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10/04/2019

Le temps des forêts, film de François-Xavier Drouet

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Documentariste passé par les sciences sociales, François-Xavier Drouet vit et travaille sur le plateau de Millevaches, recouvert au début du XXe siècle d'une forêt à vocation de production, exploitée industriellement, d'abord constituée de pin sylvestre puis d’épicéa et maintenant de douglas. Partant de ses terres limousines, son film nous transporte dans le Morvan, l'Alsace, les Landes, la Montagne noire, dressant le portrait de la sylviculture intensive et de ses potentielles solutions de rechange. Il obtint un prix au festival de Locarno 2018 et sortit en salle en septembre de la même année. Il vient d'être édité en DVD par KMBO, avec en complément cinq longs et intéressants portraits d'acteurs (gestionnaires, technicien, bûcheron, scieur).

Le titre « Le temps des forêts » semble être une concession à l'engouement actuel pour l'arbre et le végétal. Les images et témoignages qu'on nous propose mériteraient plutôt de s'intituler « heurs et malheurs de la filière bois française » car, de l'amont à l'aval, c'est bien tout un système d'acteurs, d'habitudes, de techniques, de politiques et de rapports de pouvoir qui est décrit.

Hier, on privilégiait la gestion extensive de forêts anciennes, pluri-essences, à sous-étage riche, adaptées à leurs conditions pédoclimatiques. Il suffisait de laisser pousser et d'assurer la régénération naturelle et des revenus réguliers en prélevant parcimonieusement les beaux sujets. La complexité forestière créait un réseau racinaire dense d'arbres résistant bien aux vents et aux parasites. Les coupes de bois faisaient l'activité de scieries locales, polyvalentes, travaillant à la demande, et alimentaient une deuxième transformation dynamique (construction, ameublement), capable d'exporter des produits à valeur ajoutée.

Depuis 20 à 30 ans, au contraire, c'est la capacité d'absorption des méga-scieries qui commande toute la chaîne. Elles exigent surtout du douglas jeune, de diamètre moyen, calé sur les standards internationaux imposés par les Scandinaves ou les Allemands. Il faut donc sortir rapidement de gros volumes « bord de route », qui finiront en planches bas de gamme ou en vulgaires palettes. Des abatteuses ultra-performantes mais très coûteuses font des coupes rases, puis on désouche, laboure puis replante en ligne droite des « champs d'arbres » mono-essences, sur des sols « propres » mais appauvris. La deuxième transformation française s'étant effondrée, les plus gros arbres, surtout feuillus, partent en Asie (Chine, Inde) puis nous reviennent sous forme de coûteux meubles et parquets. Cette gestion intensive, simplifiée, forcée, nécessite de lourds investissements et des cycles productifs de plus en plus courts. Elle a répondu aux impératifs d'une époque, mais est de plus en plus questionnée…

Bruno Hérault, Centre d'études et de prospective

Lien : KMBO

10:19 Publié dans Forêts Bois | Lien permanent | Tags : drouet, documentaire, sylviculture |  Imprimer | | | | |  Facebook

14/05/2018

Désigner les arbres, un acte de sylviculture hautement subjectif

C'est ce que démontre une étude récemment publiée dans la revue PLoS ONE, à partir de l'analyse des choix d'arbres à exploiter dans le cadre d'éclaircies au sein de peuplements sur-capitalisés. L'acte de désignation des arbres est essentiel en matière de gestion sylvicole : il permet progressivement de choisir et élever, dans les conditions les plus favorables (accès à la lumière et à l'eau), les plus beaux spécimens (souvent d'un point de vue économique) d'un peuplement forestier. Il s'agit alors d'identifier par une marque (martelage), les arbres à abattre (ou à conserver, dans les premières éclaircies) par le bûcheron. Pour ce faire, les forestiers s'appuient sur les préconisations des guides sylvicoles, les objectifs de gestion du peuplement, et leur propre évaluation des arbres in situ.

Afin de mesurer l'impact du facteur humain dans cette sélection, les auteurs ont utilisé les résultats de tests de désignation menés dans 12 marteloscopes (espaces forestiers à vocation pédagogique), répartis sur tout le territoire de la Grande-Bretagne, avec 19 équipes de 9 à 20 personnes. Au total, 36 opérations de martelage ont été analysées selon deux axes : l'intensité plus ou moins forte du martelage (nombre d'arbres désignés par personne) et la convergence en matière de choix d'arbres (nombre de fois où l'arbre a été retenu).

Dans le cadre de l'étude, les situations proposées étaient globalement équivalentes, seule la localisation géographique variant : peuplements soumis à une faible intensité de gestion dans lesquels il fallait proposer une éclaircie, avec une majorité de forêts résineuses. Deux modalités d'éclaircie ont été comparées : « éclaircie par le bas » (suppression des arbres dominés par les sujets à conserver) et « éclaircie par le haut » (suppression de sujets co-dominants).

Répartition empirique des opérations de martelage selon le degré de convergence des évaluations (test statistique du Kappa), d'une convergence nulle (k < 0,1 ; « Poor ») à parfaite (k>0,9 ; « Perf. »)

Noir : éclaircies par le bas – Rouge : éclaircies par le haut

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Source : PLoS ONE

Les résultats montrent qu'il n'y a pas de consensus en matière de désignation, et le dissensus est plus prononcé lors des éclaircies par le haut. Pour parvenir à cette conclusion, les auteurs se sont notamment inspirés de travaux menés dans le domaine médical, sur l'analyse de la convergence des diagnostics. Ils ont tenté d'expliquer, sans succès, une partie de ces différences d'évaluation par le niveau de compétences ou le degré de complexité du peuplement : à rebours des hypothèses préalables, les experts les plus chevronnés se sont avérés les moins convergents dans leurs avis, et les peuplements apparemment les plus complexes à évaluer facilitent des prises de décision similaires. Un travail plus fin d'analyse des comportements serait ainsi nécessaire pour approfondir ces premiers éléments.

Muriel Mahé, Centre d'études et de prospective

Source : PLoS ONE

13:45 Publié dans Forêts Bois, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : forêt, martelage, sylviculture |  Imprimer | | | | |  Facebook