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13/11/2020

L'IPBES propose des pistes pour prévenir les risques de pandémie

La Plate-forme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) a publié un rapport résultant d'un atelier virtuel, rassemblant 22 experts, sur les relations entre la dégradation de la nature et l'augmentation observée des pandémies. Les auteurs y rappellent que cinq pandémies émergent chaque année, estimant par ailleurs que 540 000 à 850 000 virus non découverts, actuellement présents chez les mammifères et les oiseaux, pourraient être transmissibles à l'être humain. Ils relient l'augmentation du risque d'apparition de pandémies aux mêmes activités humaines que celles entraînant le changement climatique et la perte de biodiversité, dont l'expansion et l'intensification de l'agriculture (cause d'émergence du virus Nipah en Malaisie). Les changements d'usage des sols (production agricole, déforestation, artificialisation, exploitation des ressources naturelles, etc.) sont, de leur côté, à l'origine de 30 % des nouvelles maladies signalées depuis 1960.

Partant de ce constant, les auteurs préconisent différentes actions. On peut citer, parmi celles-ci, la limitation des activités humaines entraînant une modification des paysages et une dégradation de la biodiversité, le soutien aux pratiques agricoles durables ainsi que la réduction des externalités négatives de l'agriculture conventionnelle. Il s'agit aussi de réduire les contacts entre les animaux sauvages, le bétail et les êtres humains, pour limiter la propagation des pathogènes. En lien avec cette recommandation, les auteurs émettent des réserves sur les politiques paysagères juxtaposant en mosaïque les activités agricoles et des espaces de conservation de la nature, comme les corridors et les trames vertes et bleues. En effet, dans ces espaces, les hôtes sauvages de pathogènes transmissibles à l'homme sont nombreux (chauve-souris, rongeurs et passereaux). Ils préconisent aussi, quand c'est justifié, de taxer la consommation et la production de viande, ainsi que l'élevage, et de viser spécifiquement les pratiques agricoles entraînant de la déforestation (huile de palme).

Les auteurs concluent avec optimisme que ces mesures sont applicables, estimant que le coût de la prévention est 100 fois moins élevé que celui entraîné par les pandémies.

L'approche « One Health », indispensable pour gérer des pandémies

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Source : Intergovernmental Platform on Biodiversity and Ecosystem Services

Lecture : les auteurs rappellent l'importance de l'approche « One Health » (« Une seule santé »), qui reconnaît l'intrication entre les santés humaine, environnementale et animale.

Vincent Hébrail-Muet, Centre d'études et de prospective

Source : Intergovernmental Platform on Biodiversity and Ecosystem Services

14/10/2020

Conjuguer conservation, intensification écologique et consommation durable pour enrayer le déclin de la biodiversité d'ici 2050

Le World Wide Fund for Nature (WWF) a fait paraître en septembre une nouvelle version de son rapport « Planète Vivante » qui, tous les deux ans, compile des informations publiées et des analyses inédites sur le déclin mondial de la biodiversité. Après un état des lieux sont exposés les menaces principales identifiées, leurs possibles impacts sur les sociétés, et les effets potentiels de différentes politiques publiques visant à réduire la dégradation des terres et des habitats.

Pour suivre l'évolution des espèces, les auteurs ont mis à jour l'Indice Planète Vivante (IPV), relatif à l'abondance de près de 21 000 populations de mammifères, oiseaux, poissons, reptiles et amphibiens, représentant plus de 4 300 espèces. Cet indicateur, égal à la moyenne des pourcentages de variation des populations entre 1970 et 2016, a diminué de 68 % au niveau mondial (voir figure ci-dessous). Il existe cependant de fortes différences entre les régions, cette baisse allant de 24 % en Eurasie à 94 % en Amérique du Sud. Cette perte de biodiversité a cinq grandes causes : les changements d'usage des terres et la dégradation des habitats (43 à 58 % des menaces identifiées selon les régions), la surexploitation de certaines ressources (18 à 36 %), la propagation des espèces invasives (11 à 14 %), la pollution (2 à 11 %) et le changement climatique (4 à 12,5 %).

Évolution de l'indice planète vivante entre 1970 et 2016

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Source : WWF

Les auteurs s'appuient également sur les travaux d'un groupe international d'experts, publiés dans Nature en septembre, évaluant l'impact sur la biodiversité de six scénarios de politiques publiques (figure ci-dessous). Leurs résultats soulignent l'importance des mesures de conservation (augmentation de la surface des aires protégées, amélioration de leur gestion, planification accrue de la restauration et de la conservation) qui permettraient, à elles seules, de réduire les dommages à la biodiversité d'environ 58 % par rapport au scénario de référence. Toutefois, elles ne sont pas suffisantes dans certaines régions riches en biodiversité. Le scénario intégré, combinant politiques de conservation, réduction du gaspillage, changement de régime alimentaire, intensification durable de la production et augmentation des échanges, fournirait les résultats les plus prometteurs, avec une réduction des dommages d'environ 90 % par rapport au scénario de référence, d'ici à 2100.

Impacts estimés de différents scénarios de politiques publiques visant à renverser les tendances à la perte de biodiversité provenant de la dégradation des terres et des habitats

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Source : WWF d'après Nature

Lecture : AIM, GLOBIOM, IMAGE et MAgPIE sont les différents modèles d'évaluation intégrés utilisés pour évaluer l'impact des scénarios.

Estelle Midler, Centre d'études et de prospective

Sources : WWFNature

 

 

 

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08/07/2020

La PAC actuelle ne permet pas d'enrayer le déclin de la biodiversité selon la Cour des comptes européenne

La biodiversité européenne décline depuis de nombreuses années et l'intensification agricole en est une des causes principales. Pour enrayer cette baisse, l'Union européenne s'est engagée en 2010 à respecter les objectifs de la convention des Nations unies sur la diversité biologique (figure ci-dessous). Dans ce but, la Commission a adopté en 2011 une stratégie en faveur de la biodiversité, dont l'un des objectifs est le renforcement de la contribution de l'agriculture au maintien et à l'amélioration de la biodiversité. Dans un rapport publié en juin, la Cour des comptes européenne analyse la contribution de la Politique agricole commune (PAC) à l'atteinte de cet objectif, et confirme certains résultats de l'évaluation de l'impact de cette politique sur la biodiversité, publiée en novembre 2019 par la Commission.

Accords internationaux et actions de l'UE en faveur de la biodiversité

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Source : Cour des comptes européenne

Dans le cadre de son suivi annuel, la Commission estime que, en 2019 et 2020, l'UE pourrait consacrer 8 % de son budget à la biodiversité, soit 13,5 milliards d'euros par an, avec une contribution annuelle de la PAC de 10,3 milliards d'euros. Cependant, selon les auteurs, cette estimation n'est pas fiable : elle repose sur l'utilisation de coefficients grossiers. De plus, la Cour souligne que cette estimation ne tient pas compte des autres dépenses pouvant avoir des impacts négatifs.

Méthode utilisée par la Commission pour calculer le financement de la biodiversité octroyé au titre de la PAC

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Source : Cour des comptes européenne

Les auteurs concluent que la majeure partie des fonds de la PAC n'a eu qu'un impact positif limité sur la biodiversité. Ainsi, la plupart des paiements directs ne contribuent pas à sa préservation ou à son amélioration. L'impact positif de la conditionnalité n'a pas été démontré tandis que le verdissement, étudié plus en détails dans un précédent rapport (voir à ce sujet un billet sur ce blog), est jugé peu ambitieux. Les mesures agro-environnementales et climatiques (MAEC), et celles visant l'agriculture biologique et les zones Natura 2000, sont les plus susceptibles d'avoir un effet positif, mais peu de contrats sont passés avec des agriculteurs pour les plus exigeantes d'entre elles, en particulier celles relatives aux cultures arables. De ce fait, les auteurs préconisent i) une amélioration de la conception et de la mise en œuvre de la stratégie de l'UE en faveur de la biodiversité (notamment coordination entre États membres et suivi des dépenses), ii) une contribution renforcée des paiements directs et du développement rural à la biodiversité des terres agricoles et iii) l'élaboration d'indicateurs permettant d'évaluer les effets de la PAC.

À noter qu'une nouvelle stratégie Biodiversité à horizon 2030 a été présentée par la Commission européenne en mai 2020.

Estelle Midler, Centre d'études et de prospective

Source : Cour des comptes européenne

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07/07/2020

Impact des facteurs de changement global sur la biodiversité microbienne et les fonctionnalités des sols

Une littérature de plus en plus abondante documente les liens entre les pertes de biodiversité et les facteurs de changement global induits par l'homme (réchauffement climatique, usage des terres, etc.). Trois chercheurs chinois se sont intéressés, eux, aux impacts, moins étudiés, de ces facteurs sur la biodiversité microbienne et les fonctionnalités du sol. Les résultats de leur méta-analyse sont publiés dans Nature Communications.

Les auteurs compilent les résultats de 341 publications, comprenant 1 235 observations de terrain relatives à l'évolution de six facteurs de changement global : réchauffement, augmentation de la teneur en CO2, variation des précipitations, addition de phosphore, addition d'azote, changement d'usage des terres. Les observations ont été réalisées au sein de huit types de biomes : terres agricoles, toundras, forêts tempérées/boréales, forêts tropicales/subtropicales, végétation méditerranéenne, prairies, déserts et zones humides.

Localisation des terrains d'échantillonnage pour les études se penchant sur l'impact (a) du réchauffement et (b) de la concentration de CO2

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Source : Nature Communications

Les auteurs ont étudié l'impact de ces facteurs sur la diversité microbienne, de types « alpha » (estimée en nombre d'espèces coexistant sur un site) et « beta » (mesurée en niveau de similitude dans la composition des espèces de sites différents), et sur la structure des communautés. Ils ont aussi envisagé leurs effets sur la biomasse et les fonctionnalités des écosystèmes : respiration microbienne, processus liés aux cycles du carbone, de l'azote et du phosphore.

Ils concluent que, contrairement à ce que la littérature tend à montrer pour les macro-organismes tels que les animaux et les végétaux, les facteurs de changement globaux n'entraîneraient pas systématiquement une diminution de la biodiversité microbienne – à l'exception des espèces rares, plus sensibles à ceux-ci. Par ailleurs, la réduction de la diversité microbienne ne s’accompagnerait pas systématiquement d’une dégradation des fonctionnalités du sol, davantage impactées par la structure des communautés et la biomasse.

Principaux facteurs influençant la diversité microbienne du sol de type « alpha » dans les écosystèmes terrestres, issus d'études de cas sélectionnées

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Source : Nature Communications

Marie-Hélène Schwoob, Centre d'études et de prospective

Source : Nature Communications

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09/06/2020

Augmenter la longueur des bords de champ favoriserait la biodiversité des plantes au sein des parcelles agricoles

Dans un article du Journal of Applied Ecology, une équipe de chercheurs analyse plusieurs facteurs susceptibles de favoriser la diversité des plantes spontanées (non cultivées) en bord de champ et au sein des parcelles agricoles. Sont étudiés l'hétérogénéité de la mosaïque paysagère (diversité des cultures, longueur des bordures des parcelles), ainsi que les éléments semi-naturels du paysage (haies, bandes enherbées, etc.). En se basant sur l'analyse de données d'échantillonnage de 1 451 parcelles agricoles en Europe et au Canada, les auteurs en concluent que la longueur des bords de champ impacte de manière positive la biodiversité des plantes autant que les éléments semi-naturels. Pour eux, la reconfiguration des parcelles constituerait une voie, encore sous-exploitée, pour améliorer la diversité des espèces spontanées au sein de ces parcelles, sans diminuer les surfaces dédiées à la production agricole, et contribuerait ainsi à la préservation de la biodiversité.

Source : Journal of Applied Ecology

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14/05/2020

« Les visages de la pandémie » : dossier de La vie des idées

Depuis le 12 mars 2020, le site La vie des idées explore les différentes facettes des phénomènes épidémiques grâce à un ensemble de textes, régulièrement enrichi, combinant essais, entretiens et recensions d'ouvrages. Parmi ces contributions éclairantes, notamment sur la pandémie actuelle, plusieurs textes traitent des relations entre humains et animaux. Rappelant que « la vie fonctionne en réseaux, en interrelations » (symbioses, parasitismes, etc.), F. Moutou présente, de façon synthétique, trois voies de transmission des zoonoses : par contact et voisinage (ex. : rougeole), par voie orale et l'alimentation (ex. : ESB), via les vecteurs hémophages (ex. : fièvre jaune). De leur côté, F. et A. Laugrand portent un regard anthropologique sur les chauves-souris, à partir de recherches menées aux Philippines. Ils soulignent comment la proximité avec ces animaux conditionne leur perception et joue sur la sensibilité humaine aux pathogènes dont ils peuvent être des réservoirs. M. Quet, quant à lui, s'intéresse au pangolin, « pris au piège de la marchandisation de la nature » et exposé, pour des usages alimentaires et médicaux, à diverses menaces (braconnage, dégradation de son habitat, etc.).

D'autres contributions apportent des éclairages sur les conséquences de la pandémie pour les populations. La première dresse un portrait de Wuhan, ville mondialisée, et « relate les expériences de confinement racontées par ses habitants ordinaires » : réorganisation de la vie quotidienne, prépondérance du numérique, par exemple pour les courses alimentaires, etc. La deuxième est consacrée à l'Inde et en particulier aux implications du confinement pour l'alimentation des plus défavorisés. Les auteurs rappellent que la part du budget consacrée à la nourriture est, en moyenne, de 43 % pour les ménages urbains, contre 53 % pour les ménages ruraux (et 61 % pour les 5 % les plus pauvres). La crise a alors deux conséquences : une perte de sources de revenus (souvent basées sur des emplois informels) ; un risque d'interruption de la chaîne alimentaire (difficultés d'ouvertures de magasins, de mobilité des travailleurs agricoles, etc.).

Pour finir, on peut signaler plusieurs recensions d'ouvrages : La grande grippe de 1918 (F. Vinet), Un monde grippé (F. Keck), Tempêtes microbiennes (P. Zylberman), etc.

Julia Gassie, Centre d'études et de prospective

Source : La vie des idées

Coronavirus : divers regards sur la crise proposés par Terra Nova

Initiée le 23 mars 2020 par le think tank Terra Nova, cette série de contributions propose des « réflexions, témoignages et questionnements suscités par la pandémie de Covid-19 et ses multiples conséquences ». Parmi la quarantaine de contributions disponibles début mai, T. Pech rappelle les liens étroits entre urgences sanitaire et écologique : le développement des infections zoonotiques est en effet, selon lui, associé au déclin de la biodiversité et à l'augmentation des interactions entre animaux sauvages et domestiques, notamment du fait de l'expansion de l'agriculture et de l'élevage. Dans son texte publié le 10 avril, L. Dablanc revient sur la logistique en temps de crise. Toujours stratégique pour les villes, cette activité est devenue plus visible et prioritaire. Des éclairages sont donnés, grâce à un « Baromètre de la logistique urbaine en confinement », sur les aspects alimentaires (e-commerce, livraisons de repas). Pour finir, mentionnons l'analyse de L. Chabason sur la gouvernance mondiale pour mieux lutter contre les pandémies zoonotiques.

Source : Terra Nova

10/04/2020

L'agriculture intensive impacte négativement la composition des populations d'oiseaux sur le long terme

L'agriculture est l'une des causes principales de perte de biodiversité, mais elle est aussi un levier majeur pour sa conservation. Des études récentes ont montré que certains paysages agricoles pouvaient abriter une forte biodiversité. Toutefois, les effets à moyen et long termes sont encore peu connus. Dans un article publié en février dans la revue Nature, des chercheurs ont analysé l'impact des monocultures intensives sur la composition des communautés avicoles au Costa Rica. Pour cela, ils ont collecté pendant 18 ans (2000-2017) des données sur les communautés d'oiseaux, dans quatre grands écosystèmes du pays (forêts sèches de plaine, forêts humides de plaine, de moyenne altitude et de basse montagne), pour trois types d'occupation des sols (forêts naturelles, agricultures diversifiées et intensives). Au total, ils ont recueilli plus de 281 000 observations d'oiseaux, de 510 espèces différentes, et les ont combinées avec des données sur le climat et la végétation.

Cinq résultats se dégagent de l'analyse de ces données. Tout d'abord, les espèces d'oiseaux sont plus nombreuses dans les forêts naturelles et dans les milieux agricoles diversifiés que dans les monocultures (52 % de moins qu'en forêt). De plus, la composition des communautés d'oiseaux évolue au fil du temps dans les paysages agricoles, en particulier dans les zones de monocultures, alors qu'elle se maintient dans les forêts naturelles (figure ci-dessous). Ces changements s'expliquent notamment par des modifications de l'abondance relative des espèces : baisse de 28 % du nombre de nectarivores et augmentation de 19 % des granivores.

Évolution de la composition des communautés d'oiseaux (a) dans les forêts naturelles (b), les milieux agricoles diversifiés (c) et les monocultures (d)

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Source : Nature

Lecture : le graphique de gauche montre l'évolution de l'indice de Bray-Curtis qui mesure la similarité de la communauté d'oiseaux au temps t par rapport à l'année 2000. Les graphiques de droite représentent les tendances temporelles moyennes pour cet indicateur. L'ombrage indique un intervalle de confiance de 95 %. Les déviations positives ou négatives indiquent des tendances de long terme.

Si le nombre d'espèces observées et l'abondance totale en oiseaux ne diminuent pas, les auteurs constatent en revanche un déclin du nombre d'espèces endémiques et menacées en monocultures (figure ci-dessous). Enfin, ils montrent que dans ces milieux, les changements de climat (précipitations et températures) et de végétation influencent la composition des communautés d'oiseaux, ce qui n'est pas le cas dans les forêts naturelles et les milieux agricoles diversifiés. Ces résultats confirment que la transition écologique de l'agriculture est un des leviers pour préserver la biodiversité avicole.

Évolution du nombre d'espèces endémiques et menacées dans les forêts naturelles (a), les milieux agricoles diversifiés (b) et les monocultures (c)

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Source : Nature

Estelle Midler, Centre d'études et de prospective

Source : Nature

18:32 Publié dans Environnement | Lien permanent | Tags : oiseaux, agriculture intensive, biodiversité |  Imprimer | | | | |  Facebook

11/12/2019

Comprendre la biodiversité. Vrais problèmes et idées fausses, Alain Pavé

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Le rapport changeant que les humains entretiennent avec la nature est scandé de grandes représentations mentales. Après la période très "environnement" des années 1970, il y eut des phases "développement durable", puis "transition énergétique" et "réchauffement climatique". Nous sommes maintenant dans une forte séquence "biodiversité". Utilisé par tous, en toutes occasions, ce terme galvaudé mélange craintes et espérances, science et idéologie, discours et réalités. Le catastrophisme médiatique de la "sixième grande extinction" en est un bel exemple, de même que la perception systématiquement positive d’une biodiversité bonne "en soi".

Alain Pavé (biométricien, professeur émérite de l’université de Lyon) a écrit ce livre pour nous aider à distinguer le vrai du faux. Ni pessimiste ni optimiste, faisant preuve de mesure et de réalisme critique, il prône le doute scientifique, évacue les idées reçues et préconise une analyse plus fine et complexe des mécanismes à l’œuvre, en y incluant les derniers développements de l’évolutionnisme darwinien, du calcul des probabilités et des théories du hasard.

Le but de son ouvrage est aussi d’exposer de réels sujets de préoccupation pour les acteurs, en particulier publics, concernant l’origine et la mesure de la diversité du vivant, les bénéfices qu’on peut en tirer, son rôle dans le fonctionnement de la biosphère, le potentiel évolutif qu’elle représente en fonction de choix variés de politiques. Il insiste également, de chapitre en chapitre, sur les dimensions économiques, techniques, culturelles et même religieuses du sujet.

En faisant de la "biodiversité" (néologisme créé en 1985) un synonyme vague de la "nature", la pensée écologique contemporaine court, selon l’auteur, un grand risque d’appauvrissement et de dilution. Il importe donc de revenir à une définition plus rigoureuse du concept, si on souhaite avoir des programmes d'interventions plus adaptées et des actions correctrices plus efficaces.

Plus profondément encore, les approches et les méthodes scientifiques doivent aussi se renouveler, et plusieurs pistes lui semblent prioritaires : cesser de penser les milieux en termes d’équilibre et révoquer en doute l'expression "bon état écologique", si prisée des administrations ; abandonner les visions finalistes et fixistes qui célèbrent la "protection", la "préservation" et la "conservation" ; admettre que comptabiliser les espèces est insuffisant et que si la "loi aire-espèces" fonctionne bien pour évaluer leur nombre, elle ne marche pas pour estimer leur disparition ; arrêter de confondre les résultats des modèles spéculatifs avec la réalité qui adviendra ; reconnaître que l’aléatoire joue un rôle fondamental dans les dynamiques biologiques. Pavé critique également la formule "services rendus par les écosystèmes" : pour lui, soit elle veut dire que la nature nous offre des prestations, ce qui est reconnu depuis l'aube de l'humanité ; soit elle signifie que la nature est bien intentionnée, en oubliant qu’existent au moins autant de fonctionnalités négatives.

Bruno Hérault, Centre d'études et de prospective

Lien : Éditions du Seuil

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10/12/2019

Effet de la simplification des paysages agricoles sur la pollinisation, le biocontrôle et les rendements

Plus de cent chercheurs ont participé à une méta-analyse, publiée en octobre dans la revue Science Advances, étudiant le lien entre la biodiversité présente dans les agrosystèmes et la provision des services de pollinisation et de biocontrôle. Ils ont également analysé les effets induits par la simplification des paysages agricoles sur la biodiversité, ces services et les rendements agricoles. Pour ce faire, ils ont utilisé des données de 89 études, regroupant 1 475 cas de terrain et portant sur : i) la diversité des pollinisateurs et des auxiliaires de cultures (richesse des espèces, abondance et régularité) ; ii) la production des services qui en découle ; iii) la part de la surface en cultures dans un rayon d'1 km autour du centre de chaque parcelle (indicateur de simplification des paysages) ; iv) les rendements.

Ils montrent que la richesse des espèces et l'abondance de pollinisateurs et d'auxiliaires des cultures sont corrélées à une production de services écosystémiques supérieure. De plus, la simplification des paysages (telle que mesurée par l'indicateur utilisé), aurait un impact négatif sur la richesse de ces espèces, entraînant des effets en cascade sur la pollinisation, le biocontrôle et, en conséquence, sur les rendements agricoles.

Effets de la simplification des paysages sur la biodiversité, les services de pollinisation (A) et de biocontrôle (B), et les rendements agricoles

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Source : Science Advances

Lecture : les coefficients représentent la taille de l'effet observé. Un coefficient positif (respectivement négatif) représente une corrélation positive (resp. négative). Les flèches noires (resp. rouges) représentent les effets significatifs et positifs (resp. négatifs). Les flèches grises représentent les effets non significatifs.

Source : Science Advances

10:04 Publié dans Agronomie, Environnement | Lien permanent | Tags : paysages agricoles, pollinisation, biocontrôle, rendements, biodiversité |  Imprimer | | | | |  Facebook

Numéro spécial de La Recherche sur la biodiversité

La revue La Recherche publie un numéro spécial intitulé La biodiversité en péril (décembre 2019-février 2020). Mêlant présentation de connaissances scientifiques et entretiens avec des chercheurs, il comporte trois parties : les « fondements » de la biodiversité, les « menaces » qui pèsent sur elle, sa « reconquête ». Les aspects agricoles, forestiers et halieutiques sont abordés au fil de ce numéro.

On retiendra notamment ici un article consacré à la protection de la mer et des océans, partant des engagements de l'Organisation des Nations unies, en 2010, à mettre en place des aires marines protégées sur 10 % de la surface des eaux d'ici 2020 (contre 30 % préconisés par la communauté scientifique). À ce jour, 7,3 % des eaux sont concernés, mais très peu en haute mer, et seule une minorité est dotée d'un dispositif de gestion ou de limitation des activités de pêche : ce constat interroge sur leur efficacité réelle en termes de protection des stocks de poissons. L'article met en avant des solutions innovantes pour financer leur fonctionnement, comme par exemple la réduction de la dette des Seychelles, compensée par une organisation non gouvernementale et des mécènes, en échange d'un engagement du pays à protéger 30 % de son espace maritime.

Lien : La Recherche

09:50 Publié dans Environnement, Pêche et aquaculture | Lien permanent | Tags : la recherche, biodiversité, aires marines protégées |  Imprimer | | | | |  Facebook

15/10/2019

L'hétérogénéité des paysages agricoles augmente la biodiversité

L'homogénéisation des paysages agricoles a des effets négatifs sur la biodiversité et les services écosystémiques. Augmenter la part d'habitat semi-naturels (ex. haies) est une solution régulièrement proposée, mais qui reste difficile à mettre en œuvre dans les zones d'agriculture intensive, où la part de ces habitats demeure faible. Des chercheurs de 8 pays se sont donc intéressés à l'impact que pouvaient avoir deux autres caractéristiques des paysages agricoles sur la biodiversité : la diversité culturale et la taille des parcelles (voir la figure ci-dessous pour une représentation graphique). Leurs résultats sont parus dans un article de la revue PNAS en août dernier.

Représentations traditionnelle (A) et alternative (B) de l'hétérogénéité des paysages agricoles

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Source : PNAS

Pour conduire cette analyse, les auteurs ont sélectionné 435 paysages agricoles (1x1 km) présentant des niveaux de diversité culturale et des tailles de parcelles variés, au sein de huit régions contrastées (topographie, climat, etc.) d'Europe et d'Amérique du Nord. Pour chaque cas, ils ont choisi trois sites d'échantillonnage et y ont mesuré la présence de sept taxons (plantes, abeilles, papillons, syrphes, carabes, araignées et oiseaux). Enfin, ils ont construit un indice synthétique de biodiversité.

Les résultats montrent que les paysages très hétérogènes (diversité culturale élevée, petites parcelles) ont une biodiversité supérieure. Réduire la taille des champs de 5 à 2,8 hectares semble, par exemple, avoir le même effet qu'augmenter les surfaces d'habitats semi-naturels de 0,5 à 11 %. De plus, diminuer la taille des parcelles serait associé à un impact positif sur la biodiversité, quelle que soit la part d'habitats semi-naturels dans le paysage (voir figure ci-dessous). Cet effet semble particulièrement prononcé lorsque la taille moyenne des parcelles est inférieure à 6 ha.

Effets de la diversité des cultures (A) et de la taille des parcelles (B) sur la biodiversité, en interaction avec la part d'habitats semi-naturels

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Source : PNAS

En ce qui concerne la diversité des cultures, les résultats sont plus nuancés. Ainsi, augmenter le nombre de cultures dans un paysage a un effet positif sur la biodiversité lorsque les habitats semi-naturels représentent plus de 11 % de la surface. Cet effet est non significatif quand leur part est comprise entre 4 et 11 %, et négatif quand elle est inférieure à 4 %. Pour les auteurs, ces résultats démontrent l'intérêt d'augmenter l'hétérogénéité des paysages agricoles pour protéger la biodiversité, nécessaire à la production alimentaire.

Estelle Midler, Centre d'études et de prospective

Source : PNAS

09/10/2019

Compensation biodiversité : pas de perte nette, mais quel gain ?

Publiée dans la revue Biological Conservation, une étude menée par le Muséum national d'histoire naturelle (MNHN) dresse le bilan écologique des mesures compensatoires pour la biodiversité proposées par les projets d'aménagement en application de la loi de 2016 pour la reconquête de la biodiversité de la nature et des paysages. Les auteurs ont analysé 25 procédures d'autorisation environnementale (AE) de projets d'aménagement linéaires (ex. : autoroutes) en Occitanie (17) et dans les Hauts-de-France (8). Ils mettent en avant trois faiblesses majeures. Tout d'abord, l'approche générale de compensation étalonne le différentiel de biodiversité à compenser à partir du site de projet dégradé, sans prendre en compte l'état initial du site de compensation. Ainsi, dans 80 % des cas, les démarches de conservation sont en réalité des actions de préservation de milieux déjà en bon état écologique : forêts, zones de végétation semi-naturelle (garrigue, prairies). Par ailleurs, les surfaces de compensation annoncées sont inférieures, dans bien des cas, aux surfaces aménagées (577 ha contre 2 451 ha affectés, sur l'ensemble des 25 cas étudiés) et très morcelées (3 à 4 sites de compensation par projet d'aménagement). Enfin, les actions de conservation proposées se concentrent sur les aspects structurels (maintien des milieux ouverts) des écosystèmes, sans prendre en compte leur fonctionnement général.

Source : Biological Conservation

05/07/2019

La plateforme Biodiversité 2020

Réunir régulièrement les acteurs français concernés pour décrypter l'actualité internationale de la biodiversité, sur la route de la COP 15 en Chine (2020), c'est ce que proposent l'Iddri, l'AFB et Sciences-Po. Le premier rendez-vous a eu lieu le 27 juin 2019, à Paris. En lien avec le dernier rapport de l'IPBES (voir à ce sujet un précédent billet sur ce blog), qui désigne le changement d'usage des sols et la surexploitation des ressources comme les deux premières causes de dégradation de la biodiversité, plusieurs interventions ont porté sur l'agriculture et l'alimentation. Outre le scénario pour une Europe agro-écologique (TYFA), développé par l'Iddri et AscA, des initiatives privées de soutien à l'agriculture durable ont été exposées, présentées comme des alternatives à la démarche agro-écologique : la promotion d'un modèle « d'agriculture régénératrice », par Danone, et, dans le domaine des marchés financiers, des stratégies d'investissements dans l'économie de restauration et un engagement de « neutralité de dégradation des terres » par le fonds d'investissement Mirova, filiale de Natixis.

Source : Iddri

10:45 Publié dans Environnement | Lien permanent | Tags : iddri, biodiversité, cop |  Imprimer | | | | |  Facebook

18/06/2019

Évaluation de l'état de la biodiversité et des services écosystémiques par l'IPBES

La plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) a publié, le 6 mai 2019, un rapport d'évaluation de leur état au niveau mondial. Elle y met en avant le rôle irremplaçable de la nature pour l'existence humaine et la qualité de vie.

Ces contributions naturelles sont variées et peuvent présenter des antagonismes ou des synergies. En prioriser certaines, comme par exemple la production agricole, peut entraîner des changements écologiques et en menacer d'autres. Depuis les années 1970, sur les 18 catégories de contributions analysées, 4 ont augmenté (production agricole, pêche, bioénergies et récolte de matières premières), tandis que les 14 autres ont décliné (tableau ci-dessous). Les contributions non matérielles (ex. : expérience physique et psychologique de la nature) et les services de régulation (de la qualité de l'air et de l'eau par exemple) ont été particulièrement touchés.

Évolution des contributions de la nature à l'homme

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Source : IPBES

Selon les auteurs, l'abondance des espèces endémiques a chuté de 20 %, dans les principaux écosystèmes depuis 1870, mais l'action humaine menace encore plus la biodiversité aujourd'hui. Ils estiment ainsi que 25 % des espèces évaluées sont menacées, environ 1 million étant en danger d'extinction. La diversité des variétés cultivées et des races élevées chute également, ce qui menace la sécurité alimentaire en diminuant la résilience des systèmes agricoles aux maladies et pathogènes, ainsi qu'au changement climatique. Ces modifications induites par l'homme créent les conditions d'une évolution biologique très rapide. Les déterminants de ce changement global, renforcés par des incitations favorisant l'expansion économique aux dépens de la conservation, incluent les modifications d'usage des terres et des mers, l'exploitation directe d'organismes vivants, le changement climatique, la pollution et les espèces envahissantes.

Les auteurs constatent également que les objectifs de conservation définis au niveau international (cible d'Aichi, Agenda 2030) ne pourront être atteints si les trajectoires actuelles de dégradation se poursuivent. Des changements profonds sont nécessaires des points de vue économique, social, politique et technologique. Par ailleurs, ils soulignent le besoin d'une transition écologique des systèmes alimentaires, via la promotion de pratiques durables adaptées aux contextes locaux (ex. : agro-écologie).

Estelle Midler, Centre d'études et de prospective

Source : IPBES

10:06 Publié dans 2. Evaluation, Environnement | Lien permanent | Tags : ipbes, biodiversité, services écosystémiques |  Imprimer | | | | |  Facebook