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18/09/2019

Une forte interdépendance entre les États-Unis, le Brésil et la Chine sur le marché du soja

Trois experts de l'Economic Research Service (département américain à l'agriculture, USDA) ont publié une synthèse sur l'interdépendance entre ces trois acteurs majeurs du marché mondial du soja. En effet, parmi les principaux produits agricoles, ce marché est le plus concentré au monde, à l'exportation comme à l'importation. Brésil et États-Unis cumulent ainsi plus de 83% des exportations mondiales, dont les deux tiers sont absorbés par la Chine. Cette concentration géographique résulte de la combinaison de facteurs bioclimatiques, politiques et économiques, au cours des dernières décennies.

Principaux flux mondiaux dans le commerce du soja (2016-2017)

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Source : USDA-ERS

Les auteurs rappellent comment les politiques agricoles et alimentaires chinoises ont favorisé la production locale de riz et de céréales, dans un objectif de sécurité alimentaire, et ont donc ouvert la voie aux importations de soja, celles-ci représentant aujourd'hui 30 % du total des imports nationaux de produits agricoles et agroalimentaires. L'explosion de la demande chinoise, qui a permis un développement rapide de la production locale de viande, constitue la majeure partie de la croissance mondiale des échanges, directement tirée par le développement de la production de soja brésilien. Les conditions de culture s'y sont en effet révélées très favorables, en particulier dans les zones tropicales où soja et maïs peuvent se succéder sur une même campagne. Les coûts de production brésiliens sont inférieurs de 19 % à ceux constatés aux États-Unis et de 60 % par rapport à ceux de la Chine, en particulier grâce au moindre prix des terres, et aux plus faibles coûts du travail et du matériel.

Importations mondiales de soja depuis 1990 et projections jusqu'en 2028/2029

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Source : ERS-USDA

Depuis juin 2018, l'application par la Chine de taxes à l'importation sur le soja américain, dans le cadre des conflits commerciaux entre les deux pays, a largement profité au Brésil, renforçant sa position de leader. Compte tenu de l'ampleur des flux concernés, et en dépit de la baisse des prix américains, les autres pays importateurs n'ont pas pu absorber les volumes produits aux États-Unis qui ne sont plus exportés vers la Chine. Malgré ce conflit et un léger ralentissement récent des achats chinois, l'USDA prévoit une poursuite de la progression de la demande chinoise sur les dix prochaines années, essentiellement alimentée par le Brésil.

Cette synthèse très documentée permet donc de resituer et comprendre cette interdépendance historique, et rappelle la place stratégique du soja dans l'économie brésilienne actuelle.

Jean-Noël Depeyrot, Centre d'études et de prospective

Source : United States Department of Agriculture, Economic Research Service

17:17 Publié dans Mondialisation et international, Production et marchés | Lien permanent | Tags : soja, etats-unis, brésil, chine |  Imprimer | | | | |  Facebook

10/09/2019

La Chine dépasse désormais les États-Unis dans les dépenses en R&D agricole et alimentaire

Une étude publiée dans la revue Food Policy analyse les tendances en matière de recherche et de développement (R&D) agricoles et alimentaires aux États-Unis et en Chine. Fondée sur de nouvelles séries de données permettant de distinguer plus finement les dépenses proprement dédiées à la R&D (par rapport aux dépenses affectées aux sciences et à la technologie), les auteurs mettent en évidence le rattrapage rapide de la Chine, qui dépasse désormais les États-Unis, en parité de pouvoir d'achat (cf. figure). Ce rattrapage concerne aussi bien les dépenses privées que publiques, ces dernières stagnant aux États-Unis depuis plusieurs années. La part des dépenses privées augmente dans les deux pays, atteignant aujourd'hui les deux tiers des dépenses totales en R&D agricole et alimentaire. Les auteurs développent aussi une réflexion prospective en tendances, fondée sur les trajectoires passées d'autres pays, laquelle suggère selon eux que cette croissance rapide continuera voire s’accélérera dans les années à venir. Si cela se confirme, des implications profondes sont à attendre en termes de performance, de compétitivité et d'usage des ressources naturelles de l'agriculture chinoise.

Dépenses publiques et privées de R&D dans l'agriculture en Chine et aux États-Unis, 1950-2013 (a : total ; b : dépenses publiques ; c : dépenses privées)

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Source : Food Policy

Source : Food Policy

16:14 Publié dans Enseignement et recherche | Lien permanent | Tags : r&d, chine, etats-unis |  Imprimer | | | | |  Facebook

15/05/2019

Réduire les écarts de rendement pour assurer l'autosuffisance chinoise en riz : perspectives à l'horizon 2030

Réalisée par une équipe de chercheurs chinois (Huazhong Agricultural University) et américains (University of Nebraska-Lincoln), une étude publiée dans la revue Nature Communications fournit une estimation spatialisée du potentiel de production du riz en Chine. Le « rendement potentiel » correspond à celui qui serait obtenu en l'absence de facteurs limitant la production (eau, éléments fertilisants) et d'ennemis des cultures (maladies, ravageurs, etc.). L'écart de rendement (yield gap) est égal à la différence entre ce rendement potentiel et le rendement actuel.

Les chercheurs ont suivi, à cette fin, le protocole ascendant GYGA (Global Yield Gap Analysis), qui consiste à partir des données les plus fines, au niveau local, et à les agréger à une échelle spatiale régionale, puis nationale. Ils ont mobilisé une grande variété de sources de données (administration météorologique chinoise, NASA, etc.). Les rendements potentiels ont été simulés avec le modèle de culture du riz ORYZA, spécialement calibré pour la Chine pour les besoins de l'analyse. Enfin, une autre particularité de l'étude est de distinguer les systèmes de riziculture simple (une récolte annuelle) et double (deux récoltes annuelles).

Rendements actuels et écarts de rendement du riz en Chine, pour les systèmes de riziculture en simple (a et c) et double (b et d) récolte

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Source : Nature Communications

À l'échelle nationale, le rendement potentiel du riz est estimé à 9,8 t/ha, à comparer à un rendement actuel de 6,8 t/ha, soit un yield gap de 3 t/ha (ou 69 % du rendement potentiel). Cet écart est plus important en double récolte qu'en simple, et il présente des variations géographiques notables. Des scénarios d'évolution des rendements à l'horizon 2030 sont calculés : stagnation au niveau actuel (scénario 1) ; augmentation au rythme actuel jusqu'à un plafond égal à 80 % (scénario 2) ou 75 % (scénario 3) du rendement potentiel ; augmentation en double récolte plus rapide qu'aujourd'hui, jusqu'au plafond de 75 % du rendement potentiel. L'autosuffisance n'est assurée en 2030 que dans les scénarios 2 et 4 (cf. tableau ci-dessous). Selon les auteurs, ces résultats suggèrent un ciblage des efforts de R&D sur les systèmes à double récolte et sur certaines provinces, en raison de leur écart de rendement plus important.

Rendements et production des systèmes rizicoles en simple et double récolte en Chine et production nationale totale pour 4 scénarios à l'horizon 2030

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Source : Nature Communications

Julien Hardelin, Centre d'études et de prospective

Source : Nature Communications

13:05 Publié dans 1. Prospective, Mondialisation et international | Lien permanent | Tags : riz, chine, rendements |  Imprimer | | | | |  Facebook

11/02/2019

Un panorama de la filière laitière chinoise : des difficultés pour rebondir suite à la crise de 2008

Dans une étude publiée fin 2018, l'Institut de l'élevage fait le bilan des évolutions de la filière laitière chinoise, dix ans après le scandale du lait frelaté à la mélamine. En croissance exponentielle jusqu'en 2008, la production stagne depuis à un niveau qui ne permet pas de satisfaire une demande croissante et qui tend à se diversifier. La production se concentre au sein de grands élevages, parfois intégrés verticalement et favorisés par le gouvernement, qui les juge plus fiables sur le plan sanitaire, alors que les petits élevages familiaux sont en déclin. Les systèmes de production reposent sur des fourrages importés, d'où des coûts de production élevés. Ceci pénalise les transformateurs, qui pâtissent en outre de la concurrence des importations européennes et océaniennes, et certains d'entre eux cherchent aujourd'hui à acquérir des unités de production à l'étranger. En conclusion, les auteurs estiment que la Chine continuera à dépendre des importations pour son approvisionnement en produits laitiers.

Évolution de la production de lait en Chine

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Source : Idele

Source : Institut de l'élevage

13:04 Publié dans Filières agricoles, Mondialisation et international, Production et marchés | Lien permanent | Tags : chine, lait, idele |  Imprimer | | | | |  Facebook

15/11/2018

Rapport de l'OCDE sur l'innovation, la productivité et la durabilité de l'agriculture en Chine

La dernière revue-pays de la série de l'OCDE sur l'innovation, la productivité et la durabilité de l'agriculture s'intéresse à la Chine. Après un bilan chiffré et détaillé de la situation agricole et alimentaire chinoise (chapitre 2), le rapport analyse l'ensemble des politiques susceptibles d'influencer l'innovation, le changement structurel et l'utilisation des ressources naturelles et le climat : macroéconomie, commerce, taxation, politiques foncières, agricoles, systèmes de R&D, etc. (chapitres 3 à 6).

Le rapport souligne l'extraordinaire transformation de l'agriculture chinoise au cours de ces vingt dernières années, dans un contexte de profonds changements structurels (croissance démographique, vieillissement, industrialisation, etc.). La productivité et la production agricoles ont connu une forte croissance, mais au détriment des ressources naturelles.

Autrefois centrée sur l'autosuffisance en grains et le soutien des prix, la politique agricole chinoise s'est diversifiée : soutien aux revenus agricoles, sécurité alimentaire, compétitivité, environnement et progrès scientifique. Les soutiens des prix pour le coton, le soja et le maïs ont été remplacés par des aides directes, même si l'aide publique aux producteurs continue d'augmenter (cf. figure). La protection de l'environnement est récemment devenue un objectif majeur de la politique agricole du pays, avec le développement de programmes et de réglementations dédiés. La sécurisation des droits liés à la terre, nécessaires pour attirer des capitaux dans l'agriculture, a été progressivement renforcée.

Autre tendance marquante, l'accélération des investissements dans la R&D agricole, multipliés par quatre entre 2000 et 2013. L'OCDE souligne cependant que, rapporté au PIB agricole, ce chiffre reste inférieur à ceux observés aux États-Unis et dans l'Union européenne, et note des améliorations possibles dans la gouvernance de la R&D (répartition des rôles entre public et privé, droits de propriété intellectuelle, etc.). Cette analyse comporte aussi un éventail de recommandations (chapitre 1), invitant la Chine à poursuivre et approfondir les réformes engagées, en insistant sur l'utilité d'une revue régulière et d'une mise en cohérence accrue des politiques publiques.

Évolution du soutien aux producteurs agricoles chinois, 1995-2016

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Source : OCDE

Julien Hardelin, Centre d'études et de prospective

Source : OCDE

05/11/2018

Usages et dimensions symboliques des boissons industrielles dans les familles urbaines chinoises

La Chaire Unesco Alimentations du monde a publié, en septembre, le septième numéro de ses SoWhat?, consacré à la consommation de boissons industrielles dans les familles urbaines en Chine. Alors que le pays connaît une transition alimentaire transformant les rapports des habitants aux protéines et aux boissons, les auteurs s'appuient sur les résultats d'une enquête qualitative menée en 2014-2015 pour comprendre la place des boissons industrielles dans la société chinoise contemporaine. Ils mettent ainsi en évidence que choisir une boisson relève d'un « arbitrage complexe », aux niveaux familial (normes sociales du prescrit, de l'autorisé et de l'interdit, tensions entre générations) et individuel (opposition entre santé et plaisir, compromis entre prix, marque et symbolique du chaud et du froid). Objectifs éducatifs des parents et enjeux de socialisation entrent également en compte.

Source : Chaire Unesco Alimentations du monde

10/07/2018

Un état des lieux des investissements chinois à l’étranger dans le secteur agricole

Dans un rapport publié par l’USDA, deux économistes dressent un état des lieux des investissements directs à l'étranger (IDE) agricoles et agroalimentaires chinois. Ils mobilisent pour cela de nombreuses informations disponibles sur le sujet (littérature grise et académique, données statistiques, etc.), en anglais et chinois.

En 2016, 1 300 entreprises chinoises détenaient des actifs à l’étranger dans les secteurs de l’agriculture, de la forêt et de la pêche. Bien que ces investissements soient répartis dans plus d'une centaine de pays, ils se concentrent surtout dans ceux situés au voisinage immédiat de la Chine (pays du Sud-Est asiatique, Extrême-Orient russe), ainsi qu’en Afrique où ils sont généralement bien accueillis par les gouvernements. D’un montant total estimé à 3,3 milliards de dollars en 2016, pour le seul secteur de la production agricole, ce chiffre atteint 26 milliards si l'on considère l'ensemble de la filière (agro-fourniture, transformation agroalimentaire, négoce, etc.).

Évolution du montant des investissements chinois à l'étranger dans le secteur agricole

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Source : USDA

Ces investissements sont principalement le fait d’acteurs privés à la recherche d’un profit. Toutefois, ils sont largement encouragés par l’État chinois, qui y voit le moyen de sécuriser les approvisionnements alimentaires du pays, d’accroître son influence politique et de mobiliser les réserves de devises étrangères que son excédent commercial lui a permis d’accumuler. L’État fournit ainsi aux investisseurs privés un appui technique, juridique et financier non négligeable.

Bien que le montant total des IDE chinois dans le secteur agricole soit en augmentation rapide depuis 2009, les auteurs relativisent l’ampleur du phénomène. Plusieurs études ont ainsi montré que les investissements effectivement réalisés sont souvent de moindre ampleur que ce qui a été initialement annoncé, et nombre de projets avortent car ils se révèlent non rentables.

Pour terminer, les auteurs mettent en évidence une évolution dans ces stratégies d'investissement. Alors qu'au début des années 2010 l'acquisition de foncier agricole était privilégiée, l'échec de plusieurs projets de ce type aurait, selon eux, incité les investisseurs chinois à se tourner vers les fusions-acquisitions d'entreprises de l'agro-business, placements considérés comme moins sensibles politiquement.

Mickaël Hugonnet, Centre d'études et de prospective

Source : USDA

10:24 Publié dans Mondialisation et international | Lien permanent | Tags : chine, ide |  Imprimer | | | | |  Facebook

Les politiques structurelles chinoises aggravent la sur-utilisation d'engrais et de pesticides

Publiée dans la revue PNAS, utilisant des données d'enquêtes nationales et de la FAO, une étude récente explicite le lien entre structures agricoles et consommation sous-optimale des moyens de production, produits chimiques et travail, en Chine, où 98 % des exploitations familiales ont une superficie inférieure à 2 ha. Avec le Household contract responsibility system (HCRS), l’État propriétaire des terres les alloue à environ 200 millions de ménages ruraux, avec des possibilités restreintes de transfert. En moyenne, les ménages agricoles exploitent 0,5 ha, réparti en cinq parcelles de qualités agronomiques différentes, pour assurer une distribution équitable des terres. De plus, le système du hukou limite la migration des ménages ruraux vers les villes : ceux qui le font sans autorisation ne bénéficient généralement ni de la couverture santé ni d'un égal accès au marché du travail. Ces travailleurs ruraux, maintenus en marge de la société urbaine, sont évalués à 260 millions.

Sous l'effet combiné des deux dispositifs, les surfaces et la productivité du travail ont stagné en moyenne au cours des 20 dernières années, contrairement aux évolutions enregistrées dans la plupart des pays, développés ou non. Ce manque d'ajustement structurel a conduit les agriculteurs à adopter des stratégies de sur-consommation d'intrants, de 4 à 7 fois supérieure pour les engrais et pesticides, afin d'accroître leurs revenus. L'impossible mobilité intersectorielle a également maintenu dans l'activité des exploitants peu qualifiés et peu performants.

Dispersion des tailles d'exploitation selon les pays, les années et différents paramètres (productivité du travail - A, taux d'urbanisation - B, surface agricole - C, nombre de ménages - D)

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Source : PNAS

Les auteurs quantifient ensuite les conséquences de plusieurs scénarios : i) libéraliser la migration en zone urbaine d'agriculteurs qui loueraient alors leurs terres, ii) accroître la taille moyenne des exploitations en modifiant le HCRS, iii) faciliter la concentration des terres en les transférant des plus petites aux plus grandes structures. Les tailles moyennes seraient respectivement portées à 3,3, 4,1 et 6,1 ha, avec des impacts favorables sur les revenus des exploitants et des migrants, des baisses importantes de consommation d'intrants (de 30 à 50 %), pour un effet quasi-nul sur la production. Pour les auteurs, réformer la politique foncière en Chine permettrait donc de soutenir les mesures prises pour réduire les impacts de l'agriculture sur l'environnement.

Muriel Mahé, Centre d'études et de prospective

Source : PNAS

06/12/2017

Chine : la nouvelle route de la soie pourrait changer le paysage des marchés de céréales

Les investissements massifs de la Chine destinés à construire les infrastructures permettant de mieux relier le pays au continent européen offrent de nouvelles opportunités aux pays producteurs de céréales de l'ancien bloc soviétique. Un article de la Nikkei Asian Review en décrit les enjeux. Ces nouvelles voies de transport ouvrent de nouveaux marchés aux céréales du Kazakhstan, du Kirghizistan, de l'Ouzbékistan et de la Russie, non seulement vers la Chine, mais aussi vers l'Asie du Sud-Est. À terme, selon l'auteur, cela pourrait fortement réduire la présence américaine sur ces marchés.

Source : Nikkei Asian Review

06/09/2017

L'empire de l'or rouge. Enquête mondiale sur la tomate d'industrie, Jean-Baptiste Mallet

Dans un ouvrage argumenté, précis et mené comme un thriller, Jean-Baptiste Mallet expose le résultat de deux années de travail d'enquête de terrain sur la production et le commerce de ce produit de grande consommation qu'est le concentré de tomates. Alternant éléments documentaires sur l'histoire du développement de cette industrie depuis la fin du XIXe siècle, portraits d'entrepreneurs et analyses issues de ses investigations en France, en Italie, en Angleterre, aux États-Unis, en Chine et au Ghana, l'auteur brosse un portrait édifiant d'un produit banal qui se révèle emblématique de la mondialisation des systèmes alimentaires.

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Le premier constat qui émerge est celui des multiples réussites, tant agronomiques qu’industrielles, sous-jacentes au secteur. Soutenue par les progrès de la génétique végétale et des machines-outils, la production mondiale de tomates est passée de 28 millions de tonnes en 1961 à 164 en 2016, dont un quart est transformé pour un marché en croissance de 3 % par an. Parmi les portraits d'entreprises structurantes, on retiendra celui de la Heinz Company. Fondée en 1876 et célèbre pour son tomato ketchup américain et sa HP sauce britannique, elle illustre à elle seule le succès du modèle capitaliste américain. Un autre exemple notable est celui de l'entreprise chinoise Chalkis, dont le capital est détenu par l'Armée populaire de Libération, et qui a contribué en 10 ans à faire de la Chine le premier producteur mondial de concentré.

Le journaliste dépeint également les excès et scandales de cette agro-industrie. Il évoque les fermetures d'entreprises insuffisamment compétitives, car transformant des tomates locales, face à celles utilisant du concentré chinois. En 2015, l'Italie a ainsi importé plus de 200 000 tonnes de concentré qui, réhydraté, salé puis reconditionné, a été revendu comme produit italien en Europe, Afrique et Moyen-Orient. Le rôle de l'agro-mafia italienne dans le contournement des règles douanières, l'existence d'un marché africain de « vieux » concentré chinois impropre à la consommation, ou encore l'ajout courant d'additifs (fibre de soja, amidon ou dextrose) au concentré chinois, sans mention sur les étiquettes, sont amplement documentés. Des conditions de travail dans les champs de tomates du Xinjuiang (Chine) à l'exploitation de la main-d’œuvre immigrée illégale en Italie du sud, c'est au final un portrait de la résurgence d'un sous-prolétariat moderne au service de la mondialisation alimentaire que dresse l'auteur.

Vanina Forget, Centre d'études et de prospective

Lien : Fayard

03/07/2017

Les impacts de l'utilisation de pesticides sur la santé humaine en Chine

Un article, paru dans la revue Journal of Environmental Economics and Management en mai, présente les travaux d'un jeune chercheur de l'université d’État de l'Ohio sur l'impact des pesticides sur l'autonomie des personnes âgées en Chine rurale. L'auteur utilise une série de statistiques nationales (1998-2011), qui inclut notamment un indice d'activité quotidienne mesurant l'invalidité des individus. Basé sur une méthode économétrique robuste, il compare cet indice entre les personnes qui boivent de l'eau de surface et celles qui boivent de l'eau provenant des nappes souterraines (moins polluées), dans des régions qui sont plus ou moins utilisatrices de pesticides pour la culture du riz.

Ses résultats montrent qu'une augmentation de 10 % de la quantité de pesticides utilisée pour cette culture diminuerait l'indice d'activité quotidienne de 1 % pour les résidents de zones rurales âgés de plus de 65 ans. Les effets au niveau physiologique ne sont cependant pas discutés. Cette baisse de l'autonomie des personnes âgées entraînerait également une diminution de l'émigration chez les jeunes dans les familles affectées.

Source : Journal of Environmental Economics and Management

14:35 Publié dans Santé et risques sanitaires | Lien permanent | Tags : chine, pesticides, dépendance, riz |  Imprimer | | | | |  Facebook

09/06/2017

La Chine au risque de la dépendance alimentaire, Jean-Marc Chaumet, Thierry Pouch

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Faute de bien le connaître, l'Empire du Milieu subjugue ou fait peur, surtout à propos de la question alimentaire, qui charrie des réflexes ethnocentriques et malthusiens. C'est dire l'intérêt de ce livre très documenté, aux démonstrations précises, qui offre une analyse approfondie de la dépendance alimentaire chinoise, depuis ses origines antiques jusqu'à ses manifestations les plus actuelles. Croisant approches historique et économique, les auteurs mobilisent également de nombreuses connaissances agronomiques, politologiques et géostratégiques.

La Chine n'a pas attendu d'avoir 1,4 milliard d'habitants pour craindre les famines et faire de sa sécurité alimentaire une priorité stratégique. Depuis de nombreux siècles, les penseurs et gouvernants placent l'agriculture et l'approvisionnement des populations au cœur de la gestion des royaumes. La capacité de production agricole et la circulation des grains y ont toujours été vues comme des conditions de la richesse collective, de l'ordre social et de la stabilité politique.

Bien que l'autosuffisance soit une préoccupation profonde et lointaine, les choix faits après 1949 ont en réalité contribué à accroître la dépendance alimentaire. Oscillant entre planification autoritaire et autonomie locale, la primauté a été donnée à l'industrie lourde. Le secteur agricole, sous-équipé et idéologiquement suspect, devait seulement libérer de la main-d'œuvre et offrir aux ouvriers et aux urbains des produits à bas prix. Après l'échec du "Grand bon en avant", prônant de "compter sur ses propres forces", à l'origine d'une profonde disette et de 30 à 50 millions de morts, les autorités se tournèrent dans les années 1960 vers des importations massives, puis, à partir des années 1980, vers une intégration croissante dans le commerce agroalimentaire mondial.

Aujourd'hui, la politique agricole chinoise, les contraintes agronomiques et géophysiques, l'instablité des productions animales et végétales, ne permettent pas de répondre aux évolutions qualitatives et quantitatives de la demande intérieure, provoquées par l'urbanisation, l'élévation des niveaux de vie et l'affirmation d'une vaste couche moyenne consommatrice, éduquée, exigeante, privilégiant la sécurité sanitaire. Bien qu'il soit devenu une des premières puissances agricoles mondiales, le pays est durablement installé dans la dépendance alimentaire.

Reste à savoir comment l'État, qui continue à jouer un rôle fondamental, pourra desserrer cette contrainte. Pour l'instant, sa réponse consiste à combiner plusieurs priorités : préservation des surfaces agricoles, innovation technologique, protection de l'environnement, maintien des agriculteurs en améliorant leur revenu, importations modérées, investissements fonciers à l'étranger, achats d'entreprises, etc. Demain, ces actions ne seront peut-être pas suffisantes et, dans la mesure où la Chine est une composante fondamentale du processus de mondialisation, sa volonté de sécuriser ses approvisionnements pourrait déboucher sur des rivalités, voire des conflits, autour de la maîtrise des ressources agroalimentaires de la planète.

Bruno Hérault, Centre d'études et de prospective

Lien : Presses universitaires de Rennes

09:21 Publié dans Mondialisation et international, Sécurité alimentaire | Lien permanent | Tags : chine |  Imprimer | | | | |  Facebook

14/04/2017

Reconfiguration du commerce international : émergence d'un grand importateur de biens de consommation « haute gamme », la Chine

En mars 2017, le CEPII a publié une étude sur l'évolution de la demande intérieure chinoise et son influence sur l'ensemble du réseau mondial des échanges de biens de consommation finale des ménages (selon la nomenclature CGCE des Nations unies), pour la période 2000-2014. Dans la nouvelle phase de développement qu'aborde la Chine, la consommation des ménages est appelée à devenir le moteur principal de la croissance économique, ce qui devrait contribuer à modifier la position du pays dans les importations mondiales de biens de consommation. L'article aborde la question sous un angle novateur en analysant les changements structurels dans la composition des importations chinoises et leurs implications sur la redistribution des positions respectives entre les grands pays fournisseurs.

L'analyse du CEPII met en évidence la part croissante des biens de consommation dans les importations chinoises depuis 2000, ainsi que leur montée en gamme très rapide. Sur la période 2012-2014, 62 % de ces importations se situaient dans la « haute gamme », soit deux fois plus que dix ans auparavant Par « haute gamme », on entend les flux dont la valeur unitaire est supérieure de 15% à la médiane mondiale.

Cette tendance s'observe dans tous les secteurs, dont l'industrie agroalimentaire : sur la période 2012-2014, les importations chinoises de produits agroalimentaires de moyenne et haute gamme représentaient 62,4 % des importations totales de la branche contre 27,6 % dix ans plus tôt. Avec l'amélioration générale du niveau de vie, les consommateurs chinois ont des exigences accrues en termes de qualité et de sécurité, non satisfaites par les produits locaux.

Importations de biens de consommation de la Chine par gamme (milliards USD)

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Source : CEPII

Le changement structurel de la demande chinoise positionne l'Union européenne comme premier partenaire de la Chine depuis 2011 (cf. graphique ci-dessous). La progression de l'UE tient en grande partie aux performances réalisées dans les secteurs automobiles et pharmaceutiques, ainsi que dans l'industrie alimentaire. L'Allemagne apparaît comme le grand gagnant de l'évolution de la demande chinoise, suivie par le Royaume-Uni. La France, qui représente 3,4 % des importations chinoises, se place en troisième position alors que ses parts de marché étaient comparables à celles du Royaume-Uni en 2000-2002. À l'inverse, l'Asie-Océanie pâtit du déplacement de la demande chinoise vers les produits haut de gamme et voit ses positions dans les secteurs de l'automobile et des instruments de haute précision s'effondrer. En revanche, avec 73 % des importations chinoises de produits agricoles provenant d'Asie-Océanie en 2014, cette région garde son premier rang de fournisseur dans ce secteur, où la proximité géographique et culturelle joue un rôle important.

Importations de biens de consommation de la Chine par région (% des importations dans la branche)

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Source : CEPII

On notera enfin que cette étude est réalisée sur la base des grands postes de consommation finale des ménages. Elle ne fournit pas d'éléments d'analyse détaillés par produits au sein de chaque secteur d'importation.

Raphaël Beaujeu, Centre d'études et de prospective

Source : CEPII

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05/07/2016

Réduire les émissions de gaz à effet de serre autres que les oxydes de carbone en Chine

Un récent document de travail du World Resources Institute fait un état des lieux de la politique de réduction des émissions des gaz à effet de serre (GES) hors carbone. À partir de travaux de recherche, il anticipe l'évolution, d'ici 2030, des émissions liées à l'agriculture, l'industrie ou l'énergie, et analyse les principales mesures prises par le gouvernement chinois.

Émissions actuelles et projetées de GES hors oxydes de carbone, par la Chine, par secteur

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Source : WRI

Constatant que certains secteurs sont actuellement peu ou pas couverts par ces mesures, les auteurs font l'inventaire des sources d'émissions et de l'état des connaissances en matière de limitation. Dans le secteur agricole, les émissions proviennent surtout de la fertilisation azotée (également mise en cause dans le process de fabrication des ammonitrates) et des rizières. Selon le WRI, les mesures de réduction pourraient être optimisées.

Source : WRI

09:08 Publié dans Climat, Environnement | Lien permanent | Tags : wri, ges, chine |  Imprimer | | | | |  Facebook

09/12/2015

Les consommateurs vont-ils bloquer le progrès technologique en agriculture ?

Sous ce titre un brin provocateur pour un lecteur français, la revue du think-tank Australian Farm Institute propose un dossier consacré à l’acceptabilité sociale des biotechnologies et de l’élevage intensif. L’ensemble de la publication est coloré par une orientation technophile. L’inquiétude à l’égard des marchés asiatiques, plus réticents aux OGM à mesure qu’ils se développent économiquement, retient particulièrement l’attention. La revue de littérature réalisée par une équipe de l’University of Southern Queensland rappelle que l’Australie possède des atouts commerciaux à faire valoir sur ces marchés (une « intégrité » et une « capacité à produire des produits alimentaires de qualité élevée », reconnues dans le monde entier). Les attentes des consommateurs asiatiques doivent toutefois être prises en compte dans l’analyse des évolutions technologiques et des OGM pour les exploitations australiennes. Les consommateurs asiatiques les plus aisés, dont le nombre augmente rapidement, sont en effet de plus en plus attentifs aux aspects sanitaires et, notamment, réfractaires aux OGM, en particulier en Chine.

Source : Australian Farm Institute

10:24 Publié dans Agriculteurs, Alimentation et consommation, Exploitations agricoles | Lien permanent | Tags : australie, innovations, ogm, asie, chine |  Imprimer | | | | |  Facebook