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06/09/2019

Créer un futur alimentaire durable

Sous-titré « un menu de solutions pour nourrir près de 10 milliards d'hommes en 2050 », ce rapport sur les ressources mondiales dédié au futur alimentaire planétaire, paru en juillet 2019, se propose de démontrer qu'il est possible de nourrir le monde de manière durable à cette échéance et en détaille les modalités techniques. Les travaux de recherche et de modélisation ont été portés par le World Resources Institute, l'Inra et le Cirad, aux côtés de la Banque mondiale et des programmes des Nations unies pour le développement (PNUD) et l'environnement (PNUE). Ils proposent cinq leviers d'action pour piloter la transition des systèmes alimentaires : réduction de la demande alimentaire (moins de pertes et de gaspillage, transition démographique), intensification écologique des systèmes de production (gains de productivité, réduction des intrants, maintien de la surface agricole utile actuelle), réduction du cheptel de ruminants couplée à la reforestation des pâturages marginaux, et stimulation de l'innovation technologique.

Source : World Resources Institute

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08/07/2019

Variété des cultures et moindre risque de pénuries alimentaires

Selon un article publié dans la revue Nature par des chercheurs de l'université du Minnesota, une plus grande diversité des cultures d'un pays accroîtrait la stabilité des récoltes alimentaires nationales et atténuerait les fortes baisses de rendements. Les auteurs ont testé l’hypothèse dite de l'« effet portefeuille », qui anticipe les conditions dans lesquelles la diversité peut conduire à une plus grande stabilité. Pour cela, ils ont analysé près de 50 années de données (1961-2010) de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), sur les rendements annuels de 176 espèces cultivées dans 91 pays. Leur travail mobilise notamment l'indice de Shannon, relatif à la diversité spécifique, et tient compte d'autres variables : irrigation, fertilisation, précipitations, température, etc. À l'aide d'analyses économétriques permettant des extrapolations à partir des données disponibles, ils mettent en évidence plusieurs résultats.

Les pays où la diversité des cultures est parmi les plus faibles ont une forte probabilité de subir une grave pénurie alimentaire, environ tous les huit ans, alors que cette fréquence est aux alentours de 100 ans pour ceux dont la diversité des cultures est parmi les plus élevées. De plus, une grande variété de cultures rehausserait les rendements nationaux indépendamment des autres variables étudiées. De bonnes capacités d'irrigation auraient des effets stabilisateurs, réduisant le nombre d'années avec pénuries alimentaires graves, à l'inverse de l'instabilité des températures et des précipitations.

Déterminants de la stabilité du rendement calorique national

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Source : Nature

Lecture : les coefficients montrent l'ampleur de l'effet de chaque variable (régression multiple du logarithme) sur la stabilité du rendement national ; en a), régression utilisant la diversité effective des groupes de cultures ; en b), régression utilisant la diversité effective des espèces cultivées. Les astérisques indiquent la significativité de chaque prédicteur : ***P < 0.001 ; NS, non significatif (P > 0,05).

Les résultats suggèrent que les pays peuvent avoir des approvisionnements alimentaires plus stables en augmentant de manière appropriée la diversité des cultures, ce qui permettrait aussi aux agriculteurs de mieux stabiliser leurs revenus. Les chercheurs concluent que cette diversification compléterait les avantages des nouvelles variétés tolérantes à la sécheresse, de l'irrigation accrue, des cultures intercalaires et d'un commerce plus important et plus transparent.

José Ramanantsoa, Centre d'études et de prospective

Source : Nature

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06/05/2019

Rapport mondial sur les crises alimentaires en 2018

Le Food Security Information Network (FSIN) a publié récemment la troisième édition de son rapport sur les crises alimentaires. Fruit d'un travail collectif associant diverses organisations internationales et mobilisant des méthodes rigoureuses, ce document présente une synthèse des crises survenues en 2018, détaille les 27 principales et identifie les causes et risques potentiels pour 2019.

L'année passée, plus de 113 millions de personnes ont connu des situations de faim avancée nécessitant une aide d'urgence : 53 pays sont concernés, sachant que huit rassemblent les deux tiers de ces individus. Les principales causes identifiées sont les conflits et l'insécurité (pour 74 millions de personnes), les catastrophes naturelles et climatiques (29 millions) et les chocs économiques (10,2 millions). En dix ans, les besoins d'aide ont augmenté de 127 %, parmi lesquels 40 % destinés aux problématiques agricoles et alimentaires. Ce constat amène les auteurs à appeler à de nouveaux modes de coordination de l'ensemble des interventions humanitaires.

Cadre harmonisé de classification de la sécurité alimentaire

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Source : Food Security Information Network

Source : Food Security Information Network

10/04/2019

La nutrition dans un monde globalisé. Bilan et perspectives à l'heure des ODD, Yves Martin-Prével, Bernard Maire (coor.)

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Jamais les questions de nutrition n'ont bénéficié d'autant d'attention et d'interventions à l'échelle internationale. Ce livre décrit les étapes et les conditions de cette lente affirmation, et les principaux défis du moment. Rédigé par quelques uns des meilleurs spécialistes français et canadiens du sujet (médecins, agronomes, économistes, gestionnaires de programmes d'aide), il offre un excellent panorama des dispositifs institutionnels et des actions de terrain, des avancées scientifiques, mais aussi des représentations politiques et morales véhiculées par les acteurs.

Plusieurs chapitres font une lecture historique des débats, depuis « la faim dans le monde », relevant de l'urgence humanitaire traditionnelle, jusqu'à l'approche intégrée contemporaine de la « sécurité alimentaire et nutritionnelle », mobilisant un nombre élevé « d'initiatives » et de « mouvements », de centres de décision et de contrôle, aux frontières parfois floues et aux résultats difficiles à évaluer. De décennies en décennies, la question a néanmoins toujours été traitée sous un angle agricole et malthusien, en termes de « disponibilités » puis « d'accès », les vraies nouveautés récentes consistant en l'affirmation du secteur privé et du thème de la « souveraineté alimentaire ».

Une autre série de textes expose les principales pathologies actuelles : malnutrition aiguë de l'enfant, malnutrition plus chronique des adolescents et adultes, carences en protéines et micronutriments (vitamine A, fer, zinc, thiamine, riboflavine), surpoids et obésité, diabète, etc. Les conséquences n'en sont que trop bien connues : retard de croissance physique et de développement psychique, déficience immunitaire, maladies chroniques dites « de civilisation » ou « de surcharge », et, plus largement, moindre niveau d'éducation et perte de capital humain, productivité économique réduite, pauvreté endémique et coûts budgétaires.

Enfin, d'autres articles se concentrent sur l'évolution des priorités politiques, sur les stratégies d'intervention, les jeux d'acteurs et la gouvernance mondiale. Ils insistent tous sur quelques grands principes à faire prévaloir : approche multifactorielle, recherche d'équité, travail partenarial, actions décentralisées, durabilité et redevabilité, mais aussi « promotion de la santé » permettant aux individus et aux populations d'accroître le contrôle de leur propre santé. À l'avenir il faudra surtout, selon les auteurs, lutter contre la fragmentation et le chevauchement des initiatives, favoriser les dispositifs intégrateurs, améliorer le management et mieux faire se parler agronomes, humanitaires et spécialistes du développement. Il faudra aussi établir des plaidoyers basés sur des connaissances étayées et partagées, pouvant garantir l'attention politique et des financements de long terme.

Bruno Hérault, Centre d'études et de prospective

Liens : éditions Karthala, éditions IRD

03/04/2019

Ingénieurs sans frontières propose une « sécurité sociale alimentaire »

Le groupe « Agriculture et souveraineté alimentaire » d'Ingénieurs sans frontières a publié, le 13 mars 2019, une proposition détaillée intitulée Pour une sécurité sociale alimentaire. Partant de différents constats, les auteurs s'appuient sur le modèle de la sécurité sociale pour envisager le principe et les modalités de la distribution d'une aide mensuelle de 150 €/mois à tous les Français. Disponible sur la carte vitale et potentiellement modulé en fonction des prix alimentaires locaux, ce montant permettrait l'achat de produits alimentaires auprès de professionnels conventionnés. Le dispositif serait doté d'un budget annuel d'environ 120 milliards d'euros (équivalent à la moitié du financement de l'assurance maladie), abondé par des « cotisations sociales alimentaires », et serait géré par des caisses locales (à l'échelle des communautés de communes). Des critères seraient définis pour le conventionnement des acteurs, reposant notamment sur une traçabilité sociale et environnementale des filières. Pour les auteurs, cette proposition apparaît comme « le seul moyen pour s'assurer que la population soit correctement nourrie », et permettrait d'agir à une échelle collective pour repenser collectivement la gestion d'un bien commun.

Source : Ingénieurs sans frontières

12/03/2019

Le Centre d'études stratégiques de la Marine s'intéresse aux rapports entre mer, agriculture et sécurité alimentaire

Le Centre d'études stratégiques de la Marine (CESM) se penche actuellement sur les relations entre mer et agriculture, notamment à travers le prisme de la sécurité alimentaire. Dans cette perspective, il organisait le 27 février 2019, avec le Club Demeter, un colloque intitulé « Mer et agriculture, itinéraire d'un grain de blé » (voir le compte Twitter du Centre pour les temps forts).

En parallèle, le CESM publie le numéro 15 de sa revue Études marines, intitulé « Nourrir ». Comportant trois axes (« Ressources de toujours », « L'avenir », « Les enjeux »), il regroupe des contributions scientifiques et professionnelles variées. Dans la première partie, un article s'intéresse aux enjeux de la production d'algues dans trois domaines : l'alimentation humaine, la médecine, l'alimentation animale. Il souligne le caractère ancien de ces utilisations dans des régions très diversifiées (Asie, mais aussi Irlande, Norvège et, plus localement, Normandie et Bretagne). Concernant l'alimentation humaine, l'auteure note une tendance récente, en France, à la consommation des algues comme légumes (macro-algues) et condiments (micro-algues). Trois facteurs expliquent, pour elle, cette tendance : la demande d'aliments « naturels » de la part des consommateurs, le développement des régimes végétariens (qui trouvent dans les algues une source de protéines, de minéraux et de vitamines), le succès de la cuisine innovante inspirée de la gastronomie japonaise. En médecine pharmaceutique et vétérinaire, les algues contiennent des substances, non présentes sur terre et méconnues, qui révèlent un large potentiel sous-exploité : perspective, par exemple, d'un usage susceptible de réduire le recours aux antibiotiques en santé bovine.

Principales macro et micro-algues alimentaires consommées en France

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Source : CESM

La deuxième partie (« L'avenir ») propose deux axes d'étude : le dessalement de l'eau de mer comme réponse potentielle au manque d'eau (y compris potable) induit par le changement climatique ; la place de l'aquaculture dans la nourriture mondiale (cf. carte). Enfin, la dernière partie (« Les enjeux ») met en lumière, d'une part, les enjeux sanitaires qui restent prégnants dans le cadre de la conchyliculture ; d'autre part, les rôles multiples que joue la Marine nationale pour l'approvisionnement et la sécurité alimentaire du pays : sécurisation des flux, police de la pêche, protection de l'environnement marin.

Principaux pays et régions producteurs en aquaculture

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Source : CESM

Hélène Milet, Centre d'études et de prospective

Source : CESM

11/03/2019

La FAO évalue l'état de la biodiversité pour l'alimentation et l'agriculture dans le monde

Conduit par la Commission des ressources génétiques pour l’alimentation et l’agriculture de la FAO, cette imposante synthèse sur l’état et la gestion de la biodiversité, à l'échelle mondiale, compile les résultats de nombreux rapports (91 nationaux et 27 d’organisations internationales) et les apports de plus de 175 auteurs ou relecteurs. Premier exercice de cette nature engagé par l'organisation, l'évaluation recense les différentes contributions de la biodiversité à l'alimentation et à l'agriculture, en termes de services écosystémiques, de résilience des systèmes de production, d'intensification écologique et de maintien de la sécurité alimentaire et des modes de vie.

Les tendances et évolutions, présentées en deuxième partie, décrivent une situation globalement très dégradée, avec un déclin rapide des composantes de la biodiversité. La diversité végétale à la base des systèmes alimentaires s'est appauvrie : neuf espèces (parmi les 6 000 cultivables) fournissent 66 % de la production agricole mondiale. Il en est de même pour les races animales, avec 26 % des races locales menacées d'extinction, tandis qu'un tiers des stocks mondiaux de poissons est surexploité et plus de la moitié ont atteint leur limite de résilience. Les espèces sauvages utilisées pour la chasse et la cueillette diminuent également fortement, surtout dans les zones Amérique latine et Caraïbe, Asie-Pacifique et Afrique. La troisième partie fait le bilan des dispositifs de gestion existants (conservation in et ex situ), et des pratiques favorables à la biodiversité. Près de 80 % des pays sont engagés, selon des modalités diverses, dans une approche de gestion durable, et certaines pratiques progressent : l'agriculture biologique (actuellement 58 millions d'hectares, soit 1 % des terres cultivées), l'agriculture de conservation (180 millions d'ha, soit 12 % des terres arables). Toutefois, selon les auteurs, les niveaux de protection et de couverture ne sont souvent pas à la mesure des enjeux. Le rapport dresse ensuite un panorama des politiques et institutions impliquées.

Une dimension importante de ce travail réside dans l'effort de convergence des différentes grilles de lecture internationales du problème de la biodiversité avec celles des questions agricoles et alimentaires. Ceci permet de traiter plus systématiquement l'interface entre biodiversité « naturelle » et agrobiodiversité.

Dates clés de la reconnaissance internationale de l'importance de la biodiversité pour l'alimentation et l'agriculture

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Source : FAO

Claire Bernard-Mongin, Centre d'études et de prospective

Source : FAO

18/02/2019

Le Forum économique mondial publie son Rapport 2019 sur les risques globaux

Publié chaque année depuis 2006 en amont du Forum économique mondial (FEM) tenu à Davos, le Global Risks Report s'intéresse aux évolutions des risques globaux de toutes natures – économiques, environnementaux, géopolitiques, sociétaux, technologiques. Le rapport est basé sur une analyse de la littérature et sur l'enquête Global Risks Perception Survey (GRPS) qui comporte quatre volets sur les risques : évolution prévisible en 2019 (i), paysage global à 10 ans (ii), interconnexions entre eux (iii) et avec des variables motrices (iv). Environ 1 000 répondants y ont participé, issus des secteurs public et privé, du monde universitaire et de la société civile.

L'édition 2019 se focalise sur le contexte géopolitique, marqué par le retour des États comme acteurs centraux, la remise en cause du multilatéralisme et les tensions entre puissances. Plus fondamental, les auteurs évoquent le passage d'un monde multipolaire à un monde « multiconceptuel », où des valeurs divergentes prennent le pas sur les objectifs communs, rendant plus difficile l'émergence de compromis. Au sein des pays, le rapport souligne les risques majeurs d'« instabilité sociale profonde » liée à la croissance des inégalités et à la polarisation politique.

Pour la troisième année consécutive, les catastrophes naturelles et les événements climatiques extrêmes sont dans le top 5 des risques globaux. Bien que n'y figurant pas, le risque de « crise alimentaire » est très interconnecté avec les autres risques globaux (cf. première figure). Les menaces pour la sécurité alimentaire sont en hausse, avec une remontée de la sous-nutrition au niveau mondial (cf. seconde figure). Les conflits y contribuent significativement, en causant inflation des prix des denrées et déplacements de population, s'ajoutant aux risques préexistants (démographie, climat, etc.).

Carte des interconnexions des risques globaux 2019

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Source : World Economic Forum

Parmi les risques émergents, figurent les « guerres météorologiques », c'est-à-dire la manipulation technologique des cycles naturels à des fins géopolitiques ou militaires (ex. ensemencement des nuages), et les disruptions alimentaires par les guerres commerciales et les conflits le long des voies logistiques. Selon le FEM, tout cela ne laisse « pas de place pour la nostalgie » mais impose de comprendre les changements en cours pour les maîtriser. À noter également plusieurs publications récentes du Forum sur la traçabilité dans les chaînes de valeur alimentaires, les protéines alternatives et le futur de l'élevage dans les pays en développement à l'horizon 2030.

Augmentation récente de la prévalence de la sous-nutrition au niveau mondial

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Source : World Economic Forum

Julien Hardelin, Centre d’études et de prospective

Source : Forum économique mondial

14/02/2019

Au niveau mondial, les femmes déclarent être plus exposées à l'insécurité alimentaire que les hommes

Dans un article publié en janvier 2019 sur le site de la revue Food Policy, une chercheuse américaine étudie le lien entre genre et insécurité alimentaire (IA). Plus particulièrement, elle se pose trois questions : les femmes sont-elles plus exposées à l'insécurité alimentaire que les hommes ? Dans quelles régions du monde trouve-t-on les plus fortes inégalités ? Celles-ci peuvent-elles s'expliquer par des caractéristiques socio-démographiques différentes entre hommes et femmes ?

Pour y répondre, l'auteure a utilisé les résultats, pour 2014, du sondage mondial de la société Gallup (Gallup World Poll), qui interroge chaque année par téléphone, sur des thèmes variés, un millier de personnes dans 147 pays (soit 132 980 individus en 2014). Les données déclaratives ainsi collectées permettent d'évaluer l'insécurité alimentaire vécue selon l'échelle FIES, définie par la FAO, et de classer les répondants en trois groupes : faiblement, modérément et fortement exposés (allant donc d'une simple inquiétude quant à la possibilité de se nourrir à de réelles situations de faim). Ces éléments sont ensuite analysés à l'aide de méthodes statistiques et économétriques.

Taux de prévalence relatif « d'insécurité alimentaire modérée » pour les femmes par rapport aux hommes en 2014, d'après les réponses au Gallup World Poll

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Source : Food Policy

Lecture : est représenté, pour chaque pays, le ratio des taux de prévalence d'insécurité alimentaire modérée femmes / hommes, calculé d'après les réponses au sondage ; un ratio supérieur à 1 correspond à une surexposition des femmes.

Les résultats montrent que, au sein d'un même pays, les différences de taux de prévalence entre hommes et femmes peuvent atteindre jusqu'à 19 points. Comme l'illustre la figure ci-dessus, en France, le taux de prévalence d'insécurité alimentaire modérée des femmes est 1,25 à 1,5 fois plus fort que celui des hommes. Pour une exposition faible ou forte à l'insécurité alimentaire (autres cartes disponibles dans l'article), l'écart est de plus de 50 %, toujours en défaveur des femmes. À l'échelle mondiale, des différences existent entre pays, et selon que l'on s'intéresse aux individus faiblement, moyennement ou fortement exposés.

L'auteure identifie plusieurs facteurs expliquant ces écarts de prévalence : différences de statut d'emploi (qui en expliquent 10 %), de niveau d'éducation (5 %), de revenu (25 %), de statut marital (10 %) et d'accès à un réseau social (15 %). Ils n'expliquent cependant pas tout et, même à caractéristiques égales, une femme européenne conserve une probabilité plus élevée (de 2,4 points) qu'un homme de vivre dans une situation d'insécurité alimentaire « faible ». Cela pourrait provenir de différences dans l'allocation des ressources alimentaires au sein des foyers ou dans les déclarations faites du sentiment d'insécurité alimentaire. Cette analyse suggère que des politiques publiques ayant pour but d'améliorer l'accès des femmes à l'éducation et à des emplois bien rémunérés pourraient avoir des effets positifs sur la sécurité alimentaire.

Estelle Midler, Centre d'études et de prospective

Source : Food Policy

08/02/2019

Nouvel ouvrage de la Banque mondiale sur l'impératif de sécurité alimentaire : accélérer les progrès dans les pays à bas et moyen revenus

Un nouvel ouvrage de la Banque mondiale s'intéresse au problème de la sécurité alimentaire, dans les pays à bas et moyen revenus. Alors qu'ils représentent 41 % de la population mondiale, ceux-ci concentrent 53 % des maladies d'origine alimentaire et 75 % des décès associés. Selon les auteurs, ce problème reste insuffisamment considéré par les décideurs, en raison de données épidémiologiques limitées et éparses, et d'une méconnaissance de l'ampleur et de la multiplicité des impacts des maladies d'origine alimentaire dans ces pays. Pour combler ce manque et proposer des pistes d'action, le rapport développe un argumentaire détaillé sur le rôle crucial de la sécurité alimentaire pour le développement (partie 1), synthétise les informations disponibles sur l'ampleur du fardeau de l'insécurité alimentaire qui pèse tout à la fois sur la santé publique, l'économie nationale, les marchés alimentaires domestiques et les exportations (partie 2), et passe en revue les pratiques actuelles en matière de gestion de la sécurité alimentaire (partie 3). Les auteurs proposent ensuite des recommandations pour chacune des parties prenantes : ministères, agences de sécurité alimentaire, instituts de recherche, partenaires commerciaux, etc.

Poids relatif des maladies d'origine alimentaire, par pays et selon le revenu par tête (2010)

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Source : Banque mondiale

Source : Banque mondiale

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16/01/2019

Coopération Sud-Sud : la vision du Maroc sur le développement autonome de l'Afrique

L'Institut royal d’études stratégiques du Maroc (IRES) consacre son Rapport stratégique 2018 au sujet du développement autonome de l'Afrique. Riche de nombreuses cartes thématiques et données chiffrées, le document comprend un diagnostic historique, socio-économique, politique et environnemental (partie 1), une analyse prospective des enjeux à l'horizon 2050 (partie 2), et une réflexion sur les leviers mobilisables pour parvenir à un développement autonome dans lequel le Maroc serait appelé à jouer un rôle structurant (partie 3).

Le diagnostic souligne la grande diversité de l'Afrique : biomes (savane, déserts sur 20 % de la superficie, forêts humides représentant 16 % de la surface forestière mondiale), peuples et cultures (plus de 2 100 langues et de 1 000 ethnies), etc. L'agriculture, principale activité du continent, emploie 60 % des actifs dont une moitié de femmes, la production vivrière concernant 300 millions de personnes. Plusieurs problèmes majeurs sont identifiés : environ 225 millions d'individus (19 % de la population) sous-alimentés, dont 205 millions de subsahariens ; 65 % des sols dégradés ; 3 millions d’hectares de forêts disparaissant chaque année. Par ailleurs, en Afrique subsaharienne, plus de 90 % des surfaces rurales sont « sans papiers » et les investissements fonciers internationaux sont importants, du fait notamment des pays émergents en vue de la production de biocarburants.

La réflexion prospective se concentre sur « trois grands nœuds du futur » : la poussée urbaine (1,3 milliard d'urbains en 2050) ; la transformation rurale ; la sécurité et la gouvernance. La faible organisation de la chaîne alimentaire et le déficit d'infrastructures entravent la distribution des produits alimentaires, alors que l'agriculture assure la subsistance de 70 % de la population. Selon l'Ires, la sécurité alimentaire sera tributaire de l'augmentation des rendements et de la gestion des stocks. L'agriculture climato-intelligente apparaît ici comme une voie à explorer.

L'Ires souligne enfin le rôle du Maroc comme acteur clé du développement du continent, grâce à ses atouts économiques : premier investisseur intra-africain, siège du fonds d'investissement « Africa 50 » de la Banque africaine de développement, détention de 75 % des réserves mondiales de phosphate, expertise dans le secteur halieutique en tant que premier producteur de poissons (voir à ce sujet une précédente brève sur ce blog), etc.

Évolution, entre 2007 et 2016, des flux d'investissements directs marocains en Afrique (en millions de dirhams), selon les pays et tous secteurs confondus

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Source : IRES

Hugo Berman, Centre d'études et de prospective

Source : IRES

08/01/2019

22 solutions pour une alimentation durable en 2050

La consommation alimentaire mondiale pourrait augmenter de 50 % d'ici à 2050. Un rapport du World Resources Institute, publié en décembre, propose donc un « menu » de 22 options pour un avenir alimentaire durable. Pour cela, trois défis sont à surmonter : produire plus pour satisfaire la demande (food gap), freiner la conversion et la dégradation des terres (land gap) et réduire les émissions de gaz à effet de serre pour limiter l'augmentation de la température à 1,5-2°C (emission gap). Les solutions proposées sont organisées en cinq grandes catégories : 1) réduire la croissance de la demande alimentaire en limitant les pertes et en adoptant des régimes alimentaires moins riches en viande, 2) augmenter la production sans convertir de nouvelles terres (notamment via l'innovation technologique), 3) protéger et restaurer les forêts, les savanes et les tourbières, 4) développer les pêcheries et l'aquaculture durables pour remplacer la viande par du poisson dans les consommations alimentaires et 5) réduire les émissions de gaz à effet de serre (ex. : par une meilleure gestion des effluents d'élevage). Enfin, les auteurs explorent comment trois scénarios, plus ou moins ambitieux, permettent de relever ces défis.

Source : World Resources Institute

15/11/2018

Une partie des zones métropolitaines des États-Unis pourraient être autosuffisantes pour plusieurs produits alimentaires

Dans un article publié récemment dans la revue Environmental Science & Technology, des chercheurs de l'université du Minnesota ont développé une méthode pour quantifier et visualiser, à l'échelle de 377 zones métropolitaines des États-Unis, leur capacité de production alimentaire au regard de la demande des ménages en fruits, légumes, produits laitiers et œufs. Ce travail permet d'évaluer et comparer les potentiels d'autosuffisance pour ces produits dans les zones urbaines et périurbaines, correspondant aux principales régions statistiques métropolitaines (agrégation de comtés pour une population totale de 50 000 habitants ou plus, autour d'au moins un grand centre urbain).

Pour chaque zone, l'estimation de la production et de la demande alimentaires a pu être menée par la mobilisation des données de la statistique publique (bases National Health and Nutrition Examination Survey, Food Commodity Intake Database, Consumer Expenditure Survey, Food availability Dataset, recensement agricole des États-Unis). Le croisement, l'harmonisation et l'ajustement de ces bases ont permis de fournir des données relatives aux différentes zones métropolitaines, en cohérence avec la consommation et de la production totales nationales. Ces données ont par la suite servi à définir le ratio de la production locale sur la consommation locale (produits bruts et incorporés dans les produits transformés) comme un indicateur de « capacité locale d'autosuffisance » (CLC).

« Capacités locales d'autosuffisance » des zones métropolitaines des États-Unis : comparaison de leurs capacités locales à répondre aux besoins totaux de leur population pour les œufs, le lait, les fruits et les légumes

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Source : Environmental Science & Technology

Lecture : la gradation de couleur du rouge vers le vert suit le degré croissant d'autosuffisance. CLC =1 : zone juste autosuffisante.

Ce ratio ne prend toutefois pas en compte l'organisation concrète des systèmes alimentaires. Si les réseaux commerciaux étaient reconfigurés pour nourrir les ménages de chaque aire étudiée, 21 % des zones métropolitaines étatsuniennes seraient en capacité d'autosuffisance locale (CLC > 1) pour les œufs et les produits laitiers, contre seulement 12 % pour les fruits et 16 % pour les légumes. Ce taux serait plus élevé pour la demande directe d'aliments frais, atteignant 45 % pour le lait de consommation. Les auteurs précisent que ces niveaux sont remarquables, ces zones urbaines et périurbaines se révélant des sources potentielles de produits locaux plus importantes que prévu.

Pour les auteurs, ces résultats sont intéressants pour informer les autorités locales sur l'efficacité relative de politiques qui encourageraient la production locale, par rapport à celles qui ré-organiseraient les réseaux commerciaux, afin de connecter une production déjà existante à des chaînes urbaines d'approvisionnement alimentaire de proximité.

José Ramanantsoa, Centre d'études et de prospective

Source : Environmental Science & Technology

10:30 Publié dans 2. Evaluation, Sécurité alimentaire, Territoires | Lien permanent | Tags : etats-unis, métropoles, autosuffisance |  Imprimer | | | | |  Facebook

12/10/2018

Manger plus sain réduirait l'importante empreinte hydrique de la consommation alimentaire française

L'eau est une ressource essentielle pour la sécurité alimentaire et énergétique, mais elle se raréfie en certains endroits, du fait de prélèvements trop importants, notamment par l'agriculture. Des chercheurs du Centre commun de recherche de la Commission européenne ont évalué la quantité totale d'eau prélevée (empreinte hydrique) pour produire les biens alimentaires consommés en France, au Royaume-Uni et en Allemagne. Ils ont également analysé ses variations locales. Les résultats ont été publiés, en septembre, dans la revue Nature Sustainability.

L'empreinte hydrique d'un pays prend en compte sa consommation de biens, qu'ils soient produits et transformés sur le sol national ou à l'étranger. Pour la mesurer, les auteurs ont combiné des informations socio-démographiques locales avec des données sur l'empreinte hydrique nationale de différents produits et sur les régimes alimentaires des régions administratives étudiées (enquête INCA 2 pour la France).

Avec 3 861 litres utilisés par personne et par jour, les Français consomment plus d'eau que les habitants du Royaume-Uni (2 757 L/p/j), les Allemands (2 929 L/p/j) ou la moyenne mondiale (3 167 L/p/j). Ce résultat s'explique par des différences de régimes alimentaires et de modes de production. Par exemple, produire un kilogramme de blé nécessite 412 L au Royaume-Uni contre 582 L en France. Les Français consomment également plus que leurs voisins de la viande et du vin, dont la production nécessite beaucoup d'eau. De plus, des différences importantes existent au sein de chaque pays. Ainsi, en France, l'empreinte hydrique varie de 3 303 à 5 149 L/p/j selon les communes (figure ci-dessous), du fait de caractéristiques socio-économiques variées (âge, genre, niveau d'éducation) et de préférences alimentaires distinctes.

Empreinte hydrique totale de la consommation alimentaire française

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Source : Nature Sustainability

Pour les trois pays, les auteurs montrent que l'adoption d'un régime omnivore sain (suivant les recommandations publiques) réduirait l'empreinte hydrique de la consommation alimentaire de 11 à 35 %, tandis que les régimes pesco-végétariens et végétariens la diminueraient d'environ 35 à 55 % (figure ci-dessous). Ces baisses s'expliquent par la surconsommation actuelle, de sucres, matières grasses, viande rouge, fromages et lait. Pour les auteurs, en France, encourager la transition vers des régimes alimentaires plus sains pourrait donc constituer une solution doublement avantageuse.

Répartition géographique de la réduction de l'empreinte hydrique découlant de l'adoption d'un régime alimentaire omnivore sain

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Source : Nature Sustainability

Estelle Midler, Centre d'études et de prospective

Source : Nature Sustainability

09/10/2018

Land Use and Food Security in 2050: a Narrow Road. Agrimonde-Terra, Chantal Le Mouël, Marie de Lattre-Gasquet, Olivier Mora (coord.)

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Paru en septembre 2018, en version anglaise uniquement, l'ouvrage Land Use and Food Security in 2050: a Narrow Road. Agrimonde-Terra présente de façon détaillée la démarche, les méthodes et les résultats de l'exercice prospectif éponyme conduit par l’Inra et le Cirad. Ayant mobilisé environ 80 experts internationaux au sein de multiples ateliers thématiques, l'étude avait pour objectifs d'analyser et d'explorer les déterminants des changements d'usage des sols aux niveaux mondial et régional, les évolutions à attendre en matière de surfaces agricoles, et les grands enjeux relatifs à la sécurité alimentaire à l'horizon 2050.

La démarche prospective a porté sur le système « usage des sols - sécurité alimentaire », influencé par cinq variables directes (systèmes de culture, d'élevage, forestiers, structures des exploitations agricoles, relations rural-urbain) et trois variables exogènes (contexte global, climat, régimes alimentaires). La combinaison des hypothèses d'évolution de ces variables a donné lieu à la production de cinq grands scénarios (voir à ce sujet un précédent billet sur ce blog) : trois scénarios tendanciels (« métropolisation », « régionalisation », « ménages ») et deux scénarios de rupture (« qualité des aliments et santé », « communautés rurales dans un monde fragmenté »). La narration de ces scénarios est enrichie de simulations chiffrées (cf. figure) issues de l'outil « GlobaAgri-AgT », un modèle d'équilibre utilisation-ressources de la biomasse mondiale développé par la plateforme GlobAgri Cirad-Inra, regroupant les commodités agricoles en 33 catégories, à partir des données de Faostat.

Changements d'usage des sols au niveau mondial entre 2010 et 2050 selon différents scénarios (millions d'hectares et % d'évolution)

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Source : Éditions Quæ

Au-delà des scénarios eux-mêmes, l'ouvrage est riche d'une revue de littérature des prospectives par scénarios menées sur ce thème (chapitre 4), d'une synthèse rétrospective des grandes tendances (chapitre 5), et d'un focus régional sur l'Afrique subsaharienne (chapitre 15). Au total, si tous les scénarios conduisent à une augmentation de l'usage agricole des terres, seul le scénario « santé » se révèle capable d'assurer la sécurité alimentaire mondiale à l'horizon 2050. Analysant en détail le rôle des technologies, du commerce et d'autres facteurs, les auteurs concluent en dégageant un ensemble d'options de politiques publiques, certaines valables dans tous les scénarios, d'autres spécifiques à chacun d'entre eux.

Julien Hardelin, Centre d'études et de prospective

Source : Éditions Quæ