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18/09/2019

Une forte interdépendance entre les États-Unis, le Brésil et la Chine sur le marché du soja

Trois experts de l'Economic Research Service (département américain à l'agriculture, USDA) ont publié une synthèse sur l'interdépendance entre ces trois acteurs majeurs du marché mondial du soja. En effet, parmi les principaux produits agricoles, ce marché est le plus concentré au monde, à l'exportation comme à l'importation. Brésil et États-Unis cumulent ainsi plus de 83% des exportations mondiales, dont les deux tiers sont absorbés par la Chine. Cette concentration géographique résulte de la combinaison de facteurs bioclimatiques, politiques et économiques, au cours des dernières décennies.

Principaux flux mondiaux dans le commerce du soja (2016-2017)

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Source : USDA-ERS

Les auteurs rappellent comment les politiques agricoles et alimentaires chinoises ont favorisé la production locale de riz et de céréales, dans un objectif de sécurité alimentaire, et ont donc ouvert la voie aux importations de soja, celles-ci représentant aujourd'hui 30 % du total des imports nationaux de produits agricoles et agroalimentaires. L'explosion de la demande chinoise, qui a permis un développement rapide de la production locale de viande, constitue la majeure partie de la croissance mondiale des échanges, directement tirée par le développement de la production de soja brésilien. Les conditions de culture s'y sont en effet révélées très favorables, en particulier dans les zones tropicales où soja et maïs peuvent se succéder sur une même campagne. Les coûts de production brésiliens sont inférieurs de 19 % à ceux constatés aux États-Unis et de 60 % par rapport à ceux de la Chine, en particulier grâce au moindre prix des terres, et aux plus faibles coûts du travail et du matériel.

Importations mondiales de soja depuis 1990 et projections jusqu'en 2028/2029

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Source : ERS-USDA

Depuis juin 2018, l'application par la Chine de taxes à l'importation sur le soja américain, dans le cadre des conflits commerciaux entre les deux pays, a largement profité au Brésil, renforçant sa position de leader. Compte tenu de l'ampleur des flux concernés, et en dépit de la baisse des prix américains, les autres pays importateurs n'ont pas pu absorber les volumes produits aux États-Unis qui ne sont plus exportés vers la Chine. Malgré ce conflit et un léger ralentissement récent des achats chinois, l'USDA prévoit une poursuite de la progression de la demande chinoise sur les dix prochaines années, essentiellement alimentée par le Brésil.

Cette synthèse très documentée permet donc de resituer et comprendre cette interdépendance historique, et rappelle la place stratégique du soja dans l'économie brésilienne actuelle.

Jean-Noël Depeyrot, Centre d'études et de prospective

Source : United States Department of Agriculture, Economic Research Service

17:17 Publié dans Mondialisation et international, Production et marchés | Lien permanent | Tags : soja, etats-unis, brésil, chine |  Imprimer | | | | |  Facebook

Quels effets de la politique commerciale des États-Unis sur leur secteur agricole et agroalimentaire ?

En juillet dernier, l'université de Purdue a publié un article étudiant l'impact de l'évolution récente de la politique commerciale des États-Unis (EU) sur leur secteur agricole et agroalimentaire. L'analyse est réalisée à partir du modèle d'équilibre général GTAP. Cet article revêt un intérêt particulier dans le contexte actuel, où les EU ont quitté en 2017 (avant son entrée en vigueur) l'Accord de Partenariat TransPacifique (TPP) avec onze pays du pourtour de l'Océan Pacifique (Canada, Mexique, Japon, Australie, etc.) et engagé des contentieux commerciaux, notamment avec la Chine. Fin 2018, ils avaient également menacé de quitter l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) avec le Canada et le Mexique, pour en forcer la renégociation.

Les auteurs simulent l'impact ex ante, sur le secteur agricole américain, de trois décisions déjà prises et de deux scénarios hypothétiques : la mise en œuvre de l'Accord Canada – États-Unis – Mexique (ACEUM) signé en 2018, qui vise à prendre la suite de l'ALENA ; l'augmentation des droits de douane par les pays partenaires sur les importations de produits agricoles américains, suite aux surtaxes décidées par ce pays sur l'acier, l'aluminium et d'autres produits (scénario appelé ci-après « guerre commerciale ») ; la sortie des EU du TPP décidée début 2017 ; une éventuelle sortie des EU de l'ALENA ; une éventuelle ré-adhésion au TPP.

Les résultats indiquent que la politique commerciale américaine actuelle pourrait avoir des effets négatifs sur le secteur agricole et agroalimentaire (voir figure). Ainsi, les gains tirés de la signature de l'ACEUM, en matière d'exportations, seraient modestes (+ 440 millions de dollars) et largement annulés par les pertes générées par la guerre commerciale (- 7,7 milliards) et la sortie du TPP (- 1,8 milliard). La baisse des exportations générerait une réduction de la production et une sortie de près de 50 000 travailleurs du secteur agricole et agroalimentaire. L'impact serait le plus important pour les secteurs des oléagineux, du porc et de la volaille, et des produits ovins et porcins. Dans le scénario hypothétique où les EU seraient sortis de l'ALENA, les exportations auraient diminué de 12 milliards de dollars, générant une perte additionnelle de 50 000 emplois. Au contraire, leur ré-adhésion au TPP permettrait d’accroître les exportations (+ 2,9 milliards de dollars), en particulier dans le secteur des produits laitiers.

Impact de différents scénarios de politiques commerciales sur les exportations américaines de produits agricoles et agroalimentaires

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Source : Global Trade Analysis Project

Lecture : USMCA : ACEUM ; TPP11 : TPP sans les États-Unis ; Trade war : guerre commerciale ; No NAFTA : sortie de l'ALENA ; TPP12 : ré-adhésion au TPP.

Raphaël Beaujeu, Centre d'études et de prospective

Source : Global Trade Analysis Project

17:10 Publié dans Mondialisation et international | Lien permanent | Tags : etats-unis, politique commerciale, gtap |  Imprimer | | | | |  Facebook

13/09/2019

Quelle résilience des exploitations américaines face au risque climatique, en présence de programmes d'assurance ?

Alors que la résilience des exploitations fait l'actualité, deux équipes de chercheurs américains viennent de contribuer, par leurs publications, à documenter l'impact des variations climatiques d'une part, et des assurances, d'autre part, dans la survie des structures agricoles.

La première équipe s'est appuyée sur les résultats des recensements américains de 1992 à 2012 pour cibler les agriculteurs installés depuis moins de 10 ans et mieux comprendre les facteurs influant sur la poursuite ou l'arrêt d'activité entre deux enquêtes. De manière originale, ils ont introduit les facteurs climatiques, et ce de deux façons séparées, indirectement à travers la volatilité des prix et directement avec les fluctuations de la température et des précipitations. De manière plus classique, ils ont également analysé le poids de différents facteurs socio-économiques, tels que la rentabilité, l'âge de l'agriculteur, le type d'exploitation (familiale ou non, culture ou élevage), la part de l'agriculture dans l'économie locale (à l'échelle des comtés) ou le montant des aides fédérales.

Les auteurs ont ainsi pu mettre en évidence les facteurs ayant le plus d'impacts, positifs ou négatifs, sur la probabilité de cessation d'un agriculteur récemment installé. C'est le cas des aides fédérales ou de la volatilité des prix, qui agissent de façon contre-intuitive : plus il y a d'aides ou plus les prix sont stables, moins les exploitations sont résilientes. À l'inverse, l'instabilité climatique a peu d'effet sur la durée de vie des exploitations, en raison notamment des outils de gestion des risques auxquels recourent les agriculteurs américains.

C'est d'ailleurs sur ce volet que la deuxième étude est focalisée : elle évalue les programmes d'assurance récolte au regard de la résilience des exploitations, à partir de données de panel dans le Kansas, entre 1992 et 2016. L'équipe a estimé de façon précise l'apport des programmes d'assurance dans le maintien en activité des structures agricoles, voire

dans la limitation du désinvestissement. Recréant un contrefactuel à partir des exploitations n'ayant pas souscrit d'assurance récolte, les auteurs mesurent l'apport très significatif de cet outil dans le maintien d'activité, avec une baisse de 13,5 à 16 % du taux de cessation, et de 6 % du désinvestissement. Enfin, les auteurs font le lien avec la réforme de la Politique agricole commune, favorisant un recours accru aux subventions en faveur des assurances, ce qui pourrait s'accompagner d'une baisse du taux de disparition des exploitations européennes.

Muriel Mahé, Centre d'études et de prospective

Sources : Sustainability, European Review of Agricultural Economics

10/09/2019

La Chine dépasse désormais les États-Unis dans les dépenses en R&D agricole et alimentaire

Une étude publiée dans la revue Food Policy analyse les tendances en matière de recherche et de développement (R&D) agricoles et alimentaires aux États-Unis et en Chine. Fondée sur de nouvelles séries de données permettant de distinguer plus finement les dépenses proprement dédiées à la R&D (par rapport aux dépenses affectées aux sciences et à la technologie), les auteurs mettent en évidence le rattrapage rapide de la Chine, qui dépasse désormais les États-Unis, en parité de pouvoir d'achat (cf. figure). Ce rattrapage concerne aussi bien les dépenses privées que publiques, ces dernières stagnant aux États-Unis depuis plusieurs années. La part des dépenses privées augmente dans les deux pays, atteignant aujourd'hui les deux tiers des dépenses totales en R&D agricole et alimentaire. Les auteurs développent aussi une réflexion prospective en tendances, fondée sur les trajectoires passées d'autres pays, laquelle suggère selon eux que cette croissance rapide continuera voire s’accélérera dans les années à venir. Si cela se confirme, des implications profondes sont à attendre en termes de performance, de compétitivité et d'usage des ressources naturelles de l'agriculture chinoise.

Dépenses publiques et privées de R&D dans l'agriculture en Chine et aux États-Unis, 1950-2013 (a : total ; b : dépenses publiques ; c : dépenses privées)

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Source : Food Policy

Source : Food Policy

16:14 Publié dans Enseignement et recherche | Lien permanent | Tags : r&d, chine, etats-unis |  Imprimer | | | | |  Facebook

05/07/2019

Vers une pénurie de main-d’œuvre en agriculture aux États-Unis ?

Ce constat, publié en juin 2019 dans le magazine Choices, a été posé à partir de la modélisation de l'offre de travail des ouvriers mexicains, représentant actuellement 68 % de la main-d’œuvre employée dans les exploitations aux États-Unis. Compte tenu de l'évolution démographique et sociale du Mexique (forte baisse de la natalité en zones rurales, progression du niveau d'éducation), la principale source d'ouvriers agricoles se réduit régulièrement, alors que les exploitations américaines recrutent principalement de jeunes hommes d'origine agricole ou rurale, et faiblement éduqués. Les actifs ruraux se détournent donc de l'agriculture, profitant de la tertiarisation de l'économie mexicaine, et l'absence d'investissements dans la mécanisation des travaux agricoles aux États-Unis pourrait à terme poser d'importants problèmes.

Les chercheurs ont modélisé l'offre de main-d’œuvre pour déterminer son élasticité par rapport aux salaires versés. Toutes choses égales par ailleurs, pour la maintenir au niveau actuel, les salaires réels devraient augmenter de 10 % au cours des 10 prochaines années, poursuivant l'évolution récente. Cette hausse conduirait cependant à une modification des modes de production, en faveur de systèmes moins consommateurs de main-d’œuvre (mécanisation, gestion du travail), mais également à une diversification des origines des travailleurs.

Source : Choices

10/06/2019

Le biorégionalisme américain, un outil pour repenser nos territoires

Dans un article de la revue EcoRev' de mai 2019, M. Rollot retrace la généalogie du biorégionalisme, mouvement éco-anarchiste radical et libertaire de l'aménagement du territoire, né au début des années 1970 aux États-Unis. Il en explore les différentes facettes : décentralisation poussée et participation citoyenne, conservationnisme écologiste (par différence avec les régionalismes traditionnels), autonomie productive (en particulier agricole et alimentaire) et intrication entre l'urbain et le rural. Sur cette base, l'auteur identifie dans le biorégionalisme une possible source d'inspiration pour repenser la gouvernance écologique et humaniste à l'ère de l'anthropocène. Il en souligne également les différences avec les réinterprétations patrimonialisantes proposées par les mouvements biorégionalistes européens.

Source : EcoRev'

09:04 Publié dans Territoires | Lien permanent | Tags : biorégionalisme, etats-unis |  Imprimer | | | | |  Facebook

18/04/2019

Analyse du cycle de vie de la production de viande bovine aux États-Unis

Une estimation de l'empreinte environnementale de la production de viande bovine aux États-Unis a été publiée, dans le numéro de février 2019 d'Agricultural Systems, par des auteurs issus de l'USDA, de la National Cattlemen's Beef Association et de l'université de l'Arkansas. Alors que les défis sur le sujet sont nombreux, tant au niveau du marché intérieur qu'à l'exportation, les auteurs ont développé une méthode pour caractériser les systèmes de production et en évaluer les impacts environnementaux. Ils ont utilisé des données sur les caractéristiques et pratiques de 2 270 exploitations (enquêtes en ligne et visites de terrain), ainsi que des statistiques nationales. Ils ont également divisé le pays en sept régions, déterminées à partir des conditions climatiques et des pratiques d'élevage.

Découpage des États-Unis en sept régions, déterminé pour l'analyse de l'empreinte environnementale de la production de viande bovine

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Source : Agricultural Systems

Dans un premier temps, les auteurs identifient 150 systèmes de production représentatifs à l'échelle nationale. Ils utilisent l'Integrated Farm System Model pour simuler, au niveau de l'exploitation et pour plusieurs années climatiques, la production d'aliments et leur consommation, la croissance et la performance des animaux, les cycles de nutriments. Une analyse de cycle de vie leur permet également d'évaluer, pour chaque système, l'utilisation des ressources et les émissions. La figure ci-dessous présente les résultats pour les trois principales phases de l'élevage bovin.

Contribution des trois principales phases d'élevage aux quatre catégories d'impact environnemental étudiées : émissions de gaz à effet de serre, utilisation d'énergie fossile et d'eau, pertes d'azote

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Source : Agricultural Systems

Dans un deuxième temps, une empreinte environnementale moyenne est simulée par région, en incluant les animaux issus de la production laitière. Elle ne permet pas de mettre en évidence des tailles ou systèmes de production plus efficaces, car cette efficacité dépend de nombreux paramètres, comme par exemple, pour les émissions de N2O, le type de bâtiments, de sols, le régime des précipitations, la fertilisation azotée, etc. Enfin, les auteurs utilisent les valeurs régionales pour déterminer les impacts nationaux, à partir du nombre d'animaux par État (74 % provenant de trois régions – Northern et Southern Plains, Midwest). Ils estiment ainsi que, par kg équivalent carcasse produit, 21,3 kg de CO2équ sont émis, 155 g d'N sont perdus, 50 MJ d'énergie fossile et 2 034 L d'eau sont utilisés.

Les auteurs soulignent en conclusion que ces estimations représentent une base potentielle pour des évaluations de stratégies d'atténuation, et précisent que leurs travaux se poursuivent sur les phases suivantes (transformation, consommation, déchets, etc.), afin de fournir une analyse complète de l'impact environnemental de la viande bovine américaine.

Julia Gassie, Centre d'études et de prospective

Sylvain Maestracci, Conseiller agricole, Service économique de Washington, Ambassade de France aux États-Unis

Source : Agricultural Systems

17/04/2019

Les biotechnologies pour limiter l'impact des ravageurs en forêt aux États-Unis : des problématiques inédites

Face aux menaces qui pèsent sur la forêt aux États-Unis (7 % des superficies pourraient perdre jusqu'à 25 % de leur végétation d'ici 2027), l'Académie des sciences américaine s'est penchée sur l'utilisation des biotechnologies et sur les impacts potentiels de l'implantation d'arbres génétiquement modifiés. Les experts sollicités ont d'abord réalisé un état des lieux des insectes et pathogènes dans le pays, notamment pour certaines essences emblématiques telles que le châtaigner d'Amérique, décimé par une maladie cryptogamique originaire d'Asie. Aux ravageurs importés s'ajoute l'extension des aires d'action des endémiques, et ce parallèlement au réchauffement climatique, plus rapide que l'adaptation des arbres via la sélection naturelle. La situation est d'autant plus critique que la perte d'une essence s'accompagne de la fragilisation du peuplement dans son ensemble, avec d'importantes répercussions sur les services écosystémiques.

Face à ces menaces, la possibilité de réponses telles que développées pour l'agriculture reste difficile à appréhender. La lutte contre les insectes ravageurs et pathogènes des arbres est complexe, et ce pour diverses raisons : imbrication des différents services rendus par la forêt, étendue et ouverture des espaces, diversité des essences et des patrimoines génétiques, intervention humaine en milieu naturel, pas de temps nécessaire à l'observation, l'expérimentation et l'adaptation. De plus, les auteurs font le constat d'une recherche trop peu développée, tant dans les domaines conventionnels de lutte que dans les biotechnologies. Concernant ces dernières, ils identifient plusieurs défis. Ainsi, la mise au point bio-technologique d'arbres ayant une résistance acquise aux pathogènes pose des questions sociales et éthiques inédites. Il s'agit de développer des caractères de résistance transmissibles, diffusables et durables, posant frontalement la question de la manipulation de la nature. Le pas de temps nécessaire entre deux générations est lui aussi à l'origine de difficultés spécifiques et, dépassant largement l'intérêt économique immédiat, la recherche dans ce domaine a vocation à être essentiellement financée par des fonds publics. Enfin, le temps de latence nécessaire pour expérimenter et observer les conséquences de l'introduction de ces modifications génétiques appelle un cadre réglementaire plus adapté.

Évaluation des risques liés aux insectes nuisibles et aux maladies dans les forêts américaines par sous-bassin hydrographique, 2013-2027 ( % potentiel de perte de végétation)

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Source : The National Academies of Sciences, Engineering, and Medicine

Muriel Mahé, Centre d'études et de prospective

Source : The National Academies of Sciences, Engineering, and Medicine

08/04/2019

Densité de population et canaux de distribution sur les marchés alimentaires locaux aux États-Unis

Publié début mars 2019, un article de la revue Applied Economic Perspectives and Policy analyse les effets de la densité de population sur trois canaux de distribution des marchés alimentaires locaux : vente directe, revendeurs (ex. : restaurants) et grossistes. La Local Food Marketing Practice Survey (5 700 répondants) fournit les données sur les pratiques de vente des agriculteurs, leur localisation (comté) et la distance parcourue. Un modèle statistique quantifie l'influence de la densité de population sur la probabilité de choisir un canal de distribution donné, et, pour les participants, l'impact sur les ventes. À faible distance (25 miles), une densité de population plus élevée favorise le choix de la vente directe au détriment des grossistes, mais cet effet s'atténue rapidement au-delà de 50 miles. Pour le recours aux revendeurs, l'effet de la densité de population est significativement positif jusqu'à 100 miles. Selon les auteurs, cette analyse spatiale des marchés alimentaires locaux fournit des éclairages pour mieux cibler les programmes de soutien public en faveur des marchés alimentaires locaux, comme par exemple le Local Food Promotion Program de 2014, qui appuie les intermédiaires tels que les food hubs.

Source : Applied Economic Perspectives and Policy

12/03/2019

Quels impacts des subventions au prix à la consommation des produits biologiques ?

Des chercheurs de l'université du Maine, aux États-Unis, ont étudié l'impact que pourrait avoir une subvention qui réduirait de 10 % les prix à la consommation des fruits issus de l'agriculture biologique. Plus particulièrement, ils étudient comment cette subvention affecterait la consommation et l'épargne des foyers américains, répartis en trois classes de revenu (« pauvres », « moyennes » et « riches »). Les résultats ont été publiés dans la revue PLOS One en janvier.

Les auteurs utilisent les données du panel de consommateurs de la société Nielsen, sur les achats mensuels de fruits (produits en agriculture biologique et conventionnelle), de 60 000 ménages américains entre 2011 et 2013. Cette base contient également des informations socio-démographiques, notamment le revenu mensuel du foyer, sa taille, la présence ou non d'enfants, le niveau d'éducation, le statut marital, l'ethnicité du chef de famille et la localisation dans une zone urbaine ou rurale. Ils observent que les ménages riches achètent plus de fruits biologiques que les autres catégories et que leur consommation a davantage augmenté entre 2011 et 2013 (tableau ci-dessous).

Dépenses en fruits des ménages américains, par classe et par année (en $ de décembre 2013)

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Source : PLOS One

Ils modélisent ensuite la demande mensuelle en fruits biologiques d'un ménage, par classe de revenu, avec trois méthodes différentes (deux économétriques et une de machine learning). Puis ils calculent la quantité d'argent économisée par les ménages si une subvention réduisant les prix des fruits biologiques de 10 % était mise en place, pour les mêmes volumes achetés. Ils prédisent également le changement de consommation induit par l'introduction de cette subvention et en déduisent l'élasticité de la demande en fruits biologiques, c'est-à-dire la variation de consommation observée (en %) lorsque le prix de ces produits augmente d'un pourcent.

Les auteurs montrent que cette subvention impacterait à la hausse la consommation biologique des ménages pauvres et moyens principalement. Les achats des ménages riches, déjà plus élevés sans la subvention, n'augmenteraient que marginalement en quantité. La subvention permettrait donc une baisse des dépenses et un accroissement de l'épargne plus important pour cette catégorie. Enfin, l'article ne permet pas de conclure quant à l'effet redistributif de cette subvention, qui dépend en partie de son mode de financement.

Estelle Midler, Centre d'études et de prospective

Source : PLOS One

08/03/2019

La lutte contre le gaspillage alimentaire en France et aux États-Unis

Pour réaliser sa thèse sur le gaspillage alimentaire, publiée récemment, Marie Mourad (Sciences Po Paris) a réuni, entre 2013 et 2017, un riche matériau, avec 213 entretiens dans les secteurs public, privé et associatif et 125 observations de terrain. Son travail constitue une intéressante contribution à la sociologie des recompositions du capitalisme et des systèmes alimentaires. L'auteure y approfondit ses réflexions sur la mise au point et la circulation internationale d'un référentiel d'action publique contre le gaspillage, et sur la structuration de nouveaux espaces économiques autour de la valorisation des invendus (voir à ce sujet un précédent billet sur ce blog).

La comparaison entre la France et les États-Unis montre une convergence des évolutions des circuits alimentaires dans les deux pays. La lutte contre le gaspillage émerge comme problème public des années 1980 à 2000, à la croisée de différents domaines, sous l'effet de l'engagement d'acteurs réformateurs aux profils et aux stratégies comparables : militants devenus experts en impacts environnementaux, chargés de mission d'ONG internationales ou d'administrations nationales, responsables du développement durable dans les entreprises, etc. Elle s'institutionnalise dans les années 2010, quand des associations d'aide alimentaire et des start-upers y voient une opportunité pour développer leurs activités. Des dispositifs de concertation, à l'initiative, en France, du ministère chargé de l'agroalimentaire, aux États-Unis d'associations environnementales, mettent en place un cadrage commun, qui fait du gaspillage avant tout un problème lié au comportement du consommateur, qu'il s'agit de responsabiliser.

Décrivant les différents modes de remise en circuit des excédents, M. Mourad souligne « la concurrence entre les diverses ''solutions'' au gaspillage alimentaire ». En particulier, celles qui « se focalisent sur leur redistribution et leur recyclage, à des échelles de plus en plus grandes », donc nécessitant des quantités croissantes de ces excédents, peuvent détourner des actions de prévention. Le cas des « légumes moches » lui permet aussi de montrer la capacité d'adaptation des circuits conventionnels, avec la fixation d'un standard pour la commercialisation de produits non-standard.

Florent Bidaud, Centre d'études et de prospective

Lien : Research Gate

13:17 Publié dans Alimentation et consommation, Environnement | Lien permanent | Tags : gaspillage, invendus, etats-unis |  Imprimer | | | | |  Facebook

18/02/2019

Une étude commandée par le Parlement européen compare les politiques agricoles de 5 pays

Alors que la Politique agricole commune (PAC) post-2020 est actuellement en discussion, la commission Agriculture du Parlement européen a commandé une étude visant, à travers la comparaison des politiques agricoles de cinq pays (Australie, Canada, États-Unis, Japon et Suisse), à formuler des propositions en la matière. Publiée en décembre 2018, l'analyse a reposé sur une revue de la littérature, complétée d'expertises ciblées.

Les auteurs montrent que si les pays considérés poursuivent des objectifs similaires (compétitivité, préservation de l'environnement, développement rural, etc.), des disparités existent. En Australie, l'accent est mis sur la compétitivité par le biais d'un appui important à la R&D, complété de dispositifs de soutien en cas d’événements climatiques extrêmes. Pour leur part, Canada et États-Unis focalisent leur action sur le soutien au revenu des agriculteurs et la stabilisation des marchés. Au Japon, l'objectif d'auto-suffisance pour le riz est structurant et passe par une forte régulation des prix, ainsi qu'un soutien aux investissements. Enfin, la Suisse se distingue en portant une attention particulière à la préservation des ressources naturelles et des paysages.

Les principaux outils repérés lors des études de cas ont ensuite fait l'objet d'une évaluation, sur la base de laquelle des recommandations ont été formulées. Les auteurs proposent ainsi d'instaurer des dispositifs d'épargne de précaution, lesquels ont fait leurs preuves au Canada et en Australie. Les assurances sur les risques liés aux prix et aux rendements sont, pour leur part, plus compliquées à mettre en œuvre. Les exemples australiens, japonais et états-uniens montrent que de tels dispositifs ne sont efficaces qu'à la condition d'être largement subventionnés. Sur le plan environnemental, les auteurs considèrent que les propositions actuelles de la Commission sont satisfaisantes (conditionnalité renforcée et eco-scheme), mais leur mise en œuvre pourrait être améliorée, en favorisant les démarches collectives et les approches par projet, comme c'est le cas en Suisse, au Japon et au Canada. Ils plaident également pour une plus grande flexibilité des mesures surfaciques (MAEC), afin de les ajuster aux contextes locaux, comme le permet la politique agricole helvète. Enfin, les auteurs jugent l'Union européenne plutôt en avance en matière de développement rural et ne formulent pas de recommandation majeure à ce sujet.

Les outils de politique agricole mobilisés dans les pays étudiés

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Source : Parlement européen (extrait CEP)

Mickaël Hugonnet, Centre d'études et de prospective

Source : Parlement européen

16:30 Publié dans 4. Politiques publiques, PAC | Lien permanent | Tags : politique agricole, australie, canada, etats-unis, japon, suisse |  Imprimer | | | | |  Facebook

17/01/2019

Une expérience originale conduite aux États-Unis pour comprendre comment améliorer des programmes de petits déjeuners à l'école

Dans un article paru en janvier dans l'American Journal of Agricultural Economics, des chercheurs ont évalué l'efficacité de plusieurs modalités de mise en œuvre du programme national de « petits déjeuners à l'école » (SBP) des États-Unis, dont l'objectif est depuis 1975 de subventionner ce repas des enfants des familles à revenu modeste. Si leurs résultats sont dépendants du contexte américain, leur méthode, originale, est inspirante pour les évaluations conduites dans l'Union européenne pour des actions publiques proches.

En comparaison d'autres programmes alimentaires scolaires états-uniens, l'adhésion au SBP est faible, en dépit de son intérêt nutritionnel et cognitif avéré. Dans ce cas, le repas est servi dans la cafétéria à un prix dépendant du quotient familial. Depuis 2006, un programme pilote est testé : le « petit déjeuner en classe » (BIC). Aujourd'hui adopté par certaines écoles publiques dans 18 États, il est gratuit pour tous et servi en classe pendant 10 minutes. Si la participation des élèves au BIC s'avère en toute logique plus élevée (de 30 % à 60 %) qu'au SBP, son coût limite son déploiement. Les chercheurs se sont servis de la réussite du premier pour comprendre comment améliorer le second.

Pour ce faire, le passage de trois écoles primaires du comté de Washoe (Nevada) du SBP au BIC, entre 2010 et 2012, leur a fourni une expérience naturelle. Ils ont recueilli des données quotidiennes et individuelles détaillées d'élèves, sur trois séquences de deux semaines : une première séquence de SBP standard en 2010 ; une deuxième en 2011, où le SBP a été modifié, pour l'étude, en imposant un temps spécifique de 10 mn à la cafétéria après le début des cours ; une troisième avec le BIC. Quatre effets peuvent ainsi être décomposés : le temps consacré au petit déjeuner (les chercheurs connaissant l'heure d'arrivée à l'école de chaque élève) ; l'immobilisation dans un lieu ; le lieu en question (salle de classe ou cafétéria) ; le prix, ce dernier ne comptant que peu, environ 80 % élèves étant déjà subventionnés en 2010 dans les écoles choisies.

Cette analyse originale conclut que consacrer un temps défini au petit déjeuner à l'école augmente sa prise de 20 %. La mise en œuvre en classe l'améliore encore de 35 à 45 %. Toutefois, le dispositif revient à encourager 15 à 20 % des élèves à prendre un second petit déjeuner alors qu'ils en ont déjà eu un à la maison.

José Ramanantsoa, Centre d'études et de prospective

Source : American Journal of Agricultural Economics

09:05 Publié dans 2. Evaluation, Alimentation et consommation | Lien permanent | Tags : etats-unis, école, petit déjeuner |  Imprimer | | | | |  Facebook

15/11/2018

Une partie des zones métropolitaines des États-Unis pourraient être autosuffisantes pour plusieurs produits alimentaires

Dans un article publié récemment dans la revue Environmental Science & Technology, des chercheurs de l'université du Minnesota ont développé une méthode pour quantifier et visualiser, à l'échelle de 377 zones métropolitaines des États-Unis, leur capacité de production alimentaire au regard de la demande des ménages en fruits, légumes, produits laitiers et œufs. Ce travail permet d'évaluer et comparer les potentiels d'autosuffisance pour ces produits dans les zones urbaines et périurbaines, correspondant aux principales régions statistiques métropolitaines (agrégation de comtés pour une population totale de 50 000 habitants ou plus, autour d'au moins un grand centre urbain).

Pour chaque zone, l'estimation de la production et de la demande alimentaires a pu être menée par la mobilisation des données de la statistique publique (bases National Health and Nutrition Examination Survey, Food Commodity Intake Database, Consumer Expenditure Survey, Food availability Dataset, recensement agricole des États-Unis). Le croisement, l'harmonisation et l'ajustement de ces bases ont permis de fournir des données relatives aux différentes zones métropolitaines, en cohérence avec la consommation et de la production totales nationales. Ces données ont par la suite servi à définir le ratio de la production locale sur la consommation locale (produits bruts et incorporés dans les produits transformés) comme un indicateur de « capacité locale d'autosuffisance » (CLC).

« Capacités locales d'autosuffisance » des zones métropolitaines des États-Unis : comparaison de leurs capacités locales à répondre aux besoins totaux de leur population pour les œufs, le lait, les fruits et les légumes

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Source : Environmental Science & Technology

Lecture : la gradation de couleur du rouge vers le vert suit le degré croissant d'autosuffisance. CLC =1 : zone juste autosuffisante.

Ce ratio ne prend toutefois pas en compte l'organisation concrète des systèmes alimentaires. Si les réseaux commerciaux étaient reconfigurés pour nourrir les ménages de chaque aire étudiée, 21 % des zones métropolitaines étatsuniennes seraient en capacité d'autosuffisance locale (CLC > 1) pour les œufs et les produits laitiers, contre seulement 12 % pour les fruits et 16 % pour les légumes. Ce taux serait plus élevé pour la demande directe d'aliments frais, atteignant 45 % pour le lait de consommation. Les auteurs précisent que ces niveaux sont remarquables, ces zones urbaines et périurbaines se révélant des sources potentielles de produits locaux plus importantes que prévu.

Pour les auteurs, ces résultats sont intéressants pour informer les autorités locales sur l'efficacité relative de politiques qui encourageraient la production locale, par rapport à celles qui ré-organiseraient les réseaux commerciaux, afin de connecter une production déjà existante à des chaînes urbaines d'approvisionnement alimentaire de proximité.

José Ramanantsoa, Centre d'études et de prospective

Source : Environmental Science & Technology

10:30 Publié dans 2. Evaluation, Sécurité alimentaire, Territoires | Lien permanent | Tags : etats-unis, métropoles, autosuffisance |  Imprimer | | | | |  Facebook

06/11/2018

Capter le carbone via les forêts et l'agriculture aux États-Unis : un potentiel difficile à réaliser

Le World Resources Institute entame une série de travaux visant à identifier les moyens, dans les différents pays signataires de l'accord de la COP 21, d'augmenter la captation du carbone atmosphérique pour respecter les engagements pris à Paris. La première analyse se concentre sur l'agriculture et la forêt aux États-Unis.

Ces deux secteurs pourraient ainsi contribuer à capter environ 900 Mteq CO2 supplémentaires par an, dont près d'un tiers proviendrait de la reforestation de terres non agricoles (friches minières, landes, etc.). Selon les méthodes mobilisées (changement de pratiques agricoles ou de gestion forestière, modification des assolements, agroforesterie, replantations, etc.), le coût marginal estimé resterait de l'ordre de 50 à 100 $ par tonne, avec des risques d'augmentation au fur et à mesure de l'accroissement des conflits d'usage des terres (usages alimentaires, énergétiques, production de fibres, urbanisation). D'autres freins, tels que le manque de financements et la structure de la propriété, sont également identifiés.

Les auteurs pointent par ailleurs de nombreuses incertitudes persistant en matière d'évaluation des flux et des stocks de carbone. En particulier, l'insuffisance de données sur la captation de carbone par les sols et l'impact d'une gestion adaptée, a jusqu'à présent limité la prise en compte de ce potentiel dans la plupart des travaux disponibles.

Approches visant à réduire la concentration du carbone dans l'atmosphère

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Source : World Resources Institute

Source : World Resources Institute

08:38 Publié dans Agronomie, Climat, Forêts Bois | Lien permanent | Tags : etats-unis, carbone, agriculture, forêt, cop21 |  Imprimer | | | | |  Facebook