Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

13/11/2020

Quels impacts de la Covid-19 sur les chaînes de valeur agricoles et alimentaires aux États-Unis ?

La revue Choices a récemment publié un dossier dédié aux impacts de la pandémie sur les chaînes de valeur agricoles et alimentaires aux États-Unis, avec un focus sur le marché du travail. Les auteurs ont identifié trois domaines principaux de fragilité face à la Covid-19 : la main-d’œuvre, à tous les maillons de la chaîne (production, transformation, commercialisation) ; la logistique ; les modes de consommation (voir infographie ci-dessous). Les réponses politiques, locales ou fédérales, sont également abordées, comme l'assouplissement du système de visa H-2A pour les saisonniers agricoles, ou les adaptations successives des réglementations sur la sécurité des camionneurs.

Perturbations générées par la pandémie de Covid-19 à différents stades des chaînes de valeur agricoles et alimentaires

chaine de valeur agri agro.jpg

Source : Choices

L'un des articles analyse l'évolution relative du taux de chômage dans les différents secteurs de l'économie, entre février et août 2020. Si l'agriculture, dans son ensemble, a subi une baisse limitée par rapport à la tendance de long terme, les conséquences sont plus contrastées selon les sous-secteurs, les services et la transformation alimentaires étant les plus affectés.

Les services, qui comprennent la restauration, ont été frappés par la chute brutale de la demande : confinement des consommateurs, report des événements sportifs ou culturels, arrêt des activités en lien avec le tourisme (transport aérien, hébergement hôtelier, croisières, etc.). Dans le secteur de la transformation, le taux de chômage a quasiment doublé entre février et mai, principalement en raison de fermetures temporaires liées à la diffusion active du virus au sein des usines. Les conditions de travail sur les chaînes de production, en atmosphère confinée, froide et humide, ainsi que la promiscuité imposée, ont fait de ce secteur aux États-Unis l'un des plus touchés par le virus, derrière celui de la santé.

Enfin, la pandémie a révélé la fragilité de la chaîne logistique alimentaire. La redirection des flux du secteur de la restauration vers la distribution s'est faite avec difficulté, conduisant à la fois à des surplus vendus à prix cassés et à des pénuries, en dépit de la flexibilité du transport routier qui s'est adapté à une demande et une réglementation fluctuantes.

Muriel Mahé, Centre d'études et de prospective

Source : Choices

12/11/2020

Global Panel on Agriculture and Food Systems for Nutrition - Panel mondial sur l'agriculture et les systèmes alimentaires pour la nutrition

glopan 1.jpg

Créé en août 2013 à Londres, lors du Sommet « Nutrition for Growth », le Global Panel on Agriculture and Food Systems for Nutrition réunit douze personnalités de haut niveau. Financé par le UK Foreign, Commonwealth and Development Office, il est co-présidé par J. Beddington, ancien conseiller scientifique principal du gouvernement du Royaume-Uni, et J. Kufuor, ancien président du Ghana. Les travaux sont appuyés par un secrétariat d'une dizaine de personnes.

Le secrétariat, les membres et d'autres experts associés fournissent plusieurs types de publications : notes politiques ou techniques, s'appuyant sur les connaissances scientifiques disponibles et proposant des recommandations d'action publique ; rapports prospectifs ; analyses centrées sur des pays ou régions. Elles portent en particulier sur les sociétés à revenus moyens ou bas. Les membres du panel réalisent également un travail d'influence auprès des gouvernements, des sociétés civiles, des universitaires et des industriels. Par ailleurs, ces actions s'inscrivent dans un cadre international et régional : Objectifs de développement durable (ODD) onusiens, objectifs nutritionnels de l'OMS, déclaration de Malabo de l'Union africaine, etc.

Parmi les publications du panel en 2020, retenons par exemple trois notes : la première (août) souligne les améliorations à apporter aux systèmes alimentaires dans des contextes combinant divers facteurs de fragilité (conflits, instabilité politique, dépendance à l'aide humanitaire, etc.) ; la deuxième (juin) propose dix actions prioritaires pour limiter les effets de la pandémie de Covid-19 ; la troisième (février) invite à repenser les politiques commerciales pour de meilleurs régimes alimentaires. Enfin, en septembre, le panel a publié son deuxième rapport prospectif, Future Food Systems: For people, our planet and prosperity. Ayant mobilisé huit experts, ce travail identifie, pour la décennie à venir, les défis en matière de régimes alimentaires, de santé et d'environnement (exemple dans la figure ci-dessous). Les questions de disponibilité de produits alimentaires riches en nutriments et durables, l'accessibilité et la désirabilité de régimes sains sont traitées, et les auteurs proposent des pistes d'actions concrètes pour y répondre. La publication de ce rapport est accompagnée de diverses productions : webinaire, vidéos, article dans Nature (voir à ce sujet une autre brève), etc.

Projection de la variation du coût d'un régime alimentaire flexitarien entre 2017 et 2050

glopan 2.jpg

Source : Global Panel on Agriculture and Food Systems for Nutrition

Julia Gassie, Centre d'études et de prospective

Lien : Global Panel on Agriculture and Food Systems for Nutrition

15/10/2020

Covid-19 et consommation alimentaire : bilan et scénarios publiés par FranceAgriMer

Fin septembre 2020, FranceAgriMer a mis en ligne deux publications très intéressantes portant sur les effets de la crise du Covid-19 sur la consommation alimentaire en France : l'une rassemble les données et analyses disponibles sur les évolutions constatées pendant la crise, l'autre propose cinq scénarios d'une alimentation post-Covid.

Rappelant que les changements récents s'inscrivent dans des transformations de plus long terme, le premier document fournit une analyse détaillée des faits marquants, suivant les quatre grandes phases de la crise. Retenons-en quelques uns. La grande distribution a été le premier bénéficiaire du retour de la consommation à domicile (+ 9 % du chiffre d'affaires sur les ventes de produits de grande consommation et frais en libre-service). Les paniers d'achats ont été adaptés : part plus importante de denrées de « fond de placard » (épicerie salée) pendant la phase pré-confinement, puis des produits frais (viandes, volailles, fruits et légumes) à partir du confinement. Les Français ont également réduit les fréquences d'achat (-15 % en moyenne) et augmenté le montant moyen du panier global (+33 % en moyenne). La fréquentation le samedi, le temps passé dans les magasins et les achats dans les hypermarchés ont diminué ; à l'inverse, les petites surfaces généralistes de proximité ont pris plus d'importance, comme le e-commerce (7,4 millions d'acheteurs en avril 2020 contre 4,9 millions un an auparavant). Les denrées non périssables, les ingrédients de base et les produits pratiques (plats préparés, aides culinaires, etc.) ont marqué les consommations, avec notamment une augmentation des achats de conserves et de surgelés. Enfin, si les Français déclarent vouloir privilégier dorénavant une alimentation « vertueuse », le « made in France » et la « proximité », il est à ce stade délicat de statuer sur la pérennité de ces intentions : la pression sur le pouvoir d'achat et le rapport des individus aux prix seront déterminants.

Évolution des dépenses alimentaires des ménages pour leur consommation à domicile, par rayon, par rapport à la période équivalente 2019, tous circuits d'achats confondus (source Kantar Worldpanel)

france agrimer 1.jpg

Source : FranceAgriMer

Les cinq scénarios proposés dans le deuxième document offrent des images contrastées de ce que pourrait être la consommation post-Covid : une priorité donnée à la convivialité ; une alimentation sous contrôle, dans un contexte de sortie du confinement qui s'éternise ; une priorité donnée aux produits nationaux, sauf pour les entrées de gamme importées ; une alimentation saine accompagnant une transition écologique ; une alimentation comme valeur refuge dans un contexte de « crise généralisée » et de hausse de la précarité.

Julia Gassie, Centre d'études et de prospective

Source : FranceAgriMer

 

 

 

10:57 Publié dans Alimentation et consommation, IAA | Lien permanent | Tags : franceagrimer, consommation, grande distribution, covid-19 |  Imprimer | | | | |  Facebook

13/10/2020

Un baromètre social précise les effets de la crise sanitaire sur la précarité alimentaire en France

Le quatorzième baromètre réalisé par Ipsos pour le Secours populaire français se concentre sur les effets de la crise sanitaire du Covid-19 sur la précarité. Conduite début septembre sur un échantillon de 1 002 personnes représentatif, l'enquête se penche notamment sur le quotidien alimentaire. Elle montre que près du tiers de la population (29 %) rencontre des difficultés financières pour consommer des fruits et légumes frais tous les jours, tandis que près du quart (23 %) déclare ne pas pouvoir se procurer une alimentation « saine » permettant de faire 3 repas par jour (en augmentation de deux points par rapport à 2018). Pour les personnes des foyers les plus modestes (moins de 1 200 euros par mois), ces chiffres s’élèvent à 61 % et 57 %. Dans l'ensemble, 40 % des Français disent restreindre la qualité de leur alimentation pour des raisons financières (64 % des plus modestes), situation qui devrait se maintenir, une personne interrogée sur trois déclarant avoir subi une perte de revenus avec la crise, importante dans 16 % des cas.

Source : Secours populaire français

 

14:39 Publié dans Alimentation et consommation, Société | Lien permanent | Tags : précarité, covid-19, consommation |  Imprimer | | | | |  Facebook

15/09/2020

Prévenir une prochaine pandémie en bloquant les zoonoses

Considérant que la pandémie de Covid-19 est d'origine zoonotique, comme 75 % des maladies émergentes, le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) et l'Institut international de recherche sur l'élevage (International Livestock Research Institute, ILRI) ont publié en juillet 2020 un rapport incitant à prévenir un prochain épisode, en brisant la chaîne de transmission (figure ci-dessous) selon une approche One Health (« une seule santé »).

Le rapport liste sept facteurs anthropiques concourant au développement d'une pandémie d'origine zoonotique. Parmi ceux-ci, la demande croissante de protéines d'origine animale, en particulier en Asie, a entraîné en 50 ans une augmentation considérable des productions mondiales de viande (+ 260 %), de lait (+ 90 %) et d’œufs (+ 340 %), avec pour conséquence leurs intensification et industrialisation. Le commerce et le transport de produits ou d'animaux vivants, qui en découlent, accroissent les contacts avec les humains, ainsi que la dissémination de maladies potentiellement non détectées sur des bêtes importées, en raison d'une durée du transport inférieure à la période d'incubation. De plus, l'urbanisation, les changements d'utilisation des terres, les industries d'extraction et certains impacts du changement climatique favorisent aussi les zoonoses. C'est par exemple le cas du développement des zones d'irrigation, propices aux vecteurs de maladies.

Transmission et contrôle d'une zoonose

Zoonoses.jpg

Source : UNEP

Lecture : A : la transmission d'une infection et son amplification dans la population humaine (en rouge) arrivent après qu'un agent pathogène provenant de la faune sauvage (en rose) ait contaminé une espèce domestique (en vert clair), qui amplifie la capacité de cet agent à se transmettre à l'homme. B : une détection précoce et le contrôle d'une maladie animale réduisent l'incidence de cette zoonose chez l'humain (en bleu clair) et chez les animaux domestiques (en vert). Les flèches montrent les contaminations interespèces.

Pour enrayer le développement des zoonoses, le PNUE et l'ILRI formulent dix recommandations. Ainsi, les modalités d'apparition et de prévention de ces maladies doivent être mieux étudiées, de manière interdisciplinaire : sciences de la santé, sociologie, économie, etc. Les analyses coût-bénéfice sont aussi à mobiliser, pour démontrer l'intérêt de la prévention par rapport à la réaction après crise. La régulation des zoonoses et les politiques publiques du type « de la fourche à la fourchette », favorables à la biodiversité, doivent être développées. Les mesures de biosécurité devraient également être systématisées, avec une incitation financière en direction des « pays en voie de développement ». Une co-existence des zones agricoles et des zones sauvages est, en outre, à rechercher. Enfin, une approche globale de type One Health et une gouvernance tripartite Organisation mondiale de la santé (OMS), Organisation des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation (FAO) et Organisation mondiale de la santé animale (OIE) permettraient de combiner la dimension environnementale, la santé humaine et la santé animale.

Franck Bourdy, Centre d'études et de prospective

Source : UNEP

04/09/2020

L'importance des forêts périurbaines mise en lumière lors du confinement

Une équipe de chercheurs étudiant depuis près d'une année la forêt périurbaine de Kottenforst, près de Bonn (Allemagne), a mesuré l'impact du confinement sur sa fréquentation, entre le 22 mars et le 28 avril 2020, grâce à un compteur infrarouge placé à un nœud de routes forestières au cœur de la zone. Cette fréquentation a été multipliée par deux par rapport à la même période de 2019, avec une hausse importante entre 16h et 19h, et elle s'est répartie sur l'ensemble des jours de la semaine. Pour les auteurs, ces résultats illustrent le rôle essentiel de la forêt comme facteur de bien-être.

Source : Forest policy and economics

 

13:40 Publié dans Forêts Bois, Société | Lien permanent | Tags : forêt, confinement, covid-19, périurbain |  Imprimer | | | | |  Facebook

08/07/2020

Des transformations importantes des chaînes de valeur mondiales, accélérées par l'épidémie de Covid

Si la pandémie n'en est pas à l'origine, elle accélère les tendances lourdes à l’œuvre en matière d'investissements internationaux et, par là même, la transformation des chaînes de valeur mondiales : telle est la conclusion de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), dans son rapport publié en juin 2020.

L'organisme y conduit une analyse approfondie des évolutions, au cours des trente dernières années, de la « production internationale », à savoir celle des multinationales à l'origine des chaînes de valeur globales et des échanges qu'elles génèrent. Il propose notamment une classification des secteurs d'activité en fonction du type de chaîne de valeur, utilisant des critères liés à leur longueur et leur fragmentation, à la distribution géographique de la valeur ajoutée, au mode de gouvernance et au degré d'internalisation. L'agriculture (incluse dans l'ensemble I de la figure ci-dessous), apparaît comme l'archétype du secteur primaire peu intensif en capital, alors que l'agroalimentaire (ensemble III) est représentatif des chaînes de valeur régionalisées.

Répartition de la production internationale en fonction de la longueur et de la dispersion géographique des chaînes de valeur mondiales et identification des configurations archétypales

CNUCED1bis.jpg

Source : CNUCED

Lecture :

- I : industries primaires avec a. celles intensives en capital et b. celles peu intensives en capital ;

- II : chaînes de valeur intensives avec a. les faiblement technologiques et b. les technologiques ;

- III : répartition géographique avec a. une distribution en étoile et b. une distribution régionalisée :

- IV : industries des services connectés aux chaînes de valeur mondiales avec a. celles à forte valeur ajoutée, et b. celles à faible valeur ajoutée.

Les auteurs identifient trois ensembles de tendances qui ont transformé les chaînes de valeur au cours des trois dernières décennies et qui auraient été renforcées par la pandémie : la nouvelle révolution industrielle (robotisation et intelligence artificielle, digitalisation, fabrication additive), les évolutions en matière de politiques économiques (interventionnisme national, protectionnisme en matière d'investissement et de commerce, régionalisme et bilatéralisme), affirmation des enjeux de durabilité (réglementations, transformation des process et des produits, impacts sur les approvisionnements).

En combinant ces évolutions, quatre trajectoires des chaînes de valeur mondiales sont envisagées pour la prochaine décennie : relocalisation, diversification, régionalisation et reproduction. Dans ce dernier scénario, les multinationales se concentrent sur le design des produits et le pilotage des chaînes de valeur, délégant la production en série à des sous-traitants localisés au plus près des consommateurs, notamment grâce à l'impression 3D. Pour l'agriculture, la régionalisation et, dans une moindre mesure, la diversification et la relocalisation sont les trajectoires les plus probables. Dans le cas des industries agroalimentaires, la régionalisation et la diversification seraient les voies principales d'évolution.

Pertinence des différentes trajectoires selon les secteurs

CNUCED2bis.jpg

Source : CNUCED

Muriel Mahé, Centre d'études et de prospective

Source : CNUCED

07/07/2020

Les effets de la pandémie de Covid-19 sur les activités économiques ultra-marines en débat au Sénat

Le 9 juin dernier, la Délégation sénatoriale aux outre-mer a organisé deux tables rondes sur l’agriculture et la pêche, donnant la parole à divers acteurs professionnels et publics. Ces sessions visaient à exposer les effets de la crise sanitaire sur l’activité, les mesures publiques de soutien dédiées et les adaptations des professionnels.

Vidéo de la table ronde sur l'agriculture et la pêche dans les outre-mer

Outre-Mer.jpg

Source : Sénat

Selon la plupart des présidents de Chambres d’agriculture auditionnés, la crise sanitaire a eu un effet de loupe sur les difficultés des activités agricoles dans les territoires ultra-marins, tenant en partie à leur insularité. Le ralentissement du fret aérien a ainsi fragilisé l’approvisionnement en intrants ou en œufs à couver (indispensables à la filière avicole), conduisant à la baisse des surfaces et volumes de production. Les exportations ont par ailleurs été freinées, avec un manque à gagner significatif pour les agriculteurs, à l’image de ceux de la filière melon. La raréfaction de certains produits très prisés dans l’océan Indien, tels que l’ail, l’oignon et les épices, a enfin entraîné une hausse de leurs prix. En revanche, l’exiguïté des territoires et les hauts niveaux d’interconnaissance ont favorisé l'adaptation à ce contexte inédit, comme l'illustre le développement des points de vente directe et de drives fermiers dans la plupart des départements et régions d’outre-mer. Ces initiatives ont contribué à la stabilité des systèmes alimentaires locaux même si la crise a conduit certains ménages à privilégier le stockage de produits secs au détriment de la consommation d’aliments frais.

La table ronde sur la pêche a souligné la difficulté pour les producteurs d'accéder aux mesures de soutien gouvernementales, faute d’être à jour de leurs cotisations auprès de l’Union de recouvrement pour la sécurité sociale et les allocations familiales (URSSAF). Par ailleurs, le difficile écoulement des produits a entraîné des surcoûts liés à leur stockage. Enfin, d'après les intervenants, la gestion publique de la pandémie aurait renforcé les frontières nationales, d’ordinaire plus poreuses, diminuant ainsi l’exposition des pêcheurs locaux aux importations concurrentes de produits de la mer en provenance des bassins régionaux.

Nathalie Kakpo, Centre d’études et de prospective

Lien : Délégation sénatoriale aux outre-mer

02/07/2020

Covid-19 et pêche : soutien à la filière et objectifs de durabilité

Les ventes de produits de la mer frais ont subi un net recul lors de la crise sanitaire, amenant l'Union européenne à mettre en place des dispositifs de soutien à l’activité. Un groupement d'organisations non gouvernementales (ONG) a publié, fin avril 2020, un guide détaillant 10 principes : pris en compte lors de la conception des mesures, ils garantiraient leur cohérence avec les objectifs de protection de l'environnement et de lutte contre le changement climatique, évitant ainsi une dérégulation injustifiée. Parmi ces principes figure le « principe de rationalité », selon lequel l’action mise en œuvre doit cibler spécifiquement les problèmes liés à la crise. Ensuite, le guide détaille plusieurs dispositifs à la lumière de ces principes : les politiques de soutien des prix, conduisant les États à payer la différence entre le prix du marché et un prix seuil, inciteraient les acteurs à baisser leurs prix et iraient à l'encontre du principe de lutte contre les abus. Au contraire, selon les auteurs, le soutien aux revenus répond au principe de rationalité, et assorti d’une obligation de rester au port il serait bénéfique pour l'environnement.

Source : Seas at risk

15:01 Publié dans 4. Politiques publiques, Pêche et aquaculture | Lien permanent | Tags : covid-19, pêche, durabilité |  Imprimer | | | | |  Facebook

16/06/2020

Covid-19 et risques associés aux restrictions aux exportations

Dans un Policy Research Working Paper publié en mai (voir également ce billet de blog), une équipe de la Banque mondiale analyse les impacts potentiels de la crise sanitaire du Covid-19 sur les marchés alimentaires mondiaux, en matière de volumes exportés et de prix. Plusieurs facteurs, tels que la réduction du volume de travail (maladies, mobilité réduite, etc.) et les ruptures de chaînes logistiques, sont susceptibles de causer un choc d'offre négatif. Cependant, cette contraction initiale de l'offre pourrait aussi avoir des effets multiplicateurs si elle conduisait les pays à mettre en place, en cascade, des restrictions aux exportations pour s'isoler du marché mondial dans le but de sécuriser l'approvisionnement de leur marché intérieur. Ce phénomène bien connu des théoriciens des jeux a eu des précédents au cours des années 2008-2011, et a contribué directement à 30 à 40 % de l'accroissement total des prix pour certains produits alimentaires.

Pour estimer le choc d'offre initial au niveau mondial, les auteurs ont tenu compte de la réduction des exportations alimentaires chinoises, en janvier et février 2020, par rapport à leurs valeurs sur la même période en 2019. Ils ont ensuite fait l'hypothèse que le choc d'offre serait proportionnel au contenu en travail peu qualifié des exportations considérées, afin d’en déduire la réduction totale de l'offre de travail de façon différenciée selon les produits agricoles.

Les estimations des auteurs confirment le rôle multiplicateur important, de l'ordre de 3, des cascades de restrictions aux exportations agricoles et agroalimentaires. Un choc d'offre mondial similaire à celui analysé pour la Chine conduirait à une baisse des exportations en volume de - 12,7 %, et à une hausse des prix moyens de 4 %. En cas d'escalade des restrictions aux exportations, leur volume pourrait chuter de - 40 % et la hausse des prix atteindre + 12,9 %, avec des différences notables selon les produits : + 16,1 % pour les céréales, + 7,8 % pour le lait et les œufs, + 24,9 % pour les légumineuses, etc. Les premières victimes seraient les pays les plus dépendants des importations alimentaires (cf. figure), notamment au Maghreb, au Proche-Orient (Yemen, etc.) et en Asie centrale (Tadjikistan, Azerbaïdjan, etc.). Les auteurs soulignent ainsi l'importance de politiques commerciales coopératives et le besoin d'un suivi en continu des marchés alimentaires mondiaux.

Augmentations des prix pondérées par les volumes pour les pays dépendants des importations alimentaires, dans le cas du scénario d'escalade de restrictions aux exportations

BanqueMondiale.jpg

Source : Banque mondiale

Julien Hardelin, Centre d'études et de prospective

Source : Banque mondiale

Dans l'UE, la continuité des activités liées à l'alimentation repose en particulier sur les travailleurs extra-nationaux

C'est l'une des conclusions d'une étude récemment publiée par le Centre commun de recherche (Joint Research Centre) de la Commission européenne, sur la contribution des travailleurs détachés ou extra-européens aux activités « essentielles » durant la pandémie. Les chercheurs se sont appuyés sur la définition qu’en donne la Commission dans le contexte de l'épidémie et sur les résultats de la dernière enquête européenne (2018) sur les actifs. Ils ont analysé la composition de la force de travail au regard de l'origine de ces « travailleurs clés ». Par leur contribution à la sécurité alimentaire, les travailleurs agricoles (12 % des « travailleurs clés »), de la transformation et du commerce (2 %), ainsi que les pêcheurs et chasseurs professionnels (0,2 %) sont classés dans cette catégorie.

Si la part des travailleurs extra-nationaux dans l’agriculture et la pêche reste faible (moins de 10 %), elle approche 20 % dans l'agroalimentaire et le commerce, avec des variations importantes selon les pays. De ce fait, les auteurs concluent à la dépendance de ces secteurs clés vis-à-vis de la main-d’œuvre extra-nationale, notamment pour les emplois les moins qualifiés.

Proportion de travailleurs extra-nationaux selon les secteurs et l'origine nationale

Travailleurs.jpg

Source : Joint Research Centre

Source : Joint Research Centre

Conséquences du confinement sur les habitudes alimentaires

En mai 2020, Santé Publique France a publié des données relatives aux conséquences du confinement sur les habitudes alimentaires. Elles sont issues des 3e et 6e vagues de l'enquête CoviPrev, conduite en ligne auprès de 2 000 personnes en France métropolitaine. À la mi-avril, 17 % des individus déclaraient manger moins équilibré, 37 % cuisiner davantage de plats maison, 22 % plus grignoter et 37 % avoir pris du poids. Les réponses à ces deux derniers items ont augmenté au fil du temps. Par ailleurs, les moins de 40 ans, les familles avec enfants de moins de 16 ans, ou encore les personnes ayant des niveaux élevés d'anxiété, de dépression et des problèmes de sommeil, étaient particulièrement concernées par des difficultés d'approvisionnement (trouver moins souvent que d'habitude les produits souhaités en magasin) et par une plus grande attention portée à leur budget alimentaire. Enfin, les consommateurs d'alcool interrogés sont 11 % à avoir déclaré une hausse de ces pratiques, 65 % une stabilité et 24 % une baisse.

Sources : Santé Publique France, Santé Publique France

12:13 Publié dans Alimentation et consommation | Lien permanent | Tags : covid-19, habitudes alimentaires |  Imprimer | | | | |  Facebook

Actualités du Covid

Pour compléter les billets et brèves publiés en juin 2020 sur le thème de la pandémie de Covid-19, voici quelques autres publications récentes.

Fin avril, la Banque mondiale a publié un Commodity markets outlook détaillant les conséquences de la pandémie sur les marchés de produits de base, en particulier agricoles et alimentaires. Le 26 mai, le think tank du Parlement européen a proposé une synthèse sur le commerce et la sécurité alimentaire. La Global Alliance for Improved Nutrition a, de son côté, diffusé trois rapports successifs sur les implications de la crise sanitaire pour les systèmes alimentaires de plusieurs pays (Bangladesh, Éthiopie, Inde, Indonésie, Kenya, Mozambique, Nigeria, Pakistan, Rwanda, Tanzanie). L'université de Purdue a proposé, via une interface en ligne, un indice quantifiant la vulnérabilité des approvisionnements agricoles et alimentaires des États-Unis, à partir du nombre de travailleurs malades et pour plusieurs productions.

La Fondation pour la recherche sur la biodiversité a publié, en mai, une synthèse des connaissances sur les liens entre zoonoses (en particulier le Covid-19) et biodiversité. Elle s'appuie sur les connaissances actuelles et pointe les lacunes et les sujets de discussion au sein de la communauté scientifique. Au travers de 22 fiches notamment, cette synthèse aborde les thèmes de la faune sauvage, de l'érosion de la biodiversité et de la destruction des milieux naturels, ainsi que du système de production alimentaire et des transports.

L'EHESS a initié, sur son site, un « Carnet » proposant des billets de chercheurs en sciences sociales pour « montrer comment divers champs de recherches nous proposent des clés de lecture, mais aussi des échos entre la crise en cours et des terrains, des objets ou des périodes apparemment éloignés ». Par exemple, J.-P. Gaudillière, F. Keck et A. Rasmussen s'intéressent aux dynamiques de construction sociale des virus, des savoirs et des épidémies, et F. Jarrige et T. Le Roux proposent un texte intitulé « Une autre pandémie : la pollution ». Selon un principe similaire, le CERI alimente régulièrement un dossier consacré à la crise sanitaire : il mêle des contributions traitant de pays ou zones du monde spécifiques et des textes plus transversaux.

L'Ined partage les premiers résultats du projet Confinement, Conditions de vie et Inégalités (CoCoVI), visant à analyser les conditions de logement et de vie des ménages en France pendant la pandémie. Dans Foods, un article mobilise des données déclaratives pour rendre compte des évolutions de pratiques alimentaires en Italie, pendant le confinement. Si la moitié des répondants déclarent ne pas avoir changé de régime, les consommations de chocolat, glaces et desserts ont augmenté dans 42,5 % des cas, tout comme celles de snacks salés (23,5 %) et de fruits et légumes (21,2 %). Les prises d'alcool ont, elles, diminué de 36,8 %.

Enfin, The Conversation consacre une série de 13 « longs formats » au « temps de la réflexion ». Ces articles, publiés chaque fin de semaine depuis le mois d'avril, traitent sous divers angles de cette question : « comment penser le monde dans lequel nous voulons vivre ? ».

Julia Gassie, Centre d'études et de prospective

Sources : Banque mondiale, Parlement européen, Global Alliance for Improved Nutrition, Université de Purdue, Fondation pour la recherche sur la biodiversité, EHESS, CERI, Ined, Foods, The Conversation

12:06 | Lien permanent | Tags : covid-19 |  Imprimer | | | | |  Facebook

15/05/2020

L’utilisation des données issues du secteur privé pour analyser la consommation alimentaire lors de la crise du Covid-19

La pandémie, et les mesures de confinement ou de restriction qui s’ensuivirent, ont eu des effets notables sur le comportement alimentaire des ménages : pics de consommation pour constituer des réserves, achats privilégiés de certains produits, fermeture des restaurants, etc. Dans un document de travail récent, une équipe de chercheurs suédois analyse ces variations en combinant trois sources de données issues du secteur privé : informations diffusées par les médias (base Meltwater) ; ventes alimentaires de la coopérative Coop Sweden (3,5 millions de membres, 650 points de vente dans le pays), avec des détails sur les produits, la date, le lieu et le canal de vente ; données de géolocalisation de Telia, premier opérateur de téléphonie mobile suédois. Pour distinguer les effets de la crise, les chercheurs ont comparé les données de 2020 avec celles de 2019 (premier trimestre).

Les observations ainsi combinées (figure ci-dessous) témoignent d’une hausse sensible du volume d’informations médiatiques sur le Covid-19 à partir du 25 février (risque d’importation du virus via les voyages, etc.), avec une accélération à partir du 10 mars (le virus circule désormais sur le territoire national). Les ventes alimentaires, stables jusqu’au 10 mars, connaissent un pic de + 74 % à Stockholm et de + 49 % en dehors de la ville entre le 11 et le 17 mars, avant de redescendre à des valeurs plus habituelles. Par ailleurs, immédiatement après la recommandation faite aux personnes âgées d'éviter les contacts sociaux, on note à partir de mi-mars une baisse nettement plus marquée des visites de magasins alimentaires, à Stockholm, pour les individus de plus de 66 ans. La mobilité diminue également fortement dans la capitale (- 80% environ fin mars), malgré l’absence de confinement. Ces données seront régulièrement mises à jour et serviront de base pour une analyse approfondie.

Volume d’informations sur le Covid-19 dans les médias et comportements de la population au premier trimestre 2020 à Stockholm

Conso1.jpg

Source : Stockholm School of Economics

Lecture : pour l'axe des ordonnées à gauche, l’unité utilisée est le nombre de mentions journalières du Covid-19 dans les sources d’informations. Pour les autres variables de la figure, les données présentées sont des ratios entre les données 2020 et 2019. Par exemple, une valeur de 1,2 pour les ventes alimentaires signifie une hausse de 20 % des ventes alimentaires journalières en 2020 par rapport à celles observées le même jour en 2019.

Portant sur l'ensemble du panier de biens, aux États-Unis, un autre document de travail récent a été publié par une équipe américano-danoise. Elle a utilisé plusieurs sources : les données bancaires de particuliers fournies par une organisation fintech, à but non lucratif, d'aide à l'épargne (4 735 utilisateurs ; août 2016 - mars 2020) ; les résultats de sondages téléphoniques Gallup sur les préférences politiques ; un scoreboard sur l’efficacité de la distanciation sociale. Les résultats montrent de larges variations de dépenses moyennes des ménages (en dollars/jour) et mettent en évidence des liens intéressants avec les facteurs démographiques, les mesures de confinement, les préférences électorales (figure ci-dessous), etc.

Dépenses des ménages en réponse à la crise du Covid-19 aux États-Unis, en fonction des préférences politiques

Conso2.jpg

Source : NBER

Lecture : dépenses moyennes des ménages, en dollars/jour. Les couleurs des courbes correspondent aux préférences politiques prédominantes : en bleu démocrates, en gris indépendants, en rouge républicains.

Julien Hardelin, Centre d’études et de prospective

Sources : Stockholm School of Economics, NBER

11:06 Publié dans Alimentation et consommation | Lien permanent | Tags : covid-19, suède, etats-unis, consommation |  Imprimer | | | | |  Facebook

Les métiers de l'agriculture et de l'alimentation « sur le front du Covid-19 »

France Stratégie a publié récemment une analyse de la vulnérabilité des métiers face à la pandémie, dans laquelle les métiers liés à l'agriculture et aux industries agroalimentaires sont majoritairement classés comme étant « sur le front du Covid-19 ». Les auteurs ont croisé des données issues notamment de la comptabilité nationale et des enquêtes Emploi et Conditions de travail de l'Insee. Ils ont alors défini trois indicateurs de vulnérabilité des travailleurs : économique, de conditions de vie et de conditions de travail. Ils ont ensuite croisé les scores obtenus pour chaque métier, défini d'après les familles professionnelles de la Dares (ministère du Travail), et en analysant l'évolution au regard de la crise actuelle, ils ont identifié cinq grandes catégories de métiers.

Cinq catégories de métiers déterminées en fonction de leurs vulnérabilités

FranceStrategie.jpg

Source : France Stratégie

Lecture : pour chaque groupe de métiers, le rapport entre le rayon du disque de couleur et celui du cercle noir correspond au rapport entre son score pour la variable considérée et la valeur moyenne de la variable pour l'ensemble de la population en emploi. Par exemple, le salaire médian des cadres « hyperconnectés » est égal à 1,7 fois le salaire médian de la population en emploi.

Les agriculteurs, les maraîchers et certains métiers de bouche (boulangers, bouchers, etc.) sont très sollicités pour répondre aux besoins de première nécessité. S'ils sont moins au contact du public (à l'exception des commerces alimentaires de détail), ils sont vulnérables économiquement (revenus moyens inférieurs au revenu médian). En outre, la difficulté à recourir à de la main-d’œuvre saisonnière, en raison de la crise, accroît la pénibilité du travail à réaliser (volume, contraintes physiques), souvent dans des temps limités.

Les marins, pêcheurs et aquaculteurs, les ouvriers des industries agroalimentaire et du bois, « vulnérables de toujours », voient leur situation s'aggraver dans le contexte actuel. Leur vulnérabilité économique se double d'une vulnérabilité physique (horaires atypiques, rythmes de travail intenses, angoisse de perdre son emploi) et sociale (fort taux de familles monoparentales parmi les métiers les plus féminisés sur les chaînes de production, conditions de vie plus difficiles que la moyenne).

Enfin, les métiers de la restauration, en particulier les cuisiniers, sont durement touchés actuellement (« métiers nouvellement vulnérables »), alors qu'ils avaient été relativement préservés lors de la crise financière de 2008. Ces métiers risquent de pâtir de la crise même après la fin du confinement, sachant que, par ailleurs, ils sont également plus exposés que la moyenne aux risques physiques.

Muriel Mahé, Centre d'études et de prospective

Source : France Stratégie

11:02 Publié dans Travail et emploi | Lien permanent | Tags : covid-19, france stratégie, travail, emplois, vulnérabilité |  Imprimer | | | | |  Facebook