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08/06/2021

Grande distribution française et protection des poissons sauvages utilisés comme aliments de l'aquaculture

La fondation Changing Markets se donne pour mission de soutenir la transition vers une économie durable, en révélant les pratiques peu responsables de grands groupes. Elle a publié un rapport sur les impacts de l'utilisation de poissons sauvages comme aliments de l'industrie aquacole. En effet, un cinquième des débarquements mondiaux des bateaux de pêche est utilisé pour produire de la farine et de l'huile de poisson qui alimentent l'élevage industriel et l'aquaculture. Cette filière est présentée comme un débouché durable pour les produits de la mer, couvrant plus de la moitié des consommations mondiales. La plupart des achats de poisson par les ménages français se faisant en grandes et moyennes surfaces, les auteurs notent la responsabilité de la grande distribution dans la protection des espèces sauvages. Ils jugent les enseignes françaises insuffisamment mobilisées sur le sujet et émettent des recommandations à l'attention de la grande distribution, des consommateurs, des systèmes de certification et des décideurs politiques.

Classement des enseignes françaises quant à leur niveau de protection des océans et de soutien des filières de production durable

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Source : Changing Markets Foundation

Lecture : la fondation a créé un ensemble de 13 critères portant sur les pratiques et politiques d'entreprise, la transparence et la chaîne d'approvisionnement, et les pratiques en magasin. Seuls Auchan, Carrefour, Système U et Intermarché ont répondu à l'enquête, les autres enseignes étant donc notées sur la base de recherches de la fondation sur leurs sites Internet et en magasins. Les auteurs relèvent que, en comparaison, la grande majorité des enseignes au Royaume-Uni dépasse 20 %, et que Carrefour obtient 27,1 % en France mais seulement 8,5 % en Espagne.

Source : Changing Markets Foundation

Typologie des exploitations agricoles dans le monde : des disparités géographiques marquées

Afin de suivre l'évolution de l'agriculture dans le monde, un article de World Development propose une analyse des derniers recensements agricoles disponibles à partir des déclarations de 179 pays. Les auteurs rappellent que ceux-ci ne sont pas tenus de suivre les recommandations de l'Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), pour collecter les données, ce qui peut entraîner des biais dans les résultats (ex. recensement des fermes familiales uniquement et non de toutes les exploitations comme préconisé par la FAO).

608 millions d'exploitations agricoles sont recensés dans le monde. 84 % d'entre elles font moins de 2 ha et assurent 35 % de la production en valeur. Ces petites fermes ne doivent pas être confondues avec les exploitations familiales, qui représentent 90 % des structures et 80 % de la production. Pour les auteurs, l'atteinte des Objectifs de développement durable (ODD) passera par un ciblage adéquat des politiques en fonction des types d'exploitations.

Part de la valeur produite par les petites exploitations (moins de 2 ha), en fonction du revenu des pays et de leur localisation géographique

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Source : World Development

Lecture : dans l'ordre, tous pays et régions, pays à faible revenu, pays à revenu moyen inférieur (incluant l'Inde et le Nigeria), pays à revenu moyen supérieur (Brésil et Chine inclus), pays à haut revenu ; Asie de l'Est et Pacifique (hors Chine), Chine, Europe et Asie centrale, Amérique latine et Caraïbes (Brésil exclu), Brésil, Moyen-Orient et Afrique du Nord, Asie du Sud (Inde exclue), Inde, Afrique subsaharienne (Nigeria exclu), Nigeria.

Source : World Development

Perception par les agriculteurs bavarois des robots en grandes cultures

Hormis pour le secteur laitier, peu d'études font état de la perception par les agriculteurs des solutions robotiques qui leur sont proposées. Un article paru en mai 2021 dans Computers and Electronics in Agriculture analyse le point de vue d'exploitants bavarois à partir d'une enquête sur les robots en grandes cultures. Pour ceux ayant une grande exploitation (> 35 ha, SAU moyenne en Bavière), l'argument financier est le premier mis en avant pour motiver l'acquisition d'un robot. Ils y voient un moyen de remplacer une main-d’œuvre de moins en moins disponible et de plus en plus coûteuse en Allemagne (situation amplifiée par les restrictions récentes sur les migrations saisonnières en raison de la pandémie de Covid-19). Les « petits » exploitants et ceux en agriculture biologique sont intéressés par les avantages environnementaux, associés à l'utilisation des petits robots : traitement individualisé des plantes, préservation des paysages à petite échelle et diminution du tassement du sol par rapport à celui occasionné par des tracteurs traditionnels plus lourds. D'une manière générale, le manque de maturité de ce marché est mis en avant comme un obstacle majeur pour l'adoption de ces robots.

Type de robot considéré comme le plus approprié à l'opération culturale selon les agriculteurs répondants

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Source : Computers and Electronics in Agriculture

Source : Computers and Electronics in Agriculture

Les prairies au sommaire du dernier numéro de Reliefs

agropastoralisme,prairies,biodiversité,massif central

Le 21 mai est sorti en kiosque et en librairie le numéro 13 de la revue Reliefs, dont le dossier est consacré aux prairies. Accompagnée d’une iconographie de grande qualité, la revue regroupe des articles, des analyses et des interviews de chercheurs et praticiens de différentes disciplines : agronomie, écologie, sociologie, ethnologie, philosophie, histoire. Ce numéro permet de découvrir une typologie des prairies (M. Dufumier), de mesurer l’ampleur et les conséquences du déclin des insectes en Europe, tout en prenant connaissance de leurs rôles (P. Grandcolas). L’évolution des estives dans les Alpes et au sud du Massif central ainsi que dans l’Atlas marocain est évoquée par A.-M. Brisebarre, qui livre un témoignage sur l’inscription de l’agropastoralisme au patrimoine mondial de l’Unesco. Enfin, le dossier est complété par une interview d’A. Corbin, auteur de La fraîcheur de l’herbe (voir à ce sujet un précédent billet) et de différents extraits littéraires.

Source : Reliefs

15:40 Publié dans Agronomie, Environnement, Territoires | Lien permanent | Tags : agropastoralisme, prairies, biodiversité, massif central |  Imprimer | | | | |  Facebook

07/06/2021

En Afrique sub-saharienne, 20 % des ressources publiques allouées à l’agriculture ne sont pas consommés

La FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) analyse, dans un rapport récent, les dépenses publiques consacrées à l’agriculture dans 13 pays d’Afrique sub-saharienne. Selon la Déclaration de Maputo (2003) réitérée en 2014, 10 % de la dépense publique de chaque pays devaient être alloués à l’agriculture. Les résultats de la plupart d’entre eux restent bien en deçà de cet objectif. Cela s’explique pour partie par la faiblesse de l’exécution budgétaire : un peu plus d’1/5 des montants attribués ne sont en effet pas dépensés, un élément peu incitatif pour la puissance publique. De plus, des changements s’observent dans la structure des dépenses : la part des ressources consacrée aux intrants décroît dans certains pays tandis que celle dédiée à la protection sociale, à la sylviculture et à l’aménagement du territoire tend à augmenter. Une consolidation des données budgétaires et une capacité d’analyse renforcée de l’efficacité et de l’efficience de la dépense publique sont préconisées.

Source : Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture

La création des comices agricoles au XIXe siècle : les prémices de « l’État-réseau »

Les Annales de Bretagne et des Pays de l'Ouest publient un article sur les premiers comices agricoles de Mayenne. Instrument de modernisation économique (valorisation de nouveaux matériels, remise de prix), mais en retrait par rapport aux « fermes-modèles », ces associations prennent leur essor vers 1830, sous la monarchie de Juillet. Recherchant l'adhésion des populations, l’État encourage les comices, les dote de prérogatives et, ce faisant, étend son contrôle sur le territoire. Leur structuration demeure cependant chaotique jusqu’au milieu du Second Empire. Retrouvant le fil des analyses de P. Rosanvallon, l'auteur conclut que « la force de la IIIe République » est « peut-être d'avoir su activer à son profit un ''État-réseau'' », déjà constitué en grande partie dès le milieu du siècle. Républicains et monarchistes se disputent alors la présidence des comices, « point d'entrée déterminant » dans des campagnes « historiquement hostiles ». Enfin, à partir des années 1880, leur réunion annuelle tend à devenir davantage « une manifestation festive qu'un regroupement professionnel ».

Source : Annales de Bretagne et des Pays de l'Ouest

Quatre scénarios d'évolution de la bioéconomie en Europe à l'horizon 2050

La Commission européenne a récemment publié un rapport de prospective sur la bioéconomie, réalisé conjointement par le Joint Research Centre (JRC) et la Direction générale pour la recherche et l'innovation. Mené par une équipe internationale de six chercheurs, l'exercice s'est appuyé sur des ateliers pluridisciplinaires impliquant une cinquantaine d'experts. Pour chacun des quatre scénarios retenus (figure ci-dessous), les évolutions du contexte général sont d'abord décrites (société, technologie, environnement, économie, politique). Les tendances en matière d'offres agricole, forestière, marine, en bioénergie et biochimie sont ensuite présentées, ainsi que le volet demande et échanges, avant une ouverture sur la bioéconomie dans le « reste du monde ».

Enfin, les auteurs analysent les trajectoires menant aux situations projetées, avec un focus sur l'horizon intermédiaire 2030. Ils identifient les conditions facilitant l'émergence du scénario 2 ou d'une combinaison des scénarios 1 et 3, compatibles avec l'atteinte des objectifs climatique et de développement durable : adaptation de la PAC et des fonds structurels pour financer les transitions avant 2030, labellisation plus claire des produits durables, mise en place d'un New Green Deal après 2030, etc.

Les quatre scénarios, selon un axe horizontal « sociétal » et un axe vertical « politiques européennes »

quatre scenarios.png

Source : Commission européenne

Source : Commission européenne

Protection juridique des indications géographiques de l’Union européenne dans les accords commerciaux

Un article publié en mai par l’American Journal of Agricultural Economics montre que la protection accrue d’une liste sélectionnée de fromages sous indication géographique (IG), dans les accords de libre-échange (ALE), n’entraîne pas une augmentation significative des exportations de ces produits par rapport aux effets déjà dus à la certification IG et à l’ALE en tant que telle. Cependant, la protection juridique semble fonctionner pour les produits dont la qualité est déjà perçue comme plus élevée dans les pays d’importation, avant l’ALE.

Énumération des indications géographiques dans les accords de libre-échange

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Source : American Journal of Agricultural Economics

Lecture : pour chaque ALE, le tableau indique le type, l'année d'achèvement des négociations, celle de l’entrée en vigueur provisoire de l'ALE et le nombre d'IG alimentaires de l'UE protégées par l’ALE. FTA : Free trade agreement ; AA : Association agreement ; DCFTA : Deep and comprehensive free trade agreement ; EPA : Economic partnership agreement ; CETA : Comprehensive and economic trade agreement.

Les résultats de cet article semblent aller à l’encontre des attentes de l’Union européenne quant à l’effet supplémentaire de la protection juridique des ALE sur la promotion des exportations de produits sous IG. Les auteurs proposent que l’Union limite les produits pour lesquels elle cherche à obtenir cette protection, pour se recentrer sur la promotion des IG sur les marchés où elles sont encore méconnues et moins imitées.

Source : American Journal of Agricultural Economics

Des nanofibrilles de protéines pour une filtration de l'eau plus respectueuse de l'environnement ?

Un article de la revue Nature Communications s'intéresse au potentiel des nanofibrilles de protéines comme solution durable pour la filtration de l'eau potable. L'enjeu est de taille car l'urbanisation, l'industrialisation, les activités minières, etc., sont sources de polluants multiples altérant la qualité de l'eau : métaux lourds, produits pharmaceutiques, pesticides, etc. Les nanofibrilles ont plusieurs avantages. Elles valorisent les co-produits agroalimentaires : les fibrilles amyloïdes des β-lactoglobulines, issues du lactosérum du lait par exemple, s'avèrent efficaces pour filtrer les métaux lourds tels que le plomb, le palladium ou le platine. Les nanofibrilles de lysozymes sont présentes dans le blanc d’œuf et l'albumine du sérum bovin. Fonctionnant par adsorption, elles requièrent moins d'énergie que les solutions de filtrage classique et pourraient émettre jusqu'à dix fois moins de gaz à effet de serre. Biodégradables et valorisant les co-produits agricoles, elles vont dans le sens d'un modèle d'économie circulaire de filtration de l'eau.

Comparaison de l'empreinte de durabilité entre les nanofibrilles de protéines, le charbon actif et la nanocellulose en tant qu'agents de purification de l'eau

nanofibrilles.jpg

Source : Nature Communications

Source : Nature Communications

15:35 Publié dans Agronomie, Environnement | Lien permanent | Tags : eau, nanofibrilles, filtration |  Imprimer | | | | |  Facebook

Exposition sur les repas de prestige

repas de prestige.jpg

Le musée du Louvre-Lens présente jusqu'au 26 juillet une exposition intitulée « Les tables du pouvoir, une histoire des repas de prestige ». Elle explore ce lien social que constitue le repas à la table des puissants. Au fil des salles sont évoquées les tables des souverains en Mésopotamie, en Grèce ou à Rome, puis chez les rois européens et jusqu'aux dîners d’État à l’Élysée. Un colloque organisé par l'université de Lille et consultable en replay se focalise sur l'Antiquité.

Source : Louvre-Lens

15:34 Publié dans Alimentation et consommation, Société | Lien permanent | Tags : rapports sociaux, repas, pouvoir, exposition |  Imprimer | | | | |  Facebook

18/05/2021

Statut des nouvelles techniques d'édition du génome : une étude de la Commission européenne

Les services de la Commission européenne ont conduit une étude sur le statut des nouvelles techniques d'édition du génome (NGT, New Genomic Techniques) au regard du droit en vigueur au sein de l'Union. En effet, la recherche publique et privée rencontre des obstacles réglementaires, pour innover sur ces NGT, alors que celles-ci présentent des atouts pour atteindre les objectifs du Green Deal (stratégies Farm to fork et Biodiversité) et ceux de développement durable de l'ONU (lutte contre la faim dans le monde, préservation de la biodiversité). Par exemple, certaines plantes obtenues grâce aux NGT sont plus résistantes aux maladies, aux événements climatiques, moins dépendantes des intrants agricoles, ou encore capables d'arriver plus rapidement à maturité.

Rappelant l'avis de la Cour de justice de l'UE (cas C-528/16), l'étude établit clairement que les organismes obtenus par les NGT sont considérés comme des organismes génétiquement modifiés (OGM), au sens du droit de l'Union. Cependant, la Commission observe que les mutations obtenues par NGT ne sont pas facilement détectables, puisque la mutagénèse recompose l'ADN de l'organisme sans y introduire d'ADN étranger. Les modifications apportées par ces techniques pourraient donc avoir été produites par sélection variétale classique, voire par processus naturel, contrairement aux modifications obtenues par transgénèse (OGM). L'application de la réglementation pourrait alors s'avérer difficile. La Commission relève aussi que, sur le plan éthique, les inquiétudes concernent moins les techniques elles-mêmes que leurs usages. Enfin, si le recours aux NGT représente de vrais défis (monopolisation de la propriété intellectuelle relative au vivant, etc.), le choix de ne pas y recourir en comporte également (sécurité alimentaire mondiale, etc.).

Selon la Commission, divers éléments justifient de repenser la réglementation européenne sur ces techniques d'édition du génome : les possibilités innovantes offertes par les NGT, la difficulté à garantir une traçabilité, les craintes d'un retard de l'UE en matière de compétitivité de ses filières et les risques de différends avec ses partenaires commerciaux. Il en ressort qu'une approche au cas par cas serait la plus appropriée et que toute réglementation en résultant devrait être performante et agile face à l'évolution des NGT, qui va nécessairement s'accroître selon les auteurs.

Vincent Hébrail-Muet, Centre d'études et de prospective

Source : Commission européenne

« Internet des objets » et souveraineté numérique

L'Afnic (Association française pour le nommage internet en coopération) et l'ISN (Institut de la souveraineté numérique) ont publié, en mars 2021, un rapport mettant en regard les nombreuses perspectives ouvertes par l'internet des objets pour les secteurs industriels et les défis stratégiques de sa régulation, afin d'assurer à l'Union européenne sa souveraineté numérique.

L'internet des objets dans l'industrie est en plein essor : en 5 ans, les dépenses mondiales associées ont quadruplé. Cette forte augmentation résulte d'une convergence technologique (capteurs, cloud, intelligence artificielle) et de son potentiel économique : la contribution de l'internet des objets industriels à l'économie mondiale est estimée à 14 000 milliards de dollars d'ici à 2030. Les secteurs de l'agriculture et de l'agroalimentaire sont concernés par les nouveaux services et applications envisageables avec cette technologie. Par exemple, l'étiquetage des denrées alimentaires avec des puces RFID permettrait la communication avec d'autres produits ou objets connectés : cela ouvrirait la porte à de nombreux services, au-delà des simples fonctions logistiques remplies par les code-barres actuels ou informationnelles apportées par les QR Codes.

Outre cette diversité des champs d'application pour les secteurs industriels, les auteurs soulignent qu'une telle technologie les expose à de nouvelles vulnérabilités. Par exemple, la possibilité de cyberattaques d'une chaîne d'approvisionnement alimentaire, dont chaque maillon dépend de ces technologies numériques, révèle l'importance stratégique de renforcer leur sécurité. Parmi les autres lacunes de l'internet des objets, figure le manque d'interopérabilité lié à des systèmes d’identifiants non uniques ou à des protocoles de communication différents. Il limite les possibilités d'un décloisonnement inter-sectoriel de ces objets, qui permettrait par exemple de relier ceux dédiés au contrôle environnemental à d’autres relatifs à la santé ou aux denrées alimentaires. Il crée aussi des environnements propriétaires. L'influence des géants du numérique pourrait de surcroît être renforcée, par l'intégration de ces technologies aux processus industriels et par les informations stratégiques alors potentiellement accessibles à des tiers.

Les objectifs de l'Union européenne sont de conserver la maîtrise de ses données industrielles et de celles de ses citoyens utilisant des objets, et de faire valoir ses principes sur la protection des informations personnelles et des libertés. Pour cela elle devra, selon les auteurs, proposer des alternatives technologiques, peser davantage sur l'élaboration des normes et standards mondiaux de ces technologies, et établir le cadre réglementaire de leur mise en œuvre dans les États membres.

Jérôme Lerbourg, Centre d'études et de prospective

Source : Afnic

16:38 Publié dans IAA | Lien permanent | Tags : internet des objets, industrie agroalimentaire, sécurité numérique, big data, technologies |  Imprimer | | | | |  Facebook

17/05/2021

Les mondes légumiers et maraîchers en Normandie

P. Guillemin (ESO Caen) a consacré sa thèse de géographie aux productions de légumes dans l'ancienne région Basse-Normandie (Calvados, Manche et Orne). Elle vient d'être récemment mise en ligne sur le site HAL (archives ouvertes pluridisciplinaires). La première partie présente les grandes tendances repérables en France : concentration, intégration et internationalisation, défis liés à la réduction croissante des traitements phytosanitaires, difficultés de recrutement des salariés, installations hors cadre familial, développement de l’agriculture biologique et des circuits courts, etc.

Positionnant ses travaux par rapport aux sources disponibles, l'auteur rappelle l'utilité des concepts de « filière » et de « bassin » pour étudier l'évolution de ces agricultures. L'exploitation du Recensement agricole de 2010 lui permet d’identifier et de localiser douze types d'exploitations, depuis les grandes structures légumières « aux allures de firme » jusqu'aux petits maraîchages diversifiés en circuits courts de proximité, en passant par des formes mixtes avec des grandes cultures ou de la polyculture-élevage (figure ci-dessous). Pour bien saisir les nombreuses installations sur de petites surfaces, au cours des années 2010 (maraîchage bio, permaculture), cette approche est complétée par la constitution d'une base de données à partir des pages locales du quotidien Ouest-France, qui mettent régulièrement en avant ces sujets. L'auteur y relève une sur-représentation du petit maraîchage biologique, en circuits courts, et une « sous-médiatisation des exploitations agricoles productivistes, de dimensions foncières importantes et commercialisant en circuit long », pourtant largement majoritaires.

Représentation graphique des douze types d’exploitations légumières

maraichage.jpg

Source : P. Guillemin, HAL

Lecture : les exploitations légumières et maraîchères sont réparties selon leur taille (en abscisses) et les caractéristiques du collectif de travail (en ordonnées).

Sur la base de cette analyse structurelle, P. Guillemin délimite des zones (périurbaines) ou des (micro-)bassins de productions légumières et maraîchères, et met en évidence des trajectoires socio-économiques variées (adaptation, crise, reconversion, émergence). Enfin, inspiré par les travaux de G. Laferté sur les céréaliculteurs (voir un billet précédent), il éclaire, en s'appuyant sur des observations et des entretiens, la stratification des mondes légumiers et maraîchers bas-normands. Il met en évidence une hétérogénéité sociale croissante, marquée par l'embourgeoisement des « gros » légumiers, le « déclassement » de petits exploitants en difficulté et l'arrivée de « maraîchers créateurs ». Ces derniers, liés à l'élite culturelle locale demandeuse d'alimentation éthique, sont mis en valeur par le marketing territorial et la presse.

Florent Bidaud, Centre d'études et de prospective

Source : HAL

Le positionnement toujours spécifique des femmes dans les exploitations agricoles

La revue Travail, genre et sociétés consacre le dossier de son dernier numéro aux agricultrices, ce qui est l'occasion de revenir, à l'aide d'approches ciblées, sur certaines des évolutions récentes intervenues (ou pas) depuis les dernières modifications de statut. Ainsi, en 2015, la transparence des GAEC a été appliquée aux groupements entre conjoints, ces derniers étant permis depuis 2010.

Le dossier s'ouvre par un entretien avec la sociologue Rose-Marie Lagrave, qui a largement participé à l'affirmation d'un courant de recherche sur les femmes en agriculture. Ces dernières étaient en effet, selon elle, « invisibilisées » sur les plans statistique, professionnel et social. Si des progrès ont été accomplis au fil des années, avec des avancées majeures en matière de droits sociaux (retraite, formation, accidents du travail, etc.), au cours des années 2000, les recherches sur l'activité des femmes en agriculture, leur positionnement et leurs trajectoires professionnelles restent encore peu nombreuses. De même, en dépit des combats menés pour une meilleure reconnaissance professionnelle et sociale, elles sont restées en marge des mouvements féministes, pour lesquels elles symbolisaient l'adhésion à un modèle patriarcal inégalitaire.

De son côté, Alexandre Guérillot a mené une enquête auprès de plus de 1 200 femmes, exploitantes agricoles en bio et exerçant sous différents statuts : co-exploitantes, associées, cheffes, salariées sur l'exploitation familiale, etc. Il montre qu'elles sont encore souvent cantonnées à des fonctions « féminines » : administration, soins des animaux, transformation, vente et communication, etc. Pourtant elles sont nombreuses (un quart environ) à souhaiter exercer des fonctions typiquement « agricoles », comme la conduite des engins ou à vouloir peser sur les décisions prises. Plus significatif encore, les trois quarts des répondantes souhaiteraient réduire les tâches qui leur incombent. Dans l'ensemble, les représentations comme les places assignées restent fortement genrées en agriculture.

À partir de l'analyse, en parallèle, des trajectoires parentales et professionnelles d'une cinquantaine de cheffes co-exploitantes en couple, Clémentine Comer met en évidence l'importance de l'investissement dans la maternité et dans les tâches domestiques, comme réponse à un sentiment de déclassement professionnel, pour ces femmes dont la décision de s'installer est plus souvent subie que choisie. Elles cherchent une forme de reconnaissance dans l'engagement en faveur de ce modèle familial autant que professionnel, ce qui les conduit à le défendre.

Muriel Mahé, Centre d'études et de prospective

Source : Travail, genre et sociétés

16:36 Publié dans Exploitations agricoles, Société, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : genre, métiers, exploitations agricoles, femmes |  Imprimer | | | | |  Facebook

14/05/2021

La séquestration de carbone par les exploitations agricoles en France : des opportunités économiques spatialement différenciées

Des chercheurs d'Inrae ont publié dans Agricultural Economics les résultats d'une analyse, spatialement différenciée, des potentiels de séquestration et des coûts de mise en œuvre, par les exploitations agricoles françaises, de trois mesures dédiées : le non-labour, l'allongement de la durée de vie des prairies temporaires et la plantation de haies. Ils s'appuient pour cela sur un modèle d'optimisation de la marge brute des exploitations couvrant 22 régions françaises (selon les périmètres d'avant la fusion de 2015) et 157 groupes représentatifs de structures agricoles.

La comparaison de ces potentiels et de ces coûts permet de dégager plusieurs conclusions. Tout d'abord, bien que la mesure relative à l'extension des prairies temporaires se fasse à coût négatif, elle posséderait un faible potentiel de séquestration à l'échelle nationale (1,2 MtCO2eq). Les haies, qui sont les plus onéreuses à déployer (75 euros par tonne de CO2eq séquestrée), représenteraient le potentiel de séquestration le plus important (14,5 MtCO2eq), devant le non-labour (56 €/t, pour un potentiel de 6,8 MtCO2eq). Les auteurs soulignent cependant l'hétérogénéité spatiale de ces conclusions : les haies seraient par exemple moins chères à mettre en œuvre que le non-labour dans certaines régions (Limousin, Corse, Basse-Normandie, Franche-Comté, Auvergne, Rhône-Alpes). Selon eux, cette hétérogénéité devrait encourager les politiques publiques à privilégier des incitations économiques plutôt que des réglementations contraignantes.

L'analyse détaillée de différents types d'incitations (subventions de 50 €/tCO2eq et de 100 €/tCO2eq), mais aussi de réglementations imposant ces trois mesures de séquestration, montre que ces dernières auraient des effets plus étendus. Les réglementations entraîneraient, par exemple, la réallocation des activités de l’exploitation vers la production animale, et elles feraient augmenter les émissions de GES qui en résultent (figure).

Ce type de recherche pourrait nourrir le débat concomitant à la publication (27 avril) du rapport de la Commission européenne sur l'agriculture carbonée, possible contribution à l'atténuation du changement climatique et à la rémunération des agriculteurs.

Évolution des émissions de GES d'origines végétale et animale par rapport au scénario de référence

GES.jpg

Source : Agricultural Economics

Lecture : en haut, émissions d'origine végétale ; en bas, émissions d'origine animale ; de gauche à droite, non-labour, extension des prairies temporaires, haies. La diminution des émissions de GES est représentée selon le gradient coloré du bleu foncé au bleu clair (en tCO2eq) : -2 864 686 à -2 578 217, -2 578 217 à -2 291 749, -2 291 749 à -2 005 280, -2 005 280 à -1 718 812, -1 718 812 à -1 432 343, -1 432 343 à -1 145 874, -1 145 874 à -859 406, -859 406 à -572 937, -572 937 à -286 469, -286 469 à 0. Le gradient du rouge clair au rouge foncé représente une augmentation des émissions : 0 à 50 000, 50 000 à 100 000.

Marie-Hélène Schwoob, Centre d'études et de prospective

Source : Agricultural Economics