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07/05/2020

Droit et relocalisation des systèmes alimentaires

L’Institut de droit rural de l’université de Poitiers a organisé, le 11 mars 2020, un colloque consacré aux défis, pour le droit, du thème de la « relocalisation » des systèmes alimentaires. Des intervenants variés y participaient et les captations vidéos des différentes séquences sont accessibles en ligne. Divers sujets ont été abordés : les collectivités territoriales comme acteurs majeurs, la « démocratie alimentaire » locale comme processus à encourager, le foncier comme support à mobiliser, les moyens d'agir sur l'entreprise agricole, sur l'économie agricole et sur les filières.

Parmi les analyses présentées figure la nécessité de repenser la gouvernance du territoire. Bien que mentionnées dans la définition législative de la politique en faveur de l'agriculture et de l'alimentation, les collectivités locales ont peu de compétences en matière d'alimentation. Elles disposent toutefois de moyens juridiques leur permettant de développer leurs propres politiques : passation de marchés publics (dont restauration collective), urbanisme, foncier, développement économique. Elles doivent cependant tenir compte de la jurisprudence du Conseil d’État (1930), subordonnant cette intervention à deux conditions : la légitimité du besoin à satisfaire et la carence de l’initiative privée. Le foncier constitue un support à mobiliser, notamment pour pérenniser la vocation agricole d'un terrain. Plusieurs outils existent, dont la possibilité pour les départements de créer des périmètres de protection et de mise en valeur des espaces agricoles et naturels péri-urbains. La collaboration avec les SAFER est ici fondamentale.

Parmi les autres enseignements de ce colloque, on retiendra les échanges relatifs aux moyens juridiques d'action sur les filières agricoles, de la fourche à la fourchette. Bien qu'envisagées dans la loi d’avenir en 2014 et précisées par une résolution du Parlement européen (14/01/2014), les filières territorialisées sont très imparfaitement prises en considération par le droit. Dans ces conditions, une évolution juridique pourrait offrir deux voies complémentaires : d’une part une forme de « laisser agir » de ces filières, en levant les obstacles juridiques (ex. : critères locaux dans les marchés publics) ; d’autre part donner des moyens pour structurer de véritables filières locales (ex. : inclusion dans les obligations des projets territoriaux d'une clause similaire à celle, prévue par le Code rural, d'une part minimale de produits locaux dans les magasins de producteurs).

Franck Bourdy, Centre d’études et de prospective

Source : université de Poitiers

09:54 Publié dans 4. Politiques publiques, Société, Territoires | Lien permanent | Tags : droit, relocalisation, systèmes alimentaires |  Imprimer | | | | |  Facebook

Forêts dans la tempête et autres colères de la nature, John Muir

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En 2016, Charles Foster a publié un livre étonnant (Dans la peau d'une bête, traduction française 2017), où il décrivait le paysage et la vie « tels que les perçoivent un blaireau, une loutre, un renard, un cerf et un martinet ». De telles immersions naturalistes ne sont pas inédites et de nombreux auteurs, dans l'histoire, ont essayé de transcrire ce que ressent un animal, un végétal ou tout autre élément naturel. C'est aussi ce que propose ce recueil de textes nouvellement traduits ou retraduits du voyageur-botaniste John Muir (1838-1914), pionnier reconnu de la pensée écologique et des politiques environnementales.

Pour lui, on ne devait pas se contenter de traverser, observer ou analyser une montagne, une prairie ou une rivière, il fallait aussi les éprouver de l'intérieur, se fondre en elles. Ainsi, dans le premier écrit, il nous raconte ses heures passées à la cime d'un grand sapin pour comprendre ce que vivent les arbres en pleine tempête : balancements et vibrations jusqu'aux racines, musique éolienne, prise du « pouls du vent ». Un autre texte décrit sa survie difficile dans une tempête de neige, l'assombrissement du ciel et les bourrasques aveuglantes, la brusque arrivée du froid et de la grêle, les fumerolles réchauffantes de quelques sources chaudes et, après une nuit de demi-conscience à attendre la mort, le « fair-play indéfectible de la Nature » nettoyant le ciel et ramenant des étoiles à « l'éclat pur et placide ». Dans ses autres récits des colères de la nature, il est tour à tour emporté par une avalanche, entouré d'éclairs d'orage, secoué par un tremblement de terre, spectateur d'un grand incendie, « tonnant et grondant comme des chutes d'eau », qui transforme de vaillants séquoias en « mâts morts ».

Cette façon avant-gardiste de se fondre dans la nature, d'être littéralement la nature, est restée tout à fait moderne. Elle anticipait même de beaucoup sur les attitudes actuelles consistant à « prendre des bains de forêt » ou à prétendre fusionner avec les éléments. Pour Muir, se couler dans la peau d'un oiseau ou d'un arbre était la meilleure façon de comprendre l'environnement. C'était aussi une manière radicale de resituer l'humain, petite partie du grand tout de la Terre – déchaînée ou pas – qui nous enveloppe et nous contient. Une nature parfois violente mais pas méchante, dangereuse mais pas mauvaise. Muir était panthéiste mais certainement pas animiste, et contrairement à beaucoup de nos contemporains qui personnifient le monde vivant et croient qu'il « se venge », il n'aurait pas commis l'erreur de prêter des intentions néfastes aux événements, qu'il s'agisse de l'infiniment grand du réchauffement climatique ou de l'infiniment petit du coronavirus...

Bruno Hérault, Centre d'études et de prospective

Lien : Éditions Payot

09:50 Publié dans Forêts Bois, Société | Lien permanent | Tags : muir, forêts, pensée écologique, politiques environnementales, nature |  Imprimer | | | | |  Facebook

05/05/2020

Le sacre de la nature, Bertrand Sajaloli, Étienne Grésillon (dir.)

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Cet ouvrage collectif, ambitieux et exigeant, brosse en trente chapitres une histoire des liens entre religion et nature, depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours et sur presque tous les continents. Les corpus religieux, en tant qu'interrogations sur les fins dernières et sur l'organisation du cosmos, accordent une grande importance à la création et au fonctionnement de la nature, et à la place que doivent y occuper les humains. Ces conceptions ont varié dans l'histoire mais des constantes demeurent, et ce n'est pas parce que les sociétés contemporaines sont de plus en plus athées et sécularisées que les lectures sacrées du monde vivant ont disparu, bien au contraire. Plusieurs chapitres montrent que fleurissent toujours, aujourd'hui, les discours religieux, quasi-religieux ou d'inspiration religieuse : « sanctuarisation » d'espaces protégés, destructions assimilées à des « sacrilèges », idée de « soumission » à des phénomènes qui nous dépassent, « messianisme » des collapsologues, « fondamentalismes » biologistes ou alimentaires, pèlerinages post-modernes à Brocéliande ou à Solutré, « vertus magiques » du développement durable et des services éco-systémiques, « croisades » pour sauver des temples verts, désir de « communion » avec les règnes animal et végétal, « quête spirituelle » d'une nature bienfaitrice et réparatrice, etc. Bref, « le sacré se porte bien, mais il se porte autrement » (p.31), et si cette sacralisation n'est pas le tout de la pensée écologique actuelle, elle en est un versant important, qui nuit à l'écologie scientifique comme à l'écologie politique.

Lien : Sorbonne université presses

09:35 Publié dans Environnement, Société | Lien permanent | Tags : sajaloli, grézillon, nature, religion, histoire |  Imprimer | | | | |  Facebook

14/04/2020

Élevage et urbanité dans le monde, des enjeux différenciés

L'agriculture urbaine est souvent rapportée à sa seule dimension végétale, la question de l'élevage restant peu traitée dans le débat scientifique actuel. Pourtant, l'élevage urbain est très présent dans de nombreux pays et tend parfois à revenir là où il avait disparu, porté par de nouveaux besoins. Publié dans la revue Territoire en mouvement, cet article dresse un panorama des enjeux de cet élevage à travers le monde. En effet, 10 % des différents cheptels seraient élevés en ville, avec des concentrations différentes en fonction des régions.

Dans les économies développées, la réémergence de l'élevage urbain est portée par la réflexion des villes sur leur autonomie alimentaire et par une revalorisation de ses fonctions éducatives, sociales (ex. : mini-fermes urbaines, réappropriation citoyenne de l'espace urbain) et paysagères (ex. : éco-paturage dans 500 communes en France). Dans une logique d'économie circulaire, on assiste à une technologisation des flux et des processus, permettant en particulier le retraitement des déchets alimentaires, à des échelles industrielles, pour l'alimentation animale : c'est le cas pour des élevages de porcs ou de poissons (aquaponie) à Hong-Kong ou Jakarta. Dans les économies les moins avancées, l'élevage urbain génère un complément de revenus ou assure un accès à des protéines animales à moindre coût. À l'échelle des filières, il permet une proximité avec les lieux de consommation (abattoirs, marchés) lorsque la chaîne du froid est déficiente. Dans ces contextes, les enjeux socio-économiques et sanitaires sont forts. Dans les économies émergentes, on observe aussi l'apparition d'installations intensives de valorisation des déchets alimentaires en zones péri-urbaines, où la question du maintien des surfaces d'élevage sous pression urbaine se pose également (ex. : ceinture verte d'Hanoï).

En conclusion, les auteurs proposent un agenda de recherche interdisciplinaire sur l'élevage urbain en identifiant cinq enjeux : i) de santé publique (zoonoses), ii) d'accès à l'alimentation, iii) socio-économiques, iv) culturels et cultuels associés à l'animal en ville, v) de l'intégration agriculture-élevage dans l'aménagement urbain (relocalisation de l'alimentation, économie circulaire).

Claire Bernard-Mongin, Centre d'études et de prospective

Source : Territoire en mouvement. Revue de géographie et aménagement

18:58 Publié dans Agriculteurs, Société | Lien permanent | Tags : élevage, villes, élevage urbain |  Imprimer | | | | |  Facebook

06/04/2020

Un nouveau MOOC sur les relations Humain-Animal

La plate-forme France Université Numérique propose, jusqu'à début mai, un nouveau cours en ligne intitulé « Vivre avec les animaux ». D'une durée de trois semaines denses et proposé en deux parcours (« essentiel » et « approfondi »), il envisage les relations entre humains et animaux sous de multiples dimensions : biologiques, comportementales, culturelles, historiques, écologiques, éthiques, juridiques, etc. L'ensemble du règne animal est considéré, des mammifères aux oiseaux, en passant par les poissons, les insectes ou encore les mollusques. Pour cela, l’enseignement mobilise de nombreux spécialistes, issus en particulier du Muséum national d'histoire naturelle : vétérinaires, comportementalistes, biologistes, ethnologues, archéozoologues, historiens, etc. La première semaine est consacrée à l'approche scientifique de l'animal : définition et place dans le monde du vivant, émotions, intelligence, communication, socialité. La deuxième décrit l’histoire des relations Humain-Animal, de la domestication à nos jours, en passant par les notions de « nuisibles » et d'attachement. La dernière envisage l'avenir de ces relations sous les angles de la conservation et de la biodiversité, du biomimétisme, de l'éthique, du bien-être et du droit de l'animal. Deux vidéos supplémentaires présentent l'état des connaissances sur animaux et épidémie de Covid-19.

Source : France Université Numérique

17:35 Publié dans Société | Lien permanent | Tags : rapport homme-animal, mooc |  Imprimer | | | | |  Facebook

Risques professionnels dans les métiers au contact des animaux

En février 2020, la revue Travail et sécurité consacre un dossier aux risques professionnels dans les métiers au contact des animaux vivants : vétérinaires, éleveurs, vendeurs en animalerie, soigneurs animaliers, etc. Il comporte un article synthétique et six autres présentant des témoignages en zoo, élevage avicole, animalerie commerciale, clinique et école vétérinaires, élevage bovin. Si les risques directement liés aux animaux (morsures, griffures, coups, encornages, zoonoses, etc.) sont manifestes, l'accent est mis sur les autres risques associés à ces activités, les auteurs rappelant que, dans le cas des élevages bovins, plus de 40 % des accidents mortels ne sont pas dus à un animal. Les risques sont classés selon qu'ils sont physiques (risques de morsures et griffures lors de la manipulation et la contention, troubles musculo-squelettiques en raison du port de charges lourdes), biologiques (zoonoses), chimiques (mésusage de médicaments) ou psychosociaux (surcharge de travail, pression sociétale dévalorisant ces métiers).

Source : Travail et sécurité

17:32 Publié dans Santé et risques sanitaires, Société | Lien permanent | Tags : animaux, élevage, risques professionnels |  Imprimer | | | | |  Facebook

16/03/2020

Histoire rurale de l'Europe. XVIe-XXe siècle, Laurent Herment (dir.)

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Cet ouvrage collectif, couvrant une large période, s'appuie sur les développements les plus récents de la recherche européenne en histoire rurale. Coordonné par Laurent Herment (CNRS) et rédigé par quelques-uns des meilleurs professeurs et chercheurs du moment, il est plus précisément consacré aux processus de développement des activités agricoles. Cinq grandes questions précisent cette problématique générale : qu'entend-on par « croissance agricole » ? Comment la mesurer ? Quels en sont les principaux facteurs et causes ? Quels sont ses rythmes et temporalités habituels ? Comment se distribue-t-elle dans l'espace ?

Les réponses apportées au fil des études de cas (pays ou régions) multiplient les points de vue et les résultats novateurs, et finissent par dresser un tableau complet de l'évolution des campagnes en Europe. On comprend alors mieux la diversité des trajectoires agricoles nationales, soumises aux contraintes économiques et géographiques. Les questions d'épistémologie ne sont pas oubliées, plusieurs chapitres traitant du renouveau des méthodes quantitatives en histoire rurale. La contribution des institutions au développement des campagnes est un autre leitmotiv du livre : impacts des lois et des politiques, extension du droit de propriété et de celui des contrats, etc.

On retiendra en particulier le chapitre de Piet van Cruyningen, montrant que les lourds investissements consentis par les bourgeois hollandais (dès 1400), pour protéger les villes en régulant les eaux, ont directement contribué au décollage de l'agriculture. L'irruption de ces capitaux modifia les rapports à la propriété, enclencha un processus de spécialisation et de croissance de la taille des exploitations, facilita l'achat de bétail et de bâtiments. Tout aussi intéressant est le chapitre de Giuliana Biagioli, sur la diversité inter-régionale des voies du développement agricole en Italie, selon les degrés de résistance du féodalisme et les innovations locales. De son côté, Llorenç Ferrer-Alos s'intéresse aux liens entre espaces urbains et ruraux en Espagne, à l'industrialisation des zones rurales et à la pluriactivité agricole. Concernant notre pays, Gérard Béaur et Jean-Michel Chevet mettent en doute l'idée, largement répandue, d'un « modèle français » dominé par un foncier émietté, une petite propriété paysanne engluée dans le travail routinier et l'autosubsistance. Comme l'Angleterre, nous avons aussi eu nos large farms et nos fermiers capitalistes, engagés dans l'investissement et tournés vers le marché.

Au total, de chapitre en chapitre, les auteurs montrent que la mauvaise habitude consistant à juger le passé à partir du présent véhicule des visions anachroniques et fausses sur les progrès historiques des agricultures européennes. On retiendra aussi qu'il n'y a pas un schéma préétabli de développement, mais une diversité de trajectoires, faites de continuités et d'aléas avec, pendant des siècles, de vraies fragilités des dynamiques de croissance agricole.

Bruno Hérault, Centre d'études et de prospective

Lien : Éditions EHESS

17:08 Publié dans Société, Territoires | Lien permanent | Tags : herment, rural, histoire, agriculture, europe |  Imprimer | | | | |  Facebook

Ceux qui restent. Faire sa vie dans les campagnes en déclin, Benoît Coquard

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À rebours des représentations dominantes de zones rurales en déclin hors du temps et dépourvues d’activités en raison de leur distance aux métropoles, l’ouvrage de Benoît Coquard donne à voir la densité des relations sociales dans ces campagnes et les logiques qui les façonnent. Il souligne toutefois d’emblée que les ruralités ne se réduisent pas aux campagnes paupérisées : d’autres espaces connaissent un renouveau des populations et des activités, à l’image de certaines régions viticoles.

Pour ce travail ethnographique, l’auteur a mené son enquête dans la région Grand Est, auprès de jeunes adultes qui sont ouvriers agricoles, artisans, salariés de la grande distribution ou de centres d’appel. Leur vie quotidienne est scandée par les déplacements en automobile, les exigences du travail et les sociabilités amicales dans lesquelles ils s’engagent pleinement. Elles constituent en effet un capital social décisif, tant pour la recherche d’un emploi que pour la formation du couple ou le maintien de la bonne réputation.

L’ouvrage montre que les manières d’être ensemble sont travaillées par les transformations économiques et sociales locales. Du fait de la raréfaction de l’emploi, liée à la désindustrialisation de la région, les plus dotés en titres scolaires partent. Ceux qui restent font partie des couches populaires faiblement qualifiées. Le dépeuplement se double ainsi d’une homogénéité sociale grandissante des populations résidentes. De plus, les sociabilités amicales changent sous l’effet de nouveaux usages de l’espace. Par exemple, du fait de la disparition des petites exploitations et du regroupement des coopératives, la vie quotidienne des travailleurs agricoles se déroule à cheval sur plusieurs cantons ou départements.

Enfin, autrefois valorisés, les bourgs ne constituent plus des centralités désirables pour les loisirs ou le logement. À titre d'illustration, entre 1979 et 2009, le nombre de bistrots dans les lieux étudiés a été divisé par dix. De fait, aujourd’hui, ce n'est plus la localité qui fait l’appartenance mais les collectifs amicaux et les espaces qui leur sont associés. En s'intéressant aux trajectoires de ces jeunes, cet ouvrage apporte des éclairages originaux sur les évolutions contemporaines des mondes agricoles et ruraux.

Nathalie Kakpo, Centre d'études et de prospective

Lien : Éditions La Découverte

17:05 Publié dans Société | Lien permanent | Tags : coquard, rural, relations sociales, grand est, jeunes |  Imprimer | | | | |  Facebook

12/03/2020

Les neurosciences pour mesurer l'impact des peuplements forestiers sur le stress et l'humeur

Une équipe européenne de chercheurs a combiné imagerie médicale et interviews pour mesurer l'impact des différents types de peuplements forestiers sur l'état psychique d'une vingtaine d'individus. Il s'agit d'une des premières analyses de l'effet des paysages sur le cerveau, visant à objectiver les sensations rapportées.

Le rôle de la fréquentation des espaces naturels dans la régulation du stress est désormais documenté. Cependant, tous les paysages n'ont pas le même effet. C'est pourquoi les auteurs se sont appuyés sur des outils de réalité virtuelle pour mesurer, par électroencéphalogramme, les variations d'activité électrique du cerveau, selon les types de peuplements forestiers (essences, densité).

Extraits de la vidéo de réalité virtuelle utilisée

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Source : Forests

Ce travail a permis de confirmer l'effet positif de la forêt, par rapport à des paysages urbains. En particulier, les forêts de résineux, et notamment celles de douglas, ont un effet supérieur aux forêts de feuillus. Ces résultats sont cependant à affiner avec un échantillon plus grand de personnes.

Source : Forests

16:14 Publié dans Forêts Bois, Société | Lien permanent | Tags : neurosciences, forêts, stress |  Imprimer | | | | |  Facebook

« Métamorphoses agricoles », un dossier de The Conversation

À l'occasion du Salon international de l’agriculture, The Conversation a mis en avant, dans une lettre d'information spéciale, une série de dix contributions inédites ou déjà publiées sur les transformations de l'agriculture française. Parmi les textes récents, celui de P.-M. Le Bel (Inrae) présente les espaces-tests, un dispositif alternatif d'accès au foncier qui soutient l'installation d'agriculteurs « hors cadre familial ». Une contribution de M. Berriet-Solliec et L. Lamy (AgroSup Dijon) éclaire de façon originale le « malaise des agriculteurs » : l'« humiliation récurrente » des « bouseux » a été l'un des moteurs de la modernisation agricole. Dans le même temps, la société s'urbanisait et se coupait de ses racines paysannes, rendant ces choix de modernisation incompréhensibles. Aujourd'hui, faute de disposer de ces « clés d'interprétation » historiques, certains urbains et néo-ruraux taxent les agriculteurs « de tous les noms ». Le troisième texte récent porte sur le recyclage de l'urine en engrais agricoles. Enfin, les articles plus anciens livrent des aperçus sur la reconnaissance de la diversité des modèles de productions et abordent aussi les productions urbaines et biologiques, les semences et la robotique agricole.

Source : The Conversation - France

16:09 Publié dans Agriculteurs, Société | Lien permanent | Tags : the conversation, agriculture, espaces-tests |  Imprimer | | | | |  Facebook

11/03/2020

Une analyse des controverses sociétales liées à l'élevage

Le projet de recherche ACCEPT, dont les résultats ont fait l'objet d'une publication dans la revue Innovations Agronomiques, s'est intéressé aux différentes controverses associées à l'élevage : condition animale, impact sur l'environnement, critique du modèle économique des productions à grande échelle, etc. Outre une typologie des attentes sociétales par rapport à cette activité, les auteurs étudient quelques mouvements de contestation de projets d'élevage et identifient les facteurs susceptibles de déclencher leur rejet. Leur analyse montre que les réactions d'opposition peuvent concerner aussi bien des projets de grande que de petite dimension, en agriculture biologique comme en conventionnel. Elles ciblent généralement des installations porcines ou avicoles, situées au sein de territoires porteurs d'enjeux environnementaux forts ou qui étaient jusqu’à présent dédiés à des activités non agricoles, telles que le tourisme.

Source : Innovations Agronomiques

16:02 Publié dans Société | Lien permanent | Tags : élevage, controverses |  Imprimer | | | | |  Facebook

Les Européens se disant concernés par l'environnement indiquent avoir changé leurs habitudes de consommation

La Commission européenne vient de publier, dans un Eurobaromètre, les résultats d'une enquête conduite en décembre 2019 auprès de 27 500 citoyens de l'Union. 94 % des enquêtés affirment que la protection de l'environnement est importante à leurs yeux, et 30 % (36 % en France) pensent que la pollution agricole et la dégradation des sols sont des problèmes importants. Toutefois, celles-ci n'arrivent qu'en septième position (sixième en France) des problématiques environnementales majeures, après, notamment le changement climatique, la pollution des eaux, l'extinction des espèces, et la perte des habitats et des écosystèmes. Plus de deux tiers des enquêtés estiment que leurs modes de consommation ont des conséquences négatives sur l'environnement en Europe et dans le reste du monde. Ils sont près de 20 % (28 % des Français) à déclarer avoir changé leurs habitudes alimentaires pour consommer des produits plus durables, au cours des six derniers mois.

Source : Commission européenne

15:45 Publié dans Alimentation et consommation, Société | Lien permanent | Tags : eurobaromètre, pollution, sols, durable |  Imprimer | | | | |  Facebook

13/02/2020

Les enjeux éthiques de la modification du génome des animaux

Après un avis consacré aux nouvelles techniques d'amélioration génétique des plantes (2018), le comité consultatif d'éthique commun Inra-Cirad-Ifremer a publié, fin 2019, un avis sur la modification génétique des animaux par les technologies d’édition du génome. Les auteurs rappellent l'importance, pour la compréhension des mécanismes d'expression et de régulation des gènes (via leur inactivation ou modification ciblée), des techniques récentes d'édition du génome et de mutagenèse dirigée (notamment Crispr-Cas9 – voir à ce sujet un précédent billet sur ce blog). Elles posent de nouvelles questions éthiques à la sélection génétique animale, analysées dans cet avis.

Le comité se penche d'abord sur l'édition du génome des animaux de rente. Toutes les espèces domestiques sont en effet potentiellement concernées par des modifications de ce type, visant à améliorer la santé des animaux (ex. : résistance à l'influenza aviaire pour les volailles), à modifier des caractères liés à l'élevage (ex. : bovins sans cornes) ou des caractères de production (ex. : inhibition de la production de protéines allergènes). Le comité estime que la prise en compte et l'amélioration du bien-être animal doivent être au cœur des nouvelles stratégies de sélection, sans toutefois chercher à adapter des animaux à des conditions d'élevage difficiles.

Pour les auteurs, de telles modifications génétiques doivent procurer des avantages aux animaux, aux consommateurs et à la société. Ils recommandent alors que chaque projet de recherche soit soumis à un comité réunissant chercheurs, acteurs des filières et société civile, en amont des travaux.

Dans une deuxième partie, le comité étudie les techniques d'édition du génome des espèces considérées comme nuisibles, notamment celle du forçage génétique (gene drive), pour contenir les populations d'insectes ravageurs ou vecteurs de maladies. Ce forçage repose sur la propagation des modifications génétiques apportées et il contredit donc les mesures habituelles de biosécurité (confinement). Les auteurs considèrent que, vu le caractère « rudimentaire » des connaissances actuelles, ces techniques comportent trop d'incertitudes sur leur efficacité et leurs effets écosystémiques : ils invoquent le principe de précaution et appellent à développer des travaux de recherche dédiés avant de permettre leur utilisation.

Jean-Noël Depeyrot, Centre d'études et de prospective

Source : Inrae

09:45 Publié dans Enseignement et recherche, Société | Lien permanent | Tags : éthique, génome, animaux, mutagenèse, crispr-cas9 |  Imprimer | | | | |  Facebook

16/01/2020

Documentaire Entrée du personnel sur le travail en abattoirs et usines de transformation de viande

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Du 1er décembre 2019 au 6 mars 2020, le documentaire de Manuela Frésil, Entrée du personnel, est accessible sur le site d'Arte. Réalisé en 2011 et sorti en salle en 2013, il associe récits de vie des employés et séquences filmées au sein d'usines d'abattage et de transformation de viande de l'ouest de la France.

Il en ressort d'abord une diversité des parcours personnels, de ceux « faits » pour ce métier-là à ceux n'ayant pas le choix, à cause de la crise de l'emploi dans la région, de revenus du ménage à assurer, etc. Si les premiers temps sont le plus souvent très difficiles, la force de l'habitude finit par prendre le dessus sur la difficulté physique et psychique du travail. La réalisatrice nous dresse différents profils, variant selon le poste occupé (plus ou moins dangereux), les gestes réalisés, la fonction (ouvrier, chef de ligne, etc.), le statut (intérimaire par exemple), etc. Mais c'est bien une usure des corps généralisée, à force de gestes répétitifs et de cadences de plus en plus soutenues, qui ressort de ces témoignages. Les scènes où les employés miment leur travail sur les chaînes en rendent bien compte.

Ce documentaire est également très éloquent quant aux usines d'abattage et de transformation de viande. Il permet d'approcher le fonctionnement quotidien de structures qui paraissent très semblables, dans le ballet des carcasses et l'organisation millimétrée du travail. Il rend compte, aussi, des transformations récentes d'entreprises confrontées à la baisse des prix, à la nécessité de gagner des marchés, aux difficiles relations avec la grande distribution, au besoin d'investir dans de nouvelles machines et d'augmenter les cadences, etc. Les témoignages sont alors très clairs sur les conséquences pour les individus, leurs conditions de vie et leur état de santé.

Julia Gassie, Centre d'études et de prospective

Lien : Arte

15:29 Publié dans Société, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : documentaire, arte, abattoir, viande, frésil |  Imprimer | | | | |  Facebook

La France des valeurs. Quarante ans d'évolutions, Pierre Bréchon, Frédéric Gonthier, Sandrine Astor (dir.)

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Les « valeurs » sont ces idéaux profonds dont les individus s'inspirent, au quotidien, pour agir et justifier leurs actions. Elles renseignent sur l'univers mental de tel ou tel groupe, à un moment donné, mais permettent aussi d'anticiper les opinions et comportements qu'ils adopteront dans le futur. C'est dire leur importance pour tous ceux qui s'intéressent à la prospective ou à la gestion des affaires publiques. L'European Values Study (EVS) est la meilleure enquête internationale disponible sur le sujet. Réalisée pour la première fois en 1981, puis reconduite en 1990, 1999, 2008, la cinquième vague a eu lieu en 2018 et 38 pays sont dorénavant couverts. Le présent ouvrage se concentre sur les résultats concernant la France.

Les valeurs liées aux appartenances géographiques, et à la ruralité en particulier, sont globalement stables. En 1981 comme en 2008, les unités territoriales auxquelles les Français avaient le sentiment d'appartenir « avant tout » étaient le « national », puis le « local », le « régional », le « monde » et « l'Europe » se situant en queue de peloton. En 2018, le national reste premier (92 % des interviewés), devant la région (80 %) et la ville ou le village (77 %). Le sentiment de multi-appartenance semble s’affirmer, l'expression d'un attachement pour le « village » étant de moins en moins exclusive de l'identification à d'autres échelons. Notons par ailleurs le maintien de clivages importants selon le niveau de diplôme : plus celui-ci baisse et plus l'attachement au « village » croît.

Le rapport à l'environnement est aussi au cœur de nombreuses valeurs intéressantes à analyser. Entre 1990 et 2018, les « pro-croissance économique » sont restés stables, à 54 %, mais les « pro-environnement » sont passés de 20 % à 25 %. La défense de l'environnement atteint son maximum chez les plus diplômés et ceux ayant les revenus les plus élevés. Cette défense est la plus faible pour les générations 1930-39, la plus élevée pour les générations 1970-79, puis elle baisse pour les générations ultérieures, de plus en plus sensibles à la croissance. La priorité accordée à l'environnement est portée par les répondants se situant « à gauche » (60 %) et « très à gauche » (65 %), plutôt que par ceux « à droite » (46 %) et « très à droite » (39 %).

Outre les deux points sur lesquels nous venons d'insister, de nombreuses évolutions des systèmes de valeurs sont étudiées dans ce livre, concernant la famille, la politique, l'économie, la culture, le travail, etc. Apparemment éloignées des champs de compétence du ministère chargé de l’agriculture, ces mutations de valeurs constituent de bonnes grilles de lecture pour comprendre certains enjeux au cœur de ses politiques : nouveaux comportements alimentaires, critique croissante du monde agricole, affirmation de la « question animale », etc.

Bruno Hérault, Centre d’études et de prospective

Lien : Presses universitaires de Grenoble

15:27 Publié dans Société | Lien permanent | Tags : valeurs, evs, bréchon, gonthier, astor |  Imprimer | | | | |  Facebook