Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

14/04/2016

Selon l’USDA, la concentration dans les marchés agricoles américains ne porte pas forcément préjudice aux producteurs

L’USDA a publié récemment un document explorant les conséquences théoriques et empiriques de la concentration des marchés agricoles américains. Les chiffres disponibles témoignent que différents niveaux (production, transformation, commerce) sont concernés, avec à des degrés divers une baisse du nombre d’acteurs d’importance. La part des quatre principales entreprises réalisant l’abattage des bovins engraissés est passée de 36% à 85% en trente ans et celle des vingt principaux distributeurs de 40% à 63% en vingt ans. Cette concentration résulte à la fois d’une diminution du nombre d’opérateurs mais aussi d’une segmentation accrue des marchés (plus étroits) pour répondre à une multiplication de demandes différenciées (bio, labels). Elle s’est accompagnée d’une évolution des modes de transaction et de fixation des prix : les marchés au comptant cèdent progressivement la place à l’intégration verticale et, surtout, à la contractualisation.

Commercialisation dans le secteur bovin : baisse des modalités de livraison au comptant (negociated cash et negociated grid) et progression des contrats (formula et forward contract)

usda.jpg

Source : USDA

En dépit des nombreuses craintes suscitées par un pouvoir de marché accru des transformateurs, la littérature disponible ne permet pas de conclure à une baisse du prix payé aux producteurs. Premièrement, les transformateurs utilisent la contractualisation avant tout pour sécuriser leur approvisionnement sur le moyen-long terme et n’ont donc pas intérêt à asphyxier leurs fournisseurs. Ensuite, la concentration permettrait des économies d’échelle sur les coûts, donc un meilleur résultat pour l’ensemble de la chaîne (y compris pour le producteur même si c’est le transformateur qui en bénéficiera le plus). Enfin, la contractualisation permet un meilleur partage du risque et un ajustement plus fin de la production à la demande.

Pour autant, la concentration accrue des marchés et ces nouveaux modes de transactions ne sont pas sans risques pour les producteurs (éviction des plus petits, dépendance à un seul débouché risqué, etc.), du point de vue des prix (volatilité, risque de manipulation de cours), mais aussi pour les pouvoirs publics. En effet, l’étroitesse des marchés et la multiplication des contrats rendent difficile le suivi des prix et nuisent à l’efficacité de certaines mesures de soutien (marketing assistance loan), comme à l'efficacité de la politique assurancielle américaine (asymétrie d’information, difficile mutualisation des risques). Toutefois, l’USDA ne recommande pas de lutter contre la contractualisation ou l’intégration, mais promeut plutôt la standardisation de certains éléments des contrats (contrats types) et l’amélioration de la collecte d’information sur les prix et les quantités.

Pierre Claquin, Centre d'études et de prospective

Source : USDA

10:52 Publié dans Production et marchés | Lien permanent | Tags : usad, marchés agricoles, concentration |  Imprimer | | | | |  Facebook

08/03/2016

Lauréats du Paris French Tech Ticket

Début mars ont été reçus à l’Élysée les 50 entrepreneurs étrangers lauréats de la première saison du concours Paris French Tech Ticket. Lancé en mai 2015 par l’État et la Ville de Paris, ce concours a pour objectif d'« attirer en France des entrepreneurs internationaux porteurs d'un projet ambitieux, en création ou déjà créé », avec à la clé un prix de 25 000 € par an et par membre de l'équipe, l'hébergement gratuit dans une structure d'accompagnement, etc.

Certains des projets lauréats se positionnent sur le domaine agricole :

- Agriversity, « première plateforme d'éducation en ligne dédiée pour la formation des agriculteurs », également lauréat du concours Agreen'Startup (Salon de l'Agriculture 2016) ;

- Cophenol, « projet d'économie circulaire qui vise à valoriser les résidus agricoles en utilisant un procédé carbone négatif » ;

- Farminal, pour les « contrôle et gestion des exploitations laitières », également prix Coup de Cœur du concours Agreen'Startup.

Source : La French Tech

10/02/2016

Projet finlandais pour augmenter de 40 % la production locale de protéines d’ici 2030

Dans un article du 18 janvier, le site mescoursespourlaplanete.com présente le projet finlandais ScenoProt. Coordonné par le Natural Resources Institue Finland (Luke), l’objectif est de passer d’une production locale de protéines de moins de 20 % actuellement à 60 % en 2030, et donc de réduire la dépendance vis-à-vis des importations brésiliennes de soja. Doté d’un budget de 8 millions d’euros, ce projet doit permettre, en six ans, de développer des aliments utilisant des sources alternatives de protéines (insectes, champignons) ou d’autres matières premières végétales. Plusieurs disciplines et domaines vont être mobilisés, de la production végétale et de la nutrition animale aux process agroalimentaires, aux effets sur la santé et au marketing des produits. Sont impliqués des organismes de recherche et des entreprises, et des consommateurs seront associés à la conception des prototypes de produits.

Sources : mescoursespourlaplanete.com, Luke

11/01/2016

Impacts d’événements climatiques extrêmes sur la production de céréales

Un récent article de Nature explore les impacts d’événements extrêmes sur la production globale en céréales, avec des estimations portant sur les variations en termes de volumes (millions de tonnes), de rendements et de surfaces cultivées. Pour ce faire, des chercheurs britanniques et canadiens des universités McGill, du Sussex et de Colombie britannique ont mobilisé les bases de données FAOStat et Emergency Events Database (EM-DAT). De cette dernière, ils ont extrait une liste d’environ 2 800 événements extrêmes hydro-météorologiques pour la période étudiée 1964-2007. Les auteurs indiquent quelques limites associées à la base de données EM-DAT : les événements extrêmes n’y sont répertoriés que s’ils touchent la population humaine et les événements récents sont mieux enregistrés.

Les traitements statistiques ont permis de conclure que sécheresse et vagues de chaleur conduisent à une réduction de la production mondiale de céréales d’environ 9-10 % sur la période étudiée. Cependant les résultats n’étaient pas significatifs pour les inondations et les froids extrêmes. Pour expliquer ce résultat, les auteurs font l’hypothèse que ces événements sont survenus à des périodes qui ne correspondent pas à des moments critiques de la croissance des plantes. Une seconde explication résiderait dans le choix de l’échelle nationale : ce niveau d’agrégation serait trop important pour des événements dont les impacts sont de nature locale.

Les rendements déclinent d’environ 5,1 % dans le cas d’une sécheresse et d’environ 7,6 % lors des vagues de chaleur. Si les surfaces cultivées ne semblent pas significativement affectées dans ce dernier cas, elles diminuent d’environ 4,1 % lors de sécheresses. Les auteurs font ici l’hypothèse de la durée de l’événement pour expliquer une telle différence. En effet, un tiers des épisodes de sécheresse répertoriés durent plusieurs années, contrairement aux vagues de chaleur qui sont des événements plus ponctuels. Au niveau de la répartition géographique, les impacts des événements extrêmes sont plus importants pour les systèmes agricoles en Amérique du Nord, Europe et Australie qu’en Asie et en Afrique. Enfin, les épisodes de sécheresse les plus récents (1985-2007) auraient provoqué des dommages plus importants sur la production céréalière globale, en moyenne de 13,7 % contre 6,7 % sur la période précédente.

Élise Delgoulet, Centre d’études et de prospective

Source : Nature

14:01 Publié dans Climat, Production et marchés | Lien permanent | Tags : climat, céréales |  Imprimer | | | | |  Facebook

La culture à grande échelle de micro-algues pour l’alimentation animale suffirait à limiter la hausse de la température planétaire à environ 2,1 degrés à horizon 2100

D’après une étude de l’International Institute for Applied Systems Analysis (IIASA) parue en décembre 2015 dans la revue Carbon Balance and Management, la culture de micro-algues, à grande échelle, pourrait à terme contribuer à la réduction des émissions de CO2. Cette étude est l’une des premières à examiner le potentiel d’utilisation des algues dans l’alimentation animale, en lien avec l’utilisation des terres, la sécurité alimentaire et les émissions de gaz à effet de serre.

De manière générale, les auteurs ont considéré que les systèmes de production de micro-algues seraient implantés sur des terres dégradées ou à faible potentiel agricole, et que leur usage comme alimentation du bétail permettrait de libérer des surfaces consacrées au pâturage et aux cultures fourragères. De plus, le contenu nutritionnel des aliments à base d’algues est comparable à celui du tourteau de soja et de la farine de poisson, et devrait rivaliser avec ces derniers en termes de coûts.

Les chercheurs ont utilisé le modèle feliX et plusieurs scénarios : un scénario tendanciel (scénario BAU) et trois scénarios d’utilisation des micro-algues en alimentation animale (Alg-Feed), pour la production d’électricité (BioEnergy) ou pour la production de biodiesel (BioFuel). Par hypothèse, dans le scénario Alg-Feed, 40 % de la demande en alimentation animale sont couverts par les micro-algues et les surfaces alors « épargnées » (estimées à 1,8 milliard d’ha) sont converties en plantations forestières. Le graphique ci-dessous montre les différentes projections sur les surfaces, selon les scénarios :

Projection des superficies en prairies et cultures fourragères, terres arables et cultures permanentes et plantations forestières

iiasa.jpg

Source : IIASA

À terme, par la diminution des émissions liées principalement à la production d’alimentation animale, le scénario Alg-Feed permettrait une réduction de 0,7°C de la hausse de la température moyenne mondiale par rapport au scénario tendanciel. Les auteurs pointent néanmoins un certain nombre de défis techniques et organisationnels à relever pour développer les systèmes de production de micro-algues : robustesse des systèmes face à des souches mutantes d’algues et d’autres agents pathogènes par exemple. Malgré cela, ils pensent que la culture de micro-algues à grande échelle pourrait être l’une des solutions les plus prometteuses pour résoudre les problèmes liés à la sécurité alimentaire et au changement climatique, et mériterait d’être plus développée qu’auparavant.

José Ramanantsoa, Centre d’études et de prospective

Sources : IIASA, Carbon Balance and Management

13:57 Publié dans Climat, Production et marchés | Lien permanent | Tags : micro-algues, alimentation animale |  Imprimer | | | | |  Facebook

08/01/2016

Élevage de précision : la technologie est prête mais la gouvernance reste à trouver

Le 17 novembre 2015 s’est tenue à Bruxelles la cinquième édition du séminaire de l’Animal Task Force, plate-forme public-privé européenne réunissant des organismes de recherche agronomique et des organisations professionnelles, pour promouvoir un élevage durable et compétitif. Au cours de ce séminaire, une demi-journée a été consacrée aux questions d’élevage de précision (Precision Livestock Farming - PLF). En particulier, Daniel Berckmans (université catholique de Louvain), qui dirige le projet européen Eu-PLF sur l’élevage de précision, a présenté d’une part les avancées technologiques dans ce domaine, et d’autre part les résultats d’une évaluation des avantages/inconvénients au niveau des exploitations agricoles.

Les innovations présentées incluent les instruments de détection des chaleurs, des boiteries et des comportements agressifs, ainsi que de suivi nutritionnel et des prises de poids individuelles. Ces innovations diminuent le temps d’observation des animaux par l’agriculteur et apportent des informations non observables par l’homme. Les agriculteurs impliqués dans ces projets de recherche ont indiqué qu’ils souhaitaient néanmoins des instruments plus précis – « l’animal est en mauvaise santé, mais quelle est la maladie ? » –, et plus polyvalents pour ne pas multiplier les capteurs et les logiciels. Par ailleurs, ils perçoivent de clairs bénéfices en termes financiers via une diminution des coûts (alimentation du bétail, médicaments, énergie), la capacité à gérer des troupeaux plus gros et la possibilité d’améliorer le bien-être animal.

À travers cette présentation, il apparaît que l’un des autres avantages, difficile à chiffrer, réside dans le fait qu’une partie de cette information (images, données en temps réel) peut être mise à disposition du grand public et contribuer à améliorer l’image de l’élevage, point crucial pour ce secteur. Enfin, D. Berckmans a souligné qu’il est nécessaire de penser un modèle viable de gestion de ces nouvelles données, au-delà du seul niveau de l’exploitation agricole. Face au scepticisme des agriculteurs quant aux coûts de ces innovations, il rappelle que ces derniers ne sont qu’un maillon de la chaîne de valeur créée autour de la donnée, laquelle, à terme, intéresse aussi les fournisseurs d’intrants et les consommateurs.

Gaëtane Potard-Hay, Centre d’études et de prospective

Source : Animal Task Force

13:51 Publié dans Production et marchés, Protection des végétaux et des animaux | Lien permanent | Tags : élevage, précision |  Imprimer | | | | |  Facebook

16/12/2015

Céréales et oléagineux à l’horizon 2020/2021 : réduction significative du niveau de stocks mondiaux après le record atteint sur les campagnes 2014/2015 et 2015/2016

L’International Grains Council (IGC) vient de publier ses dernières projections de l’offre et de la demande mondiales en céréales et oléagineux sur les cinq prochaines années. Le fait le plus marquant serait la réduction progressive des stocks de fin de campagne, après les niveaux records des campagnes 2014/2015 et 2015/2016 : 450 millions de tonnes pour les céréales et 54 millions pour les oléagineux, soit respectivement 2,7 et 1,7 mois de consommation mondiale annuelle. En 2020/2021, les stocks de céréales seraient réduits de 9 % pour atteindre 2,3 mois de consommation pour cette campagne.

Évolution des stocks mondiaux de céréales (hors riz), campagnes 2011/2012 à 2020/2021

igc-cereales.jpg

Source : International Grains Council (décembre 2015)

La baisse des stocks mondiaux pour les oléagineux serait plus drastique (-22%). À terme, ceux-ci ne représenteraient plus que 1,2 mois de consommation annuelle.

Évolution des stocks mondiaux d’oléagineux (colza et soja) : stocks mondiaux, campagnes 2011/2012 à 2020/2021

igc-oleagineux.jpg

Source : International Grains Council (décembre 2015)

Ces projections s’appuient sur un certain nombre d’hypothèses générales comprenant les tendances de croissance de la population, les évolutions présumées des politiques agricoles et des échanges, ainsi que diverses hypothèses sur les perspectives pour l’économie mondiale tirées de la dernière édition du World Economic Outlook du FMI, publiée en octobre 2015.

Les politiques gouvernementales et les amendements approuvés resteraient en place pendant la période de projection. Les rendements continueraient à croître mais à un rythme plus ralenti par rapport aux cinq dernières années. L’évolution de la consommation en alimentation humaine et animale découlerait principalement de l’augmentation de la population et de la demande croissante en viande. Ces éléments contribueraient à la diminution des stocks projetée.

Les résultats des projections des bilans par produit pour les principaux pays producteurs sont détaillés dans l’annexe du rapport.

José Ramanantsoa, Centre d’études et de prospective

Source : International Grains Council

 

11:32 Publié dans 3. Prévision, Production et marchés | Lien permanent | Tags : igc, stocks, céréales, oléagineux |  Imprimer | | | | |  Facebook

15/12/2015

Une analyse des emplois générés par l’élevage sur le territoire français

Le GIS Élevages Demain vient de publier une étude identifiant et quantifiant les emplois directs et indirects générés par les activités d’élevage en France. Les emplois directs dans les élevages ont été estimés à partir des données du Recensement Agricole 2010. Au sein de chaque exploitation, les équivalents temps plein (ETP) recensés ont ainsi été répartis entre les différentes activités d’élevage et les filières végétales, faisant ressortir un total de 312 000 ETP (pour un total de 415 000 actifs), liés aux activités d’élevage (hors équins), ainsi que 9 000 ETP supplémentaires dédiés aux ateliers grandes cultures dans ces exploitations.

Les emplois indirects ont, de leur côté, été estimés pour chaque catégorie d’acteurs gravitant autour des filières de l’élevage français (ex : alimentation animale, abattage et découpe de viande) : la "dépendance" à l’élevage a été évaluée par une méthode de scoring, via l’évaluation de la place relative de l’élevage dans l’activité de ces acteurs, de leur capacité d’adaptation, et des contraintes territoriales les liant. Les catégories apparaissant comme les moins liées à l’élevage français n’ont pas été retenues dans la suite du décompte, comme par exemple la production céréalière française pour l’alimentation animale (23 000 ETP). Pour chaque catégorie d’acteurs retenue, ont ensuite été évalués le nombre total d’emplois, ceux liés à l’élevage, et la répartition entre les filières. 391 000 ETP indirects (soit 470 000 personnes) ont ainsi été dénombrés, soit 1,25 emploi indirect pour chaque emploi direct dans les élevages.

Grâce à une ventilation des ETP (par productions et zones géographiques pour les ETP directs, par filière, secteur d’activité et niveau de dépendance pour les indirects), cette analyse très détaillée met en évidence des différences structurelles dans la répartition de l’emploi au sein des filières. Par exemple, la filière bovine laitière rassemble 238 000 ETP, dont 52 % d’emplois indirects, pendant que 86 % des 99 000 ETP de la filière porcine sont recensés hors des élevages. Ces chiffres expriment et quantifient ainsi les différents niveaux d’internalisation et externalisation du travail dans les activités d’élevage.

Ce rapport, particulièrement riche et clairement présenté, fournit un éclairage à la fois détaillé et objectivé sur les filières d’élevage, et devrait notamment constituer une base de référence dans la prise en compte de la question de l’emploi lié aux activités agricoles.

Jean-Noël Depeyrot, Centre d’études et de prospective

Source : GIS Élevages Demain

11:24 Publié dans Production et marchés, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : élevage, emploi |  Imprimer | | | | |  Facebook

17/11/2015

Statistique agricole, facteur humain et enjeux politiques : une perspective chinoise

La révolution technologique autour de la collecte et la gestion des données statistiques et non-statistiques a tendance à faire oublier l’importance du facteur humain dans la conception d’un bon système de statistique agricole. Publié dans la collection des Working Paper de l’IDDRI, l’analyse menée par Marie-Hélène Schwoob (voir sur cette auteure un autre billet sur ce blog) sur le système statistique agricole chinois est riche d’enseignement.

Suite à la crise des prix agricoles de 2008, la question de la transparence des marchés est revenue au centre des préoccupations internationales. Le Système d’Information sur les Marchés Agricoles (AMIS), créé en 2011 lors du G20, pallie ce problème dans la mesure des données disponibles. L’auteure montre qu’en Chine, les freins à la transparence statistique sont d’ordres humain et politique, et que les difficultés administratives, le consensus politique, les acteurs parapublics, les acteurs privés des marchés sont autant de paramètres qui influent sur la collecte, l’analyse et la transmission des données agricoles, en particulier de récolte, de prix et de stock. Par exemple, les cadres locaux, responsables entre autres de la collecte des données, sont évalués en fonction de leur capacité à atteindre des objectifs de production agricole régionale. Les données sur les stocks de grains, collectées par Sinograin, conditionnent également l’accès de cette agence à des subventions. Dans ces deux cas, il apparaît que les incitations financières liées aux gérants de bases de données ne favorisent pas la transparence et l’objectivité du système.

L’auteure identifie ensuite plusieurs pistes de changement. La participation accrue de la Chine aux instances de gouvernance internationale – OMC, PAM, FAO – devrait l’inciter à restructurer son système statistique vers plus de transparence. L’émergence du Big Data agricole sur les plus grosses exploitations chinoises (ex : capteurs pouvant informer sur les volumes collectés, sur l’état de la récolte) pourrait également susciter de nouveaux acteurs du recueil de données à grande échelle, perturbant encore plus les jeux d’acteurs actuels et les instances de gouvernance.

Gaétane Potard-Hay, Centre d’études et de prospective

Source : IDDRI

11:03 Publié dans Production et marchés | Lien permanent | Tags : chine, statistique agricole, données |  Imprimer | | | | |  Facebook

12/11/2015

La Malaisie et l’Indonésie créent le Council of Palm Oil Producer Countries

Début octobre, la Malaisie et l’Indonésie, qui représentent 85 % de la production mondiale d’huile de palme, ont créé le Council of Palm Oil Producer Countries afin de travailler sur les normes de production, l’image de l’huile de palme, la stabilisation des prix et la coordination sur diverses thématiques (production, stocks, schémas de re-plantation, biodiésel). La création de cette instance intergouvernementale fait suite notamment à la signature, par plusieurs grandes compagnies de production d’huile de palme (Cargill, Golden Agri-Resources, Wilmar International notamment), de l’Indonesian Palm Oil Pledge.

Source : Reuters

10:39 Publié dans IAA, Mondialisation et international, Production et marchés | Lien permanent | Tags : indonésie, malaisie, huile de palme |  Imprimer | | | | |  Facebook

15/10/2015

Le modèle agricole allemand : un succès qui cache des vulnérabilités

Traditionnellement perçue comme spécialisée dans l’industrie, l’Allemagne a surpris ces dernières années par la vigueur de son secteur agricole. Dans un article paru dans Regards sur l’économie allemande, Thierry Pouch constate néanmoins que l’agriculture d’outre-Rhin fait face à d’importants défis.

Si la réunification a provoqué un effondrement des productions agricoles dans les régions situées à l’est, à partir de 2000 la croissance de la production a été constante. Ce revirement de situation a amené l'Allemagne, en quelques années, à occuper le second rang parmi les États membres de l’UE en matière de production agricole. Le succès est particulièrement frappant pour les productions animales, puisqu’en lait et viande porcine, l’Allemagne a distancé ces dernières années la France.

Dans un secteur comme le porc, véritable point fort de l’agriculture allemande, le redressement spectaculaire de la production est dû, selon l’auteur, à quatre facteurs : la profonde restructuration des industries d’abattage associée à une compression du coût du travail, l’assouplissement de la législation environnementale, l’organisation transfrontalière de la filière d’engraissement de porcins, et le développement du biogaz permettant de valoriser les effluents.

Toutefois, pour T. Pouch, le déficit commercial chronique de l’Allemagne en produits agricoles et alimentaires révèle la vulnérabilité de son modèle. Le prix du foncier, qui a été multiplié par deux depuis 2000, la forte dépendance du complexe agro-alimentaire aux exportations et les limites environnementales induites par la forte concentration de l’outil de production, sont autant d’entraves à la dynamique productive et commerciale de l’agriculture allemande.

Cet article met ainsi en relief, de manière solide, les contradictions et les limites d’un modèle parfois cité en exemple de ce côté-ci du Rhin.

Pouch.jpg

Source : Regards sur l’économie allemande

Alexandre Martin, Centre d’études et de prospective

Source : Regards sur l’économie allemande

 

09:54 Publié dans Enseignement et recherche, Production et marchés | Lien permanent | Tags : allemagne, modèle agricole, pouch |  Imprimer | | | | |  Facebook

Angus Deaton, prix « Nobel » d’économie 2015, également connu pour ses travaux sur le stockage de produits agricoles

Le prix 2015 de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel a été remis à Angus Deaton « pour son analyse de la consommation, de la pauvreté et du bien être ». Il s’était également intéressé à la formation des prix agricoles et aux dispositifs de stockage dans une série de travaux avec Guy Laroque au début des années 1990.

Ces travaux, largement repris en économie agricole, voulaient tester la validité de l’hypothèse des anticipations rationnelles en cherchant à reproduire une dynamique de prix et à la comparer avec les prix observés sur 13 matières premières sur longues périodes. Le modèle utilisé avait la particularité de chercher à représenter un agent économique qui, capable d’anticiper l’ensemble des comportements des autres acteurs, tire profit des fluctuations des prix en stockant en cas de prix bas et en revendant en cas de prix élevé, et ainsi stabilise les marchés. Les résultats de l’analyse économétrique des séries de prix issus du modèle sont jugés satisfaisants quant à la représentation de la volatilité et l’existence de crises expliquées par le fait que les stocks ne peuvent pas “devenir négatifs”. En revanche, l’auto-corrélation des prix observés n’est pas reproduite, ce qui amène les auteurs à rester dubitatifs sur la validité du modèle de stockage concurrentiel.
Les implications de ces travaux
n’ont pas été univoques. Pour certains, la validité du modèle du stockage compétitif n’est pas affectée et les travaux de Deaton et Laroque ont été poursuivis pour représenter l’auto-corrélation des prix via une auto-corrélation de l’offre. L’implication politique est immédiate : les pouvoirs publics ne doivent pas intervenir car ils empêchent les agents économiques de stabiliser les marchés en stockant.

Pour d’autres, il est possible d’expliquer la volatilité des prix par les erreurs d’anticipation des agents et non seulement par des chocs exogènes (théorie de la volatilité endogène). Pour eux, les travaux de Deaton et Laroque présentent l’intérêt de mettre en évidence l’importance du stockage pour stabiliser les prix (la variance des prix baisse de 30 à 60 %) mais ils considèrent comme irréaliste le fait que des acteurs privés puissent opérer cette stabilisation : en période de tension sur les prix les agents économiques ont plutôt tendance à conserver leurs stocks pour profiter de la hausse. Là aussi l’implication politique est directe : les marchés ne s'auto-régulent pas et nécessite des régulations intelligentes.

Frédéric Courleux, Centre d’études et de prospective

Sources : The royal Swedish Academy of Sciences, Review of Economic Studies

09:50 Publié dans Enseignement et recherche, Production et marchés | Lien permanent | Tags : deaton, nobel, marchés, économie |  Imprimer | | | | |  Facebook

09/10/2015

L’IGC prévoit un stock de report record de 456 millions de tonnes en céréales pour la campagne 2015/2016

Débutant à 405 millions de tonnes en mars 2015, les prévisions, par l’International Grains Council, du stock de report de céréales pour la campagne 2015/2016, ont été chaque mois revues à la hausse pour atteindre 456 millions de tonnes en septembre 2015. Ces stocks représenteraient pour les céréales 2,8 mois de la consommation mondiale (3,5 mois pour le blé). Ce taux dépasse légèrement celui estimé pour la campagne actuelle (2014/2015).

Notons que depuis la campagne 2006/2007, début de la forte volatilité des prix des céréales, ce niveau de stocks n’a été atteint que sur la campagne 2009/2010 (2,7 mois de consommation pour l’ensemble des céréales et 3,6 mois pour le blé). C’est aussi sur cette campagne que le prix des céréales avait été au plus bas.

Source : International Grains Council

 

09:03 Publié dans 3. Prévision, Production et marchés | Lien permanent | Tags : igc, stocks, céréales |  Imprimer | | | | |  Facebook

26/06/2015

Le riz confirme sa place de céréale la plus consommée au monde en alimentation humaine

D’après les statistiques prévisionnelles pour la campagne 2015/2016 de l’International Grains Council publiées récemment, la consommation mondiale du riz en alimentation humaine devancerait celle du blé pour la quatrième campagne consécutive. Avec 489 millions de tonnes consommées, le riz conforterait ainsi son rôle de première céréale, sachant toutefois que son usage non alimentaire reste marginal par rapport à celui du blé.

Consommation mondiale

conso-mond-riz-ble.jpg

Source : International Grains Council, présentation CEP

2014/15 : estimation ; 2015/16 : prévisions au 28/05/2015

Ces mêmes statistiques précisent que les trois premières zones de consommation (mais aussi de production) seraient dans l’ordre l’Asie, l’Afrique et l’Amérique du Sud. Elles regrouperaient à elles seules près de 97 % de la consommation et de la production mondiales pour la campagne 2015/2016.

prod-conso-riz.jpg

Source : International Grains Council, présentation CEP

Sur le continent asiatique, deux pays, la Chine et l’Inde, concentrent plus de la moitié de la consommation et de la production mondiales. Ce taux frise les trois quarts si l’on y ajoute l’Indonésie, le Bangladesh, le Vietnam et la Thaïlande.

Contrairement à l’Asie et l’Amérique du Sud, dont les bilans sont excédentaires, l’Afrique peinerait encore à couvrir ses besoins, sa production ne représentant que 59 % de sa consommation (52 % en Afrique subsaharienne). Néanmoins, ce continent resterait le plus dynamique avec une hausse de la production de 31 % en neuf ans (48 % en Afrique subsaharienne), contre 18 % en Amérique du Sud et 14 % en Asie, ce qui lui permettrait de faire passer sa part dans la production mondiale de 3,4 % en 2006/2007 à 3,9 % en 2015/2016. Cette évolution serait due surtout à une extension significative des superficies cultivées entre ces deux campagnes : + 3,4 % annuel en moyenne en tendance (3,6 % en Afrique subsaharienne) contre + 0,4 % en Asie et une régression de 1,1 % en Amérique du Sud. Comparée aux autres zones, la progression moyenne des rendements resterait toutefois modeste : 0,3 % par an en tendance sur la même période (1,5 % en Afrique subsaharienne) contre 1 % en Asie et 2,3 % en Amérique du Sud.

José Ramanantsoa, Centre d’études et de prospective

Source : International Grains CouncilInternational Grains Council

 

 

09:35 Publié dans Production et marchés | Lien permanent | Tags : igc, riz, blé |  Imprimer | | | | |  Facebook

02/06/2015

Les dimensions commerciales de la sécurité alimentaire : risques et opportunités

En mars dernier, l’OCDE a diffusé un document rédigé par J. Brooks et A. Matthews sur les rapports complexes liant ouverture commerciale et sécurité alimentaire, laquelle est considérée selon les quatre piliers classiques définis en 1996 (disponibilité, accès, qualité et régularité).

L’étude s’appuie pour l’essentiel sur une importante revue des travaux passés et conclut que, d’un point de vue général, l’ouverture commerciale améliore la sécurité alimentaire dans ses quatre dimensions mais présente, pour chacune d’entre elles, à la fois des effets positifs et négatifs, des risques et des opportunités. En ligne avec les préconisations habituelles de l’institution, ce constat conduit les auteurs à préconiser des politiques non commerciales : fourniture de filets de sécurité, d’outils de gestion des risques, mais aussi investissement dans la productivité agricole. Ils appellent également à soigner l’« économie politique » des réformes d’ouverture commerciale pour en faciliter l’acceptabilité par les parties prenantes et en assurer le succès.

Au-delà de ces conclusions génériques, diverses tendances à l’échelle des États sont à souligner. Les auteurs définissent ainsi plusieurs indicateurs simples mais aux conclusions contrastées, permettant de qualifier le « risque » associé au fait de dépendre des importations pour assurer sa sécurité alimentaire. Trois méritent en particulier qu’on leur prête attention :

- « En moyenne » au niveau mondial, la part des importations alimentaires dans l’ensemble des importations est passée de 15 % en 1961 à 5 % aujourd’hui. Cette tendance cache cependant une certaine diversité (tendance baissière nette pour les petites îles mais moins évidente sur le long terme pour les pays les moins développés). Un taux relativement bas laisse penser qu’en cas de difficulté (flambée des prix à l’import), des substitutions d’importations sont possibles.

- Moins « rassurante », la capacité des pays à financer durablement leur dépendance alimentaire à l’importation par leurs exportations (et autres profits liés aux investissements à l’étranger) ne montre pas de tendance baissière évidente, voire au contraire une tendance à la hausse depuis 2007.

- Les auteurs calculent aussi des indicateurs de dépendance de pays importateurs à un nombre restreint de partenaires commerciaux. Ainsi, pour au moins 20 pays (11 en Afrique, 4 en Asie et 5 en Amérique Latine), plus de 50 % des importations cumulées de blé, riz et maïs, sont assurés par seulement les deux premiers fournisseurs de chacun de ces pays.

Au final, il semble pour les auteurs qu’il n’y ait pas de corrélation évidente entre le statut commercial d’un pays (importateur net ou exportateur net d’aliments) ou son évolution d’une part, et l’amélioration ou la dégradation de sa sécurité alimentaire d’autre part, comme en témoigne le graphique suivant :

ocde-brooks-mathews.jpg

Source : Brooks et Matthews, 2015, présentation CEP

Pierre Claquin, Centre d’études et de prospective

Source : OCDE

 

09:46 Publié dans Production et marchés, Sécurité alimentaire | Lien permanent | Tags : sécurité alimentaire, commerce, ocde |  Imprimer | | | | |  Facebook