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09/07/2021

Un scénario pour une Europe agro-écologique à l'horizon 2050

Une étude récemment publiée par la revue One Earth s'intéresse aux conditions biophysiques et aux leviers mobilisables pour une Europe agro-écologique à l'horizon 2050. Les auteurs concentrent leur analyse sur le problème du cycle de l'azote. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la croissance de la production agricole a été due, pour une grande part, à l'augmentation des rendements permise par l'utilisation des engrais minéraux azotés. Si elle a assuré une alimentation stable à une population européenne plus nombreuse, avec moins de terres agricoles utilisées, elle est aussi à l'origine de dommages environnementaux : eutrophisation des eaux, émission de gaz à effet de serre, dépendance par rapport à l'extérieur (gaz pour la fabrication des engrais minéraux, protéines importées pour l'alimentation animale).

À l'aide du modèle GRAFS développé par les auteurs et utilisant les données de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l'article fournit un bilan détaillé de l'ensemble des flux d'azote liés au système alimentaire européen, de la production à la consommation, entre 1961 et 2013. Il propose également un scénario agro-écologique à l'horizon 2050, fondé sur une réduction de la dépendance à l'azote et un rebouclage de son cycle, en considérant trois leviers : un régime alimentaire sain inspiré de plusieurs références (EAT-Lancet, Nitrogen on the Table, etc.) ; des pratiques agro-écologiques (rotations culturales) ; une reconnexion des flux d'azote entre cultures et élevage.

Les résultats du scénario 2050 montrent qu'en associant ces trois leviers, il est possible, sur le plan de la disponibilité en azote, de nourrir une population de 601 millions d'habitants (contre 538 en 2009-2013), en utilisant moins de terres agricoles pour les cultures (98 millions d'hectares, contre 120). Les apports d'azote sont majoritairement assurés par la fixation symbiotique, à hauteur de 5 millions de tonnes par an, contre 9 millions de tonnes par les engrais synthétiques et 2,7 millions de tonnes par les importations en aliments du bétail en 2009-2013 (cf. figure). Cette réduction des flux, associée à une circularité accrue, permet en outre de diviser par deux le surplus d'azote en Europe, qui passerait en moyenne annuelle de 63 kg par hectare de cultures à 30 kg par hectare en 2050.

Flux d'azote liés au système alimentaire européen : comparaison entre 2009-2013 et le scénario agro-écologique à l'horizon 2050

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Source : One Earth

Julien Hardelin, Centre d'études et de prospective

Source : One Earth

05/07/2021

Avenir de la filière caprine française

Le numéro 108 de la revue de la Société d'Ethnozootechnie termine le projet, débuté avec le numéro 105, d'une description de la filière caprine française. Elle comporte trois parties : un aperçu historique, une description des régions caprines, un bilan et des perspectives.

La filière a conservé une bipolarité entre industries laitières commercialisant préférentiellement des produits provenant d'éleveurs livreurs en circuits nationaux et producteurs fermiers privilégiant les circuits courts. Ces derniers représentent encore une part importante (20 %) de la production fromagère.

Bipolarité de la filière caprine française

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Source : Ethnozootechnie

À l'avenir, six questions seront déterminantes. L'incidence croissante de la PAC sur les revenus des éleveurs livreurs les rendra-t-elle dépendants des aides ? La livraison du lait aux entreprises agroalimentaires entraînera-t-elle une concentration autour de quelques groupes ? Le secteur fermier saura-t-il se maintenir grâce aux circuits courts ? La baisse du nombre d'éleveurs se ralentira-t-elle ? Comment la filière répondra-t-elle aux demandes sociétales ? Restera-t-elle unie dans sa diversité ?

Source : Société d'Ethnozootechnie

La relation entre les professionnels et les animaux dans l'élevage du futur

Dans le cadre de la semaine de l'agriculture, les instituts techniques agricoles et INRAE ont organisé, du 17 au 21 mai 2021, trois webinaires pour « imaginer l'agriculture de 2035 ». Après avoir exploré les paysages olfactifs pour la protection des cultures, puis le microbiome des plantes, le dernier s'intéressait aux relations homme-animal dans les élevages de demain.

La profession d'éleveur du futur sera multifonctions : il faudra savoir être à la fois chef d’entreprise, producteur, responsable environnemental et du bien-être animal. Dans une telle configuration, l'animal serait à la fois un compagnon de travail et un être affectif avec lequel l'homme interagit.

L'étude des relations entre éleveurs et animaux s'est renouvelée au cours de la dernière décennie. Le bien-être associe désormais celui de l'animal et celui de l'éleveur parce qu'ils dépendent l'un de l'autre : c'est le concept One Welfare qu'étudie un réseau mixte technologique nouvellement créé.

Dix ans d'une relation éleveur-animal

élevage, one welfare,

Source : Acta-INRAE

Source : Acta

15/06/2021

L'agriculture biologique peut-elle nourrir la planète avec les ressources azotées disponibles ?

Des études récentes considèrent que l'agriculture biologique (AB) pourrait nourrir la population mondiale en 2050. Toutefois, elles ne tiennent pas compte de la disponibilité des ressources en azote pour l'AB et surévaluent donc son potentiel de production. Dans un article publié en mai dans la revue Nature Food, des chercheurs étudient la possibilité d'une transition globale et massive vers l'agriculture biologique, en prenant en compte ce facteur limitant.

Les auteurs utilisent un modèle biophysique d'optimisation linéaire (GOANIM) qui maximise, pour chaque unité géographique, la production en AB étant donné la quantité d'azote organique disponible. 216 scénarios sont ensuite comparés à un scénario de référence dans lequel la production repose à 100 % sur l'agriculture conventionnelle. Ces scénarios diffèrent selon 6 critères : i) la part de la surface agricole dédiée à l'AB ; l'utilisation d'azote issu ii) des eaux usées et iii) d'exploitations d'élevage conventionnel ; iv) la reconception des systèmes d'élevage ; v) un changement de régime alimentaire ; vi) une réduction des pertes alimentaires.

Les résultats montrent qu'une conversion totale à l'AB diminuerait la production alimentaire de 36 % par rapport au scénario de référence, avec une forte variabilité selon les régions. Il serait donc impossible, selon les auteurs, de nourrir la population mondiale avec une agriculture 100 % biologique, même en réduisant complètement les pertes alimentaires. Cependant, il serait possible d'atteindre cet objectif avec 60 % d'AB si des changements étaient mis en œuvre à la fois du côté de la production (ex. : possibilité d'utiliser de l'azote issu d'élevages conventionnels ou d'eaux usées) et de la consommation (ex. : changement de régime alimentaire) (figure ci-dessous). Convertir 20 % de la surface agricole mondiale serait même possible sans modifier la demande ni la réglementation sur les sources d'azote autorisées en AB.

Possibilités de réalisation des différents scénarios 

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Source : Nature Food

Lecture : chaque cellule représente un scénario (tous les scénarios ne sont pas représentés). Les chiffres dans chaque cellule indiquent la quantité moyenne d'azote nécessaire pour que la production biologique couvre la demande alimentaire mondiale (kgN/ha). Les scénarios sont classés selon quatre catégories : réalisable (vert foncé - production plus élevée que la demande), probablement réalisable (vert clair - production inférieure à la demande de moins de 5 %), probablement réalisable (orange - production inférieure à la demande de plus de 5 % mais de moins de 8 %) et irréalisable (rouge - production inférieure de plus de 8 % à la demande). Le scénario correspondant à une transition totale de l'agriculture vers l'AB est présenté dans la dernière ligne.

Les auteurs soulignent enfin l'importance de restructurer les systèmes d'élevage pour le développement de l'agriculture biologique. Selon eux, il faudrait notamment les réorienter vers des élevages ruminants et mieux les répartir sur le territoire pour favoriser le bouclage du cycle de l'azote. Ces observations contrastent avec les résultats d'autres études qui s'appuient sur une baisse drastique de la taille du cheptel, ignorant ainsi le rôle crucial de l'élevage comme source d'intrants pour l'AB.

Estelle Midler, Centre d'études et de prospective

Source : Nature Food

14/06/2021

Prospective du système alimentaire britannique à l'horizon 2050

Quels sont les futurs possibles pour un système alimentaire britannique compatible avec l'Accord de Paris et les Objectifs de développement durable (ODD) à l'horizon 2050 ? Le programme Global Food Security (GFS) apporte des réponses en publiant une prospective par scénarios, fruit des travaux d'un groupe de 22 experts (recherche, industrie, État).

Selon les auteurs, deux variables seront déterminantes : d'une part la globalisation, qui pourrait soit se poursuivre sous de nouvelles formes, soit connaître un repli profond en raison des tensions géopolitiques ; d'autre part le degré de prise en compte des ODD, avec une focalisation stricte sur la réduction des gaz à effet de serre (GES), ou bien une approche plus globale incluant biodiversité, paysages, santé, etc. Quatre scénarios contrastés en résultent.

Dans le scénario « Neutralité carbone », avec la « déglobalisation », le Royaume-Uni ne peut plus compter sur les importations pour se nourrir. L'autosuffisance est assurée par des « méga-fermes » étatiques géantes et automatisées, avec peu de main-d’œuvre, et intégrées à des réseaux logistiques. Ultra-efficientes, elles permettent de limiter l'inflation alimentaire et de réduire les GES.

Dans « Système alimentaire communal », l'instabilité géopolitique pousse les Britanniques à relocaliser en partie la production. La diversification des cultures les rend plus résilientes aux chocs climatiques, et assure une relative variété de produits pour les consommateurs et une amélioration de la biodiversité. Les marchés régionaux et la saisonnalité des produits dominent le système alimentaire.

Dans « Système alimentaire commercial », le Royaume-Uni dépend des importations. Les exploitations familiales ont disparu. Une logistique pilotée par l'intelligence artificielle assure des approvisionnements stables, mais la taxe carbone réduit la disponibilité des produits les plus émetteurs de GES (viande, riz paddy), sauf pour les plus riches. Les œufs et le café, par exemple, deviennent rares et chers.

Enfin, dans le scénario « Système alimentaire collaboratif », les consommateurs se sont résolument tournés vers des régimes sains (food litteracy). Les chaînes de valeur globales, autrefois purement économiques, sont maintenant co-gérées par les citoyens co-propriétaires. Les exploitations sont moins productives mais plus efficientes, avec des meilleures performances environnementales.

Sur cette base, le rapport propose des priorités politiques et un agenda pour la recherche.

Julien Hardelin, Centre d'études et de prospective

Source : Global Food Security programme, Global Food Security programme, Global Food security programme

07/06/2021

Quatre scénarios d'évolution de la bioéconomie en Europe à l'horizon 2050

La Commission européenne a récemment publié un rapport de prospective sur la bioéconomie, réalisé conjointement par le Joint Research Centre (JRC) et la Direction générale pour la recherche et l'innovation. Mené par une équipe internationale de six chercheurs, l'exercice s'est appuyé sur des ateliers pluridisciplinaires impliquant une cinquantaine d'experts. Pour chacun des quatre scénarios retenus (figure ci-dessous), les évolutions du contexte général sont d'abord décrites (société, technologie, environnement, économie, politique). Les tendances en matière d'offres agricole, forestière, marine, en bioénergie et biochimie sont ensuite présentées, ainsi que le volet demande et échanges, avant une ouverture sur la bioéconomie dans le « reste du monde ».

Enfin, les auteurs analysent les trajectoires menant aux situations projetées, avec un focus sur l'horizon intermédiaire 2030. Ils identifient les conditions facilitant l'émergence du scénario 2 ou d'une combinaison des scénarios 1 et 3, compatibles avec l'atteinte des objectifs climatique et de développement durable : adaptation de la PAC et des fonds structurels pour financer les transitions avant 2030, labellisation plus claire des produits durables, mise en place d'un New Green Deal après 2030, etc.

Les quatre scénarios, selon un axe horizontal « sociétal » et un axe vertical « politiques européennes »

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Source : Commission européenne

Source : Commission européenne

13/05/2021

Système alimentaire mondial à l'horizon 2045 : prospective de l'IPES-Food

IPESFood-bis.jpg

Après une série de travaux comprenant analyses thématiques, études de cas et recommandations politiques, le think tank IPES-Food publie avec ETC Group sa première prospective du système alimentaire mondial à l'horizon 2045. Ses auteurs se sont appuyés sur un groupe consultatif de 21 membres (société civile, institutions multilatérales, scientifiques, etc.). On y découvre deux scénarios contrastés, ou plutôt deux visions du monde irréconciliables, qui placent le lecteur à la croisée des chemins pour l'inciter à agir. Le scénario tendanciel y joue le rôle d'une « dystopie-repoussoir », à la façon d'un « scénario de l'inacceptable » en version agroalimentaire : face à l'aggravation des crises économiques, climatiques et environnementales, et à l'instabilité sociale chronique, les entreprises de la Big Tech prennent le pouvoir sur les chaînes de valeur agroalimentaires et en deviennent les acteurs ultra-dominants. Cette « Agro Big Tech » d'un nouveau genre propose aux décideurs politiques aux abois des solutions clefs en main fondées sur le « solutionnisme technologique » : géo-ingénierie climatique, agriculture automatique pilotée par l'intelligence artificielle, etc. Les agriculteurs deviennent de « simples cultivateurs » exécutants, tandis que les consommateurs, noyés sous une « infobésité » généralisée, voient leurs comportements dictés par les algorithmes.

Face à ce péril dystopique, la société civile constitue, pour les auteurs, la seule force capable de bâtir un autre avenir. Elle lutte sur tous les fronts contre le pouvoir dominant de l'Agro Big Tech, selon des voies et des opportunités promues et explicitées dans le rapport à la façon d'un programme d'action. Dans ce deuxième scénario, l'agro-écologie démontre petit à petit sa supériorité technique sur les solutions hyper-technologiques, grâce à sa plus grande résilience et son adaptabilité aux conditions locales. La société civile s'organise plus efficacement, en multipliant les organes de délibération, en faisant pression sur les organisations internationales, en utilisant les technologies numériques de façon ouverte, transparente, en s'engageant dans la réflexion prospective, etc.

Se situant entre prospective et programme d'action collective, le rapport de l'IPES-Food place résolument la question des rapports de force au premier plan de l'analyse. Par le fort contraste des scénarios, il met aussi l'accent sur les risques en germes dans certaines tendances actuelles, si celles-ci étaient poussées à l'extrême.

Julien Hardelin, Centre d'études et de prospective

Source : IPES-Food

13/04/2021

Banque mondiale, Future Foodscapes. Re-imagining Agriculture in Latin America and the Caribbean, novembre 2020

La Banque mondiale a publié en novembre 2020 les résultats d’une étude sur l’avenir des systèmes agricoles et alimentaires en Amérique latine et dans la Caraïbe à l’horizon 2030. Cette région est la première exportatrice nette de produits alimentaires au monde. L’agriculture compte pour environ 5 % du produit intérieur brut (PIB) dans 20 pays, mais elle est surtout le principal moteur du développement du secteur agroalimentaire, qui représente 11,3 %, 6,9 % et 11,9 % des PIB du Pérou, du Chili et du Mexique. Dix facteurs sont susceptibles de structurer l’avenir de l’agriculture parmi lesquels la croissance démographique régionale, la hausse du revenu médian, la hausse de la productivité, l’urbanisation grandissante, les migrations infra-nationales et régionales, la digitalisation du secteur agroalimentaire. Le changement climatique et les relations commerciales internationales constituent deux sources de ruptures possibles. À partir de ces éléments, cinq scénarios ont été élaborés.

Facteurs pris en compte dans l’élaboration des scénarios

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Source : Banque mondiale

Source : Banque mondiale

Quels futurs pour l’Afrique ?

Le musée du quai Branly organise, dans le cadre de son université populaire, dix soirées consacrées à l’Afrique. La première, tenue le 24 mars 2021, avait pour thème Quels futurs pour l’Afrique ? et réunissait Alioune Sall, sociologue, directeur exécutif de l’Institut des futurs africains à Pretoria, et Kako Nubukpo, économiste, ancien ministre togolais de la Prospective et de l’Évaluation des politiques publiques, désormais conseiller du président de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Les deux intervenants ont souligné le rôle prépondérant que peut jouer la prospective dans l’élaboration des politiques pour le continent, en présentant deux exemples. Le premier, composé de quatre scénarios, interroge les futurs des pays africains et notamment différentes voies de développement du secteur primaire et d’insertion du continent dans l’économie mondiale. Le second explore l’avenir monétaire de l’Afrique de l’Ouest.

Source : musée du quai Branly

13:57 Publié dans 1. Prospective, Mondialisation et international | Lien permanent | Tags : prospective, afrique, agriculture |  Imprimer | | | | |  Facebook

09/04/2021

Prospective des cultures adaptées au changement climatique en Cornouailles : combinaison de méthodes quantitatives et qualitatives

Comment anticiper les cultures qui seront adaptées au changement climatique dans un territoire donné ? Les modèles de cultures utilisant les projections climatiques fournissent des éclairages sur l'adaptation pédo-climatique. Mais d'autres facteurs comptent tels le coût des équipements spécifiques, les connaissances agronomiques limitées sur les productions nouvelles, l’existence ou non de débouchés, etc. Un article publié dans Agricultural Systems présente les résultats d’un exercice prospectif visant à intégrer ces éléments dans la réflexion. Les chercheurs (université d'Exeter) ont appliqué la méthode Delphi, avec un groupe de 15 experts, pour dégager la liste des cultures les plus adaptées, non seulement au changement climatique mais aussi aux contextes économique, social et environnemental du territoire d'étude : les Cornouailles et les Îles Scilly. Ces résultats ont été confrontés aux simulations du modèle Ecocrop de viabilité des cultures. Cette approche combinée qualitative et quantitative a mis en évidence une sélection originale de cultures adaptées (exemple de la bourrache dans la figure ci-dessous), qu’une méthode fondée sur la seule modélisation n'aurait pas permis d'obtenir.

Résultats combinés du modèle Ecocrop et de la consultation des experts par la méthode Delphi en matière d'adaptation des cultures en Cornouailles et dans les Îles Scilly

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Source : Agricultural Systems

Note : résultats du modèle Ecocrop montrant l'adéquation climatique moyenne (2002-2017) pour la bourrache (a), le lin (b), la patate douce (c) et le romarin (d). Les symboles « soleil » et « nuage » indiquent une adéquation climatique élevée ou faible. Les émoticônes indiquent un classement d'experts élevé ou faible.

Source : Agricultural Systems

Prospective participative et innovations numériques agricoles responsables

Dans un article mis en ligne en mars, le journal Agricultural Systems rapporte un exercice de prospective participative sur la digitalisation de l'agriculture et ses conséquences sociales ou éthiques, organisé au sein d'un organisme de recherche australien, le CSIRO (Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation). Une vingtaine de participants, experts dans diverses disciplines et tous chargés au CSIRO d'un même projet d'innovation numérique en agriculture, ont élaboré plusieurs scénarios de futurs agricoles possibles pour le pays, à partir des tendances observées actuellement et de facteurs de ruptures préalablement identifiés.

Les quatre scénarios produits pour l'agriculture numérique australienne intitulés : « lutter », « innover », « survivre » et « prospérer »

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Source : Agricultural Systems

Lecture : l'axe des x représente les niveaux d'innovation allant de « conservateur » à gauche à « innovant » à droite. L'axe des y représente les niveaux de sécurisation des ressources naturelles à disposition des agriculteurs, allant de « sécurisé » en bas à « non sécurisé » en haut. Chaque scénario présente des avantages et des inconvénients et un aperçu de l'agriculture numérique mise en œuvre.

Les participants ont ensuite évalué les impacts sociaux et éthiques que pourraient avoir les technologies numériques dans les futurs probables de l'agriculture australienne. L'intérêt de cet exercice de prospective réside principalement dans la démarche de réflexivité et d'anticipation opérée par des personnes en charge d'un projet d'innovation numérique au sein d'un organisme de recherche.

Source : Agricultural Systems

15/03/2021

L'agriculture australienne face à cinq mégatendances mondiales d'ici à 2040

Le ministère australien de l'agriculture, de l'eau et de l'environnement a publié, en février, un rapport dégageant cinq grandes évolutions (« mégatendances ») de la situation mondiale et leurs implications pour le secteur agroalimentaire du pays d'ici 2040.

Tout d'abord, le fort développement des classes moyennes en Asie (Chine, Inde, Indonésie) augmentera la demande d'une alimentation diversifiée, à forte teneur en protéines, et présentant des garanties vérifiables de qualité (éthique, bien-être animal, qualité sanitaire, protection de l'environnement). L'Australie a des atouts pour bien se positionner sur ces marchés mais elle devra maintenir sa réputation de hautes qualité sanitaire et performance environnementale.

Ensuite, le monde futur se structurera autour de sept pôles (États-Unis, Union européenne, Chine, Brésil, Inde, Indonésie, Brésil), induisant des relations plus complexes, donc incertaines, et une plus grande volatilité des prix. Combiné à la perte de confiance en la science, les administrations, les médias et les entreprises, ce phénomène favorisera des politiques publiques protectionnistes, avec lesquelles les entreprises australiennes devront composer pour exporter.

Niveaux de méfiance envers les institutions

Australie-bis.jpg

Source : Edelman trust barometer 2020

Lecture : les pays sur la partie droite, majoritairement occidentaux, affichent un degré de confiance dans les institutions plus faible que la moyenne des 28 pays représentés, et inversement pour les pays sur la partie gauche.

Troisièmement, l'augmentation du progrès technique se poursuivra, et donc aussi celle de la productivité et de l'efficience en matière d'utilisation des ressources. Bien que déjà très performante sur ce point, l'Australie devra maintenir son effort de recherche et développement pour rester compétitive.

Par ailleurs, les événements liés au changement climatique à l’échelle locale comme mondiale s'accentueront, créant des opportunités (rémunération de services écosystémiques, demande croissante d'une alimentation décarbonée) mais aussi des risques (volatilité des prix agricoles).

Enfin, les connexions entre producteurs, distributeurs et consommateurs se renforceront, en raison notamment de l'explosion de la collecte et de l'analyse de données, permettant une gestion optimisée de la production comme une meilleure traçabilité des denrées. Selon les auteurs, le pays devra réinventer son système de data en agriculture pour se maintenir à jour.

Si, dans l'ensemble, les auteurs jugent l'Australie en mesure de faire face à ces évolutions, leurs analyses apportent également des éclairages intéressants pour envisager les trajectoires d'autres pays.

Vincent Hébrail-Muet, Centre d'études et de prospective

Source : Australian Governement, Department of Agriculture, Water and the Environment

12/03/2021

Futur. Notre avenir de A à Z, Antoine Buéno

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L'avenir étant arborescent et incertain, les réflexions d'anticipation sont nombreuses et sectorielles, et donc dispersées voire éparpillées. C'est dire l'intérêt des exercices de compilation, des travaux de synthèse, qui rassemblent les résultats, ordonnent les idées et mettent à disposition des états de l'art. Un bel exemple en est fourni par cet ouvrage, volumineux et documenté, qui décrit la majorité des tendances et phénomènes contemporains, à l'échelle mondiale, tout en développant des idées novatrices et critiques. Véritable encyclopédie prospective portative, il se présente comme un dictionnaire, avec quarante fiches thématiques traitant de sujets très divers : « art », « data », « éducation », « énergie », « frontières », « génétique », « intelligence artificielle », « justice », « politique », « religion », « sexe », « travail », etc. Certaines de ses entrées nous intéressent plus particulièrement ici.

Au chapitre « agriculture et alimentation », l'auteur rappelle d'abord les défis des prochaines années : transitions énergétique et écologique, réforme agraire, innovations technologiques, fermes urbaines, entomophagie, etc. Il prolonge par d'intéressantes remarques sur l'ingénierie tissulaire, la viande artificielle et la « carniculture », qui seront fortement concurrencées par le steak de protéines végétales. À plus long terme, notre système digestif, très peu efficace, pourrait être remplacé par des millions de nanorobots intelligents, diffusés dans le corps et venant s'approvisionner à une poche abdominale artificielle remplie de nutriments.

La fiche « animal », rédigée sur le même principe, commence par décrire les enjeux basiques (réduction de la biodiversité, espèces invasives, fortes contraintes sur les filières d'élevage, essor de « l'animal jouet » et de « l'animal serviteur », bien-traitance et nouveaux droits, etc.). Elle présente ensuite des hypothèses pour des époques plus éloignées : « satellisation du vivant » par réorganisation de toute la biosphère en fonction des besoins humains ; humanisation de l'animal par génie génétique pour augmenter ses capacités cognitives ou lui faire produire industriellement des organes greffables et des médicaments ; animalisation de l'homme par hybridation pour décupler notre force physique, l'acuité de nos sens ou nous doter de nouvelles aptitudes (par ex. peau capable d'effectuer la photosynthèse).

Avant d'arriver à la lettre Z, plusieurs autres notices ne manqueront pas d'intéresser le lecteur : « climat », « effondrement », « point de rupture », « transition environnementale » ou « zoonoses ». Au total, ce panorama du temps qui vient, mixant futurs probables et futurs souhaitables, peut aider chacun à mieux comprendre les évolutions du monde, ainsi que les politiques publiques engagées pour l'améliorer et le faire advenir.

Bruno Hérault, Centre d'études et de prospective

Lien : Éditions Flammarion

19:56 Publié dans 1. Prospective, Société | Lien permanent | Tags : buéno, anticipation |  Imprimer | | | | |  Facebook

08/02/2021

Q Open, une nouvelle revue en accès libre de l'Association européenne des économistes agricoles

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L'Association européenne des économistes agricoles (EAAE) publiait déjà l'European Review of Agricultural Economics et Eurochoices. En partenariat avec Oxford University Press, elle vient de faire paraître le premier numéro d'une nouvelle revue, Q Open. En accès libre, elle a pour ambition de devenir une publication de référence en économie, dans les domaines de l'agriculture, de l'environnement, des ressources naturelles et du climat, de l'alimentation et du développement agricole et rural. Les articles sont évalués par les pairs avec une relecture en « double aveugle » (les auteurs ne connaissent pas l'identité des évaluateurs, et vice-versa).

Dans ce numéro inaugural, une série d'articles est consacrée à la prospective et à l'analyse des arbitrages entre critères d'impacts (trade-off analysis), appliquées aux systèmes alimentaires, sous l'angle de leur utilisation pour orienter les choix en matière de recherche et d'innovation. Ces articles présentent les résultats d'un projet de recherche mené pour le Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (CGIAR), en vue d'appuyer sa réforme « One CGIAR » entamée en 2019. Cette réforme vise à redéfinir ses missions, sa gouvernance, ses partenariats, etc., pour augmenter ses impacts et son alignement sur les Objectifs de développement durable (ODD).

Parmi les travaux présentés, figurent deux revues de littérature : l'une analyse 11 prospectives récentes menées par diverses organisations (World Resources Institute, Food and Land Use Coalition, EAT-Lancet, etc.), sur le thème « système alimentaire, environnement et changement climatique » ; l'autre s'intéresse à la prise en compte du genre, de la pauvreté et de la nutrition dans les études prospectives. Si les tendances lourdes sont communes à la plupart des prospectives (démographie, changement climatique, etc.), les auteurs soulignent des aspects insuffisamment considérés, malgré leur rôle souvent déterminant : inégalités alimentaires et d'accès aux technologies, gouvernance, évolution des rapports de pouvoir, risques de ruptures systémiques, etc. En complément, un article propose une revue très complète des outils et méthodes développés depuis plusieurs années en matière d'arbitrages entre impacts multiples (économie, santé, environnement, etc.). Allant des modèles de simulation au projet AgMIP, ils permettent de plus en plus d'enrichir la prospective par des analyses quantitatives.

Julien Hardelin, Centre d'études et de prospective

Source : Q Open

18/01/2021

Bouleversement. Les nations face aux crises et au changement, Jared Diamond

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Voici une quinzaine d'années, le biologiste américain Jared Diamond publia un livre sur l'effondrement des sociétés (Collapse: How Societies Choose to Fail or Succeed, 2006), qui rencontra un large public à défaut de séduire les historiens professionnels, peu convaincus par sa lecture monofactorielle de l'évolution humaine. Il en ira certainement de même pour sa dernière publication (Upheaval: Turning Points for Nations in Crisis), à l'ambition totalisante affirmée, mais qui repose essentiellement sur les expériences vécues par l'auteur et sur l'idée que les crises sociétales sont similaires aux crises psychiques individuelles. Malgré ces défauts, l'ouvrage intéressera tous ceux qui se préoccupent du devenir des institutions, des changements culturels, de la survenue des crises et des capacités de résistance des systèmes sociaux.

L'analyse embrasse les deux derniers siècles et sept pays sont plus spécifiquement étudiés : Allemagne, Australie, Chili, États-Unis, Finlande, Indonésie et Japon. De ce large panorama historique et géographique, Diamond conclut à l'existence de douze facteurs qui, selon lui, influent directement sur le contenu et la forme des crises nationales. Il peut s'agir du « degré de consensus sur l'existence de la crise », du « niveau de reconnaissance de la nécessité d'agir » ou de l'acceptation plus ou moins franche « d'une aide venant d'un autre pays ». Il peut aussi s'agir de la nature de « l'identité nationale », de « l'expérience acquise lors de crises antérieures », des valeurs culturelles fondamentales ou de la prégnance des « contraintes géostratégiques ». Selon l'auteur, cette grille de lecture peut s'appliquer à toutes les crises (politiques, économiques, environnementales, énergétiques, sanitaires, etc.) et à tous les secteurs (production agricole, eau, alimentation, pêche, exploitation forestière, qualité des sols, etc.).

Les quatre derniers chapitres sont particulièrement intéressants, car prospectifs et synthétiques, Diamond utilisant sa grille de lecture pour décrypter l'avenir du Japon et des États-Unis, et plus généralement celui du monde. Ses conclusions sont peu optimistes car il considère que la majorité des « douze facteurs de crise » se retrouvent à l'échelle planétaire : l'humanité manque d'une identité partagée, elle est confrontée à des défis globaux inédits et ne peut s'appuyer sur l'expérience passée. Il n'y a pas non plus d'acceptation mondiale de notre responsabilité, et nos choix sont limités par de sévères contraintes (épuisement des énergies fossiles, changement climatique, baisse de la biodiversité). Bref, toutes les conditions sont réunies pour qu'advienne non pas un effondrement du monde, mais un bouleversement des nations qui le composent.

Bruno Hérault, Centre d'études et de prospective

Lien : Éditions Gallimard