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13/05/2021

Système alimentaire mondial à l'horizon 2045 : prospective de l'IPES-Food

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Après une série de travaux comprenant analyses thématiques, études de cas et recommandations politiques, le think tank IPES-Food publie avec ETC Group sa première prospective du système alimentaire mondial à l'horizon 2045. Ses auteurs se sont appuyés sur un groupe consultatif de 21 membres (société civile, institutions multilatérales, scientifiques, etc.). On y découvre deux scénarios contrastés, ou plutôt deux visions du monde irréconciliables, qui placent le lecteur à la croisée des chemins pour l'inciter à agir. Le scénario tendanciel y joue le rôle d'une « dystopie-repoussoir », à la façon d'un « scénario de l'inacceptable » en version agroalimentaire : face à l'aggravation des crises économiques, climatiques et environnementales, et à l'instabilité sociale chronique, les entreprises de la Big Tech prennent le pouvoir sur les chaînes de valeur agroalimentaires et en deviennent les acteurs ultra-dominants. Cette « Agro Big Tech » d'un nouveau genre propose aux décideurs politiques aux abois des solutions clefs en main fondées sur le « solutionnisme technologique » : géo-ingénierie climatique, agriculture automatique pilotée par l'intelligence artificielle, etc. Les agriculteurs deviennent de « simples cultivateurs » exécutants, tandis que les consommateurs, noyés sous une « infobésité » généralisée, voient leurs comportements dictés par les algorithmes.

Face à ce péril dystopique, la société civile constitue, pour les auteurs, la seule force capable de bâtir un autre avenir. Elle lutte sur tous les fronts contre le pouvoir dominant de l'Agro Big Tech, selon des voies et des opportunités promues et explicitées dans le rapport à la façon d'un programme d'action. Dans ce deuxième scénario, l'agro-écologie démontre petit à petit sa supériorité technique sur les solutions hyper-technologiques, grâce à sa plus grande résilience et son adaptabilité aux conditions locales. La société civile s'organise plus efficacement, en multipliant les organes de délibération, en faisant pression sur les organisations internationales, en utilisant les technologies numériques de façon ouverte, transparente, en s'engageant dans la réflexion prospective, etc.

Se situant entre prospective et programme d'action collective, le rapport de l'IPES-Food place résolument la question des rapports de force au premier plan de l'analyse. Par le fort contraste des scénarios, il met aussi l'accent sur les risques en germes dans certaines tendances actuelles, si celles-ci étaient poussées à l'extrême.

Julien Hardelin, Centre d'études et de prospective

Source : IPES-Food

12/05/2021

L'agroalimentaire : deuxième secteur le plus vulnérable aux chocs d'offre extérieurs

Le Conseil d'analyse économique (CAE) propose, dans une note publiée en avril, une stratégie de « résilience dans la mondialisation ». Celle-ci repose sur l'identification de vulnérabilités liées aux intrants importés, qui pourraient être résorbées par i) la diversification des approvisionnements ou des alliances stratégiques, ii) la facilitation ou le subventionnement du stockage (produits à faible valeur ajoutée) et iii) l'encouragement de l'innovation pour une production nationale compétitive.

L'analyse effectuée par les auteurs sur les données des douanes identifie 122 produits, dépendant majoritairement d'importations extra-européennes, concentrés dans un faible nombre de pays fournisseurs et d'entreprises importatrices, pour lesquels les approvisionnements extérieurs français peuvent être soumis à des chocs d'offre. D'après les auteurs, l'agroalimentaire est le deuxième secteur concentrant le plus grand nombre de produits en risque important de vulnérabilité, derrière la chimie. Ils appellent à conduire des analyses plus poussées et à élaborer des scénarios de « chocs » pour une meilleure identification des risques et la mise en œuvre de stratégies ciblées.

Répartition sectorielle des vulnérabilités d'approvisionnement sur 122 produits à vulnérabilité renforcée

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Source : Conseil d'analyse économique

Source : Conseil d'analyse économique

11/05/2021

Gains de productivité des cultures vivrières et malnutrition dans les pays en développement à l'horizon 2030

Un article, récemment publié dans la revue Plos One, montre que l'augmentation des gains de productivité des cultures vivrières ne suffirait pas à réduire la malnutrition dans les « pays en développement » en 2030. Ces résultats ont été obtenus par le service économique de l'USDA (ministère de l'agriculture américain) et l'IFPRI (International Food Policy Research Institute) en testant plusieurs scénarios à l'aide de deux modèles mondiaux combinés. Ces simulations ont été réalisées à la demande du Consultative group on international agricultural research (CGIAR), dans le cadre de l'initiative Crops to end hunger.

Une hausse annuelle plus rapide (+ 25 % par rapport au taux de croissance de référence) des rendements permettrait de diminuer le nombre de personnes souffrant de malnutrition : de 11 millions dans le cas de la production de riz, de 6 millions dans celui du blé et 2 millions pour la banane plantain ou le manioc. Les besoins glucidiques seraient certes mieux couverts, mais ce ne serait pas le cas pour toutes les vitamines ou sels minéraux (figure ci-dessous). Cependant, les résultats varient sensiblement selon les pays et les productions. Les auteurs recommandent de tenir compte de cette hétérogénéité pour cibler les politiques de soutien à l'innovation et au développement.

Taux de couverture pour différents nutriments en 2030

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Source : Plos One

Lecture : le taux de couverture est égal à 1 lorsque les disponibilités journalières moyennes sont égales aux apports nutritionnels recommandés.

Source : Plos One

Services numériques de location de tracteurs dans des pays « en voie de développement »

La revue World Development publie en avril une étude sur deux sociétés ayant déployé, en Inde et au Nigeria, un service numérique dédié à la location de tracteurs. Ce type d'offre est souvent surnommé « Uber pour les tracteurs », mais il diffère sensiblement du service de voiture avec chauffeur déployé par cette même entreprise en milieu urbain dans les pays « développés ». En effet, la faible densité de la clientèle potentielle, des zones rurales dotées de couvertures réseau hétérogènes, les niveaux réduits d'alphabétisation et d'équipement en smartphones des petits exploitants, etc., tout cela rend nécessaire le recours à des intermédiaires, qui effectuent les demandes de réservation dans l'application. Aussi, ce sont essentiellement des agriculteurs propriétaires qui bénéficient des fonctionnalités de cette offre numérique : suivi en temps réel des tracteurs équipés de GPS, mise à disposition des tracteurs facilitée et des avantages (simplicité d'usage, réduction des coûts de transaction).

Interface des réservations de tracteurs, destinée aux agents intermédiaires, dans l'application « Hello Tractor » (Nigeria)

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Source : World Development

Source : World Development

Recommandations stratégiques américaines en matière d'intelligence artificielle

La National Security Commission on Artificial Intelligence (NSCAI) est une commission américaine indépendante chargée de faire des recommandations stratégiques au gouvernement pour que progresse le développement de l'intelligence artificielle (IA). Elle a publié en mars 2021 la version finale de son rapport. Une première partie est consacrée aux mesures à prendre pour faire face aux menaces extérieures que fait peser l'IA sur le pays et ses intérêts. La deuxième s'intéresse aux leviers actionnables pour promouvoir l'innovation et la compétitivité américaines en matière d'IA : investissements, formations, accords de visas, cartes vertes aux étudiants étrangers hautement qualifiés. Les secteurs agricole et alimentaire sont identifiés, dans le rapport, comme pouvant bénéficier des avancées de l'IA afin d'améliorer leur productivité tout en minimisant les impacts sur l'environnement (exemple : agriculture de précision).

Source : National Security Commission on Artificial Intelligence

16:10 Publié dans IAA, Mondialisation et international | Lien permanent | Tags : intelligence ar, etats-unis |  Imprimer | | | | |  Facebook

Les conséquences à long terme des programmes d'afforestation à grande échelle

Dans un article se penchant sur les conséquences à long terme de deux projets d'afforestation d'envergure, menés dans le nord-est de la Chine, des chercheurs chinois, australiens et nord-américains révèlent la complexité de la gestion durable des terres dans les programmes de restauration écologique de grande échelle. Mis en œuvre dans le but de lutter contre les tempêtes de sable et l'érosion des sols, ces projets ont entraîné une réduction des eaux de surface et une moindre teneur en eau des sols en aval (voir figure). Cette dernière est visible seulement deux décennies après leur lancement, lorsque les forêts artificielles arrivent à un stade de maturité suffisamment avancé. Les auteurs recommandent la sélection d'espèces et la planification des programmes d'afforestation prenant en considération les conditions hydrographiques et climatiques locales.

Évolution des aires forestières et des ressources en eau des sols

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Source : Science Advances

Source : Science Advances

10/05/2021

Le bannissement des cages en discussion au Parlement européen

La commission agricole du Parlement européen a mené, le 15 avril 2021, une audition sur l'arrêt de l’utilisation des cages dans tous les modes d'élevage. Elle fait suite au succès d'une initiative citoyenne européenne, intitulée « Pour une nouvelle ère sans cage », proposée par le CIWF en 2018. Cette pétition a obtenu un réel succès avec plus d'1,4 million de soutiens permettant sa validation en 2020.

S'appuyant sur trois rapports du CIWF, de l'IEEP (think tank environnemental) et du Parlement européen, la pétition visait les cages proprement dites (volailles, lapins), mais aussi les cages de mise-bas des truies, les cases individuelles des veaux, etc. Nonobstant les textes législatifs en vigueur ou en préparation (voir tableau), la pétition demande d'inclure dans la directive de 1998 sur l'élevage un article interdisant les cages à partir de 2027, un soutien financier aux éleveurs pour mettre en place cette obligation et une interdiction des importations de pays tiers ne respectant pas cette demande.

Lois et actions interdisant les cages dans les État membres de l'Union européenne

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Source : Parlement européen

Au cours de cette audition se sont exprimés les organisateurs de la pétition, un expert scientifique, un éleveur hollandais travaillant sans cage, des membres du Comité économique et social européen (CESE) et du Comité des régions, les commissaires européens à la santé et à l'agriculture, et de nombreux parlementaires. Les commissaires européens ont ainsi salué cette initiative qui pourrait être intégrée dans la stratégie « De la ferme à la fourchette ».

Source : Parlement européen

Développement de partenariats public-privé pour la préservation des écosystèmes

Au 1er trimestre 2021, la revue Secteur privé & développement (publiée par Proparco) a réuni une quinzaine d’articles sous le titre « Préserver la biodiversité, le secteur privé en action ». A. Thiongo, de l’organisation Conservation International, décrit dans l’un d’eux une initiative menée en Afrique du Sud qui vise à améliorer la qualité des pâturages à usage collectif. Une organisation à but non lucratif y organise des ventes aux enchères permettant un contact direct entre acheteurs et éleveurs, afin que ceux-ci puissent bénéficier d’un meilleur prix pour leurs produits. Concomitamment, ils s’engagent, dans le cadre d'un accord de préservation de l'environnement, à déployer des mesures de protection des pâturages, favorisant ainsi la productivité de leur troupeau et la qualité des produits. Un autre projet visant à développer, au Ghana, des chaînes de valeur plus favorables à la biodiversité, et basé sur les principes du commerce équitable, est également présenté dans l’article. Enfin, les cadres des partenariats public-privé développés par Conservation International y sont exposés.

Source : Secteur privé & développement

L'ONU fait le point sur les apports des technologies spatiales en agriculture

La Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (voir le portrait de la CNUCED) a publié, le 26 avril 2021, un rapport recensant les avantages et intérêts des technologies spatiales, dont ceux pour l'agriculture et l'alimentation. Agriculture de précision, adaptation des semis et de l'irrigation, repérage des zones de pâturage naturelles, prévision des rendements, etc. : les applications sont nombreuses et porteuses d'opportunités pour l'amélioration des politiques agricoles.

Source : CNUCED

20/04/2021

Premier rapport mondial sur le gaspillage alimentaire par le programme des Nations unies pour l'environnement

En tant qu'agence des Nations unies, visant la réduction par deux du gaspillage alimentaire aux niveaux de la distribution, des services alimentaires et des ménages (Objectif de développement durable 12, cible 3), le programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) publie son premier rapport mondial sur le sujet.

Ce document s'appuie sur de nombreuses données provenant d'une variété de sources, en majorité des études scientifiques ad hoc, 7 pays seulement collectant des statistiques nationales compatibles avec l'indice du gaspillage alimentaire. Ces données sont intégrées dans une modélisation qui permet d'estimer le gaspillage au niveau mondial, par pays, par région et par secteur. Les estimations portant sur les ménages sont les plus robustes, avec des données issues de près de 100 études, réparties dans une variété de pays représentant 75 % de la population mondiale. Les données sur le gaspillage dans les services et la distribution sont au contraire relativement difficiles à trouver hors des pays à hauts revenus.

Selon les auteurs, 17,5 % de la production alimentaire mondiale sont gaspillés – 931 millions de tonnes, soit deux fois plus que les estimations précédentes de la FAO (2011). 10,7 % le sont par les ménages, 4,6 % au niveau des services alimentaires et 2,2 % à celui de la distribution. Le gaspillage des ménages français (85 kg par personne et par an) se situerait à un niveau intermédiaire pour l'Europe (34 kg en Slovénie, 142 en Grèce), mais plus élevé que la moyenne mondiale (74 kg).

Estimations du gaspillage alimentaire des ménages en Europe, sources utilisées et niveaux de confiance

gaspillage,consommation,politiques publiques

Source : PNUE

L'autre résultat clé du rapport est que le gaspillage alimentaire, contrairement à une idée reçue, est similaire d'un groupe de revenus à un autre. Est donc remise en cause l'idée selon laquelle il serait l'apanage des « pays développés », tandis que les « pays en développement » souffriraient essentiellement de pertes aux stades de la production, du stockage et du transport.

Enfin, le rapport propose une méthodologie pour les pays désireux d'effectuer un suivi du gaspillage. En avril, le PNUE devrait lancer des groupes de travail sur le sujet, en Afrique, en Asie-Pacifique, en Amérique latine et en Asie de l'Ouest, afin de faciliter l'établissement de données et la mise en œuvre de stratégies de réduction.

Marie-Hélène Schwoob, Centre d'études et de prospective

Source : Programme des Nations unies pour l'environnement

16/04/2021

Aurélien Boutaud, Natacha Gondran, Les limites planétaires, Éditions La Découverte, 2020, 128 pages

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Ainsi que le montre ce livre très pédagogique, la prise de conscience des dimensions finies de la Terre n'est pas nouvelle. Les réflexions commencèrent dans l'Antiquité et se précisèrent au fil des siècles, avec une accentuation au début de la « révolution industrielle » (Malthus) et plus encore à partir des années 1970 (Ehrlich, Georgescu-Roegen, rapport Meadows). Aujourd'hui, le sujet est au cœur des débats sur l'avenir de la nature et des sociétés humaines, qu'ils aient une tonalité optimiste (politiques de développement, découvertes scientifiques, solutions économiques) ou pessimiste (collapsologie, Anthropocène, décroissance, empreinte écologique).

Si conscience des limites il y eut toujours, leurs définitions varièrent selon les époques. Aux XIXe et XXe siècles, c'est l'idée de finitude des ressources naturelles qui domina. Depuis une vingtaine d'années s'y ajoutent des réflexions sur les modalités de régulation du système planétaire et sur ses capacités à supporter les pollutions. Pour préciser et lister ces planetary boundaries, plusieurs dizaines de chercheurs se réunirent en 2008 à l'initiative du Stockholm Resilience Centre. Ils identifièrent neuf processus environnementaux susceptibles d'altérer les grands équilibres biophysiques, et donc à surveiller de près avec une batterie d'indicateurs.

Trois de ces processus présentent des risques de rupture à l'échelle mondiale : changement climatique, acidification des océans, érosion de la couche d'ozone. Quatre autres ont eu jusqu'à présent seulement des impacts locaux ou régionaux, mais qui pourraient en s'agrégeant devenir planétaires : perturbation des cycles de l'azote et du phosphore, perturbation du cycle de l'eau douce, déforestation, réduction de la biodiversité. Enfin, deux dernières pressions anthropiques majeures n'ont pas encore donné lieu à la fixation de limites précises : charge atmosphérique en aérosols, « introduction d'entités nouvelles dans l'environnement » (substances chimiques, nanoparticules, microplastiques, métaux lourds, OGM, etc.).

Précis dans leur rédaction et équilibrés dans leur argumentation, les auteurs n'hésitent pas à dire que ces travaux sur les limites comportent eux-mêmes des... limites. D'ordre scientifique d'abord, avec des difficultés liées au choix des bons indicateurs, à l'identification des points de bascule, au repérage des facteurs explicatifs, etc. Des difficultés politiques ensuite, car si le sujet est parvenu à mobiliser de nombreux chercheurs, observateurs et acteurs sociaux, il est encore loin de constituer un référentiel pour les décisions des États et institutions internationales. La mobilisation fut rapide et victorieuse, dans les années 1990, pour résorber le trou de la couche d'ozone, mais les défis qui s'annoncent maintenant sont autrement plus redoutables.

Bruno Hérault, Centre d'études et de prospective

Lien : Éditions La Découverte

14/04/2021

Carlos Lopes, L'Afrique est l'avenir du monde. Repenser le développement, Éditions du Seuil, 2021, 256 pages

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Publié en langue anglaise en 2019, Africa in transformation. Economic Development in the Age of the Doubt de Carlos Lopes dispose désormais, avec cette parution, d’une traduction française. L’introduction – écrite avant la crise de la Covid-19 – ne reflète pas la situation macroéconomique actuelle du continent et n’évoque pas la récession à laquelle il est confronté après quinze années de croissance. Cependant, elle apporte de nombreux éléments sur le contexte social et économique de l’Afrique puis présente les différents enjeux traités dans les chapitres de l’ouvrage. Les analyses s’inscrivent dans le temps long, elles sont issues des réflexions de l’auteur lors de quatre années passées à la tête de la Commission économique pour l’Afrique des Nations unies.

Dans le sixième chapitre « Augmenter la productivité agricole », C. Lopes souligne le rôle important que pourra jouer l’agriculture dans le développement économique du continent, puisqu'elle concentre 65 % des emplois et 75 % des échanges commerciaux intracontinentaux. Il présente le bilan de la hausse de la productivité agricole africaine (augmentation de la valeur ajoutée de 67 % par travailleur entre 1990 et 2012). Tout en citant des exemples de réussite (Ghana, Égypte, Tanzanie, Nigeria pour l’agriculture et Ouganda pour la production aquacole), l’auteur déplore que la productivité de l’Afrique reste la plus faible du monde et constate qu’elle est corrélée à une très grande insécurité alimentaire. Les infrastructures défaillantes, la faible intégration des producteurs agricoles dans les chaînes de valeur nationales et internationales, leur difficulté d’accès au financement et le manque de cohérence des politiques de soutien à l’agriculture sont identifiés comme des facteurs entravant la hausse de cette productivité.

Son augmentation permettrait pourtant, aux nombreuses exploitations agricoles assurant la subsistance des familles, de générer des surplus commercialisables destinés aux marchés urbains en fort développement et d’accroître ainsi leur valeur ajoutée.

Amandine Hourt, Centre d'études et de prospective

Lien : Éditions du Seuil

Colloque « Être ensemble. L'alimentation comme lien social »

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Pour son dixième anniversaire, la Chaire Unesco Alimentations du monde organisait en virtuel, début février 2021, son colloque annuel sur le thème « Être ensemble. L'alimentation comme lien social ». Cet événement visait à ré-interroger le rôle social de l'alimentation, à travers les espaces du « manger ensemble », et à envisager les conséquences du confinement lié à la crise sanitaire du Covid-19. Les différents temps (vidéos disponibles en ligne) ont permis de rassembler une diversité de disciplines, de parties prenantes, d'aires géographiques et de publics.

Dans sa conférence inaugurale, J. Coveney (Flinders University, Adelaïde, Australie) a rappelé les ancrages historiques de la commensalité et son importance dans diverses cultures. Si le partage des repas reste important pour les familles australiennes, il se fait aujourd'hui aux dépens d'une charge accrue pesant sur les femmes. J. Coveney s'est également interrogé sur un remplacement, à l'avenir, de la commensalité par la convivialité.

A. Dasgupta (Taylor's University, Malaisie) et A. P. Egnankou (université Félix Houphouët-Boigny, Côte-d'Ivoire) ont ensuite présenté deux espaces de sociabilité alimentaire. Les food-courts malais proposent une nourriture diversifiée (malaise, chinoise, indienne, mamak) à un coût réduit, et jouent un rôle important dans la culture alimentaire du pays. À Abidjan, les garbadrômes sont associés à une créativité et à une transgression des codes gastronomiques, le garba étant un plat préparé par des hommes, contrairement à l'attiéké traditionnel préparé lui par les femmes. Les garbadrômes permettent un renforcement des liens entre pairs et une cohésion sociale.

La table ronde suivante traitait des conséquences du confinement sur la commensalité alimentaire, dont un repli sur la sphère domestique, le développement de nouvelles pratiques et celui de précarités. Deux enquêtes qualitatives, l'une en France (O. Lepiller, Cirad), l'autre en Italie (E. Ceccaldi, université de Gênes), ont ainsi apporté des éclairages intéressants. Par la suite, N. Bourriaud (Mo.Co. - Montpellier contemporain) s'est interrogé sur les liens entre art et cuisine. Il a notamment identifié des points communs dans les pratiques contemporaines comme, par exemple, l'importance attachée au in situ, à la récupération et au recyclage, à la prise en compte des chaînes de production, aussi signifiantes que la production finale.

Enfin, C. Steel (auteure de Hungry City et de Sitopia) a conclu le colloque, invitant à « voir le monde au travers des lunettes de l'alimentation » pour penser de nouvelles façons de vivre.

Julia Gassie, Centre d'études et de prospective

Source : Chaire Unesco Alimentations du monde

 

La Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement

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Créée en 1964 pendant la période de décolonisation, la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) promeut le commerce comme facteur de développement. Elle rassemble 195 pays et est dotée d'un budget annuel de 60 millions de $ (environ 51 M €). Considérant indispensables l'existence et le bon fonctionnement d'instances multilatérales plutôt que seulement bilatérales ou plurilatérales, elle met à disposition des pays « peu développés » ou « en développement » des outils, études, rapports, données pour les aider à se positionner dans un système mondial dominé par les grandes puissances. Elle les aide également à mettre en place un cadre propice aux investissements.

Si la CNUCED est actuellement très mobilisée sur la gestion de la crise économique liée à la pandémie de Covid-19, elle intervient en règle générale dans tous les domaines de l'économie ou qui touchent à celle-ci : le digital et le numérique, les migrations, le e-commerce, le changement climatique, l'utilisation des ressources naturelles, l'agriculture et l'alimentation. Elle a par exemple aidé à réguler les marchés des matières premières, en réponse aux chocs pétroliers, et impulsé des standards internationaux comme le « système généralisé de préférence », qui vise à favoriser les exportations, le développement industriel et la croissance économique des pays en « voie de développement », en demandant aux pays développés d'appliquer des droits très faibles ou nuls à de nombreux produits exportés par ces pays, sans contreparties commerciales. Ce principe a des impacts sur le commerce international de produits agricoles.

Parmi ses publications récentes, la CNUCED a fait paraître un guide technique (voir à ce sujet une précédente brève) pour quantifier les effets des mesures non tarifaires sur le commerce international, et une alerte (voir à ce sujet une autre brève) sur les risques que fait peser le développement de technologies de pointe (robots, biotechnologies, édition génétique, intelligence artificielle, etc.), sur les économies des pays « en voie de développement » reposant principalement sur l'agriculture et ayant une moindre capacité d'innovation. Elle a consacré très largement son rapport 2020 aux impacts économiques de la pandémie, notamment ceux relatifs à la capacité de production agricole, à l'évolution de la productivité du travail agricole, aux prix mondiaux des produits alimentaires et des matières premières d'origine agricole, et au transfert d'emplois de l'agriculture vers l'industrie.

Vincent Hébrail-Muet, Centre d'études et de prospective

Source : UNCTAD

13/04/2021

Les pistes de la CNUCED pour un nouvel agenda du commerce mondial

Les conclusions du rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l'alimentation, présentées en juillet 2020, mettent en cause l'accord sur l'agriculture de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), et soulignent que ce dernier constitue une barrière à la pleine mise en œuvre du droit à l'alimentation. En réponse, la conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED, voir un portrait de cet organisme), en prévision de la tenue à l'automne 2021 de sa 15e session et de la 12e conférence ministérielle de l'OMC, argue qu'une meilleure mise en œuvre de cet accord, et notamment de ses mécanismes de traitement spécial et différencié, favoriserait la contribution du commerce international à l'effectivité du droit à l'alimentation. Les auteurs enjoignent notamment les pays membres de l'OMC à mettre en œuvre les soutiens techniques et financiers prévus par l'accord pour la production agricole. Ils proposent aussi des pistes d'amélioration : abolition des restrictions à l'exportation pour les biens essentiels à destination des pays en développement importateurs nets de produits alimentaires, ou pour l'aide en situation d'urgence ; adaptation du plafond des aides, afin d'améliorer le soutien aux producteurs agricoles vulnérables ; instauration d'une solution pérenne pour un stockage public renforçant la sécurité alimentaire.

Source : Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement