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10/03/2017

L'agriculture en représentations(s). Luttes médiatiques, luttes syndicales

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Souvent, les opinions mènent le monde, et les images de la réalité sont plus fortes que cette réalité même. C'est pourquoi les sciences sociales s'intéressent beaucoup aux visions collectives, aux représentations mentales véhiculées par les acteurs, les médias ou les institutions. Les représentations des métiers ont été particulièrement étudiées, à commencer par celles de la profession agricole, avec néanmoins un désintérêt croissant pour ce sujet depuis une trentaine d'années, s'expliquant par la disparition des figures attachantes et idéalisées de l'ancienne paysannerie. Ce numéro thématique d'Études rurales entend relancer ce champ de recherche, en proposant une dizaine d'articles d'ethnologues, de politistes et de sociologues. Ce sont plus précisément les liens avec le journalisme de presse écrite qui sont auscultés, à travers un large éventail de figures agricoles, de terrains d'observation et de témoignages de luttes.

Un texte traite de l'Agence de presse libération-paysans (APL-P), un autre analyse le positionnement mi-syndical mi-commercial du journal L'Agriculteur normand, un autre encore décrit les stratégies médiatiques de l'Association des producteurs de lait indépendants (APLI). Intéressantes également sont les pages sur l'évolution des images des femmes dans la presse agricole bretonne, sur les conceptions agrariennes et identitaires d'Agriculture et vie, ou celles sur la place occupée par la Confédération paysanne et ses leaders dans la presse nationale. Le traitement médiatique des maladies professionnelles liées aux pesticides intéressera aussi le lecteur, ainsi que l'article consacré aux techniques de réappropriation de l'espace médiatique par les éleveurs confrontés aux marées vertes.

Plusieurs conclusions générales peuvent être tirées de ces études de cas. Tout d'abord, le pluralisme du monde agricole est de plus en plus tangible, chacune de ses composantes se construisant ses propres espaces et canaux d'expression. En second lieu, la professionnalisation de la relation avec les médias est évidente, rapide, efficace. Troisièmement, les journalistes ont un surintérêt marqué pour les modèles agricoles alternatifs, ce qui ne les empêche pas, simultanément, de continuer à peaufiner l'imagerie traditionnelle d'un "paysan modèle". Enfin, la médiatisation recèle ses pièges et contradictions : dans une société saturée de discours et de symboles, on ne peut pas ne pas communiquer, ce qui pousse constamment les agriculteurs à surjouer leurs mises en scène et leurs exercices de représentation.

Bruno Hérault, Centre d'études et de prospective

Lien : Éditions de l'EHESS

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24/06/2015

Les représentations sociales du « bien manger »

On sait combien les images, les opinions et les manières de voir la réalité sont importantes dans la vie en société, et en particulier en matière d’alimentation. Depuis 1988, le CREDOC réalise régulièrement des études quantitatives, basées sur une méthode d’analyse lexicale, et spécifiquement centrées sur les représentations sociales du « bien manger ». La huitième vague d’enquête, conduite en 2013 auprès de 1 200 ménages et dont les résultats viennent d’être diffusés, présente l’état actuel de ces représentations, mais est aussi l’occasion de montrer les transformations intervenues sur les vingt-cinq dernières années.

En 2013, à la question « pour vous, qu’est-ce que bien manger ? », les femmes utilisaient plutôt des mots du champ lexical de la nutrition et de la diététique (« légumes », « protéines », « laitiers »), alors que les hommes privilégiaient des termes exprimant les idées de satiété, de goût, de convivialité. En matière d’âge, les 15-24 semblaient très réceptifs aux messages de santé publique (« grignoter », « fruits », « gras », « cinq »), alors que les 35-44 ans insistaient sur « famille » et les 55-64 ans sur « naturel », « modération », « normalement ». Pour ce qui est des catégories socio-professionnelles, les contrastes étaient marqués entre les agriculteurs exploitants (idées de variété et de saveurs), les cadres et professions intellectuelles supérieures (« bonnes choses », « bio », « vin »), les cadres moyens et professions intermédiaires (« cuisine », « saine »), les employés (lexiques de la nutrition et de la diététique) et les ouvriers (« copieux », « correctement », « chez soi »). Au-delà de ces différences, le CREDOC considère qu’existaient six classes de représentations du « bien manger », à savoir : « manger équilibré » (25 %), « privilégier tels plats et aliments » (21 %), « acte social » (20 %), « fait maison » (15 %), « manger à satiété » (11 %), « discours nutritionnel » (8 %).

L’étude de l’évolution des représentations du « bien manger », de 1988 à 2013, révèle quelques tendances intéressantes. Il y a tout d’abord une influence évidente des messages publics nutritionnels sur le vocabulaire et les discours des mangeurs. Parallèlement, les crises alimentaires ont contribué à fragiliser la notion de « bonne alimentation » et à la faire percevoir comme un « problème ». Troisièmement, si certains mots ont des fréquences d’usage stables dans le temps (« bon », « repas », « faire »), d’autres sont nettement descendus dans le classement (« enfants », « fête », « café », « hors-d’œuvre », « sauces », « mets », « lourd », « ordinaire », « calorie ») ou au contraire fortement montés (« bio », « assiette », « raisonnable », « grignoter », « salé », « sucré », « eau », « protéines », « féculents »). En conclusion, le CREDOC souligne que les réponses sont au fil du temps de plus en plus stéréotypées et formatées, que la « nutritionnalisation » des discours est tangible et que les représentations sociales de l’alimentation sont un bon miroir des mutations sociales plus globales.

Bruno Hérault, Centre d’études et de prospective

Source : CREDOC

09:24 Publié dans Alimentation et consommation | Lien permanent | Tags : credoc, représentations, bien manger |  Imprimer | | | | |  Facebook