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03/07/2020

Ghana, Tanzanie, Zimbabwe : emploi et représentations de l’avenir des jeunes ruraux

Un article publié en mai 2020 dans le Journal of rural studies étudie l’entrée des jeunes dans la vie professionnelle, dans des régions rurales de l’Afrique subsaharienne qui connaissent toutes un essor des activités de transformation, de transport et de commercialisation des productions agricoles. L’étude qualitative de T. Yeboah et ses collègues auprès de 117 jeunes montre que ces territoires leur offrent un éventail d’opportunités : ils trouvent des emplois rémunérés ou s'installent à leur compte en agriculture, dans la transformation alimentaire ou les services. Le sexe, le diplôme et une parentèle favorisant l’accès aux facteurs de production différencient les trajectoires. De plus, selon les auteurs, l’absence de titre de propriété foncière ne constitue pas un obstacle majeur à l’activité agricole, alors que la protection des individus contre les risques de tous ordres est, elle, un enjeu majeur de la sécurisation des parcours. Questionnés sur leur représentation de l’avenir, les individus mentionnent moins la migration que l’extension de leur activité.

Les types et contenus de l’activité professionnelle selon les pays

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Source : Journal of rural studies

Source : Journal of rural studies

15:03 Publié dans Mondialisation et international, Société, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : ghana, zimbabwe, tanzanie, jeunes, rural |  Imprimer | | | | |  Facebook

02/07/2020

Sociologie de la profession vétérinaire

Deux sociologues d'INRAE dressent, dans un article de la Review of Agricultural, Food and Environmental Studies, un portrait de la profession vétérinaire à l’issue d’une méta-analyse de 102 articles. Avec cette étude, également disponible sur le blog Transhumances, les auteurs rendent compte des conditions de travail de plus en plus délicates des professionnels, de leurs difficultés d'installation, de leur épuisement et du sentiment de déclassement. Sont étudiés successivement l’évolution sociodémographique de la profession, la transformation des modes d'exercice et le rôle de l’État dans la santé publique vétérinaire. La féminisation du métier (51,4 % des vétérinaires) est le point focal de cette évolution, et devrait se renforcer demain compte tenu de leur proportion parmi les jeunes professionnels et du départ en retraite de générations très masculines. Souvent salariées, leurs difficultés à s'installer dans une profession encore perçue comme très masculine sont soulignées.

Sur le même thème, on pourra également se reporter à une récente analyse du CEP.

Source : Review of agricultural, food and environmental studies

15:00 Publié dans Travail et emploi | Lien permanent | Tags : vétérinaires, profession vétérinaire |  Imprimer | | | | |  Facebook

15,9 millions de personnes travaillent à la production, la transformation et la vente de produits alimentaires dans l'Union européenne

La direction de la Commission européenne en charge des statistiques (Eurostat) a publié, en mai 2020, une note sur les 15,9 millions d'employés du secteur de l'approvisionnement alimentaire, représentant 8 % de l'emploi total européen. Elle souligne les variations importantes entre les pays : la Roumanie (23 %), la Grèce (18 %) et la Pologne (14 %) arrivent en tête, tandis que le Luxembourg et la Suède présentent le plus faible pourcentage (3 %). Ces différences existent aussi au sein d'un même pays (carte ci-dessous) : en France, par exemple, ce taux varie de 2 à 14 % suivant les régions considérées. Enfin, près de 50 % des employés du secteur travaillent en « production animale et végétale et chasse », 26 % dans la transformation et 15 % dans la vente en magasin spécialisé.

Part des employés travaillant dans l'approvisionnement alimentaire dans l'Union européenne et les régions limitrophes

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Source : Eurostat

Source : Eurostat

14:59 Publié dans Agriculteurs, Exploitations agricoles, IAA, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : eurostat, production, agroalimentaire, vente |  Imprimer | | | | |  Facebook

16/06/2020

Dans l'UE, la continuité des activités liées à l'alimentation repose en particulier sur les travailleurs extra-nationaux

C'est l'une des conclusions d'une étude récemment publiée par le Centre commun de recherche (Joint Research Centre) de la Commission européenne, sur la contribution des travailleurs détachés ou extra-européens aux activités « essentielles » durant la pandémie. Les chercheurs se sont appuyés sur la définition qu’en donne la Commission dans le contexte de l'épidémie et sur les résultats de la dernière enquête européenne (2018) sur les actifs. Ils ont analysé la composition de la force de travail au regard de l'origine de ces « travailleurs clés ». Par leur contribution à la sécurité alimentaire, les travailleurs agricoles (12 % des « travailleurs clés »), de la transformation et du commerce (2 %), ainsi que les pêcheurs et chasseurs professionnels (0,2 %) sont classés dans cette catégorie.

Si la part des travailleurs extra-nationaux dans l’agriculture et la pêche reste faible (moins de 10 %), elle approche 20 % dans l'agroalimentaire et le commerce, avec des variations importantes selon les pays. De ce fait, les auteurs concluent à la dépendance de ces secteurs clés vis-à-vis de la main-d’œuvre extra-nationale, notamment pour les emplois les moins qualifiés.

Proportion de travailleurs extra-nationaux selon les secteurs et l'origine nationale

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Source : Joint Research Centre

Source : Joint Research Centre

10/06/2020

Modes d'organisation de la pêche au Mexique et jeux d'acteurs : entre confiance et opportunisme

Un article publié dans Plos One en avril 2020 analyse les relations de pouvoir qui lient les pêcheurs de Bahia de Kino et de Rio Lagartos (Mexique) à leurs clients, à partir d’interviews et de données d'octroi de prêts. Dans ce pays, tous les pêcheurs ne possèdent pas l'ensemble des moyens nécessaires pour leur activité : il leur faut parfois emprunter pour payer les intrants (ex. : carburant), entretenir leur matériel voire louer un bateau. Pour ce faire, ils développent souvent des relations de type protecteur-protégé avec un patron, ou intègrent une coopérative. Ces deux derniers acteurs, qui sont alors à la fois clients et créditeurs, sélectionnent avec précaution leurs débiteurs pour ne pas menacer leur propre survie économique. De ce fait, ils privilégient les pêcheurs qui sortent en mer selon un rythme prévisible, ont les compétences pour capturer les espèces désirées, honorent leurs engagements plutôt que de vendre leur pêche au plus offrant pour ne les rembourser que dans un second temps.

L'étude des prêts et des remboursements montre que les relations de confiance sont plus fortes entre pêcheurs et coopératives qu'entre pêcheurs et patrons : les prêts consentis sont plus élevés et les remboursements plus nombreux dans le premier cas. Dans le second, les débiteurs tendent à accumuler les dettes, devenant ainsi plus exposés au risque d’exploitation. À cela s'ajoute le caractère bilatéral de leurs relations, dont le coût social de rupture est plus faible que si plusieurs acteurs étaient impliqués. Les patrons ont ainsi plus de difficultés à maintenir des relations durables avec les pêcheurs fiables : ils sont donc forcés d'interagir avec un plus grand nombre de pêcheurs non fiables que dans le cas des coopératives, où la pression sociale est plus forte et dissuade les comportements opportunistes. De plus, pour les pêcheurs, rejoindre une coopérative permet de participer à la gouvernance de la structure, ce qui renforce leur adhésion et leur volonté d'honorer leurs engagements. Finalement, l'organisation en coopérative semble plus à même de répartir équitablement les bénéfices.

Nombre de débarquements effectués par les pêcheurs pour rembourser les avances des patrons et coopératives en fonction du nombre de prêts accordés par ceux-ci

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Source : Plos One

Lecture : la taille des cercles indique le nombre d'occurrences et les couleurs les catégories de pêcheurs selon leur comportement (rouge : hors catégorie ; kaki : recherche du meilleur prix ; vert : fiable ; bleu : moins fiable ; violet : non fiable). Le disque en partie haute du graphe présente la répartition des débarquements selon le profil des pêcheurs.

Aurore Payen, Centre d'études et de prospective

Source : Plos One

11:37 Publié dans Pêche et aquaculture, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : mexique, pêche, coopérative |  Imprimer | | | | |  Facebook

08/06/2020

Robots, élevage et techno-capitalisme : une ethnographie des usages du robot de traite

P. Le Guern (université de Nantes) étudie, dans la revue Réseaux, les transformations induites par la mise en place des robots de traite. Il combine des observations vidéo sur 12 exploitations laitières et des rencontres avec des installateurs, vétérinaires et conseillers agricoles. L'article décrit d'abord le fonctionnement du robot et comment cet investissement accompagne l'agrandissement des troupeaux. Il examine ensuite l'action des éleveurs, l'automatisation permettant de réorganiser le travail et d'avoir une meilleure capacité d'anticipation (détection précoce des mammites, etc.), avec le risque d'aboutir à un « contrôle continu », à une « astreinte psychologique » (alertes intempestives) voire à une dépendance à l'égard d'un système de prestations-solutions organisé autour des data. Enfin, l'auteur discute de la place des vaches. « L'adaptation morphologique de l'animal à l'ergonomie de la machine » accélère la mise à la réforme : pour lui, cela nuance l'idée d'un robot en libre-accès, qui serait favorable au bien-être animal. Ces équipements tendraient même, via la recherche de certains traits, à réduire la diversité des races.

Source : Réseaux

11:10 Publié dans Agriculteurs, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : élevage, robot, traite |  Imprimer | | | | |  Facebook

05/06/2020

L'inspection du travail agricole : vie et mort d'une institution d'exception

Dans l'ouvrage récent La règle et le rapporteur, J.-N. Jouzel (IEP de Paris) et G. Prete (INRAE) livrent un chapitre sur l'histoire du corps d'inspection du travail agricole, depuis sa genèse, tardive, à la fin des années 1930, jusqu'à sa disparition, en 2009, par fusion au sein du régime général. Ils se basent sur des entretiens auprès d'anciens fonctionnaires et sur des archives privées et syndicales. Justifiée à l'origine par le caractère « exceptionnel » du droit des relations professionnelles agricoles, cette inspection propre au secteur était placée sous la tutelle du ministère de l'Agriculture. Son existence a été remise en cause dès les années 1970, à mesure que la nature des contrôles s'alignait sur le régime général, que les tensions entre autonomie hiérarchique et dépendance fonctionnelle (aux services déconcentrés du ministère ou aux caisses de la Mutualité sociale agricole) s'aiguisaient, et que s'affirmait une préoccupation transversale de rationalisation de la fonction publique.

Source : Presses des mines

10:57 Publié dans 4. Politiques publiques, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : travail, inspection |  Imprimer | | | | |  Facebook

Quels métiers demain ?

L'Office national d'information sur les enseignements et les professions (Onisep), en partenariat avec le Centre d'études et de recherches sur les qualifications (Céreq) et Alternatives économiques, vient de publier un guide des professions de demain. Après une analyse prospective du marché du travail et des métiers, ceux-ci sont regroupés en 20 familles et rapidement présentés. Parmi ces familles, plusieurs sont liées à l'enseignement technique agricole : agriculture, environnement, services à la personne, métiers de bouche.

Source : Onisep

10:38 Publié dans Enseignement et recherche, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : onisep, métiers |  Imprimer | | | | |  Facebook

15/05/2020

Les métiers de l'agriculture et de l'alimentation « sur le front du Covid-19 »

France Stratégie a publié récemment une analyse de la vulnérabilité des métiers face à la pandémie, dans laquelle les métiers liés à l'agriculture et aux industries agroalimentaires sont majoritairement classés comme étant « sur le front du Covid-19 ». Les auteurs ont croisé des données issues notamment de la comptabilité nationale et des enquêtes Emploi et Conditions de travail de l'Insee. Ils ont alors défini trois indicateurs de vulnérabilité des travailleurs : économique, de conditions de vie et de conditions de travail. Ils ont ensuite croisé les scores obtenus pour chaque métier, défini d'après les familles professionnelles de la Dares (ministère du Travail), et en analysant l'évolution au regard de la crise actuelle, ils ont identifié cinq grandes catégories de métiers.

Cinq catégories de métiers déterminées en fonction de leurs vulnérabilités

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Source : France Stratégie

Lecture : pour chaque groupe de métiers, le rapport entre le rayon du disque de couleur et celui du cercle noir correspond au rapport entre son score pour la variable considérée et la valeur moyenne de la variable pour l'ensemble de la population en emploi. Par exemple, le salaire médian des cadres « hyperconnectés » est égal à 1,7 fois le salaire médian de la population en emploi.

Les agriculteurs, les maraîchers et certains métiers de bouche (boulangers, bouchers, etc.) sont très sollicités pour répondre aux besoins de première nécessité. S'ils sont moins au contact du public (à l'exception des commerces alimentaires de détail), ils sont vulnérables économiquement (revenus moyens inférieurs au revenu médian). En outre, la difficulté à recourir à de la main-d’œuvre saisonnière, en raison de la crise, accroît la pénibilité du travail à réaliser (volume, contraintes physiques), souvent dans des temps limités.

Les marins, pêcheurs et aquaculteurs, les ouvriers des industries agroalimentaire et du bois, « vulnérables de toujours », voient leur situation s'aggraver dans le contexte actuel. Leur vulnérabilité économique se double d'une vulnérabilité physique (horaires atypiques, rythmes de travail intenses, angoisse de perdre son emploi) et sociale (fort taux de familles monoparentales parmi les métiers les plus féminisés sur les chaînes de production, conditions de vie plus difficiles que la moyenne).

Enfin, les métiers de la restauration, en particulier les cuisiniers, sont durement touchés actuellement (« métiers nouvellement vulnérables »), alors qu'ils avaient été relativement préservés lors de la crise financière de 2008. Ces métiers risquent de pâtir de la crise même après la fin du confinement, sachant que, par ailleurs, ils sont également plus exposés que la moyenne aux risques physiques.

Muriel Mahé, Centre d'études et de prospective

Source : France Stratégie

11:02 Publié dans Travail et emploi | Lien permanent | Tags : covid-19, france stratégie, travail, emplois, vulnérabilité |  Imprimer | | | | |  Facebook

Numéro spécial du Canadian Journal of Agricultural Economics sur le Covid-19

Le Canadian Journal of Agricultural Economics (ou Revue canadienne d'agroéconomie) consacre un numéro spécial aux défis de la crise du Covid-19 pour l'agriculture et l'alimentation en Amérique du Nord, et plus particulièrement au Canada. Il comprend 18 articles portant sur différents aspects : filières agroalimentaires, échanges commerciaux, gestion des risques, marchés à terme, chaînes d'approvisionnement, travail, etc. Rédigées par des spécialistes des domaines considérés, ces contributions offrent un diagnostic économique fondé sur l'analyse de données, en considérant les impacts de la pandémie à plusieurs échéances temporelles (jours, semaines, mois, années à venir).

Parmi les messages saillants, ressort le fait qu’à court terme la disponibilité en produits alimentaires est assurée, bien que les difficultés de la chaîne d’approvisionnement altèrent le fonctionnement des marchés. À plus long terme, les effets de possibles baisses de revenus des ménages, liées à la crise économique, devront être surveillés, en particulier sous l’angle des inégalités. Les contributions soulignent également les impacts hétérogènes du Covid-19 selon les filières considérées : substantiels pour les fruits et légumes, dans l'immédiat (désorganisation de l'approvisionnement liée à la fermeture des magasins et restaurants) et à un pas de temps plus lointain (incertitudes sur les importations) ; potentiellement plus limités pour les céréales et oléoprotéagineux. L’analyse des marchés à terme, qui reflète les croyances en l’avenir des acteurs économiques, montre cependant un accroissement de la volatilité sur ces marchés, lié à des anticipations sur les volumes produits et sur les stocks (cf. figure ci-dessous).

Au total, quatre préoccupations dominantes pour le système alimentaire canadien émergent de ce numéro spécial : « la disponibilité de la force de travail ; la fermeture des frontières ; la baisse des revenus des ménages ; l’aggravation de l’insécurité alimentaire dans certaines catégories de la population ». Les auteurs soulignent l'intérêt, dans le contexte actuel de surcharge d’informations de qualité variable, de disposer d'analyses solides pour discerner les défis et élaborer des réponses politiques pertinentes. À ce stade, selon eux, la résistance du système alimentaire canadien paraît plus confirmée que remise en cause.

Volatilité des options d’achats sur le Chicago Mercantile Exchange (CME) pour les marchés futurs du blé tendre rouge d’hiver

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Source : Canadian Journal of Agricultural Economics

Julien Hardelin, Centre d’études et de prospective

Source : Canadian Journal of Agricultural Economics

13/03/2020

Contre temps et marées. Pêcheurs hauturiers de Lorient en mer d'Écosse, Boris Charcossey

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N'en déplaise au chanteur Renaud, aujourd'hui c'est l'homme qui prend la mer mais pas la mer qui prend l'homme. On ne trouvera donc pas, dans cet ouvrage, de sombres récits de tempêtes et de naufrages, mais la description simple et sobre de la vie des marins hauturiers. Outre ses enquêtes en Bretagne, dans les ports ou les familles, l'auteur réalisa de fréquents embarquements, à des périodes choisies pour observer les « quatre saisons de la pêche ». Au total, son travail de terrain s'est échelonné sur six ans. En bon ethnologue, il nous livre ses carnets de notes, remplis sur le vif et retravaillés pour la présente édition. Son témoignage, rare, est agrémenté de photos qui parlent d'elles-mêmes et racontent, à la place des pêcheurs taiseux, la dureté de la tâche et le huis clos du navire.

Ce qui frappe d'abord, c'est la désorganisation de tous les rythmes temporels : alternance de semaines d'activité ou de congés à terre, succession d'efforts intenses et de moments de récupération, travail de nuit, fragmentation du sommeil, imprévus imposés par l'armateur ou la météo, et parfois périodes de trente ou quarante heures sans repos. L'état de la mer, les objectifs de capture et les impondérables techniques deviennent les seuls maîtres des horloges.

On retiendra aussi la dure et banale sociabilité masculine de l'équipage, faite de rites de passage, de confrontations et de mises à l'épreuve. Les relations alternent entre rudesse et complicité, avec de vraies amitiés et de solides inimitiés. Aux repas, on parle beaucoup de travail et de salaire, de quantités de poissons et de familles à retrouver, d'anecdotes légendaires ou de lendemains qui chantent. On se raconte des histoires plutôt grossières, tournant autour de la sexualité, et l'alcool normalement interdit échauffe les esprits.

Malgré les engueulades du commandant, l'usure physique et les fréquents accidents, ces hommes sont fiers « d'être du métier », de fabriquer un « monde à part », avec ses codes, ses risques et ses routines. Ils insistent sur leur spécificité et se démarquent volontiers des « terriens ». Ils intériorisent les contraintes, font preuve d'obéissance et d'abnégation, et finalement s'exploitent eux-mêmes. Quand l'ethnologue les questionne et s'étonne de telle ou telle situation, il récolte invariablement la même sentence : « c'est l'habitude ». Cette habitude amène à marner jour et nuit mais à aimer son sort et à faire de nécessité vertu. Elle pousse aussi à cacher ses maladies et blessures par crainte d'être réformé par la médecine du travail. Ainsi va la vie sur un grand chalutier de pêche au large...

Bruno Hérault, Centre d'études et de prospective

Lien : Société d'ethnologie

16:42 Publié dans Pêche et aquaculture, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : charcossey, pêcheurs, pêche hauturière, marins |  Imprimer | | | | |  Facebook

11/03/2020

À niveau égal de revenu et de formation, les agriculteurs et les forestiers américains ont un état de santé équivalent à celui des autres actifs

À partir de données de santé sur la population des États-Unis, un chercheur de l'université de Pennsylvanie a montré que travailler dans les secteurs agricoles ou forestiers n'était pas corrélé avec un état de santé dégradé par rapport au reste de la population. Utilisant les résultats 2008-2017 de l'enquête annuelle nationale, par entretien, menée auprès d'un échantillon de 87 500 personnes représentatif de la population, l'auteur a isolé les répondants déclarant avoir récemment travaillé dans les secteurs agricoles, forestiers ou miniers. Il a ensuite étudié l'impact éventuel, sur la santé, d'une activité professionnelle au contact de la nature et des ressources naturelles. Si les actifs agricoles et forestiers sont en moins bonne santé que les autres travailleurs, cette différence (faible) est plutôt liée au fait qu'ils sont en moyenne moins bien formés et ont des revenus plus limités.

Source : Journal of Agromedicine

11/02/2020

Impact de l'automatisation sur l'emploi dans le secteur agroalimentaire

En janvier, l'Office français des conjonctures économiques (OFCE) a publié un working paper étudiant l'impact de l'automatisation sur le marché du travail en France, entre 1994 et 2015. Un panel de 16 227 entreprises a été constitué à partir des données appariées employeurs-employés de l'Insee pour l’emploi et l’automatisation, des Douanes pour le commerce, et de l’International Federation of Robots (IFR). Cet article revêt un intérêt particulier dans un contexte où les innovations technologiques dans l’agroalimentaire sont en pleine croissance, en particulier celles en lien avec la foodtech.

En premier lieu, les auteurs décrivent statistiquement les entreprises de leur panel quant à l’automatisation, l’emploi et les ventes totales. Le concept de force motrice (exprimé en tonnes équivalent pétrole) permet de déterminer approximativement leur niveau d’automatisation. Cette variable décrit la consommation d’énergie de tous les appareils continuellement branchés durant le processus de production. Les auteurs ont choisi cette approche de l’automatisation car elle est plus inclusive que celle retenue par l’IFR. L’analyse montre que le secteur agroalimentaire figure parmi les cinq secteurs les plus automatisés sur les 245 étudiés (voir figure). Il représente près de 10 % de la consommation totale d’énergie (« force motrice ») et regroupe plus de 5 % de l’ensemble des robots industriels (« robots IFR »).

L’étude révèle ensuite que l’impact de l’automatisation sur l’emploi a été positif, tous secteurs confondus, y compris pour les travailleurs non qualifiés. L’analyse économétrique permet d’estimer une élasticité de l’emploi par rapport à l’automatisation de 0,28, comparée à une élasticité de - 0,05 pour les prix et de 0,37 pour les ventes. Ces résultats suggèrent que l’automatisation génère des destructions d’emploi mais aussi des gains de productivité, des baisses de prix à la consommation, une hausse de la demande adressée aux entreprises, et donc in fine de l’emploi. Néanmoins, l’effet est significatif uniquement dans les secteurs exposés au commerce international (dont l’agroalimentaire). L’élasticité de la demande par rapport aux prix est moins forte dans les secteurs non exposés (l’offre de produit y étant moins variée), et ne permet pas alors d’accroître l’emploi de manière significative.

Distribution des technologies d'automatisation parmi les cinq secteurs français les plus automatisés

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Source : OFCE

Lecture : Motive Force : force motrice ; IFR Robots : robots selon la définition de l’International Federation of Robots (contrôlés automatiquement, manipulateurs polyvalents reprogrammables, programmables sur trois axes ou plus) ; Payroll : salaires (dont cotisations sur retraite) ; Sales : ventes ; Chemicals : secteur de la chimie ; Rubber : secteur du caoutchouc ; Paper : secteur des pâtes et papiers ; Glass & ceramics : secteur du verre et de la céramique ; Food & beverage : secteur de l’agroalimentaire.

Raphaël Beaujeu, Centre d'études et de prospective

Source : OFCE

09:36 Publié dans IAA, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : ofce, automatisation, emploi, agroalimentaire |  Imprimer | | | | |  Facebook

10/02/2020

Recensement agricole argentin 2018 : résultats préliminaires

L'Instituto Nacional de Estadística y Censos (INDEC) a publié, fin 2019, les résultats préliminaires du recensement agricole argentin 2018 (Censo nacional agropecuario - CNA), la dernière édition d'une série commençant en 1888. L'Institut est chargé de sa conception, la réalisation étant confiée aux services régionaux (Direcciones Provinciales de Estadística). La méthodologie de « balayage territorial », où le recenseur rencontre le producteur, utilise un dispositif de capture mobile incluant des images satellitaires associées à un modèle vectoriel d'information géographique (limites administratives, hydrographie, voies de communication, villes). Les données collectées entre le 1er juillet 2017 et le 30 juin 2018 concernent i) l'exploitation et le producteur, ii) le type d'activité, iii) les pratiques culturales et d'élevage, iv) la mécanisation des tâches, v) les résidents et la main-d’œuvre.

Le CNA a couvert près de 207 millions d'hectares (cultures, prairies, forêts) et de 250 900 exploitations. Environ 733 000 personnes y habitent, dont 52 % appartiennent à la famille, 18 % sont des travailleurs non familiaux et 16 % des associés. Au total, 420 700 travailleurs permanents (82 % d'hommes) cultivent 33 millions d'hectares (69 % de céréales et oléagineux) et élèvent 56 millions de têtes de bétail. 91 % des exploitations sont gérés par les producteurs ou associés, dont 21 % sont des femmes et 16 % ont moins de 40 ans. Concernant la mécanisation des tâches, les principaux matériels recensés sont les tracteurs (plus de 200 000), les moissonneuses (environ 23 500), les semoirs (75 000) et les conditionneurs de fourrage (37 800). Ces données traduisent des degrés de mécanisation variables selon les structures, mais aussi le recours à des prestations externes. Ainsi, 25 % des exploitations ont recours à de la sous-traitance de services, cette pratique concernant notamment 67 % de la superficie récoltée d'oléagineux.

Répartition des surfaces par activité et de l'élevage par espèce (nombre d'animaux) au 30 juin 2018

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Source : INDEC

En trente ans, entre les recensements de 1988 (378 000 exploitations) et 2018, on constate un phénomène de concentration : baisse de 37 % du nombre d'exploitations, augmentation de 96 % de leur surface moyenne (de 421 à 826 ha), et trois fois plus de superficie consacrée aux cultures annuelles (céréales et oléagineux). Ces dernières passent ainsi de 7,67 à 23 millions d'hectares, notamment dans la région Pampa humide, caractérisée par une concentration relativement importante de la production et une pratique fréquente de la sous-traitance sous la figure des contratistas. Cette situation s'oppose aux filières dites « régionales » (vigne, canne à sucre, fruits, etc.) pour lesquelles la concentration est essentiellement foncière.

Recensement 2018, parcelles cultivées

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Source : INDEC

Hugo Berman, Centre d'études et de prospective

Sources : INDEC, Sobre la Tierra

04/02/2020

Le rôle des intermédiaires du marché du travail dans la restructuration des chaînes agroalimentaires latino-américaines

Publié fin 2019, un article de la Revista Latinoamericana de Estudios Rurales traite de la revitalisation des formes d'intermédiation du marché du travail, dans le contexte de libéralisation des relations de production agricole et agroalimentaire en Amérique latine. L'auteur analyse les études disponibles sur diverses filières (vigne, canne à sucre, maraîchage, yerba mate, laine de mouton, etc.), menées en Argentine, au Brésil, au Mexique et en Uruguay. Il s'intéresse à différents « intermédiaires » (dénommés, selon les pays, enganchadores, cuadrilleros, capataces, contratistas, etc.), et étudie leurs rôles, tant dans leurs relations avec les entreprises demandeuses de main-d’œuvre qu'avec les travailleurs eux-mêmes. Il en conclut qu'ils constituent un maillon essentiel dans le développement du capitalisme en milieu rural qui gagne ainsi en productivité et compétitivité, grâce à la réduction des coûts et des risques, et à l'externalisation de la gestion de la force de travail et des conflits.

Source : Revista Latinoamericana de Estudios Rurales