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11/06/2021

Coûts de transaction et choix du mode de commercialisation de producteurs d’anacarde au Bénin

Dans un article publié dans la revue scientifique Cahiers Agricultures, P. Kokou Degla et J.H. Ahodode, chercheurs à l’université de Parakou au Bénin, présentent les résultats d’une étude menée auprès de 122 producteurs d’anacarde dans le nord-ouest du pays.

En considérant les coûts de transaction comme éléments nécessaires à l’analyse économique de la filière, ils ont testé l’hypothèse de la « préférence des acteurs pour le mode de coordination minimisant les coûts de transaction dans un processus d’échange ». Ceux retenus dans leur étude sont directement liés au processus de commercialisation du produit, soit « les coûts de recherche et d’information, les coûts de négociation et de décision et les coûts de surveillance et d’exécution des contrats ».

L’ensemble de ces coûts atteint, en moyenne, 43 francs CFA/kg pour une vente collective et 93 francs CFA/kg pour une vente individuelle. La moindre mutualisation des coûts, dans la vente individuelle, ainsi que la multiplication des contacts avec les acheteurs, afin d’écouler de petites parties du stock au fil de la campagne, expliquent cette différence.

Les auteurs décrivent une très forte asymétrie d’informations entre de multiples producteurs et un faible nombre d’acheteurs. Le développement de coopératives ou d’autres structures de vente collective permettrait de la réduire ; pourtant, 62 % des producteurs de l’échantillon vendent leurs produits individuellement. Dans certains cas, ils ne connaissent pas l’existence de ces coopératives – parfois constituées par des ONG et des acteurs du développement, sans implication des agriculteurs dans leur conception – ou les avantages qu’elles peuvent apporter pour la commercialisation. Les auteurs mettent aussi en avant le coût financier de l’adhésion ainsi que la moindre liberté de décision et d’action des vendeurs engagés dans ces structures. Les liens familiaux entre producteurs et acheteurs constituent également un frein à la vente collective. De plus, les préfinancements ou les crédits proposés par les acheteurs aux agriculteurs rendent ces derniers captifs. Enfin, dans d’autres cas, des expériences passées de malversations au sein de structures collectives n’incitent pas les producteurs à les rejoindre malgré le développement de meilleurs dispositifs de contrôle.

Amandine Hourt, Centre d'études et de prospective

Source : Cahiers Agricultures

11/05/2021

Gains de productivité des cultures vivrières et malnutrition dans les pays en développement à l'horizon 2030

Un article, récemment publié dans la revue Plos One, montre que l'augmentation des gains de productivité des cultures vivrières ne suffirait pas à réduire la malnutrition dans les « pays en développement » en 2030. Ces résultats ont été obtenus par le service économique de l'USDA (ministère de l'agriculture américain) et l'IFPRI (International Food Policy Research Institute) en testant plusieurs scénarios à l'aide de deux modèles mondiaux combinés. Ces simulations ont été réalisées à la demande du Consultative group on international agricultural research (CGIAR), dans le cadre de l'initiative Crops to end hunger.

Une hausse annuelle plus rapide (+ 25 % par rapport au taux de croissance de référence) des rendements permettrait de diminuer le nombre de personnes souffrant de malnutrition : de 11 millions dans le cas de la production de riz, de 6 millions dans celui du blé et 2 millions pour la banane plantain ou le manioc. Les besoins glucidiques seraient certes mieux couverts, mais ce ne serait pas le cas pour toutes les vitamines ou sels minéraux (figure ci-dessous). Cependant, les résultats varient sensiblement selon les pays et les productions. Les auteurs recommandent de tenir compte de cette hétérogénéité pour cibler les politiques de soutien à l'innovation et au développement.

Taux de couverture pour différents nutriments en 2030

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Source : Plos One

Lecture : le taux de couverture est égal à 1 lorsque les disponibilités journalières moyennes sont égales aux apports nutritionnels recommandés.

Source : Plos One

Services numériques de location de tracteurs dans des pays « en voie de développement »

La revue World Development publie en avril une étude sur deux sociétés ayant déployé, en Inde et au Nigeria, un service numérique dédié à la location de tracteurs. Ce type d'offre est souvent surnommé « Uber pour les tracteurs », mais il diffère sensiblement du service de voiture avec chauffeur déployé par cette même entreprise en milieu urbain dans les pays « développés ». En effet, la faible densité de la clientèle potentielle, des zones rurales dotées de couvertures réseau hétérogènes, les niveaux réduits d'alphabétisation et d'équipement en smartphones des petits exploitants, etc., tout cela rend nécessaire le recours à des intermédiaires, qui effectuent les demandes de réservation dans l'application. Aussi, ce sont essentiellement des agriculteurs propriétaires qui bénéficient des fonctionnalités de cette offre numérique : suivi en temps réel des tracteurs équipés de GPS, mise à disposition des tracteurs facilitée et des avantages (simplicité d'usage, réduction des coûts de transaction).

Interface des réservations de tracteurs, destinée aux agents intermédiaires, dans l'application « Hello Tractor » (Nigeria)

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Source : World Development

Source : World Development

14/04/2021

Carlos Lopes, L'Afrique est l'avenir du monde. Repenser le développement, Éditions du Seuil, 2021, 256 pages

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Publié en langue anglaise en 2019, Africa in transformation. Economic Development in the Age of the Doubt de Carlos Lopes dispose désormais, avec cette parution, d’une traduction française. L’introduction – écrite avant la crise de la Covid-19 – ne reflète pas la situation macroéconomique actuelle du continent et n’évoque pas la récession à laquelle il est confronté après quinze années de croissance. Cependant, elle apporte de nombreux éléments sur le contexte social et économique de l’Afrique puis présente les différents enjeux traités dans les chapitres de l’ouvrage. Les analyses s’inscrivent dans le temps long, elles sont issues des réflexions de l’auteur lors de quatre années passées à la tête de la Commission économique pour l’Afrique des Nations unies.

Dans le sixième chapitre « Augmenter la productivité agricole », C. Lopes souligne le rôle important que pourra jouer l’agriculture dans le développement économique du continent, puisqu'elle concentre 65 % des emplois et 75 % des échanges commerciaux intracontinentaux. Il présente le bilan de la hausse de la productivité agricole africaine (augmentation de la valeur ajoutée de 67 % par travailleur entre 1990 et 2012). Tout en citant des exemples de réussite (Ghana, Égypte, Tanzanie, Nigeria pour l’agriculture et Ouganda pour la production aquacole), l’auteur déplore que la productivité de l’Afrique reste la plus faible du monde et constate qu’elle est corrélée à une très grande insécurité alimentaire. Les infrastructures défaillantes, la faible intégration des producteurs agricoles dans les chaînes de valeur nationales et internationales, leur difficulté d’accès au financement et le manque de cohérence des politiques de soutien à l’agriculture sont identifiés comme des facteurs entravant la hausse de cette productivité.

Son augmentation permettrait pourtant, aux nombreuses exploitations agricoles assurant la subsistance des familles, de générer des surplus commercialisables destinés aux marchés urbains en fort développement et d’accroître ainsi leur valeur ajoutée.

Amandine Hourt, Centre d'études et de prospective

Lien : Éditions du Seuil

La Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement

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Créée en 1964 pendant la période de décolonisation, la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) promeut le commerce comme facteur de développement. Elle rassemble 195 pays et est dotée d'un budget annuel de 60 millions de $ (environ 51 M €). Considérant indispensables l'existence et le bon fonctionnement d'instances multilatérales plutôt que seulement bilatérales ou plurilatérales, elle met à disposition des pays « peu développés » ou « en développement » des outils, études, rapports, données pour les aider à se positionner dans un système mondial dominé par les grandes puissances. Elle les aide également à mettre en place un cadre propice aux investissements.

Si la CNUCED est actuellement très mobilisée sur la gestion de la crise économique liée à la pandémie de Covid-19, elle intervient en règle générale dans tous les domaines de l'économie ou qui touchent à celle-ci : le digital et le numérique, les migrations, le e-commerce, le changement climatique, l'utilisation des ressources naturelles, l'agriculture et l'alimentation. Elle a par exemple aidé à réguler les marchés des matières premières, en réponse aux chocs pétroliers, et impulsé des standards internationaux comme le « système généralisé de préférence », qui vise à favoriser les exportations, le développement industriel et la croissance économique des pays en « voie de développement », en demandant aux pays développés d'appliquer des droits très faibles ou nuls à de nombreux produits exportés par ces pays, sans contreparties commerciales. Ce principe a des impacts sur le commerce international de produits agricoles.

Parmi ses publications récentes, la CNUCED a fait paraître un guide technique (voir à ce sujet une précédente brève) pour quantifier les effets des mesures non tarifaires sur le commerce international, et une alerte (voir à ce sujet une autre brève) sur les risques que fait peser le développement de technologies de pointe (robots, biotechnologies, édition génétique, intelligence artificielle, etc.), sur les économies des pays « en voie de développement » reposant principalement sur l'agriculture et ayant une moindre capacité d'innovation. Elle a consacré très largement son rapport 2020 aux impacts économiques de la pandémie, notamment ceux relatifs à la capacité de production agricole, à l'évolution de la productivité du travail agricole, aux prix mondiaux des produits alimentaires et des matières premières d'origine agricole, et au transfert d'emplois de l'agriculture vers l'industrie.

Vincent Hébrail-Muet, Centre d'études et de prospective

Source : UNCTAD

13/04/2021

Les pistes de la CNUCED pour un nouvel agenda du commerce mondial

Les conclusions du rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l'alimentation, présentées en juillet 2020, mettent en cause l'accord sur l'agriculture de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), et soulignent que ce dernier constitue une barrière à la pleine mise en œuvre du droit à l'alimentation. En réponse, la conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED, voir un portrait de cet organisme), en prévision de la tenue à l'automne 2021 de sa 15e session et de la 12e conférence ministérielle de l'OMC, argue qu'une meilleure mise en œuvre de cet accord, et notamment de ses mécanismes de traitement spécial et différencié, favoriserait la contribution du commerce international à l'effectivité du droit à l'alimentation. Les auteurs enjoignent notamment les pays membres de l'OMC à mettre en œuvre les soutiens techniques et financiers prévus par l'accord pour la production agricole. Ils proposent aussi des pistes d'amélioration : abolition des restrictions à l'exportation pour les biens essentiels à destination des pays en développement importateurs nets de produits alimentaires, ou pour l'aide en situation d'urgence ; adaptation du plafond des aides, afin d'améliorer le soutien aux producteurs agricoles vulnérables ; instauration d'une solution pérenne pour un stockage public renforçant la sécurité alimentaire.

Source : Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement

09/02/2021

Les relations sociales et le capital culturel, facteurs clés du développement agricole néo-calédonien

Les recherches sur le « développement durable » portent souvent sur ses dimensions économique et environnementale. Plus rares sont celles qui intègrent le pilier social (capital culturel, relations interindividuelles, normes et valeurs). Un article publié très récemment dans Ecological Economics, mais qui s'appuie sur des données assez anciennes, se concentre sur les effets de ces capitaux social et culturel sur la performance et la durabilité de l’agriculture tribale kanak. En 2010, celle-ci pesait 65 millions d’euros, la majorité de la production (igname, banane, taro) étant destinée à l’autoconsommation ou à des dons coutumiers.

Partant d’une enquête par questionnaire (2011) sur la production agricole et ses usages marchands et non marchands au sein de 288 des 340 tribus de Nouvelle-Calédonie, les auteurs ont élaboré deux modèles mobilisant principalement trois variables : i) la valeur marchande de la production agricole, ii) celle des dons alimentaires d’une famille à des tiers tout au long de l’année (proxy du capital social) et iii) celle des cadeaux offerts au cours de cérémonies rituelles, considérée comme un proxy des habitudes culturelles.

Plusieurs résultats ressortent de l’étude. En premier lieu, les échanges quotidiens de denrées ont un effet positif sur les productions et rendements agricoles. Toutes choses égales par ailleurs, une augmentation de 10 % de ce type de dons est associée à une hausse de la production de 4,6 %, la densité des relations sociales au sein des tribus stimulant la fonction productive. D'autre part, cette augmentation, rendue possible par des formes d’entraide pour réduire les effets des aléas climatiques ou accéder à des facilités bancaires, est supérieure à celle qui découle d’une extension de la surface cultivée, montrant ainsi que les différents types de capital ne sont pas interchangeables. Enfin, sont vérifiés les effets favorables des dons rituels sur le rendement tandis qu’une hausse de celui-ci favorise les dons journaliers.

Pour les auteurs, ces résultats ont au moins deux implications. Ils plaident en faveur de la théorie de la « durabilité forte », qui insiste sur la complémentarité des capitaux, au contraire de leur substituabilité dans l’approche néoclassique. En matière de politiques publiques, opposer a priori le développement économique à la coutume est hasardeux, les échanges non marchands pouvant stimuler les échanges économiques et la production de richesses.

Nathalie Kakpo, Centre d’études et de prospective

Source : Ecological Economics

05/02/2021

Hausse de l’offre céréalière et insécurité alimentaire persistante au Mali : le « paradoxe de Sikasso »

Dans un dossier des Cahiers Agricultures consacré aux zones cotonnières d'Afrique de l'Ouest, un article analyse les relations entre développement économique et sécurité alimentaire, dans une région du sud du Mali. Celle-ci regroupe plus de 5 millions d’habitants et compte 520 zones de production de coton et de céréales (respectivement 30 % et 60 % de la surface agricole cultivée). Les auteurs testent le « paradoxe de Sikasso », selon lequel une production agricole importante peut cohabiter avec des formes d’insécurité alimentaire. La région connaît, entre 1997 et 2013, une forte croissance démographique (+118 %), qui s’accompagne d’une augmentation de la production céréalière rendue possible par le recours aux intrants, financé par l’intensification de la culture cotonnière. Ces réussites agricoles coexistent néanmoins avec des situations de malnutrition concernant un quart des enfants. Dans le traitement de l’insécurité alimentaire, les auteurs préconisent donc la mise en place d’une nutrition-sensitive agriculture et une meilleure prise en compte des usages de la nourriture.

Source : Cahiers Agricultures

04/02/2021

L'agroforesterie ne suffit pas pour lutter contre la déforestation dans les pays producteurs de cacao

Dans une synthèse récente, l'Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI) a recensé les principaux leviers existants pour réduire la déforestation liée à la production de cacao. L'agroforesterie est la solution généralement promue par les entreprises et les gouvernements. Pour les auteurs, elle n'est néanmoins pas adaptée à toutes les situations, notamment selon la complexité du couvert végétal. En effet, les formes les plus simples (ex. arbres fruitiers en bordure de parcelle) ne compensent généralement pas la perte du couvert originel s'il y a eu déforestation. Pour être plus efficaces, les politiques d'aide au développement du secteur devraient donc avoir pour finalité de restaurer la biodiversité et non de seulement développer l'agroforesterie. Par ailleurs, les auteurs observent que la diffusion de pratiques culturales plus favorables à la biodiversité est particulièrement freinée par la difficulté à valoriser les produits qui en sont issus, surtout en raison de la forte volatilité des prix du marché et de l'offre importante de cacao labellisé (biologique, Rainforest/UTZ).

Source : Institut du développement durable et des relations internationales

15:25 Publié dans Développement, Environnement, Filières agricoles | Lien permanent | Tags : agroforesterie, déforestation, cacao |  Imprimer | | | | |  Facebook

22/01/2021

Tendances et perspectives pour l'agriculture des pays de l'Union africaine

Le ReSAKSS, système régional d'analyse stratégique et de gestion des connaissances de l'Union africaine (voir à ce sujet un portrait), a publié récemment son Annual Trends and Outlook Report 2020 (ATOR 2020). Il a notamment été présenté à l'occasion de sa conférence annuelle 2020, Sustaining Africa's Agrifood System Transformation: The Role of Public Policies. Le rapport ATOR fournit un ensemble riche et diversifié d'analyses sur des sujets d'intérêt majeur pour l'avenir de l'agriculture des pays de l'Union africaine, et fait le point sur les indicateurs du Programme détaillé de développement de l'agriculture africaine (PDDAA). Il se fonde sur les meilleures données disponibles. Les travaux du ReSAKSS sont accompagnés par l'IFPRI et ont bénéficié de divers financements internationaux (USAID, Fondation Bill et Melinda Gates, IFAD, etc.).

Valeur ajoutée agricole par habitant dans 16 pays d'Afrique, 1965-2018

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Source : ReSAKSS

Le millésime 2020 du rapport se concentre sur le rôle des politiques publiques pour assurer la croissance et le développement des secteurs agricole et agroalimentaire. Comme le souligne le chapitre 2, de nombreux pays de l'Union africaine ont connu, depuis le début du XXIe siècle, une forte croissance économique, en particulier dans l'agriculture (figure ci-dessus). Cette phase de boom a succédé à deux décennies de stagnation (années 1980 et 1990), au cours desquelles le PIB par tête a diminué (figure ci-dessous). La croissance agricole des années 2000 et 2010 s'appuie sur le progrès technique, avec des gains de productivité de la terre et du travail substantiels. Selon les auteurs, qui passent en revue les facteurs explicatifs du PIB par habitant, les politiques publiques ont joué un rôle fondamental : gouvernance (efficacité des pouvoirs publics, qualité des régulations), développement du capital humain (scolarisation, espérance de vie), stabilité macroéconomique, assistance au secteur agricole par rapport au reste de l'économie, etc.

Le rapport ATOR 2020 comprend dix-sept chapitres, incluant analyses thématiques et études de cas nationales, qui soulignent ces dynamiques et insistent sur plusieurs défis : la digitalisation de l'agriculture africaine, la transformation des chaînes de valeur intermédiaires du millet au Sénégal, le rôle de l'irrigation dans le développement de l'agriculture au sud du Sahara, la mécanisation agricole au Ghana, les politiques relatives aux engrais et aux semences, etc.

Croissance annuelle moyenne par décennie dans 30 pays d'Afrique, 1960-2018

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Source : ReSAKSS

Julien Hardelin, Centre d'études et de prospective

Source : ResAKSS

14/01/2021

AKADEMIYA2063

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Depuis son lancement, le 1er juillet 2020, l'organisation à but non lucratif AKADEMIYA2063 fournit analyses et données sur l'agriculture des pays de l'Union africaine, et facilite les échanges de connaissances entre eux. En 2015, l’Union africaine s’est dotée d’un plan de développement à accomplir à l’échéance 2063. La première des sept « aspirations » du plan, « une Afrique prospère fondée sur la croissance inclusive et le développement durable », vise notamment au développement des secteurs agricole et agroalimentaire. Pour favoriser la mise en œuvre des politiques et des stratégies relevant de ce périmètre, les programmes précédemment portés par l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI), dans le cadre de son soutien au Programme détaillé de développement de l’agriculture en Afrique (PDDAA), ont été transférés à AKADEMIYA2063, basée à Kigali (Rwanda).

AKADEMIYA2063 accueille ainsi le Système régional d’analyse stratégique et de gestion des connaissances (ReSAKSS). Il publie chaque année l'Annual Trends and Outlook Report (ATOR), qui contient des analyses sur des sujets stratégiques et recense les indicateurs du PDDAA (voir à ce sujet un autre billet). AKADEMIYA2063 gère aussi le Consortium de modélisation des politiques pour la croissance et le développement en Afrique (AGRODEP), qui favorise l’implication et la visibilité d'experts africains sur les questions de développement et de croissance agricole. Enfin, AKADEMIYA2063 appuie le Panel Malabo Montpellier (Panel MaMo), qui regroupe des scientifiques européens et africains actifs dans les domaines de l’agriculture, de l’écologie, de la nutrition, des politiques publiques et du développement. Il identifie les caractéristiques des pays les plus performants et évalue leurs réalisations en vue de leur transposition dans d’autres pays. Ces analyses alimentent les discussions d’un forum semestriel regroupant des décideurs politiques africains.

En conjuguant ces trois programmes, AKADEMIYA2063 soutient le dialogue politique entre les pays du continent et favorise l’élaboration de politiques agricoles nationales s'inscrivant dans le cadre commun défini par le PDAAA.

Amandine Hourt, Centre d'études et de prospective

Source : AKADEMIYA2063

08/12/2020

Pendant le premier confinement, un accès dégradé à l’alimentation en Guyane

La permanence d’accès aux soins de santé du Centre hospitalier de Cayenne, la Croix-Rouge et Médecins du monde ont constaté, lors du premier confinement (17 mars - 11 mai 2020), un accès dégradé de certains ménages guyanais précaires à l’alimentation. Réalisée fin juillet-début août 2020, une enquête par questionnaire a permis d’objectiver cette situation d’insécurité alimentaire (IA). Ses résultats ont été récemment publiés dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire. Parmi les 221 ménages interrogés, 80 % avaient souffert de la faim dans le mois tandis que 49 % avaient un budget hebdomadaire consacré à l’alimentation inférieur ou égal à 30 euros. La crise sanitaire a aggravé l’insécurité alimentaire de ces ménages (hausse des prix, diminution du budget). Un dispositif de suivi de l’IA devrait permettre de mieux anticiper les conséquences des crises futures.

Composition des familles, score de consommation alimentaire (FCS), indice simplifié des stratégies d’adaptation (rCSI), budget alimentaire par semaine associé à une faim sévère des ménages (juillet 2020)

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Source : Bulletin épidémiologique hebdomadaire (Santé publique France)

Source : Bulletin épidémiologique hebdomadaire (Santé publique France)

17/11/2020

Caractérisation par la théorie des graphes des investissements dans les terres agricoles à l'étranger

Les investissements dans les terres agricoles à l'étranger se sont accélérés à la suite de la crise financière de 2008. Un article publié dans Plos One en octobre 2020 présente une analyse des flux d'investissements (achat, location, bail, etc.) entre pays, en mobilisant la théorie des graphes. Les données 2009-2020 de la Land Matrix database sont utilisées pour construire le graphe d'investissements, composé d'un ensemble de nœuds (i.e. les pays) et de liens représentant les interactions entre nœuds (i.e. les investissements).

Les auteurs montrent que les flux sont asymétriques : les pays du Nord investissent dans les pays du Sud sans que la réciproque soit vraie. Il existe donc des États investisseurs et des États cibles. Une étude plus fine des flux identifie des pays intermédiaires, recevant des investissements sur leur territoire, mais également investisseurs dans d'autres pays (ex. : Brésil). Tout comme les pays investisseurs, ces pays intermédiaires tendent à avoir (coefficient de corrélation de Pearson de 0,57) un haut niveau de « biocapacité » c'est-à-dire, selon la définition du Global Footprint Network, des surfaces pouvant produire des denrées ou stocker du dioxyde de carbone. Cela traduirait, pour les auteurs, une certaine puissance économique et une capacité à investir.

Ils montrent ensuite (carte ci-dessous) que les investissements sont dirigés vers les pays à bas niveau de développement, à hauts niveaux d'insécurité alimentaire et de corruption. Ceux-ci présentent toutefois des conditions climatiques et une fertilité des terres favorables, une main-d’œuvre bon marché, une bonne disponibilité en zones arables et en eau, des infrastructures agricoles peu développées et des rendements agricoles à fort potentiel de progression. Parmi les pays à bas score, donc investisseurs tout en recevant peu d'investissements, on note la présence des anciennes puissances coloniales (qui conservent ainsi un accès aux terres des pays du Sud) et des États du Golfe (qui investissent préférentiellement dans les pays partageant leur religion).

Carte des scores d'investissement par pays (de 0 pour les pays investisseurs à 1 pour les pays cibles)

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Source : Plos One

Lecture : le score d'investissement correspond au logarithme de la somme des surfaces cédées sur la somme des surfaces cibles des investissements.

Aurore Payen, Centre d'études et de prospective

Source : Plos One

13/11/2020

L'invention du colonialisme vert. Pour en finir avec le mythe de l'Éden africain, Guillaume Blanc

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L'historien G. Blanc (université Rennes 2) examine, dans ce livre très vif, les avatars de la protection de la nature en Afrique, de la période coloniale à nos jours. Proposant une chronologie en sept phases à partir de 1850, il soutient que les politiques de conservation de la faune sauvage, dont les quelques 350 parcs nationaux que compte le continent, renvoient à une représentation erronée, contradictoire mais persistante, de l'Afrique comme « jardin d'Éden » inhabité, sauvage et naturel, menacé par les activités agropastorales.

Cette représentation s'est formée dès les premiers récits d'explorateurs, en contrepoint d'une cécité étonnante sur l'ampleur des dégradations causées par l'exploitation coloniale (plantations, chasse, collections). Par la suite, elle a été reconduite par la littérature (Hemingway, Blixen), les documentaires animaliers et les reportages du National Geographic, ou encore le cinéma d'animation (Le Roi Lion). Au moment des indépendances, la reconversion des administrateurs coloniaux en experts internationaux a favorisé une continuité de la « mise en parcs de l'Afrique », celle-ci pouvant aussi servir les intérêts des nouveaux pouvoirs, en légitimant le contrôle et la criminalisation des populations, notamment nomades. Aujourd'hui, l'action des agences internationales, l'Unesco (Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture) en premier lieu, mais aussi la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), celle d'organisations non gouvernementales comme le WWF, prolongeraient, sous couvert de développement durable et de « gestion communautaire », une posture de « naturalisation coercitive » de l'espace. Les parcs y demeurent conçus comme des sanctuaires dont les habitants doivent être évacués, fût-ce au prix de violences et de profondes perturbations sociales (paupérisation, mendicité liée au tourisme, etc.).

Pour écrire son livre, l'auteur a eu accès aux archives de l'Ethiopian Wildlife Conservation Organization. Depuis 2007, il a aussi réalisé des séjours dans les montagnes du Simien, interviewé des habitants, des surveillants du parc, mais aussi des touristes. L'exemple de l'Éthiopie est donc particulièrement approfondi, mais G. Blanc souligne, avec force références, que les processus mis en évidence dans ce pays ont en fait concerné l'ensemble du continent. Notons que ses thèses ont donné lieu à des réactions vigoureuses, comme celle du sous-directeur général pour la culture de l'Unesco, publiée par Le Monde début novembre.

Florent Bidaud, Centre d'études et de prospective

Lien : Éditions Flammarion

16:56 Publié dans Développement, Environnement, Territoires | Lien permanent | Tags : colonialisme, afrique sub-saharienne, espaces |  Imprimer | | | | |  Facebook

15/09/2020

Étudier finement la structure des marchés d'alimentation pour répondre aux objectifs de développement durable

Dans un rapport publié en juin 2020, l'Agence française de développement (AFD) se penche sur les caractéristiques des infrastructures physiques et institutionnelles d'approvisionnement et de distribution alimentaires (voir figure ci-dessous). En effet, les auteurs notent qu'elles ont été peu prises en considération par la recherche et les politiques publiques de développement, notamment en Afrique, en dépit de leur importance pour la durabilité des systèmes alimentaires et, donc, pour l'atteinte des Objectifs de développement durable (ODD).

Schéma simplifié d'un système de distribution alimentaire

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Source : Agence française de développement

Prenant l'exemple de trois capitales africaines (Rabat, Niamey et Abidjan), les auteurs rappellent que les réseaux d'approvisionnement alimentaire traditionnels sont dépourvus d'infrastructures institutionnelles de marché. Celles-ci permettent pourtant une connaissance généralisée des prix, une garantie de qualité des produits et l'accès au crédit. En réponse à ces carences, des arrangements privés se mettent en place entre les maillons des chaînes de distribution : positionnement d'intermédiaires qui recherchent les prix de marché et les relaient auprès d'autres acteurs ; importance des relations de confiance et du capital réputationnel pour garantir un certain niveau de qualité des produits ; création d'un marché du crédit informel.

Niveau de confiance entre opérateurs économiques dans différents pays

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Source : Agence française de développement

Cependant, malgré ces arrangements privés, une incertitude subsiste sur les prix et la qualité des produits. Combinée à la vétusté ou au développement insuffisant des infrastructures physiques, elle pénalise les consommateurs en conférant à certains acteurs des pouvoirs de marché trop importants.

En réponse à ces difficultés, des actions publiques d'investissement et de modernisation ont été tentées, parfois en vain. Les auteurs appellent donc les décideurs à analyser finement les infrastructures de marché existantes, avant de décider de mesures politiques, pour éviter des effets négatifs non anticipés. Par exemple, la régulation de marchés monopolistiques pourrait déstabiliser des réseaux entiers de commerce, tandis que l'introduction de normes officielles de qualité et de systèmes de contrôle pourrait s'avérer très coûteuse et ne pas répondre aux attentes des consommateurs.

Vincent Hébrail-Muet, Centre d'études et de prospective

Source : Agence française de développement

18:21 Publié dans Développement, Production et marchés, Société | Lien permanent | Tags : système alimentaire, confiance, institutions |  Imprimer | | | | |  Facebook