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18/12/2018

Matières premières importées en France et risques de déforestation et de corruption

Une étude récemment publiée par le cabinet britannique 3Keel, pour le compte de WWF France, montre que certaines matières premières importées en France sont plus à risque de déforestation et corruption que d'autres. Au-delà de l'empreinte sociale et forestière liée aux importations, l'analyse vise essentiellement à caractériser leur durabilité au regard de la déforestation et des enjeux sociaux dans les pays d'origine.

3Keel s'est tout d'abord attaché à quantifier les importations de la France, pour les sept commodités déjà identifiées comme vecteurs de déforestation, soit par la concurrence exercée sur l'utilisation des sols (via les défrichements), soit par la dégradation des forêts ou des écosystèmes arborés (exploitation forestière ou surpâturage) : soja, cacao, huile de palme, caoutchouc, bois, pâte à papier, bœuf (animaux vivants et viande) et cuir. Les auteurs ont pris en compte les importations de matières premières brutes, de produits transformés les incorporant comme ingrédients, et des autres productions auxquelles elles contribuent comme intrants (exemple du soja pour les produits carnés).

Au-delà de la traduction en hectares des volumes importés, il s'agit d'identifier dans quelle mesure la production de ces commodités fait courir un risque de déforestation, de corruption, de travail illégal ou forcé. Les auteurs ont ainsi développé un indice de risque agrégeant plusieurs paramètres : la perte de couverture forestière entre 2012 et 2016, le taux de déforestation, l'indice de perception de la corruption (Transparency International) et l'indice des droits globaux (International Trade Union Confederation). En croisant les flux d'importation et l'indice de risque, ils concluent que l'empreinte de la France repose à 35 % sur des situations à risques élevé à très élevé. Cette proportion varie sensiblement selon les matières premières : de 84 % pour l'huile de palme à 8 % pour la pâte à papier.

Fort risque de déforestation ou de corruption pour un tiers des surfaces nécessaires à la production des matières premières agricoles et forestières importées en France

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Source : WWF

Enfin, pour chaque produit, les origines les plus problématiques sont identifiées : si l'Amérique latine est très représentée, la Chine, la Côte d'Ivoire et la Russie sont respectivement aux 2e, 3e et 6e rangs pour l'ensemble des matières premières.

Soulignons que ces travaux rejoignent ceux menés par l'ONG Envol Vert, publiés en novembre 2018, et basés sur une méthodologie un peu différente.

Muriel Mahé, Centre d'études et de prospective

Source : WWF France

13/10/2017

Une analyse de la connectivité des marchés de matières premières

Depuis la crise financière de 2008, les corrélations entre les différents marchés sont apparues comme un objet de recherche important, notamment dans la compréhension des risques systémiques et de la propagation des mouvements de prix. Des chercheurs américains attachés au National Bureau of Economic Research (NBER) ont ainsi analysé, dans un document de travail publié en août, les connexions entre les principaux marchés financiers dérivés de matières premières.

Ils se sont intéressés à dix-neuf marchés dérivés, dont neuf issus de produits agricoles, en comparant leurs volatilités, calculées en prenant en compte les amplitudes des mouvements de prix journaliers, à l'aide d'un modèle de vecteur auto-régressif (VAR). Ce modèle procure des informations sur l'aspect directionnel de la connexion (transmission d'un marché vers un autre).

Les auteurs mettent ainsi en évidence que la connectivité globale de ce système de matières premières est de 40 %. Autrement dit, en moyenne, 40 % de la volatilité propre à chacun des marchés proviennent de chocs sur les autres matières premières. Il y a de larges différences entre les marchés, le produit agricole le plus connecté (juste après les produits pétroliers) étant le soja. L'analyse du réseau de corrélations qui en résulte fait ressortir des « noyaux » de corrélations, notamment entre les grains et les produits pétroliers. La position du soja (et de l'huile) au sein de ce réseau montre que sa connectivité élevée est liée à l'utilisation de l'huile de soja dans le biodiesel.

Réseau de corrélations des marchés de matières premières

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Source : NBER

Par ailleurs, l'analyse de cette connectivité sur des périodes glissantes de 150 jours met en évidence des phénomènes de corrélations et décorrélations des marchés depuis 2008, rejoignant les conclusions de travaux précédents (voir les études publiées en 2013 et 2016, commandées par le ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation), incluant dans leur analyse d'autres marchés financiers. Cette publication met donc à son tour en évidence les étroites connexions entre des produits très différents, liées à leur substituabilité mais aussi aux reports des investisseurs d'un marché à l'autre.

Jean-Noël Depeyrot, Centre d'études et de prospective

Source : National Bureau of Economic Research

09/10/2017

Histoires extraordinaires des matières premières, Alessandro Giraudo

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Il y a au moins deux manières de raconter l'histoire. D'abord en construisant des modèles, en analysant des systèmes globaux, en décrivant les grandes tendances à l’œuvre, indépendamment des singularités vécues. Mais on peut aussi partir des hommes, et décrire leurs manière d'agir et de penser, au plus près des vies et des expériences quotidiennes. Cette deuxième approche inspire ce livre, dû au chef économiste du groupe international Viel Tradition.

En 40 courts chapitres, dédiés chacun à une matière première, il montre qu'en tous lieux et toutes époques a dominé le besoin de contrôler ces ressources essentielles à la survie. Elles sont à l'origine des échanges marchands et des circuits de transport, du développement économique et des bourgeoisies commerciales. Et combien de risques n'a-t-on pas pris, en galère ou sur terre, de petites en grandes découvertes, pour s'octroyer des monopoles d'approvisionnement !

Les produits agricoles et alimentaires occupent une large place dans l'ouvrage : sel, épices, blé, sucre de canne, cacao, maïs, pomme de terre, tabac, thé, café, noix de muscade, goémon, soja, bois, etc. Les épices, seules, ont représenté environ un tiers du commerce mondial pendant de nombreux siècles. Mais cette stabilité est rare. Le plus souvent, les denrées essentielles à une époque cèdent ensuite la place à d'autres, au gré des goûts et des habitudes, des progrès techniques, des déséquilibres économiques, des guerres et des conquêtes.

Si chaque chapitre n'est qu'une petite pièce du grand puzzle de la mondialisation, quelques régularités se dégagent lorsque l'on prend du recul. Premièrement, cette mondialisation est plus précoce qu'on ne le croit habituellement. Deuxièmement, la « malédiction des matières premières », et la corruption qui l'accompagne, sont des constantes historiques. En troisième lieu, l'agriculture n'a jamais été seulement alimentaire, mais toujours multifonctionnelle et pourvoyeuse de biens diversifiés. De plus, les denrées ont toujours été échangées contre des commodités non- alimentaires. Enfin, avant de fournir des produits bons à consommer, de nombreuses espèces végétales ont d'abord été bonnes pour soigner, leurs propriétés pharmacologiques s'affirmant avant leurs qualités gustatives : pour Avicenne, au XIe siècle, le café est un remède ; le tabac est fumé, au XVIe siècle, pour traiter diverses maladies ; la diffusion européenne du sucre, à partir de Bruges et Anvers, puis Venise, se fait auprès de populations qui le considèrent comme un médicament, etc.

Bruno Hérault, Centre d'études et de prospective

Lien : Éditions François Bourin