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08/07/2019

Le développement agricole de la Corée : un modèle pour l'Afrique ?

La Banque africaine de développement (BAD), en partenariat avec The Korea Institute for International Economic Policy et la Hankuk University of Foreign Studies, a sorti un rapport financé par la Korea-Africa Economic Cooperation sur le développement agricole et le processus de consolidation des chaînes de valeur agroalimentaires de la Corée du Sud. Son objectif est de tirer des leçons pour l'Afrique, où 60 % des revenus sont d'origine agricole, où les importations de produits alimentaires progressent, avec des différentiels de productivité et de valeur ajoutée agricoles considérables par rapport aux moyennes mondiales (rendements agricoles inférieurs de moitié).

Valeur ajoutée ($) du processus de transformation du riz

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Source : Banque africaine de développement

La situation de la Corée du Sud des années 1960 était, à certains égards, comparable à celle de l'Afrique d’aujourd’hui : passé colonial, petits agriculteurs peu productifs, infrastructures et ressources financières limitées, croissance démographique rapide. À l'époque, le gouvernement sud-coréen a mis en place une politique agricole volontariste, fondée sur la concertation public-privé et rythmée par des plans quinquennaux visant l'autosuffisance en riz par l'augmentation des rendements (1962, 1967) et l'agro-mécanisation (de 1972 à 1987). Le rapport souligne le rôle clef des institutions dans la croissance des chaînes de valeur agroalimentaires : Rural Development Administration (R&D, conseil, vulgarisation), Nonghyup (fédération de coopératives), mouvement Saemaeul (entraide et coopération), etc. Technologies de l'information et de la communication, développement des marchés locaux et écotourisme ont également contribué à la réussite du modèle sud-coréen.

Commerce de produits agricoles en Afrique, 1961-2013 (millions de $). Importations en vert ; exportations en gris

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Source : Banque africaine de développement

Pour les auteurs, certaines de ces politiques peuvent inspirer les pays africains, notamment par la présence d'acteurs coopératifs solides dans les domaines de la fourniture d'intrants, du financement, de la commercialisation, de la vulgarisation des connaissances scientifiques et des techniques, etc. Parmi ces exemples, citons le Nonghyup, qui fut chargé de l'achat, la distribution et le stockage des engrais et des récoltes, pour le compte du gouvernement coréen, ou encore le Saemaeul, qui incitait à la mobilisation villageoise (y compris les femmes et les jeunes) en faveur de l'agriculture. Les auteurs soulignent enfin l'intérêt des partenariats public-privé comme leviers financiers pour les politiques de développement.

Hugo Berman, Centre d'études et de prospective

Sources : Banque africaine de développement, Banque africaine de développement

10/04/2019

La nutrition dans un monde globalisé. Bilan et perspectives à l'heure des ODD, Yves Martin-Prével, Bernard Maire (coor.)

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Jamais les questions de nutrition n'ont bénéficié d'autant d'attention et d'interventions à l'échelle internationale. Ce livre décrit les étapes et les conditions de cette lente affirmation, et les principaux défis du moment. Rédigé par quelques uns des meilleurs spécialistes français et canadiens du sujet (médecins, agronomes, économistes, gestionnaires de programmes d'aide), il offre un excellent panorama des dispositifs institutionnels et des actions de terrain, des avancées scientifiques, mais aussi des représentations politiques et morales véhiculées par les acteurs.

Plusieurs chapitres font une lecture historique des débats, depuis « la faim dans le monde », relevant de l'urgence humanitaire traditionnelle, jusqu'à l'approche intégrée contemporaine de la « sécurité alimentaire et nutritionnelle », mobilisant un nombre élevé « d'initiatives » et de « mouvements », de centres de décision et de contrôle, aux frontières parfois floues et aux résultats difficiles à évaluer. De décennies en décennies, la question a néanmoins toujours été traitée sous un angle agricole et malthusien, en termes de « disponibilités » puis « d'accès », les vraies nouveautés récentes consistant en l'affirmation du secteur privé et du thème de la « souveraineté alimentaire ».

Une autre série de textes expose les principales pathologies actuelles : malnutrition aiguë de l'enfant, malnutrition plus chronique des adolescents et adultes, carences en protéines et micronutriments (vitamine A, fer, zinc, thiamine, riboflavine), surpoids et obésité, diabète, etc. Les conséquences n'en sont que trop bien connues : retard de croissance physique et de développement psychique, déficience immunitaire, maladies chroniques dites « de civilisation » ou « de surcharge », et, plus largement, moindre niveau d'éducation et perte de capital humain, productivité économique réduite, pauvreté endémique et coûts budgétaires.

Enfin, d'autres articles se concentrent sur l'évolution des priorités politiques, sur les stratégies d'intervention, les jeux d'acteurs et la gouvernance mondiale. Ils insistent tous sur quelques grands principes à faire prévaloir : approche multifactorielle, recherche d'équité, travail partenarial, actions décentralisées, durabilité et redevabilité, mais aussi « promotion de la santé » permettant aux individus et aux populations d'accroître le contrôle de leur propre santé. À l'avenir il faudra surtout, selon les auteurs, lutter contre la fragmentation et le chevauchement des initiatives, favoriser les dispositifs intégrateurs, améliorer le management et mieux faire se parler agronomes, humanitaires et spécialistes du développement. Il faudra aussi établir des plaidoyers basés sur des connaissances étayées et partagées, pouvant garantir l'attention politique et des financements de long terme.

Bruno Hérault, Centre d'études et de prospective

Liens : éditions Karthala, éditions IRD

13/02/2019

La résilience incertaine des agriculteurs familiaux dans un contexte d'aménagement hydraulique au Sénégal

Le dernier numéro de la Revue internationale des études du développement consacre un article à la résilience de l'agriculture familiale, sur des terres mises en valeur par des projets d'irrigation dans le bas delta du fleuve Sénégal. Le travail s’appuie sur plus de 80 enquêtes historiques et technico-économiques auprès d'agriculteurs et d'investisseurs. Divers profils de systèmes de production agricole familiaux sont documentés dans la zone étudiée (surface, main-d’œuvre, équipement, etc. – cf. tableau ci-dessous). La résilience est définie par les auteurs comme la capacité des ménages agricoles « à préserver les équilibres écologiques des écosystèmes cultivés et à dégager des revenus agricoles suffisants (autoconsommation incluse) pour assurer leur survie et la formation d’un surplus nécessaire à la pérennité de leur unité de production (à sa reproduction), ainsi qu’à la satisfaction d’autres groupes sociaux ».

Caractéristiques et résultats économiques des systèmes de production agricole familiaux du bas delta du fleuve Sénégal : l'exemple des villages des dunes

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Source : Revue internationale des études du développement

Les auteurs situent leur analyse dans un contexte de désengagement croissant de l’État, depuis les années 1980, accentué à partir de la crise financière de 2008. Auparavant, il intervenait directement dans le développement de l'irrigation, la gestion du foncier, la subvention des intrants et l'organisation des marchés agricoles. Par la suite, le retrait étatique de la gestion du foncier a amené les communautés locales à attribuer des droits pour la création de nouveaux périmètres irrigués privés, dont l'accès était plus facile pour les exploitations familiales et les investisseurs.

Selon les auteurs, dans ce cadre de concurrence entre des exploitations inégalement dotées en terres et en capital, sans régulation publique, les capacités de reproduction de la « petite » agriculture familiale (ayant en particulier moins de 1 ha) s’amenuisent : elle ne dispose pas des ressources nécessaires pour participer aux partenariats public-privé, condition d'accès à ces nouveaux périmètres irrigués. Afin de diversifier leurs revenus, tout en préservant autant qu'il est possible leurs activités, ces agriculteurs mettent donc en place des stratégies individuelles : travail hors exploitation, mise en location de terres, vente de produits de l'élevage, microcrédit, etc. Ils adoptent aussi des stratégies collectives : gestion du foncier (ex. mise en réserve de terres), recherche d'investisseurs extérieurs, maîtrise des prix dans l'accès aux marchés (initiatives collectives d'écoulement de la production), captation de valeur ajoutée par la transformation des produits agricoles.

Hugo Berman, Centre d'études et de prospective

Source : Revue internationale des études du développement

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08/02/2019

Marchés du travail favorables à l'évolution de l'agronégoce d'exportation de raisin : analyse comparative du Brésil et du Chili

Dans son dernier numéro, la Revista Latinoamericana de Estudios Rurales consacre un article aux dynamiques des migrations et des marchés du travail liées à l'agronégoce d'exportation de raisin, au Brésil et au Chili. L'étude s'appuie sur des entretiens effectués entre 2014 et 2018, ainsi que sur l'analyse de données de statistique publique. Selon les auteurs, les deux pays tendent vers un marché du travail plus flexible qui assure à l'agronégoce une large main-d’œuvre disponible, en particulier grâce à différents types de migrations : permanentes, saisonnières, locales, nationales, étrangères. Cette dynamique s'accompagne d'une différenciation de genre quant à la précarité des emplois, au détriment des femmes. Pour les auteurs, ces tendances s'inscrivent dans des processus historiques de développement de l'agronégoce similaires dans les deux pays.

Source : Revista Latinoamericana de Estudios Rurales

12:54 Publié dans Développement, Mondialisation et international | Lien permanent | Tags : brésil, chili, raisin, agronégoce, migrations, travail |  Imprimer | | | | |  Facebook

18/12/2018

Matières premières importées en France et risques de déforestation et de corruption

Une étude récemment publiée par le cabinet britannique 3Keel, pour le compte de WWF France, montre que certaines matières premières importées en France sont plus à risque de déforestation et corruption que d'autres. Au-delà de l'empreinte sociale et forestière liée aux importations, l'analyse vise essentiellement à caractériser leur durabilité au regard de la déforestation et des enjeux sociaux dans les pays d'origine.

3Keel s'est tout d'abord attaché à quantifier les importations de la France, pour les sept commodités déjà identifiées comme vecteurs de déforestation, soit par la concurrence exercée sur l'utilisation des sols (via les défrichements), soit par la dégradation des forêts ou des écosystèmes arborés (exploitation forestière ou surpâturage) : soja, cacao, huile de palme, caoutchouc, bois, pâte à papier, bœuf (animaux vivants et viande) et cuir. Les auteurs ont pris en compte les importations de matières premières brutes, de produits transformés les incorporant comme ingrédients, et des autres productions auxquelles elles contribuent comme intrants (exemple du soja pour les produits carnés).

Au-delà de la traduction en hectares des volumes importés, il s'agit d'identifier dans quelle mesure la production de ces commodités fait courir un risque de déforestation, de corruption, de travail illégal ou forcé. Les auteurs ont ainsi développé un indice de risque agrégeant plusieurs paramètres : la perte de couverture forestière entre 2012 et 2016, le taux de déforestation, l'indice de perception de la corruption (Transparency International) et l'indice des droits globaux (International Trade Union Confederation). En croisant les flux d'importation et l'indice de risque, ils concluent que l'empreinte de la France repose à 35 % sur des situations à risques élevé à très élevé. Cette proportion varie sensiblement selon les matières premières : de 84 % pour l'huile de palme à 8 % pour la pâte à papier.

Fort risque de déforestation ou de corruption pour un tiers des surfaces nécessaires à la production des matières premières agricoles et forestières importées en France

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Source : WWF

Enfin, pour chaque produit, les origines les plus problématiques sont identifiées : si l'Amérique latine est très représentée, la Chine, la Côte d'Ivoire et la Russie sont respectivement aux 2e, 3e et 6e rangs pour l'ensemble des matières premières.

Soulignons que ces travaux rejoignent ceux menés par l'ONG Envol Vert, publiés en novembre 2018, et basés sur une méthodologie un peu différente.

Muriel Mahé, Centre d'études et de prospective

Source : WWF France

14/12/2018

Étude sur la durabilité de la filière du café

En octobre ont été publiés les résultats d'une étude du Basic, consacrée à la filière du café. S'appuyant sur des sources diverses (travaux de recherche, données, entretiens), les auteurs s'intéressent aux « conditions qui permettraient l'avènement d'une filière réellement durable du café », alors que se multiplient les initiatives en la matière, portées historiquement par les acteurs du commerce équitable, et plus récemment par des entreprises (notamment les leaders du secteur). Trois études de chaînes de valeur nationales complètent l'analyse : Colombie, Éthiopie et Pérou.

En croissance régulière depuis 50 ans et estimée en 2017 à 9 millions de tonnes, pour une valeur de 200 milliards de dollars, la consommation mondiale de café connaît deux tendances, pour un produit auparavant peu différencié : le développement des ventes de café instantané (en majorité du robusta) ; l'émergence de cafés « premium » (essentiellement de l'arabica), positionnés sur l'« expérience de dégustation » et valorisant les origines. Les Français sont les premiers consommateurs de cafés en dosettes à domicile.

Croissance annuelle moyenne de la consommation de café en volume et en valeur, entre 2007 et 2012, par segments au niveau mondial

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Source : Basic

 Les auteurs dressent ensuite un panorama détaillé des problématiques actuelles de la filière, économiques, sociales et environnementales : concentration des maillons clés de l'aval ; spécialisation des pays producteurs, entre café de qualité et matière première standardisée et bon marché ; volatilité plus marquée des cours ; précarité accrue des producteurs ; pollutions et déforestation, en particulier pour la production en monoculture ; conséquences du changement climatique (hausse des températures, altération du régime des pluies, propagation de nouveaux ravageurs et maladies). À 2050, les rendements pourraient être réduits de moitié, la qualité du café altérée et la moitié des zones actuelles de production ne seraient plus adaptées. Par ailleurs, de l'analyse des « alternatives », dans les trois cas d'étude, il ressort notamment que la combinaison des labellisations équitable et biologique réduit le plus les coûts sociétaux identifiés.

Comparaison des coûts sociétaux dans les filières Éthiopie-France

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Source : Basic

À l'issue de ce travail, les auteurs identifient trois leviers clés pour limiter les impacts négatifs engendrés dans les pays producteurs : régulation du secteur et capacité de valorisation du café sur le marché ; organisation et autonomisation des producteurs ; modèle agroforestier à faible utilisation d'intrants. Ils en tirent des recommandations à l'adresse des États, consommateurs et producteurs, et des acteurs du secteur et des institutionnels.

Julia Gassie, Centre d'études et de prospective

Source : Basic

15/11/2018

Plus d'autonomie pour les femmes rurales africaines : un vecteur de développement agricole, agro-industriel et de sécurité alimentaire

Publiée récemment, une synthèse de l'étude Perspectives régionales sur le genre et les systèmes agroalimentaires, menée par la FAO et l'Union africaine, pose la question de l'inégalité du statut des femmes africaines par rapport à celui des hommes. Le sujet de l'égalité des sexes a été abordé à plusieurs reprises par l'Union : Agenda 2063, Déclaration de Malabo de 2014, Programme de développement durable à l'horizon 2030, etc.

À l'horizon 2050, plus de la moitié de la population du continent sera urbaine et la demande alimentaire augmentera. Selon les auteurs, l'activité des femmes pourrait contribuer à satisfaire cette demande si les engagements de l'Union africaine se concrétisent (30 % des droits de propriété, 50 % des financements consacrés aux femmes, etc.). À ce jour, dans la plupart des pays, l'agriculture emploie plus de 50 % de la population dont la moitié sont des femmes.

Le rapport souligne que le travail féminin est et sera sujet à des freins divers. Il est généralement restreint à l'agriculture de subsistance. Il est en outre concurrencé par les tâches domestiques et éducatives dans la famille. Les femmes sont de plus moins bien loties dans l'accès à l'école et à la formation professionnelle : le taux d’alphabétisation des plus de 15 ans est de 54 % contre 69 % pour les hommes. Dans la production, les femmes ont moins accès aux intrants, à la mécanisation, aux financements et aux marchés. Au total, les ménages gérés par des femmes sont davantage exposés à la pauvreté, leurs revenus représentant entre 30 % et 65 % de ceux des hommes.

L'étude signale également des lacunes institutionnelles concernant la politique de genre, le pouvoir décisionnel des femmes étant assez limité, même si le rapport note des progrès dans certains pays.

Finalement, les auteurs font diverses recommandations : par exemple, l'intégration du genre dans l'analyse et l'évaluation des politiques publiques, la mise en place d'observatoires (données sur le genre et bonnes pratiques relatives à l'égalité des sexes) dans les plans d'investissement en agriculture, des programmes de sécurité alimentaire conçus pour les femmes facilitant leur accès aux partenariats public-privé, etc.

Type de propriété foncière agricole chez les hommes et les femmes, moyenne pour l'Afrique subsaharienne, 2010-2017

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Source : FAO

Hugo Berman, Centre d'études et de prospective

Source : FAO

10:25 Publié dans Développement, Mondialisation et international, Société | Lien permanent | Tags : fao, femmes, afrique, égalité des chances |  Imprimer | | | | |  Facebook

07/09/2018

Les forêts et les arbres ont un rôle à jouer pour atteindre les objectifs de développement durable

À l'occasion de la publication de son rapport annuel sur l'état des forêts dans le monde, la FAO met en exergue leur apport et celui des produits forestiers au développement global. Elle appelle à intégrer les politiques forestières dans les stratégies à mettre en œuvre pour atteindre les objectifs de développement durable (ODD).

Le rapport fait, pour la première fois, le bilan de la situation mondiale pour les 10 ODD (sur 17) auxquels participent les forêts. Ainsi, au-delà d'une présentation rénovée de ce bilan annuel, le document balaie les différentes contributions et les quantifie. Il approfondit ainsi des questions peu traitées jusqu'ici : relation entre forêt et pauvreté, évaluation des surfaces forestières gérées à des fins de protection des sols ou de l'eau, concours des produits forestiers non ligneux à la diversité nutritionnelle, apport du tourisme de nature à l'économie, contribution au patrimoine culturel et à la qualité de vie en ville, etc.

Cette approche novatrice s'est toutefois heurtée à des difficultés méthodologiques importantes (absence de définition claire des indicateurs, statistiques insuffisamment détaillées), combinées à des problèmes de disponibilité, d'homogénéité et de qualité des données.

Progrès accomplis dans le sens d'une gestion durable des forêts par groupe régional depuis 2010

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Source : FAO

Source : FAO

09:37 Publié dans Climat, Développement, Forêts Bois, Mondialisation et international | Lien permanent | Tags : fao, odd, forêts, arbres |  Imprimer | | | | |  Facebook

03/07/2018

Un rapport de l'UICN sur huile de palme et biodiversité

Un groupe de travail de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), réunissant des experts internationaux, a publié le 26 juin un rapport intitulé Oil palm and biodiversity. S'appuyant sur la littérature disponible, ce rapport analyse la cartographie mondiale de la culture du palmier à huile, les zones de déforestations imputables à cette culture et les impacts potentiels sur la biodiversité, avant d'aborder la gouvernance environnementale et le futur de cette production. Présent dans 43 pays – principalement en Indonésie et Malaisie –, le palmier à huile est la plante la plus cultivée au monde, répondant à une demande croissante en huile végétale. Mais cette culture, très controversée, est souvent présentée comme une menace pour la forêt et la biodiversité tropicale, compromettant notamment la survie d'espèces animales emblématiques comme les orangs-outans. Selon les auteurs du rapport, l'arrêt de la culture des palmiers à huile ne résoudrait pas, à lui seul, le problème de l'appauvrissement de la biodiversité : en effet, ils seraient alors remplacés par d'autres cultures oléagineuses, qui pourraient nécessiter encore plus de terres. Le rapport conclut avec une série de recommandations visant à combler les déficits de connaissance et à améliorer la gouvernance et les politiques relatives à l'huile de palme, afin de la rendre la plus durable possible.

Infographie présentant les utilisations dans des produits du quotidien de l'huile de palme

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Source : UICN

Source : UICN

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09/02/2018

Origine et évolution de deux conceptions de l'agriculture

Le journaliste Charles C. Mann publie, dans The Atlantic, un article sur son dernier ouvrage The Wizard and the Prophet sorti en janvier 2018. Tenant compte de la croissance démographique d'ici 2050, il rend compte de deux grandes visions du rôle de l'agriculture, celle des « environnementalistes apocalyptiques » (les « Prophets »), annonceurs des impacts négatifs de l'augmentation de la population et de la consommation, et celle des « techno-optimistes » (les « Wizards »), qui proposent des solutions technologiques pour les surmonter. Ces visions ne datent pas d'hier et l'auteur revient sur leur histoire et leurs déclinaisons concrètes en matière d'agronomie et d'innovation. William Vogt (auteur de Road to Survival, 1948) a posé les bases du mouvement environnementaliste moderne, tandis que Norman Borlaug (1914-2009) est considéré comme le père de la « Révolution verte ». L'agriculture intensive, avec des perspectives à court et moyen termes, vise la croissance de la productivité par unité de surface par l'utilisation d'intrants chimiques ; l'agriculture écologique, privilégiant le long terme, respecte les « capacités de charge », limites écologiques des écosystèmes.

Le contexte ayant évolué (terres à cultiver limitées, pollution de l'eau par les engrais azotés, etc.), le courant « productiviste », dans les années 1990, investit la génétique en développant les OGM, par exemple avec le soja Roundup Ready de Monsanto, ou en refaçonnant la photosynthèse, par exemple avec le riz C4 porté par le C4 Rice Consortium. De son côté, le courant « écologiste » propose, à travers des institutions telles que le Rodale Institute et le Land Institute, d'orienter la recherche vers des variétés pérennes moins érosives pour les sols, vers les tubercules et les arbres qui, en Afrique et en Amérique latine, ont une productivité comparable à celle des céréales (le manioc, par exemple, produit plus de calories par unité de surface que le blé).

Enfin, l'auteur souligne le rôle de la main-d’œuvre : la mécanisation et la quasi-monoculture de la deuxième moitié du XXe siècle ont coïncidé avec la demande de bras par l'industrie, ce qui n'est plus le cas actuellement, la population des bidonvilles augmentant dans certaines régions. Une vision alternative passerait par la réduction de la taille des parcelles, la diversification productive, le retour à la campagne d'une partie de la population, ce qui ne pourra se faire sans une redéfinition des choix de société par les populations concernées.

Hugo Berman, Centre d'études et de prospective

Source : The Atlantic

10:46 Publié dans Agronomie, Développement, OGM, Société | Lien permanent | Tags : mann, wizard and prophet |  Imprimer | | | | |  Facebook

16/01/2018

L'huile de palme certifiée durable réduit la déforestation en Indonésie

La demande internationale de commodités agricoles est une cause majeure de déforestation tropicale. De nombreux États et entreprises se sont donc engagés à réduire les pertes de forêts dues à leurs approvisionnements, en particulier en achetant uniquement de l'huile de palme certifiée « durable ». Ainsi, en 2015, 20 % de la production mondiale étaient certifiés par le référentiel RSPO (Roundtable on Sustainable Palm Oil). Cependant, les effets réels de ce type de labels restent à ce jour mitigés (voir à ce sujet un précédent billet sur ce blog). Un article, mis en ligne en décembre 2017 par la revue PNAS et écrit par des chercheurs américains, expose les résultats d'une évaluation de l'impact du système de certification RSPO sur la déforestation et les feux de forêts en Indonésie, le premier producteur mondial d'huile de palme.

Plantations d'huile de palme certifiées RSPO (orange) et non certifiées (vert et mauve) dans l'ouest indonésien

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Source : PNAS

Pour ce faire, les auteurs utilisent des données sur les plantations certifiées et non certifiées (voir figure ci-dessus), ainsi que des estimations satellitaires annuelles de la perte de forêts entre 2001 et 2015, pour mesurer la déforestation dans ces zones. Afin de contrôler un éventuel biais de sélection, les plantations demandant la certification n'étant pas représentatives de l'ensemble des structures car plus anciennes et moins riches en forêts, ils réalisent un appariement par score de propension : cela leur permet de comparer, avant et après la certification éventuelle, des plantations ayant les mêmes caractéristiques.

Tendances de la déforestation (A et B) et de la surface de forêt conservée (par rapport à 2000, C) dans les plantations d'huile de palme certifiées RSPO et non certifiées, en Indonésie

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Source : PNAS

Les auteurs trouvent que la certification « durable » RSPO est associée à une diminution de la déforestation de 33 %. Celle-ci s'élève ainsi à 6,6 % / an dans les plantations certifiées contre 9,8 % / an dans les non certifiées (voir la figure ci-dessus). Dans les forêts primaires, cette diminution s'élève à 36 %, bien qu'elle soit statistiquement moins significative. Malgré tout, en 2015, les plantations certifiées avait perdu 84 % de leur surface en forêt par rapport à 2000 (soit 1 657 km²), tandis que les plantations non certifiées n'en avaient perdu que 38 % (23 428 km²). Cela s'explique par le fait que les plantations qui demandent la certification ont peu de forêts résiduelles : elles ont déjà déforesté intensément. Ainsi, en 2015, les zones certifiées contenaient moins de 1 % des forêts restantes dans les plantations indonésiennes. Une adoption plus large dans les plantations encore riches en forêts, et des critères plus exigeants, sont donc nécessaires pour que la certification RSPO ait un impact positif et significatif sur la conservation et le climat à long terme. Enfin, les auteurs ne trouvent pas d'effet sur les occurrences de feux de forêt.

Estelle Midler, Centre d'études et de prospective

Source : PNAS

12/01/2018

Le Déméter 2018, Huiles végétales : enjeux, marchés et controverses

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Dans un dossier d'une douzaine d'articles, le rapport Déméter 2018 dresse un tableau détaillé des défis et des controverses associés à la forte croissance des huiles végétales au plan mondial. Dans le premier article, A. Rival (Cirad) dessine une géopolitique des huiles végétales, d'où il ressort que 85 % de la production mondiale reposent sur quatre sources : Amérique pour le soja, Europe pour le colza, mer Noire pour le tournesol et Asie du Sud-Est pour le palme. Cependant le barycentre de la consommation se déplace vers l'Asie, tandis que l'Afrique attire les investisseurs comme front pionnier, selon J.-M. Roda (Cirad). En résultent des rivalités entre le Nord et le Sud (par exemple, en Afrique, entre investisseurs occidentaux – Archer, Bunge, Cargill et Dreyfus – et malaisiens), mais aussi entre modèles de production, intensifs en intrants au Nord, en main-d’œuvre au Sud.

La forte croissance du marché mondial des huiles s'explique principalement par la transition alimentaire dans les pays émergents. Cependant, pour P. Dusser (Groupe Avril), c'est la consommation de protéines qui devrait tirer le marché dans la prochaine décennie, sachant que les cultures étudiées ici permettent de produire, dans des proportions variables, à la fois de l'huile et des protéines. Les usages non alimentaires auraient, d'après D. Pioch (Cirad), un avenir prometteur dans le domaine de la chimie, mais plus incertain en matière énergétique.

Les préférences des consommateurs évoluent : J.-M. Lecerf (Institut Pasteur) rappelle que si les lipides ont été les premières cibles des recommandations nutritionnelles, il n'existe pas sur le plan diététique d'huile parfaite. La tendance est aujourd'hui à la diversification des huiles pour des motivations éthiques ou de santé. De plus, la perception des consommateurs est au cœur d'enjeux stratégiques pour le secteur. Les allégations « sans huile de palme » sont ainsi jugées trompeuses par plusieurs auteurs, car injustifiées sur le plan nutritionnel et contre-productives en matière de durabilité. En parallèle, l'huile de palme est devenue un laboratoire d'innovations en matière de certification environnementale, associant l'industrie et les ONG. Les tensions internes à ces dispositifs, que décrit E. Cheyns (Cirad), en soulignent les limites, et la question de la durabilité des modes de production apparaît clairement comme l'un des enjeux pour l'avenir.

Alexandre Martin, Centre d'études et de prospective

Lien : Le Déméter

08/12/2017

Analyser la transformation structurelle pour le développement : productions, exportations et chaînes de valeur globales

Ce document de travail de la Banque africaine de développement analyse les nouvelles conceptions théoriques sur les processus de transformation structurelle des pays en développement. À la différence des approches qui s'attachent à l'analyse de la structure de la production et de l'emploi, la littérature empirique récente s'est concentrée sur la structure des exportations. Ces questions concernent particulièrement les secteurs agricoles.

Dans cette perspective, la diversification et la sophistication des exportations sont considérées comme des indicateurs permettant d'apprécier les processus de transformation structurelle. La diversification des exportations caractérise généralement les pays à revenu élevé, et est donc un indicateur de développement économique, alors que la concentration des exportations correspond davantage à des pays à faible revenu. Dans les premières phases du développement économique, la diversification augmente puis s'équilibre. Le contexte actuel de fragmentation verticale des productions à l'échelle mondiale complique cependant l'analyse. Dans le cadre des chaînes de valeur globales (CVG), la part des « échanges de tâches » croît par rapport à celle des « échanges de biens ».

L'économie du changement structurel suppose des productions source de développement économique. Elle se fonde sur des indicateurs de sophistication ou de complexité qui, en analysant les caractéristiques des exportations, permettent de remonter vers l'amont et estimer le degré de complexité de la structure productive. Des outils comme l'Indice de sophistication et le PRODY mesurent le niveau de sophistication par le revenu moyen des exportateurs. Le Product Complexity Index (PCI) et l'Economic Complexity Index (ECI) ont des approches à partir, respectivement, des produits exportés et des pays exportateurs. Enfin, les approches basées sur la création de valeur ajoutée permettent de dépasser celles limitées à la production et à l'exportation : elles font appel aux capabilités en tant que combinaison de facteurs susceptibles de définir le profil de développement d'un pays.

Hugo Berman, Centre d'études et de prospective

Source : Banque africaine de développement

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01/12/2017

Agriculture et migrations : un atlas des migrations rurales africaines éclaire la complexité du phénomène

Alors que 220 millions de jeunes ruraux d'Afrique subsaharienne seront en âge de travailler d'ici 15 ans, les dynamiques des migrations rurales dans cette région restent mal connues. Le Cirad, en publiant avec la FAO un atlas de ces migrations, sur la base de données internationales et nationales, apporte une contribution utile à la compréhension de ce phénomène et de ses liens avec l'agriculture.

L'atlas indique que la vaste majorité des Africains migre au sein même de l'Afrique. Il s'agit principalement de jeunes hommes ayant été scolarisés. Leur décision de migrer est moins guidée par la nécessité de survie que par la volonté notamment de « vivre de nouvelles expériences ». L'atlas invite à investir dans l'agriculture et le développement rural, et à encourager les liens entre zones rurales et urbaines afin d'offrir à ces populations des conditions de vie meilleures.

Source : Cirad

16:03 Publié dans Développement, Territoires, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : migrations, monde rural, afrique subsaharienne, atlas |  Imprimer | | | | |  Facebook

16/11/2017

Accompagner les transitions en prenant en compte la contribution de certaines productions à la qualité de la vie rurale

Une équipe internationale de chercheurs a récemment publié, dans Ecology and Society, le résultat de ses travaux visant à mieux modéliser la décision d'allocation des terres au Brésil, en intégrant des facteurs autres qu'économiques, en particulier l'impact sur le bien-être perçu des ménages. Partant du constat que, en dépit de tous les efforts, le défrichement de la forêt amazonienne pour des pratiques pastorales extensives se poursuit à un rythme soutenu au Brésil, ils ont tenté de mesurer la part des différents facteurs dans les décisions d'usage des terres, pour rendre plus efficaces les politiques publiques consacrées notamment à la lutte contre la déforestation. De fait, alors que les revenus à l'hectare tirés de l'élevage bovin extensif, de type ranching, sont particulièrement faibles, avec d'importants impacts négatifs sur l'environnement, les mesures d'accompagnement du développement de productions plus rémunératrices (soutien des revenus, accès au crédit, aides à l'installation) se révèlent inefficaces.

Après avoir comparé les revenus à l'hectare des différents types d'exploitation, les auteurs ont, dans un premier temps, introduit dans leur modèle d'allocation les différents facteurs de production : accès au crédit, aux marchés, capacité et incitations à changer d'orientation, etc. Puis, dans un second temps, ils ont cherché à mesurer la relation entre les décisions d'allocation et la perception de leur bien-être par les ménages agricoles.

Facteurs liés à l'activité agricole agissant sur la perception du bien-être des ménages ruraux

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Source : Ecology and Society

Pour ce faire, ils ont utilisé les résultats de différentes enquêtes menées en 2010 et 2011 au niveau des exploitations, dans deux régions de l'est de l'Amazonie (Santarém, Paragominas). Ces enquêtes très complètes (caractéristiques de l'exploitation, résultats économiques, origines géographiques et sociales de la famille, formation, insertion dans le tissu social, perception du bien-être, etc.), portaient sur plus de 600 familles et près de 500 exploitations réparties selon 6 systèmes de production, en plus de l'élevage bovin extensif : mixte (cultures-élevage bovin), cultures diverses, autres productions animales, soja, cultures spécialisées, cultures vivrières.

Si le ranching génère de faibles revenus, à la fois par hectare et par exploitation, il reste le système majoritairement adopté par les agriculteurs originaires de la région du Nord-Est. En dépit de ses performances économiques et environnementales médiocres, il est perçu comme concourant à la qualité de la vie rurale, par ses dimensions culturelles et sociales. Un aspect à intégrer dans le design des politiques visant à accompagner une transition vers des systèmes plus rémunérateurs et plus respectueux de l'environnement.

Muriel Mahé, Centre d'études et de prospective

Source : Ecology and Society