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17/10/2017

Deux études améliorent la caractérisation du phénomène de suicide chez les hommes agriculteurs exploitants

Dans le cadre du plan national de prévention du suicide dans le monde agricole, Santé publique France et la Caisse centrale de la mutualité sociale agricole (CCMSA) ont collaboré à la réalisation de deux études dont les principaux résultats ont été publiés en septembre 2017. Leur objectif était d’identifier les liens entre certaines caractéristiques socioprofessionnelles et les suicides chez les hommes agriculteurs exploitants, afin d'améliorer la connaissance de ce phénomène et le ciblage des actions de prévention. Les études ont été réalisées grâce à l'appariement des données socioprofessionnelles de la CCMSA et de celles du Centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès (CépiDc), de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), entre 2007 à 2011. L'analyse a ainsi couvert l'ensemble de la population des hommes agriculteurs exploitants (non-salariés) en France métropolitaine, sur 5 années consécutives, ce qui lui confère une grande solidité statistique.

Risque relatif (RR) et intervalle de confiance (IIC 95 %) de décès par suicide chez les hommes agriculteurs exploitants en France métropolitaine entre 2007 et 2011 (extrait)

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Source : Santé Publique France

De 2007 à 2011, 674 décès par suicide d’hommes exploitants agricoles ont été recensés, soit un taux d’environ 0,4 décès pour 1 000 personnes par année (c'est-à-dire 20 % de plus, en 2010, que pour les hommes des autres groupes sociaux). Des différences apparaissent selon les caractéristiques sociales et professionnelles. Les agriculteurs les plus à risque sont ainsi ceux : âgés de 45 à 54 ans ; possédant une exploitation à titre individuel ; exerçant une activité exclusive ; travaillant une surface agricole utile comprise entre 20 et 49 hectares ; localisés en Bretagne, Bourgogne-Franche-Comté, Hauts-de-France ou Auvergne-Rhône-Alpes. Contrairement à d'autres travaux, l'analyse n'a pas conclu à l'existence d'un lien entre risque de mortalité par suicide et secteur d’activité.

Les auteurs discutent ces résultats au regard de la littérature existante. Ils mettent par exemple en perspective la surmortalité par suicide observée chez les 45-54 ans avec leurs difficultés face aux problèmes de modernisation, de respect des normes ou de transmission de leur exploitation. L'effet de la localisation géographique traduirait indirectement, quant à lui, essentiellement des différences individuelles entre agriculteurs. Plusieurs limites des études sont enfin précisées, comme le non-traitement des femmes en raison de contraintes statistiques, ou l’intérêt à l'avenir de considérer d'autres facteurs de vulnérabilité comme le statut marital, l'isolement géographique ou le revenu.

Vanina Forget, Centre d'études et de prospective

Source : Santé publique France

10:34 Publié dans Agriculteurs, Société | Lien permanent | Tags : suicide, santé publique france, ccmsa, agriculteurs |  Imprimer | | | | |  Facebook

L'émergence des animal studies et le militantisme pro-animaux

Dans un article publié par la Revue d'anthropologie des connaissances, Jérôme Michalon (sociologue, CNRS) met en perspective trente ans de publications autour des relations Homme-Animal dans trois revues américaines reconnues.

La première, Anthropozoös, créée en 1987, est imprégnée par les idées pacifistes du courant de l'Humane Education. Elle défend une prise en compte des bénéfices des interactions Homme-Animal, notamment dans les situations de soin, à partir de méthodes behavioristes (evidence-based medecine). « Le point de vue des humains est le prisme à travers lequel est évaluée l'importance de la recherche ». En 1993, la revue Society and Animals met en cause cette perspective trop anthropocentrée et plaide pour une meilleure prise en compte du point de vue animal, en maintenant une exigence de production de données empiriques dans le cadre de protocoles d'enquêtes, mais avec « un sous-texte antispéciste visant à souligner l'arbitraire de l'opposition entre humanité et animalité ».

Le champ d'étude se rapproche alors du domaine académique des « studies » (Gender studies, Post-colonial studies, etc.), qui cherchent à provoquer « un changement de perspective » et à relire l'histoire en revalorisant « les points de vue minoritaires et/ou minorisés sur le monde ». Enfin, en 2007, le Journal of Critical Animal Studies développe une approche plus philosophique du problème, avec une « volonté de rendre "présentables" les théories de la libération animale ». Les auteurs se recrutent davantage du côté des humanités.

L'article retrace ainsi l'évolution des liens entre militants pro-animaux et scientifiques. Ceux-ci sont souvent réduits à l'influence, très en amont, de quelques penseurs souvent cités comme Peter Singer et Tom Regan. À rebours de cette histoire convenue, Michalon pointe les contradictions d'un espace discursif tendu « entre radicalisation et académiquement correct » et souligne l'arrivée tardive de « disciplines pour lesquelles la notion de "sujet" est importante », comme la philosophie.

Florent Bidaud, Centre d'études et de prospective

Source : Revue d'anthropologie des connaissances

10:32 Publié dans Enseignement et recherche, Société | Lien permanent | Tags : animal studies, relation homme-animal |  Imprimer | | | | |  Facebook

10/10/2017

Le véganisme, Valéry Giroux, Renan Larue

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Dans ce court essai, V. Giroux et R. Larue proposent une « conception du véganisme comme mouvement de justice sociale visant à terme la libération des animaux du joug humain ». Mobilisant de nombreuses analyses, les auteurs dressent un tour d'horizon intéressant, malgré des argumentations parfois rapides, d'une thématique de plus en plus médiatisée.

L'histoire des idées dressée est ainsi éclairante quant aux sources du véganisme et aux différents courants et tensions qui le traversent : partant des penseurs grecs (orphiques, pythagoriciens) considérés comme des précurseurs dans l'histoire occidentale, les auteurs s'attachent ensuite à l'histoire récente, depuis le début du XIXe siècle (premières communautés véganes aux États-Unis et en France, fondation de la Vegetarian Society en 1847 puis de la Vegan Society dans les années 1940), jusqu'à la constitution de l'éthique animale comme branche de la philosophie morale dans les années 1970. Ils détaillent ainsi les travaux sur la sensibilité animale, les obligations morales qui en découlent, l'égalité animale ou encore la question des droits (négatifs et/ou positifs) à accorder aux animaux.

Le chapitre consacré aux véganes mobilise des données issues notamment de travaux sociologiques (peu nombreux), d'enquêtes d'opinion, de recherches en psychologie. Il met en lumière le rôle important joué par Internet dans le développement et la consolidation d'une « communauté végane » : diffusion d'informations, création d'une culture commune. S'il est difficile d'en dresser un portrait-type, les véganes partagent des traits communs et constituent en cela, pour les auteurs, un « véritable mouvement social » : plus empathiques que la moyenne et plus méfiants vis-à-vis des conservatismes ; plus intéressés aux questions d'environnement, d'équité sociale, de justice intergénérationnelle, d'éthique animale ; partageant l'expérience de la végéphobie et le souhait de voir abolie l'exploitation des animaux.

Le dernier chapitre, « Vers la libération animale », s'intéresse aux objections adressées par certains acteurs aux activistes du véganisme (choix personnels et individuels qui ont du mal à déboucher sur la constitution d'une cause collective et politique). Il fait également état des travaux sur la consommation « éthique » et l'« activisme politique de la consommation ». In fine, la conception du véganisme proposée présente, selon les auteurs, plusieurs avantages : une politique du quotidien, un mouvement social, un projet de justice globale.

Julia Gassie, Centre d'études et de prospective

Lien : PUF

10:05 Publié dans Alimentation et consommation, Société | Lien permanent | Tags : véganisme, larue, giroux |  Imprimer | | | | |  Facebook

09/10/2017

Histoires extraordinaires des matières premières, Alessandro Giraudo

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Il y a au moins deux manières de raconter l'histoire. D'abord en construisant des modèles, en analysant des systèmes globaux, en décrivant les grandes tendances à l’œuvre, indépendamment des singularités vécues. Mais on peut aussi partir des hommes, et décrire leurs manière d'agir et de penser, au plus près des vies et des expériences quotidiennes. Cette deuxième approche inspire ce livre, dû au chef économiste du groupe international Viel Tradition.

En 40 courts chapitres, dédiés chacun à une matière première, il montre qu'en tous lieux et toutes époques a dominé le besoin de contrôler ces ressources essentielles à la survie. Elles sont à l'origine des échanges marchands et des circuits de transport, du développement économique et des bourgeoisies commerciales. Et combien de risques n'a-t-on pas pris, en galère ou sur terre, de petites en grandes découvertes, pour s'octroyer des monopoles d'approvisionnement !

Les produits agricoles et alimentaires occupent une large place dans l'ouvrage : sel, épices, blé, sucre de canne, cacao, maïs, pomme de terre, tabac, thé, café, noix de muscade, goémon, soja, bois, etc. Les épices, seules, ont représenté environ un tiers du commerce mondial pendant de nombreux siècles. Mais cette stabilité est rare. Le plus souvent, les denrées essentielles à une époque cèdent ensuite la place à d'autres, au gré des goûts et des habitudes, des progrès techniques, des déséquilibres économiques, des guerres et des conquêtes.

Si chaque chapitre n'est qu'une petite pièce du grand puzzle de la mondialisation, quelques régularités se dégagent lorsque l'on prend du recul. Premièrement, cette mondialisation est plus précoce qu'on ne le croit habituellement. Deuxièmement, la « malédiction des matières premières », et la corruption qui l'accompagne, sont des constantes historiques. En troisième lieu, l'agriculture n'a jamais été seulement alimentaire, mais toujours multifonctionnelle et pourvoyeuse de biens diversifiés. De plus, les denrées ont toujours été échangées contre des commodités non- alimentaires. Enfin, avant de fournir des produits bons à consommer, de nombreuses espèces végétales ont d'abord été bonnes pour soigner, leurs propriétés pharmacologiques s'affirmant avant leurs qualités gustatives : pour Avicenne, au XIe siècle, le café est un remède ; le tabac est fumé, au XVIe siècle, pour traiter diverses maladies ; la diffusion européenne du sucre, à partir de Bruges et Anvers, puis Venise, se fait auprès de populations qui le considèrent comme un médicament, etc.

Bruno Hérault, Centre d'études et de prospective

Lien : Éditions François Bourin

06/10/2017

La baisse du nombre d'agriculteurs explique la diminution du nombre d'indépendants depuis 1984

En dépit des évolutions observées avec l'apparition de nouvelles formes d'emploi, les statuts d'emploi restent fortement liés aux métiers exercés et au niveau de qualification. Ce sont les conclusions d'une analyse publiée en septembre par France Stratégie, exploitant les enquêtes « Emploi » de la Dares sur la période 1982-2014.

Ainsi, si le métier d'agriculteur s'exerce toujours majoritairement en indépendant (73 %), la part du salariat y a doublé en trente ans, une évolution similaire à celle observée dans la plupart des professions pratiquées traditionnellement sous ce statut (y compris les professions libérales). Les salariés y sont de plus en plus souvent recrutés sur la base des contrats à durée limitée (CDD, contrats d'usage, etc.).

Positionnement des différents métiers selon le taux de croissance annuel moyen des effectifs salariés et non-salariés entre 1984 et 2014

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Source : France Stratégie

À l'inverse, la relation d'emploi dans les industries de process, parmi lesquelles les IAA, reste majoritairement sous CDI, malgré la progression de l’intérim auquel elles ont recours en variable d'ajustement.

Source : France Stratégie

09:33 Publié dans Agriculteurs, Société, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : france stratégie, indépendant, salariat, iaa |  Imprimer | | | | |  Facebook

02/10/2017

Le monde rural : situation et mutations

Le think tank Terra Nova publie une note de l'économiste et géographe Laurent Davezies sur les transformations du monde rural. Chiffres à l'appui, l'auteur commente notamment le poids décroissant de l'agriculture dans la vie de ces territoires, et suggère que « le monde rural est moins en train de dépérir que de changer de fonction », avec la montée d'une économie touristique et résidentielle. La part de l'agriculture dans l'emploi du monde rural n'est plus aujourd'hui que de 12 %, et la ruralité compte dorénavant presque autant d'emplois industriels qu'agricoles. De façon plus générale, l'emploi salarié privé y a plus souffert, cette dernière décennie, que dans le monde urbain. Néanmoins, l'auteur montre que ces difficultés ont été très amorties par les solidarités redistributives mises en œuvre par les villes : « sur les 3,8 millions d'actifs vivant en 2012 dans le monde rural, 47 % vont travailler dans une aire urbaine ». Et 85 % des nouveaux actifs apparus entre 2006 et 2011 sont des navetteurs allant travailler dans des aires urbaines. Au total, la majorité des territoires ruraux profitent très directement et fortement du dynamisme de l'économie urbaine.

Source : Terra Nova

09:13 Publié dans Société, Territoires, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : monde rural, terra nova, davezies |  Imprimer | | | | |  Facebook

11/09/2017

Discours médiatiques et image des légumes

Publié par Anthropology of food début août, un article s'intéresse à l'image des légumes véhiculée par les médias, en relation avec les recommandations d'augmentation de leur consommation et une conception « fonctionnelle avant tout » portées par le PNNS depuis 2001. Est ainsi étudié le « lien entre l'encadrement des pratiques revendiqué par l'action publique liée à la recherche de changement et la diffusion des nouvelles normes dans les médias ».

Google Actualités a été utilisé pour relever quotidiennement, pendant trois mois (période automnale), les résultats de requêtes sur le terme « légumes » : un corpus de 181 articles a été constitué, provenant de la presse nationale (12 %), de la presse régionale et locale (42 %), de magazines et hebdomadaires (11 %), de sites Internet divers et de blogs (35 %). En s'appuyant sur un logiciel de traitement de données textuelles, six types de discours ont ensuite été identifiés : « sanitaire », « terroir », « socio-écologique », « cuisine et gastronomie », « ludique », « socio-économique » (chiffres de la filière, innovations). Une analyse thématique qualitative détaillée a été réalisée pour chaque type. Par exemple, la figure ci-dessous montre la répartition des articles du corpus sanitaire selon leur thématique principale.

Les éléments du discours sanitaire sur les légumes

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Source : Anthropology of food

Cette analyse montre notamment que l'omniprésence du discours nutritionnel a pénétré les autres types de discours, à l'exception des volets « ludique » et « socio-économique ». Par exemple, si les articles relevant du discours « cuisine et gastronomie » donnent une image hédonique des légumes, les éléments sanitaires et nutritionnels sont souvent évoqués « au détour d'une phrase ». Les auteurs identifient ainsi une « polyphonie » des discours, de nature hétérogène mais partageant une « tonalité individualisante, responsabilisante et même culpabilisante ».

Ils s'interrogent enfin sur la compréhension, la perception et l'intégration de ces discours, et des représentations des légumes liées, dans les pratiques des mangeurs. Cette analyse devrait être complétée par une observation des pratiques sur le terrain (enquête ultérieure), et reproduite lors d'une deuxième collecte d'articles (vérification de la proportion des types de discours et évolutions potentielles des façons d'en parler).

Julia Gassie, Centre d'études et de prospective

Source : Anthropology of food

11:24 Publié dans Alimentation et consommation, Société | Lien permanent | Tags : légumes, médias, presse, image |  Imprimer | | | | |  Facebook

06/09/2017

Sociologie des systèmes alimentaires alternatifs. Une promesse de différence, Ronan Le Velly

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Depuis quinze ans, Ronan Le Velly (Montpellier SupAgro) s’est imposé comme l’un des spécialistes français des « systèmes alimentaires alternatifs », nourrissant sa réflexion de nombreuses enquêtes sur le commerce équitable et les circuits courts de proximité. Il s’interroge dans ce livre sur la « promesse de différence » portée par ces tentatives de réorganisation des filières agroalimentaires. L’analyse est menée à trois niveaux. Comment la promesse de différence s’exprime-t-elle dans les projets des acteurs ? Comment est-elle mise en action ? Enfin, les réalisations sont-elles à la hauteur, et comment faire mieux ?

Des choix et des compromis sont nécessaires pour faire entrer les projets dans la réalité. Ainsi, les finalités du commerce équitable ne peuvent pas toutes être atteintes simultanément. L’établissement des prix minimums est une étape délicate, en tension entre l’opposition au commerce conventionnel (les prix doivent être rémunérateurs) et le refus de la charité.

Ces « activités de régulation » peuvent déboucher sur des « agencements marchands » très variés. L’auteur compare notamment trois expériences de relocalisation des approvisionnements pour la restauration collective. Pour lui, l’hybridation des régulations conventionnelles et des régulations visant à « produire de la différence » est porteuse d’« enjeux opérationnels et politiques ». Il en vient ainsi à discuter la question du changement d’échelle et de la diffusion de ces formes innovantes.

Pour toucher un plus grand nombre de consommateurs, doit-t-on nécessairement se normaliser et donc s'éloigner de l'idéal d'« alternativité » ? Trois exemples sont détaillés : la professionnalisation du réseau Artisans du Monde, l’AMAP (Association pour le maintien d'une agriculture paysanne) Poisson de l’Île d’Yeu et la certification Fairtrade. Le diagnostic est nuancé et l’auteur appelle à rejeter tout fatalisme. Il souligne en particulier que « la recherche peut aider les acteurs à saisir les mécanismes sources de satisfaction ou non de la promesse de différence ». La reconception des systèmes alimentaires apparaît ainsi, à le lire, comme un véritable enjeu d’ingénierie.

Florent Bidaud, Centre d’études et de prospective

Lien : Presses des Mines

06/07/2017

Zoopolis. Une théorie politique des droits des animaux, Will Kymlicka, Sue Donaldson

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L'histoire des idées étant foisonnante, on la réduit souvent à quelques auteurs ou concepts qui servent de points de repères. En matière d'évolution du rapport Homme-Animal, on a ainsi pris l'habitude de dire que trois grands ouvrages dominaient le champ théorique : La libération animale de Peter Singer (1975, trad. fr. 1993), Les droits des animaux de Tom Regan (1983, trad. fr. 2013) et Zoopolis, maintenant accessible en langue française, et déjà considéré comme un « classique ». Ne pouvant en résumer l'argumentation dans l'espace imparti à ce billet, on se contentera d'en retracer le positionnement et la thèse principale.

Les auteurs rappellent que le mouvement de défense des animaux a d'abord adopté, au XIXe siècle, une approche welfariste : interdiction des maltraitances, limites à l'exploitation. Elle fut suivie par une approche écologique, insérant les animaux dans une réflexion sur la santé des écosystèmes : mesures de protection, de conservation et de restauration, défense de la biodiversité, réflexion sur les espèces menacées. S'imposa ensuite une approche juridique, avec des droits inviolables accordés à des êtres sentients, capables d'éprouver souffrance, peur et plaisir, dotés d'une subjectivité et d'une agentivité. Kymlicka et Donaldson adoptent ce troisième cadre théorique, mais déplorent qu'il n'ait pas amélioré la condition animale de façon significative.

Ils estiment donc qu'il faut le compléter et le dépasser en ayant une approche résolument politique. Politiser la question des droits animaux, c'est d'abord fonder ces derniers sur une véritable théorie de la justice, dans le prolongement de celle de Rawls. C'est ensuite faire en sorte que les animaux disposent de droits négatifs (ne plus être possédés, tués, enfermés, séparés, torturés), mais également de droits positifs (respecter leur habitat, tenir compte de leurs besoins, leur porter secours). Troisièmement, les animaux domestiques doivent bénéficier de protections universelles et être considérés comme nos concitoyens, les animaux sauvages méritent de conserver toute leur liberté et leur souveraineté sur leurs territoires, et les animaux liminaires, qui s'installent à proximité des maisons et jardins pour trouver abris et nourriture (souris, écureuils, renards, etc.), se verraient accorder des droits délimités et le statut de résidents, calqués sur le statut des minorités sociales. Une fois ces trois conditions réunies, la zoopolitique pourrait s'épanouir, association respectueuse d'hommes et d'animaux partageant le même monde, ayant des devoirs relationnels réciproques et mutuellement enrichissants.

Bruno Hérault, Centre d'études et de prospective

Lien : Éditions Alma

15:15 Publié dans Société | Lien permanent | Tags : zoopolis, kymlicka, donaldson, animaux, droits des animaux |  Imprimer | | | | |  Facebook

Une métropole à ma table. L’Île-de-France face aux défis alimentaires, IAU Île-de-France

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L'Institut d'aménagement et d'urbanisme d’Île-de-France consacre le n°173 de ses Cahiers aux défis alimentaires de la région-capitale. Terre de paradoxes, elle dédie près de la moitié de sa superficie aux productions agricoles, mais doit importer une bonne partie des denrées alimentaires destinées à nourrir ses douze millions d'habitants. Par nature multidimensionnelle, l'alimentation contemporaine est reliée à de nombreuses problématiques dont ce Cahier donne une image d'ensemble riche et actuelle. Il s'appuie sur des textes courts d'auteurs avertis (chercheurs, décideurs publics et privés, société civile, etc.), agrémentés d'interviews et d'illustrations de qualité. Il permet ainsi de saisir les enjeux alimentaires de la région parisienne, en lien avec des échelles plus larges, une recette ponctuant chaque partie.

Dans la « mise en bouche », N. Bricas revient sur les enjeux de l'alimentation des villes : problèmes liés à l'urbanisation, à l'industrialisation et aux distanciations ; défis de la sécurisation de l'alimentation, des nouvelles pathologies nutritionnelles, de la création d'emplois résilients, du métabolisme urbain ; pistes pour de nouveaux modèles. Il s'agit ici d'« inventer des relations à distance qui garantissent une durabilité du système alimentaire », pour une gouvernance « locale et globale » ; la pression des métropoles, notamment, va ainsi amener les acteurs traditionnels à repenser leurs stratégies.

L'« entrée » est consacrée aux espaces, aux flux et à la sécurité alimentaire. Elle aborde en particulier les questions de logistique, de gaspillage ou encore d'insécurité et d'aide alimentaires. Le « plat » traite ensuite des défis sociétaux, économiques et environnementaux. C'est l'occasion, après un détour historique, de se pencher notamment sur la santé nutritionnelle, l'influence de la qualité des sols sur les aliments, les flux d'azote, la biodiversité, etc.

Le « fromage » s'intéresse aux réponses des acteurs, du champ à l'assiette : articles, portraits et interviews illustrent diverses innovations techniques au niveau de la production, de la distribution, de la logistique et en cuisine. Enfin, le « dessert » porte sur les territoires et gouvernances alimentaires, avec en particulier des éclairages à l'international (Amérique du Nord, Brésil, Éthiopie).

Julia Gassie, Centre d'études et de prospective

Lien : IAU Île-de-France

Non, ce n'était pas mieux avant. 10 bonnes raisons d'avoir confiance en l'avenir, Johan Norberg

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Pour bien évaluer le présent et imaginer l'avenir, il faut avoir un rapport objectivé au passé, détaché autant que possible des bavardages médiatiques et des préjugés. Or, les regards portés sur l'ancien sont souvent angéliques, tramés de bons sentiments et de sens commun. À force de nous raconter des hiers enchanteurs, cette fausse mémoire, qui intimide notre intelligence, ne laisse imaginer que des futurs catastrophiques. Loin du déclinisme ambiant, l'intérêt de ce livre est de rappeler quelques vérités élémentaires sur la profonde amélioration de nos conditions de vie, en seulement deux ou trois siècles. Se situant à l'échelle mondiale, l'auteur (chargé d'études à l'Institut Caton de Washington) traite, chiffres à l'appui, de nombreux sujets : santé, pauvreté, alphabétisation, violence, mobilité sociale, libertés, égalité, accès à l'eau, environnement, etc.

Nous n'évoquerons ici que son chapitre consacré à l'alimentation. La croissance des productions agricoles, couplée à une hausse du pouvoir d'achat, a partout entraîné une baisse du coût des calories, une augmentation de la ration journalière, une diversification des plats et des régimes. À la fin du XVIIIe siècle, les Français et les Anglais disposaient de moins de calories que la moyenne actuelle en Afrique subsaharienne. Selon la FAO, plus de 2 milliards de personnes ont été libérées de la faim ces 30 dernières années. Les famines ont quasiment disparu (nombre de morts divisé par 50 en cent ans), et celles qui restent ont des causes essentiellement politiques. Cette meilleure nutrition s'est traduite par une baisse considérable de la mortalité infantile, une plus grande espérance de vie, une hausse de la taille moyenne et un développement des capacités intellectuelles. Et dans tous les pays où les enfants ont pu survivre massivement jusqu'à l'âge adulte, les taux de natalité ont baissé, améliorant l'alimentation du reste de la population.

Bref, le monde n'a jamais aussi bien mangé qu'aujourd'hui, en quantité comme en qualité. Plus généralement, la vie est devenue meilleure qu'à aucune autre époque de l'histoire. « Le bon vieux temps, c'est maintenant » (p17). Hier, ce n'était pas mieux ; c'était bien pire. Néanmoins, c'est l'impression inverse qui domine, du fait de processus sociaux et psychiques bien connus de déformation de la réalité, sur lesquels l'auteur revient dans son dernier chapitre : nostalgie des individus pour leur période de jeunesse, médiocre diffusion des connaissances scientifiques, effet de loupe des médias et réseaux sociaux, négligence du banal et attirance pour le pire, « heuristique de disponibilité » (Kahneman).

Bruno Hérault, Centre d'études et de prospective

Lien : Éditions Plon

15:06 Publié dans Alimentation et consommation, Sécurité alimentaire, Société | Lien permanent | Tags : norberg, avenir |  Imprimer | | | | |  Facebook

04/07/2017

Manger autrement, Stéphane Gacon, Thomas Grillot (dirs)

Cet ouvrage réunit plusieurs articles déjà publiés sur le site www.laviedesidees.fr, dont celui de la géographe américaine Julie Guthman, consacré aux alimentations alternatives (voir un précédent billet sur ce blog). S'y ajoutent deux intéressants textes inédits.

L'un est consacré à l'histoire et à l'organisation du courant Slow Food. V. Siniscalchi y décrit la transformation progressive de la « philosophie » du mouvement, la multiplication de ses champs d'intervention et les tensions internes qui en ont résulté. L'ouverture aux thématiques environnementales et écologiques a suscité des divergences stratégiques et engendré des difficultés d'articulation entre pilotage international et priorités nationales. Elle montre aussi, qu'avec le temps, le plaisir pris à se réunir pour défendre une cause est devenu souvent plus important que cette cause elle-même...

Le deuxième article décrit les nouvelles représentations et mobilisations autour du « manger autrement ». S. Gacon retrace la montée des préoccupations éthiques et écologiques associées à l'alimentation, leur mise sur l'agenda gouvernemental, le développement de véritables actions politiques et militantes. Il rappelle aussi que ces craintes ne sont pas propres à notre époque, l'anxiété étant un invariant historique des conduites alimentaires. La nouveauté, en revanche, est que les mangeurs sont aujourd'hui confrontés à des pressions multiples et contradictoires, et que leurs peurs se traduisent par une résistance à la société de consommation et aux logiques agro-industrielles. Mais l'auteur s'interroge sur le réel degré d'attachement aux causes végétarienne ou végane, sur la profondeur du mouvement anti-viande, y compris chez les acteurs les plus déterminés. Ce faisant, il nous met en garde sur la grande distance entre les discours et la réalité : selon lui, si l'écologie alimentaire a envahi les débats publics, la société n'en est pas pour autant devenue plus « durable ».

Lien : Puf

14:46 Publié dans Alimentation et consommation, Société | Lien permanent | Tags : alimentations alternatives, guthman, slow food |  Imprimer | | | | |  Facebook

Lancement d'une plate-forme européenne sur le bien-être animal

La plate-forme de l'Union européenne sur le bien-être animal a été inaugurée le 6 juin 2017. Elle assistera la Commission dans l'application des règles existantes et leur promotion à l'échelle mondiale via des négociations sur les normes. Elle encouragera également des initiatives de bonnes pratiques, comme la mise en place d'un étiquetage. Cette plate-forme répond à une demande croissante des citoyens européens pour le bien-être animal.

La structure, qui se réunira deux fois par an, comprend 75 membres : États membres, les trois pays de l'Espace économique européen (Norvège, Liechtenstein, Islande), communauté scientifique européenne, diverses ONG, Autorité européenne de sécurité sanitaire alimentaire (EFSA) et différentes organisations internationales (OIE, FAO, et Banque mondiale).

Source : Commission européenne

14:42 Publié dans Société | Lien permanent | Tags : commission européenne, bien-être animal, plate-forme |  Imprimer | | | | |  Facebook

03/07/2017

Le groupe Casino va mettre en place un étiquetage sur le bien-être animal

Le groupe Casino a signé le 30 mai 2017 une convention de partenariat avec trois organisations de protection animale : Compassion in World Farming France (CIWF), l’Œuvre d’assistance aux bêtes d'abattoir (OABA) et la Fondation droit animal, éthique et science (LFDA). L'objectif de cette convention est de mettre en place un étiquetage permettant de donner aux consommateurs une information plus claire sur les conditions de vie des animaux d'élevage, et de leur offrir ainsi la possibilité de privilégier des produits plus respectueux du bien-être animal. Ce projet répond à une demande de certains consommateurs, qui souhaitent plus de transparence sur les conditions d'élevage, de transport et d'abattage des animaux. Le groupe Casino s’était déjà prononcé en faveur des œufs de plein air, supprimant de ses rayons ceux provenant de poules élevées en cage.

Sources : Groupe Casino, La France Agricole

14:40 Publié dans IAA, Société | Lien permanent | Tags : casino, bien-être animal, étiquetage |  Imprimer | | | | |  Facebook

Développement du tourisme et recomposition des élites dans le Nordeste brésilien

Dans un article publié dans Actes de la recherche en sciences sociales, Tristan Loloum étudie comment les transformations à l’œuvre dans les plantations sucrières de l’arrière-pays, concernant la jeunesse urbaine et les paysans-pêcheurs du littoral, ont pesé sur la vocation touristique du Nordeste brésilien. Dans les littoraux sous l’emprise des élites agraires se développe « un tourisme d’enclaves » (resorts, hôtels all-inclusive). Au contraire, dans les zones où les paysans-pêcheurs avaient gardé une certaine autonomie, apparaissent de petites structures touristiques intégrées aux villages. L’auteur approfondit le cas de Praia de Pipa, haut lieu du surf, où la modernisation des pêches permet aussi l’émergence d’une élite autochtone.

Source : Actes de la recherche en sciences sociales

14:39 Publié dans Agriculteurs, Mondialisation et international, Société, Territoires | Lien permanent | Tags : brésil, tourisme |  Imprimer | | | | |  Facebook