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03/04/2018

Un robot loup pour protéger les cultures japonaises des sangliers et des cerfs

Alors que les loups japonais ont disparu depuis le début du XIXe siècle, un loup d'un nouveau genre a fait son apparition dans les exploitations : le Super Monster Wolf, robot reprenant l'apparence du loup et capable de produire différents types de grognements susceptibles d'effrayer les sangliers et cerfs s'approchant des cultures. Devant le succès des expérimentations menées pendant plusieurs mois, la production devrait passer à un stade industriel, sachant que le débat sur la réintroduction d'un prédateur pour les grands gibiers est particulièrement vif au Japon.

Robot-loup2.jpg

Source : Futurism

Source : Futurism

08:42 Publié dans 5. Fait porteur d'avenir, Protection des végétaux et des animaux | Lien permanent | Tags : japon, robot loup, robot |  Imprimer | | | | |  Facebook

15/03/2018

Une cartographie de l'emprise spatiale de la pêche industrielle grâce au big data

Si la pêche industrielle est source d'enjeux économiques et écologiques importants, son emprise spatiale n'avait jusqu'ici jamais été quantifiée. Le développement récent des systèmes d'identification automatique (SIA) de navires, qui enregistrent en continu les déplacements des bateaux, a permis à une équipe de chercheurs étatsuniens de réaliser un tel travail. Conduit en coopération avec Google, il a fait l'objet d'une publication dans la revue Science.

Les auteurs ont procédé au traitement de 22 milliards de données collectées entre 2012 et 2016. Le recours à des techniques d'apprentissage automatique (construction de réseaux neuronaux convolutifs) leur a permis d'isoler les déplacements de plus de 70 000 navires de pêche. Si cela ne représente qu'une fraction des 2,9 millions de bateaux en activité dans le monde, les auteurs estiment que ces données couvrent la plupart des bâtiments de pêche industrielle (plus de 24 mètres).

L'analyse conduite montre qu'au moins 55 % de la surface des océans, soient 200 millions de km², sont exploités par la pêche industrielle. C'est près de quatre fois la surface utilisée dans le monde pour la production agricole. Les auteurs précisent que ce chiffre est vraisemblablement sous-estimé, en raison de la mauvaise couverture satellite de certaines portions du globe et parce que de nombreux navires pêchant dans les zones économiques exclusives ne sont pas équipés de SIA. Des distinctions s'observent par ailleurs selon le type de pêche considéré : la pêche à la palangre couvre 45 % de la surface des océans, contre 17 % pour la pêche à la senne coulissante et moins de 10 % pour celle au chalut. Enfin, 85 % de « l'effort de pêche » mondial, c'est-à-dire du temps passé en mer, sont réalisés par cinq pays : Chine, Taïwan, Espagne, Japon et Corée du Sud.

Effort de pêche global (A) et par type de pêche (B, C et D), exemples de tracés de déplacements de bateaux (E) et productivité primaire nette des océans (F)

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Source : Science

Dans un second temps, les auteurs ont testé la corrélation entre l'effort de pêche et diverses variables économiques et environnementales : disponibilité de la ressource, température des océans et prix du fioul. Ils concluent que l'effort de pêche est surtout déterminé par des variables sociales et politiques : périodes de vacances des pêcheurs (nouvel an chinois, fêtes de fin d'année), moratoires saisonniers, etc.

Permise par l'analyse de mégadonnées (big data), cette étude apporte un éclairage précieux sur la pêche industrielle. Pour faciliter de futures recherches, les données et résultats ont été mis à disposition via une plate-forme en ligne.

Mickaël Hugonnet, Centre d'études et de prospective

Sources : Science, Global Fishing Watch

11:07 Publié dans Pêche et aquaculture | Lien permanent | Tags : pêche industrielle, cartographie, emprise spatiale, big data |  Imprimer | | | | |  Facebook

L'université de Wageningen publie les résultats d'une étude pilote sur la blockchain

L'université de Wageningen a publié en décembre 2017 les résultats du projet « blockchain pour l'agriculture », conduit dans le cadre d'un partenariat public-privé. Il visait à mieux comprendre les enjeux, la pertinence et l'applicabilité de cette technologie pour le secteur agroalimentaire, sur la base d'une revue de littérature, de la consultation de multiples parties prenantes et du développement d'un test grandeur nature, réalisé sur le raisin de table biologique sud-africain.

La technologie de blockchain, qui repose sur diverses avancées de l'informatique fondamentale et des mathématiques appliquées (comme la cryptographie), garantit l'intégrité et la cohérence de bases de données décentralisées. Elle trouve une application assez naturelle dans les chaînes d'approvisionnement agroalimentaires, qui font face à des défis de traçabilité, de sécurité sanitaire, de transparence des procédés de production et de transformation, et de confiance du consommateur dans l'information qui lui est donnée. La blockchain pourrait faciliter le partage de données sécurisées entre les acteurs du secteur et, à terme, compléter voire se substituer aux processus actuels d'audits par des tierces parties indépendantes.

Le rapport décrit précisément comment le test d'application a été techniquement mis en œuvre, y compris son architecture informatique. Des entretiens avec les acteurs de la chaîne d'approvisionnement étudiée ont permis d'identifier leur positionnement vis-à-vis de la blockchain (voir figure), les menaces et opportunités dont elle est porteuse. In fine, le test démontre la faisabilité technique de cette technologie tout en soulignant ses limites actuelles.

Niveaux de connaissance et d'engagement sur le sujet de la blockchain des parties prenantes clés du projet pilote

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Source : université de Wageningen

De fait, si le potentiel de la blockchain pour le secteur agroalimentaire se confirme, sa valeur ajoutée par rapport à d'autres systèmes informatiques existants est aujourd'hui discutable. En outre, passer de projets pilotes à des déploiements à grande échelle pose encore de nombreuses difficultés tant technologiques (ex : volume de données, lien entre celles-ci et les produits physiques) qu'organisationnelles. En conclusion, le rapport encourage les pouvoirs publics à soutenir et stimuler le développement de cette technologie, notamment via la recherche publique et d'autres projets exploratoires de ce type, et à développer un cadre légal pour l'encadrer.

Vanina Forget, Centre d'études et de prospective

Source : université de Wageningen

11:04 Publié dans Enseignement et recherche | Lien permanent | Tags : blockchain, wageningen, agriculture |  Imprimer | | | | |  Facebook

Impacts de la PAC sur le marché des terres agricoles en Pologne : d'importantes différences suivant les contextes régionaux

Une équipe d'économistes de l'Institut de développement rural et agricole de l'Académie polonaise des sciences a publié, dans Land Use Policy, une analyse des impacts des aides de la politique agricole commune (PAC) sur l'allocation des ressources foncières agricoles dans le pays. Si la capitalisation des droits à paiements dans le prix des terres a été largement étudiée et les facteurs de sa variabilité identifiés, les chercheurs mettent en évidence le rôle incitatif des aides dans le cadre de conflits sur l'accès aux ressources, dans des contextes socio-économiques particuliers aux différentes régions polonaises.

Afin d'isoler les impacts propres aux aides de la PAC, les auteurs ont utilisé le modèle d'équilibre général calculable POLTERM. Après avoir déterminé des zones homogènes de niveaux d'impacts, ils ont cherché à y corréler les caractéristiques régionales pour mesurer et expliquer, par des facteurs associés, les mécanismes de l'influence de la PAC sur les marchés fonciers. Cette analyse des variations de prix des terres et des baux, ainsi que de l'usage agricole ou non des terres à l'échelle intermédiaire des régions (NUTS 2), a mis en évidence des particularités locales marquées.

Impacts des aides des premier et second piliers de la PAC sur le prix des terres agricoles polonaises, de 2004 à 2013 ( %), par région

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Source : Land Use Policy

Les analyses montrent que si les prix ont fortement crû près des villes (ex : régions de Ślaskie, Dolnoślaskie and Łódzkie), cette augmentation est avant tout liée aux reconversions de terres agricoles en terrains constructibles, générant des conflits d'usage importants entre agriculture et développement urbain. Le poids des aides de la PAC est relativement faible, dans l'augmentation des prix des terres dans les régions agricoles éloignées des centres urbains, où les grandes structures issues de l'époque communiste dominent. A contrario, dans les zones où les exploitations de petite taille sont nombreuses, les subventions ont sensiblement contribué à freiner la concentration des terres et à réduire le dynamisme du marché foncier. Comme le soulignent les chercheurs, si les subventions ont limité la déprise agricole dans plusieurs territoires, elles ne contribuent pas à limiter l'artificialisation des sols et freinent les ré-allocations entre petits agriculteurs.

Alexis Grandjean, Centre d'études et de prospective

Source : Land Use Policy

11:02 Publié dans 4. Politiques publiques, PAC | Lien permanent | Tags : pologne, foncier, prix des terres |  Imprimer | | | | |  Facebook

14/03/2018

PAC : les aides couplées à la betterave ont exercé une pression sur les prix et introduit des distorsions de concurrence

Un récent rapport de l'université de Wageningen dresse un bilan critique des impacts des aides couplées aux producteurs de betterave. Mises en place à partir de 2015, dans onze États membres, elles ont contribué à préserver la production dans des zones en déclin. Mais elles ont exercé une pression à la baisse sur les prix et ont introduit des distorsions de concurrence dans le marché commun. Les auteurs se sont appuyés notamment sur des données du Réseau d'Information Comptable Agricole (RICA), permettant d'estimer des marges brutes moyennes par régions et de comparer l'impact sur leurs compétitivités. Ils ont également utilisé un modèle de déplacement d'équilibre afin d'évaluer les effets sur le marché.

Les onze États membres qui ont mobilisé ces aides couplées – la France n'en fait pas partie – correspondent globalement à des zones de production avec peu de surfaces par producteur et de faibles rendements à l'hectare. Ils comptent aussi, en moyenne, des niveaux nettement plus bas de revenu des producteurs. Les aides ayant contribué à maintenir la production dans ces zones en difficulté, elles ont joué dans une certaine mesure la fonction sociale qui leur était accordée dans le Règlement. En incitant à la rotation des cultures, elles ont également, selon les auteurs, contribué à l'objectif environnemental de la PAC.

Mais l'étude identifie aussi des effets négatifs importants. D'une part, ces aides ont introduit des distorsions de concurrence entre les États membres. Les niveaux d'aide couplée varient fortement d'un pays à l'autre. Ils s'étendaient en 2015 de 90 € en Finlande à 610 € en Roumanie, et représentaient une subvention allant de 5 à 50 % du prix payé par l'industriel au planteur. Quatre régions (en Pologne et en Espagne) ont reçu plus de 10 millions d'€ en 2015 à ce titre, alors que 28 régions ont reçu moins d'1 million d'€. D'autre part, ces aides ont induit une hausse de la production et une baisse des prix de l'ordre de 4,5 %, affectant l'ensemble des producteurs de l'UE.

In fine, les auteurs concluent à la nécessité de mieux cibler les bénéficiaires de ces aides, et recommandent d'inciter les États membres à mieux justifier leur mise en place.

Montants des aides couplées à l'hectare dans les 60 régions bénéficiaires les plus importantes en volumes de production

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Source : université de Wageningen

Alexandre Martin, Centre d'études et de prospective

Source : université de Wageningen

10:59 Publié dans 2. Evaluation, 4. Politiques publiques, PAC | Lien permanent | Tags : wageningen, betterave, aides couplées |  Imprimer | | | | |  Facebook

Impact de la politique européenne de protection des indications géographiques sur la performance à l'export des États membres

Le consortium de recherche Strenght2Food, financé par le programme Horizon 2020 de l'Union européenne (UE), a publié en février dernier une étude analysant la relation entre politique de protection des indications géographiques (IG) de l'UE et performances à l'export des États membres, à partir notamment de la base de données DOOR. Elle revêt un intérêt particulier dans le cadre des négociations des accords commerciaux entre l'Union et ses partenaires, et contribue également à la compréhension du rôle de la qualité dans la compétitivité hors coût à l'export.

À partir d'un travail empirique portant sur la période 1996-2014 au niveau mondial, l'étude cherche à valider les principales prédictions des modèles intégrant le critère de qualité dans les programmes d'optimisation des agents économiques (quality sorting models), en termes d'impacts des IG sur le volume (intensive margin) et de nombre (extensive margin) de produits exportés. Sur la base d'une analyse de corrélation simple, montrant une relation positive entre performance à l'export et adoption d'IG par les pays (figure ci-dessous), le modèle économétrique confirme cette relation et met en évidence un impact différencié selon que le pays importateur dispose également, ou non, d'indications géographiques. Lorsque ce dernier n'a pas adopté d'IG pour le produit considéré, la concurrence pour entrer sur son marché est moindre, et l'effet positif est alors maximal tant sur les volumes (+2,2 % pour les exports hors UE) que sur la diversité de produits exportés (+ 0,2 %). Les résultats montrent notamment que l'adoption d'une nouvelle IG génère un effet de réputation, sur la qualité, qui peut bénéficier aux exportations d'autres produits sans IG au sein de la même catégorie. En revanche, lorsque seul le pays importateur dispose d'une IG, cette dernière impacte négativement les échanges, en agissant comme une barrière à l'entrée pour les pays exportateurs de denrées similaires sans IG.

Enfin, les résultats de l'analyse suggèrent que l'adoption d'indications géographiques, par les pays européens, génère un effet de montée en gamme (upgrading) en matière de qualité des produits exportés, à l'intérieur et à l'extérieur du marché communautaire. Pour les échanges avec le reste du monde, l'adoption d'IG par les États membres induit une augmentation de 0,2 % ou 0,5 % des valeurs unitaires à l'exportation (indicateur retenu comme proxy pour la qualité des produits), selon que le pays importateur dispose également, ou non, d'une IG.

Corrélations entre indications géographiques et performances à l'export de l'UE avec le reste du monde : volume (extensive margin) et nombre (intensive margin) de produits exportés

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Source : Strenght2Food

Raphaël Beaujeu, Centre d'études et de prospective

Source : Strenght2Food

Perspectives pour la future politique agricole britannique : briefing paper de la Chambre des Communes

Un briefing paper de la Chambre des Communes du Royaume-Uni fait le point sur la question de la future politique agricole britannique, en compilant les sources majeures d'informations, les développements récents et les déclarations des acteurs politiques, des professionnels du secteur et des parties prenantes. Après un rappel des principales statistiques agricoles et agroalimentaires, le document aborde divers sujets : formes de soutien aux agriculteurs après 2019 suite à la sortie de la Politique agricole commune (PAC), perspectives réglementaires (pesticides, OGM, labels, règles sur l'origine des produits), commerce et normes, marché du travail.

Le document rappelle les orientations générales présentées par Michael Gove, Secrétaire d'État à l'Environnement, à l'Alimentation et aux Affaires rurales, dans son discours du 5 janvier 2018 à la Oxford Farming Conference : développer une politique alimentaire cohérente et une « nouvelle métrique » en matière de labels de qualité, fournir aux agriculteurs des outils et le temps de s'adapter à la transition, déployer une nouvelle approche des soutiens aux exploitants agricoles fondée sur les biens publics, et penser « capital naturel » en matière d'utilisation et de gestion des sols. Le briefing paper évoque également la question des besoins et circonstances particulières des Nations (Écosse, Pays de Galles, Irlande du Nord), en rappelant les déclarations du gouvernement britannique en faveur d'un « cadre agricole commun » permettant de les refléter.

Un calendrier de la transition vers une nouvelle politique agricole, issu de la compilation par les auteurs des informations disponibles, comprend trois phases principales : poursuite des paiements européens, puis phase de transition entre 2020 et 2024 garantissant les paiements mais avec d'éventuelles réductions pour les niveaux les plus élevés, et, à partir de 2024, nouveau système basé sur le principe « argent public pour biens publics ».

Principales étapes de la transition vers une nouvelle politique agricole au Royaume-Uni et vers un soutien agricole en Angleterre

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Source : House of Commons

Sur les réglementations, les discours se réfèrent au Plan environnemental à 25 ans du gouvernement (lutte intégrée, protection des sols, etc.), mais des discussions subsistent sur de possibles évolutions après la sortie de l'Union européenne (évaluation des pesticides fondée sur les risques, etc.). Enfin, un point de vigilance porte sur les possibles tensions sur la main-d’œuvre dans l'agriculture et l'agroalimentaire, notamment pour le recours à des travailleurs saisonniers en provenance de l'UE.

Julien Hardelin, Centre d'études et de prospective

Source : House of Commons

10:53 Publié dans 4. Politiques publiques | Lien permanent | Tags : brexit, politique agricole, house of commons |  Imprimer | | | | |  Facebook

13/03/2018

Identifier et valoriser les compétences transversales pour faciliter les mobilités professionnelles

Les compétences transversales, mises en œuvre dans des métiers très différents, peuvent faciliter la mobilité professionnelle. C'est l'un des résultats d'un récent document de travail de France Stratégie qui poursuit, par là, son analyse approfondie de l'évolution des métiers et des compétences.

Ce travail original s'appuie d'abord sur l'enquête « Conditions de travail » de la Dares pour identifier, pour 75 familles professionnelles, des situations de travail types mettant en œuvre des compétences transversales : celles-ci sont génériques, non spécifiques, telles que les compétences « socles » (lecture, écriture, calcul, numérique) et les compétences comportementales. Puis, dans un second temps, le panel annuel de l'enquête « Emploi » de l'Insee est utilisé pour déterminer les facteurs expliquant les mobilités professionnelles entre métiers. L'analyse porte essentiellement sur les salariés, pour lesquels l'enquête « Conditions de travail » est plus détaillée. On peut notamment citer les salariés de l'agriculture et du maraîchage-viticulture, les techniciens et cadres de l'agriculture, les ouvriers et techniciens des industries de process (dont font partie les industries agroalimentaires, IAA), les métiers des services à la personne (SAP).

Au total, 16 situations de travail ont été associées à des compétences transversales spécifiques : par exemple, le travail en environnement physique contraint requiert une capacité à adopter des gestes et postures adaptés. Les métiers sont ensuite classés en fonction de l'importance de la mobilisation de chacune des compétences transversales, rapprochant des familles professionnelles a priori éloignées : ainsi, la prise en charge des risques et l'application de normes de qualité sont partagées par les jardiniers, les bouchers-charcutiers, les ouvriers des IAA ou du BTP, les médecins et les militaires.

Des compétences transversales communes à des familles de métiers très diverses

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Source : France Stratégie

Cette proximité de situations de travail et de compétences transversales associées explique, en partie, les mobilités professionnelles constatées. Toutefois, certains facteurs peuvent venir réduire les flux entre secteurs, lorsque les métiers sont fortement genrés (ex : services à la personne), géographiquement concentrés (ex : viticulteur) ou reposent sur une technicité spécifique (ex : boucher-charcutier ou boulanger).

En réalisant une cartographie des compétences transversales par métiers, cette étude met en évidence leur importance et la nécessité de les valoriser, surtout pour les salariés les moins qualifiés, afin de favoriser des mobilités professionnelles choisies, mais également pour répondre à la demande des secteurs en tension, parmi lesquels les IAA, l'agriculture et les SAP.

Muriel Mahé, Centre d'études et de prospective

Source : France Stratégie

10:49 Publié dans Travail et emploi | Lien permanent | Tags : compétences, compétences transversales, france stratégie, mobilités |  Imprimer | | | | |  Facebook

À partir de la cohorte NutriNetSanté, une étude éclaire les liens entre consommation de produits ultra-transformés et risques de cancers

Publié dans The BMJ en février 2018, un article présente les résultats d'une étude épidémiologique évaluant, pour la première fois, l'association entre consommation de produits ultra-transformés et risques de cancers. Constituant l'une des quatre catégories de la classification NOVA (classification des produits selon leur degré de transformation), ces produits (snacks salés ou sucrés, desserts industriels, sodas, nuggets de poulet ou de poisson, soupes instantanées, etc.), représentent une part croissante dans les régimes alimentaires des pays développés (de 25 à 50 % des apports énergétiques journaliers totaux). Un champ d'étude s'est récemment développé sur leurs effets potentiels sur la santé.

Les auteurs se sont appuyés sur les données de consommation alimentaire, détaillées et actualisées, de participants de la cohorte française NutriNetSanté (lancée en 2009), croisées avec des informations issues des bases de données de l'assurance maladie et sur les causes médicales des décès (CépiDC). Près de 105 000 participants (78 % de femmes, moyenne d'âge de 43 ans) ont été intégrés dans l'étude. Les produits ultra-transformés représentent environ 19 % de leur consommation alimentaire globale, le schéma ci-dessous détaillant la contribution de chaque groupe de denrées. Les individus utilisant le plus ces produits sont plus jeunes, fumeurs réguliers, de niveaux d'éducation et d'activité physique moins élevés, et ont une famille comptant moins de cas de cancers que la moyenne ; ils se distinguent également par une consommation plus forte en énergie, lipides, glucides et sel, et moins importante en alcool.

Contribution relative de chaque groupe de produits à la consommation de produits ultra-transformés

BMJ.jpg

Source : The BMJ

Par ailleurs, il apparaît qu'une augmentation de 10 % de la proportion des produits ultra-transformés dans le régime alimentaire est associée à une hausse significative de 12 % des risques de cancers en général et de 11 % des risques de cancer du sein. Les auteurs avancent plusieurs hypothèses pour expliquer ces résultats et soulignent différentes limites de leurs travaux (proportion importante de femmes, recul de quelques années seulement, etc.) : ils appellent ainsi à les confirmer par des études portant sur d'autres populations et contextes, et visant à mieux comprendre les effets de la composition nutritionnelle, des additifs alimentaires, des matériaux en contact, et des contaminants néoformés. In fine, pour contribuer à la prévention des cancers primaires, et s'appuyant sur le « principe de précaution », ils invitent à mettre en place des politiques publiques axées sur la reformulation, la taxation et la restriction du marketing des produits ultra-transformés, ainsi que sur la promotion des produits frais ou peu transformés.

Julia Gassie, Centre d'études et de prospective

Source : The BMJ

Agir sur les consommations alimentaires : l'Argentine et le contexte latino-américain

Cet article, publié dans la revue Oilseeds & fats Crops and Lipids, analyse l'évolution des consommations alimentaires et des politiques publiques nutritionnelles en Amérique latine, et plus particulièrement en Argentine. En 2014, 60 % de la population de ce pays étaient concernés par des problèmes de surpoids ou d'obésité. Entre 1961 et 2011, si le nombre de calories consommées n'a pas augmenté, la composition du régime alimentaire a changé, en raison notamment de l'évolution des prix relatifs des aliments et du pouvoir d'achat : + 40 % de sucres, + 50 % d'huiles végétales, - 50 % de fruits et légumes, - 12 % de viandes, avec une part croissante des produits ultra-transformés.

L'article s'intéresse plus précisément à une expérience, réussie selon l'auteure, de remplacement des acides gras trans de l'huile de tournesol, en partie responsables des maladies non transmissibles (dont cardiovasculaires) liées au surpoids et à l’obésité. L'initiative « Argentina 2014 Libre de Grasas Trans », qui a servi de modèle dans d'autres pays latino-américains, est le résultat d'une collaboration entre l'Universidad Nacional de La Plata et Dow Agrosciences : elle a abouti au développement d'une nouvelle variété de tournesol riche en acide oléique, améliorant les qualités nutritionnelles des produits transformés sans incidence sur les prix à la consommation. 40 % des acides gras trans produits en Argentine ont ainsi été remplacés

Plus largement, en Amérique latine, les politiques nutritionnelles, dont l’ancienneté, la diversité et le degré de succès varient, ont été confrontées à la coexistence de l'insécurité alimentaire (faim, malnutrition, déficits en micronutriments) et de la surcharge pondérale qui touche, selon les pays, entre 38 % et 69 % de la population. Faute d'une définition d'une politique alimentaire et nutritionnelle cohérente, les efforts des États ont suivi une logique d'accumulation de mesures et d'actions qui, pour l'auteure, a nui à la réussite des stratégies dédiées.

Hugo Berman, Centre d'études et de prospective

Source : Oilseeds & fats Crops and Lipids

12/03/2018

Le suicide des agriculteurs exploitants en France

Santé publique France et la Caisse centrale de la mutualité sociale agricole (CCMSA) se sont associées, afin de produire des indicateurs de mortalité par suicide chez les agriculteurs. Des travaux de 2014 ont été reconduits et complétés par une analyse de l'évolution de la mortalité par suicide et des caractéristiques socio-professionnelles des agriculteurs concernés entre 2007 et 2011. Les résultats ont été publiés en février 2018 dans le troisième rapport de l'Observatoire national du suicide et en particulier dans deux fiches (n°4 et n°5).

L'analyse des caractéristiques socio-professionnelles associées à un risque plus élevé de suicide, chez les hommes exploitants, est basée sur les données (CCMSA et CépiDc) disponibles de 2007 à 2011, et porte sur un total de 1 717 500 observations (soit en moyenne 343 500 hommes par an). Durant cette période, 674 décès par suicide d’hommes exploitants agricoles ont été recensés. Les résultats montrent qu'en 2007 et en 2011, la mortalité par suicide dans cette population n’est pas plus élevée que dans la population générale. En revanche, une surmortalité par suicide est observée en 2008 (+ 28 %), 2009 (+ 22 %) et 2010 (+ 20 %). Elle n'est pas statistiquement significative chez les femmes agricultrices.

Les auteurs identifient plusieurs facteurs augmentant le risque de suicide chez les agriculteurs : un âge compris entre 45 et 54 ans, une exploitation à titre individuel, une activité d’exploitant à titre exclusif, une surface agricole utile comprise entre 20 et 49 hectares et la localisation de l'exploitation dans certaines régions. Aucun secteur d’activité n’apparaît associé à un risque plus élevé de mortalité par suicide. Cependant, une analyse spécifique en élevage bovin montre qu'il est particulièrement touché (voir la figure ci-dessous). Ainsi, les éleveurs de bovins viande présentent un excès de mortalité par suicide statistiquement significatif en 2008 (+ 127 %) et en 2009 (+ 57 %). Ceux produisant du lait ont, quant à eux, un excès de mortalité statistiquement significatif en 2008 (+ 56 %), 2009 (+ 47 %) et 2010 (+ 51 %). Cette surmortalité pourrait donc être, en partie, liée à la crise qui a touché le secteur durant cette période et a fortement affecté les revenus des éleveurs bovins.

Évolution des Ratios Standardisés de Mortalité (SMR, rapport du nombre de décès observés et attendus qui sont calculés à partir des taux spécifiques de mortalité de la population française) par suicide chez les hommes éleveurs bovin lait et éleveurs bovin viande, de 2007 à 2011

Suicide.jpg

Source : CCMSA et CépiDc-Inserm

Sur cette thématique, on pourra également se reporter à la thèse de Nicolas Deffontaines, soutenue en septembre 2017, montrant que les liens sociaux et la famille constituent un facteur majeur de protection contre le suicide.

Estelle Midler, Centre d'études et de prospective

Source : Observatoire national du suicide

Revue Historia Agraria : analyse comparée de la gestion des espaces agraires en Irlande et Espagne au haut Moyen Âge

La revue Historia Agraria propose une approche interdisciplinaire en histoire agricole et rurale, sur des sujets qui concernent particulièrement l'Espagne, mais aussi d'autres zones géographiques dont l'Amérique latine. Diverses questions y sont abordées : foncier agricole, réformes agraires, gestion de l'eau, etc. Publié en début d'année, le numéro 73 comporte plusieurs contributions sur la thématique du lait : exploitations laitières suédoises des années 1920 à 1990, histoire de la qualité sur le marché britannique, évolution du régime alimentaire espagnol entre 1950 et 1965, etc. Il intègre également un article traitant des courants historiographiques à l’œuvre, aux XXe et XXIe siècles, dans les travaux sur la gestion collective des espaces ruraux au haut Moyen Âge. Initialement, le point de vue de ces études, partant d'une interprétation partielle des sources archéologiques et historiques, préjugeait d'un contrôle des terres exercé au niveau de l'unité familiale (propriété privée), en laissant de côté les pratiques qui auraient pu suggérer une gestion collective. À partir des années 1970, de nouvelles perspectives dans la lecture des sources ont étayé des interprétations sur le rôle des institutions et des logiques collectives, renouvelant les travaux historiques en la matière.

L'auteur mène une analyse comparée des études sur l'Irlande et le Nord-Ouest de la péninsule Ibérique, portant sur deux modes d'organisation et de gestion des espaces agricoles, respectivement le rath et les sernas. En Irlande, la tradition historiographique est longtemps restée centrée sur la notion de propriété privée, perspective qui a changé au cours des deux dernières décennies avec l'étude du cadre normatif. Dans le cas de l'Espagne, à partir des années 1970, s'est développée une approche fondée sur l'analyse de l'émergence des élites locales et des pouvoirs seigneuriaux, ainsi que de leurs relations avec les communautés paysannes.

Pour l'auteur, les évolutions dans les approches scientifiques, et les éclairages en découlant, sur les diverses logiques d'organisation et de régulation collective des acteurs, ont permis de reconsidérer les stratégies d'utilisation des espaces ruraux et leur impact dans les processus socio-économiques et politiques plus larges.

Hugo Berman, Centre d'études et de prospective

Source : Historia Agraria

10:38 Publié dans Agriculteurs, Société | Lien permanent | Tags : histoire, historia agraria, gestion collective, espaces ruraux, irlande, espagne |  Imprimer | | | | |  Facebook

Le clonage des animaux, un soutien pour le tourisme en 2070 ?

La revue Futures a publié, dans son numéro de janvier 2018, une analyse prospective envisageant le clonage des animaux pour répondre à la demande touristique dans les années 2070. L'auteur, maître de conférences à l'université Central Lancashire, s'intéresse à des thématiques actuelles, porteuses de développements potentiellement importants (tourisme) ou sujettes à débats (clonage). Il s'appuie sur de nombreuses publications relatives à la biodiversité et à la disparition d'espèces, au clonage animal, à la pratique de la chasse et au tourisme. Sur la base de ce matériau, trois scénarios sont établis, suivant une approche pragmatique, et présentés à partir d'une méthode narrative mettant en scène des situations particulières. Cela donne à voir des utilisations potentielles futures du clonage animal.

Dans le premier scénario (« Food Tourism: Luxury species dining »), le clonage est utilisé dans le cadre du tourisme culinaire au Japon, pays attractif notamment pour son patrimoine gastronomique : il s'agit de faciliter l'approvisionnement et la consommation de produits issus d'espèces rares (salamandre géante, tortue verte ou chèvre markhor). Dans le deuxième scénario (« Cloning animals for sport hunting »), le clonage du gibier favorise l'organisation, par un voyagiste, de chasses sportives d'animaux clonés en Afrique du Sud, pays où ce type de chasse est courant. Le clonage permettrait ici aux amateurs de continuer à pratiquer leur loisir malgré la baisse des effectifs animaux. Enfin, le troisième scénario (« Cloning animals for education & conservation: Future safari zoo ») dépeint un « zoo-safari » aux États-Unis (zones de grands espaces et parcs nationaux), peuplé d'animaux clonés pour préserver des espèces choisies pour être protégées, voire des animaux disparus. Ces trois situations mettent en exergue un tourisme élitiste, répondant aux attentes de consommateurs exigeants et prêts à payer un prix élevé pour des expériences devenues rares (approche déjà envisagée dans un précédent rapport sur le futur du tourisme). Le problème de la disparition d'espèces animales est également abordé, l'utilisation du clonage dans ce cas faisant aujourd'hui débat.

Madeleine Lesage, Centre d'études et de prospective

Source : Futures

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09/03/2018

L'histoire de l'Inra, entre science et politique, Pierre Cornu, Egizio Valceschini, Odile Maeght-Bournay

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Pierre Cornu, Egizio Valceschini et Odile Maeght-Bournay se sont attelés à écrire une histoire globale de l'Inra, l'Institut national de la recherche agronomique, de sa création en 1946 à 2012. L'ouvrage, qui repose sur une abondante documentation écrite et orale, rappelle dans sa première partie (1946-1969) les conditions de création de l'Institut dans une France sinistrée par deux conflits mondiaux, et mobilisée pour moderniser son agriculture. Il revient ensuite sur la période de « mue libérale des sociétés industrialisées » (1969-1989), en soulignant la contribution de l'Inra à l'industrialisation de l'alimentation ainsi que les contradictions de son positionnement en faveur des innovations biotechnologiques. Enfin, sa dernière partie est consacrée aux efforts de réorientation, au fil des crises et des chantiers de réforme de l’État dans les années 1990-2012.

Cette histoire endosse largement le point de vue des dirigeants interviewés (par exemple sur « le renversement de positions » opéré avec un État « oublieux de ses missions », que la recherche doit aiguillonner pour qu'il ne renie pas son rôle de « pilotage stratégique »), mais elle ne manque pas de finesse. La description des tactiques employées et des réseaux d'influence dont jouent les dirigeants de l'Institut, dans les années 2000, pour assurer ses moyens dans un contexte de rigueur budgétaire, et « se distinguer davantage encore du monde des universités et du CNRS », est particulièrement synthétique. À propos de la mise en place de l'Agence nationale de la recherche (ANR), puis de l'Agence d'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur (AERES), l'ouvrage souligne ainsi le « paradoxe d'une libéralisation qui produit une bureaucratisation », rendant nécessaire un redoublement « d'efforts pour intégrer les nouveaux lieux de consultation et de décision ».

Enfin, le dernier chapitre met en perspective les nombreux atouts de l'Institut pour répondre aux défis du temps présent. Il fournit d'utiles éclairages sur les convergences fluctuantes entre des problématiques telles que la sécurité alimentaire globale, la ruralité, le développement durable, la bioéconomie ou encore l'agro-écologie, « nouveau concept intégrateur de la recherche agronomique publique » et véritable « régénération » de « l'idéal de progrès porté avec constance par les cadres de l'Inra ».

Florent Bidaud, Centre d'études et de prospective

Lien : Éditions Quæ

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Quels instruments économiques pour lutter contre la résistance aux antibiotiques ?

Publié mi-février 2018, le numéro 215 de Trésor-Éco est consacré aux instruments économiques pour lutter contre la résistance aux antibiotiques, en santés humaine et animale. Les auteurs rappellent tout d'abord la nécessité d'une réponse coordonnée au niveau international, basée sur trois types de politique visant la réduction de la consommation, la rationalisation de l'utilisation des molécules et la stimulation de l'innovation pharmaceutique. Le cadre actuel de la protection intellectuelle (PI) n'apparaissant pas adapté à la R&D sur les résistances microbiennes, plusieurs propositions sont présentées. Il s'agirait, d'une part, d'adapter le régime de PI : généralisation et harmonisation au niveau mondial du principe de certificat complémentaire de protection ; extension du bénéfice de ce certificat jusqu'à la première commercialisation. Une comparaison des différents systèmes d'incitations à la R&D est ainsi présentée dans la note. Un fonds de récompense de la mise sur le marché d'un nouvel antibiotique (contre cession des droits de PI) pourrait, d'autre part, être créé au niveau mondial, les auteurs en discutant les modalités d'application. Pour eux, l'installation d'un tel fonds servirait de test à une utilisation dans d'autres domaines, notamment la lutte contre les conséquences du réchauffement climatique.

Source : Direction générale du Trésor