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12/04/2022

La combinaison de l’écologie et de l’agriculture reste timide en Inde

Un article de la revue Mouvements, paru en mars 2022, rend compte de la faible convergence des luttes à caractères socio-économique et écologique dans l’agriculture contemporaine indienne. En 2021, le Front uni des agriculteurs, qui s’opposait aux lois de libéralisation des marchés agricoles (voir à ce sujet un précédent billet), revendiquait le maintien des modèles productifs conventionnels. Au-delà de cet exemple, le fait que l’agriculture biologique reste essentiellement urbaine, et sa prise en charge timide par les organisations non gouvernementales, attestent de la discrétion des enjeux écologiques. Néanmoins, pour les auteurs, la transition vers un régime agro-écologique, engagée dans l’État de l’Andhra Pradesh, augure peut-être d’évolutions. S’inspirant des thèses de Subhash Palekar, agriculteur devenu conseiller du gouvernement, les programmes publics mis en œuvre avec un certain succès depuis 2020 reposent sur le non-labour et la lutte contre les ravageurs via des associations culturales.

Source : Mouvements

16/12/2021

Inde : retour sur un an de colères paysannes contre la libéralisation des marchés agricoles

Près d’un an après des manifestations massives, 600 décès d'agriculteurs et des occupations continues aux portes de la capitale rassemblant jusqu'à plus de 300 000 paysans, le gouvernement indien a retiré le 19 novembre 2021 ses réformes agraires qui libéralisaient les marchés agricoles. Dans le Journal of Peasant Studies, deux articles analysent le contexte de ce mouvement, ses implications pour la politique agricole nationale et les mouvements agraires.

Dans le premier texte, M. Krishnamurthy traite des caractéristiques de cette mobilisation qui visait à protéger les « mandis », marchés agricoles réglementant (de manière différente selon les États fédérés) la première transaction entre les agriculteurs et les acheteurs, et assurant un prix minimal garanti. Selon la sociologue, le transfert de la politique agricole de l’échelon des États à celui de l’Union a créé des tensions et contradictions dans la conception et la mise en œuvre des réglementations. Il a également modifié les lieux de résistance et protestation, générant de puissants discours du monde agricole et de la société, tissant un nouveau lien entre les producteurs et les consommateurs ruraux et urbains de l'Inde.

Dans le deuxième article, S. S. Jodhka s'interroge sur les raisons de ce mouvement. Le Pendjab est le foyer de cette contestation et la grande majorité de ses 30 syndicats agricoles étaient présents sur les sites de protestation à Delhi. Pionnier de la « révolution verte » indienne dans les années 1950, cet État est également le premier à en avoir subi les conséquences : épuisement des ressources naturelles, dépendance des agriculteurs envers leurs créanciers, hausse des coûts de production, concurrence de leurs produits avec les céréales importées à bas prix, etc. Pourtant, en dépit de son déclin relatif, l'agriculture y est restée une activité économique et une référence identitaire importante. Malgré une implication toujours majoritaire des classes agricoles dominantes dans les mobilisations, la contestation a, selon l’auteur, une assise sociale et politique plus large que celle des mouvements paysans des années 1980 : elle rassemble désormais l’ensemble des communautés agricoles contre l’alliance entre le « capital » et l’« État autoritaire ».

Signalons enfin que, suite à la levée des barrages mi-décembre, le mouvement semble entrer dans une nouvelle phase (discussions, négociations).

Cécile Poulain, Centre d'études et de prospective

Source : The Journal of Peasant Studies, The Journal of Peasant Studies