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17/06/2019

La certification privée : un moteur pour les exportations agricoles ?

Un article publié en juin dans la European Review of Agricultural Economics analyse l'impact des standards volontaires privés (SVP) GlobalGAP sur les exportations de bananes, ananas et raisins, au niveau mondial entre 2010 et 2015. Les données proviennent du certificateur GlobalGAP lui-même, de la base UN Comtrade et de la FAO. Cet article revêt un intérêt particulier car avec la multiplication des SVP et le pouvoir croissant des multinationales agroalimentaires, ces standards deviennent de facto obligatoires pour intégrer certaines filières. Cependant, l'effet de ces normes sur les exportations restait encore indéterminé.

En premier lieu, l'étude rappelle que l'accroissement du nombre de producteurs et des surfaces certifiés par GlobalGAP (voir figure) peut générer des effets contrastés sur les exportations. En spécifiant et en harmonisant les attributs des produits, la certification facilite la coordination entre les différents acteurs de la chaîne de valeur et contribue à réduire les coûts de transaction pour ceux situés en aval. Les programmes d'assistance du certificateur permettent aussi, dans certains cas, d’améliorer les capacités des agriculteurs à fournir des produits compétitifs. Cependant, d'autres travaux montrent que le développement des SVP peut également entraver l'accès au marché international, pour les producteurs qui ne sont pas en mesure de payer les coûts liés à la certification (adoption du cahier des charges, frais de certification, etc.).

À partir d'une analyse empirique basée sur un modèle gravitaire, les auteurs confirment que la hausse du nombre de producteurs et des surfaces certifiés par GlobalGAP impacte positivement les performances à l'exportation d'un pays (volumes exportés et accès à de nouveaux marchés), mais avec des effets variables selon les produits et les pays d'origine et de destination. L'effet est moins prononcé pour les exportations vers les pays en développement que vers ceux de l'OCDE, mais demeure néanmoins significatif. Pour les auteurs, ce résultat témoigne du fait que l'accroissement de la demande pour les produits certifiés ne concerne plus uniquement les pays industrialisés. Par ailleurs, l'impact de la certification est plus marqué pour les exportations en provenance des pays en développement, ceux-ci ayant besoin de donner plus de garanties d'approvisionnement aux acteurs de l'aval.

Évolution des surfaces agricoles certifiées par GlobalGAP (2008-2015)

GlobalGAP.jpg

Source : European Review of Agricultural Economics

Lecture : les surfaces pour l'Amérique et l'Europe sont sur l'axe de gauche, celles pour l'Afrique et l'Asie-Pacifique sur l'axe de droite.

Raphaël Beaujeu, Centre d'études et de prospective

Source : European Review of Agricultural Economics

09:58 Publié dans Mondialisation et international | Lien permanent | Tags : certification, globalgap, exportations |  Imprimer | | | | |  Facebook

16/01/2018

L'huile de palme certifiée durable réduit la déforestation en Indonésie

La demande internationale de commodités agricoles est une cause majeure de déforestation tropicale. De nombreux États et entreprises se sont donc engagés à réduire les pertes de forêts dues à leurs approvisionnements, en particulier en achetant uniquement de l'huile de palme certifiée « durable ». Ainsi, en 2015, 20 % de la production mondiale étaient certifiés par le référentiel RSPO (Roundtable on Sustainable Palm Oil). Cependant, les effets réels de ce type de labels restent à ce jour mitigés (voir à ce sujet un précédent billet sur ce blog). Un article, mis en ligne en décembre 2017 par la revue PNAS et écrit par des chercheurs américains, expose les résultats d'une évaluation de l'impact du système de certification RSPO sur la déforestation et les feux de forêts en Indonésie, le premier producteur mondial d'huile de palme.

Plantations d'huile de palme certifiées RSPO (orange) et non certifiées (vert et mauve) dans l'ouest indonésien

RSPO.jpg

Source : PNAS

Pour ce faire, les auteurs utilisent des données sur les plantations certifiées et non certifiées (voir figure ci-dessus), ainsi que des estimations satellitaires annuelles de la perte de forêts entre 2001 et 2015, pour mesurer la déforestation dans ces zones. Afin de contrôler un éventuel biais de sélection, les plantations demandant la certification n'étant pas représentatives de l'ensemble des structures car plus anciennes et moins riches en forêts, ils réalisent un appariement par score de propension : cela leur permet de comparer, avant et après la certification éventuelle, des plantations ayant les mêmes caractéristiques.

Tendances de la déforestation (A et B) et de la surface de forêt conservée (par rapport à 2000, C) dans les plantations d'huile de palme certifiées RSPO et non certifiées, en Indonésie

RSPO2.jpg

Source : PNAS

Les auteurs trouvent que la certification « durable » RSPO est associée à une diminution de la déforestation de 33 %. Celle-ci s'élève ainsi à 6,6 % / an dans les plantations certifiées contre 9,8 % / an dans les non certifiées (voir la figure ci-dessus). Dans les forêts primaires, cette diminution s'élève à 36 %, bien qu'elle soit statistiquement moins significative. Malgré tout, en 2015, les plantations certifiées avait perdu 84 % de leur surface en forêt par rapport à 2000 (soit 1 657 km²), tandis que les plantations non certifiées n'en avaient perdu que 38 % (23 428 km²). Cela s'explique par le fait que les plantations qui demandent la certification ont peu de forêts résiduelles : elles ont déjà déforesté intensément. Ainsi, en 2015, les zones certifiées contenaient moins de 1 % des forêts restantes dans les plantations indonésiennes. Une adoption plus large dans les plantations encore riches en forêts, et des critères plus exigeants, sont donc nécessaires pour que la certification RSPO ait un impact positif et significatif sur la conservation et le climat à long terme. Enfin, les auteurs ne trouvent pas d'effet sur les occurrences de feux de forêt.

Estelle Midler, Centre d'études et de prospective

Source : PNAS

05/09/2017

Les consommateurs prêts à payer plus cher pour une rémunération juste des salariés agricoles

Les consommateurs sont-ils prêts à payer leur alimentation plus chère afin de garantir de bonnes conditions de travail aux salariés agricoles ? C'est la question à laquelle une équipe de chercheurs grecs et américains s'est intéressée dans un article publié dans le numéro de juillet de la revue European Review of Agricultural Economics. Les auteurs ont utilisé la méthode de l'évaluation contingente, afin d'évaluer le consentement à payer des consommateurs pour des fraises qui bénéficieraient d'une certification garantissant des conditions de travail justes (ou tout simplement en règle, comme un salaire minimum, un nombre d'heures de travail limité ou des congés maladie) pour les travailleurs agricoles.

Ils trouvent que les consommateurs grecs sont prêts à payer une prime d'au moins 0,53 € / 500 g pour des fraises produites avec ce type de certification. Ces résultats soulignent la forte asymétrie d'information qui existe sur ce sujet entre les consommateurs et les producteurs. Des modèles de certification innovants pourraient être développés afin de valoriser les produits issus d'exploitations protégeant les droits des travailleurs, et ainsi inciter les exploitants à garantir des conditions de travail correctes.

Source : European Review of Agricultural Economics