Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

17/01/2022

Alexis Metzger (coord.), Le climat au prisme des sciences humaines et sociales, Éditions Quæ, 2022, 246 pages

climat 1.jpg

Coordonné par Alexis Metzger (université de Lausanne), cet ouvrage questionne les cadres et méthodes d’analyse que les sciences humaines et sociales utilisent pour étudier le climat. La première partie s’intéresse à ceux-ci en histoire, géographie, théorie littéraire, etc. (figure ci-dessous) ; la seconde documente l’émergence et l’analyse du « changement climatique ».

Frise sur l’apparition de l’objet « climat » au sein de chaque discipline

frise 1.jpg

Source : Éditions Quæ

S’appuyant sur des restes naturels et anthropiques, l’archéologie a montré qu’à la différence des sociétés nomades du paléolithique, celles du néolithique, sédentaires, ont cherché à anticiper les variations climatiques, développant le stockage et la transformation des denrées. L’histoire du climat, discipline très dynamique depuis le début du XXIe siècle, sur tous les continents, donne lieu à des reconstitutions des variations climatiques à une échelle globale (paléoclimatologie) ou plus resserrée. Dans ce dernier cas, les indices Pfister permettent d’attribuer à certains mois un niveau d’intensité de la température et des précipitations qui les distingue de la « normale ». Dès ses origines, la géographie a cherché à caractériser les climats à partir de leurs conséquences sur la faune et la flore locales, démarche à laquelle J. Hann opposera, bien plus tard (XIXe siècle), l’analyse des caractéristiques et causes atmosphériques.

Après 1950, la demande des acteurs agricoles participe aux progrès de la géoclimatologie : la discipline doit soutenir le développement des cultures au-delà de leur aire de croissance spontanée et inventer de nouvelles méthodes. Des séries longues sont alors extraites des « calendriers de probabilité exprimant, pour une date donnée, la fréquence d’apparition d’un événement climatique exceptionnel » défavorable à la production.

Au début du XXIe siècle, la géoclimatologie est concurrencée par la modélisation économique, qui soutient l’émergence du paradigme du « réchauffement climatique ». Après que la perspective d’un marché mondial des émissions, avec un prix unique du carbone, ait fait long feu, les trajectoires de décarbonation des sociétés nationales dominent désormais les programmes publics. Les changements systémiques (en matière d’alimentation, d’agriculture et de forêts) que requiert l’atteinte de la neutralité carbone mettent aussi en lumière la nécessaire articulation entre économie de l’environnement et sociologie de la transition. Dans cette perspective, le chapitre de P. Boudes offre plusieurs réponses : introduction de la rationalité écologique dans les organisations économiques, sociologie des pertes liées au changement climatique.

Nathalie Kakpo, Centre d’études et de prospective

Lien : Éditions Quæ 

08:55 Publié dans Climat, Environnement, Société | Lien permanent | Tags : météo, climat, changement climatique, shs, neutralité carbone |  Imprimer | | | | |  Facebook

14/01/2022

La sobriété au cœur de la transition vers une société neutre en carbone, selon l’Ademe

L’Agence de la transition écologique (Ademe) a diffusé, début décembre 2021, son exercice de prospective Transitions 2050. Choisir maintenant. Agir pour le climat. Il dessine quatre trajectoires de transition pour atteindre l’objectif de neutralité carbone en 2050 fixé par la loi énergie et climat (2019). Ce travail a mobilisé pendant deux ans plus d’une centaine d’experts.

Ces quatre scénarios (figure ci-dessous), avec leurs cohérences internes et interdépendances entre secteurs, abordent des domaines jusque-là peu étudiés, selon les auteurs, dans les prospectives climatiques : évaluation et disponibilité de la biomasse, puits de carbone biologiques et technologiques, transformation des systèmes productifs avec l’évolution de la demande, etc. Ces archétypes fournissent des éléments d’évaluation des défis sociaux, économiques, environnementaux et techniques associés à la transition.

Les 4 scénarios explorés par l'Ademe

jneutralité carbone, trajectoires, prospective,

Source : Ademe

La sobriété, l’efficacité énergétique et la modification radicale des modes de vie et des systèmes productifs sont les principaux leviers mentionnés par ces scénarios pour atteindre la neutralité carbone. Selon cette prospective, y parvenir repose sur des paris forts, aussi bien sur le plan humain que technologique. Toutes les voies sont difficiles et nécessitent une planification des transformations, associant État, collectivités territoriales, acteurs économiques et citoyens.

Les forêts et l’agriculture sont, selon l’Ademe, des secteurs prioritaires pour lutter contre le changement climatique via trois leviers : le stockage du carbone, la production de biomasse et la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Une politique active de développement des puits agricoles et forestiers est nécessaire, et une transformation agricole n'est pas possible « sans transition alimentaire et transition énergétique concertées ». Pour accomplir cette transition, il serait nécessaire de mieux protéger les sols, réduire les cheptels tout en augmentant leur durabilité, accompagnant une alimentation moins carnée. Sont aussi identifiés le développement de la résilience des territoires (projets alimentaires territoriaux, diversification des productions), l'adoption d'une politique cohérente aux frontières, une meilleure coordination des politiques agricoles. Il s'agirait également d'évaluer localement les disponibilités actuelles et futures en eau, et les impacts potentiels du changement climatique.

L’évolution de l’alimentation, de la production forestière et industrielle, ainsi que celles des usages de la biomasse (production d'énergie, usages non alimentaires) sont abordées de manière détaillée. De plus, de nouvelles études et exercices de vulgarisation seront produits courant 2022 pour alimenter le débat public à l’occasion des prochaines échéances électorales.

Cécile Poulain, Centre d'études et de prospective

Source : Ademe

13/01/2022

Olivier Lepiller, Tristan Fournier, Nicolas Bricas, Muriel Figuié (dir.), Méthodes d'investigation de l'alimentation et des mangeurs, Éditions Quæ, décembre 2021, 244 pages

neutralité carbone,trajectoires,prospective

Cet ouvrage fait une présentation critique de quinze méthodes utilisées par différentes disciplines (anthropologie, économie, géographie, nutrition, sociologie) pour étudier les phénomènes alimentaires. La « fiction introductive » plonge le lecteur dans l'élaboration d'un projet scientifique pluri-disciplinaire et met en exergue les défis posés par le traitement d'un objet de recherche (cadrage, définitions, approches, échantillons, etc.). Les méthodes (figure ci-dessous) sont décrites dans trois parties, offrant un panorama précis et nuancé. La première s'intéresse à la mesure des pratiques et des représentations des individus, la deuxième au suivi « à la trace » des mangeurs et des aliments, la troisième aux modalités d'appréhension de la construction collective du fait alimentaire.

Carte cognitive des méthodes présentées dans l'ouvrage

neutralité carbone,trajectoires,prospective

Source : éditions Quæ

La présentation de chaque méthode traite des éléments historiques, des aspects techniques (ex. niveau de collecte : individu, ménage, population), des conditions de validité, des considérations éthiques et déontologiques, des exemples d'utilisation dans différents contextes, des liens entre disciplines, etc. L'ouvrage propose ainsi des rappels sur des méthodes connues et dont les résultats sont fréquemment utilisés : mesures de la consommation (rétrospectives ou prospective), indicateurs de sécurité alimentaire, économie expérimentale, recherche-action, etc. Il invite aussi à considérer les opportunités offertes par d'autres approches plus confidentielles, comme le photovoice (identification des environnements alimentaires du point de vue des habitants), la méthode follow-the-thing développée en géographie, ou encore les ateliers-théâtre. Enfin, la dimension évaluative est présente, en particulier pour traiter de l'impact des actions de prévention et de promotion de la santé nutritionnelle, et de la durabilité des innovations alimentaires.

De manière générale, la nature multi-dimensionnelle de l'alimentation nécessite de croiser les regards et les méthodes d'analyse. Pour ce faire, les contributions réunies dans cet ouvrage apportent des éclairages importants, tant sur chaque méthode que sur les articulations et complémentarités possibles. Elles intéresseront autant les utilisateurs des méthodes que les utilisateurs des résultats produits.

Julia Gassie, Centre d'études et de prospective

Lien : Éditions Quæ

10/01/2022

Nicolas Bricas, Damien Conaré, Marie Walser (dir.), Une écologie de l'alimentation, Éditions Quæ, décembre 2021, 312 pages

bricas 1.jpg

Publié pour les dix ans de la chaire Unesco Alimentations du monde, cet ouvrage propose de penser une « écologie de l'alimentation », vectrice à la fois de relations et d'engagement dans la société. Préfacé par C. Fischler, il valorise la grande richesse des travaux conduits par la chaire et est accessible dans une version augmentée en ligne. À la fois bilan et programme, il documente et questionne les grands défis alimentaires au fil de cinq parties. La première envisage l'alimentation comme essentielle à « nos relations dans le monde » (avec soi, les autres, la biosphère) et la deuxième traite des enjeux systémiques contemporains. La proposition d'une écologie de l'alimentation est décrite dans la troisième partie, tandis que la quatrième discute des « mots d'ordre » de la durabilité alimentaire : lutte contre le gaspillage, relocalisation, fortification des aliments, pouvoir des « consom'acteurs », etc. Enfin, s'appuyant sur les initiatives existantes, la dernière partie envisage les changements d'échelle nécessaires et les rôles de différents acteurs (secteur privé, formation et recherche, pouvoirs publics).

Liens : Éditions QuæChaire Unesco Alimentations du monde

08:45 Publié dans Alimentation et consommation, Société | Lien permanent | Tags : alimentation, durabilité |  Imprimer | | | | |  Facebook

Josiane Gonthier, Les paysannes. Portraits littéraires, éditions Turquoise, collection Le temps des femmes, novembre 2021, 160 pages

paysannes,agricultrices,littérature,genre,travail

Dans cet ouvrage, Josiane Gonthier rassemble et commente 38 textes tirés de la littérature française et étrangère, de l’Antiquité à nos jours, consacrés aux paysannes, à leur vie quotidienne et leur place dans la société. Des photographies et des chiffres sur les paysannes et agricultrices, en France et dans le monde, complètent les extraits. Ces narrations, miroirs déformants d'une réalité temporelle, offrent au lecteur une perspective singulière sur les images de la « paysanne » dans la société rurale : une balade éclectique, poétique et parfois cruelle dans les champs et les foyers, à la rencontre de la déesse Cérès de Virgile, « des mâles et des femelles, répandus par les campagnes » de Jean de La Bruyère ou d'incarnations de fermières japonaises émancipées (Aki Shimazaki). Selon l'initiatrice de ce voyage littéraire, « c’est finalement très récemment, avec les influences combinées de mouvements extérieurs à l’agriculture – le féminisme entre autres – et les enjeux écologiques, alimentaires, climatiques et sociaux redéfinis auxquels doit répondre l’agriculture, que les projecteurs se sont braqués sur le paysan/la paysanne qui deviennent alors des personnages et de véritables héroïnes ».

Source : Éditions Turquoise

08:35 Publié dans Agriculteurs, Société, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : paysannes, agricultrices, littérature, genre, travail |  Imprimer | | | | |  Facebook

Les CFPPA, un service public confronté à la mise en marché de la formation

Un article récemment publié dans la revue Sociologie du travail revient sur la contribution essentielle des Centres de formation pour la promotion agricole (CFPPA) à la formation des adultes en agriculture. Composantes d'établissements publics locaux d’enseignement et de formation professionnelle agricoles (EPLEFPA), ces centres occupent une place singulière dans le système de formation continue. Créés en 1968, sur la base d'un modèle original de conventionnement avec l'État, ils ont été chargés, à partir des années 1970, d'assurer le niveau minimum de formation des candidats à l'installation. Leur champ d'activité s'est progressivement élargi de la préparation au brevet professionnel agricole à la reconversion professionnelle de chômeurs dans les secteurs de l'agriculture, de l'agroalimentaire, du paysage et des espaces verts. Par ailleurs, bénéficiant d'un monopole pour délivrer certains diplômes, et d'une organisation souple (du point de vue managérial et des ressources humaines), les centres ont été en mesure de s'adapter à la libéralisation du marché de la formation continue, mise en œuvre à partir de 2004 : individualisation des prestations, mise en concurrence entre prestataires publics et privés et, depuis 2014, instauration de critères de qualité.

Source : Sociologie du travail

08:31 Publié dans Agriculteurs, Société, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : formation continue, reconversion, marchandisation |  Imprimer | | | | |  Facebook

16/12/2021

L'Institut Montaigne propose un programme agricole en vue des élections présidentielles de 2022

Dans un récent rapport intitulé En campagne pour l'agriculture de demain, fruit de nombreux entretiens et du travail d'un groupe d'experts présidé par Hervé Gaymard, l'Institut Montaigne fait un point approfondi sur les défis actuels et futurs de l'agriculture française. Ces enjeux sont déjà largement partagés : autonomie protéique, revenu des agriculteurs, renouvellement des générations, émissions de gaz à effet de serre, dégradation de l'environnement, perte de compétitivité des exploitations, rééquilibrage des régimes alimentaires, etc. Toutefois, l'approche présente deux spécificités : les auteurs se placent dans la perspective des élections présidentielles de 2022 et adoptent une entrée par la préservation de la « souveraineté alimentaire » française. Ils notent que celle-ci est une composante incontournable de la puissance de la France au XXIe siècle, et appellent à faire du pays la première puissance agricole durable.

Les auteurs identifient pour cela six chantiers, destinés à nourrir les débats de la campagne électorale, sur les questions agricole et alimentaire. Ces chantiers sont déclinés en de nombreuses propositions et ils suggèrent, entre autres, de mettre en cohérence les politiques agricole, environnementale et commerciale de l'Union européenne, de réduire les importations de protéines végétales et d'accroître la structuration des filières. Ils proposent également de rénover la contractualisation au sein de la chaîne de valeur, de maintenir une offre française large (des matières premières aux produits de haute qualité) et d'accélérer la transition climatique, écologique et énergétique de l'agriculture, entre autres par la production de bioénergies et le recours aux biotechnologies. Ils évoquent aussi le renforcement de l'attractivité du métier d'agriculteur et la protection du foncier. Ils recommandent enfin, très classiquement, d'accroître la transparence sur la qualité nutritionnelle et sur l'origine par l'étiquetage des produits, de promouvoir une alimentation saine et durable et de lutter contre le gaspillage.

Très riches en données et informations, les annexes du rapport traitent notamment des agricultures d'Outre-mer, soulignant leurs spécificités : charge que représentent les dépenses alimentaires dans le revenu, étroitesse des marchés, enjeux des filières banane et canne à sucre, nécessité d'une politique foncière ambitieuse, redynamisation de l'aval. Enfin, mentionnons une intéressante analyse de ce rapport, publiée sur le site d'Agriculture Stratégies par Bertrand Valiorgue, professeur à l'université Clermont Auvergne et ayant participé à l'élaboration de ce document.

Vincent Hébrail-Muet, Centre d'études et de prospective

Source : Institut Montaigne

Inde : retour sur un an de colères paysannes contre la libéralisation des marchés agricoles

Près d’un an après des manifestations massives, 600 décès d'agriculteurs et des occupations continues aux portes de la capitale rassemblant jusqu'à plus de 300 000 paysans, le gouvernement indien a retiré le 19 novembre 2021 ses réformes agraires qui libéralisaient les marchés agricoles. Dans le Journal of Peasant Studies, deux articles analysent le contexte de ce mouvement, ses implications pour la politique agricole nationale et les mouvements agraires.

Dans le premier texte, M. Krishnamurthy traite des caractéristiques de cette mobilisation qui visait à protéger les « mandis », marchés agricoles réglementant (de manière différente selon les États fédérés) la première transaction entre les agriculteurs et les acheteurs, et assurant un prix minimal garanti. Selon la sociologue, le transfert de la politique agricole de l’échelon des États à celui de l’Union a créé des tensions et contradictions dans la conception et la mise en œuvre des réglementations. Il a également modifié les lieux de résistance et protestation, générant de puissants discours du monde agricole et de la société, tissant un nouveau lien entre les producteurs et les consommateurs ruraux et urbains de l'Inde.

Dans le deuxième article, S. S. Jodhka s'interroge sur les raisons de ce mouvement. Le Pendjab est le foyer de cette contestation et la grande majorité de ses 30 syndicats agricoles étaient présents sur les sites de protestation à Delhi. Pionnier de la « révolution verte » indienne dans les années 1950, cet État est également le premier à en avoir subi les conséquences : épuisement des ressources naturelles, dépendance des agriculteurs envers leurs créanciers, hausse des coûts de production, concurrence de leurs produits avec les céréales importées à bas prix, etc. Pourtant, en dépit de son déclin relatif, l'agriculture y est restée une activité économique et une référence identitaire importante. Malgré une implication toujours majoritaire des classes agricoles dominantes dans les mobilisations, la contestation a, selon l’auteur, une assise sociale et politique plus large que celle des mouvements paysans des années 1980 : elle rassemble désormais l’ensemble des communautés agricoles contre l’alliance entre le « capital » et l’« État autoritaire ».

Signalons enfin que, suite à la levée des barrages mi-décembre, le mouvement semble entrer dans une nouvelle phase (discussions, négociations).

Cécile Poulain, Centre d'études et de prospective

Source : The Journal of Peasant Studies, The Journal of Peasant Studies

08/11/2021

La consommation de viande des populations britanniques musulmanes, entre éthique et contraintes socio-économiques

Le blog TABLE debates est une création des universités d’Oxford, de Wageningen et de Suède. Il a publié le 2 novembre les premiers résultats d’une thèse de doctorat sur la consommation de viande halal par les populations britanniques de confession musulmane. Après avoir souligné que 71 % des moutons abattus au Royaume-Uni l’étaient selon les prescriptions musulmanes, Hibba Mazhary souligne que leurs attentes vis-à-vis des aliments carnés se rapprochent de celles de la population globale, avec un même souci de la santé et de la durabilité environnementale. En revanche, ces attentes présentent des particularités quant à l’accès à une viande de qualité (limité par le budget alimentaire des ménages) et à l’image des campagnes (que ces populations perçoivent comme des espaces qui leur sont hostiles). Ces singularités découlent de conditions de vie moins favorables et de rapports interethniques spécifiques.

Source : TABLE debates

15/10/2021

Quentin Hiernaux, Philosophie du végétal. Botanique, épistémologie, ontologie, éditions Vrin, juillet 2021, 410 pages

philovegetal.jpg

Cet ouvrage, publié sous la direction de Quentin Hiernaux, éclaire deux millénaires de pensées philosophiques sur le végétal. D’un format maniable, il réunit onze textes clés (dont certains inédits en français), très bien commentés et mis en perspective. Ces onze voix singulières témoignent de l'histoire de la botanique et de l'évolution des connaissances, jusqu'aux dernières préoccupations écologiques et morales du XXIe siècle. Longtemps considérées comme plus proches du minéral que de l’être vivant – « il semble que les plantes vivent » s’étonne Aristote au IVe siècle avant notre ère –, les plantes ont ensuite été étudiées par analogie avec les formes de vie animales, calquant les méthodes et raisonnement des sciences du végétal sur ceux des sciences animales. L'évolution des sciences naturelles et l’avènement de la biologie, comme de la physiologie végétale, conduisent les penseurs à s'interroger sur leurs comportements, leur individualité, leurs éventuelles mémoire et intentions. Au début du XXe siècle, Léo Errera interroge l’âme des végétaux : « sans doute, tout chez eux est simple, rudimentaire, mais tout y est déjà esquissé ». Plus récemment, le biochimiste Anthony Trewavas amplifie ces débats en décrivant la diversité de leurs comportements, « qui témoignent d’un degré remarquable de perception sensorielle, d’évaluation, d’anticipation et de résolution ».

Souvent écarté des réflexions philosophiques dans la tradition occidentale, le monde végétal offre aujourd’hui de nouvelles perspectives aux sciences humaines et sociales. La compréhension des plantes transforme la pratique de la philosophie et questionne nos conceptions de l’intelligence, de l’individualité ainsi que nos valeurs et rapports au vivant. « Les plantes ont modifié à jamais la structure métaphysique du monde », estime Emanuele Coccia, pour qui « la plante incarne le lien le plus étroit et le plus élémentaire que la vie puisse établir avec le monde ». Et pour Michael Marder, « l’idée que la plante est un des jalons témoignant de la finitude de la philosophie devrait entraîner notamment sur le plan pratique une attitude radicalement différente face à l’environnement ».

Ces nouvelles réflexions modifieront-elles la perception de la nature par la société, ainsi que notre rapport à l'agriculture, à l'exploitation forestière et à l’industrie du végétal ? Orienteront-elles les prises de décisions relatives à la gestion et à la manipulation des plantes ? Une des réponses esquissées par Sylvie Pouteau serait d'inclure le végétal dans l'éthique, sans pour autant le considérer comme un second animal. Cette philosophie de la nature végétale invite à repenser notre relation aux plantes, au monde, et éclaire d’une lumière nouvelle la manière d’habiter et de gérer les écosystèmes.

Cécile Poulain, Centre d’études et de prospective

Lien : Éditions Vrin

Alain Baraton, Dictionnaire amoureux des arbres, Éditions Plon, mai 2021, 438 pages

dictionnaire des arbres.jpg

Jardinier en chef du domaine national de Trianon et du parc du château de Versailles, Alain Baraton est bien connu pour ses nombreux ouvrages sur les plantes, arbres et jardins, mais aussi pour ses chroniques hebdomadaires sur France Inter ou France 5. Après un premier Dictionnaire amoureux des jardins (Plon, 2012), il récidive aujourd'hui avec ce Dictionnaire amoureux des arbres.

Il ne s'agit pas là d'un traité savant de botanique ou d'horticulture, ni d'une histoire ou d'une géographie raisonnée des arbres et de leurs origines. L'auteur nous invite plutôt, au gré de 165 courts articles, à un voyage sentimental, à une libre balade au travers de ses expériences et préférences. Il nous décrit ses choix personnels, ses coups de cœur pour ses végétaux, et fait tout pour nous communiquer ses passions.

Tenant ses promesses, le livre nous en apprend d'abord beaucoup sur les arbres eux-mêmes. Depuis l'entrée « abricotier » jusqu'à l'entrée « zamana », défilent de nombreuses espèces dont les origines, histoires, aires de peuplement, spécificités et écosystèmes sont présentés. Il peut s'agir d'essences communes (chêne, marronier, prunier, magnolia, poirier, etc.) ou plus exotiques (upas, parrotia, nono, kolatier, cédratier, azerolier, etc.).

Chemin faisant, le lecteur fera des découvertes plus ou moins inédites. Par exemple, le baobab peut stocker jusqu'à cent mille litres d'eau. Le Ficus elastica (caoutchouc) a besoin d'une guêpe précise pour assurer sa reproduction. Rien ou presque ne pousse sous un noyer car le juglon, sur le sol, bloque la germination des autres plantes. Le mancenillier est considéré comme « l'arbre le plus dangereux du monde ». On découvrira aussi que le vrai mimosa fleurit bleu...

Les arbres expriment des valeurs, imprègnent la vie sociale et sont à l'origine de véritables institutions. L'auteur revient par exemple sur les origines de la tradition du sapin de Noël, il rappelle aussi que l'olivier est si présent dans toutes les religions que sa feuille a été choisie comme emblème de l'ONU. Quant à Louis XIV, il aimait tant la senteur de ses orangers que la « fleur d'oranger » deviendra pendant près d'un siècle le parfum préféré des dames de la cour.

Il serait facile de mettre en lumière d'autres qualités de ce livre, mais un tel ouvrage n'est pas fait pour être raconté : il est fait pour être lu et utilisé. Rédigé d'un style alerte, il est tout sauf ennuyeux et Baraton a pris soin de ponctuer ses notices d'anecdotes, de traits d'humour, de rapprochements inattendus et de considérations personnelles. La rigueur supposée du « dictionnaire », amollie par sa passion des végétaux, rend son livre délectable.

Bruno Hérault, Chef du Centre d'études et de prospective

Lien : Éditions Plon

16:47 Publié dans Forêts Bois, Société | Lien permanent | Tags : botanique, arbres, jardins, forêt-bois |  Imprimer | | | | |  Facebook

16/09/2021

Antoine Bernard de Raymond, Delphine Thivet (dir.), Un monde sans faim, Presses de Sciences Po, 2021, 304 pages

un monde sans faim.jpg

Cet ouvrage étudie, en neuf chapitres, les transformations de la gouvernance alimentaire mondiale après les « émeutes de la faim » de 2007-2008. Largement inattendus, ces épisodes avaient replacé l’agriculture et les enjeux de production au premier plan de l’agenda international, relançant la réflexion sur l’avenir des systèmes alimentaires et enclenchant un ensemble de réajustements institutionnels.

Leurs effets de long terme sont considérables, mais paradoxaux. Comme le soulignent E. Fouilleux, N. Bricas et A. Alpha dans leur contribution, il est apparu en effet assez vite que l’envolée des prix « n’avait pas pour origine une crise de la production », mais bien d’autres causes : pauvreté et inégalités, modèles de consommation, etc. Des visions alternatives s’affirmaient, qui mettaient l’accent sur la transformation des régimes alimentaires, ou sur la nutrition. Pourtant, rapidement, différents acteurs (Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, Banque mondiale, firmes multinationales, etc.) réitérèrent le « mantra » des « révolutions vertes » et de la « Global Food Security » : il faut produire plus pour nourrir 9 milliards de personnes en 2050.

Les outils de mesure de l’insécurité alimentaire, centrés sur la disponibilité et les quantités produites, ont contribué à refermer le débat. À partir de l’exemple de la réception de la prospective Agrimonde, V. Cardon et G. Tétart montrent ainsi que les modèles économiques au service des institutions internationales, comme le modèle Impact de l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires, tendent à écarter l’hypothèse d’une transformation des régimes alimentaires. Le chapitre consacré par A. Bernard de Raymond à la stratégie de compétitivité du Royaume-Uni permet également de souligner la contribution de la recherche scientifique à « la relance d’une vision productiviste (…) tentant néanmoins d’intégrer les enjeux sanitaires et environnementaux ».

Enfin, sur le plan institutionnel, le livre consacre des chapitres instructifs à la réforme du Comité de la sécurité alimentaire mondiale (CSA), à l’alignement des « plateformes multi-acteurs » sur les engagements de responsabilité sociale et environnementale (RSE) des firmes multinationales, et à la problématique des « accaparements » fonciers. Sont aussi envisagées la constitutionnalisation du droit à l’alimentation en Inde et les stratégies de coordination de l’aide alimentaire.

Florent Bidaud, Centre d'études et de prospective

Lien : Presses de Sciences Po

15/09/2021

L’Alimentarium

musée,alimentation,histoire,suisse,représentations

Né en 1981, l’Alimentarium est une création de la Fondation Nestlé. Il comprend un musée localisé à Vevey (Suisse) et une plate-forme digitale, interconnectés et tous deux consacrés aux systèmes alimentaires. L'entité regroupe 25 équivalents temps plein et accueille 55 000 visiteurs par an en moyenne ; le site internet cumulait en 2020 deux millions de consultations.

Le musée offre une scénographie originale qui expose des pièces de la collection (outils agricoles, affiches, emballages, etc.) et des installations relayant des résultats de la recherche scientifique sur la production agricole, la transformation, la distribution, la consommation des denrées et la nutrition, dans une perspective historique. En matière d’élevage, les bornes interactives rappellent la naissance de l’assolement triennal et de la polyculture au Moyen-Âge ainsi que la recherche tous azimuts d’amélioration de la production au XVIIIe siècle, dont témoigne la systématisation de la sélection artificielle des espèces. Les contenus du musée reviennent aussi sur les débats que provoquent, au XXe siècle, le développement de l’ingénierie génétique, la spécialisation poussée des races choisies et la traçabilité des produits carnés.

Sur l’industrie agroalimentaire, on retiendra particulièrement les contenus sur la conservation et l’emballage des produits. Protecteur des denrées, celui-ci est aussi une interface entre le producteur et le consommateur, à une époque où les relations entre l’un et l’autre se distendent : « la boîte d’emballage, sa forme, ses couleurs et typographie, ont toujours raconté une histoire ». Sont enfin documentés les différents types de denrées et leur composition chimique, les processus métaboliques, la diversification de la demande alimentaire dans les pays très développés, sous l’effet des préoccupations environnementales et du soutien à la production locale qu’expriment certains consommateurs (les Appellations d’origine contrôlée sont décrites comme « garantes de qualité et d’authenticité »).

Le site web offre quant à lui des dossiers pédagogiques, podcasts et webséries dont certains sont destinés aux jeunes publics sur des sujets diversifiés : sécurité alimentaire ; histoire des régimes alimentaires ; définition, bénéfices et risques des OGM.

Tube digestif et neurones pour expliquer la nutrition au musée

alimentarium.jpg

Source : Alimentarium

En 2020 et 2021, l’Alimentarium propose une exposition et des conférences sur le véganisme (voir une précédente brève). Mentionnant les débats sur les « faux fromages à la noix de cajou », qui agitent la Confédération depuis 2018, le musée relève que les fabricants ont associé leur préparation à l’image du « vrai fromage », dans un pays réputé pour son herbage, tout en se distanciant des exploitations animales.

Nathalie Kakpo, Centre d’études et de prospective

Lien : Alimentarium

14/09/2021

Viande in vitro et impression 3-D de bœuf wagyu par une équipe japonaise

Paru dans Nature communications, un article relate l’assemblage sous forme de « steak », par une équipe de chercheurs de l’université d’Osaka, de différents types de cellules cultivées in vitro de bœuf wagyu (myocites, adipocytes, capillaires). Le procédé recourt à une impression 3-D intégrant un « bain » de gel tendineux (tendon-gel integrated bioprinting), mais les fibres obtenues ont ensuite été assemblées manuellement. Reproduire la structure persillée du bœuf japonais constitue en soi une performance. L’article livre à ce sujet d’intéressants aperçus sur les méthodes et les échelles de réalisation aujourd’hui accessibles : l'obtention d'un « steak » de 5 mm de diamètre et de 10 mm de long a nécessité la construction « de 72 fibres comprenant 42 muscles, 28 tissus adipeux et 2 capillaires sanguins ».

Vue d’ensemble du procédé

viande in vitro.jpg

Source : Nature communications

Lecture : a) structure d’une tranche de bœuf wagyu (« steak ») ; b) schéma de construction du prototype à partir de cultures de cellules in vitro. Sigles : FACS - fluorescence activated cell sorting ; SVF - stromal vascular fraction ; bSCs - bovine satellite cells ; bADSCs - bovine adipose-derived stem cells.

Source : Nature Communications

13/09/2021

Acceptabilité des légumes verts par les enfants âgés de deux ans et moins

Les 1 000 premiers jours de la vie jouent un rôle prépondérant dans la formation du goût, des préférences et des comportements alimentaires du futur adulte. Introduire la consommation de légumes verts durant cette période est donc un enjeu fort qui peut se muer en défi, attendu que les enfants acceptent difficilement leur amertume. Une étude, parue dans le Journal of Nutrition, compare l'impact de quatre modalités de préparation sur la consommation de ces légumes : des purées de chou frisé avec 0 %, 1,2 % ou 1,8 % de sucre, ou 0,2 % de sel, sont proposées à des enfants âgés de 6 à 24 mois. Les parents consignent leurs réactions dans un questionnaire.

Contrairement à ce qui a été observé chez les adultes, la purée sans ajout visant à masquer l'amertume est la mieux acceptée. L'âge est un facteur déterminant de ces résultats, les enfants de 6 à 12 mois étant plus enclins à accepter les différentes purées et à en apprécier le goût. 

Comportements des enfants face aux purées selon leur âge

acceptabilite legumes.jpg

Source : The Journal of Nutrition

Lecture : de gauche à droite pour chacune des sous-sections, les enfants de 6-12 mois, 12-18 mois, 18-24 mois et tous âges confondus. Comportement joueur en A ; auto-alimentation en B ; comportement d'évitement en C ; pleurs ou agitation en D ; rejet en E ; toutes réponses confondues en F.

Source : The Journal of Nutrition