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15/06/2015

Feeding EXPO Milano with Mediterranean perspectives – 32e numéro de la Watch Letter du CIHEAM

En avril dernier, le Centre International des Hautes Études Agronomiques Méditerranéennes (CIHEAM) a publié sa Watch Letter n°32. Composé de 18 articles, ce numéro s’intéresse aux indicateurs et initiatives innovants pour la sécurité alimentaire des pays méditerranéens, avec une attention particulière portée aux bonnes pratiques, à l’adaptation au changement climatique, aux modèles de consommation alimentaire durable et aux chaînes agroalimentaires. Une approche large est adoptée, prenant en considération les enjeux nutritionnels, socio-économiques, environnementaux et d’innovation, et ce à différents niveaux. Dans son éditorial, le secrétaire général du CIHEAM, Cosimo Lacirignola, rappelle que 2015 est une année cruciale par les événements internationaux organisés sur les enjeux agricoles, alimentaires et ruraux en lien avec les objectifs de développement durable : année internationale des sols, 7e Forum mondial de l’eau en Corée du Sud, exposition universelle à Milan, COP 21 à Paris, adoption prévue d’un programme de développement post-2015 par l’Assemblée générale des Nations unies en septembre.

Source : CIHEAM

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26/05/2015

De l’usage de politiques de prix pour promouvoir des régimes alimentaires plus sains

Le Regional Office for Europe de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié récemment un rapport intitulé Using price policies to promote healthier diets. Parmi les six régions de l’OMS, la région Europe (53 pays) est la plus touchée par les maladies non transmissibles (maladies cardiovasculaires, diabètes, etc.) et, parmi les engagements pris par les États dans le European Food and Nutrition Action Plan 2015-2020 pour promouvoir une alimentation saine, figure la mise en place de politiques de prix.

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Dans un premier temps, est présentée une revue détaillée de la littérature sur les politiques de prix (taxes et subventions). Plusieurs points sont ainsi mis en avant, notamment l’influence de ces politiques sur les achats, les effets potentiels sur des produits et/ou nutriments non visés initialement, ou encore l’intérêt de recourir à des outils ciblés. Dans un second temps, des exemples d’actions dans la zone Europe sont détaillés. Sont ainsi présentés des cas de taxation suffisamment élevée pour avoir un impact sur les comportements : Danemark, Finlande, Hongrie et France. Le programme de l’Union européenne (fruits à l’école), les changements de TVA, les interventions dans la chaîne d’approvisionnement et l’exemple de Singapour (diminution des graisses saturées dans les huiles de cuisson) complètent cette partie.

Pour finir, plusieurs enseignements pour le développement de telles politiques sont tirés, notamment en termes d’objectifs à plus ou moins long terme, centrés sur les achats ou les comportements (plutôt que sur une évolution du poids corporel ou des maladies, nécessairement multi-factoriels), et de population visée. Le processus d’identification des produits et/ou nutriments objets de la taxe ou de la subvention doit faire l’objet d’une attention particulière, et la prise en compte des réponses des acteurs de la chaîne d’approvisionnement (taille des portions, reformulation des produits notamment) est également d’importance. Enfin, le rapport insiste sur la nécessaire évaluation de ces politiques.

Julia Gassie, Centre d’études et de prospective

Source : OMS

 

25/05/2015

Le quinoa. Les enjeux d’une conquête. Didier Bazile

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Le processus de globalisation touche tous les aspects de la vie en société, et donc aussi les denrées et systèmes alimentaires. Didier Bazile, chercheur au CIRAD, actuellement en poste à la FAO, nous en donne un bon exemple avec cet excellent essai consacré à la mondialisation du quinoa. Quelles sont les causes de cette soudaine diffusion d’une plante si longtemps confinée à la zone andine ? Les exportations croissantes permettent-elles de nourrir les producteurs autochtones ? Comment le quinoa s’adapte-t-il à de nouveaux milieux de culture ? Voilà quelques-unes des questions auxquelles l’auteur répond de façon claire et documentée, en croisant les regards de l’agronome et du géographe.

Les premiers chapitres sont consacrés à l’histoire du quinoa, à ses principaux écotypes ainsi qu’à sa grande biodiversité et ses systèmes traditionnels de culture. L’auteur s’attarde sur la plasticité écologique du quinoa. Il insiste aussi sur sa contribution à l’expression de l’identité des peuples andins et sur la fragilité de leurs pratiques agroécologiques ancestrales face à la pression croissante des marchés internationaux. Le passage à une agriculture d’exportation a d’ores et déjà diverses conséquences : mécanisation et intensification des pratiques, imposition de normes internationales, élévation des prix, faible variété des espèces commercialisées.

Le cœur de l’ouvrage est consacré aux questions de ressources génétiques, de diffusion et d’adaptation du quinoa. Les États-Unis se sont intéressés à cette plante dès la fin des années 1940, puis sa culture a essaimé sur tous les continents dans les années 1980. Ces nouvelles mises en culture se sont faites via le développement de variétés protégées, à partir de collections ex situ, et sans recourir à l’extrême richesse in situ des pays andins. Cette expansion s’inscrit dans le cadre international de régulation des semences et le nombre des certificats d’obtention végétale (COV) ne cesse de croître, renforçant le pouvoir des obtenteurs sur les producteurs.

Les derniers chapitres sont consacrés aux apports du quinoa, en termes nutritionnels comme en termes de revenus. Pour D. Bazile, au Pérou, et surtout en Bolivie, le « boom du quinoa » a nettement fait augmenter les surfaces cultivées et les exportations, sans pour autant avoir des effets négatifs sur la sécurité alimentaire des populations locales. Bénéficiant souvent d'une double certification, écologique et équitable, cette culture a garanti une meilleure rémunération des producteurs et contribué à diminuer la pauvreté en soutenant l'agriculture familiale. Le quinoa demeure globalement un produit de niche, mais la demande mondiale continue de croître, et si la Bolivie entend rester le premier producteur en privilégiant des politiques publiques qui soutiennent l’extension des surfaces cultivées, le Pérou fait le choix de programmes agricoles plus différenciés selon les zones géographiques et les types d’agriculture.

Bruno Hérault, Centre d’études et de prospective

Lien : QUAE

09:17 Publié dans Alimentation et consommation, Filières agricoles, Production et marchés | Lien permanent | Tags : quinoa |  Imprimer | | | | |  Facebook

22/05/2015

Le végétarisme et ses ennemis. Vingt-cinq siècles de débats. Renan Larue

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Manger ou ne pas manger de la viande ? Telle est la question qui traverse de nombreuses disputes philosophiques et religieuses, depuis l’Antiquité, et que l’on retrouve aujourd’hui dans les débats sur l’évolution des comportements alimentaires. Pour y répondre, l’auteur nous entraîne dans une très intéressante histoire des doctrines végétariennes et antivégétariennes, montrant bien ce que les arguments des uns et des autres ont d’immuable ou de changeant à travers le temps.

Par pitié pour les animaux ou par ascétisme, Hésiode, les pythagoriciens puis surtout Plutarque et Porphyre ont posé les premières bases du végétarisme. Leurs raisonnements, qui rompaient avec les sacrifices religieux de type alimentaire, ont suscité de fortes réactions philosophiques et politiques : Héraclide, Clodius et les stoïciens considéraient que les animaux ne sont là que pour satisfaire l’espèce humaine, et des lois de Tibère interdiront l’abstinence de viande.

Par réaction à la cacherout juive qui distinguait des denrées « pures » et « impures », les textes chrétiens prônent l’indifférence alimentaire. Ils célèbrent un Dieu omnivore et, de Saint Augustin à Thomas d’Aquin, sont largement défavorables au végétarisme. La diète des parfaits cathares est signe de leur hérésie et les jeûnes ne sont autorisés que s’ils sont réalisés par pénitence ou désir de se mortifier. Il faudra attendre le début du XVIIIe siècle pour que des chrétiens, sensibles à la douleur des animaux, osent contrarier la parole divine et vanter l’abstinence de viande.

La « renaissance végétarienne », au XIXe siècle, vient selon R. Larue de la conjonction de plusieurs tendances : essor de la physiologie et du raisonnement diététique, progrès des sensibilités, épuisement des présupposés spécistes, développement de l’athéisme et du matérialisme, anti-carnisme éthique des Lumières (Voltaire, Rousseau). C’est en Angleterre que l’on trouve les plus fortes manifestations de dégoût pour la viande, qui aboutiront à l’invention du terme vegetarian (1839) et à la création de la Vegetarian Society (1847). Mais les adeptes du régime carné seront toujours plus nombreux que les défenseurs des animaux, constamment accusés de sectarisme.

Au XXe siècle, l’industrialisation de l’élevage soulève de croissantes objections morales et c’est dans les années 1940 que Donald Watson forge le terme vegan et crée la Vegan Society. Ce mouvement a reçu le soutien d’universitaires de premier plan qui ont théorisé les « intérêts animaux » (Singer) ou les « sujets animaux » (Regan, Francione). En complément de ces éthiques animales, ce sont aujourd’hui des préoccupations de développement durable qui viennent légitimer le véganisme : effets néfastes de l’élevage sur l’environnement, épuisement des stocks de poisson, etc. Et si comme à toutes les époques les véganes ont leur détracteurs (Chanteur, Ferry, Digard), l’auteur termine son ouvrage par une réflexion prospective et considère que les conditions d’un passage massif à ce nouveau régime sont dorénavant réunies.

Bruno Hérault, Centre d’études et de prospective

Lien : Presses universitaires de France

09:15 Publié dans Alimentation et consommation | Lien permanent | Tags : végétarisme |  Imprimer | | | | |  Facebook

21/05/2015

Guide international des labels de commerce équitable

Mis en ligne début avril, le Guide international des labels de commerce équitable est issu d’une collaboration entre quatre organisations : la Plate-Forme pour le Commerce Équitable, Fair World Project, FairNESS France et Royaume-Uni. Cette publication a été motivée par des changements récents dans ce secteur : évolution des labels et systèmes de garantie, et du cadre réglementaire et législatif (directives européennes sur les marchés publics de mars 2014), demande croissante (consommateurs et professionnels) de preuves concrètes des impacts, prolifération des labels de développement durable et manque de clarté quant à leurs exigences.

À vocation technique, ce guide est destiné notamment aux acheteurs publics et privés et rend visibles les différents labels et systèmes de garantie. Débutant par une présentation du rôle et des enjeux liés au développement de ces dispositifs, il se poursuit par l’analyse de huit labels et systèmes de garantie, puis par la comparaison des exigences du commerce équitable et des labels de développement durable. Il présente enfin une revue bibliographique des principaux travaux académiques sur les impacts de ces différents dispositifs.

Source : Plate-Forme pour le Commerce Équitable

09:09 Publié dans Alimentation et consommation | Lien permanent | Tags : commerce équitable, labels |  Imprimer | | | | |  Facebook

09/04/2015

« À table ! Alimentation et sciences sociales » (3)

Le site La vie des idées poursuit la publication, entamée en janvier dernier, d’une série de textes consacrés aux food studies (voir les précédents billets de février et mars sur ce blog). A ainsi été mis en ligne le 2 mars un entretien avec Julie Guthman, géographe à l’université de Californie (Santa Cruz), qui travaille sur les pratiques agricoles, la nutrition et les mouvements alimentaires, et est tout particulièrement connue pour ses publications sur l’obésité et les produits biologiques. Dans cet entretien, elle revient sur les grandes étapes de sa carrière, ses objets de recherche et la réception de ces travaux par les acteurs des milieux concernés.

Ses premières études portaient sur les contradictions de l’industrie du bio, obligée d’imposer des normes et des certificateurs pour se protéger, ces normes devenant ensuite des critères d’exclusion d’autres producteurs. Elle a également travaillé sur les attentes exagérées, selon elle, suscitées par les agricultures alternatives, le « local », le « saisonnier », l'« équitable » et le « non-industriel » étant conçus par certains médias et consommateurs comme des antidotes évidentes aux dérives supposées du système alimentaire mondial : « si l’industrie alimentaire est le problème, alors l’alimentation biologique locale doit être la solution ». Or, pour J. Guthman, ces innovations consuméristes comportent leurs propres lacunes et paradoxes, et surtout elles cachent, aux décideurs et aux chercheurs, les vraies tendances porteuses vers le monde de demain : « il est évidemment beaucoup plus facile d’étudier les gens dans un jardin communautaire ou sur un marché paysan que de comprendre le fonctionnement d’une chaîne d’approvisionnement complexe ».

Elle travaille aujourd’hui, plus généralement, sur les mouvements socio-politiques entourant les alimentations alternatives. L’alimentation est devenue, aux États-Unis tout spécialement, une composante importante de la réflexion sur les problèmes sociaux, sur le rapport à la Nature, sur les voies de modernisation et de transformation de la société, avec les oppositions partisanes qui en découlent : « le Tea Party se moque du fait qu’Obama aime la roquette, et parfois même défend la malbouffe comme une sorte de patrimoine culturel américain ».

Bruno Hérault, Centre d’études et de prospective

Source : La vie des idées

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Déjeuner des travailleurs parisiens et modèle alimentaire français du repas à la Belle Époque

Dans un article publié récemment dans la revue French Historical Studies, Martin Bruegel (Inra-ALISS) s’intéresse au déjeuner des travailleurs parisiens au début du XXe siècle et met en regard pratiques et normes du modèle français des repas. Si les historiens ont étudié la genèse du modèle alimentaire français, de l’apparition du repas à trois services au début du XIXe siècle à la formalisation du cadre quotidien des trois repas vers 1900, peu de travaux se sont intéressés à la façon dont les mangeurs s’accommodaient de ces normes. C’est en particulier le cas du déjeuner pris hors du domicile par les ouvriers, groupe dont les rythmes sociaux et les pratiques alimentaires étaient les plus susceptibles d’être impactés par l’organisation urbaine croissante.

Mobilisant de nombreuses sources d’information et s’appuyant sur la notion anthropologique de « vrai repas » (proper meal), cet article décrit la demande en repas du midi, liée à la géographie (les ouvriers habitant en périphérie de Paris ou en banlieue), au travail des femmes (bien plus important en France qu’en Allemagne, au Royaume-Uni ou aux États-Unis) et au temps industriel. Environ un tiers de la classe ouvrière parisienne, estimée à un million de personnes, était concerné. À cette forte demande répondait une offre variée, segmentée en fonction du prix et du genre (Paris comptait par exemple une trentaine de « restaurants féminins » en 1912), et présentant de nombreuses alternatives au restaurant. Martin Bruegel s’attache ensuite à estimer le contenu calorique des déjeuners et montre que les ouvriers avaient plus facilement accès que les ouvrières à ce qu’ils considéraient comme un « vrai repas » (un repas roboratif).

L’offre de restauration à emporter proposait donc, au début du XXe siècle, des alternatives au modèle alimentaire français, permettant aux consommateurs de « tenir les normes à distance ». Or, pour l’auteur, l’histoire de ces nourritures de rue est aujourd’hui tombée dans l’oubli, amenant à voir les fast food contemporains comme « étrangers » et à qualifier leur offre de « junk food ». Cet article offre ainsi un point de départ pour étudier les évolutions des pratiques alimentaires au cours du XXe siècle, Martin Bruegel esquissant en conclusion une comparaison entre France et États-Unis.

Julia Gassie, Centre d’études et de prospective

Source : French Historical Studies

09:49 Publié dans Alimentation et consommation | Lien permanent | Tags : modèle alimentaire français |  Imprimer | | | | |  Facebook

07/04/2015

Publication d’un guide pratique sur les systèmes alimentaires urbains durables

Au terme du projet européen de réseau thématique URBACT II Sustainable Food in Urban Communities - Developing low-carbon and ressource efficient urban food systems, ayant associédix villes de 2012 à 2015, un guide pratique vient d’être publié. Avec pour objectif d’inciter d’autres collectivités à s’intéresser à cette thématique, ce document s’adresse aux acteurs locaux et présente en particulier des exemples issus des 130 pratiques locales intéressantes recueillies au cours des échanges. Le schéma suivant présente les thématiques clés identifiées par les partenaires du projet :

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Source : Sustainable Food in Urban Communities

 

09:42 Publié dans Alimentation et consommation, Territoires | Lien permanent | Tags : systèmes alimentaires urbains |  Imprimer | | | | |  Facebook

13/03/2015

« À table ! Alimentation et sciences sociales » (2)

Le site La vie des idées poursuit la publication, entamée en janvier dernier, d’une série de textes consacrés aux food studies (voir un précédent billet sur ce blog). A ainsi été mis en ligne le 4 février un article ("Le marché préfère les minces") de José Luis Moreno Pestaña, montrant comment certains statuts et occupations professionnelles peuvent imposer des pratiques alimentaires contraignantes aux individus. Prenant l’exemple des vendeuses dans les boutiques de mode, il souligne que les entreprises tentent de plus en plus de faire correspondre les apparences de leurs clientes avec celles de leurs employées, ces dernières se sentant obligées de remodeler leur corps par des régimes alimentaires. Au-delà de ce cas particulier, la généralisation de nouvelles normes esthétiques, dans beaucoup d’emplois en contact avec des clientèles, impose une transformation des pratiques corporelles des femmes, en particulier de celles issues des couches populaires. Plus généralement encore, l’article montre comment la société diffuse des modèles physiques dominants et désirables, qui commandent des rapports de plus en plus stricts, diététiques et moraux à l’alimentation. Loin des formes plurielles de beauté, le mangeur moderne – et surtout la mangeuse –, est sommé de correspondre au type idéal de la minceur, de médicaliser son alimentation et de se sentir coupable si son corps ne lui obéit pas.

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Mis en ligne le 13 février, un deuxième article ("Les ouvriers, pionniers de la malbouffe ?"), de Stéphane Gacon, analyse l’ouvrage de Katherine Leonard Turner (How the Other Half Ate: A History of Working Class Meals at the Turn of the Century, 2014). Turner y pose la question suivante : comment les couches populaires ont-elles vécu le passage de l’alimentation rurale à l’alimentation industrielle dans les États-Unis des années 1880-1930 ? Considérant que cette période est celle du passage vers le "prêt-à-manger", elle propose une histoire sociale des classes laborieuses, les premières selon elle à avoir été touchées par ce processus d’industrialisation, les couches moyennes étant restées plus longtemps attachées au modèle de l’alimentation au foyer. Sa démonstration replace les comportements alimentaires au cœur d’une étude générale de l’évolution de l’ensemble des modes de vie américains : affirmation du rôle des femmes, consommation de masse, persistance de fortes fractures ethniques, urbanisation, nouvel agencement des habitations, etc. Ce faisant, elle montre bien comment les structures collectives profondes façonnent nos choix alimentaires individuels, mais aussi comment la modification des habitudes alimentaires est un bon révélateur des mutations économiques et sociales.

Bruno Hérault, Centre d’études et de prospective

Source : La vie des idées, La vie des idées

 

 

 

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Y a-t-il toujours un modèle alimentaire français ? Résultats d’une étude en région parisienne

Une équipe de chercheurs français vient de publier dans la revue PloS ONE, début mars, un article consacré à l’analyse du modèle alimentaire français à partir des données de la cohorte Santé, Inégalités et Ruptures Sociales (SIRS – étude représentative de la population adulte de la région parisienne, parlant français, conduite depuis 2005). La vague 2010 de cette cohorte a permis de renseigner différentes variables associées aux moments alimentaires de près de 3 000 individus : nombre de repas par jour, durée, lieu, avec qui ils sont pris, activités associées.

En introduction, les auteurs rappellent que le temps du repas reste un moment important, la majorité des Français suivant le modèle des trois repas par jour. Toutefois, des évolutions récentes ont été détectées : diminution de la fréquence du petit-déjeuner, augmentation de la proportion de repas pris seul, simplification du contenu des repas. Les auteurs rappellent également l’intérêt de ce modèle alimentaire en matière de santé et de lien social.

L’analyse des données de la cohorte SIRS a conduit les auteurs à identifier cinq types. Les trois premiers suivent le modèle des trois repas par jour, avec des différences de lieux et d’interactions sociales, liées principalement aux contraintes de temps et à l’âge. Les individus du premier type (prévalence de 33 % dans la population étudiée) prennent leurs repas le plus souvent à l’extérieur (lieu de travail ou restaurant, avec des collègues ou des amis), ceux du second type (17 %) à la maison et seuls, et ceux du troisième type (24 %) à la maison et en famille.

Le quatrième type (13 %) correspond à des personnes consommant un à deux repas par jour, de façon irrégulière, à la maison et devant la télévision. Souvent sans emploi et avec des revenus faibles, ces personnes ne prennent pas de petit-déjeuner, consomment plus de snacking et adhèrent faiblement aux recommandations nutritionnelles, ce qui amène les auteurs à suggérer que ce comportement pourrait avoir des conséquences en matière de santé. Le cinquième type (12 %) regroupe des individus prenant deux repas ou moins par jour, souvent à l’extérieur et en commun : ce sont là des personnes plutôt actives, intégrées, jeunes, ce type étant, pour les auteurs, adapté à un mode de vie urbain moderne. Toutefois, la conclusion de l’article souligne que seule une recherche longitudinale pourrait montrer si ce comportement générationnel évoluera vers un modèle plus traditionnel avec l’avancée en âge, la construction d’une famille ou l’arrivée d’enfants.

Julia Gassie, Centre d’études et de prospective

Source : PloS ONE

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05/03/2015

Le rôle de la nutrition dans la santé mentale

Selon une étude publiée en mars 2015 dans la revue The Lancet et réalisée par des chercheurs des universités australiennes de Melbourne et de Deakin, le mode de nutrition fait partie des facteurs pouvant induire des troubles mentaux chez l’individu. En psychiatrie, l’équilibre nutritionnel jouerait un rôle comparable à celui qu’il a en cardiologie, endocrinologie ou gastro-entérologie. Des associations ont ainsi été notées entre des habitudes alimentaires saines et une prévalence réduite des risques de dépression et de suicide à différents groupes d’âge. Diverses études cliniques ont démontré le rôle protecteur de certains nutriments, tels les acides gras oméga 3, le zinc, les vitamines des groupes B et D. Par exemple, chez le jeune, des carences nutritionnelles importantes durant les périodes critiques du développement peuvent engendrer le développement de troubles dépressifs et psychotiques.

Ces données soulignent l’importance de l’amélioration du régime alimentaire comme moyen de prévenir l’incidence initiale de certains troubles mentaux courants. Les auteurs conseillent ainsi aux cliniciens une prise en compte plus importante de l’équilibre nutritionnel dans l’éventail des traitements contre les troubles de la santé mentale.

Source : The Lancet

09:33 Publié dans Alimentation et consommation, Santé et risques sanitaires | Lien permanent | Tags : nutrition |  Imprimer | | | | |  Facebook

02/03/2015

Quels atouts, obstacles et enjeux à la consommation de viande par les seniors ?

Le Centre d’information des viandes (CIV) a publié en début d’année le rapport d’une étude exploratoire conduite par l’Institut technique agro-industriel des filières viande (ADIV), intitulée Quels atouts, obstacles et enjeux à la consommation de viande par les seniors ?. Un dossier du CIV de 2012 avait mis en lumière les relations, à double sens, entre faiblesse de la consommation de viandes et produits carnés et différents symptômes ou affections liés à la sarcopénie (diminution progressive de la masse musculaire) chez les personnes âgées. Cette étude s’inscrit dans la continuité, en cherchant à comprendre dans quelles mesures les pratiques de ces personnes et des acteurs impliqués dans le circuit de consommation, peuvent conforter ou freiner l’essor de cette affection.

Cinq voies de consommation de viande ont été identifiées, en fonction du degré d’autonomie ou de dépendance des seniors, ainsi que la configuration des acteurs impliqués. Ces éléments amènent les auteurs à poser comme enjeu sociétal majeur l’adéquation de l’offre alimentaire (dont une offre « viande ») aux particularismes de consommation et aux besoins de ce groupe d’âge en développement. Ce travail pourrait être prolongé par l’étude des perceptions et attentes des individus visés.

Source : CIV

09:11 Publié dans Alimentation et consommation | Lien permanent | Tags : viande, civ, sarcopénie, seniors |  Imprimer | | | | |  Facebook

09/02/2015

« À table ! Alimentation et sciences sociales »

Le site La vie des idées a entamé le 27 janvier la publication d'une série de textes voués aux food studies, selon le terme consacré à l'échelle internationale. Partant du constat que les questions alimentaires sont au cœur de nombreux phénomènes de société (émissions de télévision, sites Internet, exigences diététiques, mouvements associatifs, etc.), mais beaucoup moins présentes et visibles dans les travaux des sciences sociales, les deux maîtres d’œuvre du dossier, Thomas Grillot et Nicolas Larchet, entendent réunir des textes présentant diverses « manières de voir et de faire des sciences sociales de l'alimentation ». Les manuscrits publiés porteront sur des problèmes et des terrains de recherche variés, et le parti pris est non pas une fois de plus de se focaliser sur les pratiques « nobles » et « dominantes », mais au contraire de s'intéresser à l'expérience des « gens ordinaires », dans ses dimensions à la fois diététiques, esthétiques et politiques.

Le premier texte publié, de Claude Grignon, traite des conditions d'élaboration et d'application des normes diététiques, en particulier celles concernant l'obésité. Il commence par décrire les biais intervenant dans les controverses scientifiques et les débats publics autour de ces normes : sociologisme, psychologisme, préjugés sur la standardisation et l'uniformisation de l'alimentation, biais idéologiques et politiques, etc. Il montre ensuite comment les normes de surpoids et d'obésité se construisent, dans l'espace et dans le temps, en fonction des caractéristiques et des intérêts des groupes qui les conçoivent et les imposent. Il insiste sur le fait qu'au-delà des considérations sanitaires, l'obésité est aussi réprouvée « pour des raisons esthétiques » (elle paraît laide selon les critères de beauté dominants) et pour des raisons morales (les obèses sont directement responsables car ils mangent trop et trop mal). En fin d'article, Grignon critique les présupposés de la corporation des sociologues, pour qui normes et conventions sont de pures constructions sociales, alors qu'elles dépendent aussi des réalités matérielles, de déterminismes sociaux et de décomptes statistiques. Ce faisant, contre le relativisme absolu qui domine trop souvent, il plaide pour un relativisme quantifié et objectivé.

Bruno Hérault, Centre d'études et de prospective

Source : La vie des idées, La vie des idées

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05/02/2015

Un rapport de l'EFSA dresse un bilan des risques liés à la consommation de lait cru

L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a publié le 13 janvier 2015 le rapport de l’un de ses groupes d'experts (Panel on Biological Hazards), dressant un bilan des risques pour la santé humaine imputables à la consommation de lait cru (i.e. qui n'a pas été chauffé à plus de 40°C et n'a pas subi de traitement ayant un effet équivalent).

Les modalités de commercialisation de ce produit font l'objet de réglementations diverses : par exemple, la vente directe de lait cru de vache est interdite en Espagne, Pologne, Norvège, et certains pays tiers interdisent totalement sa commercialisation (Australie, Canada). Pour des raisons techniques de maintien de la chaîne du froid, la vente se fait le plus souvent en circuit court (directement à la ferme ou en commerce avoisinant). En France les distributeurs ou sites de vente sur Internet mentionnés par l'EFSA se rapportent également à des circuits de proximité (rayon de diffusion souvent faible). Les consommateurs de lait cru sont fréquemment des personnes vivant, de manière permanente ou temporaire, en milieu rural ; l'approvisionnement en milieu urbain, assez difficile, ne peut toucher qu'un public restreint.

Le risque alimentaire lié au lait cru peut être dû à une flore bactérienne très diverse incluant notamment des germes pathogènes (Campylobacter, Salmonella, Listeria, Mycobactérium tuberculosis, Brucella, Escherichia coli productrices deshigatoxines). Le lait cru peut être contaminé à différents niveaux : in vivo (pathologie de l'animal), lors de la traite (mammites, contaminations fécales), pendant le transport et la commercialisation (mauvaise hygiène de collecte et rupture de la chaîne du froid). Sur la période 2007-2012, l'Agence rapporte 27 foyers d'intoxications alimentaires associées au lait cru en Europe, soit un pourcentage très faible du nombre total d'intoxications alimentaires collectives (5363 en 2012, selon un rapport 2014 de l'EFSA et de l'European Center for Disease Prevention and Control).

Schéma représentant les sources potentielles de contamination à la ferme

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Source : EFSA

Au terme de ce rapport, si le lait cru est une denrée sensible à consommer avec certaines précautions, il aurait été intéressant que l'Agence approfondisse également les effets positifs potentiels de cette consommation pour l’homme, qui ont fait l’objet de diverses publications scientifiques (par exemple un effet protecteur contre le développement d’allergies et d'asthme chez l’enfant).

Madeleine Lesage, Centre d’études et de prospective

Source : EFSA

 

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04/02/2015

L’EUFIC publie son Global Update on Nutrition Labelling

En janvier, l’European Food Information Council a publié son Global Update on Nutrition Labelling. Le résumé reprend les principaux points de cet état des lieux mondial, et rappelle notamment que l’étiquetage nutritionnel, le plus souvent apposé sur des produits préemballés et des boissons, présente une grande diversité, par le type et le nombre de nutriments étiquetés, les valeurs de référence utilisées, l’étiquetage en face avant ou face arrière du produit, ou encore d’éventuels conseils d’interprétation. L’étiquetage nutritionnel, qu’il soit obligatoire ou volontaire, est considéré dans de nombreux pays comme un moyen important de promotion d’habitudes alimentaires saines. La carte ci-dessous montre la répartition de ces deux approches à l’échelle mondiale, sachant que de plus en plus de pays adoptent une approche obligatoire.

Vue d’ensemble de l’étiquetage nutritionnel volontaire ou obligatoire en 2014

 

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Source : EUFIC

Parmi les autres informations présentées par l’EUFIC, des pistes de recherche concernant les comportements des consommateurs sont identifiées, que les travaux envisagés portent sur l’utilisation à long terme de cette information par les consommateurs pour des choix alimentaires plus sains, sur le degré d’uniformisation des formats d’étiquetage, ou encore sur l’intérêt d’un étiquetage allant au-delà des produits pré-emballés (menus des restaurants par exemple).

Source : EUFIC

 

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