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08/07/2021

Jessica Oublié, Nicola Gobbi, Kathrine Avraam, Vinciane Lebrun, Tropiques toxiques, Paris, Les escales Steinkis, 2021, 239 p.

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Écrit par J. Oublié, Tropiques toxiques porte sur la pollution par le chlordécone des territoires antillais et ses conséquences, retraçant pour cela 70 ans d’usage de la molécule en agriculture, de l’invention du Kepone aux États-Unis en 1952 jusqu’aux recherches françaises actuelles sur la décontamination des écosystèmes. Cette bande dessinée augmentée d'archives accessibles via l'application SnapPress, au service de la documentation scientifique, témoigne des nouvelles formes éditoriales qui rendent compte des controverses contemporaines sur la production alimentaire. Reposant sur une enquête qui inclut 137 entretiens (producteurs, chercheurs, responsables administratifs), l’album est assorti de références bibliographiques et d’une chronologie.

En 1971, la Commission des toxiques déclasse le chlordécone, alors considéré comme un poison, en « simple » substance dangereuse, décision qui inaugure son usage massif dans les bananeraies antillaises. Eu égard à la santé humaine, l’introduction de cette molécule dans les organismes se traduit par des naissances prématurées et une multiplication par deux du risque de cancer de la prostate. Les mécanismes de transfert de la molécule des sols et eaux vers les productions alimentaires sont également documentés. En matière de pêche, la découverte de niveaux de contamination différenciés selon la position des poissons dans la chaîne trophique (plus celle-ci est élevée, plus l’accumulation de la molécule est probable) a participé de la délimitation de zones d’interdiction des captures. Pareillement, différentes cultures sur une même parcelle manifestent des degrés de contamination hétérogènes : trois catégories de produits ont été distinguées, les patates douces, ignames et carottes se caractérisant par une sensibilité élevée.

L’album revient aussi sur les dispositifs d’adaptation à cet environnement dégradé (productions hors sol, recours à des canards et oies « tondeurs de gazon »), ainsi que sur l’effort de recherche, qui porte notamment sur l'analyse de la demi-vie de la molécule dans les organismes animaux, donnée introduite dans la modélisation de scénarios de décontamination. Enfin, l’ouvrage documente les décisions et non-décisions publiques qui ont permis au chlordécone de prospérer en dépit des alertes multiples dont il a fait l’objet.

Les travaux de l’équipe du professeur Sarra Gaspard sur la dépollution des sols

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Source : Tropiques toxiques

Nathalie Kakpo, Centre d’études et de prospective

Lien : Les escales Steinkis

11/06/2021

Consensus sur une définition des postbiotiques

Dans un article publié en mai 2021, l'International Scientific Association of Probiotics and Prebiotics (ISAPP) propose une définition du terme « postbiotique », après avoir fait de même pour probiotique, prébiotique et synbiotique. Constatant l'augmentation exponentielle de l’utilisation de ce terme ou de termes recouvrant le même concept dans la littérature scientifique (figure ci-dessous), l'association a souhaité le préciser. Comme précédemment, elle a pour cela réuni un large échantillon de scientifiques du monde entier et de disciplines médicales, afin d'aboutir à un consensus.

Évolution de l'utilisation du terme « postbiotique » dans la littérature scientifique

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Source : Nature Review Gastroenterology and Hepatology

Lecture : différents termes ont été utilisés dans la littérature depuis vingt ans pour désigner des micro-organismes inactivés ou tués. Depuis cinq ans, le terme postbiotique les a tous largement supplantés.

Les experts définissent un postbiotique comme une « préparation de micro-organismes inanimés et/ou de leurs composants, conférant un bénéfice en termes de santé pour le receveur ». Ils précisent qu'il s'agit de micro-organismes délibérément inactivés, accompagnés ou non de métabolites ou de composants cellulaires. Les métabolites seuls, les vaccins et les probiotiques tués ne sont pas des postbiotiques. Le bénéfice pour le receveur, homme ou animal, doit être vérifié. Le site d'action n'est pas limité au tractus digestif. Implicitement, le postbiotique ne doit pas être dangereux pour l'usage considéré.

Cinq modes d'action des postbiotiques ont aussi été étudiés, par exemple concernant le microbiote intestinal (figure ci-dessous). Ils peuvent agir directement sur la composition du microbiote local en modulant la part relative des différentes espèces présentes (1). Sur le site cible, ils peuvent renforcer la barrière épithéliale (2) et/ou moduler la réponse immunitaire locale (3). Ils peuvent également provoquer une réponse systémique, immunitaire (3) ou métabolique (4). Enfin, ils peuvent utiliser l'axe microbiote-cerveau pour stimuler la sécrétion de neurotransmetteurs ou d'hormones (5).

Modes d'action présumés des postbiotiques

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Source : Nature Review Gastroenterology and Hepatology

Les scientifiques envisagent quelques usages cliniques possibles qui devront être évalués : nouveaux antimicrobiens, anti-inflammatoires et immunorégulateurs, antalgiques en particulier pour lutter contre des douleurs digestives, adjuvants pour des vaccins.

Des études scientifiques ultérieures ainsi que des avis des autorités seront nécessaires pour réglementer l'usage de ce terme, y compris par les sociétés commerciales.

Franck Bourdy, Centre d'études et de prospective

Source : Nature Review Gastroenterology and Hepatology

09/06/2021

Quels risques à l'avenir pour la santé et la sécurité au travail dans les secteurs agricole et forestier ?

À la demande de l'Agence européenne de santé et sécurité au travail, des chercheurs ont réalisé une étude prospective sur les risques pour les travailleurs liés aux activités agricoles et forestières. À partir d'un état des lieux statistique, ils ont mené une large revue de littérature, complétée par la consultation d'experts dans de multiples domaines. Les principales conclusions de leur rapport ont été récemment publiées dans un Policy Brief.

Avec 24,5 morts par an pour 100 000 travailleurs en 2018, d'après Eurostat, le secteur forestier a le taux de mortalité le plus élevé des activités économiques et occupe le deuxième rang en matière de sinistralité (2 813 accidents non mortels pour 100 000 travailleurs). L'agriculture arrive en quatrième position (2 019 cas). Ces situations sont d'autant plus préoccupantes que plusieurs travaux font état d'une minoration des déclarations, liée à l'hétérogénéité des systèmes d'assurance et des concepts statistiques utilisés selon les pays, mais aussi à la diversité des types de travailleurs concernés. En effet, les accidents impliquant des retraités, des travailleurs occasionnels (membres de la famille) ou encore non déclarés, sont rarement imputés à l'activité. Au-delà, les auteurs identifient les différents risques pour la santé des agriculteurs et forestiers : usages de pesticides et produits chimiques, troubles musculo-squelettiques, nuisances sonores, etc.

Ils ont identifié les tendances ayant des impacts (positifs ou négatifs) sur le travail agricole ou forestier, dans divers domaines : technologie, environnement, sécurité alimentaire, économie, marché du travail. Ils ont ensuite examiné leurs possibles répercussions sur la santé et la sécurité des actifs. Une large part est faite aux apports potentiels de la technologie pour réduire les risques d'accidents graves et la pénibilité, comme par exemple par la cobotique, soulageant les travailleurs agricoles âgés. Il en est de même pour les défis posés par nombre d'innovations, qui peuvent augmenter les risques psychosociaux (isolement accru des actifs suite à la réduction des emplois liés à la robotisation, etc.). L'accroissement des sources de stress (voir figure) est d'ailleurs une préoccupation grandissante pour la prévention.

En conclusion, les auteurs formulent de nombreuses propositions pour les politiques agricoles et forestières, de santé et de sécurité au travail, de santé générale, ou de recherche et développement agricoles. Il s'agit, par exemple, d'intégrer la préoccupation de la santé et de la sécurité dans la réflexion sur l'amélioration du conseil agricole, ou de conditionner les aides de la PAC au respect des normes en matière de travail.

Les différentes sources de stress des agriculteurs

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Source : Agence européenne pour la santé et la sécurité au travail

Muriel Mahé, Centre d'études et de prospective

Source : Agence européenne pour la santé et la sécurité au travail

13/05/2021

Podcasts d'anticipation dédiés au rapport Humain-Animal

L'Anses, en collaboration avec The Conversation, diffuse « Zootopiques », une série de cinq podcasts d'une trentaine de minutes sur les relations entre les humains et les animaux. Chaque épisode, qui nous transporte en 2031, débute par des brèves radiophoniques relatives à l'actualité de cette année-là, puis se poursuit avec des interviews de scientifiques bien actuels réagissant à ces informations. Il s'agit donc d'une manière originale de valoriser des travaux de recherche.

Deux épisodes sont consacrés à la santé. Dans « Les hommes malades des animaux », un nouveau virus SARS-COV 5 provoque, en 2031, une zoonose au Brésil ; un réservoir est le singe-écureuil, dont l'éradication est décidée par les autorités pour arrêter l'épidémie. Toujours au Brésil et en 2031, les humains sont de plus en plus victimes d'attaque de jaguars dans une nouvelle ville construite en Amazonie. Ces deux futurs imaginés soulignent que la grande majorité des épidémies émergentes est d'origine animale. Le triptyque homme-animal domestique-animal sauvage est l'espace au sein duquel se transmettent les agents pathogènes : il est donc important de détecter tout épisode émergent dans les populations humaines et d'animaux domestiques, mais aussi dans la faune sauvage en traquant des mortalités anormales, comme le fait en France le réseau SAGIR. La transmission à partir de la faune sauvage est facilitée par les atteintes à l'environnement, comme les déboisements pour la construction de villes nouvelles, mentionnés dans l'épisode. Les chercheurs rappellent ici l'importance d'une bonne santé globale (One Health) incluant santé humaine, santé animale et santé des écosystèmes.

L’autre épisode (« Alerte sur les tiques et tout ce qui pique ! ») traite des vecteurs insectes et arthropodes. En écho au récit fictif d'une invasion de mouches tsé-tsé transmettant la maladie du sommeil en Espagne, en 2031, les chercheurs rappellent que les vecteurs s'adaptent en Europe à la suite du changement climatique et que la mondialisation des transports permet leur dissémination planétaire.

Les trois autres épisodes s'intéressent à la perte de biodiversité due à la disparition des abeilles, au développement des régimes non carnivores et au regard que l'humain porte sur l'animal.

Franck Bourdy, Centre d'études et de prospective

Source : Anses

10/05/2021

Une vue d'ensemble du végétarisme sous l'angle de la qualité de vie

Une revue des effets potentiels du régime végétarien sur la qualité de vie, et inversement, a été publiée le 12 avril dans l'International Journal of Environmental Research and Public Health. Le graphique ci-dessous présente toutes les variables étudiées ainsi que leurs impacts positifs ou négatifs sur cette qualité de vie.

Relations entre les aspects du végétarisme et les différentes dimensions de la qualité de vie (physique, psychologique, sociale, environnementale)

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Source : International Journal of Environmental Research and Public Health

Lecture : les flèches indiquent la direction de l'influence, c'est-à-dire si un domaine influence ou est influencé par certains aspects du végétarisme. Les symboles plus (+) et moins (-) indiquent des influences positives ou négatives. NCD : maladies non transmissibles ; VD : régime végétarien.

Sur le plan de la santé physique, les auteurs relèvent un impact positif, de meilleurs résultats de santé et des taux plus faibles de maladies non transmissibles, bien qu’un régime végétarien non équilibré puisse entraîner des carences nutritionnelles. Des sentiments positifs, liés à l’adoption d’une attitude en accord avec ses convictions, jouent sur l’état psychologique, même si certaines études montrent un risque accru de dépression chez les végétariens. Sur l’aspect social en revanche, le risque de rejet ou de stigmatisation de la part des non-végétariens pourrait impacter défavorablement la vie des sujets, ce qui pourrait être compensé par un sentiment d’appartenance à une communauté végétarienne.

Source : International Journal of Environmental Research and Public Health

12/01/2021

29 actions pour mieux prévenir le suicide en agriculture

En décembre, le député Olivier Damaisin a rendu son rapport sur l'identification et l'accompagnement des agriculteurs en difficulté et sur la prévention du suicide en agriculture. Il propose 7 axes de recommandations, déclinés en 29 actions, dont plusieurs visent à sensibiliser et intégrer les acteurs du monde agricole (salariés des organisations professionnelles et du conseil, agents publics, chambres d'agriculture, SAFER, organismes de formation professionnelle, établissements scolaires et universitaires). L'auteur propose aussi la création d’un observatoire national des exploitations agricoles en difficulté, piloté par le ministère chargé de l’Agriculture, une meilleure coordination des acteurs et un soutien financier accru des associations locales travaillant sur ce sujet.

Source : site personnel du député O. Damaisin

11/01/2021

Note de l'OPECST sur l'exposome

En décembre 2020, l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et techniques (OPECST) a publié une note sur l'exposome. Proposé en 2005, ce concept intègre, sur la vie entière de l'individu, l'ensemble des expositions (chimiques, physiques, liées aux modes de vie, nutrition notamment, etc.), pouvant influencer la santé humaine. Les maladies métaboliques et les effets des perturbateurs endocriniens sur le système reproducteur illustrent l'influence de l'environnement sur la santé. La note revient sur les défis méthodologiques associés à l'évaluation des conséquences d'expositions multiples, identifie des pistes d'amélioration des connaissances et en relève plusieurs intérêts (meilleur ciblage des actions de prévention, surveillance des facteurs environnementaux). L'auteur invite enfin à soutenir des infrastructures de recherche adaptées, et souligne les conséquences potentielles de ces travaux sur l'évaluation des risques des substances chimiques.

Source : OPECST

12:10 Publié dans Agriculteurs, Santé et risques sanitaires | Lien permanent | Tags : exposome, exposition, santé, opecst |  Imprimer | | | | |  Facebook

11/11/2020

L’« inférence de contamination » en grande distribution : regards croisés des consommateurs et des manageurs

L'influence, sur l'acte d'achat d'un consommateur, de la perception ou de l'évaluation d'un risque de souillure du produit par de précédentes manipulations est une question importante pour la grande distribution. Elle concerne surtout les rayons frais, où la possibilité de toucher renseigne sur l'état et les qualités du produit, et trouve une nouvelle actualité en contexte pandémique. Un travail en marketing éclaire cette question, grâce à des entretiens semi-directifs conduits avec des consommateurs et des managers, notamment chargés de la vente des fruits et légumes. La gêne et le dégoût liés aux « inférences de contamination » pour les produits d'usage intime (en relation avec le corps), comme les aliments, sont mis en perspective avec la tendance des managers à minimiser la réalité des contaminations dans leur propre magasin. Pour les auteures, « si la massification des produits en libre-service satisfait le besoin de toucher des consommateurs, elle a pour revers d’exacerber l’inférence de contamination ». Elles en tirent des réflexions sur le mode de présentation selon les produits et sur l'organisation de la maintenance des rayons.

Source : Management & Avenir

 

10/11/2020

Perturbateurs endocriniens, « bombe à retardement » ?

perturbateurs endocriniens,santé,plastique

Le Muséum national d'Histoire naturelle diffuse sur son site internet une série audio de 12 épisodes sur le thème « la nature : mieux la connaître pour mieux la préserver ». Dans l'épisode du 22 octobre dernier, Jean-Baptiste Fin, biologiste et professeur au Muséum, nous relate l'histoire de la « guerre » sanitaire menée contre les perturbateurs endocriniens.

Des avancées notables, et particulièrement en France, ont été réalisées en matière de prise de conscience, de connaissances scientifiques et de législation, notamment sur les pesticides. Cependant, le spécialiste reconnaît la méconnaissance des effets de certaines molécules dont la production croît de manière rapide. Il souligne également l'importance des évaluations à conduire avant la mise sur le marché des substituts aux produits identifiés comme perturbateurs endocriniens, en prenant l'exemple de l'interdiction des contenants plastiques dans les cantines scolaires à l'horizon 2025 dans le cadre de la loi Egalim.

Source : Muséum national d'Histoire naturelle

 

16:37 Publié dans Environnement, Santé et risques sanitaires | Lien permanent | Tags : perturbateurs endocriniens, santé, plastique |  Imprimer | | | | |  Facebook

15/10/2020

Google Trends, outil de détection des préoccupations sanitaires et environnementales

À partir des requêtes tapées dans le moteur de recherche Google accessibles via Google Trends, des chercheurs ont tenté de caractériser le rapport des internautes suisses aux produits phytosanitaires. Le volume de recherches associées aux termes « pesticides » et « produits phytosanitaires » a doublé sur la période 2011-2019. Cette variation provient de l'augmentation des requêtes sur le mot-clé « pesticides » depuis 2017, alors que celles relatives à « produits phytosanitaires » demeurent relativement stables sur l'ensemble de la période étudiée. La connotation négative du terme « pesticide », aux yeux du grand public, par rapport à « produit phytosanitaire », conduit les auteurs à expliquer cet intérêt accru des internautes par leur préoccupation croissante quant aux effets de ces produits sur la santé et sur l'environnement.

Évolution des recherches des internautes suisses dans le moteur Google

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Source : Environmental Research Letters

Lecture : évolution entre 2011 et 2019 du volume de recherche relatif allant de 0 à 100, 100 étant le volume mensuel maximal observé sur la période. Le premier graphique compare l'évolution de ces volumes pour le groupe constitué des termes « pesticides » et « produits phytosanitaires » avec le terme « initiatives » (en référence aux initiatives populaires citoyennes). En abscisse, les dates de publication de 2 rapports des Nations unies sur le glyphosate (IR1, IR2), de rapports nationaux d'évaluation sur l'impact environnemental des pesticides (NR1, NR2, NR3), ainsi que les dates clés des 2 initiatives populaires (PI1, PI2) et de leurs différentes étapes. Le deuxième graphique compare les volumes relatifs des recherches incluant le terme « pesticides » à ceux des requêtes incluant « produits phytosanitaires ».

L'évolution de ces tendances sur la période 2011-2019 et leurs discontinuités sont ensuite mises en regard des dates de parution de rapports internationaux particulièrement médiatisés, ou de lancement d'actions politiques d'initiative populaire, relatifs aux produits phytosanitaires. Un premier point de rupture, en 2014, inaugure pour trois ans une hausse des requêtes, particulièrement visible aux dates de parution de deux rapports des Nations unies sur le glyphosate (2015 et 2016). Le deuxième point de rupture, en 2017, montre un intérêt renouvelé des internautes. Il intervient à la suite du lancement d'une première initiative populaire citoyenne demandant une réduction de l'utilisation des pesticides au moyen d'une révision constitutionnelle. Les pics de recherches de cette période coïncident avec les phases de mise en œuvre des deux initiatives populaires : collecte des signatures, dépôt de l'initiative, publication du rapport par le Conseil fédéral suisse. Les chercheurs voient ainsi en Google Trends un outil d'analyse et de détection des préoccupations des citoyens, pouvant conduire à des actions collectives, particulièrement sur les sujets agricoles porteurs d'enjeux importants.

Jérôme Lerbourg, Centre d'études et de prospective

Source : Environmental Research Letters

15:03 Publié dans Environnement, Protection des végétaux et des animaux, Société | Lien permanent | Tags : pesticides, santé, google |  Imprimer | | | | |  Facebook

11/03/2020

À niveau égal de revenu et de formation, les agriculteurs et les forestiers américains ont un état de santé équivalent à celui des autres actifs

À partir de données de santé sur la population des États-Unis, un chercheur de l'université de Pennsylvanie a montré que travailler dans les secteurs agricoles ou forestiers n'était pas corrélé avec un état de santé dégradé par rapport au reste de la population. Utilisant les résultats 2008-2017 de l'enquête annuelle nationale, par entretien, menée auprès d'un échantillon de 87 500 personnes représentatif de la population, l'auteur a isolé les répondants déclarant avoir récemment travaillé dans les secteurs agricoles, forestiers ou miniers. Il a ensuite étudié l'impact éventuel, sur la santé, d'une activité professionnelle au contact de la nature et des ressources naturelles. Si les actifs agricoles et forestiers sont en moins bonne santé que les autres travailleurs, cette différence (faible) est plutôt liée au fait qu'ils sont en moyenne moins bien formés et ont des revenus plus limités.

Source : Journal of Agromedicine

10/01/2020

Une nouvelle revue du groupe d'édition Nature consacrée aux systèmes alimentaires

Le groupe Nature a lancé, en décembre, une nouvelle revue scientifique sur tous les aspects de la production, de la transformation, de la distribution et de la consommation alimentaire qui contribuent à la santé humaine et « planétaire » (au sens de One health). Les premiers articles sont disponibles en ligne, traitant par exemple de la complexité chimique de notre régime alimentaire ou des incertitudes dans la modélisation des cultures à l'échelle mondiale.

Source : Nature

14:16 Publié dans Enseignement et recherche, Santé et risques sanitaires | Lien permanent | Tags : alimentation, santé, one health |  Imprimer | | | | |  Facebook

16/04/2019

Analyse mondiale des effets des risques nutritionnels sur la santé

Publié le 3 avril par The Lancet, un article présente les résultats d'une analyse, à l'échelle mondiale, des effets des risques nutritionnels sur la mortalité et la morbidité, pour trois types de maladies non transmissibles (maladies cardio-vasculaires, diabète de type 2, cancer). Associant plus d'une centaine de chercheurs et portant sur la période 1990-2017, ces travaux financés par la fondation Bill et Melinda Gates ont été réalisés dans le cadre du Global Burden of Disease 2017 (Institute for Health Metrics and Evaluation). Il utilisent une approche dite du « risque comparatif ».

Quinze facteurs de risque nutritionnel ont été étudiés, associés à des aliments ou des nutriments, et diverses sources de données ont été mobilisées (enquêtes nutritionnelles, données de ventes, disponibilités alimentaires, etc.). S'appuyant sur la littérature scientifique, les auteurs ont estimé l'ingestion moyenne de chacun des quinze aliments et nutriments, en fonction de l'âge (individus de plus de 25 ans), du sexe, du pays et de l'année. Ils ont ensuite évalué le risque relatif de mortalité et morbidité pour chaque couple facteur de risque - maladie, et défini des niveaux d'ingestion journaliers optimaux.

Globalement, il apparaît que les aliments et nutriments étudiés sont tous consommés dans des proportions inadaptées. Les quantités ingérées de noix et graines, de lait et de céréales complètes présentent les écarts les plus importants (respectivement 12 %, 16 % et 23 % seulement des optimum journaliers recommandés). De plus, en 2017, les auteurs montrent que les risques nutritionnels analysés sont responsables de 22 % des décès des adultes (11 millions), soit une contribution plus forte que tous les autres facteurs de risque, y compris le tabac. Les maladies cardio-vasculaires en sont la première cause et 45 % des morts surviennent chez des individus de moins de 70 ans. Par ailleurs, plus de la moitié des décès sont attribuables à des consommations trop fortes de sel et trop faibles de céréales complètes et de fruits. Des résultats plus détaillés sont disponibles dans l'article.

Proportion de décès attribuables à chaque risque diététique étudié, aux niveaux global et régional, en 2017

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Source : The Lancet (sélection CEP)

Enfin, les auteurs soulignent l'intérêt de développer des interventions publiques, ciblant notamment les aliments et nutriments sous-consommés, et tenant compte de la structuration du système alimentaire. Ils suggèrent ainsi des actions prometteuses, tout en relevant plusieurs difficultés : effets observés sur les niveaux de consommation bien inférieurs aux optimums, analyses coût-efficacité souvent basées sur des hypothèses simplifiées et ne prenant pas en compte les réactions des différents acteurs, etc.

Julia Gassie, Centre d'études et de prospective

Source : The Lancet

06/11/2018

Brexit, alimentation et santé au Royaume-Uni

Publié en octobre 2018, un document de travail de M. Springmann (Programme multidisciplinaire sur « le futur de l'alimentation », Martin Oxford School) et F. Freund (Institut Thünen, Allemagne) s'intéresse aux conséquences du Brexit sur les changements de consommations alimentaires britanniques et la potentielle mortalité associée. Les auteurs combinent pour cela des modèles d'économie agricole et de risques de mortalité. Sont aussi quantifiés les coûts pour l'assurance santé et l'impact sur le PIB. 5 scénarios sont ainsi simulés à l'horizon 2027.

En cas de Brexit dur, le régime alimentaire des Britanniques serait plus pauvre en fruits et légumes, entraînant un surcoût de plus de 600 millions de £ en couverture santé et causant 5 600 décès. Les auteurs soulignent cependant les nombreuses hypothèses mobilisées dans les chaînes de causalité, appelant à la prudence dans l'interprétation des résultats.

Source : Oxford Martin School

02/07/2018

Préférences des Danois pour les aliments issus de l'agriculture biologique : diverses orientations portées par la santé

Dans un article publié récemment dans la revue Food Quality and Preference, des chercheurs du département Économie de l'alimentation et des ressources, de l'université de Copenhague, présentent une étude mettant en évidence la pluridimensionnalité des motivations dites de « santé » quant à la préférence des consommateurs danois pour les produits biologiques. La méthode qualitative des focus groups a été utilisée (39 adultes répartis dans 6 groupes) et les données ont été analysées en mobilisant la « théorie des conventions » de Boltanski et Thévenot. Quatre types de perspectives de santé (valeur nutritionnelle, pureté, plaisir, santé holistique) sont identifiés, mobilisés différemment dans les débats et les justifications des participants (tableau ci-dessous).

Perspectives sur la santé mobilisées par les participants lors des discussions sur les aliments biologiques et la santé

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Source : Food Quality and Preference

La santé associée à la pureté (absence d'additifs, etc.) apparaît comme la conception la plus courante, en relation avec les produits biologiques chez les participants. Cependant, en déplaçant la discussion sur l'alimentation saine, cette perspective perd de sa légitimité au profit de la vision nutritionnelle. Celle-ci domine dans l'évaluation du caractère sain de l'aliment, objectivée par le recours à des preuves scientifiques et médicales.

Source : Food Quality and Preference