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14/12/2020

Planter des haies est la mesure de compensation écologique permettant d'abriter le plus de biodiversité en Champagne-Ardenne

La compensation écologique vise à équilibrer les pertes de biodiversité induites par des aménagements (ex. : fermes éoliennes), en évitant ou réduisant ces pertes, ou, en dernier ressort, en générant des gains équivalents dans d'autres espaces. En pratique, cela nécessite de pouvoir comparer des pertes et des gains de biodiversité, ce qui reste encore très difficile. Dans un article publié en novembre dans la revue Land Use Policy, des chercheurs français proposent une méthode pour calculer les niveaux de biodiversité de différents types de mesures agricoles de compensation.

Pour ce faire, ils créent un indicateur synthétique mesurant la différence d'abondance de communautés d'oiseaux (nicheurs, rapaces) et de chauves-souris, en Champagne-Ardenne entre différents usages des sols. Sont comparés plusieurs usages utilisés pour la compensation (jachères, haies, bandes enherbées, arbustes et bandes enherbées avec buissons) et l'usage agricole, qui constitue le scénario de référence. Leurs estimations reposent sur trois scénarios affectant des poids différents aux espèces selon leur vulnérabilité et leur intérêt pour les acteurs locaux : toutes les espèces ont le même poids dans le scénario 1, les espèces impactées négativement par les éoliennes comptent double dans le scénario 2 et les espèces d'intérêt (espèces de milieux agricoles notamment) comptent double dans le scénario 3.

Dans les trois scénarios, ce sont les haies qui produisent le plus de biodiversité, devant les bandes enherbées et les jachères (cf. tableau ci-dessous). Les bandes enherbées avec buissons obtiennent un score faible, ne permettant pas d'attirer les oiseaux nichant dans les haies et repoussant ceux nichant au niveau du sol. L'étude suggère donc que la mesure la plus efficace, pour compenser les pertes de biodiversité en Champagne-Ardenne, est de planter des haies. Cependant, les auteurs rappellent que les coûts d'opportunité et de mise en œuvre pour les agriculteurs, non abordés dans cet article, doivent être pris en compte dans le choix des mesures à adopter.

Niveau de biodiversité pour 1 ha d'usage des terres ou pour un buisson (a) et surface équivalente à 1 ha de jachères en matière de biodiversité, selon le poids accordé aux différentes espèces (b)

haies 1.jpg

Source : Land Use Policy

Lecture : les cinq premières lignes (a) indiquent le niveau de biodiversité associé à 1 ha de jachères (fallow), de haies (hedgerow), de bandes enherbées (grass strip), de bandes enherbées avec buissons (grass strip with bushes) et de buissons (bushes). Les cinq lignes suivantes (b) mentionnent la surface nécessaire, pour chaque type d'usage du sol, pour atteindre le même niveau de biodiversité que sur un hectare de jachères.

Les auteurs soulignent l'intérêt de cette méthode, qui prend en compte les objectifs des acteurs locaux via l'affectation de poids différenciés selon les espèces. Par ailleurs, les résultats de cette étude pourraient éclairer utilement le débat en cours sur la prochaine PAC et sa compatibilité avec les objectifs de la stratégie européenne pour la biodiversité, en particulier celui visant à dédier 10 % de la surface agricole à des particularités topographiques à haute diversité biologique.

Estelle Midler, Centre d'études et de prospective

Source : Land Use Policy

09:31 Publié dans Agronomie, Environnement | Lien permanent | Tags : compensation écologique, biodiversité, haies, agronomie |  Imprimer | | | | |  Facebook

11/12/2020

Des inégalités foncières au cœur des inégalités sociétales

L'International Land Coalition (ILC) publie un rapport de synthèse sur les inégalités foncières dans le monde. Il présente les principaux résultats de 17 études menées dans le cadre d'un vaste partenariat international auquel participe le Cirad. Ces inégalités sont à la fois causes et conséquences d'autres inégalités (sociales, économiques, politiques, environnementales ou territoriales). Pour les auteurs, lutter contre ces disparités foncières revient alors à s'attaquer aux grandes crises contemporaines (démocratique, climatique, sanitaire, migratoire, économique).

Les inégalités foncières et leurs liens avec d'autres formes d'inégalités et de crises mondiales

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Source : International Land Coalition

S’appuyant sur une revue de la littérature et sur les données existantes, le rapport donne à voir, dans les différentes régions du monde, les enjeux et mécanismes qui conduisent à l'accroissement de la concentration des terres agricoles, observé depuis 1980. Ainsi, selon un rapport de la FAO (Food and agriculture organization) de novembre 2019, 1 % des exploitations les plus importantes travaillent 70 % des terres agricoles de la planète.

Le rapport propose ensuite une analyse de ces inégalités foncières, à partir de données habituellement non prises en compte pour la mesurer. En effet, dans la littérature, la concentration des terres est souvent estimée à partir des recensements agricoles nationaux, via un indicateur statistique (coefficient de Gini) calculé uniquement à partir de la superficie des exploitations. Si celui-ci met en perspective, sur le long terme, les inégalités foncières entre les pays, il ne reflète qu’un certain niveau d'inégalités dans la répartition des surfaces des structures agricoles. Cet indicateur unidimensionnel ne prend pas en compte les multiples composantes de l'inégalité foncière comme, par exemple, la valeur des terres, la propriété multiple, les agriculteurs sans-terre, le contrôle réel de ces terres par les producteurs, etc. Les auteurs montrent pourtant qu'en prenant simplement en compte la valeur foncière, la propriété multiple et la privation de terres, l'inégalité foncière s'accroît de 41 % en moyenne par rapport à celle identifiée au moyen du coefficient de Gini. Ces travaux mettent également en évidence des différences régionales, comme l'illustre la figure ci-dessous.

Différences des niveaux d'inégalités mesurés par le coefficient de Gini habituel et prenant en compte 
le
s propriétés multiples de parcelles, la valeur des terrains et la population d'agriculteurs sans-terre

inegalités foncieres 2.jpg

Source : International Land Coalition

Lecture : en rose, niveau d'inégalité foncière selon le coefficient de Gini calculé à partir de la superficie des terres agricoles. En gris, l'inégalité foncière mesurée par la méthode développée par Bauluz et al. (2020) intégrant la propriété multiple de parcelles et la valeur foncière. En bleu foncé, la mesure précédente (barre grise) intégrant les agriculteurs sans-terre comme variable supplémentaire.

Jérôme Lerbourg, Centre d'études et de prospective

Source : International Land Coalition

09:30 Publié dans Production et marchés, Société | Lien permanent | Tags : foncier, inégalités sociales, coefficient de gini |  Imprimer | | | | |  Facebook

L'avenir de l'élevage européen et sa contribution à un secteur agricole durable

Une étude parue en octobre 2020 s'intéresse à l'avenir de l'élevage européen. La première partie présente la situation actuelle et les tendances à l’œuvre : place de l'élevage dans l'économie de l'Union européenne (UE), impacts sur l'environnement, bien-être animal, relation à la santé humaine. La deuxième partie analyse les facteurs de changement pour les années à venir. La troisième propose des solutions pour assurer un élevage durable.

L'élevage occupe une place importante dans l'économie agroalimentaire européenne, avec 70 milliards d'€ de produits animaux ou d'origine animale en 2017 (UE-28, 40 % de la production totale agricole) et des exportations qui augmentent depuis 2000. Il joue un rôle notable dans certains territoires en matière d'emploi et de culture (paysages, gastronomie). La nécessité de réduire les impacts environnementaux (gaz à effet de serre, pollution de l'eau, etc., cf. figure) et la baisse de la consommation de viande seront deux variables déterminantes de l'avenir de l'élevage européen. Les auteurs soulignent aussi ses contributions positives à l'environnement, notamment pour le stockage du carbone et la biodiversité grâce aux prairies permanentes : « 50 % des espèces d'oiseaux dépendent des prairies pour leur alimentation et leur reproduction ».

Intensités d'émissions moyennes de gaz à effet de serre liées à la consommation de 100 g ou de 100 kcal d'aliments

ElevageUE.jpg

Source : Commission européenne

Selon les auteurs, les substituts aux produits carnés (végétal, viande artificielle) ne devraient pas atteindre une masse critique à même de concurrencer significativement l'élevage à moyen terme (2030), car ils présentent des limites : produits encore en phase pré-commerciale, impacts incertains sur la santé (produits très transformés) et l'environnement, acceptation par les consommateurs, etc. Il conviendrait d'améliorer conjointement l'efficience environnementale et la compétitivité de l'élevage européen, plutôt que d'importer des produits animaux aux empreintes environnementales potentiellement plus fortes.

Le rapport propose à cet égard des pistes prometteuses : bioéconomie et bouclage des cycles, génétique et écologie microbienne, bien-être animal, etc. Il souligne l'importance de la diversité des systèmes d'élevage et de l'approche systémique : « les animaux sont essentiels parce qu'ils sont par nature des recycleurs, ce qui leur permet de contribuer à une agriculture plus efficace en utilisant la biomasse non comestible et en fournissant des engrais organiques ».

Julien Hardelin, Centre d'études et de prospective

Source : Commission européenne

09:28 Publié dans 1. Prospective, Filières agricoles, IAA, Production et marchés | Lien permanent | Tags : elevage, filière, prospective, europe |  Imprimer | | | | |  Facebook

Économie de la filière équine : apports des Journées sciences et innovations équines

Les Journées sciences et innovations équines se sont déroulées le 17 novembre 2020. Cinq sessions ont exploré les thèmes suivants : bien-être et comportement ; pathologie, épidémiologie et gestion sanitaire ; sciences humaines, sociales et économie appliquées aux enjeux équins ; élevage et entretien des animaux ; activités équestres ou avec les équidés. Les 14 communications et les posters sont présentés sur le site de l'Institut français du cheval et de l’équitation (IFCE) sous la forme de courts articles. Retenons ici quelques éclairages économiques.

Tout d'abord, le Réseau Équin suit 128 exploitations (centres équestres, établissements de tourisme équestre, écuries de pensions), et associe diverses compétences (Institut de l’élevage, chambres d'agriculture, IFCE notamment) pour dégager des bonnes pratiques et mieux définir le poids socio-économique de la filière. Le Réseau prodigue des conseils aux exploitants pour améliorer leurs établissements, et aux porteurs de projets pour affiner leur stratégie d’installation ou de développement.

Le projet Equitourisme vise à connaître les motivations touristiques spécifiques des villes du cheval pour mieux structurer leur offre (Chantilly, Deauville, Saumur). Ces demandes s’inscrivent dans des cadres événementiel, culturel et expérientiel (équitation montée ou attelée). Plusieurs pistes d'amélioration sont identifiées : fédérer localement les acteurs du tourisme autour du cheval pour élaborer un « récit » ; au niveau national, pour les villes du cheval, échanger leurs bonnes pratiques et s'acheminer vers un label « Destination du Cheval ».

Enfin, si la consommation de viande est en baisse en France, la chute de l'hippophagie est encore plus brutale : cette viande représente 1 % des achats et les 2/3 des Français n'en consomment plus. Cette consommation est pratiquée à domicile (87,5 % des cas), par un profil d'homme ouvrier vivant dans le Bassin parisien ou le nord-est. Pour relancer cette filière, les auteurs proposent de faciliter les achats au-delà du réseau très restreint des boucheries chevalines, et de recourir à une viande d'origine française plutôt qu'importée.

Une communication intéressante concerne la filière du lait d’ânesse, peu étudiée. 60 éleveurs sont recensés, majoritairement en agriculture biologique. Avec un volume moyen annuel de 200 litres par ânesse, le lait est principalement utilisé dans des produits cosmétiques et d’hygiène (cf. figure). Un frein important au développement de la filière est la difficile valorisation économique des ânons mâles non commercialisés.

Devenir du lait d’ânesse produit dans les exploitations françaises

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Source : IFCE

Franck Bourdy, Centre d'études et de prospective

Source : IFCE

09:27 Publié dans Filières agricoles, Production et marchés, Société, Territoires | Lien permanent | Tags : filière, cheval, tourisme, territoire |  Imprimer | | | | |  Facebook

10/12/2020

Comprendre les systèmes alimentaires urbains : résultats du projet FRUGAL

Le « livret de recherche » synthétisant les résultats du projet FRUGAL a été mis en ligne fin octobre 2020. De 2016 à 2020, cette recherche-action a travaillé sur les caractéristiques et les évolutions des systèmes alimentaires de 11 aires urbaines françaises, localisées dans le Grand Ouest et en Rhône-Alpes. Ces travaux sont originaux à deux titres : tout d'abord par leur approche systémique, combinant analyse des flux et analyse des jeux d'acteurs ; ensuite pour leur effort de spatialisation des enjeux. Selon les auteurs, le projet FRUGAL apporte des contributions nouvelles en matière de méthode, de connaissances et d'élaboration de politiques publiques dédiées.

Le livret présente les principaux enseignements en quatre volets : flux alimentaires, systèmes d'acteurs, formes urbaines, approche globale des systèmes alimentaires urbains. Parmi les nombreux résultats, ressortent plusieurs facteurs clés jouant sur les flux : les spécificités de la population locale, le commerce de gros ou inter-entreprises, les approvisionnements des commerces de détail, des marchés de plein vent et des établissements de restauration collective. Par exemple, la part d'autoproduction légumière dans les consommations a été documentée, variant de 5 à 20 % selon les villes.

Les auteurs relèvent l'influence de l'histoire et de l'identité territoriales, construites sur le temps long. Ils identifient aussi des points communs aux zones étudiées : une amorce de dynamiques de transition par des réseaux pionniers, une mobilisation institutionnelle progressive, plus tardive et souvent orientée vers des questions environnementales et foncières, etc. Les collectivités territoriales sont aujourd'hui considérées comme des acteurs structurels, mais leur absence de stratégies d'implantation des commerces alimentaires est soulignée, induisant des inégalités spatiales d'accès. Par ailleurs, si le commerce alimentaire a fortement influencé les formes urbaines depuis le XIXe siècle, ce sont aujourd'hui les nouvelles mobilités et pratiques de consommation qui impactent cette offre commerciale et les modalités d'approvisionnement des commerçants, contribuant à un mouvement de reterritorialisation plus ou moins marqué.

Enfin, les auteurs proposent une approche globale des systèmes alimentaires urbains : 31 indicateurs ont été construits, permettant la description synthétique de systèmes complexes et une comparaison entre systèmes.

Résultats des indicateurs de la composante « Production » pour les aires urbaines d'Angers et Lorient

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Source : projet FRUGAL

Julia Gassie, Centre d'études et de prospective

Source : projet FRUGAL

L'Institute for Agriculture & Trade Policy (IATP)

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Basé dans le Minnesota, en bordure de la Corn Belt, l'Institute for Agriculture & Trade Policy (IATP) est un think tank étasunien qui promeut une agriculture familiale, au bénéfice des communautés rurales et des écosystèmes. La particularité de l'IATP tient au fait qu'il produit ses propres recherches et analyses, mais veille aussi à défendre ses positions auprès des décideurs publics, au travers d'activités de plaidoyer.

À sa création à la fin des années 1980, l'IATP travaillait essentiellement sur les questions relatives à la libéralisation des échanges de produits agricoles. Les accords de libre-échange étaient alors perçus comme l'une des principales causes des difficultés rencontrées par les agriculteurs familiaux, aux États-Unis comme ailleurs dans le monde. Si cet intérêt pour les questions commerciales est toujours présent dans les travaux de l'institut, d'autres thématiques ont émergé depuis : changement climatique, « industrialisation » de l'agriculture en général et de l'élevage en particulier, agriculture biologique, circuits alimentaires de proximité, etc.

Parmi les publications récentes de l'IATP figure un rapport sur l'empreinte carbone des principales entreprises laitières mondiales. Les auteurs montrent d'abord que celle-ci s'est accrue de 11 % entre 2015 et 2017. Ils analysent ensuite les éventuelles stratégies mises en place pour la réduire. Il en ressort que sur les 13 entreprises laitières étudiées, 6 n'ont pris aucun engagement en la matière. Par ailleurs, seulement 3 ont engagé une démarche de réduction intégrant non seulement leurs propres émissions, mais aussi celles de leur chaîne d'approvisionnement, laquelle représente 90 % de leur empreinte carbone totale.

Signalons enfin que l'IATP est membre de la National Sustainable Agriculture Coalition (NSAC), qui rassemble plusieurs organisations engagées en faveur d'une plus grande prise en compte des enjeux environnementaux dans la politique agricole étasunienne (Farm Bill). Dans ce cadre, il a participé à l'élaboration d'un document présenté au Congrès et proposant plusieurs ré-orientations : renforcement des fonds alloués aux programmes de conservation des sols, soutien à l'agriculture biologique, etc.

Mickaël Hugonnet, Centre d'études et de prospective

Lien : Institute for Agriculture & Trade Policy

Confirmation des multiples bénéfices de la diversification sur le rendement agricole et les services écosystémiques

Une étude récente publiée dans Science Advances s'intéresse aux impacts des pratiques de diversification agricole (diversification des cultures, addition d'habitats autour des parcelles, amendements organiques, inoculations de micro-organismes, etc.) sur les services écosystémiques et le rendement des cultures. Les auteurs ont pour cela conduit une méta-analyse secondaire (méta-analyse de méta-analyses) sur 98 études existantes, basées elles-mêmes sur un total de 6 167 études originales. Sur un sous-ensemble de 69 méta-analyses, la magnitude des effets a pu être estimée et mesurée sous forme de logarithme de ratio de réponse. Les résultats montrent que les pratiques de diversification ont très majoritairement des effets positifs sur les services écosystémiques (cf. figure). Elles sont très favorables à la biodiversité, à la pollinisation, au contrôle des maladies végétales, au recyclage des éléments fertilisants, etc. En matière de régulation du climat (émissions de gaz à effet de serre, fixation biologique de l'azote, etc.) et des rendements, les effets sont neutres ou légèrement positifs. La synergie et les arbitrages entre services écosystémiques sont moins étudiés dans la littérature. Cependant les résultats disponibles témoignent de la prévalence des situations « gagnant-gagnant » des effets des pratiques de diversification sur le rendement agricole et les services écosystémiques.

La diversification de l'agriculture favorise la biodiversité et les services écosystémiques sans compromettre le rendement des cultures par rapport aux systèmes de culture sans ces pratiques

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Source : Science Advances

Lecture : en A) toutes les pratiques de diversification sont inclues dans l'analyse ; en B) seules sont considérées les pratiques de diversification ciblant les éléments en surface (diversité des espèces cultivées et non cultivées) ; en C) seules sont considérées les pratiques ciblant des éléments du sol (amendements organiques, labour réduit, etc.).

Source : Science Advances

Agricultures américaines. Les voies de la croissance (XVIIIe-XXe siècles)

Comme le rappelle P. Luna (EHESS) en introduction de ce numéro récent d'Études rurales, l'historiographie classique des « révolutions agricoles » distingue trois modèles de modernisation : la voie « anglaise », basée sur l'expropriation et la mise en place d'une agriculture de firme, avec concentration des terres et économies d’échelle ; la voie française de l'économie paysanne, « arriérée, retardée techniquement, routinière » et peu productive ; et une troisième, illustrée par les hobereaux prussiens, les junkers, à transition lente, accompagnée par l’État. Si ce paradigme a parfois guidé les politiques de développement, il est aujourd'hui largement remis en cause. Les articles réunis ici mettent en évidence la grande diversité des trajectoires de modernisation en Amérique du Nord (dont Mexique), au Brésil et dans les Andes. Sans doute ne pouvait-il pas y avoir « de ''voies nationales'' de croissance agricole dans une période où le cadre prédominant était la réalité régionale ».

Source : Études rurales

09/12/2020

Les coopératives agricoles, en constante évolution depuis la création de leur statut

Depuis leur apparition à la fin du XIXe siècle, les positionnements et les missions des coopératives agricoles ont fortement évolué. Cela résulte de modifications réglementaires, agricoles et sociétales, qui sont retracées dans un article récemment publié dans la revue RECMA.

Dans leur analyse historique, les auteurs montrent en particulier comment la concentration des coopératives, leur internationalisation, ainsi que le recours à la filialisation à l'aval (pour accroître leur pouvoir de marché) sont des stratégies très dépendantes du contexte. En effet il s'est agi, à partir des années 1980, de mieux garantir les débouchés des produits de leurs adhérents, dans un contexte de surproduction et de libéralisation des échanges.

Pour les auteurs, ce processus continu d'adaptation de la raison d'être des coopératives devrait se traduire par une nouvelle étape, en réponse aux défis actuels, notamment ceux liés aux rapports entre agriculture et environnement.

Évolution des missions des coopératives agricoles en fonction du contexte réglementaire

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Source : RECMA

Source : RECMA

Les outils génétiques à l'appui de l'aquaculture

Un reportage de novembre 2020 de la revue Science revient sur les avancées des outils génétiques et leur intérêt pour l'aquaculture, et ce sur plusieurs plans : sanitaire (ex. résistance aux maladies et parasites), productif (ex. taux de croissance) et consumériste (ex. qualité des filets et couleur de la chair).

Les techniques d’identification de marqueurs génétiques, dans une population, ont permis d'améliorer de 25 % les performances des méthodes de sélection traditionnelles, en facilitant la détection des individus porteurs des caractéristiques souhaitées. En plus de la recherche continue d'innovations techniques, les objectifs sont de développer leur utilisation sur une plus grande variété d'espèces d'intérêt, de poursuivre la diminution des coûts (déjà observée, pour une appropriation plus large) et de mieux informer le consommateur de ces techniques.

Valeur (en milliards de dollars), tonnage produit (en milliers de tonnes) et date de la première publication scientifique connue au sujet de la sélection d'un caractère spécifique,  pour cinq espèces couramment élevées dans le monde

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Source : Science

Lecture : de gauche à droite, carpe amour, tilapia du Nil, saumon Atlantique, crevette à pattes blanches, huître creuse du Pacifique.

Source : Science

09:13 Publié dans Alimentation et consommation, Pêche et aquaculture | Lien permanent | Tags : aquaculture, génétique, innovation |  Imprimer | | | | |  Facebook

Une analyse en cycle de vie des impacts environnementaux de l'aquaculture

L'aquaculture est parfois présentée comme une solution pour répondre à la demande croissante en produits de la mer. Toutefois, cette activité est source d'impacts environnementaux importants. Pour les évaluer, des chercheurs ont procédé à l'analyse du cycle de vie de la production aquacole en système fermé de deux espèces (Tilapia et Clarias). Leurs travaux ont été publiés dans la revue Environmental Science and Technology. Ils ont quantifié quatre impacts : contribution à l'eutrophisation, émissions de gaz à effet de serre, usage de terres et consommation d'énergie. Au-delà des chiffres, il est intéressant de constater que, pour les trois premiers indicateurs, la quasi totalité de l'impact est imputable à la production de l'alimentation servant à nourrir les poissons.

Décomposition des impacts environnementaux de la production aquacole de Tilapia et Clarias en système fermé

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Source : Environmental Science and Technology

Lecture : le graphique montre la contribution de quatre facteurs (alimentation, engraissement, infrastructure et production d'alevins) aux impacts environnementaux étudiés (eutrophisation, émission de gaz à effet de serre, usage de terres, consommation d'énergie).

Pour réduire cette empreinte environnementale, les auteurs proposent de végétaliser davantage l'alimentation des poissons élevés, ce qui permettrait en particulier, selon eux, de réduire de 28 % les émissions de gaz à effet de serre.

Source : Environmental Science and Technology

Limiter le réchauffement à 1,5°C sera impossible sans changements des systèmes alimentaires

L'accord de Paris vise à limiter la hausse globale des températures à 2°C, voire 1,5°C, au-dessus du niveau pré-industriel. Dans un article publié en novembre dans la revue Science, des chercheurs ont estimé que les émissions cumulées globales (tous secteurs confondus) d'ici à 2100 devraient être inférieures à 705 Gt CO2-eq (resp. 1405 Gt CO2-eq) pour avoir une probabilité de 50 % de rester sous les 2°C (resp. 1,5°C). Or, leurs résultats suggèrent que, si rien n'est fait, les émissions cumulées des systèmes alimentaires s’élèveront à 1 356 Gt CO2-eq (figure ci-dessous). Dans ce cas, même si tous les autres secteurs arrêtaient totalement d'émettre, les émissions des systèmes alimentaires suffiraient pour dépasser les 1,5°C d'ici à 2051-2063. Les auteurs étudient également plusieurs stratégies pour réduire les émissions issues de l'alimentation (ex. : changements de régimes alimentaires, amélioration des rendements), et ils estiment que, en les adoptant toutes simultanément à hauteur de 50 % chacune, les émissions du secteur alimentaire diminueraient de 63 %. Individuellement, l'adoption de régimes faiblement carnés constitue la mesure la plus efficace (-48 %).

Émissions de gaz à effet de serre cumulées issues des systèmes alimentaires entre 2020 et 2100, selon le type de scénario (business-as-usual ou non)

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Source : Science

Source : Science

08/12/2020

La santé globale au prisme de l'analyse des politiques publiques, Cardon S., Gautier A., Le Naour G.

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Les trois auteurs, politistes et sociologues chargés d’enseignement à l’École nationale des services vétérinaires (ENSV), publient aux éditions Quæ une nouvelle version de leur ouvrage La santé globale au prisme de l’analyse des politiques publiques. Tous les mots du titre sont importants : il ne s’agit pas d’un nouveau traité sur One Health (santé globale), mais bien de voir comment ce concept se traduit dans les politiques publiques. La première partie revient sur les approches générales disponibles : analyses séquentielle ou cognitive, études socio-historiques, territoriales, transnationales ou portant sur les formes de gouvernance, les organisations ou les professions. La deuxième montre comment les réformes des politiques publiques ont impacté la gouvernance des risques sanitaires. La dernière partie, élaborée à partir des mémoires de fin d’études des futurs inspecteurs, applique ces approches à des cas de santé publique vétérinaire.

Lien : éditions Quæ

09:10 Publié dans 4. Politiques publiques, Santé et risques sanitaires | Lien permanent | Tags : santé publique, one health, analyse |  Imprimer | | | | |  Facebook

Pendant le premier confinement, un accès dégradé à l’alimentation en Guyane

La permanence d’accès aux soins de santé du Centre hospitalier de Cayenne, la Croix-Rouge et Médecins du monde ont constaté, lors du premier confinement (17 mars - 11 mai 2020), un accès dégradé de certains ménages guyanais précaires à l’alimentation. Réalisée fin juillet-début août 2020, une enquête par questionnaire a permis d’objectiver cette situation d’insécurité alimentaire (IA). Ses résultats ont été récemment publiés dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire. Parmi les 221 ménages interrogés, 80 % avaient souffert de la faim dans le mois tandis que 49 % avaient un budget hebdomadaire consacré à l’alimentation inférieur ou égal à 30 euros. La crise sanitaire a aggravé l’insécurité alimentaire de ces ménages (hausse des prix, diminution du budget). Un dispositif de suivi de l’IA devrait permettre de mieux anticiper les conséquences des crises futures.

Composition des familles, score de consommation alimentaire (FCS), indice simplifié des stratégies d’adaptation (rCSI), budget alimentaire par semaine associé à une faim sévère des ménages (juillet 2020)

Guyane.jpg

Source : Bulletin épidémiologique hebdomadaire (Santé publique France)

Source : Bulletin épidémiologique hebdomadaire (Santé publique France)

Les préconisations de la Cour des comptes pour une politique foncière agricole forte

Rappelant que la crise de la covid-19 a mis en évidence la nécessité de maintenir en France une sécurité de l'approvisionnement alimentaire, et donc une agriculture forte et durable, la Cour des comptes regrette, dans un référé publié le 12 novembre 2020, la persistance de l'artificialisation des terres agricoles et de la concentration des exploitations. Elle formule plusieurs recommandations pour enrayer ces tendances, parmi lesquelles : la mise en place en 2023 de l'observatoire de l'artificialisation des sols ; l'affirmation de l'objectif d'une « zéro artificialisation nette » ; le renforcement du rôle des Sociétés d'aménagement foncier et d'établissement rural (SAFER) et de leur synergie avec l’État et les partenaires locaux ; le regroupement en un seul organisme de la FNSAFER et Terres d'Europe-SCAFR.

Source : Cour des comptes