | |  Facebook

10/11/2020

Productivité et profitabilité de la betterave sucrière en Allemagne

Parue dans le numéro de septembre du Journal of Agricultural Economics, cette étude analyse les performances de la production de betterave sucrière en Allemagne entre 2004 et 2013. À partir des données de 1 940 exploitations agricoles (16 717 observations du Réseau d'information comptable agricole-RICA), les auteurs calculent la productivité et la profitabilité en utilisant l'indice de Lowe aux niveaux individuel et sectoriel, sur trois bassins d'approvisionnement. La réforme de la politique sucrière européenne, mise en œuvre en 2006, s'est traduite par une baisse des prix minimum, jusqu'à l'abolition des quotas en 2017. La profitabilité des exploitations analysées a baissé entre 2004 et 2008 (profits négatifs entre 2007 et 2010), mais s'est ensuite redressée, grâce notamment aux gains de productivité, et a retrouvé en 2013 tout ou partie (selon les bassins) de son niveau de 2006, malgré des rapports de prix inférieurs d'environ 20 % (cf. figure). Ces gains de productivité ont davantage été dus aux changements au sein des exploitations (progrès technique, efficience), qu'à une réallocation de la production entre exploitations.

Décomposition de la productivité, des termes de l'échange et de la profitabilité

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Source : Journal of Agricultural Economics

Source : Journal of Agricultural Economics

 

 

 

 

09/11/2020

Quel avenir pour les systèmes d’élevage cunicole ?

Face à la réduction régulière de la consommation de lapin (divisée par trois en 20 ans) et aux demandes de la société sur le bien-être animal, l’Institut technique de l'aviculture (ITAVI) a mené depuis 2017 un travail pour imaginer le ou les systèmes de production de demain. Il a réalisé une synthèse bibliographique sur les impacts des conditions d'élevage sur le bien-être du lapin, quatre ateliers, et une évaluation des impacts économiques d’un changement de système. Réunissant les parties prenantes de la filière, les ateliers ont permis de cartographier les risques, enjeux, opportunités et priorités de cet élevage, d'identifier les évolutions du contexte et d’envisager le futur du système d’élevage (figure ci-dessous).

Système d’élevage cunicole passé, présent et futur

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Source : ITAVI

Ces changements entraîneraient des augmentations de coûts de production, que ce soit en système conventionnel (ralentissement des rythmes de reproduction), ou en système alternatif (cage aménagée en maternité et parc d’engraissement). Dans ce cas, les coûts seraient supérieurs de 22 à 45 %, pour une surface disponible par lapin de 630 à 1 500 cm².

Source : ITAVI

 

16:34 Publié dans Filières agricoles, Production et marchés, Société | Lien permanent | Tags : elevage, bien-être animal, filière |  Imprimer | | | | |  Facebook

13/10/2020

La restructuration du secteur laitier américain

L'Economic Research Service (ERS) du ministère de l'agriculture des États-Unis a consacré, en juillet 2020, un rapport à la restructuration majeure que connaît le secteur laitier du pays. En vingt ans, le nombre d'exploitations a été divisé par deux, cette diminution s'accélérant en 2018 et 2019. La production croissante de lait s'est concentrée dans des troupeaux de plus en plus grands. Les cheptels de plus de 2000 têtes, quasi inexistants en 2000, fournissent désormais un tiers des volumes. Cette restructuration s'est faite au bénéfice des États de l'ouest du pays, désormais majoritaires parmi les producteurs.

Part de la production de lait selon la taille des troupeaux (nombre de têtes), pour 2000, 2005, 2010 et 2016

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Source : USDA-ERS

Source : USDA-ERS

 

13:30 Publié dans Exploitations agricoles, Filières agricoles, Production et marchés | Lien permanent | Tags : lait, etats-unis |  Imprimer | | | | |  Facebook

Les dernières innovations agricoles du secteur de l'élevage récompensées au concours Innov'Space 2020

L'édition 2020 du Salon international des productions animales (Space) s'est tenue, en ligne, du 15 au 18 septembre derniers. À cette occasion, le concours Innov'Space fêtait son 25e anniversaire, en reconnaissant les meilleures innovations en matière de produits, d'équipements ou de services de la filière. Parmi les 70 candidats, 26 ont été récompensés par un jury de professionnels.

La mention spéciale du jury a été attribuée à la machine SOC (« Sexage dans l’œuf de canard »), qui permet de distinguer la couleur de l’œil de l'embryon à travers la coquille. Utilisée sur une souche génétique de canards Mulards autosexables (différences de caractéristiques morphologiques chez les mâles et les femelles dès l'éclosion), elle donne la possibilité d'identifier leur sexe à partir de la couleur de leurs yeux dès la première phase embryonnaire. Cette innovation s'inscrit dans une meilleure prise en compte du bien-être animal par la filière foie gras en évitant l’éclosion de femelles Mulard non destinées à la commercialisation.

Les lauréats du concours Innov'Space 2020

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Source : Salon international des productions animales

Source : Innov'Space

 

 

12/10/2020

La Cour des comptes préconise d'alléger la Douane de ses missions sur la filière viticole

Dans son rapport de septembre 2020 relatif aux activités de la Direction générale des douanes et droits indirects (DGDDI), la Cour des comptes constate un foisonnement qui semble injustifié des administrations compétentes en matière viticole. Elle recommande que l'ensemble des missions économiques viticoles et cidricoles de la DGDDI soient transférées aux organisations interprofessionnelles et au ministère chargé de l'Agriculture, qui dispose pour cela d'un réseau territorial (services déconcentrés).

Source : Cour des comptes

 

09:30 Publié dans 4. Politiques publiques, Filières agricoles | Lien permanent | Tags : viticulture, contrôles |  Imprimer | | | | |  Facebook

02/07/2020

Culture et transformation de la canne à sucre au Mozambique, entre héritage colonial et modèle agricole inclusif

Un article publié en juin 2020 dans la revue World Development Perspectives analyse les relations contractuelles entre les producteurs et l’unité de transformation de canne à sucre de la province de Maputo (Mozambique). Pour assurer la transition d’un modèle agricole dominé par les grandes plantations à une meilleure intégration des producteurs, ces derniers sont incités à se regrouper en organisations, cédant leur droit d’usage des parcelles en contrepartie d’un achat de leur production et de mesures favorisant l'installation, soutenues par l'acteur industriel. Or, les auteurs montrent que les inégalités d'information entraînent une méconnaissance, par les cultivateurs, des facteurs concourant à la formation de leur revenu et un non-remboursement, par l’usine de transformation, des prêts contractés pour leur installation. Par ailleurs, l'analyse montre que la fin des quotas sucriers européens a entraîné une forte diminution des débouchés à l'exportation pour la production mozambicaine.

Caractéristiques des contrats et des productions

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Source : World Development Perspectives

Source : World Development Perspectives

15:00 Publié dans Développement, Filières agricoles | Lien permanent | Tags : mozambique, canne à sucre |  Imprimer | | | | |  Facebook

15/05/2020

Numéro spécial du Canadian Journal of Agricultural Economics sur le Covid-19

Le Canadian Journal of Agricultural Economics (ou Revue canadienne d'agroéconomie) consacre un numéro spécial aux défis de la crise du Covid-19 pour l'agriculture et l'alimentation en Amérique du Nord, et plus particulièrement au Canada. Il comprend 18 articles portant sur différents aspects : filières agroalimentaires, échanges commerciaux, gestion des risques, marchés à terme, chaînes d'approvisionnement, travail, etc. Rédigées par des spécialistes des domaines considérés, ces contributions offrent un diagnostic économique fondé sur l'analyse de données, en considérant les impacts de la pandémie à plusieurs échéances temporelles (jours, semaines, mois, années à venir).

Parmi les messages saillants, ressort le fait qu’à court terme la disponibilité en produits alimentaires est assurée, bien que les difficultés de la chaîne d’approvisionnement altèrent le fonctionnement des marchés. À plus long terme, les effets de possibles baisses de revenus des ménages, liées à la crise économique, devront être surveillés, en particulier sous l’angle des inégalités. Les contributions soulignent également les impacts hétérogènes du Covid-19 selon les filières considérées : substantiels pour les fruits et légumes, dans l'immédiat (désorganisation de l'approvisionnement liée à la fermeture des magasins et restaurants) et à un pas de temps plus lointain (incertitudes sur les importations) ; potentiellement plus limités pour les céréales et oléoprotéagineux. L’analyse des marchés à terme, qui reflète les croyances en l’avenir des acteurs économiques, montre cependant un accroissement de la volatilité sur ces marchés, lié à des anticipations sur les volumes produits et sur les stocks (cf. figure ci-dessous).

Au total, quatre préoccupations dominantes pour le système alimentaire canadien émergent de ce numéro spécial : « la disponibilité de la force de travail ; la fermeture des frontières ; la baisse des revenus des ménages ; l’aggravation de l’insécurité alimentaire dans certaines catégories de la population ». Les auteurs soulignent l'intérêt, dans le contexte actuel de surcharge d’informations de qualité variable, de disposer d'analyses solides pour discerner les défis et élaborer des réponses politiques pertinentes. À ce stade, selon eux, la résistance du système alimentaire canadien paraît plus confirmée que remise en cause.

Volatilité des options d’achats sur le Chicago Mercantile Exchange (CME) pour les marchés futurs du blé tendre rouge d’hiver

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Source : Canadian Journal of Agricultural Economics

Julien Hardelin, Centre d’études et de prospective

Source : Canadian Journal of Agricultural Economics

13/03/2020

Où va le bœuf ? : l'Institut de l'élevage analyse les flux de viande bovine

L'Institut de l'élevage a mis en ligne, en février 2020, un dossier consacré à l'analyse des flux de viande de bœuf en France, depuis l’approvisionnement jusqu'aux débouchés commerciaux. Une conférence en ligne présente également les résultats. À la suite de précédents travaux, les auteurs mettent en évidence une progression de la restauration hors domicile (RHD), qui représentait en 2017 près d'un quart des débouchés nationaux de viande bovine (figure ci-dessous), contre 19 % en 2014. Ces débouchés diffèrent selon l'origine de la viande, française ou importée : la RHD absorbe 12 % des volumes de la viande d'origine française et 57 % des volumes de celle d'origine étrangère.

Débouchés nationaux de la viande bovine française et importée en 2017 (en volume)

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Source : Idele

Les auteurs développent l'exemple des bovins sous signes officiels de qualité ou produits en agriculture biologique, en progression régulière ces dernières années avec + 47 % en trois ans pour la viande biologique (atteignant 1,8 % de la production totale). Si les produits sous Label rouge, IGP et AOP sont majoritairement distribués en boucherie (56 %), le Bio, issu de races à viande ou laitières, passe essentiellement par les GMS et les magasins spécialisés.

Une analyse inédite de la commercialisation en vente directe, toujours difficile à appréhender, amène les auteurs à estimer qu'elle représente désormais 3 % des volumes, soit un débouché non négligeable. Concernant quasi-exclusivement des animaux de races à viande, elle occupe une place importante sur le marché des bœufs, en en valorisant 17 %.

Enfin, la place du haché continue de se renforcer, avec désormais 45 % des volumes, particulièrement stimulée en RHD par le succès des burgers, devenus le plat le plus consommé par les Français hors domicile. Ce produit a été vendu à 1,46 milliard d'unités en 2017, et est désormais très segmenté, de la restauration rapide au haut de gamme. Le développement de ce dernier, utilisant beaucoup de viande fraîche, a conduit à renforcer la place de l'origine française dans les approvisionnements de la RHD (de 33 à 48 % en trois ans).

Jean-Noël Depeyrot, Centre d'études et de prospective

Source : Idele

16:26 Publié dans Alimentation et consommation, Filières agricoles | Lien permanent | Tags : viande bovine, idele, rhd |  Imprimer | | | | |  Facebook

17/01/2020

Quelles protéines végétales pourra-t-on produire en Europe en 2050 ?

Le dernier numéro de l'European Journal of Agronomy présente une modélisation de l'aptitude des territoires agricoles européens à la production de cultures riches en protéines : légumineuses adaptées aux climats tempérés (fèves, lentilles, différents lupins, pois et pois-chiches) et chauds (soja, niébé), mais aussi amarante, quinoa et sarrasin. Cette aptitude a été modélisée, à une échelle spatiale fine, en fonction du climat et du pH des sols. Cette modélisation de l'adéquation d'un territoire aux besoins des plantes a été calibrée sur le climat de la période 1970-2000 et menée sur les prévisions climatiques à l'horizon 2050 (scénario RCP 4.5 du GIEC), à l'aide du modèle EcoCrop.

Le travail sur les données climatiques des dernières décennies permet de vérifier la cohérence du modèle, les cultures riches en protéines n'étant, de fait, cultivées que dans les zones d'adéquation optimale. Les conditions pédoclimatiques constituent bien un facteur limitant du développement des cultures, mais l'analyse fait aussi ressortir un important potentiel de production non utilisé jusqu'à présent, du fait de la concurrence dans l'usage des sols avec les autres espèces cultivées. La comparaison, sur les territoires, des scores d'aptitudes calculés pour chacune des cultures permet de faire ressortir celle qui serait la plus adaptée aux conditions locales.

Dans un deuxième temps, la modélisation sur la base des projections climatiques à 2050 fait ressortir quelles seraient les futures opportunités de production de protéines végétales. Les légumineuses de climat tempéré seraient ainsi largement impactées par les stress climatiques. En revanche, apparaît un important potentiel de production européen pour le quinoa, certaines variétés de lupin et, en France, pour le pois.

Aptitude pédoclimatique à la culture de quinoa (haut) et de pois (bas) en 2050

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Source : European Journal of Agronomy

Lecture : l'aptitude est mesurée par un score allant de 0 (inadaptation) en rouge à 1 (aptitude optimale) en bleu.

Alors que la production de protéines végétales redevient un objectif stratégique, cette étude fait ressortir un important potentiel en Europe, notamment en quinoa. Par ailleurs, les auteurs notent que la sélection variétale offre des possibilités importantes, à moyen terme, pour ces espèces. Le type de projections présenté ici pourrait aider à cibler les critères de cette sélection.

Jean-Noël Depeyrot, Centre d'études et de prospective

Source : European Journal of Agronomy

06/09/2019

Impacts sur l'agriculture de quatre scénarios politiques pour l'Union européenne à l'horizon 2040

Un article paru dans Land Use Policy en juin 2019 présente les résultats de la modélisation des impacts sur l'agriculture, à l'horizon 2040, de quatre scénarios politiques, développés par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) et adaptés par les auteurs au cas européen. Le premier scénario (A1), libéral, prévoit la suppression de la Politique agricole commune (PAC) et la réduction des taxes à l'importation. Ce scénario conduirait à une réduction des petites et moyennes exploitations et, ainsi, à l'abandon de terres agricoles. De ce fait, la production totale serait en recul, malgré une meilleure efficience des structures restantes. Le scénario euro-sceptique (A2), avec maintien de la PAC et activation de mesures de protectionnisme, maximiserait les niveaux de production, au détriment de l'environnement. Le scénario social-démocrate (B1), remplaçant la politique agricole par le paiement de services écosystémiques aux agriculteurs, obtiendrait des résultats proches de ceux du scénario A1 : en effet, il serait marqué notamment par un abandon de prairies (propices à une mosaïque d'habitats, donc à une biodiversité importante), remplacées par des surfaces boisées plus uniformes. Enfin, le scénario localiste (B2), maintenant la PAC et régulant l'utilisation des terres au niveau local, semble le meilleur compromis, avec un haut niveau de production (1 % inférieur à A2) et les performances environnementales les plus élevées. Sa mise en œuvre nécessiterait de cibler des aides sur les zones agricoles marginales, sensibles à l'abandon des terres.

Modélisation des performances environnementales (indice BFFP) et productives des quatre scénarios prospectifs à horizon 2040, par rapport à l'année de référence 2010

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Source : Land Use Policy

Lecture : le BFFP agrège les mesures des pressions sur la biodiversité des plantes dans trois systèmes de production (terres arables, prairies et cultures permanentes) ; l'indicateur en abscisse somme les productions pour la consommation humaine, pour l'alimentation animale, de biomasse non alimentaire pour produire de l'énergie, et de résidus de cultures permanentes.

Source : Land use policy

05/07/2019

La viande détrônée par les produits alternatifs et la viande de synthèse à l’horizon 2040 ?

Le cabinet A.T. Kearney publie une étude prospective sur les conséquences, à 2040, du développement de produits alternatifs sur le marché et la production mondiale de viande conventionnelle : produits vegan et végétariens protéinés classiques, à base d’insectes, imitant la viande, et viande de laboratoire. Malgré des incertitudes concernant les méthodes utilisées, les auteurs avancent quelques pistes prospectives intéressantes.

Le développement de produits alternatifs, imitant les goûts et textures de la viande, bénéficie d’investissements massifs (900 millions de dollars en 2018) et, en parallèle, la viande de laboratoire connaît aussi un engouement important (50 millions d’euros investis en 2018), mais sans commercialisation pour l’instant. Selon les auteurs, ces produits pourraient convaincre de nouveaux consommateurs ne s’identifiant pas au végétarisme et au veganisme, et, ainsi, prendre des parts de marché à la viande classique. Considérant que les modes de production traditionnels ne pourront répondre aux défis écologiques et à la demande croissante (+3 % par an projetés d’ici 2040), ils comparent, sur la base de huit critères, les types de produits et aboutissent aux conclusions suivantes : si les alternatives à la viande peuvent gagner des parts de marché importantes dans les années à venir, c’est la viande de laboratoire qui, à terme, connaîtra la plus forte croissance, rivalisant presque avec la viande traditionnelle en 2040.

Projections de la consommation globale de viande en 2040 (milliards de $)

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Source : A.T. Kearney

Source : A.T. Kearney

Plongée en vidéos dans les filières avicole et d'arachides au Sénégal

La Fondation FARM a récemment mis en ligne douze vidéos, accompagnées de fiches didactiques, consacrées à la production d'arachides et à l'aviculture sénégalaises. Réalisées en 2018 par des étudiants de l'ISTOM (Angers), elles donnent la parole aux acteurs de terrain et mettent en évidence les dynamiques collectives, les défis rencontrés, les besoins (formation, coordination, accès au crédit), etc. Ces vidéos permettent également de prendre la mesure des différences entre les deux filières : si la production d'arachides est principalement tournée vers l'exportation de graines et d'huile, le fort essor de l'aviculture a fait suite aux interdictions d'importations de 2005 (grippe aviaire), ce secteur fonctionnant pour l'heure en « vase clos ».

Source : Fondation FARM