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27/05/2015

L’agriculture dans la Prospective sur les métiers et les qualifications (PMQ 2022)

Publié en avril dernier, le nouvel exercice de prospective nationale des métiers et des qualifications, Les Métiers en 2022, met en perspective « les grandes évolutions qui contribueront à façonner l’emploi et le marché du travail dans les années à venir ». Les projections de France Stratégie et de la DARES prolongent des tendances démographiques lourdes sur la période 2012-2022. Le vieillissement de la population sera « massif »avec un flux de départs à la retraite des générations du baby-boom avoisinant 620 000 personnes par an –, mais il s’accompagnera d’une croissance de la population active et du travail des « seniors » suite aux réformes des retraites. Trois scénarios macro-économiques sont élaborés pour moduler ces tendances de fond. Ils se traduisent par 115 000 postes à pourvoir par an dans l’hypothèse basse, dite « de crise », contre 177 000 dans le scénario central et 212 000 dans le scénario le plus favorable « de croissance tirée par l’innovation », caractérisé par l’essor de nouvelles activités liées à la transition écologique.

Quelles sont les évolutions du monde agricole dans ces différentes hypothèses ? « Les agriculteurs, éleveurs et sylviculteurs devraient connaître comme par le passé d’importants flux de départs en fin de carrière qui ne seraient pas compensés à l’identique par l’installation de jeunes exploitants ou l’embauche de nouveaux salariés. Le rythme des pertes d’emplois serait inférieur à la tendance passée, mais ce métier serait celui qui perdrait le plus d’emplois à l’horizon 2022 » (p.100).

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Source : projections France Stratégie-Dares

Par ailleurs, la tertiarisation des emplois se poursuivra sans doute « au cours des prochaines années, suivant une tendance à l’œuvre depuis plus de 25 ans ». Le rapport consacre des développements substantiels aux dynamiques territoriales (pp.146-163), pour souligner l’importance de l’économie résidentielle et du mouvement de métropolisation des emplois. Il comporte enfin des éléments sur les industries agro-alimentaires (partie sur les métiers des industries de process – p.221) et le secteur de l’« hôtellerie, restauration, alimentation » (p.305).

Florent Bidaud, Centre d’études et de prospective

Source : France Stratégie

 

09:30 Publié dans 1. Prospective, Agriculteurs, Société | Lien permanent | Tags : france stratégie, dares, emplois |  Imprimer | | | | |  Facebook

20/05/2015

Quelle place faut-il faire aux animaux en sciences sociales ? L’agentivité animale en question

Dominique Guillo (CNRS) livre, dans la Revue française de sociologie, un éclairage exigeant sur le renouveau actuel des travaux autour des relations homme-animal. Pour plusieurs raisons, la thèse du « Grand Partage » moderne entre nature et culture, avancée par Bruno Latour et reprise par Philippe Descola, pour rendre compte de l’exclusion des animaux du champ des sciences sociales, ne tient pas. Sous des airs de radicalité, les recherches ethnométhodologiques, d’une part, en anthropologie des sciences, d’autre part, reconduiraient en fait une posture, figée au XXe siècle, d’opposition entre sciences humaines et sciences de la nature, là où les travaux des fondateurs de la sociologie, au XIXe siècle (Durkheim, Weber), reconnaissaient une certaine continuité entre homme et animaux, ainsi que l’intérêt de collaborer avec les biologistes. Entre-temps, le racisme et l’eugénisme ont pour ainsi dire forcé les sciences sociales à dramatiser l’opposition entre nature et culture (l’humain irréductible à la biologie) et à reproduire les dualismes classiques de la philosophie. Aujourd’hui, pour l’auteur, il importe de ne pas perpétuer ces oppositions en faisant mine de les dépasser, et d’établir « un dialogue sans réductions croisées des sciences sociales avec les sciences de la vie ».

Lien : Revue française de sociologie

09:07 Publié dans Enseignement et recherche, Société | Lien permanent | Tags : animal, sciences sociales |  Imprimer | | | | |  Facebook

09/04/2015

Les agriculteurs dans la France contemporaine, revue Sociétés contemporaines

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Habituée à suivre de près les transformations des systèmes sociaux, la revue Sociétés contemporaines a sorti récemment un numéro consacré aux évolutions du monde agricole. Dans un long éditorial, la spécificité des objets et de l’histoire de la sociologie des agriculteurs est rappelée, ainsi que la faible visibilité de ses travaux malgré l’émergence récente d’une nouvelle génération de chercheurs. Mobilisant les méthodes et concepts habituellement utilisés pour l’étude des autres groupes sociaux, les quatre articles proposés insistent sur les différenciations internes de ce monde agricole et sur ses nouvelles interactions avec les autres composantes de la société.

L’intéressant article de Gilles Laferté (INRA-CESAER, Dijon) traite de « l’embourgeoisement agricole », en partant de l’exemple des céréaliers du Châtillonnais. Il montre comment certains exploitants, parmi les enfants de la grande modernisation des Trente Glorieuses, sont entrés dans un processus d’accumulation de capitaux (économiques, fonciers, sociaux, culturels), de diversification patrimoniale (achats d’appartements, placements financiers) et d’engagement socio-politique (fonctions électives, militantisme). Mais leur réussite est toutefois éloignée du modèle urbain de gentrification, car elle reste conditionnée par leur milieu d’origine : pas de résidence secondaire, peu d’attrait pour les vacances et les loisirs, priorité accordée aux investissements productifs et aux placements sans risque, préférence pour les esthétiques conventionnelles et le style néo-rustique. Malgré leur ascension sociale évidente, leurs voisins les voient comme des « parvenus », qui copient le mode de vie bourgeois tout en restant attachés à leur ethos agricole. Plus globalement, à l’échelle de la société, l’auteur rappelle « combien ces catégories sociales restent perçues comme populaires par des fractions plus légitimes de l’ordre social » (p. 46).

Le numéro comporte trois autres articles qui, comme le premier, explorent des zones de transformation et de modernisation du monde agricole. Ainsi, J.-B Paranthoën décrit les carrières de jeunes urbains devenus maraîchers, C. Bessière et S. Gollac analysent des « exploitations agricoles au travers de l’épreuve du divorce », et J. Mischi s’intéresse à la situation de cheminots issus de familles agricoles.

Bruno Hérault, Centre d’études et de prospective

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09:48 Publié dans Agriculteurs, Société | Lien permanent |  Imprimer | | | | |  Facebook

03/04/2015

Vers un nouveau regard sur les relations entre hommes et animaux

Dans le cadre des Rencontres « La Ville, la Vie et la Santé », une table ronde s’est tenue le 2 avril 2015 à l’école nationale vétérinaire d'Alfort sur le thème « Des animaux et des hommes : de nouvelles frontières ». La récente modification du Code civil concernant le statut de l’animal y a été discutée. Pour plusieurs intervenants, il ne s’agit que d’une première étape vers un statut plus adapté. En effet, l’amendement ne prend en compte que les animaux dits « domestiques » et non les animaux sauvages vivant en liberté lesquels, à titre individuel, ne sont pas juridiquement couverts. L’incohérence avec le fait que l’animal est considéré comme un bien de consommation dans le Code de la consommation a également été soulignée. La multiplicité des relations possibles entre l’homme et les animaux rend impossible un regard unique et cette rencontre, si elle n’a pas abouti à un consensus, a toutefois permis des échanges originaux.

Lien : École nationale vétérinaire d’Alfort

09:29 Publié dans Société | Lien permanent | Tags : rapport homme-animal |  Imprimer | | | | |  Facebook

04/03/2015

BASF lance un débat sur les enjeux de l’alimentation et de l’agriculture sur le Creator Space online, sa plate-forme en ligne de co-création

Dans un communiqué de presse du 3 mars, BASF annonce le lancement d’un débat avec le monde agricole et l’ensemble des citoyens français sur sa plate-forme collaborative Creator Space online, sur la thématique de l’alimentation. Trois enjeux majeurs sont identifiés : « éviter la perte de nourriture », « améliorer l’efficacité de la production alimentaire » et « garantir une alimentation saine et équilibrée pour tous ». Des discussions sont d’ores et déjà lancées sur « comment rassurer les Français sur leur alimentation ? » ou « comment lutter contre l'ESCA ? » (maladie de dépérissement de la vigne) ; d’autres sont à venir (sur le nouveau plan Ecophyto).

La plate-forme d’échanges d’idées Creator Space onlinea été créée début février à l’occasion des 150 ans de BASF. Elle est ouverte à différents publics (citoyens, étudiants mais aussi chercheurs et experts) et traitera, outre la question de l’alimentation, celles de la vie en ville et des énergies intelligentes.

Source : BASF, BASF

09:22 Publié dans Société | Lien permanent | Tags : collaboratif, basf |  Imprimer | | | | |  Facebook

12/01/2015

Développement péri-urbain, ruralité et politiques publiques

La fondation Terra Nova vient de sortir une étude, en deux volets, consacrée aux évolutions de la France péri-urbaine. Ce travail comporte également de nombreux éléments intéressants sur le monde rural et, plus indirectement, sur l'agriculture. Tout "péri-urbain" est aussi un "péri-rural" et, comme les auteurs le rappellent, 80 % de la superficie des couronnes péri-urbaines restent couverts de champs, de forêts et d'espaces naturels.

Le premier volet de l'étude, sorti fin octobre sous la signature de Pierre Musseau, est consacré aux questions d'habitat et de mobilité. L'auteur y souligne que le péri-urbain, grand oublié des politiques d'urbanisme, s'est toujours construit en dehors des stratégies d'aménagement des villes-centre, ce qui a débouché sur un étalement urbain non maîtrisé, une artificialisation du foncier rural et une rurbanisation des villages. La faible densité de ces espaces rend plus coûteux les services et infrastructures à la charge des collectivités (eau, transports, réseaux d'énergie, équipements sociaux, connexions numériques). Ces zones de rencontre de l'urbain avec la campagne sont également des lieux où se manifestent plus fortement la peur du déclassement social et de l'isolement culturel. Pour endiguer cette "para-urbanisation", P. Musseau propose de redensifier l'habitat individuel et d'ouvrir l'accession sociale à la propriété. Il suggère aussi de renforcer les intercommunalités, les plans intercommunaux d'urbanisme, et d'inciter les communes à préserver le caractère rural de leur territoire. Enfin, il préconise de protéger les espaces agricoles et de limiter la rente tirée de la constructibilité des terrains.

Le second volet de l'étude a été publié le 7 janvier, sous la triple signature de C. Marty, A. Michel et P. Musseau. Cette fois, périurbain et rural sont abordés sous l'angle des enjeux énergétiques et écologiques. La question énergétique est particulièrement sensible dans ces zones éloignées des centres-ville (déplacements domicile-travail plus longs, obligation d'avoir un véhicule personnel, logements plus énergivores) et les auteurs font diverses recommandations pour développer les productions énergétiques locales. Quant à la transition écologique, elle réussira dans ces territoires à condition d'être associée à d'autres avancées : agro-écologie, économie circulaire, préservation des espaces naturels, maintien d'activités agricoles dans les interstices urbains, circuits courts, instances de gestion des conflits d'usage, etc. Tout cela nécessitera des interventions fortes des communes, des intercommunalités et des régions, ainsi qu'une bonne articulation entre ces différents niveaux d'action publique. Cette articulation ne pourra exister, ajoutent les auteurs, que si des réflexions prospectives nationales et locales sont préalablement conduites.

Bruno Hérault, Centre d'études et de prospective

Source : Terra Nova, Terra Nova

16:00 Publié dans 4. Politiques publiques, Société, Territoires | Lien permanent | Tags : ruralité, péri-urbain |  Imprimer | | | | |  Facebook

15/12/2014

Royaume-Uni : lutte contre l'esclavage moderne dans le secteur agricole et agroalimentaire

Le gouvernement britannique a mis en place, en novembre dernier, une stratégie de lutte contre l'esclavage moderne, phénomène en forte expansion qui concerne 10 000 personnes par an au Royaume-Uni. Un tiers des cas relève du travail forcé, deuxième forme d'esclavage après l'exploitation sexuelle. L'agriculture et l'agroalimentaire ont été identifiés comme les principaux secteurs concernés, avec celui de la construction.

Le travail forcé est majoritairement le fait de trafiquants et du crime organisé, agissant au niveau international, mais il peut relever également d'actes individuels. Dans le domaine agricole, le rapport pointe les agissements de certaines entreprises fournisseuses de main-d'œuvre (gangmasters). Les victimes de travail forcé au Royaume-Uni sont le plus souvent originaires de Pologne, de Hongrie, des Pays Baltes, de Roumanie ou de Chine.

La stratégie mise en place par le gouvernement vise à coordonner l'action de l'ensemble des ministères, des agences et des partenaires extérieurs. Elle comporte quatre volets : persécution, prévention, protection des victimes et préparation. Elle s'accompagne d'un renforcement des dispositions législatives dans divers domaines (Modern Slavery Bill, Company Bill).

La dimension internationale est déterminante dans ce domaine. En effet, les chaînes d'approvisionnement des entreprises sont de plus en plus longues, complexes et globalisées. Les biens et services vendus au sein de l'UE peuvent impliquer de nombreuses entreprises dans le monde entier, auxquelles une partie du travail a été externalisée. Le gouvernement britannique entend donc introduire l'obligation pour les entreprises d'une certaine taille de rendre compte de leurs efforts destinés à s'assurer que les droits humains sont respectés tout au long de leur chaîne d'approvisionnement, et ce partout dans le monde.

Cette mesure est, de l'avis de plusieurs observateurs, l'une des plus avancées à l'heure actuelle. Elle s'inspire d'une mesure similaire prise récemment par l'État de Californie. Responsabiliser les entreprises de dimension internationale au respect des droits humains chez leurs fournisseurs est devenu un enjeu important dans ces deux pays. Cela fait suite à des cas d'esclavage révélés récemment dans le secteur agroalimentaire, tels que celui des crevettes d'origine thaïlandaise vendues dans les supermarchés britanniques, ou celui du cacao ivoirien, dans lequel la Cour d'appel américaine a condamné Nestlé, ADM et Cargill pour avoir toléré l'esclavage d'enfants dans les plantations de leurs fournisseurs.

Alexandre Martin, Centre d’études et de prospective

Source : gouvernement du Royaume-Uni

 

15:19 Publié dans IAA, Mondialisation et international, Société | Lien permanent | Tags : esclavage moderne |  Imprimer | | | | |  Facebook

12/12/2014

État des lieux des pratiques collaboratives en France

Dans le cadre de la cinquième vague de l’Observatoire des modes de vie et de consommation des Français, Ipsos a réalisé à l’été 2014, pour l’Ademe et via une enquête en ligne, un état des lieux du monde de l’économie collaborative, centré sur les pratiques et leurs motivations, dont la synthèse vient d’être publiée.

Ces pratiques sont pour la plupart minoritaires et souvent portées par un profil assez homogène de population (jeunes actifs, de 25 à 44 ans, plus diplômés, de catégories socio-professionnelles plus élevées que la moyenne), sans toutefois que ce « profil-type » soit complètement uniforme. L’étude des moteurs des pratiques collaboratives fait apparaître que l’intérêt individuel tend à prévaloir (intérêt financier, raisons d’ordre pratique, aspects durables et environnementaux) sur les motivations collectives. La motivation éthique, le lien humain et l’effet de mode sont plus secondaires.

Dans ce panorama, les systèmes de type AMAP / La Ruche qui dit Oui ! se distinguent. S’ils font partie des pratiques « minoritaires » (ils ne sont pratiqués que par 9 % des Français), ils se caractérisent par des motivations déclarées différentes des autres pratiques. En effet, les motivations liées aux aspects durables, éthiques et humains sont très présentes, arrivant à la suite de la première motivation citée, «  faire les choses directement, sans intermédiaire » (62 %).

Motivations exprimées pour l’adhésion à un système d’achat de type AMAP / La Ruche qui dit Oui

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Source : Ipsos, ADEME

Par ailleurs, l’adhésion à ce type de dispositifs aurait modifié « de manière substantielle les comportements des consommateurs » : plus de 89 % déclarent manger plus de produits frais, 57 % se déplacer moins pour faire leurs courses, 45 % manger moins de produits à base de viande.

Enfin, de manière générale, la plupart des pratiques collaboratives étudiées auraient un « fort » potentiel de développement : un tiers à la moitié des Français qui ne les suivent pas se disent intéressés pour le faire (49 % dans le cas des systèmes de type AMAP) et, depuis 2012, si le nombre de Français adoptant ces pratiques a peu évolué, l’intérêt porté à la plupart d’entre elles a lui augmenté, à un rythme similaire quel que soit le niveau de diplôme. Confiance, pédagogie et offre (développement, accessibilité) sont les trois enjeux identifiés pour ce développement.

Julia Gassie, Centre d’études et de prospective

Source : ADEME

 

15:08 Publié dans Alimentation et consommation, Société | Lien permanent | Tags : pratiques collaboratives, amap |  Imprimer | | | | |  Facebook

07/11/2014

Sociabilités rurales à l'épreuve de la diversité sociale. Vincent Banos et Jacqueline Caudau

Ces dernières années, les questions de mixité sociale et de cohabitation des usagers ont surtout été abordées pour les espaces urbains, à commencer par les grands ensembles d'habitat collectif des banlieues. L'intérêt de cet ouvrage est d'appliquer cette problématique aux zones rurales et de montrer comment les campagnes, longtemps considérées comme des lieux privilégiés d'intégration et de sociabilité, sont elles aussi de plus en plus confrontées au brassage social. Comment les habitants de ces espaces et en particulier les agriculteurs, devenus très minoritaires, vivent-ils cette altérité ? Quelles sont les opinions et représentations véhiculées par les uns et les autres, ainsi que leurs stratégies d'évitement ou leurs modalités de coopération ?

sociabilites-rurales.jpg

Pour répondre à ces questions, les auteurs ont réalisé plusieurs enquêtes, essentiellement en Dordogne, centrées sur des situations typiques de cohabitation : relations de voisinage, hébergement à la ferme, visites d'exploitations, vente directe et marchés, festivals des traditions rurales, réunions et animations publiques, etc. Ils ont également utilisé plusieurs méthodes de recueil d'informations (analyse documentaire, entretiens ouverts, questionnaires plus fermés, et surtout observation participante). Leur cadre théorique, directement inspiré de l'approche interactionniste et pragmatique, privilégie l'analyse des situations concrètes et quotidiennes d'échanges : modalités de construction des occasions de coprésence, ajustements normatifs et négociations implicites entre acteurs, tactiques des agriculteurs pour éviter les sujets qui fâchent et « ne pas perdre la face ».

V. Banos et J. Candau soulignent bien la grande diversité des initiatives favorisant les rencontres entre agriculteurs et non-agriculteurs, qu'elles soient portées par les collectivités locales, les organismes professionnels ou les institutions touristiques. Mais ils indiquent aussi que ces interactions sont souvent superficielles, fuyantes, factices, plus de l'ordre de l'échange de sensations que du vrai débat contradictoire, et qu'elles ne contribuent pas à fabriquer un « monde commun ». Ils insistent aussi sur le fait que les exploitants craignent moins d'être critiqués par les résidents et visiteurs urbains que par des acteurs de leur propre milieu. Enfin et surtout, ils montrent que les espaces ruraux sont travaillés depuis les années 1980 par un double processus d'écologisation et de patrimonialisation, que fleurissent les discours enchantés et enchanteurs mettant en avant leur « naturalité » et « authenticité », et que le marketing territorial vend aux urbains mobiles du terroir stéréotypé et du paysan muséifié. Les agriculteurs du Périgord tombent eux-mêmes dans le piège de cette mythologie ruralisante en surjouant l'autochtonie, manière pour eux de défendre leur statut face à leurs visiteurs. Finalement, pour les auteurs, notre société de réseaux et de flux, qui met en scène et « met en désirs » ses campagnes, y juxtapose les particularités plus qu'elle n'intègre la diversité.

Bruno Hérault, Centre d’études et de prospective

Editions QUAE

 

 

 

10:29 Publié dans Agriculteurs, Société | Lien permanent |  Imprimer | | | | |  Facebook

13/10/2014

L’industrie de la restauration, pièce essentielle des réseaux de l’immigration chinoise aux États-Unis

Le New Yorker consacre un reportage aux réseaux d’immigration chinois aux États-Unis, en suivant Rain, un immigré originaire d’un village de la région de Fuzhou, arrivé à New York avec un faux passeport fourni par le réseau de passeurs des Snakeheads. Après des escales en France et au Mexique, Rain rejoint New York pour travailler comme employé dans les restaurants chinois de Chinatown. Des réseaux familiaux, mais surtout des réseaux d’intermédiaires (agences de travail, avocats spécialisés dans le droit d’asile) favorisent son entrée sur un marché du travail souterrain, où il fait l’expérience de formes brutales d’exploitation et d’isolement social.

Les employés de la restauration, immigrés illégaux ou couverts par le statut d’étudiant étranger, sont chargés rapidement de tâches importantes (accueil et prise de commande, souvent pour les femmes ; manutention et préparation des plats). Passant de restaurant en restaurant, ils changent de poste, montent en grade, vont travailler plus loin des centres urbains pour être mieux payés et mieux traités. Ils cherchent bien sûr à obtenir l’asile politique,puis la green card. Ils aspirent dès que possible à trouver un travail dans un secteur moins usant, et changent de logement, avec une montée en gamme au fur et à mesure qu’ils remboursent les prêts qui leur ont permis de payer le passage.

Ils découvrent aussi une cuisine chinoise réinventée aux États-Unis pour complaire au goût américain : mets frits, faciles à manger – les clients sont « trop fainéants » pour décortiquer les morceaux contenant des os, explique Rain.

L’article donne de nombreux chiffres. Ceux, connus, du nombre de restaurants chinois aux États-Unis (40 000, trois fois plus que le nombre de concessions McDonald’s). Mais aussi ceux, plus difficiles à trouver, des frais de passage (70 000 dollars pour Rain, mais moins dans les régions où la pression migratoire est moins forte), divers frais d’avocat, des loyers, confrontés au revenus possibles dans le secteur (2 000 dollars par mois) et à ceux possibles en Chine (4 700 dollars par an dans le secteur privé). Il rend aussi compte de mutations dans l’industrie de la restauration chinoise, par exemple le déclin des Cantonais au profit des restaurateurs originaires de la région de Fujian. Mais loin d’une success story communautaire univoque, l’accès au rêve américain est lourd de contradictions : l’immigration américaine, par les flux financiers vers les familles, enrichit les régions d’origine, mais « avoir un fils aux États-Unis, c’est comme ne pas avoir de fils du tout », explique le père de Rain.

Florent Bidaud, Centre d’études et de prospective

Source : New Yorker

11:20 Publié dans Alimentation et consommation, Société, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : etats-unis, restauration |  Imprimer | | | | |  Facebook

09/09/2014

Les Français veulent vivre plus intensément

Publié en juillet 2014 par le Crédoc, le numéro 268 de Consommation et modes de vie présente une synthèse du Cahier de recherche La société des loisirs dans l'ombre de la valeur travail (décembre 2013). À l'instar de nombreux pays, les Français veulent de plus en plus réussir toutes les facettes de leur vie (famille, travail, relations amicales, loisirs, etc.). La France se distingue toutefois par une place centrale accordée à la vie professionnelle et par un moindre investissement de la dimension « loisir et temps libre » par rapport aux habitants des pays nordiques et anglo-saxons.

La place symbolique accordée à la vie amicale, au temps libre et aux loisirs a progressé. Le temps libre a ainsi cru de 47 minutes par jour entre 1986 (7h19) et 2010 (8h06) ; les Français consacrent notamment neuf minutes supplémentaires aux repas. Par rapport aux autres pays, un intérêt plus important est constaté pour le repas, le bricolage et le jardinage, alors qu'il est par exemple moindre pour des pratiques artistiques amateurs ou les visites de monuments. Les Français passent ainsi, en moyenne et par jour, 2h15 à table, soit un peu plus que dans les pays latins et beaucoup plus qu'au Royaume-Uni (1h25) et qu'en Suède (1h34).

Julia Gassie, Centre d'études et de prospective

Source : Crédoc

10:04 Publié dans Alimentation et consommation, Société | Lien permanent | Tags : crédoc |  Imprimer | | | | |  Facebook

02/09/2014

Réduire la taille des portions – Les guerres alimentaires aux États-Unis

Publié en juillet 2014 dans le cadre du Programme États-Unis de l'Institut français des relations internationales (IFRI), le numéro 19 de la collection Potomac Paper est consacré à l'alimentation aux États-Unis, de la fin du XIXe siècle à nos jours. L'auteur y examine la mise en place d'un système industriel de production agroalimentaire, le « triomphe du marketing » des années 1980, l'épidémie d'obésité et les réactions qui ont suivi la prise de conscience de ce problème de santé publique. Si les États-Unis furent le lieu d'importation de cuisines diverses, mélangées aux aliments et méthodes de préparation des Amérindiens, ils ont également donné naissance à la nourriture industrielle et standardisée du XXe siècle, ainsi qu'à des techniques de marketing tenues pour responsables de l'épidémie d'obésité et de diabète.

Source : IFRI

09:27 Publié dans Alimentation et consommation, IAA, Société | Lien permanent | Tags : etats-unis |  Imprimer | | | | |  Facebook

07/07/2014

Vues d'ensemble sur l'agriculture urbaine

Faute de données, d'enquêtes et de définitions communes, les enjeux et le potentiel de l'agriculture urbaine restent difficiles à cerner. Plusieurs contributions ont récemment essayé de fournir cette vue d'ensemble, suivant des voies différentes.

La revue Environmental Research Letters présente, dans son numéro de mai, une étude qui prétend mesurer, au-delà de la diversité des cas de figure, la capacité de l'agriculture urbaine et péri-urbaine à répondre aux besoins des citadins en matière de consommation de légumes. 27 cultures et 165 pays sont retenus pour le calcul d'un ratio entre besoins des populations et potentiel de production (déterminé en croisant surface de l'aire urbaine et rendements). Les besoins des populations sont quant à eux déterminés à partir de la consommation constatée en 2001 pour les zones urbaines concernées et des recommandations de la FAO sur l'apport nutritionnel quotidien.

À en croire les auteurs, les perspectives de l'agriculture urbaine semblent bien limitées : l'étude « suggère que dans de nombreux pays, l'agriculture urbaine ne peut pas assurer l'autosuffisance en légumes des citadins, et encore moins résoudre le problème général de la sécurité alimentaire » faute d'espace urbain disponible. « La contrainte spatiale » est encore plus forte dans les pays les plus vulnérables en matière de sécurité alimentaire, « en raison de densités plus élevées ». À vrai dire, ces résultats sont assez peu surprenants.

Le raisonnement démographique utilisé ici n'est pas sans analogie avec de nombreux débats autour des stratégies de développement agricole et il pourra être perçu comme participant d'un effort de relégitimation des systèmes conventionnels d'agriculture intensive. Deux des co-auteurs avaient d'ailleurs participé à l'article « Comparing the yields of organic and conventional agriculture » paru dans Nature en 2012, publication ayant contribué à relancer le débat sur « le bio peut-il nourrir le monde ? ».

De son côté, la revue Agronomy for Sustainable Development livre deux analyses bibliographiques intéressantes. L'une porte sur les pays développés (Amérique du Nord, Grande-Bretagne, Australie et Japon), l'autre sur les pays en voie de développement (y compris la Russie post-soviétique). Quatre dimensions sont particulièrement mises en lumière : les impacts de l'étalement urbain et la possibilité de maintenir ou développer les surfaces cultivées en ville ou en périphérie ; les perspectives en matière de souveraineté alimentaire ; les pollutions et risques sanitaires ; et enfin les mesures d'accompagnement public (notamment les règles d'urbanisme).

Florent Bidaud, Centre d'études et de prospective

Sources : Agronomy for Sustainable Development

Agronomy for Sustainable Development

Environmental Research Letters

17:46 Publié dans Agronomie, Enseignement et recherche, Société, Territoires | Lien permanent | Tags : agriculture urbaine |  Imprimer | | | | |  Facebook

04/07/2014

GOODCoins, une nouvelle monnaie virtuelle et sociale

À l'occasion du Forum MIHealth, qui s'est tenu à Barcelone les 21 et 22 mai derniers, le fondateur de l'entreprise Zerofootprint, Ron Dembo, a présenté le dispositif GOODCoins. Développé au Canada, ce système repose sur une monnaie virtuelle, les GOODCoins, qui récompense des pratiques bonnes pour la santé ou l'environnement. Ainsi, dans les villes canadiennes de London et de Newmarket, une demi-heure de marche pendant un mois rapporte 100 GOODCoins ; à Toronto, l'achat d'un abonnement pour quatre mois aux transports en commun équivaut à 800 GOODCoins. Les GOODCoins s'échangent ensuite contre des aliments biologiques ou d'autres produits, issus du commerce équitable par exemple.

Répondant à un objectif général d'évolution des comportements, ce dispositif vise à mettre en place un cercle vertueux afin d'améliorer la santé et stimuler l'économie locale ou économiser les ressources naturelles. Le coût faible de ce programme de prévention est mis en avant. L'utilisation d'une monnaie virtuelle permet un contrôle de la dépense finale, en fonction des objectifs locaux (promotion de l'activité physique, économie d'électricité, etc.). Ce dispositif est toutefois confronté à un enjeu de confidentialité puisqu'il utilise, par exemple, des données personnelles pour mesurer l'activité physique, notamment via des objets connectés.

Julia Gassie, Centre d'études et de prospective

Source : El Pais

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Quel rôle peuvent avoir les taxes alimentaires dans la lutte contre l'obésité ?

Le 7 avril 2014, la British Nutrition Foundation organisait à Londres une conférence intitulée Food taxes – what role might they have in the battle against obesity? (cf. document de synthèse des échanges). Un consensus se forme sur la nécessité de répondre au problème de l'obésité et sur l'existence d'un important gradient socio-économique. Au Royaume-Uni, environ un quart des adultes est obèse et près du tiers des enfants est en surpoids ou obèse. 24,3% des enfants vivant dans les foyers les plus défavorisés sont obèses, alors que ce taux n'est « que » de 11,7% pour les 10% de foyers les plus aisés.

L'impact des taxes a été discuté sur la base de travaux en conditions réelles et de modélisations. Au Danemark, la mise en place d'une taxe pour réduire les consommations de graisses saturées s'est traduite par un échec (retrait du texte législatif au bout de quinze mois), n'ayant pas permis de changements dans les comportements alimentaires. En effet, ont été constatés un stockage des produits concernés avant l'entrée en vigueur de la taxe, un déplacement des achats de ces produits vers les enseignes de hard discount ou encore des achats effectués dans les pays voisins. Par ailleurs, d'après les travaux de modélisation présentés, une taxe sur les produits contenant des graisses saturées au Royaume-Uni ne permettrait qu'une faible baisse du taux d'obésité, et une taxe de 20% sur les sodas ne réduirait que de 1,3% l'obésité et de 1,9% le surpoids chez les adultes. De même, dans le Nord-Ouest de l'Angleterre, une augmentation de 20% du prix des sodas ne serait pas suffisante pour inciter les personnes à modifier leur consommation.

Les connaissances actuelles sur les effets indirects, et potentiellement contradictoires, des taxes sont limitées : substitutions entre produits alimentaires consommés, réactions de l'industrie alimentaire (reformulation des produits, transmission de l'entièreté, ou non, des taxes au consommateur). De manière générale, les enjeux liés à l'obésité et au surpoids nécessitent une action publique sur la base d'un ensemble d'outils ayant fait l'objet d'une évaluation solide. La taxation en est un, pouvant prendre différentes formes : taxe sur les aliments contenant des sucres ou graisses ajoutés, subvention à l'achat de fruits et légumes. Enfin, des politiques sociales larges sont nécessaires, différenciées en fonction des populations et basées sur une compréhension plus fine des choix individuels.

Julia Gassie, Centre d'études et de prospective

Source : British Nutrition Foundation

17:41 Publié dans 4. Politiques publiques, Alimentation et consommation, Société | Lien permanent | Tags : taxes alimentaires |  Imprimer | | | | |  Facebook