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08/07/2019

Entendez-vous l'éco (France Culture) fait le point sur l'économie de l'alimentation

Présentée par T. de Rocquigny, l'émission de France Culture Entendez-vous l'éco a diffusé, du 27 au 30 mai 2019, quatre épisodes thématiques sur l'économie de l'alimentation, accessibles en podcasts. Dans le premier, « Quand l'industrie fait son marché », P. Hébel (Crédoc) et C. Harel (magazine LSA) font le point sur l'évolution des modes de consommation alimentaire. Malgré une part dans le budget des ménages qui diminue, l'alimentation est, depuis les années 2000, un sujet de préoccupation majeure pour les Français, avec la montée des thèmes de la santé et de l'écologie. Les crises sanitaires (« vache folle », etc.) ont, selon les invitées, clairement contribué à cette tendance, de sorte que l'inquiétude alimentaire augmente, alors que la sécurité sanitaire s'est beaucoup améliorée : en 1995, 53 % des enquêtés considéraient que « manger comporte un risque important ou très important », contre 74 % aujourd'hui. Face à ces préoccupations, le bio rassure et présente une croissance à deux chiffres, et les produits « sans » (sans colorants, sans pesticides, etc.) s'affirment.

Le second épisode, « Le modèle du supermarché en fin de course ? », réunit L. Lavorata (université de Reims Champagne-Ardenne) et P.-M. Décoret (Groupe Avril), pour analyser les transformations du secteur de la distribution alimentaire. Le modèle classique des supermarchés des « Trente Glorieuses » est en bouleversement : concurrence des discounters (hard, puis soft), des géants du e-commerce, développement du digital, etc. Pour y répondre il s'agira, selon les invités, de ré-enchanter l'acte d'achat mais aussi d'innover, notamment en matière d'optimisation logistique (Amazon est le premier investisseur mondial en R&D devant Google). « Là où l'hypermarché ne fait plus rêver, les magasins phygitaux [le] font », avec une expérience client continue, intégrée, « où que vous soyez, quel que soit le moment ».

Les deux derniers épisodes abordent deux sujets au cœur des enjeux actuels : « Une planète à nourrir », avec B. Parmentier, sur la faim dans le monde, et « Les lobbies et la santé publique » dans l'agroalimentaire, avec A. Thébaud-Mony et B. Pellegrin.

Julien Hardelin, Centre d'études et de prospectives

Source : France Culture

05/07/2019

Les zones grises des relations de travail et d'emploi, Marie-Christine Bureau, Antonella Corsani, Olivier Giraud, Frédéric Rey (dirs.)

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Alors que l'emploi et le travail connaissent d'importants changements, notamment dans le sillage de la digitalisation de l'économie, ce dictionnaire fait un état des lieux des connaissances sociologiques sur les mutations à l’œuvre et les problématiques qu'elles soulèvent. Bien que de portée générale, il comporte de nombreuses références directes à l'agriculture, à la fois en tant que secteur emblématique de certaines situations d'emploi et structurant dans l'histoire du travail, de par son poids dans l'économie jusqu'à la moitié du XXe siècle.

Une entrée thématique est par exemple consacrée aux saisonniers agricoles. Par ses spécificités, le CDD saisonnier, majoritairement utilisé en agriculture, institutionnalise la discontinuité dans la relation d'emploi, tout en autorisant une certaine régularité. Ainsi, certains saisonniers travaillent pour un même employeur, d'année en année. Leurs conditions de vie précaires, doublées d'une faible visibilité sociale et politique, ralentissent leur accès aux droits sociaux. S'adressant à des publics peu qualifiés ou fragilisés, ces types d'emplois favorisent, selon les auteurs, la mise à distance d'un travail qui, autrement, pourrait devenir insoutenable.

Le travailleur agricole, indépendant ou salarié, est également replacé, par divers articles, dans un contexte d'évolutions plus larges : pluriactivité, travail des femmes dans les entreprises familiales, travail indépendant et relation de subordination, contours de la catégorie de travailleur indépendant, etc. Même lorsque l'agriculture n'est abordée que de façon incidente, l'analyse éclaire les dynamiques à l’œuvre dans ce secteur, comme l'illustre l'article sur les « travailleurs indépendants économiquement dépendants » (TIED). Sans être récentes, ces relations d'emplois hybrides, entre salariat et indépendance, sont observées avec plus d'attention depuis les années 2000 (OIT, Commission européenne). Elles interrogent les catégories statistiques, mettent à l'épreuve les juristes et ont débouché, dans certains pays (Allemagne, Espagne, etc.), sur la création d'une nouvelle catégorie de travailleurs, dotée d'un statut spécifique visant à mieux les protéger. En France, une récente publication de l'Insee montre ainsi que le secteur agricole présente la plus forte proportion de TIED : plus de 40 % des agriculteurs se disent fortement dépendants d'un fournisseur ou d'un client, voire, plus rarement, d'un intermédiaire. Plus largement, ces dépendances se traduisent par des contraintes organisationnelles fortes.

Relations de dépendance selon le secteur d'activité

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Source : Insee

Muriel Mahé, Centre d'études et de prospective

Lien : Editorial Teseo

13:44 Publié dans Agriculteurs, Société, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : dictionnaire, emploi, travail, saisonniers, travailleur agricole |  Imprimer | | | | |  Facebook

La permaculture ou l'art de réhabiter, Laura Centemeri

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Dans ce petit ouvrage tiré de deux conférences-débats organisées fin 2017 à Angers et Avignon, L. Centemeri (CNRS) analyse la permaculture comme « mouvement environnementaliste, circulant à l'échelle transnationale ». Elle en retrace la naissance, dans les années 1970, dans les milieux de l'avant-garde écologiste de Tasmanie. B. Mollison et D. Holmgren proposent alors un changement de perspective sur l'agriculture, insistant sur « la conception d'un écosystème dont il faut appréhender les conditions de pérennisation » et sur « l'objectif d'une vie qui soit le plus autonome possible ».

Sous l'influence de penseurs anarchistes (Kropotkine notamment), la création de sites de démonstration, comme la ferme expérimentale de Mellidora (Victoria, Australie), est d'emblée pensée comme une condition de succès du mouvement. Celui-ci a son langage propre, celui des motifs (patterns) de la nature, qu'on cherche à imiter. La mise en place de cours de permaculture et d'une certification (diplômes sans valeur officielle), facilitent un premier déploiement international dans les années 1980 et 1990. Internet et la convergence avec les altermondialistes permettent une phase de relance dans les années 2000, notamment par une alliance avec les « Villes en transition ». L'ouvrage donne toutefois peu d'informations sur les effectifs concernés.

Se compose ainsi l'image d'un « mouvement mosaïque, éclectique dans ses inspirations intellectuelles et politiques ». L'ouvrage n'élude pas la question des dimensions religieuses voire réactionnaires (avec l'influence du bio-régionalisme), et évoque les relations avec les communautés de collapsologues (qui anticipent l'effondrement de nos sociétés, par exemple sous l'effet du peak oil).

La variété des « philosophies » mobilisées par les permaculteurs conforte l'aspect « nébuleux » de ces mouvements politiques réticulaires, souvent proches de la théorie des communs ou du care. L'auteure souligne ainsi la portée critique de ce « nouvel environnementalisme du quotidien », tourné vers de nouvelles conceptions de la valeur et de la richesse dans nos sociétés.

Florent Bidaud, Centre d'études et de prospective

Lien : Éditions Quæ

13:34 Publié dans Agronomie, Environnement, Société | Lien permanent | Tags : permaculture, centemeri |  Imprimer | | | | |  Facebook

04/07/2019

Note du Conseil d'analyse économique sur le cannabis

En juin 2019, le Conseil d'analyse économique a publié une note intitulée Cannabis : comment reprendre le contrôle ? Constatant l'échec de la stratégie française de prohibition (notamment au regard des conséquences sur les plus jeunes), du poids sur les dépenses publiques et de la criminalité, les auteurs explorent des pistes pour « reprendre le contrôle de ce marché ». S'appuyant sur une analyse économique et sur l'étude d'expériences étrangères, ils proposent notamment la mise en place d'un monopole de production et de distribution du cannabis. Une gestion centralisée, sous l'égide d'une autorité indépendante (« régulateur compétent et indépendant »), permettrait de contrôler les volumes cultivés et mis en circulation, de s'assurer d'une production en quantité suffisante (pour éviter le marché noir) et de qualité, de fixer les niveaux de prix, etc. La création de cette filière aurait également des effets en matière de nouvelles activités agricoles et commerciales, d'emploi et de retombées fiscales. Les auteurs rappellent que la France est l'un des plus importants producteurs mondiaux de chanvre (utilisation médicale) et que d'autres utilisations (pharmaceutique, cosmétique, boissons, etc.) font l'objet d'investissements dans différents pays.

Source : Conseil d'analyse économique

09:52 Publié dans Filières agricoles, Société | Lien permanent | Tags : cannabis, chanvre, conseil d'orientation économique |  Imprimer | | | | |  Facebook

14/06/2019

Analyse critique des liens entre droit et alimentation

Le dernier numéro de la revue Droit et Société propose une analyse critique des relations entre droit et alimentation et souligne, de façon générale, un manque de cohérence et de philosophie dans le droit de l'alimentation français et européen. Un article introductif propose des éclairages historiques sur la construction du droit de l'alimentation contemporain. Loin de constituer une discipline canonique, il apparaît dual et morcelé, produit du droit du commerce (circulation des marchandises, libre-échange), tel qu'il émerge au XVIIIe siècle, et d'un ensemble de règles techniques à visée avant tout sanitaire.

Ce constat est complété dans un deuxième article, qui fait état d'une déconnexion forte entre le droit de et le droit à l'alimentation. Le droit de l'alimentation correspond à l'ensemble des « règles applicables aux denrées alimentaires et aux exploitants du secteur agroalimentaire ». Défini en 1996 lors du Sommet mondial de l'alimentation, le droit à l'alimentation est, quant à lui, de l'ordre de l'éthique et des droits humains, comprenant par exemple les notions de « disponibilité », de « qualité », de « préférences alimentaires ». Pour l'auteur, le droit de l'alimentation actuel ne répond pas aux valeurs portées par le droit à l'alimentation. Ainsi, selon lui, la prédominance de la logique de marché pose des questions d'équité sociale dans l'accès aux aliments et, en parallèle, atténue la diversité alimentaire : les spécificités locales non marchandes (protection de l'environnement, savoir-faire, traditions culturelles) ne demeurent que si elles peuvent être traduites en valeur marchande par contractualisation (signe de qualité, labellisation). En matière sanitaire et nutritionnelle, il met en avant une approche juridique parcellaire des enjeux : c'est par exemple le cas des questions de qualité des apports nutritionnels, pour lesquelles tant le Nutriscore que la régulation des allégations santé manqueraient d'une vision globale pour lutter contre les maladies chroniques non transmissibles. La gestion des crises sanitaires en est une autre illustration, construite, pour l'auteur, sur le court terme et ne prenant pas en compte les risques de long terme.

Signalons enfin deux autres articles, l'un portant sur la prise en compte de la transition écologique par les pouvoirs publics, l'autre sur les résultats du programme de recherche européen Lascaux, relatif à l'établissement d'une « exception alimentaire » similaire à l'« exception culturelle ».

Hélène Milet, Centre d'études et de prospective

Source : Droit et Société

09/05/2019

Rapport à la viande et évolution des abattoirs : une approche anthropologique

La revue Anthropology of food publie un numéro spécial intitulé « Viande et architecture », qui s'intéresse aux « transformations du rapport à la viande par les lieux et l'espace », en particulier sous l'angle de l'abattage. Il est constitué d'articles abordant la question sous différents angles, historique, géographique, sociologique et artistique.

Pendant plusieurs siècles, les bouchers étaient au cœur du marché de la viande : ils tuaient, découpaient puis vendaient les pièces de boucherie. Ils formaient une corporation reconnue au Moyen Âge. La création d'abattoirs mit fin progressivement à ce monopole. Depuis la fin du XIXe siècle, les abattoirs ont beaucoup évolué, les petits bâtiments urbains ont fait place à de grandes structures externalisées, l'abattoir de Bruxelles étant ainsi l'un des derniers en centre-ville en Europe.

Implantation des boucheries dans Paris à la fin du XIVe siècle

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Source : Anthropology of food

Un changement d'échelle s'est aussi produit en matière économique : le travail de la viande est devenu une « industrie de série et de flux », avec succession d'actes répétitifs (taylorisme) accomplis par un personnel peu qualifié et peu payé. Sur le plan architectural, l'abattoir moderne comporte une succession de figures géométriques, permettant l'application du principe sanitaire de « la marche en avant » (prévoyant en particulier une séparation nette entre secteur propre et secteur souillé). Cependant, après une période de centralisation, le retour à l'abattage de proximité, associé à un meilleur accompagnement des animaux, est défendu par certains. En Wallonie, des éleveurs du groupe Nature et progrès ont ainsi opté pour des modes d'abattage alternatifs.

L'aspect artistique des activités en lien avec le travail de la viande est largement traité dans ce numéro, prenant en compte différents registres : architectural (anciens abattoirs urbains transformés en lieux culturels, comme à Toulouse), cinématographique (souvent associées à des actions mortifères et violentes dans des films d’horreur), pictural et photographique aussi. Enfin, sont également traités les abattages halal (article consacré à l'organisme certificateur AVS) et en Inde (voir à ce sujet un précédent billet sur ce blog), objets de divergences politiques et culturelles.

Madeleine Lesage, Centre d'études et de prospective

Source : Anthropology of food

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La revanche des villages. Essai sur la France périurbaine, Éric Charmes

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La France devenue très majoritairement urbaine, mais qui fut si longtemps rurale et agricole, est taraudée par la situation et l'avenir de ses campagnes. En la matière, de nombreux préjugés dominent : la ruralité serait synonyme d'activités paysannes, il y aurait une opposition nette entre villes et campagnes, les villages vivraient un déclin irrémédiable, résider dans le périurbain s'apparenterait à de la relégation, Paris abandonnerait les territoires périphériques, etc. Tout cela ne correspond ni à ce que disent les données statistiques ni aux réalités vécues par les populations. C'est ce que montre Éric Charmes, directeur de recherche à l'École nationale des travaux publics de l'État (ENTPE), dans ce petit ouvrage salutaire qui prolonge et synthétise ses recherches antérieures (voir à ce sujet une précédente brève sur ce blog).

Le rural n'a jamais été aussi peu agricole, et sa désagricolisation s'accélère avec l'installation de nombreux citadins aux origines, formations et professions variées. Ces néo-ruraux ne deviennent pas de vrais campagnards mais restent pleinement urbains : ils travaillent et s'approvisionnent dans l'agglomération la plus proche, utilisent ses équipements sportifs, éducatifs, médicaux ou culturels. Loin des anciens clivages, ces échanges quotidiens assurent une hybridation des modes de vie et une continuité spatiale à l'intérieur de l'aire d'influence urbaine. Quant à la distribution des revenus, elle ne permet pas non plus, dorénavant, de distinguer ces deux espaces. L'émiettement des villes est tel que près des deux tiers des exploitations agricoles françaises se trouvent aujourd'hui dans le périurbain, qui représente 40 % du territoire et presqu'un quart de la population.

L'auteur montre que la périurbanisation ne signifie pas la crise ou la fin des campagnes, mais au contraire leur renouveau. Bourgs et villages sont revitalisés à mesure qu'ils s'inscrivent dans l'orbite des pôles urbains, et ceux qui en deviennent de véritables satellites connaissent la croissance démographique et économique la plus remarquable. Socialement, la catégorie des néo-ruraux n'est pas seulement constituée de ménages modestes ou vieillissants, comme le répètent avec insistance les médias, mais aussi de couches moyennes et de cadres du privé et du public, porteurs de nouvelles exigences politiques et culturelles. Ils contribuent par exemple au développement de circuits courts alimentaires, à l'essor des associations ou à des expériences de démocratie participative. Ces derniers venus sont aussi les premiers à protéger leur cadre de vie, à empêcher de nouvelles arrivées pour préserver l'image de la commune, la valeur de ses logements et sa bonne fréquentation, enclenchant ainsi un processus de ségrégation et de « clubbisation » qui oblige les nouvelles générations de rurbains à élire domicile encore plus loin des centres-villes. Quoi qu'il en soit, loin des prophéties hasardeuses sur la désertification du territoire, les villages périurbains ont pris leur revanche sur l'exode rural et ont fait advenir la prémonition loufoque mais prospective d'Alphonse Allais, qui rêvait de « construire les villes à la campagne ».

Bruno Hérault, Centre d'études et de prospective

Lien : Éditions du Seuil

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16/04/2019

Veganomics : une approche économique du véganisme

Nicolas Treich (Inra) consacre un document de travail à l'analyse économique du véganisme, ce terme désignant pour lui « tous les comportements visant à modifier (et pas seulement éliminer) l'utilisation ou la consommation d'animaux pour des raisons morales ». Ce sujet était jusqu'alors peu abordé par l'économie, discipline où « seul le bien-être des humains compte ».

L'auteur aborde en premier lieu les marchés de la viande, avec la montée en puissance des régimes végétarien et végan, montée cependant limitée par la persistance des habitudes alimentaires. Il analyse ensuite les externalités négatives de l'élevage (pollution, déforestation, santé) et les instruments habituellement promus par les économistes pour les internaliser (principe pollueur-payeur, taxes, etc.). Selon N. Treich, la théorie économique ne s'intéresse aux conditions d'élevage que pour autant qu'une demande sociale existe, traduite en « consentement à payer ». Des études montrent que celui-ci est assez élevé, en tout cas dans les déclarations faites par les consommateurs, surtout pour des produits issus de meilleures pratiques, mais les labels valorisant le bien-être animal ne constituent encore qu'une faible part du marché.

Pour dépasser ce cadre classique, l'auteur souligne les défis posés par une économie « non-anthropocentrique ». La pondération entre utilités des humains et souffrance des animaux est particulièrement délicate. L'approche comportementale met en évidence des biais cognitifs (« mauvaise foi », aveuglement sur les conditions de production), les informations étant par ailleurs souvent contrôlées par les groupes d'intérêt liés au secteur de la viande. Sur cette base, N. Treich discute l'efficacité des stratégies des associations de protection animale pour sensibiliser l'opinion publique.

Enfin, il esquisse une réflexion prospective autour de trois scénarios : 1) polarisation entre classes, le maintien d'une consommation de viande toujours moins chère devenant un « marqueur social », 2) régulation des externalités de l'élevage, renchérissement des produits carnés et montée du flexitarisme, et 3) « véganisation » de l'ensemble de la société – un scénario que des alternatives telles que la viande in vitro pourraient soutenir.

Florent Bidaud, Centre d'études et de prospective

Source : Toulouse School of Economics

Dire le vin ? La production du discours œnologique au prisme de la communication

Le numéro 48 de la revue scientifique Recherches en Communication analyse les discours œnologiques et gastronomiques, à partir de leurs lieux de diffusion numérique. Prenant acte d’une présence croissante de la gastronomie et de l’œnologie dans l’espace public (à travers les émissions culinaires et le marketing notamment), ce numéro regroupe des articles d'analyse de corpus de textes publiés en ligne (sites, blogs ou forums), sans viser à l'exhaustivité.

La revue se construit autour d'un double constat liminaire. D'une part les moments de dégustation sont des synesthésies, ou expériences complexes au croisement des sens et de l'esprit. D'autre part, le langage courant manque de vocabulaire pour saisir la complexité de ces expériences. Pour pallier ce manque et « dire le vin », les producteurs de discours (amateurs comme professionnels) ont recours à de multiples outils linguistiques faisant émerger des images chez les lecteurs (métaphores principalement).

Un des articles s'attarde ainsi sur les liens entre anthropomorphisme et discours œnologiques. Les deux auteurs mettent en avant une pluralité de traits humains attribués aux vins, dans les descriptions profanes comme expertes, à travers des marqueurs corporels (« musclé », « charnu », « chétif » par exemple) ou des adjectifs liés à la personnalité ou au caractère (« franc », « loyal », « chaleureux »). Ils proposent une cartographie, selon deux axes (Corps / Esprit, Défaut / Qualité), de caractéristiques humaines données au vin, qui traduit une grille de qualification intrinsèque jugeant de la qualité du produit.

Organisation des descripteurs anthropomorphiques du vin

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Source : Recherches en Communication

Un deuxième article, centré sur le vignoble du Beaujolais, examine les discours élaborés sur différents crus par des producteurs (discours promotionnels en ligne) et par des amateurs « éclairés » (s'exprimant sur des forums). L'analyse montre que les amateurs ont recours plus spécifiquement aux caractéristiques sensorielles (robe, nez, bouche) pour décrire un vin, alors que les producteurs soulignent avant tout des éléments liés au travail de la vigne, aux valeurs associées à la production et au terroir. Enfin, deux autres articles proposent des éclairages sur les stratégies de communication pour les vins naturels et sur la médiatisation et la diffusion du discours œnologique dans un manga japonais.

Pour finir, soulignons la parution prévue fin 2019 d'un second numéro sur ce thème.

Hélène Milet, Centre d'études et de prospective

Source : Recherches en Communication

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11/04/2019

« L'animal est l'avenir de l'homme » : série spéciale de l'émission Matières à penser sur France Culture

Début février 2019, dans son émission Matières à penser, la journaliste Dominique Rousset aborde, avec différents interlocuteurs, l'évolution du rapport à l'animal dans plusieurs domaines. Dans le premier épisode (04/02), « Humanité, animalité : où sont les frontières ? », l'éthologue YChristen évoque la frontière entre homme et animal, plus accentuée dans la pensée occidentale que dans la pensée orientale, et plus poreuse qu'on ne le pense ordinairement : certains animaux sont capables de conduites réfléchies, organisées, voire de sentiments de vengeance. La philosophe C. Pelluchon (épisode « Répondre à l’appel des animaux » du 5 février) soutient quant à elle que l'éthique de la considération implique de donner aux animaux le droit d'exister, sans les limiter à être des moyens au service des humains. Ceci n'efface pas la différence entre hommes et animaux, ni la responsabilité spécifique des premiers par rapport au monde environnant.

Pour le biologiste GBœuf (« Aimer la biodiversité ou partir avec elle », 06/02), préserver biodiversité et écosystèmes implique de respecter la symbiose bactéries-plantes-animaux et humains. La perte d’animaux emblématiques ne doit pas faire oublier l'importance des espèces plus « ordinaires » : tardigrades, rats-taupes nus, hérissons, libellules et surtout oiseaux « agricoles » qui ont diminué de 30 % en 12 ans. Enfin, le déséquilibre est croissant entre mammifères sauvages et domestiques, les seconds représentant aujourd'hui 90 % des individus.

Dans l'épisode « Contre l'animal, la guerre sans nom » (07/02), VMessage, auteur de Défaite des maîtres et possesseurs, évoque la dissonance cognitive du vocabulaire animalier, en particulier avec les termes commerciaux de découpe de viande. L’image d’Épinal de la « viande heureuse » est, selon lui, entretenue dans l'imaginaire des Français alors que ce type de production représenterait moins de 5% du total. Enfin, dans le dernier épisode du 8 février (« L'animal saisi par le droit »), l'universitaire CVial évoque le rôle précurseur de J.-P. Marguenaud en matière de droit animalier, avec notamment la création de la Revue semestrielle du droit animalier. Pour elle, la disparité persistante, en droit, entre animal domestique, approprié et protégé, et animal sauvage, sans protection individuelle, pourrait être atténuée : pour cela, il faudrait que l'animal sauvage passe de res nullus à res collectis, en tant que partie de la biodiversité, et donc du patrimoine commun.

Madeleine Lesage, Centre d'études et de prospective

Source : France Culture

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04/04/2019

Revue Études rurales : un dossier consacré aux semences

Le dernier numéro d'Études rurales propose plusieurs articles sur les enjeux de la réappropriation des semences par les agriculteurs. Comme le rappelle l'introduction, celles-ci sont devenues au XXe siècle un bien marchand, contrôlé et normalisé. Les agriculteurs ont été cantonnés à un rôle d'utilisateurs de variétés mises au point par la R&D. À l'heure actuelle, se pose ainsi la question de « la coexistence d'une pluralité de pratiques de sélection, de conservation, de marchés et de propriété des semences ». La sélection paysanne pourrait, par exemple, servir de levier pour la réduction des intrants ou l'adaptation au changement climatique. Deux articles sur la gestion collective des maladies illustrent ces potentialités : l'un sur la communauté des « artisans semenciers » qui, en France, s'organise pour « faire avec » certains pathogènes du haricot (bactérie Xhanto) ; l'autre sur l'introduction de semences modernes dans les rizières du Yuangyuang (Chine), où M. Hannachi (Inra) et T. Dedeurwaerdere (UCL) montrent que la gestion collective de la biodiversité cultivée permet de produire un « effet de dilution » des pathogènes à grande échelle, ouvrant selon eux des perspectives pour améliorer la durabilité des systèmes agricoles.

Source : Études rurales

03/04/2019

Une analyse de la recomposition de la huerta comtadine à travers l'étude des trajectoires de vie d'anciens ouvriers agricoles marocains

Dans un article publié sur le site Géoconfluences, A. Lascaux analyse les reconfigurations contemporaines de l'agriculture comtadine (dans les Bouches-du-Rhône). Fondée sur la huerta (agriculture de type jardinatoire), celle-ci a longtemps reposé sur une large main-d’œuvre saisonnière venue du Maroc. Depuis les années 1980, elle traverse une grave crise, qu'illustre la croissance des surfaces en friches. L'auteure montre qu'une partie de ces friches sont aujourd'hui réinvesties de façon informelle par d'anciens saisonniers marocains, donnant ainsi à voir une forme originale de reprise agricole. Ils y pratiquent une agriculture maraîchère peu exigeante en capitaux, qui va de la polyculture vivrière à la monoculture destinée à la commercialisation. Malgré leur promotion sociale apparente, tous pâtissent d'une triple marginalisation : spatiale, car ils restent cantonnés aux friches ; matérielle, car leurs moyens sont limités ; sociale, du fait de tensions qui émergent avec les agriculteurs anciennement installés.

Source : Géoconfluences

10:11 Publié dans Agriculteurs, Société, Territoires | Lien permanent | Tags : huerta comtadine, ouvriers agricoles |  Imprimer | | | | |  Facebook

13/03/2019

Paradoxe de la modernisation : le productivisme agricole et ses critiques en Bretagne (1990-2010)

Dans la revue Politix, C. Lemieux (EHESS) s'intéresse aux conflits sociaux autour de l'élevage porcin. Il s'appuie sur des observations ethnographiques et des entretiens réalisés entre 2006 et 2009, dans trois départements de Bretagne, avec des éleveurs, des syndicalistes agricoles, des habitants, des militants écologistes, des agents de l’État et des élus locaux.

En premier lieu, l'article décortique les transformations de la morphologie sociale de la région, la rurbanisation enclenchant une lutte entre agriculteurs et néo-habitants pour la maîtrise foncière et politique du territoire. Il montre comment, à l'occasion des procédures d'enquête publique sur les installations d'élevage, les différenciations entre groupes s’effacent au profit d’une simplification extrême de l’espace social, réduit à l’opposition entre urbains et ruraux. Ce clivage « en vient à résumer à lui seul, mais en apparence seulement, toute la conflictualité locale ».

Chacun de ces camps produit des idées et s’efforce de prescrire « ce que la société doit devenir » – élaborant ainsi leurs conceptions de la « modernité ». Celle que portent les agriculteurs s’est formée dans les années 1950 et met « une foi indéfectible dans la science et l'industrie » au service de la compétition sur les marchés internationaux. Elle rentre en conflit avec la modernité environnementale dont se réclament les néo-habitants, élaborée plus tardivement, et que le droit communautaire et les dispositifs de la PAC intègrent dans les années 1990, exerçant une pression inédite.

Les producteurs porcins en viennent progressivement à réinterpréter ces critiques et ces injonctions et à les considérer comme une attente des marchés. Ils réorganisent alors leurs exploitations en contrôlant mieux les rejets dans la nature. Mais, ce faisant, ils approfondissent aussi la logique d’intensification productiviste. Le monde agricole connaît donc un véritable processus de « modernisation », concept que l’auteur entend réhabiliter en sciences sociales. Sans céder à la téléologie, ni réifier les deux camps, Lemieux souligne ainsi la nécessité de prendre en compte des « évolutions de longue durée dont la dynamique génère dans le présent contradictions et paradoxes ».

Florent Bidaud, Centre d'études et de prospective

Source : Politix

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08/03/2019

Ixchel Delaporte, Les raisins de la misère. Une enquête sur la face cachée des châteaux bordelais

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La viticulture et l'arboriculture, qui demandent beaucoup d'emplois temporaires, s'étendent sur des territoires souvent marqués par des niveaux élevés de précarité économique et sociale. L'Insee a bien décrit ce phénomène, pour la région Aquitaine, avec trois notes publiées en 2011, 2014 et 2017 montrant une forte corrélation entre ces types de culture, une fréquence élevée de contrats saisonniers et une sur-représentation des allocataires du Revenu de solidarité active (RSA). Ces publications parlent même d'un « couloir de pauvreté », reliant la pointe du Médoc à Agen, en passant par Pauillac, Saint-André-de-Cubzac, Libourne, Sainte-Foy-la-Grande, Bergerac, Marmande et Villeneuve-sur-Lot. Sur ces zones, les exploitants sont très minoritaires par rapport aux nombreux salariés agricoles, plutôt jeunes, peu qualifiés, mal rémunérés, souvent célibataires voire isolés. La saisonnalité des cycles de production favorise une grande mobilité de la main-d’œuvre, aux ressources fluctuantes, d'origine locale mais pouvant aussi venir de très loin.

C'est la lecture de ces notes de l'Insee qui a poussé l'auteure de ce livre, journaliste, à entreprendre une enquête pour voir ce qu'il en était vraiment. Son reportage, fait d'entretiens et d'observations de terrain, est centré sur la seule viticulture. Pourquoi et comment la grande fortune des châteaux du bordelais cohabite-t-elle avec la précarité de leurs employés et des populations environnantes ? Au fil de ses rencontres, elle décrit l'envers du décor, la face cachée du milieu du vin, les à-côtés de la mythologie. Bien sûr, les conditions de travail sont dures en hiver (taille), au printemps (palissage, épamprage) comme en automne (vendanges), avec de longues journées, la fatigue, l'usure physique et les accidents. Les relations humaines sont dures aussi, faites de sujétion et d'obéissance, de surveillance et de contrôle, de la part des exploitants comme des entreprises de travaux agricoles. Les rémunérations restent faibles, puisque le salaire horaire est bas, les contrats courts et les heures supplémentaires pas toujours payées. Les conditions de logement demeurent plutôt mauvaises : l'hébergement par l'employeur est de moins en moins fréquent, les parcs immobiliers ruraux sont insuffisants et les marchands de sommeil peu scrupuleux. Au total, une part significative de ces travailleurs et de ces territoires est marquée par la fragilité et la vulnérabilité.

Ce petit livre, parfois un peu superficiel, ne dit rien de plus, mais il le dit bien. Ce faisant, il confirme ce que des travaux plus savants d'historiens et d'économistes ont déjà montré : la monoculture de la vigne, qui a empêché ou limité l'installation d'activités industrielles et de services, fonctionne grâce à de nombreux tâcherons. Le vin crée de formidables richesses, mais il ne sait pas les redistribuer, et contribue directement à entretenir la précarité sociale de ses territoires d'élection.

Bruno Hérault, Centre d'études et de prospective

Lien : Éditions du Rouergue

13:15 Publié dans Société, Territoires, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : vin, viticulture, delaporte, bordelais, précarité |  Imprimer | | | | |  Facebook

05/03/2019

Le droit des données agricoles : dossier de la Revue de droit rural

Dans son numéro de janvier 2019, la Revue de droit rural consacre un dossier au droit des données agricoles. Alors que croissent les données produites sur les exploitations et l'intérêt de divers acteurs pour ces informations, les quatre articles proposent des éclairages juridiques intéressants, par exemple sur les questions de droit de la concurrence et des contrats. Autre approche, celle proposée par C. Alleaume sur le droit de la propriété intellectuelle (PI) : s'il n'y a pas de droit de propriété défini sur les données brutes, deux types de PI sont reconnus sur les bases de données (droit d'auteur et droit sui generis), « ce qui aboutit à conférer à leurs titulaires un contrôle de l'usage des données contenues dans leurs bases ».

Source : Revue de droit rural

13:06 Publié dans Agriculteurs, Société | Lien permanent | Tags : données agricoles, droit, numérique |  Imprimer | | | | |  Facebook