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29/06/2015

Quelle résilience du système alimentaire mondial ?

En avril dernier, la revue PNAS publiait un article intitulé Resilience and reactivity of global food security. Dans un contexte de changements globaux (croissance démographique, pression sur des ressources limitées, etc.), les auteurs ont questionné l’évolution de la sécurité alimentaire au cours des 25 dernières années (1986-2010). Mobilisant des données démographiques, de production alimentaire et des échanges pays par pays, ils ont étudié la relation entre la dynamique des populations et les calories disponibles. L’objectif était d’évaluer la sensibilité du système alimentaire mondial à court terme (réactivité) et sa réponse à long terme (résilience) vis-à-vis de chocs liés à la volatilité sur les marchés, à des changements de politiques commerciales ou environnementaux.

Les auteurs soulignent plusieurs limites de leur approche, dont l’absence de stocks de matières premières dans le modèle décrivant de fait un scénario qu’ils qualifient de « solidaire », la non prise en compte de la pêche et de l’aquaculture ou encore des aspects nutritionnels.

Quatre grands groupes de pays sont identifiés en fonction de leur capacité à apporter les calories nécessaires à leur population (carrying capacities) via la production locale, mais aussi par le commerce international. Les auteurs font l’hypothèse que la taille de la population nationale est limitée par la nourriture disponible (ratio de la production en calories sur le régime alimentaire en calories par habitant et par an). Les quatre groupes sont : les pays exportateurs nets (dont les échanges diminuent la nourriture disponible pour leur population), les pays importateurs (partageant le même « pool » de ressources que les pays précédemment cités), les pays pour lesquels les échanges n’ont que peu d’influence sur la nourriture disponible ou l’évolution démographique nationales, et enfin les pays en déficit (avec une nuance apportée par les auteurs sur l’agriculture de subsistance, non prise en compte ici).

D’après ces travaux, dans les deux dernières décennies, alors que la dépendance aux échanges a augmenté, le système alimentaire mondial a perdu en résilience. Il est également devenu de plus en plus instable et réactif aux chocs. Les auteurs ont aussi établi une carte des pays les plus vulnérables (réactivité seulement), comme indiqué sur ci-dessous.

Carte des pays réactifs en 1987 et 2008

pays-reactifs.jpg

Source : PNAS

Élise Delgoulet, Centre d’études et de prospective

Source : PNAS

 

09:43 Publié dans Sécurité alimentaire | Lien permanent | Tags : résilience, système alimentaire mondial, sécurité alimentaire |  Imprimer | | | | |  Facebook

13/03/2015

Évolutions du système alimentaire mondial à 2050 et impacts d’hypothèses démographiques

Pluriagri vient de publier une étude conduite par Bruno Dorin (Cirad), intitulée L’Europe dans le système alimentaire mondial : un scénario pour 2050 adossé aux projections de la FAO. Cette étude s’appuie sur la dernière actualisation des projections FAO pour l’agriculture et l’alimentation, converties et ajustées via l’outil AgriBiom pour permettre une analyse sur base comparable des évolutions passées (1961-2006) et futures (2006-2050), par le biais d’une unité fonctionnelle commune : la calorie alimentaire.

Dans ce scénario, le principal moteur serait la consommation de produits animaux (en Asie et au Moyen-Orient essentiellement). L’auteur développe une analyse fouillée des évolutions des disponibilités alimentaires, des demandes alimentaires et des productions, à l’échelle mondiale et des grandes régions. Une hausse des besoins et productions de l’ordre de 50-55 % est ainsi attendue à l’horizon 2050, soit des progressions moindres que sur la période passée. À cet horizon, l’Asie consommerait près de la moitié des calories animales produites et, côté production, l’Amérique latine rattraperait l’Amérique du Nord. L’Europe, elle, verrait ses « parts de marché » en production comme en consommation s’éroder.

B. Dorin en déduit le commerce nécessaire pour équilibrer offre et demande et pronostique un creusement des déséquilibres entre régions excédentaires (Amériques, Océanie, Russie depuis peu) et déficitaires (Moyen-Orient, Asie, Afrique mais aussi Europe).

Échanges nets de calories entre régions

dorin-fig-1.jpg

Source : B. Dorin

L’auteur explore ensuite la sensibilité des projections à plusieurs « points critiques ». Il s’intéresse notamment à l’impact de la révision des projections démographiques en 2013 par rapport à celles de 2008, selon deux modalités : ajustement (i) par les consommations (productions et commerce inchangés par rapport au scénario de référence) et (ii) par le commerce de productions végétales. Dans la première modalité, la disponibilité alimentaire en Afrique retomberait à son niveau de 2006 (environ 2400 kcal/hab/an contre près de 3000 dans le scénario de référence). Dans la seconde, l’Afrique multiplierait par trois son déficit en biomasse alimentaire végétale. Dans le même temps, l’Asie importerait moins, mais l’Amérique latine, l’Océanie et la Russie exporteraient moins également. Globalement, l’actualisation démographique accroîtrait nettement la dépendance au commerce international des zones importatrices.

Toutefois, l’auteur rappelle les limites de ce type d’exercice (perspectives de croissance critiquables, absence d’hypothèses sur l’énergie et le changement climatique, prix et revenus, etc.). Se dessine cependant à grands traits le défi alimentaire futur et les principales zones problématiques pour le devenir du système alimentaire mondial : l’Asie aujourd’hui, l’Afrique demain.

Pierre Claquin, Centre d’études et de prospective

Source : Cirad

 

 

10:16 Publié dans 1. Prospective, Mondialisation et international | Lien permanent | Tags : pluriagri, système alimentaire mondial |  Imprimer | | | | |  Facebook