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12/10/2020

Stock de capital dans l'agriculture : nouvelle base de données et analyse de tendances au niveau mondial

Un article de la revue Food Policy présente les travaux menés par une équipe de l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO), de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et de la Banque d'Italie sur la constitution d'une base de données sur le stock de capital dans l'agriculture, la forêt et la pêche au niveau mondial. Comme le soulignent les auteurs, en dépit de l'intérêt majeur de telles données pour analyser la croissance et la productivité, il n'existait pas jusqu'à ce jour d’outil de ce type regroupant des informations comparables pour un large périmètre géographique. La base de données couvre 189 pays sur la période 1995-2017. Elle est construite selon la méthode de l'inventaire perpétuel, qui consiste à estimer le stock de capital comme la somme des investissements des années antérieures, en incluant un facteur de dépréciation. Elle contraste avec les données antérieurement produites par la FAO fondées sur l'estimation des stocks physiques. Une première analyse de tendances fournit des résultats intéressants : le stock de capital a augmenté de 97 % au niveau mondial entre 1995 et 2017, passant de 3 100 à 6 200 milliards de dollars - un taux similaire à celui de la croissance du PIB agricole mondial sur la même période. Cette augmentation a été particulièrement rapide en Asie ; le taux des investissements rapportés au PIB agricole reste cependant plus élevé en Europe et en Amérique du Nord.

Stock net de capital agricole selon les régions du monde, en dollars américains constants 2010, 1995-2017

capitalisme agricole,tendances

Source : Food Policy

Source : Food Policy

 

 

10:40 Publié dans Mondialisation et international, Production et marchés | Lien permanent | Tags : capitalisme agricole, tendances |  Imprimer | | | | |  Facebook

15/09/2020

Étudier finement la structure des marchés d'alimentation pour répondre aux objectifs de développement durable

Dans un rapport publié en juin 2020, l'Agence française de développement (AFD) se penche sur les caractéristiques des infrastructures physiques et institutionnelles d'approvisionnement et de distribution alimentaires (voir figure ci-dessous). En effet, les auteurs notent qu'elles ont été peu prises en considération par la recherche et les politiques publiques de développement, notamment en Afrique, en dépit de leur importance pour la durabilité des systèmes alimentaires et, donc, pour l'atteinte des Objectifs de développement durable (ODD).

Schéma simplifié d'un système de distribution alimentaire

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Source : Agence française de développement

Prenant l'exemple de trois capitales africaines (Rabat, Niamey et Abidjan), les auteurs rappellent que les réseaux d'approvisionnement alimentaire traditionnels sont dépourvus d'infrastructures institutionnelles de marché. Celles-ci permettent pourtant une connaissance généralisée des prix, une garantie de qualité des produits et l'accès au crédit. En réponse à ces carences, des arrangements privés se mettent en place entre les maillons des chaînes de distribution : positionnement d'intermédiaires qui recherchent les prix de marché et les relaient auprès d'autres acteurs ; importance des relations de confiance et du capital réputationnel pour garantir un certain niveau de qualité des produits ; création d'un marché du crédit informel.

Niveau de confiance entre opérateurs économiques dans différents pays

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Source : Agence française de développement

Cependant, malgré ces arrangements privés, une incertitude subsiste sur les prix et la qualité des produits. Combinée à la vétusté ou au développement insuffisant des infrastructures physiques, elle pénalise les consommateurs en conférant à certains acteurs des pouvoirs de marché trop importants.

En réponse à ces difficultés, des actions publiques d'investissement et de modernisation ont été tentées, parfois en vain. Les auteurs appellent donc les décideurs à analyser finement les infrastructures de marché existantes, avant de décider de mesures politiques, pour éviter des effets négatifs non anticipés. Par exemple, la régulation de marchés monopolistiques pourrait déstabiliser des réseaux entiers de commerce, tandis que l'introduction de normes officielles de qualité et de systèmes de contrôle pourrait s'avérer très coûteuse et ne pas répondre aux attentes des consommateurs.

Vincent Hébrail-Muet, Centre d'études et de prospective

Source : Agence française de développement

18:21 Publié dans Développement, Production et marchés, Société | Lien permanent | Tags : système alimentaire, confiance, institutions |  Imprimer | | | | |  Facebook

Une estimation des conséquences économiques des sécheresses sur le secteur agroalimentaire italien

Sous l'effet du changement climatique, l'Europe connaît des épisodes de sécheresse de plus en plus fréquents, intenses et longs. Dans un article publié dans la revue Land Use Policy, une équipe du Centre commun de recherche (Joint Research Center) propose une modélisation rétrospective visant à estimer les conséquences économiques des sécheresses survenues entre 2001 et 2016 en Italie. Si ce type de travaux fait régulièrement l'objet de publications (voir à ce sujet un précédent billet), l'originalité du travail présenté ici réside dans le fait que l'analyse ne se limite pas au seul secteur agricole, mais inclut également les secteurs de l'aval (transformation, distribution, etc.).

La modélisation combine un modèle statistique estimant la corrélation entre le rendement des principales cultures et l'intensité des sécheresses, et un modèle économétrique d'équilibre général régionalisé appréciant les répercussions économiques de la diminution de production agricole suite au déficit en eau. Il en ressort un impact relativement limité des sécheresses sur l'économie italienne en général : la réduction estimée du PIB varie de 0,03 % en 2011 (sécheresse modérée) à 0,1 % en 2003 (sécheresse extrême). Les impacts sur le secteur agricole sont cependant significatifs puisque, d'après la modélisation, l'épisode de 2003 aurait engendré une diminution de la production de plus de 2 milliards d'euros (- 3,74 %). Le secteur des fruits et légumes aurait été le plus touché (- 8,69 %), et celui des oléagineux, principalement l'olivier, le plus épargné (- 0,43 %). Les pertes subies par le secteur primaire ne représentent toutefois que 60 % des pertes totales de la filière alimentaire, le reste pesant sur les autres secteurs d'activité, en particulier les industries de transformation (20 %). Les auteurs notent que cette répartition des pertes semble être constante et varie peu en fonction de l'intensité de la sécheresse.

Estimation des impacts économiques des sécheresses de 2003 (extrême), 2006 (intermédiaire) et 2001 (modérée)

Secheresses.jpg

Source : Land Use Policy

Sur la base de ces constats, les chercheurs concluent en estimant que la prise en charge, par les politiques publiques, des conséquences économiques des événements climatiques, tels que les sécheresses, ne devrait pas se limiter au seul secteur agricole, mais inclure l'ensemble de la filière agroalimentaire.

Mickaël Hugonnet, Centre d'études et de prospective

Source : Land Use Policy

18:18 Publié dans Agronomie, Climat, Environnement, IAA, Production et marchés | Lien permanent | Tags : italie, sécheresse |  Imprimer | | | | |  Facebook

Relocalisation des chaînes globales de valeur et propagation des risques économiques : premiers enseignements du modèle d'équilibre général METRO de l'OCDE

La pandémie de Covid-19 a été marquée par une certaine désorganisation des chaînes globales de valeur (CGV) et a relancé le débat sur l'opportunité d'une relocalisation de la production, hypothèse étudiée dans une publication récente de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Selon certains acteurs, la fragmentation des CGV serait intrinsèquement source de vulnérabilité, car elle crée des interdépendances susceptibles d'amplifier la propagation de chocs d'offre ou de demande entre les pays. Une relocalisation permettrait alors de réduire l'exposition aux risques et d'assurer une plus grande stabilité économique. Pour d'autres, en revanche, la fragmentation des CGV est, dans le cadre d'un commerce fluide, un gage de stabilité permettant la diversification géographique des sources d'approvisionnement.

Pour fournir de nouveaux éléments de réponse, les auteurs ont utilisé le modèle d'équilibre général METRO, qui intègre les interdépendances produites par les CGV. Deux régimes contrastés ont été simulés : un régime « interconnecté », correspondant à la structure actuelle des chaînes de valeur ; un régime « relocalisé », basé sur une augmentation générale de 25 % des droits de douane au niveau mondial et sur une subvention publique équivalant à 1 % du PIB pour les secteurs domestiques (hors services), dont l'agriculture et l'alimentation. Dans les deux cas, un ensemble de chocs positifs et négatifs ont été simulés, sous forme de réductions et d'augmentations de 10 % des coûts des échanges commerciaux, entre chaque région du monde subissant le choc et ses partenaires extérieurs.

Baisse de la production dans les secteurs clefs en régime relocalisé

Relocalisation1.jpg

Source : OCDE

L'étude montre qu'en l'absence de chocs, une relocalisation mondiale généralisée aurait un coût significatif par rapport au régime interconnecté, avec des baisses substantielles du PIB : -5,1 % en France, -4,2 % pour l'Union européenne en général, -10,8 % en Asie du Sud-Est, etc. Si la relocalisation conduirait, pour certains produits et pays, à une hausse de la production, ce ne serait pas le cas pour la production alimentaire, qui baisserait partout : -10 voire -20 % selon les cas (figure ci-dessus). Enfin, pour les auteurs, un régime globalement relocalisé ne réduirait pas la variabilité de la production et de la consommation résultant des chocs, car les importations qui permettraient de les absorber seraient plus coûteuses et plus volatiles (figure ci-dessous). Ces résultats des simulations varient néanmoins fortement selon les pays et les secteurs.

Ces premiers résultats sur deux scénarios très contrastés devraient donc donner lieu à des approfondissements, par exemple en considérant des relocalisations stratégiques et ciblées (secteurs, filières, produits, pays, territoires), les impacts sur l'innovation, l'environnement, le marché de l'emploi, etc.

Pour tous les secteurs stratégiques, la production est plus instable en régime relocalisé

Relocalisation2.jpg

Source : OCDE

Lecture : tous les changements de variables sont relatifs au niveau du scénario de base correspondant au régime interconnecté, lequel est égal à 1. Les points bleus indiquent la base dans le régime donné par rapport à la base interconnectée, et les moustaches montrent les écarts moyens, pour les chocs négatifs et positifs, sur le coût des échanges commerciaux.

Julien Hardelin, Centre d'études et de prospective

Sources : OCDE, Blog Ecoscope

Comment améliorer la durabilité des élevages aquacoles ?

Au niveau mondial, l'aquaculture produit de nos jours plus de biomasse que l'élevage bovin, mais cette production a des effets négatifs pour l’environnement. En juin 2020, des chercheurs ont publié, dans la revue World Aquaculture Society, un article sur les leviers d'amélioration de sa durabilité. Pour eux, l'atteinte de cet objectif passerait par une intensification des systèmes visant à optimiser l'utilisation des intrants et à en limiter les pertes. Outre les questions de traçabilité des produits et de transparence des process de production, l'article se concentre sur les volets environnemental (intrants et infrastructures) et économique de la durabilité.

L'alimentation est un levier de première importance. Les efforts pour diminuer la quantité de poissons sauvages entrant dans la composition des aliments pour espèces carnivores devraient être amplifiés, afin de limiter la compétition avec l'alimentation humaine. Pour améliorer l'acceptation de protéines de substitution (ex. : végétales) par les animaux, la sélection génétique s'avère également une piste intéressante. Peu d'espèces sont en effet domestiquées, comme l'est le saumon, avec un cycle de vie entièrement maîtrisé et une reproduction ne dépendant plus de l'introduction d'individus sauvages. La sélection permettrait pourtant une meilleure adaptation aux conditions d'élevage : résistance accrue à certaines maladies, potentiel de croissance plus élevé, etc. En outre, les additifs alimentaires (probiotiques, enzymes, etc.) jouent un rôle essentiel pour améliorer l'efficacité et la durabilité des systèmes aquacoles, en renforçant le métabolisme des individus et la digestibilité des aliments.

Par ailleurs, les systèmes de production intégrés, qui combinent des espèces de différents niveaux trophiques, de régimes alimentaires variés, ou dont les déchets de l'une favorisent l'élevage de l'autre, sont, pour les auteurs, un outil puissant pour atteindre la durabilité de l'aquaculture. Enfin, la qualité de l'eau, sa réutilisation et l'aquaculture marine offshore sont d'autres leviers mobilisables, analysés également dans l'article.

Aurore Payen, Centre d'études et de prospective

Source : World Aquaculture Society

 

Une analyse de la financiarisation des firmes agricoles latino-américaines

La financiarisation de l'agriculture soulève de nombreuses questions quant à ses implications (voir à ce sujet un précédent billet). Dans un article publié dans la revue Globalizations, des chercheurs analysent les transformations de deux firmes agricoles sud-américaines, Nuevo Amanecer et La Lozada, afin de montrer comment l'afflux de capitaux financiers, dans les années 2000, a impacté leur fonctionnement. Ces investissements ont notamment permis à ces entreprises d'étendre leurs opérations, mais également de se diversifier, en développant des activités commerciales et financières à côté des activités productives traditionnelles (figure ci-dessous). Cet apport de capitaux s'est aussi accompagné d'une évolution de la stratégie de ces firmes : alors qu'elles se contentaient jusqu'alors de louer le foncier, elles cherchent désormais à en faire l'acquisition afin de profiter d'une éventuelle hausse de sa valeur. Pour les auteurs, ces stratégies sont manifestement plus financières et spéculatives que par le passé.

Organisation des firmes agricoles étudiées dans les années 2000

Financiarisation.jpg

Source : Globalizations

Source : Globalizations

 

Cartographie des risques structurels pour l'Union européenne

Fin juillet 2020, le service de la recherche du Parlement européen a publié une analyse des risques structurels, pour la prochaine décennie, à l'échelle de l'Union. À la suite de la crise du Covid-19, il s'agit d'une première contribution pour favoriser une meilleure prise en compte des anticipations et approches systémiques dans la conception des politiques publiques. Les auteurs ont caractérisé et classé 66 risques, puis identifié ceux nécessitant une action immédiate. Retenons par exemple, dans le champ des risques économiques et financiers, l'instabilité accrue sur les marchés agricoles, la concentration croissante de la production primaire, ou encore des ruptures d'approvisionnement alimentaire. Du côté des aspects environnementaux, figurent notamment l'échec des actions climatiques, les crises sur la ressource en eau et la destruction de terres agricoles.

Source : Think tank du Parlement européen

 

16:00 Publié dans IAA, Production et marchés | Lien permanent | Tags : risques, union européenne |  Imprimer | | | | |  Facebook

Méthodes d’ovosexage des poussins : état des lieux des avancées récentes

L’annonce par les ministres de l’agriculture français et allemand de l’interdiction de l’élimination des poussins mâles de souche ponte, d’ici fin 2021, relance l’intérêt pour les méthodes de détermination du sexe des poussins avant éclosion. Elles sont présentées dans un récent article de l'Institut technique de l'aviculture (ITAVI). Les critères de sélection d’une technique d’ovosexage reposent sur des considérations éthiques, économiques et sanitaires.

Critères pour le choix d’une technique d’ovosexage

Ovosexage.jpg

Source : ITAVI

Ces techniques, en partie commercialisées, peuvent être spectrales et non spectrales. Les premières, qui reposent sur un spectre différent selon le sexe, émis par l’œuf in toto, par des cellules sanguines ou par la molécule d’hémoglobine, sont non invasives. Les secondes visent à détecter soit la présence d’un chromosome sexuel ou une différence dans la concentration d’hormones ou de métabolites sur un prélèvement, soit un marqueur fluorescent transmis par des poules génétiquement modifiées aux poussins mâles, soit des substances volatiles émises par l’œuf.

Source : ITAVI

 

15:55 Publié dans Production et marchés | Lien permanent | Tags : génétique, aviculture |  Imprimer | | | | |  Facebook

Lactalis, la construction d'un géant du lait

Dans la revue Histoire et sociétés rurales, A. Chatriot (EHESS) retrace l'évolution du groupe Besnier, né à Laval dans les années 1930, et devenu Lactalis en 1999. En dépit de la difficulté d'accès aux archives, l'article reconstitue la logique des décisions stratégiques successives, en France, avec notamment le lancement du camembert Président en 1968 et une série impressionnante d'acquisitions, puis, à partir des années 1980, le développement à l'international. Cette croissance apparaît à la fois « exceptionnelle » et « représentative d'un secteur laitier qui s'est fortement concentré » du fait des transformations des techniques, des pratiques de distribution et du marché mondial. A. Chatriot souligne le style de management particulier de cette entreprise familiale, empreint de paternalisme, et l'attachement des dirigeants à une certaine « discrétion ». Enfin, il éclaire les événements récents (contestation des prix du lait, rapport aux fromages AOC, rappel de produits), qui ont mis le groupe sous l’œil des médias.

Source : Histoire et sociétés rurales

 

15:07 Publié dans Alimentation et consommation, Production et marchés | Lien permanent | Tags : lait, agroalimentaire, entreprises |  Imprimer | | | | |  Facebook

04/09/2020

Des importations européennes de soja brésilien issues de la déforestation illégale

Selon un article publié en juillet dans la revue Science, une part non négligeable des exportations brésiliennes de soja (environ 20 %) et de viande bovine (au moins 17 %), en provenance des biomes de l'Amazonie et du Cerrado vers l'Union européenne, serait liée à de la déforestation illégale. Par ailleurs, 2 % des entreprises forestières seraient responsables de 62 % de la déforestation illégale dans ces régions.

Source : Science

 

07/07/2020

Économies de gamme et synergies entre ateliers dans les élevages laitiers bavarois

Dans le numéro de juillet de l'European Review of Agricultural Economics, deux chercheurs allemands étudient les synergies liées à la diversification des productions dans les élevages laitiers de Bavière. Des économies de gamme sont en effet possibles lorsque les coûts de production de plusieurs produits, une fois regroupés, sont inférieurs aux coûts de production séparés. Les chercheurs se sont focalisés sur les complémentarités de coûts de facteurs de production qui permettent des économies croisées entre deux ateliers, et contribuent aux économies de gamme. Celles-ci peuvent aussi reposer sur le partage des coûts fixes. De telles complémentarités existent lorsque des ressources (y compris immatérielles, comme les compétences techniques) sont mobilisées pour différentes productions sans frais supplémentaires.

Les travaux exposés reposent sur les données comptables collectées de 2000 à 2014 par le Farm Accountancy Data Network (FADN, Rica européen) : ils retiennent 1 647 exploitations laitières de Bavière, enquêtées pendant au moins deux années successives. Si les exploitations laitières sont, en général, spécialisées, une part non négligeable de leurs recettes peut provenir d'une diversification interne : valorisation de la viande issue du troupeau laitier, mais aussi ateliers allaitants ou grandes cultures.

Part des différents ateliers dans les recettes des exploitations laitières de Bavière (2000-2014)

Ateliers.jpg

Source : European Review of Agricultural Economics

Les complémentarités de coûts croisées entre les ateliers sont alors identifiées économétriquement par la distance à une fonction d'efficience, et analysées selon les caractéristiques des fermes et des agriculteurs. En définitive, ces économies dépendent de la taille et du degré de spécialisation des exploitations. Les plus grandes exploitations laitières réalisent davantage d'économies par des synergies avec les grandes cultures, alors que les plus petites peuvent mieux bénéficier de complémentarités avec l'atelier viande. La différence pourrait s'expliquer par le fait que les structures les plus grandes sont plus intensives en capital et les autres en travail. Pour les auteurs, si la diversification ne se limite pas aux réductions de coûts étudiées par eux, les politiques qui cherchent à la soutenir devraient prendre en compte la taille et la structure des exploitations.

Jean-Noël Depeyrot, Centre d'études et de prospective

Source : European Review of Agricultural Economics

Les effets de la pandémie de Covid-19 sur les activités économiques ultra-marines en débat au Sénat

Le 9 juin dernier, la Délégation sénatoriale aux outre-mer a organisé deux tables rondes sur l’agriculture et la pêche, donnant la parole à divers acteurs professionnels et publics. Ces sessions visaient à exposer les effets de la crise sanitaire sur l’activité, les mesures publiques de soutien dédiées et les adaptations des professionnels.

Vidéo de la table ronde sur l'agriculture et la pêche dans les outre-mer

Outre-Mer.jpg

Source : Sénat

Selon la plupart des présidents de Chambres d’agriculture auditionnés, la crise sanitaire a eu un effet de loupe sur les difficultés des activités agricoles dans les territoires ultra-marins, tenant en partie à leur insularité. Le ralentissement du fret aérien a ainsi fragilisé l’approvisionnement en intrants ou en œufs à couver (indispensables à la filière avicole), conduisant à la baisse des surfaces et volumes de production. Les exportations ont par ailleurs été freinées, avec un manque à gagner significatif pour les agriculteurs, à l’image de ceux de la filière melon. La raréfaction de certains produits très prisés dans l’océan Indien, tels que l’ail, l’oignon et les épices, a enfin entraîné une hausse de leurs prix. En revanche, l’exiguïté des territoires et les hauts niveaux d’interconnaissance ont favorisé l'adaptation à ce contexte inédit, comme l'illustre le développement des points de vente directe et de drives fermiers dans la plupart des départements et régions d’outre-mer. Ces initiatives ont contribué à la stabilité des systèmes alimentaires locaux même si la crise a conduit certains ménages à privilégier le stockage de produits secs au détriment de la consommation d’aliments frais.

La table ronde sur la pêche a souligné la difficulté pour les producteurs d'accéder aux mesures de soutien gouvernementales, faute d’être à jour de leurs cotisations auprès de l’Union de recouvrement pour la sécurité sociale et les allocations familiales (URSSAF). Par ailleurs, le difficile écoulement des produits a entraîné des surcoûts liés à leur stockage. Enfin, d'après les intervenants, la gestion publique de la pandémie aurait renforcé les frontières nationales, d’ordinaire plus poreuses, diminuant ainsi l’exposition des pêcheurs locaux aux importations concurrentes de produits de la mer en provenance des bassins régionaux.

Nathalie Kakpo, Centre d’études et de prospective

Lien : Délégation sénatoriale aux outre-mer

02/07/2020

Des dispositifs de lutte contre la déforestation importée encore peu efficaces

Un récent avis du Conseil économique, social et environnemental (CESE) revient sur le poids important de l'Union européenne dans la déforestation importée, et sur la relative inefficacité des dispositifs visant à la réduire. En effet, ils sont foisonnants, peu contraignants, manquent de cohérence et la coopération avec les États tiers demeure insuffisante. Le CESE recommande notamment d'accélérer la transformation des filières responsables de la déforestation importée.

Source : CESE

16/06/2020

Covid-19 et risques associés aux restrictions aux exportations

Dans un Policy Research Working Paper publié en mai (voir également ce billet de blog), une équipe de la Banque mondiale analyse les impacts potentiels de la crise sanitaire du Covid-19 sur les marchés alimentaires mondiaux, en matière de volumes exportés et de prix. Plusieurs facteurs, tels que la réduction du volume de travail (maladies, mobilité réduite, etc.) et les ruptures de chaînes logistiques, sont susceptibles de causer un choc d'offre négatif. Cependant, cette contraction initiale de l'offre pourrait aussi avoir des effets multiplicateurs si elle conduisait les pays à mettre en place, en cascade, des restrictions aux exportations pour s'isoler du marché mondial dans le but de sécuriser l'approvisionnement de leur marché intérieur. Ce phénomène bien connu des théoriciens des jeux a eu des précédents au cours des années 2008-2011, et a contribué directement à 30 à 40 % de l'accroissement total des prix pour certains produits alimentaires.

Pour estimer le choc d'offre initial au niveau mondial, les auteurs ont tenu compte de la réduction des exportations alimentaires chinoises, en janvier et février 2020, par rapport à leurs valeurs sur la même période en 2019. Ils ont ensuite fait l'hypothèse que le choc d'offre serait proportionnel au contenu en travail peu qualifié des exportations considérées, afin d’en déduire la réduction totale de l'offre de travail de façon différenciée selon les produits agricoles.

Les estimations des auteurs confirment le rôle multiplicateur important, de l'ordre de 3, des cascades de restrictions aux exportations agricoles et agroalimentaires. Un choc d'offre mondial similaire à celui analysé pour la Chine conduirait à une baisse des exportations en volume de - 12,7 %, et à une hausse des prix moyens de 4 %. En cas d'escalade des restrictions aux exportations, leur volume pourrait chuter de - 40 % et la hausse des prix atteindre + 12,9 %, avec des différences notables selon les produits : + 16,1 % pour les céréales, + 7,8 % pour le lait et les œufs, + 24,9 % pour les légumineuses, etc. Les premières victimes seraient les pays les plus dépendants des importations alimentaires (cf. figure), notamment au Maghreb, au Proche-Orient (Yemen, etc.) et en Asie centrale (Tadjikistan, Azerbaïdjan, etc.). Les auteurs soulignent ainsi l'importance de politiques commerciales coopératives et le besoin d'un suivi en continu des marchés alimentaires mondiaux.

Augmentations des prix pondérées par les volumes pour les pays dépendants des importations alimentaires, dans le cas du scénario d'escalade de restrictions aux exportations

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Source : Banque mondiale

Julien Hardelin, Centre d'études et de prospective

Source : Banque mondiale

08/06/2020

Les besoins en ressources naturelles du système alimentaire des États-Unis

Une étude de l'USDA, publiée en mai, propose une estimation des besoins en ressources naturelles du système alimentaire des États-Unis. Les auteurs ont notamment évalué l'influence du régime alimentaire, en comparant les consommations de 2007 avec un régime qui satisferait les recommandations nutritionnelles de 2010. Les besoins en ressources naturelles (terres, eau, énergies fossiles, produits forestiers) et les émissions de gaz à effet de serre (GES) ont été estimés en utilisant les modèles FEDS-EIO (intrants agricoles nécessaires jusqu'à l'assiette) et Foodprint (besoins en terres et en bétail). Les importations et exportations alimentaires sont exclues de l'analyse. Les résultats confirment l'influence positive qu'aurait un régime alimentaire « santé » sur la réduction des besoins en ressources naturelles, sauf en matière d'eau (dont les volumes prélevés annuellement augmenteraient de 16 %) et d'émissions de GES (qui resteraient au même niveau).

Estimation du changement d'utilisation de ressources naturelles entre le régime alimentaire de base actuel et le régime « santé » (%)

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Source : USDA

Source : USDA