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15/09/2020

Biais thématiques et spatiaux de la littérature scientifique sur la sécurité alimentaire

Dans son numéro de septembre 2020, la revue Global Food Security présente les enseignements d'une étude de la littérature scientifique traitant de la « sécurité alimentaire ». Les auteurs y proposent une analyse innovante, utilisant une technique de fouille de texte (text mining) pour mettre en perspective les aspects thématiques et géographiques de ces travaux. À partir d'une recherche avec les mots clés « food security » et « food insecurity » dans la base Scopus, ils constituent un corpus de 16 152 résumés d'articles scientifiques, revus par les pairs et en langue anglaise. Publiés de 1975 à 2018, leur nombre augmente fortement sur la période récente (plusieurs milliers par an), à l'image de la tendance générale des publications scientifiques.

Les analyses couvrent la plupart des pays (187 identifiés), et des variations significatives sont constatées. Les États-Unis font l'objet du nombre le plus important d'articles (15 %), suivis de la Chine et de l'Inde. La répartition des travaux au sein d'une grande région ou entre pays de niveaux similaires de développement économique est inégale : par exemple, en Asie, les États de l'ex-URSS sont moins traités, comme ceux d'Afrique centrale. Dans les années récentes, la localisation des travaux ne concorde pas avec celle des populations les plus en insécurité alimentaire, du fait, par exemple, du ciblage des financements ou de la disponibilité des données.

Les auteurs identifient neuf grands thèmes au sein du corpus. Tous les sujets sont globalement connectés, et deux groupes spécifiques se dégagent, autour des aspects biophysiques de la production et des aspects sociaux de la sécurité alimentaire. Si, avant le milieu des années 1990, les travaux portent essentiellement sur l'Afrique et sur les enjeux économiques et la sécurité alimentaire globale, beaucoup d'autres thématiques sont plus récentes. Actuellement, les conditions de vie, la sécurité alimentaire mondiale et le climat et la durabilité occupent une place importante (respectivement 14,9 %, 14,6 % et 13,1 % des productions analysées).

Évolution des articles scientifiques portant sur la sécurité alimentaire : nombre total (C), répartition par grandes régions (A) et par thèmes (B)

sécurité alimentaire,chine,etats-unis

Source : Global Food Security

Lecture : en A, proportion de la littérature sur la sécurité alimentaire par grandes régions, avec un pas de temps de cinq ans, et exclusion des articles ne ciblant pas une zone spécifique (HICs : pays aux plus hauts revenus ; LAC : Amérique latine et Caraïbes). En B, proportion de la littérature liée à différents thèmes. En C, nombre de publications par an : pour les années récentes, le nombre d'articles diminue car ceux ne bénéficiant pas de citations dans d'autres productions n'ont pas été retenus dans la constitution du corpus selon l'un des critères fixés par les auteurs : comme certains articles publiés récemment n'ont pas encore pu être cités dans d'autres publications, le nombre total d'articles retenus diminue.

Enfin, plusieurs limites de cette démarche sont soulignées : le recours à la seule base Scopus, écartant notamment la littérature plus ancienne ; la prise en compte uniquement des productions en anglais ; un travail sur les seuls résumés des articles.

Julia Gassie, Centre d'études et de prospective

Source : Global Food Security

 

 

 

 

Rapport 2020 de la FAO sur l'état de la sécurité alimentaire dans le monde : les coûts cachés des « régimes non sains »

Le rapport 2020 sur la sécurité alimentaire dans le monde confirme une dégradation récente de la situation : 690 millions de personnes sont touchées par la faim (10 millions de plus que l'an passé) et 2 milliards sont en situation d'insécurité alimentaire modérée à grave. En 2030, 840 millions de personnes pourraient souffrir de la faim. De plus, en 2020, seraient concernées 83 à 132 millions de personnes supplémentaires, du fait de l'épidémie de Covid-19.

Le rapport se concentre sur l'accessibilité des régimes sains dans le monde, en moyenne 5 fois plus chers que les régimes non sains (riches en amidon couvrant uniquement les besoins caloriques). Dans tous les cas, les coûts cachés (santé, environnement) de l'alimentation sont très significatifs. D'ici à 2030, l'adoption de régimes sains réduirait de 95 % les coûts des maladies non transmissibles (maladies cardiaques, diabète ou cancer), et de 41 à 74 % ceux liés aux émissions de gaz à effet de serre. Des politiques publiques de soutien à la transformation des systèmes alimentaires et de protection sociale sont enfin préconisées.

Les préconisations pour réduire le coût et améliorer l'accessibilité des régimes sains

InsecuriteAlimentaire.jpg

Source : FAO

Source : FAO

 

Technologies clés et brevets de « classe mondiale »

En juin 2020, la fondation Bertelsmann a publié une analyse des brevets déposés, au niveau mondial, de 2000 à 2019. S'appuyant sur des traitements de gros volumes de données (big data) et considérant 58 domaines clés, les auteurs ont déterminé leur qualité (couverture du marché et pertinence technologique) et leur origine géographique (localisation de l'inventeur). Retenant les mieux classés (10 %), ils considèrent particulièrement l'Amérique du Nord (Canada, États-Unis), l'Asie de l'Est (Chine, Corée du Sud, Japon) et l'Europe à 27. De manière générale, le nombre de brevets augmente fortement sur la période et l'Asie de l'Est y occupe une place croissante. Dans le détail, retenons par exemple que la Chine est leader sur les biocides et les fertilisants, et que la France se positionne dans les cinq premiers pays pour les biotechnologies vertes et les fertilisants. De son côté, l'Europe à 27 occupe la première place dans 12 technologies clés, en particulier dans les domaines agricoles et alimentaires.

Évolution (2000-2019), par pays, du nombre de brevets de classe mondiale dans le domaine de l'alimentation fonctionnelle

 

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Source : Fondation Bertelsmann

Source : Fondation Bertelsmann

 

14:55 Publié dans Mondialisation et international | Lien permanent | Tags : big data, brevet, fertilisant |  Imprimer | | | | |  Facebook

04/09/2020

Urbanisation et « villes-actionnaires » en Inde

Paru en août 2020 sur La vie des idées, un article rend compte de l'ouvrage de l'urbaniste S. Balakrishnan consacré aux « villes-actionnaires » indiennes. « Avatar » des projets de corridors économiques destinés à accélérer l'industrialisation du pays et nécessitant de très nombreuses terres agricoles, la « ville-actionnaire » a été pensée comme un moyen de résoudre les conflits entre investisseurs et propriétaires ruraux. Ceux-ci deviennent actionnaires de l'entreprise immobilière (dividendes à percevoir sur les transactions), contre l'abandon de leurs activités agricoles (ex. : canne à sucre). Ce travail de terrain met en évidence les spécificités locales : positions dominantes de certaines castes, difficultés pour les communautés de travailleurs agricoles sans terre de faire valoir leurs intérêts, rôle variable des institutions rurales traditionnelles. Il soulève aussi diverses questions sur ce modèle de développement urbain.

Source : La vie des idées

 

 

14:08 Publié dans Mondialisation et international, Territoires | Lien permanent | Tags : inde, ville, urbanité, urbanisation |  Imprimer | | | | |  Facebook

Des importations européennes de soja brésilien issues de la déforestation illégale

Selon un article publié en juillet dans la revue Science, une part non négligeable des exportations brésiliennes de soja (environ 20 %) et de viande bovine (au moins 17 %), en provenance des biomes de l'Amazonie et du Cerrado vers l'Union européenne, serait liée à de la déforestation illégale. Par ailleurs, 2 % des entreprises forestières seraient responsables de 62 % de la déforestation illégale dans ces régions.

Source : Science

 

08/07/2020

Des transformations importantes des chaînes de valeur mondiales, accélérées par l'épidémie de Covid

Si la pandémie n'en est pas à l'origine, elle accélère les tendances lourdes à l’œuvre en matière d'investissements internationaux et, par là même, la transformation des chaînes de valeur mondiales : telle est la conclusion de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), dans son rapport publié en juin 2020.

L'organisme y conduit une analyse approfondie des évolutions, au cours des trente dernières années, de la « production internationale », à savoir celle des multinationales à l'origine des chaînes de valeur globales et des échanges qu'elles génèrent. Il propose notamment une classification des secteurs d'activité en fonction du type de chaîne de valeur, utilisant des critères liés à leur longueur et leur fragmentation, à la distribution géographique de la valeur ajoutée, au mode de gouvernance et au degré d'internalisation. L'agriculture (incluse dans l'ensemble I de la figure ci-dessous), apparaît comme l'archétype du secteur primaire peu intensif en capital, alors que l'agroalimentaire (ensemble III) est représentatif des chaînes de valeur régionalisées.

Répartition de la production internationale en fonction de la longueur et de la dispersion géographique des chaînes de valeur mondiales et identification des configurations archétypales

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Source : CNUCED

Lecture :

- I : industries primaires avec a. celles intensives en capital et b. celles peu intensives en capital ;

- II : chaînes de valeur intensives avec a. les faiblement technologiques et b. les technologiques ;

- III : répartition géographique avec a. une distribution en étoile et b. une distribution régionalisée :

- IV : industries des services connectés aux chaînes de valeur mondiales avec a. celles à forte valeur ajoutée, et b. celles à faible valeur ajoutée.

Les auteurs identifient trois ensembles de tendances qui ont transformé les chaînes de valeur au cours des trois dernières décennies et qui auraient été renforcées par la pandémie : la nouvelle révolution industrielle (robotisation et intelligence artificielle, digitalisation, fabrication additive), les évolutions en matière de politiques économiques (interventionnisme national, protectionnisme en matière d'investissement et de commerce, régionalisme et bilatéralisme), affirmation des enjeux de durabilité (réglementations, transformation des process et des produits, impacts sur les approvisionnements).

En combinant ces évolutions, quatre trajectoires des chaînes de valeur mondiales sont envisagées pour la prochaine décennie : relocalisation, diversification, régionalisation et reproduction. Dans ce dernier scénario, les multinationales se concentrent sur le design des produits et le pilotage des chaînes de valeur, délégant la production en série à des sous-traitants localisés au plus près des consommateurs, notamment grâce à l'impression 3D. Pour l'agriculture, la régionalisation et, dans une moindre mesure, la diversification et la relocalisation sont les trajectoires les plus probables. Dans le cas des industries agroalimentaires, la régionalisation et la diversification seraient les voies principales d'évolution.

Pertinence des différentes trajectoires selon les secteurs

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Source : CNUCED

Muriel Mahé, Centre d'études et de prospective

Source : CNUCED

06/07/2020

Manger en ville. Regards socio-anthropologiques d'Afrique, d'Amérique latine et d'Asie, Audrey Soula, Chelsie Yount-André, Olivier Lepiller, Nicolas Bricas (dir.)

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Faisant suite au colloque « Manger en ville » organisé à Paris en décembre 2017, cet ouvrage réunit les regards socio-anthropologiques portés par des chercheurs d'Afrique, d'Amérique latine et d'Asie sur les mangeurs urbains. Alors que la question alimentaire est souvent abordée sous les angles de la consommation ou de la nutrition, le grand intérêt de ce livre est de se placer au niveau des individus, de leurs pratiques et de leurs représentations, d'autant plus que, comme le rappelle J.-P. Hassoun dans sa préface, « la ville est porteuse d'injonctions sociales entremêlées, souvent contradictoires ou paradoxales ».

À partir de terrains variés, les trois parties traitent des prescriptions normatives, de la rencontre entre alimentation et paysages urbains, et de l'invention de nouvelles pratiques culinaires. Par exemple, S. Kapadia interroge les notions de confiance et de défiance à Baroda (État du Gudjarat, Inde), à partir de la consommation hors domicile d'étudiants et de la popularité non démentie des « nouilles Maggi » depuis trois décennies, et ce malgré une crise sanitaire récente. De son côté, L. Martinez-Lomelí analyse les tensions entre injonctions sanitaires et patrimoniales à Mexico et Guagalajara (Mexique). Enfin, Y. Berton-Ofouémé présente les transformations de la cuisine urbaine à Brazzaville (République du Congo), du début des années 1990 à 2018, entre invention de nouveaux mets par les citadins (salades de crudités, peau de porc grillée) et diversification de la cuisine de rue. Si tous les continents y sont dorénavant représentés, la restauration hors domicile revêt des significations différentes selon les catégories socio-professionnelles. Dans un contexte de difficultés économiques, elle permet en particulier une alimentation à moindre coût et la création d'activités.

En conclusion, les coordonnateurs de cet ouvrage soulignent que ces analyses permettent de « questionner le regard habituellement porté, le plus souvent depuis le Nord, sur l'alimentation dans les villes du Sud ». Ces contributions échappent aux regards souvent « catastrophistes » ou « dénonciateurs » et documentent non pas des mouvements d'« uniformisation », de « convergence » ou de « transition », mais une grande diversité de situations et de trajectoires.

Julia Gassie, Centre d'études et de prospective

Lien : Éditions Quæ

03/07/2020

Des pistes pour améliorer la résilience du système alimentaire britannique

En réponse à une saisine du gouvernement en 2019, et en écho à la pandémie de Covid-19, le Parlement britannique a publié une note qui rappelle la nécessité de garantir la résilience du système alimentaire national et propose quelques pistes pour atteindre cet objectif. Parmi celles-ci, les auteurs mettent en avant la combinaison d'approches variées (ex. : production locale et commerce international), le fait de reposer moins sur les chaînes Just-in-time que sur des produits pouvant être stockés, et l'amélioration des infrastructures locales et régionales (ex. : privilégier de nombreux petits abattoirs locaux plutôt que quelques super-structures). Réduire les émissions de gaz à effet de serre en développant l'économie circulaire et la lutte contre le gaspillage, promouvoir la transparence des chaînes alimentaires, leurs externalités sociales et une alimentation plus saine figurent aussi parmi les préconisations. Selon les auteurs, un organisme public indépendant, capable de développer une vision globale du sujet, pourrait être chargé de les mettre en œuvre.

Source : UK Parliament Post

15:05 Publié dans Mondialisation et international | Lien permanent | Tags : royaume-uni, résilience, système alimentaire |  Imprimer | | | | |  Facebook

Ghana, Tanzanie, Zimbabwe : emploi et représentations de l’avenir des jeunes ruraux

Un article publié en mai 2020 dans le Journal of rural studies étudie l’entrée des jeunes dans la vie professionnelle, dans des régions rurales de l’Afrique subsaharienne qui connaissent toutes un essor des activités de transformation, de transport et de commercialisation des productions agricoles. L’étude qualitative de T. Yeboah et ses collègues auprès de 117 jeunes montre que ces territoires leur offrent un éventail d’opportunités : ils trouvent des emplois rémunérés ou s'installent à leur compte en agriculture, dans la transformation alimentaire ou les services. Le sexe, le diplôme et une parentèle favorisant l’accès aux facteurs de production différencient les trajectoires. De plus, selon les auteurs, l’absence de titre de propriété foncière ne constitue pas un obstacle majeur à l’activité agricole, alors que la protection des individus contre les risques de tous ordres est, elle, un enjeu majeur de la sécurisation des parcours. Questionnés sur leur représentation de l’avenir, les individus mentionnent moins la migration que l’extension de leur activité.

Les types et contenus de l’activité professionnelle selon les pays

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Source : Journal of rural studies

Source : Journal of rural studies

15:03 Publié dans Mondialisation et international, Société, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : ghana, zimbabwe, tanzanie, jeunes, rural |  Imprimer | | | | |  Facebook

02/07/2020

Des dispositifs de lutte contre la déforestation importée encore peu efficaces

Un récent avis du Conseil économique, social et environnemental (CESE) revient sur le poids important de l'Union européenne dans la déforestation importée, et sur la relative inefficacité des dispositifs visant à la réduire. En effet, ils sont foisonnants, peu contraignants, manquent de cohérence et la coopération avec les États tiers demeure insuffisante. Le CESE recommande notamment d'accélérer la transformation des filières responsables de la déforestation importée.

Source : CESE

16/06/2020

Covid-19 et risques associés aux restrictions aux exportations

Dans un Policy Research Working Paper publié en mai (voir également ce billet de blog), une équipe de la Banque mondiale analyse les impacts potentiels de la crise sanitaire du Covid-19 sur les marchés alimentaires mondiaux, en matière de volumes exportés et de prix. Plusieurs facteurs, tels que la réduction du volume de travail (maladies, mobilité réduite, etc.) et les ruptures de chaînes logistiques, sont susceptibles de causer un choc d'offre négatif. Cependant, cette contraction initiale de l'offre pourrait aussi avoir des effets multiplicateurs si elle conduisait les pays à mettre en place, en cascade, des restrictions aux exportations pour s'isoler du marché mondial dans le but de sécuriser l'approvisionnement de leur marché intérieur. Ce phénomène bien connu des théoriciens des jeux a eu des précédents au cours des années 2008-2011, et a contribué directement à 30 à 40 % de l'accroissement total des prix pour certains produits alimentaires.

Pour estimer le choc d'offre initial au niveau mondial, les auteurs ont tenu compte de la réduction des exportations alimentaires chinoises, en janvier et février 2020, par rapport à leurs valeurs sur la même période en 2019. Ils ont ensuite fait l'hypothèse que le choc d'offre serait proportionnel au contenu en travail peu qualifié des exportations considérées, afin d’en déduire la réduction totale de l'offre de travail de façon différenciée selon les produits agricoles.

Les estimations des auteurs confirment le rôle multiplicateur important, de l'ordre de 3, des cascades de restrictions aux exportations agricoles et agroalimentaires. Un choc d'offre mondial similaire à celui analysé pour la Chine conduirait à une baisse des exportations en volume de - 12,7 %, et à une hausse des prix moyens de 4 %. En cas d'escalade des restrictions aux exportations, leur volume pourrait chuter de - 40 % et la hausse des prix atteindre + 12,9 %, avec des différences notables selon les produits : + 16,1 % pour les céréales, + 7,8 % pour le lait et les œufs, + 24,9 % pour les légumineuses, etc. Les premières victimes seraient les pays les plus dépendants des importations alimentaires (cf. figure), notamment au Maghreb, au Proche-Orient (Yemen, etc.) et en Asie centrale (Tadjikistan, Azerbaïdjan, etc.). Les auteurs soulignent ainsi l'importance de politiques commerciales coopératives et le besoin d'un suivi en continu des marchés alimentaires mondiaux.

Augmentations des prix pondérées par les volumes pour les pays dépendants des importations alimentaires, dans le cas du scénario d'escalade de restrictions aux exportations

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Source : Banque mondiale

Julien Hardelin, Centre d'études et de prospective

Source : Banque mondiale

12/06/2020

Fields of Gold. Financing the Global Land Rush, Madeleine Fairbairn

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Les réflexions sur les rapports entre capital et agriculture sont anciennes mais elles connaissent un renouveau depuis une quinzaine d'années, en raison de l'intérêt croissant de certains investisseurs financiers en faveur du foncier agricole. Ce phénomène, composante de ce que l'on qualifie parfois de « financiarisation » de l'agriculture, est source de vives controverses. Dans cet ouvrage clair et synthétique, Madeleine Fairbairn, figure incontournable du courant anglo-saxon des études agraires critiques (Agrarian Studies), analyse cette « ruée vers la terre » de manière originale : elle se place du point de vue des investisseurs, alors que les recherches sont habituellement focalisées sur les conséquences de leurs décisions pour les agricultures familiales des pays ciblés.

Le premier chapitre montre qu'aux États-Unis, la finance a commencé à acquérir des terres dès 1990. Les débuts sont toutefois balbutiants, l'agriculture peinant à atteindre les rentabilités à deux chiffres auxquelles Wall Street est habituée. La crise de 2008 et la hausse des prix agricoles changent néanmoins la donne. Rapidement, le marché foncier étasunien ne suffit plus à absorber la masse de capitaux disponibles, conduisant ainsi à l'internationalisation du phénomène.

Le deuxième chapitre se penche sur la rationalité économique des investisseurs. L'auteure montre que ces derniers considèrent d'abord le foncier comme un actif financier rare, tel l'or, dont la valeur tend à s’accroître au cours du temps, et non comme un facteur permettant de produire des denrées agricoles. En d'autres termes, ils misent davantage sur l'augmentation de la valeur des terres, pour rentabiliser leur investissement, que sur les revenus tirés de la production.

Cette approche se heurte toutefois aux spécificités du foncier agricole, qui en font un actif financier à part. Ces particularités (hétérogénéité, illiquidité, etc.) et les outils mis en place par la finance pour les contourner, sont passés en revue dans le troisième chapitre. Enfin, la dernière partie montre la difficulté que rencontrent les États pour limiter l'ampleur de ces investissements. Portant un regard critique sur ce phénomène de financiarisation, l'auteur suggère en conclusion de s'inspirer des théories de l'économiste du XIXe siècle Henry Georges, qui proposait de taxer lourdement les gains liés à l'accroissement de la valeur des terres.

Mickaël Hugonnet, Centre d'études et de prospective

Lien : Cornell University Press

11:54 Publié dans Agriculteurs, Mondialisation et international, Territoires | Lien permanent | Tags : foncier, fairbairn, financiarisation |  Imprimer | | | | |  Facebook

10/06/2020

Agriculture et pauvreté rurale au Mexique

Le Centro de Estudios para el Desarrollo Rural Sustentable y la Soberanía Alimentaria (CEDRSSA) est un organisme d'appui technique rattaché à la Chambre des députés du Mexique, à l'origine de travaux sur le développement rural et la souveraineté alimentaire. Publié en mars 2020, un document est consacré au rapport entre pauvreté rurale et agriculture, secteur dans lequel 65 % de la population (soit un quart du total du pays) sont considérés comme pauvres, et 23 % en état d’extrême pauvreté. En 2018, les trois quarts de la population rurale parlant une langue indigène sont en situation de pauvreté, les femmes étant les plus touchées. Ces données ont été obtenues grâce à une méthode de mesure « multidimensionnelle » forgée par le Conseil national d'évaluation de la politique de développement social (Coneval) en 2008, mobilisant diverses variables : taille du lieu d'habitation, accès à l'alimentation, aux services, à l'éducation, à la santé et à la sécurité sociale, etc.

Évolution du nombre de Mexicains en situation de pauvreté, entre 2008 et 2018

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Source : CEDRSSA

Lecture : axe des ordonnées en « millions de personnes ». Population totale du Mexique : 126 millions.

Selon les auteurs, sur la période récente, la politique agricole productiviste et visant la satisfaction du marché intérieur mexicain, a stimulé les exportations qui sont devenues un moteur de la croissance du secteur, en lien avec le Traité entre le Mexique, les États-Unis et le Canada (TLCAN/T-MEC). Cependant, dans ce contexte de libéralisation des échanges commerciaux, les produits agricoles de ces deux pays sont souvent plus compétitifs que ceux de la production locale. Ces évolutions n'ont donc pas amélioré les conditions de vie des ouvriers agricoles et de leurs familles, dont on estime le nombre à presque six millions. Plus de 90 % d'entre eux sont précaires, sans contrat de travail ni protection sociale, et doivent prendre en charge leur subsistance pendant les périodes d’inactivité inter-récoltes. Par ailleurs, les petits et moyens agriculteurs (86 % du total) sont relativement âgés et ont une scolarité limitée. Ils ont peu d'accès à l'assistance technique et aux financements, disposent de faibles revenus et subissent les effets de la dégradation des ressources naturelles et de l’augmentation des risques climatiques. Les auteurs soulignent également que les politiques publiques visant à surmonter ces difficultés ont été dispersées et insuffisamment financées. Ils estiment enfin qu'il faudrait désormais privilégier une stratégie visant l'appui institutionnel et technique aux agriculteurs les plus pauvres, avec des financements conséquents et une coordination cohérente.

Hugo Berman, Centre d'études et de prospective

Source : CEDRSSA

11:35 Publié dans Agriculteurs, Mondialisation et international, Société | Lien permanent | Tags : mexique, pauvreté, rural |  Imprimer | | | | |  Facebook

09/06/2020

Gouvernance et enjeux du foncier rural au Mali

Un séminaire sur le Mali, organisé en 2019, auquel participèrent des experts du CTFD et de l'AFD, ainsi que des fonctionnaires et membres d'organisations paysannes et civiles du Mali, a donné lieu à la publication d’une note de synthèse en mars 2020. Celle-ci aborde trois enjeux : la Loi foncière agricole (LFA) adoptée en 2017, les terres irriguées gérées par l'Office du Niger et les conflits violents provoqués par la gouvernance du foncier agropastoral. Les débats ont mis en avant des avancées telles que la méthodologie « ascendante » d’élaboration de la LFA, mais son application reste incertaine compte tenu de la faible présence de l’État sur l'ensemble du territoire. Par ailleurs, la pression foncière, la micro-parcellisation et la précarité de nombreux exploitants sont autant d'obstacles à une gestion plus juste (mieux distribuée entre les différentes parties) au sein de l'Office du Niger. Enfin, les conflits autour du foncier agricole et pastoral sont davantage expliqués par des aspects économiques, politiques, territoriaux, identitaires et religieux que par le mode de gestion des terres.

Source : CTFD

11:20 Publié dans Développement, Mondialisation et international, Territoires | Lien permanent | Tags : mali, foncier |  Imprimer | | | | |  Facebook

13/05/2020

Les marchés agroalimentaires des sous-régions d'Asie : un modèle voué à l'échec ?

L'International Food Policy Research Institute (IFPRI) a publié, en avril, un document de discussion sur les freins à la mise en place d'accords régionaux de commerce de produits agroalimentaires dans trois sous-régions d'Asie, regroupant 17 pays (Asie centrale, Asie du Sud, Asie du Sud-Est). Les auteurs étudient deux périodes (1998-2002 et 2013-2017), au cours desquelles ils observent que ces pays ont peu échangé de produits agroalimentaires entre voisins.

En analysant les données d'échanges et un indice de complémentarité entre partenaires commerciaux, ils montrent que les petits pays arrivent à développer des niveaux de complémentarité commerciale plus élevés, par des accords bilatéraux avec un ou deux grands pays voisins, que par un accord régional avec plusieurs pays de leur taille dans la même sous-région. Par ailleurs, les auteurs remarquent que les exportations et les importations sont concentrées, pour chaque pays, sur une dizaine de produits. Or, les marchés principaux pour ces produits ne se trouvent pas à l'échelle sous-régionale : ce qu'un pays exporte n'est pas nécessairement ce qu'un autre pays de la même sous-région cherche à importer. Il y a donc une incompatibilité entre offre et demande, qui pénalise surtout les petits pays. Par exemple, le Bangladesh exporte ses produits agroalimentaires à 43,5 % vers l'Asie mais seulement à 16,7 % vers l'Asie du Sud, sous-région dont il fait partie. Alors que 50 % de ses exportations sont des poissons et crustacés, seulement 2,2 % sont destinés à l'Asie du Sud, faute de demande.

S'agissant des grands pays, il apparaît que la taille du marché sous-régional est trop petite pour absorber les volumes qu'ils exportent ou pour leur fournir ceux qu'ils souhaitent importer. Cela les conduit à chercher des grands partenaires commerciaux en dehors de la sous-région plutôt qu'à bénéficier d'un accord de commerce régional.

Ces différentes observations permettent aux auteurs d'expliquer pourquoi les accords de commerce régionaux ne se développent pas davantage dans ces zones, malgré la volonté réelle des gouvernements de pays en développement d'Asie de réduire leur dépendance commerciale vis-à-vis de quelques grands partenaires internationaux.

Pour les 10 commodités agroalimentaires les plus exportées, parts destinées aux marchés sous-régional, asiatique et mondial

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Source : IFPRI

Vincent Hébrail-Muet, Centre d'études et de prospective

Source : IFPRI