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15/09/2020

L'utilisation intensive de mélanges d'herbicides peut provoquer l'apparition de résistances générales chez les plantes adventices

Un article publié par une équipe anglaise dans la revue Nature se penche sur le problème des résistances spécifiques (à un herbicide) et générales (à plusieurs herbicides aux modes d'action différents) développées par les adventices. Pour cela, les auteurs étudient la résistance du vulpin à trois produits.

Les chercheurs ont collecté des graines de vulpin au sein de 132 champs de blé appartenant à 71 exploitations agricoles réparties dans toute l'Angleterre. L'expérience s'est ensuite déroulée en deux phases. D'abord, trois herbicides destinés à contrôler le vulpin ont été testés sous serre sur les variétés collectées, à différentes doses, à l'aide de groupes de contrôle (sensibles à l'herbicide, ayant développé des résistances ciblées et non ciblées). Cette première étape phénotypique a permis de quantifier la résistance du vulpin en Angleterre à chacun des trois herbicides. Les résultats montrent que celle-ci est largement répandue : entre 60 et 90 % des plants ont survécu à l'application de chacun des trois herbicides, tandis que 79 % de la population de vulpin a présenté une certaine résistance (> 20 % de survie) à l'ensemble des trois herbicides.

L'ADN de la population de vulpin a ensuite été séquencé afin d'étudier la présence de mutations sur deux gènes en particulier, attestant du développement de résistances ciblées. La concentration dans les feuilles d'une protéine marqueuse d'une résistance non ciblée a également été mesurée. Ces deux paramètres ont ensuite été analysés à la lumière de l'historique des pratiques de culture collecté pour 94 des 132 sites, sur les sept dernières années en moyenne. Il en ressort que si les mélanges d'herbicides peuvent limiter le développement de résistances spécifiques, ils peuvent aussi générer celui de résistances générales pouvant opérer sur des mécanismes d'action différents (figure ci-dessous). Pour les auteurs, ce constat appelle des arbitrages dans les stratégies de lutte contre les adventices.

Effet de l'historique de pratiques culturales sur la présence de mécanismes de résistance spécifique aux modes d'action des herbicides testés (a, b, c) et non spécifiques (d, e)

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Source : Nature

Lecture : les figures a, b, c présentent la fréquence à laquelle on retrouve des mutations génétiques marqueuses de résistances spécifiques agissant sur chacun des trois pesticides (a, b, c), au sein des populations de vulpin, en fonction de l'utilisation passée plus ou moins forte de mélanges d'herbicides aux modes d'action différents ; les figures d et e présentent la concentration foliaire de AmGSTF1 (enzyme marqueur de résistance non ciblée), en fonction de l'utilisation passée plus ou moins forte de mélanges d'herbicides aux modes d'action différents (d) et en fonction de la diversité passée des modes d'action des herbicides utilisés (e).

Marie-Hélène Schwoob, Centre d'études et de prospective

Source : Nature

Les écosystèmes anthropisés sont plus riches en espèces hôtes de pathogènes que les écosystèmes naturels

Un article paru en août dans la revue Nature s'intéresse à l'anthropisation des écosystèmes et à ses effets potentiels sur les espèces hôtes de pathogènes et sur le risque associé de zoonoses. Les êtres humains ont modifié plus de 50 % des terres habitables. Cette transformation des forêts, prairies et déserts en zones urbaines et en terres agricoles a causé le déclin de nombreuses espèces spécialistes (ex. : rhinocéros). Les espèces généralistes (comme les rats) ont, en revanche, pu prospérer dans ces nouveaux habitats. Des chercheurs des universités de Londres et d'Oxford se sont donc demandé si les espèces les plus à même d'abriter des pathogènes (« espèces hôtes ») faisaient partie de la première ou de la seconde catégorie.

Pour répondre à cette question, les auteurs ont utilisé les données de 6 800 assemblages écologiques issues de la base globale PREDICTS, qui compile les éléments concernant environ 3,2 millions d'espèces observées dans plus de 660 études. Ils ont identifié 376 espèces hôtes, étudiées dans 184 travaux portant sur 6 continents (figure ci-dessous). Ils ont ensuite assigné à chaque site une catégorie d'usage des terres (végétation primaire, secondaire, écosystèmes gérés - plantations forestières, prairies, cultures et aires urbaines) et une intensité de cet usage (minimal ou substantiel). Ils en comparent alors les effets sur les espèces hôtes et non-hôtes.

Localisation des études analysées et distribution taxonomique des espèces hôtes de pathogènes

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Source : Nature

Lecture : les points sur la carte montrent la localisation des assemblages écologiques étudiés, avec ceux ciblant les mammifères en noir et les autres en rouge. Les pays en bleu sont ceux pour lesquels au moins une étude a été conduite. Le graphique représente la distribution taxonomique (invertébrés, oiseaux, mammifères, reptiles/amphibiens) des espèces hôtes de pathogènes.

Leurs résultats montrent que la richesse et l'abondance des espèces hôtes sont supérieures dans les habitats anthropisés par rapport aux écosystèmes primaires. Ces constats s'inversent pour les espèces non-hôtes (figure ci-dessous). En conséquence, les espèces hôtes représentent une proportion plus importante de la diversité spécifique (+ 18 à 72 %) et de l'abondance totale (+ 21 à 144 %) dans ces milieux. L'amplitude de ce résultat, qui varie selon les taxons, est particulièrement forte pour les rongeurs, les chauve-souris et les passereaux hôtes. Enfin, les auteurs montrent que les espèces de mammifères abritant le plus de pathogènes sont plus présentes dans les écosystèmes gérés par l'homme. Ils suggèrent donc que la restauration des habitats dégradés et la protection des zones naturelles pourraient bénéficier à la fois à l'environnement et à la santé publique.

Liens entre l'utilisation des terres, et la richesse et l'abondance des espèces hôtes de pathogènes

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Source : Nature

Lecture : a) richesse spécifique (nombre d'espèces), b) abondance totale (nombre d'individus), c) part des espèces hôtes dans la richesse spécifique et d) part des espèces hôtes dans l'abondance totale. Espèces hôtes en rouge, espèces non-hôtes en vert, usage minimal des terres représenté par des points, usage substantiel par des triangles.

Estelle Midler, Centre d'études et de prospective

Source : Nature

Les sentinelles des pandémies, Frédéric Keck

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Paru en juin 2020, à la suite d'une première version en anglais publiée six mois plus tôt, l'ouvrage Les sentinelles des pandémies s’inscrit dans les travaux sur la biosécurité, dont l'objet est la préparation aux pandémies : cette technique de gestion des crises sanitaires, alternative à la prévention (abattage) et à la précaution (vaccination), repose sur la surveillance du vivant et la détection de signaux d’alerte précoces.

Frédéric Keck, directeur du Laboratoire d'anthropologie sociale (Collège de France, CNRS, EHESS), place au cœur de son étude la surveillance des maladies animales et les manières dont elles transforment les pratiques de contrôle, par les autorités vétérinaires, du travail agricole (voir à ce sujet un précédent billet), ainsi que les relations entre oiseaux et humains. Le travail de terrain, conduit à Hong-Kong, Singapour et Taïwan, a une portée générale. Parce qu'elle concentre des facteurs de développement des zoonoses (urbanisation massive, élevage industriel, conséquences du changement climatique), la Chine du Sud est un laboratoire des périls et solutions susceptibles de concerner une large partie du monde.

L'auteur propose une définition de la « préparation aviaire » : celle-ci vise à anticiper une prochaine crise en détectant, en temps réel, les signaux d’alerte émis par les oiseaux et en suivant les mutations du pathogène entre les espèces. Elle se fonde sur des collaborations entre microbiologistes, éleveurs, vétérinaires et ornithologues, observées par F. Keck au sein d’exploitations agricoles, lors d'expériences en laboratoire ou à travers des dispositifs de surveillance des oiseaux sauvages.

Des vétérinaires prélèvent des volailles à la recherche du virus de la grippe aviaire dans la région du Fujian, 2006

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Source : éditions Zones sensibles. Crédit : Vincent Martin

L'auteur décrit les modalités d'introduction de « poulets sentinelles » (shaobingji, littéralement « poulet soldat siffleur ») dans des unités d'élevage vaccinées. Il détaille aussi la surveillance des interactions entre ces animaux, pour vérifier l’immunité des animaux vaccinés et le caractère sain des poulets sentinelles. Du côté des laboratoires, les microbiologistes analysent le comportement des cellules dentritiques aviaires, agents de signalisation des anomalies survenant entre l’organisme et un corps étranger. Enfin, la pose d'un GPS sur les oiseaux permet de documenter le comportement d'espèces sauvages susceptibles de se rapprocher des animaux de rente. Cet ouvrage trouve un écho dans les défis liés au décloisonnement des santés animale et humaine, qui accompagnent la gestion des coronavirus.

Nathalie Kakpo, Centre d’études et de prospective

Lien : Éditions Zones sensibles

Prévenir une prochaine pandémie en bloquant les zoonoses

Considérant que la pandémie de Covid-19 est d'origine zoonotique, comme 75 % des maladies émergentes, le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) et l'Institut international de recherche sur l'élevage (International Livestock Research Institute, ILRI) ont publié en juillet 2020 un rapport incitant à prévenir un prochain épisode, en brisant la chaîne de transmission (figure ci-dessous) selon une approche One Health (« une seule santé »).

Le rapport liste sept facteurs anthropiques concourant au développement d'une pandémie d'origine zoonotique. Parmi ceux-ci, la demande croissante de protéines d'origine animale, en particulier en Asie, a entraîné en 50 ans une augmentation considérable des productions mondiales de viande (+ 260 %), de lait (+ 90 %) et d’œufs (+ 340 %), avec pour conséquence leurs intensification et industrialisation. Le commerce et le transport de produits ou d'animaux vivants, qui en découlent, accroissent les contacts avec les humains, ainsi que la dissémination de maladies potentiellement non détectées sur des bêtes importées, en raison d'une durée du transport inférieure à la période d'incubation. De plus, l'urbanisation, les changements d'utilisation des terres, les industries d'extraction et certains impacts du changement climatique favorisent aussi les zoonoses. C'est par exemple le cas du développement des zones d'irrigation, propices aux vecteurs de maladies.

Transmission et contrôle d'une zoonose

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Source : UNEP

Lecture : A : la transmission d'une infection et son amplification dans la population humaine (en rouge) arrivent après qu'un agent pathogène provenant de la faune sauvage (en rose) ait contaminé une espèce domestique (en vert clair), qui amplifie la capacité de cet agent à se transmettre à l'homme. B : une détection précoce et le contrôle d'une maladie animale réduisent l'incidence de cette zoonose chez l'humain (en bleu clair) et chez les animaux domestiques (en vert). Les flèches montrent les contaminations interespèces.

Pour enrayer le développement des zoonoses, le PNUE et l'ILRI formulent dix recommandations. Ainsi, les modalités d'apparition et de prévention de ces maladies doivent être mieux étudiées, de manière interdisciplinaire : sciences de la santé, sociologie, économie, etc. Les analyses coût-bénéfice sont aussi à mobiliser, pour démontrer l'intérêt de la prévention par rapport à la réaction après crise. La régulation des zoonoses et les politiques publiques du type « de la fourche à la fourchette », favorables à la biodiversité, doivent être développées. Les mesures de biosécurité devraient également être systématisées, avec une incitation financière en direction des « pays en voie de développement ». Une co-existence des zones agricoles et des zones sauvages est, en outre, à rechercher. Enfin, une approche globale de type One Health et une gouvernance tripartite Organisation mondiale de la santé (OMS), Organisation des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation (FAO) et Organisation mondiale de la santé animale (OIE) permettraient de combiner la dimension environnementale, la santé humaine et la santé animale.

Franck Bourdy, Centre d'études et de prospective

Source : UNEP

07/09/2020

Un état des lieux des groupements d'établissements de soins vétérinaires

Une série de quatre articles parus de février à juin 2020 dans La Dépêche Technique documente la consolidation des établissements de soins vétérinaires au sein de grands groupes privés. Engagé il y a une vingtaine d'années, le développement de ce type de structures s'accélère : actuellement, 10 groupes emploient plus de 1 000 vétérinaires.

Groupes employant plus de 1 000 vétérinaires dans le monde

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Source : La Dépêche Technique

Lecture : parmi ces dix groupes, 4 sont américains, 3 européens, 1 britannique, 1 chinois et 1 international.

Côtés en bourse ou appartenant à des conglomérats industriels, ils achètent des établissements de toutes tailles, à fort potentiel économique, le plus souvent en médecine des animaux de compagnie. La France constitue une de leurs cibles majeures, en dépit d'obstacles réglementaires (code de déontologie). D'après les auteurs, les vétérinaires acceptant cet achat peuvent se concentrer sur leur cœur de métier, les fonctions supports étant gérées en grande partie par le groupe. Toutefois, ce type de rachat n'est pas inéluctable et des structures peuvent aussi choisir de se développer indépendamment, en s'inspirant des procédés mis en place par les groupes.

Source : La Dépêche Technique, supplément de La Dépêche Vétérinaire

 

 

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07/07/2020

Livre blanc sur la télémédecine vétérinaire

Le think tank Vet IN Tech, acteur reconnu de la télémédecine vétérinaire depuis 2017, présente un livre blanc sur le sujet au moment même où un décret vient d'en autoriser l'expérimentation. La première partie du document définit la télémédecine vétérinaire en comparant le contenu du décret et un avis de l'Académie vétérinaire de France de 2017, qui posait des jalons importants en la matière : cette pratique recouvre la téléconsultation, la téléexpertise, la télésurveillance médicale, la téléassistance médicale et la télérégulation.

Les cinq actes de télémédecine vétérinaire

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Source : Vet IN Tech

Un parangonnage est effectué avec la médecine humaine et la télémédecine vétérinaire dans trois pays anglo-saxons (Canada, États-Unis, Royaume-Uni), où la relation avec le client est régie par un contrat de soin et la télémédecine très encadrée. Le Canada, en particulier, l'a très tôt pratiquée du fait des distances à parcourir pour un effectif de vétérinaires insuffisant, les pratiques étant encadrées par un document de l'association des vétérinaires de 2014.

Dans une deuxième partie, véritable guide pour les vétérinaires, divers outils sont comparés au regard de leurs possibilités de connexion, leur interopérabilité (avec les logiciels de gestion de la clinique ou les applications des portables de leurs clients par exemple) et leur capacité de sécurisation des données. Les auteurs insistent sur quelques bonnes pratiques qui favorisent les téléconsultations dans des conditions aussi professionnelles qu'une consultation classique : elles concernent par exemple le temps et le formalisme à y consacrer.

Divers usages de la télémédecine sont aussi présentés. Paradoxalement, alors que la médecine des animaux de compagnie est très proche de la médecine humaine, les auteurs considèrent que la médecine vétérinaire rurale est la plus à même de développer la télémédecine (en particulier dans le cadre de la télésurveillance), en raison de l'usage des objets connectés en élevage. Dans ce cas, la principale difficulté est de faire payer le conseil à son juste prix. Enfin, les auteurs mettent en évidence l'intérêt de développer en parallèle la télémédecine et les actes classiques, plutôt que de substituer la première aux seconds.

Vue d'ensemble des possibilités offertes par la télémédecine pour l'examen clinique et les plans de prévention des maladies en élevage

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Source : Vet IN Tech

Franck Bourdy, Centre d'études et de prospective

Source : Vet IN Tech

03/07/2020

Trop peu de recherches sur les liens entre forêt, déforestation et maladies émergentes

Une analyse bibliométrique menée par une équipe de chercheurs français, publiée en mai 2020 dans la revue Environmental Research Letters, montre que les interactions entre la forêt, la déforestation et les maladies infectieuses émergentes sont peu documentées. En recherchant ces trois termes, dans le titre ou le résumé des articles publiés, les auteurs n'en ont trouvé que 565 entre 1953 et 2018. Qui plus est, la plupart se limitent à l'étude d'une partie de la chaîne de transmission des maladies, traitant seulement de la maladie de Lyme et des leishmanioses cutanées, ou considérant uniquement le continent américain. Seuls 165 articles envisagent réellement ces interactions et permettent d'éclairer, par exemple, les origines de la pandémie de Covid 19.

Les auteurs concluent sur l'importance de développer des recherches sur cette thématique, en privilégiant une échelle globale et une approche systémique, de façon à mieux comprendre et prévenir les dynamiques à l’œuvre.

Illustrations schématiques de maladies infectieuses ayant une origine forestière dans des situations de déforestation et d'augmentation des interactions entre l'homme et le milieu naturel

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Source : Environmental Research Letters

Lecture : à gauche, les ronds colorés illustrent la distribution de quatre maladies émergentes naturellement présentes dans ce type d'écosystèmes forestiers, le virus Nipah (en rouge), la bactérie responsable de l'ulcère de Buruli (en vert), les virus d'immunodéficience simienne (VIS) et humaine (VIH) (en jaune), la malaria (en bleu). À droite, les schémas montrent comment la déforestation liée au développement de l'agriculture, à l'installation des hommes et à la consommation de viande d'animaux sauvages modifie les équilibres et augmente le risque d'exposition des humains à ces maladies.

Source : Environmental Research Letters

15:06 Publié dans Forêts Bois, Santé et risques sanitaires | Lien permanent | Tags : forêts, maladies émergentes, déforestation |  Imprimer | | | | |  Facebook

02/07/2020

ROADMAP, un groupement de chercheurs sur les antimicrobiens

En mai 2020, le projet européen ROADMAP (Rethinking Of Antimicrobial Decision-systems in the Management of Animal Production) a diffusé une première newsletter fournissant des données sur ce sujet et un état d’avancement du projet. De 2019 à mai 2023, ce travail sur l'antibiorésistance associera 17 partenaires (universités, instituts de recherche, industriels) provenant de 9 États membres. Pour la France sont mis à contribution INRAE (coordinateur), le CIRAD, INRAE transfert et l'ACTA. Le réseau promeut un usage prudent et raisonné des antimicrobiens en élevage, sur le fondement d'une analyse des déterminants socio-économiques de leur usage, de stratégies de conduite du changement et de scénarios d'impact portant sur diverses productions animales (filières porc, aviaire, lait et viande bovine) de pays européens ou non (Vietnam, Mozambique).

Source : ROADMAP

11/06/2020

L'EFSA fait un point sur la fièvre de la vallée du Rift en Europe et à Mayotte

L'Agence européenne de sécurité sanitaire (EFSA) a publié, dans son EFSA Journal, deux articles consacrés à la fièvre de la vallée du Rift (FVR) en Europe et à Mayotte. La FVR est une maladie virale transmise par des moustiques des genres Aedes et Culex. Chez les animaux atteints (ruminants, camélidés domestiques et sauvages), elle provoque surtout des avortements. Zoonose souvent bénigne chez l'homme, elle peut néanmoins se présenter sous des formes graves, voire mortelles. Endémique en Afrique sub-saharienne et dans la péninsule arabique, la maladie est apparue il y a vingt ans en Afrique du Nord, en Turquie et au Moyen-Orient. Sa circulation à bas bruit dans les élevages a motivé une évaluation du risque de son introduction en Europe, alors qu'aucun cas n'y a jamais été rapporté.

Celle-ci pourrait se faire par l’intermédiaire d’animaux vivants infectés ou de moustiques porteurs embarqués dans des bateaux (notamment dans des conteneurs) et des avions provenant de pays touchés. Grâce aux règles sanitaires strictes en matière d'importation d'animaux vivants, le risque est jugé faible à très faible dans la plupart des pays de l'UE et plus élevé dans ceux ayant des relations commerciales intenses avec les régions où se développe la maladie (Pays-Bas, Malte, Grèce, Chypre). Pour enrayer la FVR, l'EFSA recommande une coopération importante avec les pays d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient, un renforcement et une harmonisation de la surveillance et des capacités de réponse en Europe, ainsi qu’une lutte par désinsectisation contre les vecteurs.

Disparue de Mayotte en 2007, 126 cas chez des ruminants et 143 cas humains y ont été diagnostiqués entre novembre 2018 et octobre 2019. Chez les premiers, la prévalence d'avortements a été multipliée par 5 par rapport aux années précédentes, et la production laitière a diminué de 18 %. Le climat tropical favorise la persistance des insectes vecteurs pendant toute l'année et, en outre, des animaux infectés sont introduits illégalement depuis les Comores. Déjà confrontés à une FVR endémique, les pays les plus exposés à une transmission en provenance de Mayotte sont les Comores, Madagascar, le Mozambique et la Tanzanie. L'EFSA juge le risque d'introduction en France métropolitaine très faible et faible pour la Réunion.

Distribution géographique des cas de FVR dans les élevages de ruminants mahorais en 2018-2019

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Source : EFSA

Franck Bourdy, Centre d'études et de prospective

Sources : EFSA, EFSA

11:43 Publié dans Santé et risques sanitaires | Lien permanent | Tags : fvr, mayotte, efsa |  Imprimer | | | | |  Facebook

09/06/2020

Prioriser la lutte contre les maladies animales selon leurs impacts potentiels et risques d'introduction

Dans le but d'affecter au mieux les ressources disponibles pour la lutte contre les maladies animales, un article publié en avril 2020 dans Frontiers in Veterinary Science propose un outil permettant d’évaluer les probabilités d'introduction de 18 maladies sur un territoire donné et d'estimer leurs impacts potentiels. Centrée sur l'Écosse, l'étude utilise des données publiques (recensement agricole écossais et base européenne DISCONTOOLS), pour modéliser les populations bovines, ovines, équines, porcines et aviaires. Les caprins sont exclus car trop peu nombreux.

Selon le classement obtenu, l'influenza aviaire hautement pathogène, la fièvre aphteuse chez les bovins et la fièvre catarrhale chez les ovins présentent le niveau de criticité le plus élevé, en dépit de la baisse du risque d'introduction de l'influenza depuis 2017. Pour les auteurs, ces trois maladies devraient donc être surveillées en priorité.

Impact des maladies en Écosse (en pourcentage par rapport à la maladie de plus fort impact), en fonction du risque d'introduction (négligeable, très faible, faible, moyen et élevé), selon l'espèce considérée

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Source : Frontiers in Veterinary Science

Lecture : les flèches décrivent l'évolution entre 2017 et 2019 du risque d'introduction des maladies. HPAI : influenza aviaire hautement pathogène ; FMD : fièvre aphteuse ; PPR : peste des petits ruminants ; BTV : fièvre catarrhale ; LSD : dermatose nodulaire contagieuse ; AHS : peste équine ; ASF : peste porcine africaine ; Sheep pox : clavelée ; B. abortus : brucellose ; CSF : peste porcine ; EBL : leucose bovine enzootique ; WNV : virus du Nil occidental ; Aujesky's : maladie d'Aujesky ; LPAI : influenza aviaire faiblement pathogène ; SVD : maladie vésiculeuse du porc ; PED : diarrhée épidémique porcine ; EIA : anémie infectieuse équine ; ND : maladie de Newcastle.

Source : Frontiers in Veterinary Science

11:17 Publié dans 5. Fait porteur d'avenir, Santé et risques sanitaires | Lien permanent | Tags : ecosse, maladies animales |  Imprimer | | | | |  Facebook

14/05/2020

« Les visages de la pandémie » : dossier de La vie des idées

Depuis le 12 mars 2020, le site La vie des idées explore les différentes facettes des phénomènes épidémiques grâce à un ensemble de textes, régulièrement enrichi, combinant essais, entretiens et recensions d'ouvrages. Parmi ces contributions éclairantes, notamment sur la pandémie actuelle, plusieurs textes traitent des relations entre humains et animaux. Rappelant que « la vie fonctionne en réseaux, en interrelations » (symbioses, parasitismes, etc.), F. Moutou présente, de façon synthétique, trois voies de transmission des zoonoses : par contact et voisinage (ex. : rougeole), par voie orale et l'alimentation (ex. : ESB), via les vecteurs hémophages (ex. : fièvre jaune). De leur côté, F. et A. Laugrand portent un regard anthropologique sur les chauves-souris, à partir de recherches menées aux Philippines. Ils soulignent comment la proximité avec ces animaux conditionne leur perception et joue sur la sensibilité humaine aux pathogènes dont ils peuvent être des réservoirs. M. Quet, quant à lui, s'intéresse au pangolin, « pris au piège de la marchandisation de la nature » et exposé, pour des usages alimentaires et médicaux, à diverses menaces (braconnage, dégradation de son habitat, etc.).

D'autres contributions apportent des éclairages sur les conséquences de la pandémie pour les populations. La première dresse un portrait de Wuhan, ville mondialisée, et « relate les expériences de confinement racontées par ses habitants ordinaires » : réorganisation de la vie quotidienne, prépondérance du numérique, par exemple pour les courses alimentaires, etc. La deuxième est consacrée à l'Inde et en particulier aux implications du confinement pour l'alimentation des plus défavorisés. Les auteurs rappellent que la part du budget consacrée à la nourriture est, en moyenne, de 43 % pour les ménages urbains, contre 53 % pour les ménages ruraux (et 61 % pour les 5 % les plus pauvres). La crise a alors deux conséquences : une perte de sources de revenus (souvent basées sur des emplois informels) ; un risque d'interruption de la chaîne alimentaire (difficultés d'ouvertures de magasins, de mobilité des travailleurs agricoles, etc.).

Pour finir, on peut signaler plusieurs recensions d'ouvrages : La grande grippe de 1918 (F. Vinet), Un monde grippé (F. Keck), Tempêtes microbiennes (P. Zylberman), etc.

Julia Gassie, Centre d'études et de prospective

Source : La vie des idées

Coronavirus : divers regards sur la crise proposés par Terra Nova

Initiée le 23 mars 2020 par le think tank Terra Nova, cette série de contributions propose des « réflexions, témoignages et questionnements suscités par la pandémie de Covid-19 et ses multiples conséquences ». Parmi la quarantaine de contributions disponibles début mai, T. Pech rappelle les liens étroits entre urgences sanitaire et écologique : le développement des infections zoonotiques est en effet, selon lui, associé au déclin de la biodiversité et à l'augmentation des interactions entre animaux sauvages et domestiques, notamment du fait de l'expansion de l'agriculture et de l'élevage. Dans son texte publié le 10 avril, L. Dablanc revient sur la logistique en temps de crise. Toujours stratégique pour les villes, cette activité est devenue plus visible et prioritaire. Des éclairages sont donnés, grâce à un « Baromètre de la logistique urbaine en confinement », sur les aspects alimentaires (e-commerce, livraisons de repas). Pour finir, mentionnons l'analyse de L. Chabason sur la gouvernance mondiale pour mieux lutter contre les pandémies zoonotiques.

Source : Terra Nova

06/05/2020

Le changement climatique favorise l'antibiorésistance en aquaculture

Les maladies en aquaculture sont un frein au développement de cette filière, qui contribue à la sécurité alimentaire de nombreux pays. Grâce à une méta-analyse conduite sur 460 articles scientifiques, une publication de Nature d'avril 2020 montre que, pour chaque pays, le niveau d'antibiorésistance en aquaculture est corrélé à celui dans la population humaine et à la vulnérabilité au changement climatique. En outre, les hausses de températures sont associées à une plus forte mortalité en élevage (fruits de mer, crustacés ou poissons).

Les auteurs estiment qu'il est urgent de limiter nationalement et internationalement l'utilisation des antibiotiques, afin de renforcer la sécurité alimentaire face au changement climatique : par exemple, interdire leur usage comme facteur de croissance, promouvoir des méthodes préventives comme l'emploi de probiotiques, etc.

Corrélation de Pearson entre un indicateur d'antibiorésistance (MAR) en aquaculture avec le MAR en médecine humaine (a), avec un indicateur de vulnérabilité au changement climatique (b) et avec les températures (c), selon les pays considérés

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Source : Nature Communications

Lecture : plus le coefficient de corrélation de Pearson est proche de 1, plus les deux variables sont corrélées linéairement. En bleu, pays à hauts revenus ; en vert, pays aux revenus moyens-supérieurs ; en rose, pays aux revenus moyens-inférieurs. Les numéros 1 à 4 désignent, dans l'ordre, le Vietnam, l'Inde, le Pakistan et le Bangladesh, pays les plus exposés aux antibiorésistances et au changement climatique. La taille des points est proportionnelle à la production aquacole en kg/habitant.

Source : Nature Communications

04/05/2020

Avantages du recours à un coléoptère pour limiter les conséquences de l'ambroisie

Une équipe pluridisciplinaire (biologistes, médecins, agronomes, etc.) a récemment publié une analyse coûts-bénéfices du recours à un coléoptère, au niveau européen, pour réduire l'impact du pollen de l'ambroisie (Ambrosia artemisiifolia), hautement allergène. Cet insecte, Ophraella communa, utilisé dans le cadre de la lutte biologique en Chine, a été introduit accidentellement près de Milan en 2013. Il s'agit donc de mesurer les risques d'une utilisation similaire sur le territoire communautaire.

Les auteurs évaluent le coût annuel des allergies liées à l'ambroisie à plus de 7 milliards d'euros pour l'Union européenne (traitements et arrêts de travail), une estimation très supérieure aux évaluations précédentes. À partir de l'analyse de la baisse des allergies à Milan (82 %), des résultats d'une expérimentation sur le terrain et d'une modélisation de l'extension de cette chrysomèle, ils ont estimé que le coût de l'ambroisie diminuerait d'un milliard d'euros. Ils concluent à l'intérêt d'utiliser cet insecte, notamment dans les Balkans, où l'ambroisie est très présente.

Proportion interpolée de personnes sensibilisées au pollen d'ambroisie en Europe

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Source : Nature communications

Source : Nature communications

06/04/2020

Risques professionnels dans les métiers au contact des animaux

En février 2020, la revue Travail et sécurité consacre un dossier aux risques professionnels dans les métiers au contact des animaux vivants : vétérinaires, éleveurs, vendeurs en animalerie, soigneurs animaliers, etc. Il comporte un article synthétique et six autres présentant des témoignages en zoo, élevage avicole, animalerie commerciale, clinique et école vétérinaires, élevage bovin. Si les risques directement liés aux animaux (morsures, griffures, coups, encornages, zoonoses, etc.) sont manifestes, l'accent est mis sur les autres risques associés à ces activités, les auteurs rappelant que, dans le cas des élevages bovins, plus de 40 % des accidents mortels ne sont pas dus à un animal. Les risques sont classés selon qu'ils sont physiques (risques de morsures et griffures lors de la manipulation et la contention, troubles musculo-squelettiques en raison du port de charges lourdes), biologiques (zoonoses), chimiques (mésusage de médicaments) ou psychosociaux (surcharge de travail, pression sociétale dévalorisant ces métiers).

Source : Travail et sécurité

17:32 Publié dans Santé et risques sanitaires, Société | Lien permanent | Tags : animaux, élevage, risques professionnels |  Imprimer | | | | |  Facebook