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16/03/2020

Histoire rurale de l'Europe. XVIe-XXe siècle, Laurent Herment (dir.)

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Cet ouvrage collectif, couvrant une large période, s'appuie sur les développements les plus récents de la recherche européenne en histoire rurale. Coordonné par Laurent Herment (CNRS) et rédigé par quelques-uns des meilleurs professeurs et chercheurs du moment, il est plus précisément consacré aux processus de développement des activités agricoles. Cinq grandes questions précisent cette problématique générale : qu'entend-on par « croissance agricole » ? Comment la mesurer ? Quels en sont les principaux facteurs et causes ? Quels sont ses rythmes et temporalités habituels ? Comment se distribue-t-elle dans l'espace ?

Les réponses apportées au fil des études de cas (pays ou régions) multiplient les points de vue et les résultats novateurs, et finissent par dresser un tableau complet de l'évolution des campagnes en Europe. On comprend alors mieux la diversité des trajectoires agricoles nationales, soumises aux contraintes économiques et géographiques. Les questions d'épistémologie ne sont pas oubliées, plusieurs chapitres traitant du renouveau des méthodes quantitatives en histoire rurale. La contribution des institutions au développement des campagnes est un autre leitmotiv du livre : impacts des lois et des politiques, extension du droit de propriété et de celui des contrats, etc.

On retiendra en particulier le chapitre de Piet van Cruyningen, montrant que les lourds investissements consentis par les bourgeois hollandais (dès 1400), pour protéger les villes en régulant les eaux, ont directement contribué au décollage de l'agriculture. L'irruption de ces capitaux modifia les rapports à la propriété, enclencha un processus de spécialisation et de croissance de la taille des exploitations, facilita l'achat de bétail et de bâtiments. Tout aussi intéressant est le chapitre de Giuliana Biagioli, sur la diversité inter-régionale des voies du développement agricole en Italie, selon les degrés de résistance du féodalisme et les innovations locales. De son côté, Llorenç Ferrer-Alos s'intéresse aux liens entre espaces urbains et ruraux en Espagne, à l'industrialisation des zones rurales et à la pluriactivité agricole. Concernant notre pays, Gérard Béaur et Jean-Michel Chevet mettent en doute l'idée, largement répandue, d'un « modèle français » dominé par un foncier émietté, une petite propriété paysanne engluée dans le travail routinier et l'autosubsistance. Comme l'Angleterre, nous avons aussi eu nos large farms et nos fermiers capitalistes, engagés dans l'investissement et tournés vers le marché.

Au total, de chapitre en chapitre, les auteurs montrent que la mauvaise habitude consistant à juger le passé à partir du présent véhicule des visions anachroniques et fausses sur les progrès historiques des agricultures européennes. On retiendra aussi qu'il n'y a pas un schéma préétabli de développement, mais une diversité de trajectoires, faites de continuités et d'aléas avec, pendant des siècles, de vraies fragilités des dynamiques de croissance agricole.

Bruno Hérault, Centre d'études et de prospective

Lien : Éditions EHESS

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Ceux qui restent. Faire sa vie dans les campagnes en déclin, Benoît Coquard

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À rebours des représentations dominantes de zones rurales en déclin hors du temps et dépourvues d’activités en raison de leur distance aux métropoles, l’ouvrage de Benoît Coquard donne à voir la densité des relations sociales dans ces campagnes et les logiques qui les façonnent. Il souligne toutefois d’emblée que les ruralités ne se réduisent pas aux campagnes paupérisées : d’autres espaces connaissent un renouveau des populations et des activités, à l’image de certaines régions viticoles.

Pour ce travail ethnographique, l’auteur a mené son enquête dans la région Grand Est, auprès de jeunes adultes qui sont ouvriers agricoles, artisans, salariés de la grande distribution ou de centres d’appel. Leur vie quotidienne est scandée par les déplacements en automobile, les exigences du travail et les sociabilités amicales dans lesquelles ils s’engagent pleinement. Elles constituent en effet un capital social décisif, tant pour la recherche d’un emploi que pour la formation du couple ou le maintien de la bonne réputation.

L’ouvrage montre que les manières d’être ensemble sont travaillées par les transformations économiques et sociales locales. Du fait de la raréfaction de l’emploi, liée à la désindustrialisation de la région, les plus dotés en titres scolaires partent. Ceux qui restent font partie des couches populaires faiblement qualifiées. Le dépeuplement se double ainsi d’une homogénéité sociale grandissante des populations résidentes. De plus, les sociabilités amicales changent sous l’effet de nouveaux usages de l’espace. Par exemple, du fait de la disparition des petites exploitations et du regroupement des coopératives, la vie quotidienne des travailleurs agricoles se déroule à cheval sur plusieurs cantons ou départements.

Enfin, autrefois valorisés, les bourgs ne constituent plus des centralités désirables pour les loisirs ou le logement. À titre d'illustration, entre 1979 et 2009, le nombre de bistrots dans les lieux étudiés a été divisé par dix. De fait, aujourd’hui, ce n'est plus la localité qui fait l’appartenance mais les collectifs amicaux et les espaces qui leur sont associés. En s'intéressant aux trajectoires de ces jeunes, cet ouvrage apporte des éclairages originaux sur les évolutions contemporaines des mondes agricoles et ruraux.

Nathalie Kakpo, Centre d'études et de prospective

Lien : Éditions La Découverte

17:05 Publié dans Société | Lien permanent | Tags : coquard, rural, relations sociales, grand est, jeunes |  Imprimer | | | | |  Facebook

12/03/2020

Les neurosciences pour mesurer l'impact des peuplements forestiers sur le stress et l'humeur

Une équipe européenne de chercheurs a combiné imagerie médicale et interviews pour mesurer l'impact des différents types de peuplements forestiers sur l'état psychique d'une vingtaine d'individus. Il s'agit d'une des premières analyses de l'effet des paysages sur le cerveau, visant à objectiver les sensations rapportées.

Le rôle de la fréquentation des espaces naturels dans la régulation du stress est désormais documenté. Cependant, tous les paysages n'ont pas le même effet. C'est pourquoi les auteurs se sont appuyés sur des outils de réalité virtuelle pour mesurer, par électroencéphalogramme, les variations d'activité électrique du cerveau, selon les types de peuplements forestiers (essences, densité).

Extraits de la vidéo de réalité virtuelle utilisée

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Source : Forests

Ce travail a permis de confirmer l'effet positif de la forêt, par rapport à des paysages urbains. En particulier, les forêts de résineux, et notamment celles de douglas, ont un effet supérieur aux forêts de feuillus. Ces résultats sont cependant à affiner avec un échantillon plus grand de personnes.

Source : Forests

16:14 Publié dans Forêts Bois, Société | Lien permanent | Tags : neurosciences, forêts, stress |  Imprimer | | | | |  Facebook

« Métamorphoses agricoles », un dossier de The Conversation

À l'occasion du Salon international de l’agriculture, The Conversation a mis en avant, dans une lettre d'information spéciale, une série de dix contributions inédites ou déjà publiées sur les transformations de l'agriculture française. Parmi les textes récents, celui de P.-M. Le Bel (Inrae) présente les espaces-tests, un dispositif alternatif d'accès au foncier qui soutient l'installation d'agriculteurs « hors cadre familial ». Une contribution de M. Berriet-Solliec et L. Lamy (AgroSup Dijon) éclaire de façon originale le « malaise des agriculteurs » : l'« humiliation récurrente » des « bouseux » a été l'un des moteurs de la modernisation agricole. Dans le même temps, la société s'urbanisait et se coupait de ses racines paysannes, rendant ces choix de modernisation incompréhensibles. Aujourd'hui, faute de disposer de ces « clés d'interprétation » historiques, certains urbains et néo-ruraux taxent les agriculteurs « de tous les noms ». Le troisième texte récent porte sur le recyclage de l'urine en engrais agricoles. Enfin, les articles plus anciens livrent des aperçus sur la reconnaissance de la diversité des modèles de productions et abordent aussi les productions urbaines et biologiques, les semences et la robotique agricole.

Source : The Conversation - France

16:09 Publié dans Agriculteurs, Société | Lien permanent | Tags : the conversation, agriculture, espaces-tests |  Imprimer | | | | |  Facebook

11/03/2020

Une analyse des controverses sociétales liées à l'élevage

Le projet de recherche ACCEPT, dont les résultats ont fait l'objet d'une publication dans la revue Innovations Agronomiques, s'est intéressé aux différentes controverses associées à l'élevage : condition animale, impact sur l'environnement, critique du modèle économique des productions à grande échelle, etc. Outre une typologie des attentes sociétales par rapport à cette activité, les auteurs étudient quelques mouvements de contestation de projets d'élevage et identifient les facteurs susceptibles de déclencher leur rejet. Leur analyse montre que les réactions d'opposition peuvent concerner aussi bien des projets de grande que de petite dimension, en agriculture biologique comme en conventionnel. Elles ciblent généralement des installations porcines ou avicoles, situées au sein de territoires porteurs d'enjeux environnementaux forts ou qui étaient jusqu’à présent dédiés à des activités non agricoles, telles que le tourisme.

Source : Innovations Agronomiques

16:02 Publié dans Société | Lien permanent | Tags : élevage, controverses |  Imprimer | | | | |  Facebook

Les Européens se disant concernés par l'environnement indiquent avoir changé leurs habitudes de consommation

La Commission européenne vient de publier, dans un Eurobaromètre, les résultats d'une enquête conduite en décembre 2019 auprès de 27 500 citoyens de l'Union. 94 % des enquêtés affirment que la protection de l'environnement est importante à leurs yeux, et 30 % (36 % en France) pensent que la pollution agricole et la dégradation des sols sont des problèmes importants. Toutefois, celles-ci n'arrivent qu'en septième position (sixième en France) des problématiques environnementales majeures, après, notamment le changement climatique, la pollution des eaux, l'extinction des espèces, et la perte des habitats et des écosystèmes. Plus de deux tiers des enquêtés estiment que leurs modes de consommation ont des conséquences négatives sur l'environnement en Europe et dans le reste du monde. Ils sont près de 20 % (28 % des Français) à déclarer avoir changé leurs habitudes alimentaires pour consommer des produits plus durables, au cours des six derniers mois.

Source : Commission européenne

15:45 Publié dans Alimentation et consommation, Société | Lien permanent | Tags : eurobaromètre, pollution, sols, durable |  Imprimer | | | | |  Facebook

13/02/2020

Les enjeux éthiques de la modification du génome des animaux

Après un avis consacré aux nouvelles techniques d'amélioration génétique des plantes (2018), le comité consultatif d'éthique commun Inra-Cirad-Ifremer a publié, fin 2019, un avis sur la modification génétique des animaux par les technologies d’édition du génome. Les auteurs rappellent l'importance, pour la compréhension des mécanismes d'expression et de régulation des gènes (via leur inactivation ou modification ciblée), des techniques récentes d'édition du génome et de mutagenèse dirigée (notamment Crispr-Cas9 – voir à ce sujet un précédent billet sur ce blog). Elles posent de nouvelles questions éthiques à la sélection génétique animale, analysées dans cet avis.

Le comité se penche d'abord sur l'édition du génome des animaux de rente. Toutes les espèces domestiques sont en effet potentiellement concernées par des modifications de ce type, visant à améliorer la santé des animaux (ex. : résistance à l'influenza aviaire pour les volailles), à modifier des caractères liés à l'élevage (ex. : bovins sans cornes) ou des caractères de production (ex. : inhibition de la production de protéines allergènes). Le comité estime que la prise en compte et l'amélioration du bien-être animal doivent être au cœur des nouvelles stratégies de sélection, sans toutefois chercher à adapter des animaux à des conditions d'élevage difficiles.

Pour les auteurs, de telles modifications génétiques doivent procurer des avantages aux animaux, aux consommateurs et à la société. Ils recommandent alors que chaque projet de recherche soit soumis à un comité réunissant chercheurs, acteurs des filières et société civile, en amont des travaux.

Dans une deuxième partie, le comité étudie les techniques d'édition du génome des espèces considérées comme nuisibles, notamment celle du forçage génétique (gene drive), pour contenir les populations d'insectes ravageurs ou vecteurs de maladies. Ce forçage repose sur la propagation des modifications génétiques apportées et il contredit donc les mesures habituelles de biosécurité (confinement). Les auteurs considèrent que, vu le caractère « rudimentaire » des connaissances actuelles, ces techniques comportent trop d'incertitudes sur leur efficacité et leurs effets écosystémiques : ils invoquent le principe de précaution et appellent à développer des travaux de recherche dédiés avant de permettre leur utilisation.

Jean-Noël Depeyrot, Centre d'études et de prospective

Source : Inrae

09:45 Publié dans Enseignement et recherche, Société | Lien permanent | Tags : éthique, génome, animaux, mutagenèse, crispr-cas9 |  Imprimer | | | | |  Facebook

16/01/2020

Documentaire Entrée du personnel sur le travail en abattoirs et usines de transformation de viande

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Du 1er décembre 2019 au 6 mars 2020, le documentaire de Manuela Frésil, Entrée du personnel, est accessible sur le site d'Arte. Réalisé en 2011 et sorti en salle en 2013, il associe récits de vie des employés et séquences filmées au sein d'usines d'abattage et de transformation de viande de l'ouest de la France.

Il en ressort d'abord une diversité des parcours personnels, de ceux « faits » pour ce métier-là à ceux n'ayant pas le choix, à cause de la crise de l'emploi dans la région, de revenus du ménage à assurer, etc. Si les premiers temps sont le plus souvent très difficiles, la force de l'habitude finit par prendre le dessus sur la difficulté physique et psychique du travail. La réalisatrice nous dresse différents profils, variant selon le poste occupé (plus ou moins dangereux), les gestes réalisés, la fonction (ouvrier, chef de ligne, etc.), le statut (intérimaire par exemple), etc. Mais c'est bien une usure des corps généralisée, à force de gestes répétitifs et de cadences de plus en plus soutenues, qui ressort de ces témoignages. Les scènes où les employés miment leur travail sur les chaînes en rendent bien compte.

Ce documentaire est également très éloquent quant aux usines d'abattage et de transformation de viande. Il permet d'approcher le fonctionnement quotidien de structures qui paraissent très semblables, dans le ballet des carcasses et l'organisation millimétrée du travail. Il rend compte, aussi, des transformations récentes d'entreprises confrontées à la baisse des prix, à la nécessité de gagner des marchés, aux difficiles relations avec la grande distribution, au besoin d'investir dans de nouvelles machines et d'augmenter les cadences, etc. Les témoignages sont alors très clairs sur les conséquences pour les individus, leurs conditions de vie et leur état de santé.

Julia Gassie, Centre d'études et de prospective

Lien : Arte

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La France des valeurs. Quarante ans d'évolutions, Pierre Bréchon, Frédéric Gonthier, Sandrine Astor (dir.)

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Les « valeurs » sont ces idéaux profonds dont les individus s'inspirent, au quotidien, pour agir et justifier leurs actions. Elles renseignent sur l'univers mental de tel ou tel groupe, à un moment donné, mais permettent aussi d'anticiper les opinions et comportements qu'ils adopteront dans le futur. C'est dire leur importance pour tous ceux qui s'intéressent à la prospective ou à la gestion des affaires publiques. L'European Values Study (EVS) est la meilleure enquête internationale disponible sur le sujet. Réalisée pour la première fois en 1981, puis reconduite en 1990, 1999, 2008, la cinquième vague a eu lieu en 2018 et 38 pays sont dorénavant couverts. Le présent ouvrage se concentre sur les résultats concernant la France.

Les valeurs liées aux appartenances géographiques, et à la ruralité en particulier, sont globalement stables. En 1981 comme en 2008, les unités territoriales auxquelles les Français avaient le sentiment d'appartenir « avant tout » étaient le « national », puis le « local », le « régional », le « monde » et « l'Europe » se situant en queue de peloton. En 2018, le national reste premier (92 % des interviewés), devant la région (80 %) et la ville ou le village (77 %). Le sentiment de multi-appartenance semble s’affirmer, l'expression d'un attachement pour le « village » étant de moins en moins exclusive de l'identification à d'autres échelons. Notons par ailleurs le maintien de clivages importants selon le niveau de diplôme : plus celui-ci baisse et plus l'attachement au « village » croît.

Le rapport à l'environnement est aussi au cœur de nombreuses valeurs intéressantes à analyser. Entre 1990 et 2018, les « pro-croissance économique » sont restés stables, à 54 %, mais les « pro-environnement » sont passés de 20 % à 25 %. La défense de l'environnement atteint son maximum chez les plus diplômés et ceux ayant les revenus les plus élevés. Cette défense est la plus faible pour les générations 1930-39, la plus élevée pour les générations 1970-79, puis elle baisse pour les générations ultérieures, de plus en plus sensibles à la croissance. La priorité accordée à l'environnement est portée par les répondants se situant « à gauche » (60 %) et « très à gauche » (65 %), plutôt que par ceux « à droite » (46 %) et « très à droite » (39 %).

Outre les deux points sur lesquels nous venons d'insister, de nombreuses évolutions des systèmes de valeurs sont étudiées dans ce livre, concernant la famille, la politique, l'économie, la culture, le travail, etc. Apparemment éloignées des champs de compétence du ministère chargé de l’agriculture, ces mutations de valeurs constituent de bonnes grilles de lecture pour comprendre certains enjeux au cœur de ses politiques : nouveaux comportements alimentaires, critique croissante du monde agricole, affirmation de la « question animale », etc.

Bruno Hérault, Centre d’études et de prospective

Lien : Presses universitaires de Grenoble

15:27 Publié dans Société | Lien permanent | Tags : valeurs, evs, bréchon, gonthier, astor |  Imprimer | | | | |  Facebook

14/01/2020

Stratégies politiques des entreprises de l'agroalimentaire en France, dans les champs de la santé publique et de la nutrition

Dans un article publié dans la Revue française des affaires sociales, D. Benamouzig et J. Cortinas présentent les résultats d'une étude empirique des stratégies politiques des entreprises de l'agroalimentaire dans les champs de la santé publique et de la nutrition. Réalisé à la demande du ministère de la Santé, ce travail s'appuie sur une quarantaine d'entretiens semi-directifs, les échanges avec les interviewés étant centrés sur trois sujets : les EGA et la loi Égalim ; les logos nutritionnels ; la publicité pour certains produits alimentaires dans les programmes télévisés à destination des enfants. Trois types de stratégies sont finalement identifiées et détaillées : i) celles d'ordre cognitif, visant la production et la diffusion de savoirs et d'arguments (scientifiques, techniques, économiques, légaux, philosophiques, moraux), mais aussi d'ignorance et de doute ; ii) celles de représentation d'intérêts (prises de positions, alliances avec d'autres acteurs, etc.) ; iii) enfin des stratégies d'ordre symbolique, visant à créer du crédit ou du discrédit social. Si ces stratégies ne sont pas totalement indépendantes, elles sont mises en œuvre par des acteurs spécifiques et forment un « système cohérent d'activités politiques ». Les auteurs identifient plusieurs pistes d'approfondissement : confronter cette grille à d'autres contextes, considérer les particularités des filières ainsi que les ressources et capacités des différents acteurs.

Source : Revue française des affaires sociales

14:30 Publié dans IAA, Société | Lien permanent | Tags : agroalimentaire, entreprises, stratégies politiques |  Imprimer | | | | |  Facebook

13/01/2020

Square Idée – Débat sur les animaux d'élevage

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Début janvier 2020, Arte mettait en ligne un numéro de son magazine des idées Square dédié à la question « Les animaux d'élevage sont-ils des martyrs ? ». Intervenant en alternance, P. Cavalieri, philosophe, et J. Porcher, sociologue et zootechnicienne, présentent leurs visions et arguments quant aux évolutions nécessaires des relations entre humains et animaux. Tenante de la « libération animale », P. Cavalieri appelle en particulier à étendre les droits fondamentaux aux animaux et souligne le « tournant politique » que connaît ce mouvement, devant dorénavant s'adresser aux institutions politiques et plus seulement aux individus (veganisme). Ce mouvement s'intègre dans ceux de libération des humains discriminés, et il y a là une question éthique centrale pour nos sociétés post-industrielles. De son côté, J. Porcher dénonce une vision virtuelle des animaux et une collusion avec les intérêts des multinationales et startups de la viande cellulaire (voir à ce sujet un précédent billet sur ce blog). Elle propose de repenser le statut de l'animal au travail, en mobilisant notamment la théorie du don de M. Mauss, et à en développer une vision politique. Il s'agit alors de dépasser la question du bien-être animal et de sortir du registre de la domination et de l'aliénation, qui n'amènent à ne considérer que l'élevage industriel. Pour elle, les animaux sont indissociables de l'évolution humaine et l'élevage permet d'avoir un rapport pacifique avec eux.

Source : Arte

14:23 Publié dans Société | Lien permanent | Tags : arte, animaux d'élevage, rapport homme-animal |  Imprimer | | | | |  Facebook

16/12/2019

Quel recours au travail des enfants dans les chaînes d'approvisionnement mondiales ?

Publié en novembre 2019 conjointement par l'Organisation internationale du travail (OIT), l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) et le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef), un rapport fournit des estimations sur le recours au travail des enfants et au travail forcé dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, alimentaires notamment. Pour cela, les auteurs utilisent des données de l'OCDE (tableaux internationaux d'entrées-sorties), décrivant les relations entre secteurs producteurs et consommateurs de chaque pays et permettant d'isoler l'impact direct ou indirect d'un secteur spécifique sur l'ensemble de l'économie. Ils les combinent avec 65 ensembles de données probabilistes nationales sur le travail des enfants. Une analyse complémentaire a également estimé le recours au travail forcé, mais les données sont plus limitées et les résultats moins robustes.

Les auteurs montrent qu'il existe un risque non négligeable de travail des enfants dans la production liée aux chaînes d'approvisionnement mondiales, même si celui-ci est nettement plus répandu dans celle destinée à l'économie nationale. Ainsi, ils estiment que 26 % du travail des enfants en Asie orientale et du Sud-Est contribuent aux exportations vers d’autres régions (voir figure ci-dessous), contre 9 % en Asie occidentale et en Afrique septentrionale.

Estimations du travail des enfants et de la valeur ajoutée pour les biens et services exportés et la demande intérieure, par région (2015)

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Source : OIT, OCDE, OIM, Unicef

L’analyse empirique fournit également des indications sur les maillons des chaînes d’approvisionnement concentrant le travail des enfants : selon les régions, entre 28 % et 43 % de ce travail contribuent indirectement aux exportations, par l’intermédiaire des secteurs amont (comme l’extraction de matières premières ou l’agriculture). De ce fait, les secteurs agricoles et alimentaires font partie de ceux présentant le risque le plus élevé de travail des enfants dans leur chaîne d'approvisionnement, et ce pour toutes les régions étudiées (voir tableau ci-dessous). En Amérique latine par exemple, 7 % du travail des enfants contribuant à la production alimentaire se font dans le dernier maillon de la chaîne, contre 93 % dans les secteurs en amont (dont 80 % dans le secteur agricole).

Cinq principaux secteurs d’exportation présentant un risque de travail des enfants dans leur chaîne d’approvisionnement, contributions directes et indirectes, par région (2015)

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Source : OIT, OCDE, OIM, Unicef

Lecture : les contributions directes proviennent du stade final de la production tandis que les contributions indirectes proviennent des intrants en amont de la chaîne d’approvisionnement.

Enfin, les auteurs identifient trois grandes catégories de facteurs de risques : i) lacunes dans la législation, l'application de la loi et l'accès à la justice, ii) pressions socio-économiques auxquelles sont confrontés les individus et iii) conduite des entreprises. Ils proposent un ensemble de recommandations pour les acteurs publics et privés.

Estelle Midler, Centre d'études et de prospective

Source : OIT

12/12/2019

Optimisation de soi et alimentation

Ethnologie française consacre son dernier numéro aux différentes formes que peut prendre l'appropriation, par les individus, de l'injonction moderne à l'« optimisation de soi ». Une partie du dossier aborde, plus ou moins directement, les comportements alimentaires. Ainsi, E. Dagiral (CNRS) traite de la place des technologies de quantification du soi, à partir d'interviews de cadres early adopters de dispositifs de self-tracking (applications et montres connectées). Quel que soit le type de mesure au départ (souvent celle de la performance sportive), les dispositifs d'enregistrement poussent les personnes, « de proche en proche », à un auto-façonnage plus systématique : c'est alors moins l'amélioration isolée d'un aspect précis – activité physique, sommeil, etc. – qui est recherchée, qu'un « équilibre général » où alimentation et nutrition trouvent leur place.

On retrouve cette dimension exploratoire et bourgeonnante dans les articles où l'alimentation est au point de départ de l'effort de perfectionnement. N. Diasio et V. Fidolini (université de Strasbourg) examinent comment des hommes de 40-60 ans font face au vieillissement de leur corps, recalibrent leurs régimes et questionnent les modèles de masculinité dominants, structurés autour de la viande. V. Wolff (CNRS), elle, a enquêté sur les parcours de personnes qui, à force de maux de ventre, se découvrent une « sensibilité alimentaire » et s'engagent dans un régime sans gluten. Elles interprètent leur inconfort comme un « message » adressé par leur corps et lui donnent sens par référence à la critique de plus en plus répandue de « l'alimentation industrielle ». Elles vont ainsi jusqu'à remettre en cause la norme dominante et toutes les dimensions de leur existence : passion nouvelle pour la cuisine, réorientations professionnelles, etc.

Enfin, S. Mouret (Inra) s'intéresse aux pratiques de complémentation en vitamine B12 dans le régime végane. Selon lui, un corps maladif étant une mauvaise publicité pour le mouvement, ceux qui ne pratiquent pas correctement la complémentation sont vus comme « fautifs » et encourent la réprobation. Mais certains, au nom de la naturalité, refusent tout de même cet artifice, ce dernier se rapprochant, pour l'auteur, de la philosophie transhumaniste.

Florent Bidaud, Centre d'études et de prospective

Source : Ethnologie française

15:28 Publié dans Alimentation et consommation, Société | Lien permanent | Tags : optimisation, self-tracking, viande, vegan, gluten |  Imprimer | | | | |  Facebook

11/12/2019

Animal-humain : relation, rupture, différence ? Une série de l'émission Matières à penser

Début novembre 2019, dans l'émission Matières à penser, le philosophe F. Worms a conduit cinq entretiens sur le thème « Animal humain », avec des experts de disciplines variées (neurobiologie, biologie, philosophie, sociologie). Tous soulignent la complexité des relations entre humain et animal. Le neurobiologiste A. Prochiantz, auteur de Singe toi-même, met en avant les spécificités humaines par rapport aux primates. Dans cette même logique, le philosophe E. Bimbenet, auteur notamment de l'essai Le complexe des 3 singes (essai sur l'animalité humaine), décrit le passage de l'anthropocentrisme au zoocentrisme, qui conduit parfois à considérer toute différence comme une discrimination, malgré les travaux en psychologie cognitive (études de M. Tomasello) attestant de l'inégalité des apprentissages entre les jeunes enfants et les primates. Ces deux intervenants préconisent, face aux controverses actuelles, de remettre à plat les enjeux de la relation Humain-Animal.

Le biologiste G. Boeuf évoque le destin commun de l'animal et de l'homme à travers l'imbrication du vivant. Il rappelle que l'humain a des comportements qu'un animal, même le plus évolué, n'aura jamais. Concernant les animaux de rente, la sociologue J. Porcher estime que l'élevage doit impliquer soins et respect. Leur mort peut être « adoucie et ritualisée ». Ensuite, il devient une « carcasse » faisant l'objet d'un travail humain. La zootechnie a conduit à considérer les animaux comme des machines, en ne considérant que la performance économique. À l'opposé, la libération animale, dont le principe est de refuser les aspects « contraignants » de l'élevage, pourrait faire disparaître la vie animale. Selon elle, la synthèse de viande artificielle, à partir de quelques cellules, paraît une solution permettant de « donner bonne conscience », mais ceux qui financent ces recherches soutiennent aussi le transhumanisme et la robotique (voir à ce sujet un précédent billet sur ce blog).

Enfin, V. Maris, philosophe de l'environnement et auteure notamment de La part sauvage du monde, s'est penchée sur l'interventionnisme auprès de la faune sauvage. L'homme doit-il aider les animaux en souffrance ou laisser faire la nature ? Une approche compassionnelle peut se justifier par le souci du bien-être animal ou de la préservation d'une espèce, mais une attitude non interventionniste est le signe que les humains acceptent de ne pas prendre entièrement le contrôle de la vie sauvage.

Madeleine Lesage, Centre d'études et de prospective

Source : France Culture

14:02 Publié dans Société | Lien permanent | Tags : rapport homme-animal, france culture |  Imprimer | | | | |  Facebook

La France gastronome. Comment le restaurant est entré dans notre histoire, Antoine de Baecque

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En 1765, Mathurin Roze de Chantoiseau sert une volaille au gros sel sur un guéridon de marbre dans une boulangerie de la rue des Poulies. Premier des « restaurateurs », il brave ainsi les interdits de l'Ancien Régime empêchant tout particulier, traiteur ou tavernier de nourrir ses semblables dans un lieu fermé pourvu de tables individuelles. Ce nouveau type d'établissements se diffuse ensuite rapidement, une clientèle de plus en plus large appréciant les plats variés, à prix fixes, choisis dans un menu. Avec la Révolution, les nombreux cuisiniers des princes émigrés s'établissent à leur compte et accélèrent le passage de la gastronomie aristocratique codifiée à la cuisine bourgeoise plus inventive.

De l'Empire jusqu'au début des années 1820, le Palais-Royal est l'épicentre de cette restauration française, et même mondiale : associant le régal du ventre aux plaisirs du jeu et de la chair, c'est là que se décident l'horaire du dîner, l'ordre des plats, leurs présentations, les manières de nommer et tarifer. Un trio célèbre marque cette époque : Carême, inventeur de la toque et premier cuisinier vedette de l'histoire ; Grimod de La Reynière, précurseur de la critique gastronomique ; Brillat-Savarin, philosophe hédoniste et théoricien du sensible.

Rien qu'à Paris, on compte trois cents « restaurants » en 1804, un millier en 1825, deux mille en 1834. En 1835, le mot entre dans le Dictionnaire de l'Académie française. Durant les années 1820-1840, les établissements les plus fameux migrent sur le « Boulevard parisien », entre la Bastille et la Madeleine. Caché des regards extérieurs, dans un entre-soi élitiste et mondain, le luxe de la table restauratrice devient un spectacle partagé, créateur de connivences et de distinctions sociales, le tout ponctué de notes exorbitantes.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les restaurants se diffusent dans tout le pays et dans tous les quartiers des villes, de façon variable selon leurs statuts et leurs clientèles : restaurants « à la carte » réservés aux fortunés, « à prix fixe » pour les bourses moyennes, « bouillons » pour les moins argentés. Les « brasseries », quant à elles, se développent surtout après 1870 et la perte de l'Alsace-Lorraine, faisant revivre les provinces perdues à travers leurs spécialités culinaires... arrosées de flots de bière. Et alors apparaît Escoffier, créateur de la pêche Melba, ancien responsable des cuisines de l'armée du Rhin, qui impose une division du travail inspirée du fonctionnement militaire, avec ses « chefs », « brigades », « fusils » et « coups de feu ». Plus tard, associé à César Ritz, il introduit le restaurant dans les palaces, permettant aux élites internationales de venir – dans le confort et la discrétion – festoyer à la française.

À la fin du XIXe siècle, à Paris, sur près d'un million d'habitants, cent mille dînent quotidiennement au restaurant. Plus généralement, 130 ans seulement après le coup d'éclat de Roze de Chantoiseau, la France dispose d'une large gamme d'établissements, en tous lieux, de tous décors, pour toutes cuisines, où l'on rassasie les panses en faisant la conversation, et synonymes de « francité » dans le monde entier.

Bruno Hérault, Centre d'études et de prospective

Lien : Éditions Payot

13:21 Publié dans Alimentation et consommation, Société | Lien permanent | Tags : de baecque, restaurant, gastronomie |  Imprimer | | | | |  Facebook