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17/11/2016

Une revue du potentiel des techniques d'ingénierie génétique CRISPR-Cas9

Dans le numéro de septembre 2016 de Nature Biotechnology, J. Doudna et R. Barrangou passent en revue les perspectives offertes par la technologie CRISPR-Cas9 (voir à ce sujet un précédent billet sur ce blog), en termes de recherche fondamentale mais aussi d'applications pratiques. Quatre ans seulement après la publication dans Science de l'article fondateur, cette technologie issue d'un mécanisme bactérien de lutte contre les virus a connu un développement scientifique particulièrement intense dans de nombreux domaines de la biologie. Les auteurs reviennent ainsi sur les principales voies de recherche développées aujourd'hui dans plus de cinquante pays sur le système CRISPR-Cas9 : de l'étude au perfectionnement des outils d'ingénierie génétique, jusqu'à leur application concrète. En effet, ce système, par sa plasticité, sa sélectivité et un coût de mise en œuvre déjà faible, ouvre de nombreuses et prometteuses possibilités concrètes, qui ne sont pas sans poser des questions écologiques et éthiques.

Par exemple, les recherches progressent rapidement dans l'intervention sur le génome des micro-organismes, ouvrant la voie à des moyens de lutte inédits contre les bactéries et virus, capables de cibler des pathogènes au sein d'une population bactérienne, et constituant alors un nouveau type d'antibiotiques à action spécifique. Dans le secteur agricole, de nombreux développements montrent que les outils CRISPR pourraient accélérer la sélection génétique de caractères ciblés. Leur combinaison avec la génomique statistique a déjà permis le développement de porcs protégés contre des virus ou de vaches laitières dépourvues de cornes. Par ailleurs, de nombreux travaux sont déjà menés sur les plantes cultivées (maïs, soja, tomate), et des champignons blancs génétiquement édités pour résister au brunissement ont été autorisés à la production et la commercialisation aux États-Unis, où ils ne sont pas considérés comme « génétiquement modifiés » car ils ne contiennent aucun ADN étranger (à l'inverse des premières générations d'OGM).

C'est probablement dans l'industrie agroalimentaire que les utilisations du système CRISPR-Cas9 sont les plus avancées. C'est d'ailleurs à partir de travaux sur les souches bactériennes lactiques destinées à la fabrication de yaourts que les mécanismes immunitaires des bactéries ont été mis en évidence, conduisant rapidement à la découverte du complexe CRISPR-Cas9. Différentes souches de bactéries lactiques ont ainsi pu être vaccinées contre des virus néfastes. Si les opportunités semblent évidentes en termes de recherche, les techniques d'édition génétique (voire de propagation rapide par gene-drive) soulèvent toutefois de nouvelles questions réglementaires et sociétales.

Jean-Noël Depeyrot, Centre d'études et de prospective

Source : Nature Biotechnology

06/07/2016

Espèces invasives : estimer globalement la menace pour l'agriculture

Une nouvelle publication dans PNAS analyse les conséquences globales que représentent 1 300 espèces invasives (insectes et pathogènes) pour l'agriculture. Pour ce faire, les auteurs calculent des probabilités d'introduction et d'établissement de ces nuisibles dans chaque pays. Ils recourent à des approximations, à savoir respectivement : la valeur annuelle moyenne (période 2000-2009) des importations avec une distinction selon les pays d'origine, et la distribution probable des espèces invasives en fonction des caractéristiques biotique et abiotique des zones géographiques. Ils calculent également le coût des impacts potentiels (pertes de production).

En termes de résultats, les États-Unis et la Chine sont identifiés comme les sources les plus importantes de nuisibles. Cela s'explique par la diversité des agro-écosystèmes, par le grand nombre de pathogènes et d'insectes présents dans ces pays, ainsi que par leur position dans le réseau des échanges de matières premières agricoles. Ils représentent également le coût absolu le plus important en cas d'introduction de nouvelles espèces invasives. Les pays d'Afrique sub-saharienne sont les plus vulnérables quand le coût des impacts est ramené au PIB national.

Source : Proceedings of the National Academy of Sciences

09:27 Publié dans Production et marchés, Protection des végétaux et des animaux | Lien permanent | Tags : espèces invasives |  Imprimer | | | | |  Facebook

13/04/2016

Une étude sur de nombreux coûts cachés associés à l’usage des pesticides

Deux chercheurs de l’Inra ont récemment publié dans Sustainable agriculture review, une étude portant sur l’ensemble des coûts associés à l’usage de pesticides. Au-delà de bénéfices reconnus, comme de hauts rendements ou une protection sanitaire élevée, cet usage comporte aussi de nombreux coûts, bien supérieurs à la seule valeur économique des produits utilisés. Selon les auteurs, l’évaluation de l’ensemble de ces coûts « externes » et cachés est donc nécessaire, pour estimer leurs bénéfices nets.

En s’appuyant sur 61 articles scientifiques, quatre grands types de coûts ont été identifiés :

- réglementaires : coûts de contrôle des produits, de suivi de la qualité de l’eau, etc. ;

- en matière de santé publique : coûts d’exposition directe et indirecte, ponctuelle ou de long terme ;

- les effets sur l’environnement : dommages aux animaux, plantes et micro-organismes, résistances des ravageurs aux pesticides ;

- les dépenses dites « défensives » : effectuées pour se protéger des effets néfastes des pesticides ; elles vont de l’achat de gants de protection, à celui d’eau minérale ou de produits issus de l’agriculture biologique.

Derrière ces quatre catégories, se cache une très grande hétérogénéité des travaux réalisés, autant par le champ étudié que par la zone géographique concernée, les méthodes employées, la date de réalisation etc. Autant d’éléments qui rendent très difficile l’agrégation des valeurs recensées pour, in fine, réaliser une évaluation coûts-bénéfices de l’usage des pesticides. Cette difficulté est inhérente aux travaux de méta-évaluation économique, qui plus est lorsqu’il s’agit de coûts « cachés », non directement exprimés dans un prix de marché par exemple. Les auteurs ont néanmoins proposé une telle évaluation pour les États-Unis.

Toutefois, la rigueur et l’exhaustivité nécessaires à un tel travail présentent l'intérêt de mettre en lumière l’ensemble des effets de l’usage des pesticides, dont certains sont très peu étudiés. Il en est ainsi, par exemple, de l’effet sur la santé de l’exposition chronique de long terme à de faibles doses de pesticides, qui, selon les auteurs, nécessiterait des travaux à brève échéance.

Clément Villien, Centre d'études et de prospective

Source : Sustainable agriculture review

10:43 Publié dans Environnement, Protection des végétaux et des animaux | Lien permanent | Tags : pesticides |  Imprimer | | | | |  Facebook

07/04/2016

Défis liés à la progression de Xylella fastidiosa : la stratégie de lutte en Californie

L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a organisé le 15 mars 2016 un séminaire sur la situation mondiale des pathologies végétales liées à Xylella fastidiosa. Classée en France dans la catégorie des dangers sanitaires les plus à risques, cette bactérie peut coloniser plus de 300 végétaux et causer un large éventail de maladies, variables selon les plantes hôtes (oliviers, vigne et différents arbres fruitiers notamment).

Au cours de ce séminaire, R. Almeida, de l'université de Californie, a présenté les stratégies mises en place dans cet État pour lutter contre l'une des pathologies provoquées sur la vigne, la maladie de Pierce. Identifiée depuis 1892 en Californie du Sud, elle provoque des taches foliaires avant de détruire les ceps.

Le voisinage entre vigne et vergers d'agrumes, hôtes préférentiels du principal insecte vecteur de la bactérie, le Glassy-Winged Sharpshooter (GWSS), induit un risque accru de contamination. Par exemple, dans la région viticole de Temecula, la population de GWSS a décuplé au cours des années 1990, la maladie de Pierce atteignant 100 % du vignoble vers 2000. Cette situation a pu également favoriser l'apparition de nouveaux vecteurs parmi les insectes suceurs de sève, ainsi que de nouvelles souches de Xylella, pouvant affecter d'autres plantes (amandiers et lauriers-roses notamment) et provoquer d'autres maladies.

Les mesures de lutte privilégiées dans cette zone ont été, dans les vergers d'agrumes, un contrôle chimique large des vecteurs et, dans les vignobles, un traitement phytosanitaire ciblé des plants ou le remplacement des plants contaminés. Cette stratégie a nécessité une collaboration active des cultivateurs d'agrumes, qui ont accepté de traiter leurs arbres en préventif ; la population de GWSS et l'incidence de la maladie de Pierce ont diminué de façon significative.

Si la maladie de Pierce est également présente en Californie du Nord, les viticulteurs ont recours aux méthodes de lutte classiques : application de phytosanitaires insecticides dans le vignoble en curatif, contrôle des populations d'insectes notamment sur les cours d'eau voisins, élimination des mauvaises herbes et remplacement des plants contaminés. Enfin, le Center for wine economics a estimé, en 2012, à 104 millions de dollars par an la perte de production du vignoble californien liée à la maladie de Pierce.

Madeleine Lesage, Centre d'études et de prospective

Source : Anses

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08/01/2016

Le bien-être animal, de la science au droit

colloque-unesco.jpg

La Fondation Droit Animal, Éthique et Sciences a organisé en décembre dernier, à l’UNESCO, un colloque international sur le bien-être animal, en considérant les liens possibles entre progrès de la science et du droit.

Après un rappel historique de l’évolution du bien-être animal, des interventions ciblées ont suivies, dont celle de chercheurs de l'INRA, portant sur les liens entre émotions et cognitions chez des animaux domestiques d’élevage, moutons en l’occurrence, démontrant qu’un état affectif perturbant peut persister après que la situation déclenchante ait disparu. Le ressenti par les animaux d’émotions positives, sources de plaisir, a également été constaté. Ces résultats pourraient inciter à des conduites d’élevage diminuant l’impact des émotions stressantes et privilégiant les émotions positives des animaux. La délicate évaluation du bien-être des animaux de ferme a également été abordée, à travers le système Welfare Quality, qui repose sur 4 principes (logement, alimentation, santé, comportement), déclinés en 12 critères.

Ce colloque a fourni un panorama de la gestion du bien-être animal dans plusieurs régions du monde. Sur le continent latino-américain, seuls le Brésil, la Colombie et le Chili appliquent une réglementation en la matière, sachant que d’autres pays (Argentine, Équateur, Venezuela) souhaitent une prise en compte des principes de bien-être animal, dans un souci d’éthique, mais également de maintien du commerce international avec l’Union européenne. La gestion du bien-être animal paraît encore perfectible sur les continents africain et asiatique. En effet, d’autres enjeux tels que la gestion des épidémies et épizooties ou les malnutritions humaines peuvent être prioritaires. Par ailleurs, certaines traditions culturelles ou religieuses peuvent donner lieu à des relations complexes entre hommes et animaux, parfois éloignées des règles qui prévalent en Union européenne. Toutefois, une évolution importante est en cours avec l’adhésion, depuis plusieurs années, de plusieurs pays, notamment asiatiques, aux stratégies régionales pour le bien-être animal (RAWS), supervisées par l’Organisation mondiale de la santé animale, ce qui traduit un réel processus de mondialisation de ce sujet.

Madeleine Lesage, Centre d’études et de prospective

Source : Fondation Droit Animal, Éthique et Science

13:54 Publié dans Protection des végétaux et des animaux | Lien permanent | Tags : bien-être animal |  Imprimer | | | | |  Facebook

Élevage de précision : la technologie est prête mais la gouvernance reste à trouver

Le 17 novembre 2015 s’est tenue à Bruxelles la cinquième édition du séminaire de l’Animal Task Force, plate-forme public-privé européenne réunissant des organismes de recherche agronomique et des organisations professionnelles, pour promouvoir un élevage durable et compétitif. Au cours de ce séminaire, une demi-journée a été consacrée aux questions d’élevage de précision (Precision Livestock Farming - PLF). En particulier, Daniel Berckmans (université catholique de Louvain), qui dirige le projet européen Eu-PLF sur l’élevage de précision, a présenté d’une part les avancées technologiques dans ce domaine, et d’autre part les résultats d’une évaluation des avantages/inconvénients au niveau des exploitations agricoles.

Les innovations présentées incluent les instruments de détection des chaleurs, des boiteries et des comportements agressifs, ainsi que de suivi nutritionnel et des prises de poids individuelles. Ces innovations diminuent le temps d’observation des animaux par l’agriculteur et apportent des informations non observables par l’homme. Les agriculteurs impliqués dans ces projets de recherche ont indiqué qu’ils souhaitaient néanmoins des instruments plus précis – « l’animal est en mauvaise santé, mais quelle est la maladie ? » –, et plus polyvalents pour ne pas multiplier les capteurs et les logiciels. Par ailleurs, ils perçoivent de clairs bénéfices en termes financiers via une diminution des coûts (alimentation du bétail, médicaments, énergie), la capacité à gérer des troupeaux plus gros et la possibilité d’améliorer le bien-être animal.

À travers cette présentation, il apparaît que l’un des autres avantages, difficile à chiffrer, réside dans le fait qu’une partie de cette information (images, données en temps réel) peut être mise à disposition du grand public et contribuer à améliorer l’image de l’élevage, point crucial pour ce secteur. Enfin, D. Berckmans a souligné qu’il est nécessaire de penser un modèle viable de gestion de ces nouvelles données, au-delà du seul niveau de l’exploitation agricole. Face au scepticisme des agriculteurs quant aux coûts de ces innovations, il rappelle que ces derniers ne sont qu’un maillon de la chaîne de valeur créée autour de la donnée, laquelle, à terme, intéresse aussi les fournisseurs d’intrants et les consommateurs.

Gaëtane Potard-Hay, Centre d’études et de prospective

Source : Animal Task Force

13:51 Publié dans Production et marchés, Protection des végétaux et des animaux | Lien permanent | Tags : élevage, précision |  Imprimer | | | | |  Facebook

04/01/2016

Vers la fin de l’expérimentation animale ?

Dans le cadre de la Veille scientifique et technologique produite par les services scientifiques des ambassades de France, un article du 11 décembre 2015 fait état de la mise au point, par une équipe de l’université hébraïque de Jérusalem, en collaboration avec l’institut allemand Fraunhofer, d’une technique permettant d’insérer des nano-organes humains sur une puce. Les Organs-on-Chips (littéralement « organes sur une puce ») sont des appareils en polymère flexible à peine plus gros qu’une carte mémoire, dans lesquels serpentent des canaux prévus pour faire circuler des fluides. Au centre, se trouve une membrane poreuse sur laquelle sont déposées les cellules que l’on souhaite observer.

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Source : http://www.zmescience.com

Selon le professeur Y. Nahmias, qui dirige cette équipe, cette technique pourrait être une alternative aux modèles animaux pour les essais cliniques ou toxicologiques.

Source :  Ministère des Affaires étrangères et du Développement international

13/10/2015

Les liens entre changements environnementaux et transmission des maladies à vecteur

Publié récemment, l’ouvrage Impact of a decade (2004-2015) of research on vector-borne diseases présente les résultats de travaux conduits par 80 équipes scientifiques, issues de 23 pays européens et africains, sur les facteurs en lien avec les changements environnementaux et pouvant influer sur les maladies à contaminations vectorielles. Ces maladies sont transmises par des vecteurs (arthropodes hématophages) qui inoculent l’agent contaminant (virus, bactérie ou parasite) d’un individu (homme ou animal) à l’autre. Les facteurs étudiés sont d’ordres environnemental, climatique, social ou économique. Les données présentées sont issues de deux réseaux de recherche européens, animés par le Cirad : les réseaux EDEN (axés sur la santé humaine et animale) et EDENext (axé sur la biologie des vecteurs et réservoirs).

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Parmi les maladies identifiées dans cet ouvrage figurent les fièvres hémorragiques à hantavirus, pour lesquelles les rongeurs sylvicoles, hôtes intermédiaires asymptomatiques, font office de réservoirs. Le rôle clé des rongeurs dans de nombreux écosystèmes est souligné, notamment en cas d’hivers chauds.

Les maladies transmises par les tiques (par ex. maladie de Lyme) font l’objet d’un développement car il est avéré que le réchauffement climatique a un impact significatif sur la prolifération de ces vecteurs à travers le monde. Certaines de ces maladies sont préoccupantes pour le cheptel bovin, notamment la borreliose ou fièvre Q, qui provoque des baisses de production et des avortements.

Sont également étudiées les maladies transmises par les moustiques de type culicoïdes, les leishmanioses et la fièvre de West Nile, qui atteint les équidés et les humains. Ce document cite par ailleurs les travaux du projet VBORNET, notamment sur les pathologies liées au moustique aèdes albopictus, vecteur du chikungunya et de la dengue.

En conclusion de ce recueil, il est indiqué que ces réseaux sont un bon exemple d’intégration des travaux de recherche pour l’évaluation des risques et pour la mise en place de modèles de prédiction, ce qui est important pour la gestion future des maladies vectorielles.

Madeleine Lesage, Centre d’études et de prospective

Source : Cirad

 

09/09/2015

Avancées dans la connaissance des mécanismes des effets cocktails

Dans un article publié le 3 septembre dernier dans la revue Nature Communications, des chercheurs français (Inserm, Cnrs)présentent les résultats de leurs travaux sur un mécanisme moléculaire pouvant contribuer à l’« effet cocktail ». Suspecté jusqu’à présent, ce phénomène correspond au fait que la combinaison, dans des mélanges complexes, de molécules exogènes auxquelles est exposé le corps humain (dont des perturbateurs endocriniens) « pourrait exacerber leur toxicité ».

Travaillant in vitro sur 40 substances (médicaments, pesticides, polluants environnementaux), ils ont montré qu’un œstrogène pharmaceutique et un pesticide organochloré (interdit dans les années 1990 mais persistant), bien que faiblement actifs quand ils sont étudiés séparément, ont « la capacité de se fixer simultanément à un récepteur situé dans le noyau des cellules et de l’activer de façon synergique ». La « coopérativité » entre ces deux molécules « induit un effet toxique à des concentrations largement plus faibles » que pour chacune prise séparément. Selon le communiqué diffusé à l’occasion de la publication de l’article, « si ces travaux sont confirmés in vivo, des retombées importantes sont attendues dans les domaines de la perturbation endocrinienne, la toxicologie et l’évaluation des risques liés à l’utilisation des produits chimiques ».

Sources : Nature communications, CNRS

22/06/2015

Biosécurité et surveillance des animaux

La Revue d’anthropologie des connaissances consacre son dernier numéro aux réagencements de la surveillance des animaux à l’aune des préoccupations de « biosécurité ». Par là, il faut entendre une « transformation des techniques scientifiques et politiques en matière de gestion des maladies infectieuses émergentes et ré-émergentes », désormais de plus en plus orientées vers la préparation à « une catastrophe dont la probabilité est incalculable et dont l’arrivée est perçue comme imminente ».

Selon Nicolas Fortané (Inra) et Frédéric Keck (musée du Quai Branly), qui coordonnent le numéro, « pour saisir ce que fait et ce qui fait la biosécurité », il importe « d’étudier ‘par le bas’ » les activités de surveillance, « au lieu de partir des injonctions ou des principes qui les orientent ‘par le haut’ ». L’attention à l’« émergence », au cœur des approches unitaires de la santé (One Health), est ainsi mise en perspective à partir de différents terrains : rôle de l’OMS dans les premières mobilisations internationales autour d’un réservoir animal de grippe, surveillance des animaux d’élevage au Zimbabwe et en Mongolie, attente des invasions de criquets pèlerins en Mauritanie, contrôle des moustiques à La Réunion, fonctionnement d’un réseau de surveillance des bactéries résistantes d’origine animale (Resapath).

Les dispositifs de surveillance existent « au sein d’univers complexes, qui ne sont pas nécessairement organisés (ou en tout cas principalement organisés) autour de cette activité qu’est la surveillance des animaux ». C’est ainsi « un des enjeux de la surveillance que de faire entrer dans des dispositifs de préparation aux crises sanitaires des pratiques d’encadrement des productions agricoles, des pratiques commerciales, des pratiques académiques ou encore des pratiques de contrôle des populations humaines ou de préservation de la biodiversité ».

Florent Bidaud, Centre d’études et de prospective

Source : Revue d’anthropologie des connaissances

09:16 Publié dans Protection des végétaux et des animaux | Lien permanent | Tags : biosécurité, surveillance |  Imprimer | | | | |  Facebook

Les végétaux, vecteurs possibles de prions ?

Des chercheurs de l’University of Texas Medical School et de la Colorado State University ont publié en mai 2015 dans la revue Cell Report les résultats d’une étude accréditant la possibilité de transmission de prions via des végétaux. Agents infectieux de nature protéique, les prions sont responsables de plusieurs graves maladies animales et humaines : encéphalopathie spongiforme bovine, tremblante du mouton, maladie de Creutzfeld-Jacob, maladie débilitante chronique des cervidés (Chronic wasting disease-CWD, identifiée dans 22 États des USA et également préoccupante au Canada), etc. Ces quinze dernières années, la CWD est devenue la maladie la plus importante qui affecte les populations de cervidés sauvages et d’élevage en Amérique du Nord, et elle fait l’objet d’un dépistage organisé au Canada.

Répartition nord-américaine de la CWD, avril 2014

 

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Source : MFFP

Les travaux de l’équipe de recherche ont mis en évidence la possibilité de liaison du prion du CWD à différentes parties du blé. L’expérience consistait à mettre des racines et épis en incubation avec de la matière cérébrale contaminée. Même en cas de dilution très faible du contaminant, la liaison prion-plante s’est produite, puis des hamsters ont été infectés in vitro par consommation de ce filtrat contaminant. Le prion a aussi été détecté sur des plantes exposées à l’urine et aux fèces d’animaux infectés. Enfin, l’étude a montré que les plantes peuvent assimiler des prions à partir d’un sol contaminé, lequel se retrouve ensuite dans les différentes parties du végétal.

Ces éléments donnent à penser que les plantes pourraient jouer un rôle important de support de l’infectiosité dans la contamination environnementale et la transmission horizontale de la maladie. Après cette première phase de recherche en laboratoire, l’équipe va procéder à des travaux au niveau environnemental. Plus largement, cette découverte pourrait élargir les connaissances sur les modes de transmission possibles des encéphalopathies spongiformes transmissibles affectant les espèces domestiques.

Le Center for Disease Control (CDC) américain a d’ores et déjà recommandé aux chasseurs le port de gants pour manipuler les dépouilles de cerfs, et également déconseillé de consommer la viande issue de cerfs malades.

Madeleine Lesage, Centre d’études et de prospective

Source : Cell Reports

 

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19/06/2015

Santé publique vétérinaire : les métiers d’aujourd’hui et de demain

Le 9 juin dernier, lors d’une séance de la Société Vétérinaire Pratique de France, ont été présentés plusieurs métiers vétérinaires d’avenir. Si l’exercice en clientèle, rurale ou canine, est la première fonction des vétérinaires, d’autres types d’activités se développent, par exemple en matière de :

– médicament vétérinaire : par rapport au médicament humain, existence d’exigences plus élargies pour la prise en compte des effets sur la santé animale mais également sur la santé humaine (via notamment les résidus) et sur l’environnement ;

– industrie agroalimentaire : montée en puissance de la commercialisation de poulets élevés sans antibiotique, démarche initiée en 2010 en région Auvergne et ayant pris un réel essor ;

– conseil en hygiène alimentaire, dans le cadre de l’application de la réglementation européenne du « Paquet Hygiène » : activité de conseil en hygiène alimentaire auprès d’industriels et de collectivités, qui pourrait se développer dans les prochaines années suite à l’intérêt croissant, dans les cantines scolaires, pour les produits locaux cuisinés sur place, remplaçant des repas élaborés en cuisines centrales.

Cette liste, loin d’être exhaustive, pourrait être complétée par la fonction de vétérinaire comportementaliste et la mise en place de thérapies « par l’animal ».

Madeleine Lesage, Centre d’études et de prospective

Lien : CIV

26/05/2015

Propositions pour des politiques australiennes équilibrées et efficaces en matière de bien-être des animaux d’élevage

En avril 2015, le Farm Australian Institute, organisme indépendant travaillant sur l’agriculture australienne, a publié un rapport intitulé Designing balanced and effective farm animal welfare policies for Australia. Ce rapport présente un état des lieux del’application des règles de bien-être animal en Australie et propose des pistes d’amélioration, afin de concilier politiques de bien-être animal, opinion publique et réalités de l’industrie agroalimentaire. En effet, bien que desnormes de niveau satisfaisantsoient globalement appliquées dans le pays, une partie de l’opinion les juge insuffisantes et éprouve une certaine défiance vis-à-vis de l’industrie agroalimentaire.

Une analyse bibliographique des pratiques montre des disparités selon les États. Si les dispositions relatives au commerce, à l’exportation et à l’abattage des animaux relèvent du gouvernement centralisé, le bien-être des animaux d’élevage est du ressort des États, lesquels peuvent se référer à des orientations données par des instances nationales (Australian Capital Territory et Australian Animal Welfare Strategy). Pour le Farm Australian Institute, l’absence d’une politique nationale peut toutefois conduire à des effets négatifs sur le bien-être animal ainsi qu’à des différences de coûts, qui peuvent parfois sembler injustifiées aux yeux des professionnels.

Les États ont formalisé le bien-être animal de manières différentes. Par exemple, si le Queensland a privilégié les termes de « soins et protection animales », le Territoire du Nord a préféré insister sur la santé, la sécurité et le bien-être.

Se plaçant dans une logique de recherche de consensus, le rapport fait plusieurs propositions, dont celle de l’adoption d’une loi nationale sur le bien-être des animaux d’élevage, basée sur des principes fondamentaux et des critères scientifiques objectifs. De plus, le gouvernement devrait faire le choix de structures consultatives appropriées afin de s’assurer que les décisions prises soient cohérentes et fondées. Enfin, la mise en place d’une réglementation nationale devrait être assortie d’enquêtes, de contrôles et de répression des infractions, tout en fixant prioritairement à ces dernières des objectifs de formation à la prévention des mauvais traitements. Il s’agirait ainsi de mettre en place un dispositif équilibré et efficace de respect du bien-être des animaux d’élevage, en cohérence avec les impératifs de production.

Madeleine Lesage, Centre d’études et de prospective

Source : Farm Australian Institute

19/05/2015

Santé publique et travail agricole : quels sont les mécanismes de la « production de l’ignorance » ?

 

Dans le sillage de plusieurs articles (voir un précédent billet sur ce blog) consacrés aux mobilisations d’agriculteurs « victimes des pesticides », François Dedieu (INRA) et Jean-Noël Jouzel (CSO) publient dans la Revue française de sociologie une contribution sur le dispositif de prévention des intoxications professionnelles en France. À partir de l’exemple de l’interdiction de l’arsenite de soude en 2001, les chercheurs entendent montrer « comment ce dispositif parvient à s’accommoder des savoirs ‘inconfortables’ susceptibles de remettre en cause ses arrangements institutionnels ordinaires », et mettre « en évidence les mécanismes par lesquels les organisations qui produisent ces savoirs offrent à leurs membres de ‘bonnes raisons’ de les ignorer, en désamorçant leur sens critique et en évitant d’œuvrer aux changements institutionnels qui devraient découler de leur prise en considération ». Leur travail débouche ainsi sur une intéressante réflexion sur les ressorts du changement institutionnel.

Lien : Revue française de sociologie

15/04/2015

Allemagne : pour un élevage accepté par la société

Le 20 mars 2015, le Conseil scientifique de la politique agricole, placé auprès du Ministère fédéral allemand de l’alimentation et de l’agriculture, a publié son rapport intitulé Chemins vers un élevage accepté par la société. Ce conseil pluridisciplinaire rend ses avis et expertises de manière indépendante et peut également s’autosaisir. Il est constitué d’une quinzaine d’universitaires, qui ont travaillé trois ans pour rédiger ce document de près de 400 pages sur l’élevage.

Le rapport part du constat que l’élevage en Allemagne est devenu, durant les dernières décennies, un secteur économique florissant, dans lequel des progrès importants ont été réalisés en termes d’efficience. Dans le même temps, il relève de graves déficits, en premier lieu dans le domaine de la protection animale, mais aussi dans celui de l’environnement. Combinés à une évolution du rapport Homme-Animal, ces déficits conduisent selon ce rapport à un niveau d’acceptation réduit de l’élevage par la société. Les manifestations locales et nationales contre les élevages de masse ou les « usines à animaux », régulières en Allemagne, confirment d’ailleurs cette analyse.

Selon le conseil, l’élevage tel que pratiqué en Allemagne n’est pas viable (« nicht zukunftsfähig »). Le rapport présente des recommandations multiples et chiffrées pour le niveau fédéral, les Länder et l’UE, afin de réformer en profondeur l’élevage allemand, notamment dans le domaine du bien-être animal. Au-delà de productions plus respectueuses des animaux et de l’environnement, les scientifiques se prononcent également pour une réduction de la consommation de viande.

Les réactions ne se sont pas faites attendre. Les Verts, dont la transition agricole est devenue le nouveau cheval de bataille depuis l’abandon du nucléaire, les agriculteurs biologiques comme les protecteurs des animaux se réjouissent des conclusions du rapport. Les organisations agricoles le condamnent sévèrement, estimant que la science a capitulé devant le « mainstream vert ». Même s’il y contribue de manière scientifique et constructive, il n’est pas certain que ce rapport apaise le débat autour de l’élevage, déjà très polarisé outre-Rhin. Dans tous les cas et face à une population allemande réceptive aux thèses défendues, le gouvernement fédéral pourra difficilement ignorer ses conclusions.

Arnaud Brizay, Conseiller pour les affaires agricoles, Service Économique Régional, Ambassade de France en Allemagne

Source : Bundesministerium für Ernährung und Landwirtschaft

Rapport, Résumé en anglais