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06/04/2018

Le partage de l'eau. Une réflexion géopolitique, Frédéric Lasserre, Alexandre Brun

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L'eau est une ressource non rare que de mauvais choix politiques et économiques tendent à raréfier. Sa répartition et ses usages dépendent souvent moins des dotations naturelles que de rivalités étatiques et stratégiques. Telle est la thèse défendue par les géographes F. Lasserre (université Laval, Québec) et A. Brun (université de Montpellier), dans ce livre alerte, fourmillant d'exemples concrets, très informé mais néanmoins accessible. Les questions agricoles y occupent une place de choix, qu'il s'agisse de diagnostics présents ou de réflexions prospectives.

Les grands enjeux liés à l'eau sont rappelés dès le départ : surexploitation, pollution, gaspillage, alimentation humaine, biodiversité, inondations ou stress hydrique, fragilisation des productions agricoles alors même qu'elles représentent 70 % des prélèvements d'eau douce. Pour résoudre ces problèmes, la gestion par « bassin versant », apparue en France dès le XVIIe siècle, est aujourd'hui généralisée, mais les parties prenantes ont souvent du mal à s'entendre sur les objectifs et les moyens, comme le montrent les exemples de la Dordogne et du Mékong. Quant au droit international de l'eau, il reste faible, assez flou, peu utilisé, empreint de tensions entre logique de souveraineté territoriale et logique d'intégrité de la ressource. Pour autant, l'eau n'a pas été jusqu'à maintenant une cause directe de guerres ; elle n'est qu'un facteur de tensions supplémentaires, dans le cadre de relations internationales ou inter-régionales déjà dégradées. C'est ce que montre le chapitre consacré aux vives disputes entre les dix pays riverains du Nil, tous ayant le plus grand mal à réorienter leurs politiques d'agriculture intensive irriguée. Le chapitre sur le désastre de la mer d'Aral pointe la même responsabilité, primordiale, des choix de développement agricole : d'abord encouragée par la doctrine des grands travaux chère au pouvoir soviétique, l'irrigation massive, aujourd'hui devenue irréversible, illustre les conséquences de l'imposition d'un modèle économique inadapté aux ressources disponibles. En contexte capitaliste, les mêmes erreurs produisent les mêmes catastrophes, puisque l'épuisement du Colorado est surtout imputable aux prélèvements agricoles (80 % de la consommation totale dans l'Ouest américain), loin devant les fontaines de Las Vegas ou les golfs de l'Arizona stigmatisés par les médias ! Au-delà de ce sombre tableau, des raisons d'espérer viennent des efforts réalisés, partout dans le monde, pour mieux utiliser et partager l'eau. Elles viennent aussi des villes moyennes et métropoles où les fleuves ne sont plus seulement des axes de transport ou des exutoires d'égouts, mais des espaces publics réinvestis, renaturés, apaisés et touristiques, en train d'inventer les nouvelles sensibilités et représentations, plus respectueuses de l'eau, qui s'imposeront demain.

Bruno Hérault, Centre d'études et de prospective

Lien : Éditions Odile Jacob

05/04/2018

Règles d'origine : le risque d'un Hard Brexit caché pour les exportateurs de produits alimentaires ?

Publié courant mars 2018, un rapport pour la Food and Drink Federation du Royaume-Uni propose un panorama de la question des règles d'origine dans le contexte du Brexit, et insiste sur l'importance de bien prendre en considération les effets possibles, sur les chaînes globales de valeur, de leurs évolutions en fonction des scénarios envisagés. Les auteurs soulignent particulièrement le risque d'un « Hard Brexit caché » en cas de disruption des chaînes globales de valeur. Le rapport présente quelques exemples concrets afin d'illustrer son propos (barres chocolatées, pizza, plat préparé au poulet, etc.), en procédant à une comparaison des différentes approches envisageables en matière de règles d'origine : le système paneuro-méditerranéen de cumul de l’origine, et le protocole sur les règles origine annexé au CETA.

Source : Food and Drink Federation

09:12 Publié dans Mondialisation et international, Production et marchés | Lien permanent | Tags : brexit, origine, exportations, royaume-uni, cgv |  Imprimer | | | | |  Facebook

04/04/2018

Rapport de la Banque mondiale sur le changement climatique et les migrations internes

La Banque mondiale a publié le 19 mars 2018 un rapport intitulé Groundswell : se préparer aux migrations climatiques internes (résumé disponible en français). Pour la première fois, des effets graduels (sécheresses, mauvaises récoltes, élévation du niveau de la mer) du changement climatique sont introduits dans la modélisation, à 2050, de la répartition future des populations à l'intérieur des pays. L'Afrique subsaharienne, l'Asie du Sud et l'Amérique latine (55 % de la population des pays en développement) sont plus particulièrement étudiées, avec trois scénarios : l'un de référence « pessimiste » (émissions élevées de gaz à effet de serre et trajectoires de développement inégales), un autre de développement plus inclusif (émissions élevées et trajectoires améliorées) et le dernier plus favorable au climat (émissions réduites et développement inégal). Les migrations climatiques internes pourraient dépasser les 143 millions de personnes à 2050 (scénario de référence), dont 86 millions en Afrique subsaharienne, 40 millions en Asie du Sud et 17 millions en Amérique latine. L'analyse est également détaillée pour l'Égypte, le Bangladesh et le Mexique. Enfin, les auteurs identifient trois sujets pour lesquels une action concertée permettrait de réduire le nombre de migrants climatiques internes : la réduction rapide des émissions de GES, l'intégration de cette migration dans la planification du développement, une meilleure compréhension de ces dynamiques.

Projections de l'immigration nette, dans et hors des zones de vie au Mexique, selon les trois scénarios, à 2020 et 2050

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Source : Banque mondiale

Source : Banque mondiale

Une comparaison internationale de la prise en compte, par les entreprises, du bien-être animal

En février 2018 est paru le sixième rapport du programme Business Benchmark Animal Welfare (BBFAW), conçu pour « améliorer les rapports d'entreprise sur la gestion, les politiques, les pratiques, les processus et la performance du bien-être des animaux d'élevage ». Il est financé par les ONG Compassion World Farming et World Animal Protection et la société d'investissement Coller Capital. Basée sur les réponses à un questionnaire des 110 entreprises alimentaires adhérentes au programme (producteurs, distributeurs et chaînes de restauration), originaires de 18 pays, cette publication évalue leur gestion du bien-être animal via différents critères : administration de facteurs de croissance ou d'antibiotiques, étourdissement avant l'abattage, confinement des animaux dans certains élevages hors-sol, etc. Ce sixième rapport souligne l'importance croissante de la prise en compte de cette question par les entreprises, mais aussi le coût de la mise aux normes et le manque de retour sur investissement des produits « éthiques ».

Évolution de la prise en compte du bien-être animal par les entreprises

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Source : Business Benchmark on Farm Animal Welfare

Source : Business Benchmark on Farm Animal Welfare

13/03/2018

Agir sur les consommations alimentaires : l'Argentine et le contexte latino-américain

Cet article, publié dans la revue Oilseeds & fats Crops and Lipids, analyse l'évolution des consommations alimentaires et des politiques publiques nutritionnelles en Amérique latine, et plus particulièrement en Argentine. En 2014, 60 % de la population de ce pays étaient concernés par des problèmes de surpoids ou d'obésité. Entre 1961 et 2011, si le nombre de calories consommées n'a pas augmenté, la composition du régime alimentaire a changé, en raison notamment de l'évolution des prix relatifs des aliments et du pouvoir d'achat : + 40 % de sucres, + 50 % d'huiles végétales, - 50 % de fruits et légumes, - 12 % de viandes, avec une part croissante des produits ultra-transformés.

L'article s'intéresse plus précisément à une expérience, réussie selon l'auteure, de remplacement des acides gras trans de l'huile de tournesol, en partie responsables des maladies non transmissibles (dont cardiovasculaires) liées au surpoids et à l’obésité. L'initiative « Argentina 2014 Libre de Grasas Trans », qui a servi de modèle dans d'autres pays latino-américains, est le résultat d'une collaboration entre l'Universidad Nacional de La Plata et Dow Agrosciences : elle a abouti au développement d'une nouvelle variété de tournesol riche en acide oléique, améliorant les qualités nutritionnelles des produits transformés sans incidence sur les prix à la consommation. 40 % des acides gras trans produits en Argentine ont ainsi été remplacés

Plus largement, en Amérique latine, les politiques nutritionnelles, dont l’ancienneté, la diversité et le degré de succès varient, ont été confrontées à la coexistence de l'insécurité alimentaire (faim, malnutrition, déficits en micronutriments) et de la surcharge pondérale qui touche, selon les pays, entre 38 % et 69 % de la population. Faute d'une définition d'une politique alimentaire et nutritionnelle cohérente, les efforts des États ont suivi une logique d'accumulation de mesures et d'actions qui, pour l'auteure, a nui à la réussite des stratégies dédiées.

Hugo Berman, Centre d'études et de prospective

Source : Oilseeds & fats Crops and Lipids

08/03/2018

Vulnérabilité des industries du Royaume-Uni au Brexit : une analyse en équilibre partiel par secteur et région

Une récente note conjointe de l'UK Trade Policy Observatory, de l'université du Sussex et de Chatham House analyse les impacts du Brexit sur 122 secteurs industriels, dont l'agroalimentaire. Les auteurs ont estimé ces impacts par modélisation en équilibre partiel avec substitution imparfaite des variétés de produits. Cinq scénarios ont été considérés : Espace Économique Européen (EEE) ; Accord de Libre Échange (ALE) avec l'Union européenne et FTA67 (soit les 67 pays ayant des ALE avec l'UE) ; ALE avec l'UE ; absence d'accord ; ALE avec FTA67 et le reste du monde. Les résultats soulignent l'hétérogénéité sectorielle et régionale des impacts du Brexit. Si la production agroalimentaire domestique pourrait augmenter, les auteurs soulignent que les expansions sectorielles se feraient au détriment des consommateurs et des industriels, qui verraient les prix des produits finaux et intermédiaires augmenter.

Source : Chatham House

10:13 Publié dans 1. Prospective, IAA, Mondialisation et international | Lien permanent | Tags : royaume-uni, brexit, vulnérabilité, industries |  Imprimer | | | | |  Facebook

07/03/2018

Accords commerciaux : les économistes mal armés pour en estimer les conséquences

Dans un article au titre provocateur (What do trade agreements really do?), publié sur le site de l'université Harvard, l'économiste Dani Rodrik remet en cause la capacité de la science économique actuelle à évaluer les effets des accords commerciaux dans leur forme la plus récente (ex : accord trans-pacifique), qui concernent en particulier les secteurs agricoles et agroalimentaires. Partant du constat que ces accords ne se réduisent plus à des baisses de protection douanière, mais intègrent de plus en plus des normes sociales ou sanitaires, des règles d'arbitrage ou de propriété intellectuelle, il considère que les outils classiques de l'analyse économique ne suffisent plus à estimer si les effets seront, au final, globalement bons ou mauvais. De plus, dans une approche d'économie politique, il avance que s'ils constituent un contrepoids aux pressions politiques protectionnistes de certains groupes d'intérêt, ces accords peuvent à l'inverse renforcer les situations de rente d'autres intérêts tels que les entreprises multinationales, aux dépens de l'intérêt général.

Ainsi, pour l'auteur, même lorsque les accords conduisent à une augmentation des échanges et des investissements, les économistes devraient être plus prudents avant d'affirmer que leurs effets globaux seront bénéfiques.

Source : université Harvard

Co-combustion de bois dans les centrales à charbon américaines : plus d'emplois à court terme, mais plus d'émissions de CO2 à long terme

Telle est la principale conclusion du Policy Brief récemment publié par la Chaire Économie du Climat sur la base de propositions présentées à la Maison Blanche par FutureMetrics, cabinet de consultants américains spécialisé dans le pellet de bois. En effet, la production d'électricité issue de centrales à charbon est actuellement très concurrencée par les centrales thermiques fonctionnant à partir de gaz de schiste. Or, les emplois mobilisés dans les premières sont trois fois plus importants que dans les secondes. La filière forestière est elle-même en difficulté en raison de la baisse d'activité dans la filière papetière. L'introduction de 10 % de pellets de bois dans les centrales à charbon permettrait de réduire sensiblement les émissions de CO2 du secteur, tout en soutenant l'emploi dans les filières charbon et forêt-bois.

L'auteur du Policy Brief alerte sur les risques d'une telle stratégie à long terme, en particulier pour la transition énergétique et la ressource forestière aux États-Unis. Il admet toutefois que ce type de stratégie puisse être utilisé de manière transitoire en phase d'investissement dans les énergies renouvelables.

Source : Chaire Économie du Climat

06/03/2018

Conférence au SIA sur l'avenir de la filière laitière néo-zélandaise

À l'occasion du Salon international de l'agriculture (SIA), l'Institut de l'élevage a organisé une conférence portant sur la production de lait en Nouvelle-Zélande (dont une vidéo est disponible en ligne). Il s'agissait de présenter les résultats d'un voyage d'étude auquel ont pris part une quinzaine de participants venus d'horizons divers (coopération, conseil, fédérations de producteurs et de transformateurs). Prenant la parole à tour de rôle, ces derniers ont dressé un état des lieux des défis auxquels la filière laitière néo-zélandaise est confrontée.

Pour les participants, cette dernière est aujourd'hui à un tournant. L'augmentation des coûts de production et du niveau d'endettement des éleveurs, ainsi que les contraintes environnementales de plus en plus prégnantes, interrogent quant à la capacité de la filière à poursuivre sa croissance. La question du Brexit et du futur accord de libre-échange Union européenne - Nouvelle-Zélande a également été évoquée. Si l'UE n'est pas un marché cible pour les Néo-Zélandais, ces derniers voient plutôt d'un bon œil le départ du Royaume-Uni. Ils espèrent pouvoir ainsi ré-investir ce marché aujourd'hui principalement alimenté par les Irlandais et les Néerlandais.

Source : Institut de l'élevage

09:53 Publié dans Mondialisation et international | Lien permanent | Tags : sia, conférence, lait, nouvelle-zélande, brexit |  Imprimer | | | | |  Facebook

Pourquoi les nouveaux malthusiens se trompent

Depuis plusieurs années, les idées malthusiennes connaissent un certain renouveau, reprises par diverses orientations idéologiques (des « écolo-catastrophistes » aux « mouvements conservateurs ou d'extrême-droite »), et mettant en avant que la population humaine serait trop nombreuse par rapport aux ressources disponibles, au défi écologique et aux conditions nécessaires à la stabilité politique et économique. Terra Nova a publié début 2018 une note contrecarrant ces arguments. Pour ses auteurs, c'est plus la répartition des ressources qui est problématique que leur quantité ; le rythme de croissance de la population mondiale ralentit sous l'effet de la transition démographique ; les « progrès techniques mis au service d'une agriculture soutenable » pourront, comme hier, être sources de solutions. Population, progrès, production et consommation sont ainsi des variables étroitement liées et, pour répondre au défi démographique, il faut tant infléchir, de manière significative, les modes de production et de consommation, qu'investir dans les innovations vertes et dans l'éducation, en particulier des femmes.

Source : Terra Nova

09/02/2018

Le nouveau capitalisme agricole. De la ferme à la firme, François Purseigle, Geneviève Nguyen, Pierre Blanc (dir.)

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En France, les politiques publiques, la recherche scientifique et les représentations sociales privilégient, de longue date, le modèle de l'agriculture familiale, celui d'une organisation productive de dimension humaine où les propriétaires des moyens de production gèrent l'entreprise et y travaillent. Il s'agirait là d'une constante à protéger, d'un invariant agricole à prolonger. Dans le même temps, partout dans le monde s'imposent des formes non familiales de rapport au foncier, de capitalisation des exploitations, de financiarisation, de management du travail, de spécialisation technique, de commercialisation des produits, etc. Les fermes intègrent de plus en plus des caractéristiques de la firme industrielle et commerciale, et ce nouvel esprit productiviste symbolise l'étape actuelle du capitalisme agricole.

En s'appuyant principalement sur les résultats du programme de recherche ANR Agrifirme (2010-2013), le pari – tout à fait réussi – du livre, est de cerner les contours de cette recomposition agraire, d'en comprendre les grandes tendances et d'en souligner la diversité géographique et sectorielle. La dizaine de chapitres, tous très documentés, répond à la fois à une forte ambition théorique (construire un cadre d'analyse interdisciplinaire capable de saisir les mutations en cours) et à un réel souci empirique (décrire des situations concrètes variées). Quatre figures typiques sont privilégiées : les firmes financières et spéculatives, les firmes de groupe, les firmes commerciales de production, et enfin les formes nouvelles d'intégration vers l'amont agricole.

La richesse du livre est telle qu'on se contentera ici d'en donner un aperçu général. Une première série de textes est consacrée aux approches économique et sociologique de la firme agraire : racines historiques, zones de développement, caractéristiques, finalités, spécialisations, statuts juridiques, acteurs concernés, modes de fonctionnement, etc. Un deuxième ensemble de chapitres s'intéresse aux dimensions géographique et géopolitique de ces firmes : stratégies de localisation, relations avec les populations locales ou les autorités politiques, enjeux de puissance commerciale, inscription dans les relations internationales et la mondialisation, etc. Très intéressantes sont, entre autres, les pages dédiées à la description de situations nationales : Afrique du Sud, Indonésie, Argentine, Brésil, Arabie saoudite, etc. Au total, l'ouvrage offre un large tour d'horizon du processus de modernisation des activités agricoles et montre comment s'affirment, à l'échelle de la planète, des agricultures sans agriculteurs.

Bruno Hérault, Centre d'études et de prospective

Lien : Presses de Sciences Po

08/02/2018

L'International Grains Council (IGC) – Le Conseil international des céréales

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Créé en 1995 et actuellement basé à Londres, l'International Grains Council (IGC) est l'héritier de deux organismes intergouvernementaux successifs, le Wheat Advisory Committee (1933) et l'International Wheat Council (1949), en charge de la surveillance de la mise en œuvre des International Wheat Agreements (IWA). Ces accords internationaux sur le blé étaient issus de conférences internationales organisées périodiquement, depuis les années 1930, pour faire face aux crises récurrentes du marché.

Centré à l'origine sur le commerce du blé, le domaine d'action de l'IGC s'est étendu par la suite au commerce du riz, du soja et des céréales secondaires (maïs, orge, avoine par exemple). Les IWA étaient centrés sur la stabilisation des cours et la sécurisation des pays importateurs, par des contrats multilatéraux avec des fourchettes de prix et des ventes garanties. En 1968, ces accords ont été remplacés par l'International Grains Arrangement (IGA), lequel a été scindé en deux instruments juridiques distincts : la Wheat Trade Convention, qui reprenait globalement les dispositifs de l'IWA, et la Food Aid Convention, qui prévoyait un approvisionnement annuel de plus de 4 millions de tonnes (10 millions de tonnes en 1970) de céréales, sous forme d'aide alimentaire, aux pays en voie de développement. Finalement, la Grains Trade Convention a remplacé l'IGA en 1995 et, dans la foulée, l'IGC a succédé à l'International Wheat Council.

Désormais, cet organisme a pour principale mission de surveiller la mise en œuvre de la-dite convention, de suivre et d'analyser les évolutions actuelles et futures du marché des céréales, d'observer les évolutions des différentes politiques nationales et leurs effets éventuels sur ce marché. Pour cela, le site du Conseil diffuse des informations très complètes sur le marché des céréales et oléagineux : indices de prix, cotations, bilans et projections de l'offre et de la demande mondiale à horizon de cinq ans, etc. Un abonnement permet d'accéder à des analyses plus poussées sur les marchés. En 2012, l'IGC a également rejoint le secrétariat du Système d'information sur les marchés agricoles (AMIS). Le budget de l'IGC était, en 2017, de 1,79 million de £, financé par les contributions de ses 27 membres (signataires de la Grains Trade Convention, dont l'Union européenne), proportionnelles à leur poids sur les marchés d'importations ou d'exportations de céréales et d'oléagineux.

À titre d'illustration de la diversité des publications de l'IGC, on peut retenir des projections, début 2018, de l'offre et de la demande mondiales de céréales et de soja à l'horizon 2022-2023 (voir à ce sujet un précédent billet sur ce blog), ou encore une révision à la hausse, en septembre 2016, des projections du stock mondial de blé pour la campagne 2016/2017.

José Ramanantsoa, Centre d'études et de prospective

Lien : International Grains Council

10:24 Publié dans 3. Prévision, Mondialisation et international, Production et marchés | Lien permanent | Tags : igc, céréales, blé, riz, soja, portrait |  Imprimer | | | | |  Facebook

07/02/2018

Mieux comprendre la diffusion des technologies. Quelques hypothèses à partir de l'exemple américain des tracteurs

Un working paper du National Bureau of Economic Research s'attache à réinterpréter l'histoire de la mécanisation agricole, aux États-Unis, à l'aide des outils de l'analyse économique. La diffusion du tracteur connaît une première grande vague dans les années 1920, dans les États de la Wheat Belt. Si la diffusion est rapide, les usages restent limités au labour et à la moisson. Une deuxième vague a lieu dans les années 1930, avec les tracteurs « généralistes » dans les États de la Corn Belt. Les éléments réunis par Daniel P. Gross suggèrent une double dynamique de diffusion : par effet d'échelle d'abord, puis par effet de gamme. Pertinente aussi pour d'autres exemples historiques, l'approche de l'auteur est centrée, dans l'analyse de la diffusion d'une technologie, à la fois sur le nombre d'utilisateurs et sur celui d'utilisations différentes.

Source : National Bureau of Economic Research

10:20 Publié dans Agriculteurs, Mondialisation et international | Lien permanent | Tags : etats-unis, tracteurs |  Imprimer | | | | |  Facebook

05/02/2018

Quelles conséquences de l'adoption de la RSE pour les ouvriers agricoles sud-africains de la filière de fruits à l'export ?

Dans Anthropology Southern Africa, un récent article fait un premier bilan de la certification sociale mise en place par la filière des fruits d'exportation sud-africaine (Sustainability initiative of South Africa, SIZA), premier système institué au plan mondial pour répondre aux exigences de responsabilité sociale de grands importateurs occidentaux. L'auteure, anthropologue et auditrice, analyse l'impact de l'adoption de standards internationaux au niveau des exploitations, dans un pays où la main-d’œuvre agricole a été l'une des plus concernées par le système de l'Apartheid. Pour ce faire, elle se base sur les résultats des audits menés (notamment par elle-même) depuis la mise en place de ce système volontaire, initié par l'association professionnelle Fruit South Africa.

Elle met ainsi en évidence la difficulté de définir un cadre méthodologique d'évaluation des relations sociales et des droits des travailleurs, premièrement en raison des contraintes propres à l'exercice d'audit (s'appuyant essentiellement sur des éléments quantitatifs), ensuite à cause du décalage entre standards internationaux et contextes locaux, notamment en matière de positionnements hiérarchiques des ouvriers et des chefs d'exploitation, largement hérités du passé. In fine, la mise en place de ces standards privés semble avoir contribué à améliorer les conditions de travail (santé, sécurité, salaires), sans toutefois que la causalité puisse être clairement établie ; en revanche, les résultats en matière d'autonomisation des ouvriers (prise de conscience et défense de leurs droits) restent décevants.

Source : Anthropology Southern Africa

18/01/2018

Trois chercheurs remettent en cause la politique de soutien aux assurances agricoles aux États-Unis

Tandis que les travaux législatifs sur la loi cadre pluriannuelle de la politique agricole américaine commencent, J. Glauber (IFPRI), B. Goodwin (université de North Carolina State) et V. Smith (université de Montana State), ont signé un article particulièrement critique à l'encontre du programme de soutien aux assurances agricoles, composante du Farm Bill. Publié outre-atlantique par le think tank American Enterprise Institute, ce travail valorise des publications récentes, présente des arguments en faveur de la suppression du programme de soutien aux assurances agricoles et propose des alternatives en matière de politiques publiques. Constituant, avec les mécanismes fédéraux semi-découplés de garantie sur les prix ou sur une part du chiffre d'affaires (Price loss coverage, Agricultural risk coverage), l'un des principaux dispositifs de soutien à la production, le programme subventionne les primes payées par les producteurs ainsi que les entreprises d'assurance et coûte à l’État un peu moins de 8 milliards de dollars par an (voir à ce sujet un précédent billet sur ce blog et une analyse du CEP).

Subventions du gouvernement aux agriculteurs (vert) et aux assureurs (gris)

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Source : USDA

Parmi les nombreux arguments mis en avant figurent le coût important du programme, les limites de son efficacité au vu des sommes dépensées et les risques de non-respect des engagements pris à l'OMC. 50 % des subventions aux primes, non plafonnées, profiteraient à 10 % des exploitations. Par ailleurs, les auteurs s'appuient sur des études ayant mis en évidence de nombreux impacts sur les prises de décisions des agriculteurs et leurs impacts environnementaux et économiques. Ces derniers seraient incités, par le programme en question, à labourer des prairies permanentes tandis que l'efficacité des programmes fédéraux de préservation des terres serait réduite. Une étude de l'Economic Research Service (USDA), analysant les effets d'une assurance couvrant les risques de semis non effectués, est particulièrement mobilisée. Les coûts de mise en culture seraient en effet inférieurs aux indemnités perçues, ce qui présenterait un risque de distorsion important.

Sur cette base, les chercheurs préconisent la suppression du programme de soutien aux assurances et recommandent de le remplacer par un programme d'aides directes ad hoc en cas de pertes catastrophiques, qui serait deux fois moins coûteux pour le contribuable. Toutefois, si une suppression est peu probable au vu des rapports de force politiques, les auteurs recommandent de modifier en profondeur un programme qu'ils jugent coûteux, inefficient et distorsif.

Alexis Grandjean, Centre d'études et de prospective

Source : American Enterprise Institute

11:21 Publié dans 4. Politiques publiques, Mondialisation et international | Lien permanent | Tags : etats-unis, assurances, farm bill |  Imprimer | | | | |  Facebook