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08/11/2019

Raréfaction de l'eau et changement climatique : quelles proportions de surfaces en blé seraient impactées ?

Dans Science Advances est paru, fin septembre, un article étudiant la hausse potentielle des surfaces en blé soumises au manque d'eau, en raison du changement climatique. En moyenne, sur la longue période entre 1911 et 2016, environ 4,5 % des surfaces en blé auraient souffert, chaque année, d'un déficit hydrique (maximum en 2010 et 2012 avec - 15 %). Selon l'hypothèse d'émissions de gaz à effet de serre la plus pessimiste (scénario RCP 8.5 du GIEC), 60 % des surfaces actuelles pourraient subir un épisode de sécheresse sur une période de 3 ans d'ici la fin du siècle. Les dix principaux exportateurs, dont l'Europe, seraient significativement plus touchés que les autres, avec un défi pour la sécurité alimentaire si ces zones étaient atteintes simultanément. Même en supposant que l'objectif des accords de Paris soit tenu (hausse limitée à 1,5 °C), les surfaces concernées par un déficit hydrique devraient doubler d'ici 2070 par rapport à la situation actuelle.

Le prix du blé étant corrélé au manque d'eau (diminution de la production), les auteurs pensent que des politiques de stockage et commerciales sont essentielles pour stabiliser les marchés. De plus, plusieurs méthodes d'adaptation pourraient être envisagées, comme décaler les calendriers de culture pour éviter les périodes à risque. Cependant, pour l'exposition des surfaces au risque de sécheresse, cette option serait moins efficace que de limiter l'augmentation de la température à 1,5 °C.

Surfaces en blé, en pourcentage, qui pourraient être touchées par la raréfaction de l'eau en fonction de différents scénarios d'émissions de gaz à effet de serre et à plusieurs horizons temporels

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Source : Science Advances

Lecture : RCP, pour « Representative Concentration Pathway », désigne des scénarios de forçage radiatifs, représentant différents niveaux d'émissions de gaz à effet de serre. Par exemple, RCP 8.5 correspond à + 8,5 W/m².

Source : Science Advances

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13/05/2019

Les blés des oasis sahariennes : des ressources génétiques précieuses pour l’adaptation au changement climatique

Publié en février 2019 et mis en ligne sur Cairn mi-mars, Le Déméter 2019 propose une série d’articles sur les thèmes de la mondialisation, de la géopolitique, de l’urbanisation, du e-commerce, de la logistique, etc., ainsi que sur leurs conséquences pour les agricultures, les systèmes alimentaires et les ruralités en Europe. Rédigé par 57 auteurs, cet opus développe des thèmes de fond (1ère partie), propose des réflexions prospectives (2e partie) et comporte des statistiques commentées (3e partie).

Parmi les analyses thématiques, A. Bonjean (généticien spécialiste des céréales, France), P. Monneveux (agronome, Amérique du Sud) et M. Zaharieva (consultante en ressources génétiques des plantes et biotechnologies, Pérou) s’intéressent aux blés des oasis sahariennes, à leurs origines, spécificités et valeurs en tant que ressources génétiques de première importance pour l’adaptation au changement climatique de cette culture, au niveau mondial. Confrontés depuis des siècles à des stress abiotiques extrêmes, ces blés sont dotés de caractères de tolérance au manque d’eau (pluies entre 0 et 50 mm durant le cycle de culture, irrigation insuffisante, forte évapotranspiration), aux hautes températures (30 °C en moyenne annuelle, entre 35 et 45 °C durant la fécondation), aux importants écarts thermiques journaliers (de l'ordre de 20 à 30 °C) et à une salinité élevée (concentration en chlorure de sodium autour de 5 %).

Ces variétés de blé (tendre, hérisson, nain des Indes, dur, grand épeautre) sont très précoces (évitement du stress hydrique terminal), avec une forte tolérance à l’échaudage et des pertes hydriques par respiration très faibles, contrairement aux blés d’Europe. Leur trait pubescent, ainsi que le caractère barbu et compact des épis seraient, d’après Léon Ducellier (professeur d’agriculture au début du XXe siècle), des adaptations aux hautes températures.

Néanmoins, les systèmes de culture sahariens et la richesse génétique de ces blés risquent de disparaître, du fait de changements écologiques et socio-économiques drastiques. Les auteurs proposent donc la constitution d’un consortium chargé de sauvegarder, étudier et utiliser ces ressources génétiques précieuses pour le futur.

Pacôme Dupont-Guianvarch, Centre d’études et de prospective

Source : Le Déméter

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12/03/2019

Le Centre d'études stratégiques de la Marine s'intéresse aux rapports entre mer, agriculture et sécurité alimentaire

Le Centre d'études stratégiques de la Marine (CESM) se penche actuellement sur les relations entre mer et agriculture, notamment à travers le prisme de la sécurité alimentaire. Dans cette perspective, il organisait le 27 février 2019, avec le Club Demeter, un colloque intitulé « Mer et agriculture, itinéraire d'un grain de blé » (voir le compte Twitter du Centre pour les temps forts).

En parallèle, le CESM publie le numéro 15 de sa revue Études marines, intitulé « Nourrir ». Comportant trois axes (« Ressources de toujours », « L'avenir », « Les enjeux »), il regroupe des contributions scientifiques et professionnelles variées. Dans la première partie, un article s'intéresse aux enjeux de la production d'algues dans trois domaines : l'alimentation humaine, la médecine, l'alimentation animale. Il souligne le caractère ancien de ces utilisations dans des régions très diversifiées (Asie, mais aussi Irlande, Norvège et, plus localement, Normandie et Bretagne). Concernant l'alimentation humaine, l'auteure note une tendance récente, en France, à la consommation des algues comme légumes (macro-algues) et condiments (micro-algues). Trois facteurs expliquent, pour elle, cette tendance : la demande d'aliments « naturels » de la part des consommateurs, le développement des régimes végétariens (qui trouvent dans les algues une source de protéines, de minéraux et de vitamines), le succès de la cuisine innovante inspirée de la gastronomie japonaise. En médecine pharmaceutique et vétérinaire, les algues contiennent des substances, non présentes sur terre et méconnues, qui révèlent un large potentiel sous-exploité : perspective, par exemple, d'un usage susceptible de réduire le recours aux antibiotiques en santé bovine.

Principales macro et micro-algues alimentaires consommées en France

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Source : CESM

La deuxième partie (« L'avenir ») propose deux axes d'étude : le dessalement de l'eau de mer comme réponse potentielle au manque d'eau (y compris potable) induit par le changement climatique ; la place de l'aquaculture dans la nourriture mondiale (cf. carte). Enfin, la dernière partie (« Les enjeux ») met en lumière, d'une part, les enjeux sanitaires qui restent prégnants dans le cadre de la conchyliculture ; d'autre part, les rôles multiples que joue la Marine nationale pour l'approvisionnement et la sécurité alimentaire du pays : sécurisation des flux, police de la pêche, protection de l'environnement marin.

Principaux pays et régions producteurs en aquaculture

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Source : CESM

Hélène Milet, Centre d'études et de prospective

Source : CESM

17/01/2019

Le déclin de la résilience climatique du blé en Europe

Dans un article de la revue PNAS de janvier 2019, une équipe de chercheurs européens étudie l'évolution de la résilience climatique du blé en Europe, depuis les années 1990, et plus particulièrement le rôle joué en la matière par la diversité des variétés cultivées. L'analyse est menée sur des données d'essais au champ incluant 991 cultivars et 636 localisations, dans neuf pays (Allemagne, Belgique, Danemark, Espagne, Finlande, France, Italie, République tchèque et Slovaquie), sur la période 1991-2014 (soit au total plus de 100 000 observations).

Dans un premier temps, un modèle statistique permet d'estimer l'influence, sur les rendements, de 43 variables agroclimatiques, regroupées en neuf catégories (précipitations, températures minimales automnales, etc.) et discrétisées en trois niveaux (bas, moyen, haut) sur la base des 40e et 60e centiles. Les nombreux cultivars sont quant à eux rassemblés en neuf groupes à l'aide d'une analyse par grappes. Les réponses aux aléas climatiques sont établies par l'écart relatif de rendement (en %) entre valeurs haute et basse des variables climatiques. La résilience est définie comme la diversité des réponses des variétés de blé aux aléas climatiques, et calculée avec un indice annuel de Shannon : plus la diversité est élevée, plus le blé sera capable de résister à une large gamme d'aléas climatiques.

Les résultats montrent un déclin de cette diversité depuis le début des années 2000, dans plusieurs pays, notamment en Allemagne, République tchèque et Slovaquie, avec dans certaines localisations de véritables « déserts de diversité ». Une légère augmentation est constatée en France, mais la valeur de la diversité y reste cependant moyenne (cf. figure). Selon les auteurs, les causes de ce déclin de la résilience climatique du blé sont à chercher dans les incitations économiques des sélectionneurs, qui favorisent la maximisation du rendement potentiel au détriment de la robustesse aux aléas. Loin de s'opposer, ces deux dimensions devraient, pour eux, être complémentaires, et la politique agricole ainsi que les réglementations relatives aux semences ont un rôle à jouer pour assurer les incitations nécessaires en la matière.

Points chauds et déserts de résilience climatique du blé européen

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Source : PNAS

Lecture : Les graphiques par pays montrent les pourcentages de clusters de cultivars avec des réponses différentes aux conditions météorologiques critiques pour le rendement. Les zones colorées (de vert à orange) sur la carte illustrent les classes de diversité de réponses basées sur la proportion du groupe dominant (> 90 à <50 %), le nombre de groupes simultanément importants (0 à 4) et les tendances. Toutes les données de rendement des cultivars ont été utilisées (n = 100 985).

Julien Hardelin, Centre d'études et de prospective

Source : PNAS

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15/10/2018

Réchauffement climatique et pertes de récolte dues aux insectes ravageurs

Dans une étude publiée en août dans la revue Science, des chercheurs américains mettent en garde sur la possible baisse des rendements agricoles, induite par une prolifération des insectes nuisibles aux cultures, suite au réchauffement climatique.

Les auteurs ont analysé des données d’expériences en laboratoire, collectées depuis les années 1980, et ont considéré 38 espèces d'insectes ravageurs. Ils ont projeté l'impact de leur prolifération, à l'horizon 2050 et aux échelles mondiale et régionale, sur la production des principales cultures céréalières : maïs, riz et blé. Celles-ci représentent à elles seules 42 % de la consommation humaine mondiale de calories directes. Au fur et à mesure de l'accroissement des températures, ces insectes seraient non seulement plus prolifiques, mais aussi plus voraces, avec néanmoins un palier d'ores et déjà atteint dans les zones tropicales mais pas encore dans les zones tempérées.

Prévisions régionales de l'augmentation des pertes de récoltes due aux insectes ravageurs dans le cas d'un réchauffement climatique de 2°C

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Source : Science

Lecture : la dimension des disques dans les graphiques est proportionnelle au volume de production actuel de chaque pays. Les cinq plus gros producteurs sont cerclés de noir. La répartition géographique des futures pertes de production supplémentaires est indiquée dans les diagrammes circulaires.

Dans l'hypothèse d'un réchauffement global de 2°C, la Chine, les États-Unis et la France, tous grands producteurs de ces trois céréales, figurent parmi les pays qui devraient connaître les plus fortes pertes. Celles de la Chine et des États-Unis augmenteraient de 35 %, soit un gonflement des pertes de 20 millions de tonnes. Pour la France, elles seraient de 42 % pour le maïs et de 60 % pour le blé : ces deux céréales subiraient au total 1,4 million de tonnes de pertes supplémentaires. Ces pertes pèseraient sur les disponibilités mondiales en céréales et renchériraient les prix des aliments de base, au détriment des populations pauvres, qui représentent la majeure partie des plus de 800 millions de personnes souffrant de faim.

Ces évaluations ne prennent pas en compte la piste d'une utilisation accrue de pesticides, avec leurs effets délétères potentiels sur la santé et l'environnement. Les auteurs prônent plutôt des solutions comme la rotation plus large des cultures, la production de céréales plus résistantes aux ravageurs ou l'adoption de stratégies de lutte anti-parasitaire plus durables.

José Ramanantsoa, Centre d'études et de prospective

Source : Science

04/05/2018

Raisonner sur les blés. Essais sur les Lumières économiques, Steven L. Kaplan

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Il n'y a pas de débat agricole et alimentaire qui ne pose, à un moment donné, la question des rapports entre État et marché, entre intervention publique et libre-échange. Cette alternative, loin d'être nouvelle, s'est clairement exprimée au milieu du XVIIIe siècle au sujet du commerce des grains, devenant la matrice des oppositions ultérieures entre partisans de la régulation et défenseurs du laissez-faire. Ce clivage est même consubstantiel au développement de l'économie politique, puis de la science économique.

C'est ce que montre S. Kaplan, le plus français des historiens américains. Arrivé chez nous en 1962, il consacra sa thèse au pain (Bread, Politics and Political Economy in the Reign of Louis XV, 1976), avant de publier une quinzaine d'ouvrages majeurs, principalement centrés sur la France des Lumières, la généalogie des idées, le monde du travail et l'alimentation.

Après une longue introduction qui pose les bases théoriques et empiriques de la recherche, l'ouvrage est constitué de chapitres consacrés aux grands protagonistes de cette bataille intellectuelle autour du blé : Lemercier de la Rivière et Turgot pour les physiocrates, Galiani, Diderot, l'abbé Roubaud et Necker pour les anti-physiocrates partisans de la « police des grains ».

Au lecteur patient, ce gros livre érudit, plein d'humour, écrit dans une langue raffinée par un conteur hors pair, montre à chaque page que l'histoire n'est pas dépassée, ou du passé, mais un carnaval de leçons vivantes facilitant la compréhension du présent.

Lien : Éditions Fayard

13:10 Publié dans Production et marchés, Société | Lien permanent | Tags : histoire, kaplan, blé |  Imprimer | | | | |  Facebook

08/02/2018

L'International Grains Council (IGC) – Le Conseil international des céréales

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Créé en 1995 et actuellement basé à Londres, l'International Grains Council (IGC) est l'héritier de deux organismes intergouvernementaux successifs, le Wheat Advisory Committee (1933) et l'International Wheat Council (1949), en charge de la surveillance de la mise en œuvre des International Wheat Agreements (IWA). Ces accords internationaux sur le blé étaient issus de conférences internationales organisées périodiquement, depuis les années 1930, pour faire face aux crises récurrentes du marché.

Centré à l'origine sur le commerce du blé, le domaine d'action de l'IGC s'est étendu par la suite au commerce du riz, du soja et des céréales secondaires (maïs, orge, avoine par exemple). Les IWA étaient centrés sur la stabilisation des cours et la sécurisation des pays importateurs, par des contrats multilatéraux avec des fourchettes de prix et des ventes garanties. En 1968, ces accords ont été remplacés par l'International Grains Arrangement (IGA), lequel a été scindé en deux instruments juridiques distincts : la Wheat Trade Convention, qui reprenait globalement les dispositifs de l'IWA, et la Food Aid Convention, qui prévoyait un approvisionnement annuel de plus de 4 millions de tonnes (10 millions de tonnes en 1970) de céréales, sous forme d'aide alimentaire, aux pays en voie de développement. Finalement, la Grains Trade Convention a remplacé l'IGA en 1995 et, dans la foulée, l'IGC a succédé à l'International Wheat Council.

Désormais, cet organisme a pour principale mission de surveiller la mise en œuvre de la-dite convention, de suivre et d'analyser les évolutions actuelles et futures du marché des céréales, d'observer les évolutions des différentes politiques nationales et leurs effets éventuels sur ce marché. Pour cela, le site du Conseil diffuse des informations très complètes sur le marché des céréales et oléagineux : indices de prix, cotations, bilans et projections de l'offre et de la demande mondiale à horizon de cinq ans, etc. Un abonnement permet d'accéder à des analyses plus poussées sur les marchés. En 2012, l'IGC a également rejoint le secrétariat du Système d'information sur les marchés agricoles (AMIS). Le budget de l'IGC était, en 2017, de 1,79 million de £, financé par les contributions de ses 27 membres (signataires de la Grains Trade Convention, dont l'Union européenne), proportionnelles à leur poids sur les marchés d'importations ou d'exportations de céréales et d'oléagineux.

À titre d'illustration de la diversité des publications de l'IGC, on peut retenir des projections, début 2018, de l'offre et de la demande mondiales de céréales et de soja à l'horizon 2022-2023 (voir à ce sujet un précédent billet sur ce blog), ou encore une révision à la hausse, en septembre 2016, des projections du stock mondial de blé pour la campagne 2016/2017.

José Ramanantsoa, Centre d'études et de prospective

Lien : International Grains Council

10:24 Publié dans 3. Prévision, Mondialisation et international, Production et marchés | Lien permanent | Tags : igc, céréales, blé, riz, soja, portrait |  Imprimer | | | | |  Facebook

15/01/2018

Les projections de l'offre et de la demande mondiales de céréales et de soja à horizon 2022-2023 de l’International Grains Council

L’International Grains Council (IGC) vient de publier de nouvelles projections de l'évolution de l'offre et de la demande pour les céréales et le soja à horizon 2022-2023. Comme dans ses publications antérieures (voir à ce sujet un précédent billet sur ce blog), elles s’appuient sur des hypothèses générales comprenant les tendances de croissance de la population, les évolutions présumées des politiques agricoles et des échanges, ainsi que diverses hypothèses économiques. L’évolution des alimentations humaine et animale découle principalement de l’augmentation de la population et de la demande croissante en viande, tandis que les rendements continuent de croître mais à un rythme plus ralenti que ces cinq dernières années. Pour cet exercice, de fortes incohérences au niveau du calcul du bilan du maïs ont amené l'IGC à ré-estimer les stocks en Chine. Les erreurs provenaient de la surestimation de la demande domestique du pays en maïs fourrager qui, une fois corrigée, a induit une revalorisation substantielle des niveaux des stocks. Malgré ces ajustements, les principales conclusions de cet exercice rejoignent celles de la dernière publication de 2015 (voir à ce sujet un précédent billet sur ce blog).

Pour les céréales, la croissance de l'offre ne suivrait plus la dynamique des cinq dernières années et pourrait être dépassée par celle de la demande, tirée principalement par la consommation humaine pour le blé et par l'alimentation animale pour le maïs. Après le niveau record de 30 % estimé, en moyenne, sur les campagnes 2016-2017 et 2017-2018, le ratio des stocks de fin de campagne sur la consommation tomberait à 23 % à l'horizon 2022-2023. Toutefois, cette chute serait surtout imputable au maïs, pour lequel ce ratio passerait de 31 % à 18 %, alors qu"il resterait globalement stable pour les autres céréales. Les stocks en maïs chuteraient significativement, en particulier en Chine et aux États-Unis. L'expansion du commerce mondial du blé et du maïs serait aussi soutenue, tirée par l'alimentation humaine et animale en Asie et en Afrique.

Évolutions des offres et demandes mondiales de blé (1ère figure) et de maïs (2e figure)

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Source : IGC

Enfin, pour le soja, la production mondiale serait surtout tirée par une progression des semis, de 1,8 % par an en moyenne pour les cinq prochaines années, principalement en Amérique du Sud. L'offre devrait rester abondante et les demandes domestiques et les échanges toujours aussi soutenus. À terme, le ratio des stocks sur l'utilisation se réduirait à 9 %, contre 12 % en moyenne sur les campagnes 2016-2017 et 2017-2018.

Évolution de l'offre et de la demande mondiales de soja

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Source : IGC

José Ramanantsoa, Centre d'études et de prospective

Source : IGC

14/09/2017

Le marché de Paris joue un rôle croissant dans la formation des prix du blé

Deux chercheurs américains, de l'université du Montana et du ministère américain de l'agriculture (USDA), ont analysé les contributions respectives des différents marchés à la formation des prix mondiaux du blé. Dans un article publié en août dans l'American Journal of Agricultural Economics, ils montrent que le marché de Chicago reste leader en tant que lieu de formation des prix mais que sa position s'érode depuis 2010 au bénéfice de la place de Paris. En termes de volume de transactions, Chicago rassemble la majorité des échanges, mais Paris n'a cessé de progresser depuis une dizaine d'années. Accessibles depuis le monde entier, les différents marchés coexistent grâce à leurs spécialisations qualitative et géographique, permettant aux opérateurs d'optimiser leur couverture du risque.

Quels sont les rôles de ces différents marchés dans la formation et la découverte du prix ? Des travaux précédents (voir à ce sujet une étude commandée par le ministère de l'Agriculture) avaient déjà mis en évidence, sur la base de prix journaliers et à l'aide d'un modèle à correction d'erreurs (VECM), que le marché français apparaissait leader des variations de long terme. Ici, les auteurs ont utilisé des données de prix à haute fréquence, compilées à l'échelle de la minute, pour voir quelle place boursière était déterminante dans cette formation des prix sur la période 2008-2013. La même approche statistique leur permet de déterminer lequel des prix est leader, et lequel s'ajuste pour converger vers leur composante commune.

Part mensuelle du leadership informationnel du marché de Chicago

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Source : American Journal of Agricultural Economics

L'analyse montre que si Chicago reste la référence, avec un leadership informationnel de 83 %, cette position s'érode nettement depuis mi-2010, passant de 91 % à 76 %. Cette érosion s'explique par le déclin de la place des États-Unis dans le commerce mondial du blé, ainsi que par l'essor de l'Europe et surtout du bassin de la mer Noire. En 2010, la sécheresse en Russie a déclenché un choc d'offre et une flambée des cours mondiaux dans laquelle le marché de Paris était leader. Celui-ci permet en effet, par sa proximité géographique, une meilleure couverture des risques pour le bassin de la mer Noire, qui a pris une place prépondérante dans les équilibres et déséquilibres mondiaux. Une analyse des données postérieures à 2013 permettrait de voir si cette tendance se confirme.

Jean-Noël Depeyrot, Centre d'études et de prospective

Source : American Journal of Agricultural Economics

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07/06/2017

Estimer les impacts du changement climatique sur les rendements du blé et de l'orge en France : une approche par les modèles statistiques

La connaissance des impacts du changement climatique sur l'agriculture est un enjeu important en matière de stratégies d'adaptation. Les impacts sur les rendements sont typiquement estimés de deux façons : soit en utilisant des modèles agronomiques fondés sur les processus physiologiques des plantes, soit en construisant des modèles statistiques liant rendement des cultures et paramètres pédo-climatiques (pluviométrie, températures, humidité du sol, etc.). Une étude récemment publiée dans la revue Environmental Research Letters estime un modèle statistique du rendement du blé et de l'orge dans le cas de la France, en fonction des variables de température et de précipitations, en combinant des données issues de la statistique agricole avec la base de données E-OBS du projet européen ENSEMBLES. Les auteurs utilisent ce modèle pour simuler les impacts de différents scénarios de changement climatique sur les rendements du blé et de l'orge, et montrent par exemple que, dans le scénario de réchauffement le plus rapide, les pertes de rendement pourraient être substantielles (-17,2 % pour le blé ; entre -16,7 % et -45,8 % pour l'orge de printemps).

Source : Environmental Research Letters

09:05 Publié dans Agronomie, Climat | Lien permanent | Tags : orge, blé, rendement, changement climatique |  Imprimer | | | | |  Facebook

13/03/2017

Agriculture et climat. Du blé par tous les temps, Sébastien Abis, Mohammed Sadiki

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On ne compte plus les publications sur les liens entre changement climatique et agriculture. Se démarquant du lot commun, l'intérêt de celle-ci est triple. D'une part, elle est centrée sur une production particulière, celle de blé, qui nourrit quotidiennement 3 milliards d'humains. Cette culture est localisée dans les zones bénéficiant de conditions généreuses : température, sol, eau. À l'avenir, les effets du changement climatique se feront sentir de manière contrastée. L'hémisphère Sud connaîtra une baisse des rendements, le développement de maladies et de ravageurs, alors que les pays déjà les plus favorisés – dont la France – le seront encore davantage. Quant aux États de la mer Noire, ils pourraient être avantagés par une extension des surfaces de production mais handicapés par des épisodes de chaleur plus extrême. Au-delà de ces problèmes d'adaptation, les auteurs rappellent que le blé est une plante "climato-active", fixant une grande quantité de carbone et donc très utile aux stratégies d'atténuation.

Le deuxième intérêt de l'ouvrage est qu'il déborde constamment son sujet, en l'insérant dans un contexte général qui ne le met que mieux en perspective. L'approche est large, le propos ample et de nombreux sujets connexes sont abordés : ressources naturelles, pratiques culturales et nouvelle "révolution verte", innovations techniques, besoins alimentaires des populations, sécurité sanitaire, priorités des politiques publiques, internationalisation des échanges commerciaux, etc. Plus généralement encore, blé et climat sont appréhendés sous un angle géopolitique, cette céréale étant même souvent présentée comme "une pièce essentielle dans l'architecture de sécurité du monde".

Enfin, le plaisir de la lecture tient au duo d'auteurs qui, de par leurs origines et leurs activités professionnelles, défendent à deux voix une même idée réunissant les deux rives de la Méditerranée : le changement climatique soumettra nos sociétés à rude épreuve, elles devront développer et moderniser leurs agricultures, échanger leurs productions, intensifier leurs coopérations, et s'appuyer sur des modes de gouvernance favorisant l'anticipation et la réactivité. Alternant les chapitres sur la France et sur le Maroc, S. Abis et M. Sadiki tablent sur une agriculture faite de science, de développement et d'échanges. Plus généralement, ils montrent que climat, blé et sécurité forment le puissant triptyque de l'avenir du bassin méditerranéen.

Bruno Hérault, Centre d'études et de prospective

Lien : IRIS

06/05/2016

D’après l’International Grains Council, les stocks mondiaux de blé atteindraient 3,66 mois de consommation annuelle sur la campagne 2016/2017

Le 28 avril, l’International Grains Council (IGC) a publié ses dernières projections de l’offre et de la demande mondiale en blé pour la campagne 2016/2017. Le fait le plus marquant est la poursuite de la hausse des stocks de fin de campagne : ils devraient culminer durant cette campagne à 218 millions de tonnes, contre 215, 200, 188 et 170 millions de tonnes pour les quatre campagnes précédentes. Ainsi, les stocks auraient progressé de 3 à 3,66 mois de consommation annuelle entre les campagnes 2012/2013 et 2016/2017.

Stocks mondiaux de fin de campagne et prix mondial du blé

igc,blé

Source : IGC ; calculs et mise en forme CEP

Ce niveau de stocks projeté pour 2016/2017 dépasserait celui de la campagne 2009/2010 où les cours mondiaux du blé avaient atteint 216 $/tonne, moyenne de campagne la plus basse enregistrée depuis la crise financière de 2007/2008.

Source : IGC

09:23 Publié dans Production et marchés | Lien permanent | Tags : igc, blé |  Imprimer | | | | |  Facebook

26/06/2015

Le riz confirme sa place de céréale la plus consommée au monde en alimentation humaine

D’après les statistiques prévisionnelles pour la campagne 2015/2016 de l’International Grains Council publiées récemment, la consommation mondiale du riz en alimentation humaine devancerait celle du blé pour la quatrième campagne consécutive. Avec 489 millions de tonnes consommées, le riz conforterait ainsi son rôle de première céréale, sachant toutefois que son usage non alimentaire reste marginal par rapport à celui du blé.

Consommation mondiale

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Source : International Grains Council, présentation CEP

2014/15 : estimation ; 2015/16 : prévisions au 28/05/2015

Ces mêmes statistiques précisent que les trois premières zones de consommation (mais aussi de production) seraient dans l’ordre l’Asie, l’Afrique et l’Amérique du Sud. Elles regrouperaient à elles seules près de 97 % de la consommation et de la production mondiales pour la campagne 2015/2016.

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Source : International Grains Council, présentation CEP

Sur le continent asiatique, deux pays, la Chine et l’Inde, concentrent plus de la moitié de la consommation et de la production mondiales. Ce taux frise les trois quarts si l’on y ajoute l’Indonésie, le Bangladesh, le Vietnam et la Thaïlande.

Contrairement à l’Asie et l’Amérique du Sud, dont les bilans sont excédentaires, l’Afrique peinerait encore à couvrir ses besoins, sa production ne représentant que 59 % de sa consommation (52 % en Afrique subsaharienne). Néanmoins, ce continent resterait le plus dynamique avec une hausse de la production de 31 % en neuf ans (48 % en Afrique subsaharienne), contre 18 % en Amérique du Sud et 14 % en Asie, ce qui lui permettrait de faire passer sa part dans la production mondiale de 3,4 % en 2006/2007 à 3,9 % en 2015/2016. Cette évolution serait due surtout à une extension significative des superficies cultivées entre ces deux campagnes : + 3,4 % annuel en moyenne en tendance (3,6 % en Afrique subsaharienne) contre + 0,4 % en Asie et une régression de 1,1 % en Amérique du Sud. Comparée aux autres zones, la progression moyenne des rendements resterait toutefois modeste : 0,3 % par an en tendance sur la même période (1,5 % en Afrique subsaharienne) contre 1 % en Asie et 2,3 % en Amérique du Sud.

José Ramanantsoa, Centre d’études et de prospective

Source : International Grains CouncilInternational Grains Council

 

 

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05/09/2014

Des progrès majeurs dans le séquençage du génome de plusieurs plantes commerciales (blé tendre, colza, agrumes)

Plusieurs plantes commerciales ont récemment vu leur génome séquencé, ce qui ouvre la voie à d'importantes avancées en amélioration génétique. Les travaux concernent le blé tendre et le colza, aux génomes quatre à cinq fois plus grands que celui de l'Homme, ainsi qu'une dizaine d'agrumes.

Tout d'abord, l'Inra de Clermont-Ferrand, leader au sein du Consortium International de Séquençage du Génome du Blé (IWGSC), vient de déchiffrer la première séquence de référence du chromosome 3B du blé tendre. Une première ébauche du génome complet de cette céréale est donc désormais disponible. Ce résultat a nécessité « la mise au point d’une stratégie originale de séquençage, le développement d’outils bioinformatiques et l’identification de plusieurs dizaines de milliers de marqueurs moléculaires ». Publié dans la revue Science, ce travail devrait permettre d'identifier des caractères d'intérêt (résistance aux bio-agresseurs, à la sécheresse, amélioration des rendements, etc.). Le Consortium souhaite maintenant terminer le séquençage des 20 autres chromosomes dans les trois ans qui viennent.

Le même type de travaux a été mené sur le colza, par un consortium international d’une trentaine d’instituts de recherche, piloté par l’Inra et le CEA (Genoscope) : ils ont permis de déterminer la séquence de référence du génome complet du colza, ainsi que celle d’une collection de variétés représentant la diversité de cette espèce. La grande majorité des gènes du colza étant dupliqués, les chercheurs ont également pu étudier le « dialogue » entre ces gènes : ils suggèrent que ces derniers peuvent servir de « réservoir important de diversification, d’adaptation et d’amélioration ». Comme précédemment, ces travaux, publiés dans Science, pourraient déboucher sur d'importantes améliorations génétiques (teneur et composition en huile, résistance à des pathogènes, tolérance au froid, etc.).

Enfin, une équipe internationale a séquencé le génome d'une dizaine d'agrumes (oranges, mandarines, pamplemousses, etc.). Ces travaux ont révélé l'histoire de la domestication des agrumes et les liens entre les différentes espèces. Ils ont également démontré leur faible diversité génétique, ce qui pourrait menacer leur survie face aux maladies (ex : maladie du Dragon jaune). Ce travail souligne ainsi la nécessité de créer de nouveaux types d'agrumes permettant de mieux résister aux stress et aux bio-agresseurs.

Noémie Schaller, Centre d'études et de prospective

Sources :

Blé tendre : Inra

Colza : Inra

Agrumes : Nature biotechnology

09:47 Publié dans Agronomie, Enseignement et recherche | Lien permanent | Tags : génome, blé, colza, agrumes, inra |  Imprimer | | | | |  Facebook

24/04/2014

Une méta-analyse des prédictions des effets du changement climatique sur les rendements du blé dans le monde

Les futurs rendements du blé seront sensibles aux évolutions de la température, des précipitations et de la concentration atmosphérique en CO2, mais la variabilité des résultats des simulations ne permet pas aujourd'hui de prédire avec certitude si la combinaison de ces évolutions climatiques sera positive ou négative pour ces rendements. Deux chercheurs de l'Inra ont récemment publié une méta-analyse des modifications simulées des futurs rendements en blé, de façon à identifier des combinaisons de température, précipitations et concentration atmosphérique en CO2 conduisant à une augmentation ou diminution des rendements du blé.

L'analyse statistique porte sur les résultats de 90 articles scientifiques publiés à travers le monde et explorant une diversité de scénarios climatiques. Les résultats sont exprimés en termes de variation relative du rendement moyen entre les conditions climatiques du passé récent et des conditions climatiques futures. Il en ressort que les variations de rendements en blé vont de -100% à +155%, avec une très forte variabilité, en particulier dans les régions du monde où le nombre de données est très important (Australie, États-Unis, Royaume-Uni par exemple). Des baisses de rendements ont été constatées dans plus de 50% des cas lorsque la température moyenne augmente de plus de 2,3°C, lorsque les précipitations sont réduites et lorsque la concentration atmosphérique en CO2 est inférieure à 395 ppm. Une réduction des précipitations de plus de 50% est associée à des baisses de rendements dans plus de 90% des cas.

Les scientifiques ont par ailleurs analysé les effets combinés d'évolutions climatiques pour 28 articles dont les données étaient suffisantes pour un traitement conjoint des trois variables climatiques. Parmi ces 28 articles, certaines régions du monde telles que l'Australie étaient sur-représentées, tandis que la Russie était sous-représentée. Cette partie de l'étude montre que l'effet négatif d'une élévation de la température est réduit lorsque les précipitations et la concentration atmosphérique en CO2 augmentent. À l'inverse, une diminution des précipitations de l'ordre de 40% cause des pertes de rendements quel que soit le niveau de concentration atmosphérique en CO2 et même si l'élévation de température est inférieure à 2°C. Ceci souligne l'importance du facteur disponibilité en eau pour les futurs rendements en blé.

La variabilité des résultats de cette méta-analyse demeure néanmoins importante. Les auteurs estiment que cette variabilité est en partie due à la gamme des scénarios climatiques testés, à la variété des sites étudiés à travers le monde (avec des types de sol différents) et vraisemblablement aux différences de pratiques culturales associées (fertilisation). Cette méta-analyse pourrait donc être complétée au fur et à mesure que de nouvelles données de simulation sont disponibles, et que d'autres paramètres seront pris en compte, notamment l'impact des bio-agresseurs, des températures extrêmes, et du changement de la répartition annuelle des précipitations sur les rendements en blé.


Noémie Schaller, Centre d'études et de prospective


Source : Field crops research