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15/09/2021

L’Alimentarium

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Né en 1981, l’Alimentarium est une création de la Fondation Nestlé. Il comprend un musée localisé à Vevey (Suisse) et une plate-forme digitale, interconnectés et tous deux consacrés aux systèmes alimentaires. L'entité regroupe 25 équivalents temps plein et accueille 55 000 visiteurs par an en moyenne ; le site internet cumulait en 2020 deux millions de consultations.

Le musée offre une scénographie originale qui expose des pièces de la collection (outils agricoles, affiches, emballages, etc.) et des installations relayant des résultats de la recherche scientifique sur la production agricole, la transformation, la distribution, la consommation des denrées et la nutrition, dans une perspective historique. En matière d’élevage, les bornes interactives rappellent la naissance de l’assolement triennal et de la polyculture au Moyen-Âge ainsi que la recherche tous azimuts d’amélioration de la production au XVIIIe siècle, dont témoigne la systématisation de la sélection artificielle des espèces. Les contenus du musée reviennent aussi sur les débats que provoquent, au XXe siècle, le développement de l’ingénierie génétique, la spécialisation poussée des races choisies et la traçabilité des produits carnés.

Sur l’industrie agroalimentaire, on retiendra particulièrement les contenus sur la conservation et l’emballage des produits. Protecteur des denrées, celui-ci est aussi une interface entre le producteur et le consommateur, à une époque où les relations entre l’un et l’autre se distendent : « la boîte d’emballage, sa forme, ses couleurs et typographie, ont toujours raconté une histoire ». Sont enfin documentés les différents types de denrées et leur composition chimique, les processus métaboliques, la diversification de la demande alimentaire dans les pays très développés, sous l’effet des préoccupations environnementales et du soutien à la production locale qu’expriment certains consommateurs (les Appellations d’origine contrôlée sont décrites comme « garantes de qualité et d’authenticité »).

Le site web offre quant à lui des dossiers pédagogiques, podcasts et webséries dont certains sont destinés aux jeunes publics sur des sujets diversifiés : sécurité alimentaire ; histoire des régimes alimentaires ; définition, bénéfices et risques des OGM.

Tube digestif et neurones pour expliquer la nutrition au musée

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Source : Alimentarium

En 2020 et 2021, l’Alimentarium propose une exposition et des conférences sur le véganisme (voir une précédente brève). Mentionnant les débats sur les « faux fromages à la noix de cajou », qui agitent la Confédération depuis 2018, le musée relève que les fabricants ont associé leur préparation à l’image du « vrai fromage », dans un pays réputé pour son herbage, tout en se distanciant des exploitations animales.

Nathalie Kakpo, Centre d’études et de prospective

Lien : Alimentarium

Pastoralisme : parution d'un atlas mondial des parcours

Constitués de sept biomes parmi lesquels on trouve les « déserts », « prairies », « forêts », etc., sous différents climats, les parcours pastoraux couvrent, selon les auteurs, 54 % de la surface terrestre. En juillet 2021, un consortium de sept organisations, soutenu par le CGIAR et une entreprise privée espagnole (gmv), a publié un atlas (disponible dans des formats adaptés à la lecture en ligne et à l’impression) présentant leurs caractéristiques. Seize cartes permettent au lecteur de prendre connaissance de la couverture forestière, du type d’élevage pratiqué, du nombre de vertébrés menacés et de la productivité des terres dans les zones étudiées. Elles sont accompagnées de statistiques et de brèves descriptions des enjeux et de pistes de conservation de ces milieux, afin de sensibiliser le lecteur à la fragilité des parcours ainsi qu’à leur valeur économique et culturelle.

Répartition mondiale des zones de parcours (en couleurs)

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Source : Rangelands Atlas

Lecture : les parcours du Sahara servent à l'élevage de dromadaires et de petits ruminants (caprins ou ovins). Les couleurs sur le pourtour du Groenland correspondent à des parcours utilisés pour l'élevage de rennes.

Source : Rangelands Atlas

12:22 Publié dans Mondialisation et international, Production et marchés | Lien permanent | Tags : pastoralisme, parcours, atlas |  Imprimer | | | | |  Facebook

14/09/2021

L'Union européenne, acteur de premier plan des échanges mondiaux en micronutriments

Une équipe allemande de chercheurs a analysé les flux commerciaux liés à l'alimentation humaine et animale de l'Union européenne en fonction de leurs contenus en fer, zinc et vitamine A. Les premiers résultats ont été publiés récemment dans Ecological Economics. Pour ce faire, ils ont retracé, à partir des données sur le commerce international (FAO, 2018), les liens entre pays consommateurs et pays producteurs de matières premières, y compris pour les produits ayant subi des transformations. Les matrices offre/demande de matières premières agricoles ont ensuite été traduites en balance en micronutriments, en fonction de la teneur de chacune (figure ci-dessous).

Principaux flux d'échanges en fer, zinc et vitamine A portés par l'alimentation humaine et animale

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Source : Ecological Economics

En raison de sa dépendance aux échanges internationaux pour l'alimentation du bétail, l'UE est importatrice nette de fer et de zinc. Elle s'approvisionne, pour plus des trois quarts de ses besoins nets, auprès de pays à fort taux de malnutrition. À l'inverse, elle est exportatrice nette de vitamine A, en particulier au travers des denrées destinées aux pays en insécurité alimentaire. Ces résultats montrent le poids important de l'Union en matière de sécurité alimentaire globale.

Source : Ecological Economics

Du cultivateur au monde de la parfumerie : les pérégrinations des matières végétales naturelles

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L’émission 7 milliards de voisins (RFI) du 1er septembre dernier était consacrée à la production, la transformation et la commercialisation des matières végétales utilisées dans la parfumerie. Les avancées de la chimie, au XIXe siècle, ont révolutionné la fabrication du parfum en substituant aux composants naturels des molécules de synthèse aux coûts de production inférieurs. Les premiers conservent néanmoins un intérêt pour la parfumerie haut de gamme, qui y voit un facteur d’innovation et de distinction. Le cas de la vanille de Madagascar, où la succession d'événements climatiques extrêmes et de mauvaises floraisons a entraîné de fortes variations de prix (de 60 à 600 dollars le kilo pour la gousse), illustre toutefois la difficulté des planteurs à accéder à un revenu jugé « décent ». À l’opposé se trouve le vétiver haïtien, l’une des seules productions locales transformées sur place et exportées au bénéfice de 50 000 producteurs, mais aussi le benjoin laotien, produit de « l’agroforesterie aromatique ». Enfin, du niveau de revenu dépend la conservation des savoir-faire traditionnels (extraction, gemmage, pressage, etc.), garants de la production.

Source : Radio France internationale

Viande in vitro et impression 3-D de bœuf wagyu par une équipe japonaise

Paru dans Nature communications, un article relate l’assemblage sous forme de « steak », par une équipe de chercheurs de l’université d’Osaka, de différents types de cellules cultivées in vitro de bœuf wagyu (myocites, adipocytes, capillaires). Le procédé recourt à une impression 3-D intégrant un « bain » de gel tendineux (tendon-gel integrated bioprinting), mais les fibres obtenues ont ensuite été assemblées manuellement. Reproduire la structure persillée du bœuf japonais constitue en soi une performance. L’article livre à ce sujet d’intéressants aperçus sur les méthodes et les échelles de réalisation aujourd’hui accessibles : l'obtention d'un « steak » de 5 mm de diamètre et de 10 mm de long a nécessité la construction « de 72 fibres comprenant 42 muscles, 28 tissus adipeux et 2 capillaires sanguins ».

Vue d’ensemble du procédé

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Source : Nature communications

Lecture : a) structure d’une tranche de bœuf wagyu (« steak ») ; b) schéma de construction du prototype à partir de cultures de cellules in vitro. Sigles : FACS - fluorescence activated cell sorting ; SVF - stromal vascular fraction ; bSCs - bovine satellite cells ; bADSCs - bovine adipose-derived stem cells.

Source : Nature Communications

13/09/2021

Un outil de prévention des menaces agroterroristes liées à l'élevage

Un article publié dans One Health Outlook s'intéresse aux menaces agroterroristes liées à l'élevage. L'introduction intentionnelle de maladies animales peut permettre à un groupe terroriste de s'en prendre à un pays, de façon plus simple qu'avec des armes biologiques à destination humaine, tout en ayant des effets importants sur la santé humaine (zoonoses) ou l'économie (épizooties à forte morbidité). C'est pourquoi l'Organisation internationale pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), l'Organisation mondiale de la santé animale (OIE) et INTERPOL ont souhaité élaborer un outil de surveillance de cette forme d'action criminelle.

L'outil d'évaluation de la surveillance des maladies animales SET (Surveillance Evaluation Tool), développé en 2017 par la FAO, permettait déjà d'évaluer, à partir de 90 indicateurs, la capacité du service de surveillance d'un pays à faire face à une crise sanitaire animale. À partir du SET, les trois organisations ont développé un outil plus spécifique (finalisé courant 2021), permettant d'évaluer, en association avec des juristes (accès à certaines données, réglementation sur les libertés publiques, etc.), la capacité d'un pays à détecter une menace d'agroterrorisme liée à l'élevage. Il comporte 32 indicateurs, répartis en sept catégories, telles que « l'organisation nationale de l'épidémiosurveillance » et la « présence de laboratoires compétents ». Ce module permet au pays d'évaluer ses capacités et suggère, le cas échéant, un plan de mise à niveau à court, moyen et long termes sous forme d'un diagramme-radar (figure).

Exemple de résultat graphique de l'évaluation des capacités d'un pays fictif à détecter une menace

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Source : One Health Outlook

Lecture : le radar montre les capacités du pays à faire face à un cas d'agroterrorisme à partir de 32 indicateurs regroupés en sept catégories (organisation institutionnelle, laboratoires, épidémiosurveillance, gestion du risque, traitement des données, ressources humaines, évaluation). Plus le point est proche de la périphérie, meilleure est la capacité du pays dans le domaine concerné.

Source : One Health Outlook

État des lieux et défis pour la recherche sur la canne à sucre

En juin 2021 s'est tenue en Inde (Coimbatore) une conférence internationale consacrée à la recherche sur la canne à sucre, organisée par le Sugarcane Breeding Institute. Réunissant de nombreuses contributions, les actes qui viennent de sortir brossent un panorama des connaissances actuelles et des défis : amélioration des plantes, techniques de production, gestion des maladies et des ravageurs, mécanisation des systèmes de production, etc. Cultivée dans 103 pays, avec le Brésil, l'Inde et la Chine en tête, la canne à sucre occupe environ 25,3 millions d'hectares, pour une production annuelle d'environ 1,9 milliard de tonnes. Parmi les défis partagés au niveau mondial, figure l'amélioration des rendements : selon l'une des contributions, en 80 ans, la forte progression de la production a été liée à l'accroissement des surfaces, alors que les rendements ont dorénavant atteint un plateau. Dans ce cas, comme dans d'autres, les technologies génétiques présentent, pour les intervenants, des opportunités intéressantes. La diversification des valorisations (bioénergie, biocarburants) est un autre défi important, en particulier pour les entreprises de transformation.

Source : Sugarcane Breeding Institute

12/07/2021

Contribution des indications géographiques au maintien de l’activité agricole : une évaluation à partir d'une expérience naturelle

Parce qu’elles permettent aux agriculteurs de mieux valoriser leurs productions, les Indications géographiques (IG) sont un outil de maintien de l’agriculture dans les zones concernées. Dans un article publié dans la revue Food Policy, des chercheurs japonais ont voulu vérifier cette hypothèse. Pour cela, ils ont évalué l’impact de l’IG « Riz d’Uonoma » sur l’évolution du nombre d’exploitations et de la surface agricole utile (SAU) dans la zone d’appellation.

Pour isoler l’effet propre de l’IG, les chercheurs ont comparé la dynamique des variables étudiées (nombre d’exploitations et SAU) dans deux communes mitoyennes, l’une étant entrée dans le périmètre de l’IG en 2005 à la suite d'une réorganisation administrative (fusion avec une commune faisant partie du territoire de l'IG), l’autre ayant toujours été en dehors de celui-ci. Cette situation d’expérimentation naturelle a permis d’effectuer des comparaisons toutes choses égales par ailleurs, en contrôlant les facteurs dits « confondants » car susceptibles d’influer eux aussi sur les variables observées (conditions pédo-climatiques et historiques par exemple).

L’analyse en double différence montre que depuis 2005, le nombre d’exploitations et la SAU diminuent significativement moins vite dans la commune faisant partie du territoire de l’IG. Ceci démontre un effet propre positif de l’IG sur ces variables.

Évolution de la SAU et du nombre d’exploitations dans les deux municipalités

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Source : Food Policy

Pour les auteurs, cette moindre diminution s’explique surtout par le fait que, dans le territoire de l’IG, les agriculteurs restent en activité plus longtemps, y compris alors qu’ils pourraient partir en retraite, du fait de la meilleure valorisation économique de leur production. En revanche, aucun effet significatif sur l’installation de nouveaux exploitants n’a pu être mis en évidence. Il en résulte un vieillissement de la population agricole, qui pourrait à plus long terme compromettre le maintien de l’agriculture dans la zone d’appellation.

Au-delà de ces éléments relatifs aux IG, l’intérêt de ce travail tient notamment à la méthode employée, qui pourrait être utilisée pour l’évaluation d’autres dispositifs publics.

Mickaël Hugonnet, Centre d'études et de prospective

Source : Food Policy

09/07/2021

Analyse de la répartition de la dépense alimentaire des consommateurs

Dans un article paru au mois de juin dans Nature Food, un consortium de chercheurs issus de l’université Cornell, de l’université de Copenhague et du ministère de l’Agriculture des États-Unis (USDA) présente des travaux sur la dépense alimentaire des consommateurs. Sont calculées la part de recette revenant à l’agriculture et celle rétribuant l’ensemble des autres secteurs (transport, stockage, transformation, vente en gros et au détail, etc.), toutes deux destinées à couvrir les charges et à constituer le résultat des entreprises. Les travaux s’inspirent du food dollar présenté chaque année aux États-Unis par l’USDA, comme exigé par l’Agricultural Marketing Act de 1946.

Le travail couvre 61 pays, à revenu intermédiaire ou élevé, qui regroupent environ 70 % de la population mondiale et génèrent 90 % du revenu national brut mondial en 2017. Les tableaux entrées-sorties nationaux, publiés par l’OCDE pour la période 2005-2015, sont mobilisés. Les intra-consommations directes et indirectes ne sont pas prises en compte dans l’analyse (ex. : semences de blé pour produire du blé, maïs dans l’alimentation animale).

Les auteurs en tirent de nombreux constats dont celui, déjà partagé, de la faible part de la dépense revenant à l’agriculture (moins d’un quart en moyenne). Néanmoins, ils précisent que la diminution de cette portion s’inscrit, le plus souvent, dans un contexte de hausse de la production et des revenus agricoles. Ils prouvent statistiquement que sa baisse est liée à la hausse des revenus des consommateurs. Ils supposent alors que l’élévation de leur budget augmenterait leur consentement à payer pour des attributs non agricoles des produits alimentaires (apparence, sécurité, conservation, temps de préparation limité, etc.). Ils suggèrent que cette acceptation serait encore renforcée par la concentration des consommateurs dans des zones d’habitation éloignées des bassins de production. Dans ce contexte de revenus élevés, la demande alimentaire étant relativement peu élastique au prix, les gains de productivité de l’agriculture tendent à entraîner des baisses de prix. Les auteurs évoquent également des réflexions engagées pour le déploiement de cette méthode dans des analyses plus larges, traitant d'aspects économiques (emploi notamment) et environnementaux.

Amandine Hourt, Centre d'études et de prospective

Source : Nature Food

08/07/2021

Florent Quellier (dir.), Histoire de l’alimentation. De la préhistoire à nos jours, Paris, Belin, 2020, 800 p.

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Une histoire complète de l'alimentation est toujours une aventure éditoriale : les éditions Belin ont publié récemment dans la collection Références un ouvrage sur ce thème. Sous la direction de Florent Quellier, professeur d'histoire moderne et spécialiste du sujet, une dizaine d'auteurs contribuent à ce livre qui reprend le cahier des charges de la collection : pouvoir être lu par un large public sans concession à la qualité scientifique. Il comprend de nombreuses illustrations rendant la lecture agréable, une rubrique « Clio aux fourneaux » avec des recettes d'époque qui remplace les « Ateliers de l’historien » des autres ouvrages de la collection.

La table des matières révèle deux entorses à l'universalisme du propos. L'une est d'ordre géographique : comme souvent, cette histoire est celle de notre espace occidental, le reste du monde étant seulement convoqué lorsqu'il est traité d'importations exotiques comme lors des Grandes découvertes du XVIe siècle. L’autre, totalement assumée par le coordinateur, est d'ordre chronologique : part belle est faite aux époques les plus anciennes, le dernier chapitre se terminant en 1980, l'histoire récente étant brièvement esquissée dans les 5 pages de conclusion. Le livre se divise en trois parties chronologiques de longueurs inégales : la préhistoire et l'Antiquité occupent la moitié de l'ouvrage, tandis que 200 pages sont consacrées à l'époque médiévale et que les mondes moderne et contemporain figurent dans les 200 dernières.

Le prisme choisi montre en quoi les habitudes alimentaires reflètent des questions de civilisation, de culture, voire de modes de vie. Ainsi, les banquets de la civilisation mésopotamienne plaçaient les convives dans la pièce et leur destinaient des mets différenciés selon leur position sociale (voir sur ce même sujet l'exposition en cours au Louvre Lens et une précédente brève). Bien avant notre époque, les philosophes grecs se posaient beaucoup de questions sur le carnisme et certains recommandaient même un régime végétarien comme hygiène de vie. À l'opposé, les entraîneurs grecs ont préconisé, les premiers, une diététique athlétique hyperprotéique. L'approvisionnement alimentaire de la ville de Rome et des métropoles où les Romains étaient installés (Alexandrie, Byzance, Carthage, etc.) reposait sur le concept très moderne d'association de circuits courts et d'une logistique mondialisée (à l'échelle de la mare nostrum). Ce livre est donc un bon moyen de redécouvrir comment nos ancêtres ont (ou pas) répondu à des questions très actuelles.

Franck Bourdy, Centre d'études et de prospective

Lien : Belin Éditeur

Crise du Covid-19 et préoccupations alimentaires des consommateurs américains

Dans une étude publiée en juin 2021 dans l'European Review of Agricultural Economics, des chercheurs analysent les impacts de la crise du Covid-19 sur les préoccupations alimentaires des consommateurs des États-Unis, contribuant à expliquer les changements des comportements d'achats et modes de consommation observés (accumulation de denrées non périssables, recours aux services de livraison, etc.). En avril 2020, alors que des mesures de restriction (confinement, limitations de circulation, fermeture des écoles, etc.) étaient mises en place dans la plupart des États, les auteurs ont reconduit, auprès de 616 consommateurs, une enquête réalisée une première fois en 2015 pour comparer l'importance attribuée aux valeurs alimentaires. La notion de « valeur alimentaire » est ici définie comme les préférences pour des caractéristiques d'un produit : naturalité, goût, prix, apparence, origine, risques sanitaires, apports nutritionnels, etc.

À la lecture des résultats, le classement des valeurs alimentaires n'a pas évolué pendant la pandémie de Covid-19. Ainsi, la sécurité sanitaire, le goût, l'apport nutritionnel et le prix demeurent, dans cet ordre, les plus importantes parmi les douze évaluées. Pour autant, leur poids relatif a changé, ce qui apporte un éclairage nouveau sur les décisions d'achat et les modes de consommation durant la crise. Par exemple, la sécurité sanitaire est perçue comme moins importante qu'avant la pandémie : les auteurs l'expliquent par un plus grand contrôle des mangeurs sur leur alimentation en cette période propice à la préparation de plats maison. Les valeurs portant sur l'« expérience » du produit (le goût, l'apparence, l'apport nutritionnel) ont quant à elles pris de l'importance et peuvent être vues comme une recherche de réconfort dans une période d'incertitudes et de stress. Toutefois, ces résultats diffèrent selon les caractéristiques socio-démographiques des personnes interrogées (ex. : baisse de l'importance attribuée à la sécurité sanitaire pour les répondants de moins de 48 ans vs augmentation pour les autres), mais aussi selon les lieux de résidence (zones urbaines ou rurales, zones selon le taux d'infection).

Part de l'importance attribuée aux valeurs des aliments avant (2015) et pendant la pandémie de Covid-19 (avril 2020)

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Source : European Review of Agricultural Economics

Lecture : les points sur la diagonale correspondent à des valeurs pour lesquelles l'importance attribuée par les interviewés n'a pas évolué ; au-dessus de la diagonale, les valeurs sont plus importantes pendant le confinement ; au-dessous, elles sont devenues moins importantes.

Les auteurs soulignent que l'importance attribuée à ces valeurs alimentaires fournit des éléments d'explication des comportements, et donc des éclairages pour les politiques publiques à mener en période de crise, quand ces valeurs sont déstabilisées.

Jérôme Lerbourg, Centre d'études et de prospective

Source : European Review of Agricultural Economics

Effet du Nutri-Score sur les consommateurs : attitudes, perceptions du goût et intentions d'achat

Une étude expérimentale néerlandaise, publiée en juin 2021 par la revue Food Quality and Preference, étudie l’effet de l'étiquette Nutri-Score (NS) sur les attitudes, la perception du goût et les intentions d'achat des consommateurs envers des produits alimentaires. Les auteurs ont pour cela mené une enquête en ligne Qualtrics et une analyse de variance multivariée. 196 personnes ont été interrogées à propos de trois snacks populaires aux Pays-Bas et assignées au hasard à l’une des deux situations : avec l'étiquette NS et sans étiquette NS.

Matériaux de stimuli

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Source : Food Quality and Preference

Lecture : matériaux de stimuli pour la situation avec (1ère ligne) et sans étiquette Nutri-Score (2e ligne).

D’après l’Organisation mondiale de la santé, l’étiquetage nutritionnel figurant sur l’emballage est un outil stratégique pour lutter contre le surpoids et l’obésité. Sur la base d’une revue de littérature sur les différents modes d’affichage nutritionnel, les auteurs constatent que les preuves scientifiques concernant le NS sont mitigées. Ils émettent ensuite l’hypothèse que l'attitude et l'intention d'achat sont influencées positivement par le NS mais que la perception du goût l’est négativement. Les résultats de l’étude n'ont cependant montré aucun effet significatif du NS : les consommateurs n'ont pas eu une perception plus faible du goût des produits alimentaires avec le NS par rapport à ceux sans NS. Cela va à l’encontre des résultats de Shepherd et al. (1995), selon lesquels les croyances sur la qualité nutritionnelle, influencées par l’étiquetage, déterminent les choix des consommateurs. L’étude révèle par ailleurs que les consommateurs n’avaient pas une intention d’achat plus élevée pour les produits alimentaires avec NS par rapport à ceux sans NS.

Sachant que les Pays-Bas introduiront très prochainement le Nutri-Score, les auteurs recommandent que les recherches futures étudient si l’algorithme actuel du NS est adapté aux habitudes alimentaires des Néerlandais et conforme aux directives nationales en matière alimentaire. Ils jugent également nécessaire de sensibiliser les consommateurs à l’utilisation de l’étiquetage nutritionnel en privilégiant l’éducation et la promotion du label auprès des différents publics.

Salomé Sengel, stagiaire au Centre d’études et de prospective

Source : Food Quality and Preference

07/07/2021

WorldFish : un centre de recherche sur l'aquaculture et la pêche

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Le centre WorldFish est un organisme de recherche et d'innovation à but non lucratif, membre du Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (CGIAR, voir un précédent portrait). Fondé en 1975 à l'université d'Hawaï et maintenant basé en Malaisie, il fonctionne grâce à des financements du secteur privé, d'organisations gouvernementales (dont la Commission européenne) et non gouvernementales, ainsi que d'institutions financières telles que le Fonds international de développement agricole. Présent dans vingt pays (en Asie, en Afrique et dans le Pacifique), il emploie 460 personnes de 30 nationalités.

Ses activités se concentrent sur le développement d'une aquaculture et d'une pêche durables pour la planète et pour les humains. À l'intérieur de ce périmètre, ses thèmes de travail concernent, dans les pays à revenus faible ou moyen : le changement climatique ; la lutte contre la faim, la malnutrition et la pauvreté ; l'économie ; le genre ; et plus récemment la Covid-19. Ses actions ciblent aussi bien les petites entreprises que les politiques internationales. Les équipes du WorldFish publient des articles scientifiques mais aussi des manuels de bonnes pratiques sur l'aquaculture, encouragent la mise en place de partenariats public-privé pour favoriser l'innovation et la recherche, et lancent des projets techniques comme de management stratégique.

Par exemple, a été publiée en mai 2021 une étude de la distribution et de l'utilisation des aliments commerciaux pour poissons en Zambie et au Malawi. Ces aliments sont essentiels pour le développement de l'aquaculture dans ces pays, où la demande en poissons excède l'offre et nécessite le recours aux importations. Cependant, leur utilisation reste faible en raison de leur coût, qui s'ajoute à celui du déplacement des aquaculteurs des zones rurales vers les points de vente. Plusieurs pistes sont proposées : développer des aliments à base d'ingrédients locaux pour en réduire les coûts de production ; constituer des groupements d'aquaculteurs pour mutualiser l'achat et réduire ainsi les coûts de transport ; former les producteurs à la fabrication des aliments sur leur ferme ; faciliter l'accès des aquaculteurs à des micro-crédits ; encourager le développement des réseaux de distribution d'aliments commerciaux.

Quantité de poissons (tonnes) importés (en jaune) et exportés (en bleu) en Zambie en fonction des années

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Source : WorldFish

Aurore Payen, Centre d'études et de prospective

Source : WorldFish

Une analyse des aides européennes de crise apportées au secteur laitier

La Cour des comptes européenne a publié un rapport spécial consacré au soutien exceptionnel apporté par l'Union européenne (UE) aux producteurs de lait, au cours de la période 2014-2016. Les magistrats reviennent d'abord sur les processus qui ont contribué à cette crise, avant de rappeler les mesures mises en œuvre et de les analyser. Ils relèvent que si la Commission a réagi rapidement au déploiement de l'embargo russe sur les produits laitiers de l'UE, la réponse aux déséquilibres structurels de marché a été tardive et peu efficiente. Les mesures de réduction volontaire de la production n'ont été mises en place qu'en septembre 2016, et les stocks publics de poudre de lait écrémé ont pesé sur les marchés et retardé la sortie de crise. À partir de ce retour d'expérience minutieux, les magistrats recommandent notamment que la Commission se prépare à la gestion de déséquilibres futurs en améliorant la réactivité et le ciblage des mesures, et en évaluant le rôle du filet de sécurité.

Source : Cour des comptes européenne

06/07/2021

Une analyse des conditions du bon fonctionnement des collectifs d’agriculteurs

Les collectifs d’agriculteurs sont mis en avant, notamment par les pouvoirs publics nationaux et européens, en tant qu'instruments phares de la transition agro-écologique. Ils visent, par l’apprentissage entre pairs, à écologiser les pratiques. Pourtant, seule une minorité d’agriculteurs y participe, et leur généralisation s’avère difficile. Dans un article publié dans la revue Développement durable & territoires, deux chercheuses du Centre d'économie et de sociologie appliquées à l'agriculture et aux espaces ruraux (Cesaer) identifient les conditions du succès de ces démarches. Pour ce faire, elles analysent les trajectoires de deux collectifs, l’un ayant bien fonctionné, l’autre s’étant soldé par un échec. Elles montrent que ces groupes atteignent d’autant plus leurs objectifs qu’ils s’appuient sur des agriculteurs ayant l’habitude de travailler ensemble, et qui partagent une vision commune sur les manières de faire évoluer leurs pratiques. En revanche, lorsque le groupe est constitué ex nihilo, par exemple par un institut technique ou un organisme de développement agricole, il est plus difficile de le pérenniser et de le rendre performant.

Source : Développement durable & territoires