Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

08/07/2019

L'identité sociale, moteur déclaré du végétarisme

Un article publié fin mai 2019 dans Appetite analyse les liens entre les raisons conduisant à l'adoption d'un régime végétarien et les comportements sociaux et alimentaires qui en découlent. Complétant certaines des motivations bien connues du végétarisme (défense de la cause animale, écologie, santé, religion), les auteurs insistent sur un cinquième moteur  : l'identité sociale, définie comme « le désir d'un individu de s'identifier à un groupe social, à cause notamment d'une aura positive qu'il attribue au groupe et donc des bénéfices induits pour son estime de soi ».

L'étude se fonde sur un questionnaire en ligne complété par 380 personnes qui se déclarent végétariennes ou vegan (majoritairement des femmes, originaires du monde anglo-saxon). L'analyse mesure la probabilité, en fonction des types de raison qui motivent le régime végétarien, que les individus adoptent une série de comportements spécifiques (liens au groupe social, estime de soi, diffusion des choix, rigidité du régime, etc.).

Cinq motivations du régime végétarien et leurs conséquences sur les comportements individuels

Vegetarisme.jpg

Source : Appetite

Lecture : les flèches pleines représentent des corrélations positives fortes, les flèches en pointillé des corrélations négatives fortes. Chaque comportement individuel est mesuré par une série de questions dans l'enquête.

- ingroup bias : perception positive du groupe social des végétariens par les enquêtés ;

- outgroup perception : manière dont les enquêtés pensent être perçus par les non-végétariens ;

- vegetarian-based collective self esteem : importance de l'appartenance au groupe « végétarien » dans l'estime de soi des individus ;

- dislike hypocrital vegetarian : rejet par les enquêtés des individus dérogeant aux règles végétariennes ;

- dietary restrictiveness : caractère restrictif déclaré du régime ;

- cheating on restrictions : consommation par les individus, dans certaines situations, d'aliments interdits ;

- disclosure of vegetarian identity to others : expression de son identité végétarienne auprès des autres (amis, collègues, famille etc.) ;

- word-of-mouth evangelizing : efforts pour faire adopter aux autres le régime végétarien.

L'étude montre que le « désir de s'affirmer végétarien » est un moteur en soi de l'adoption d'un tel régime. Néanmoins, ce moteur est le moins conscientisé par les individus.

Les auteurs montrent aussi que le moteur « identité sociale » est lié à une plus forte estime de soi et à une moindre rigueur dans le suivi du régime végétarien, en fonction par exemple du contexte de consommation des produits. Enfin, les auteurs postulent que l'importance de ce moteur se renforce au cours du temps : plutôt faible par rapport aux autres motivations (éthiques, environnementales, santé) au moment de l'adoption du végétarisme, l'identité sociale, notamment par ses liens au collectif, gagnerait en importance une fois le régime bien installé.

Hélène Milet, Centre d'études et de prospective

Sources : Appetite

13:50 Publié dans Alimentation et consommation | Lien permanent | Tags : végétarisme, veganisme |  Imprimer | | | | |  Facebook

05/07/2019

La viande détrônée par les produits alternatifs et la viande de synthèse à l’horizon 2040 ?

Le cabinet A.T. Kearney publie une étude prospective sur les conséquences, à 2040, du développement de produits alternatifs sur le marché et la production mondiale de viande conventionnelle : produits vegan et végétariens protéinés classiques, à base d’insectes, imitant la viande, et viande de laboratoire. Malgré des incertitudes concernant les méthodes utilisées, les auteurs avancent quelques pistes prospectives intéressantes.

Le développement de produits alternatifs, imitant les goûts et textures de la viande, bénéficie d’investissements massifs (900 millions de dollars en 2018) et, en parallèle, la viande de laboratoire connaît aussi un engouement important (50 millions d’euros investis en 2018), mais sans commercialisation pour l’instant. Selon les auteurs, ces produits pourraient convaincre de nouveaux consommateurs ne s’identifiant pas au végétarisme et au veganisme, et, ainsi, prendre des parts de marché à la viande classique. Considérant que les modes de production traditionnels ne pourront répondre aux défis écologiques et à la demande croissante (+3 % par an projetés d’ici 2040), ils comparent, sur la base de huit critères, les types de produits et aboutissent aux conclusions suivantes : si les alternatives à la viande peuvent gagner des parts de marché importantes dans les années à venir, c’est la viande de laboratoire qui, à terme, connaîtra la plus forte croissance, rivalisant presque avec la viande traditionnelle en 2040.

Projections de la consommation globale de viande en 2040 (milliards de $)

Viande.jpg

Source : A.T. Kearney

Source : A.T. Kearney

16/04/2019

Veganomics : une approche économique du véganisme

Nicolas Treich (Inra) consacre un document de travail à l'analyse économique du véganisme, ce terme désignant pour lui « tous les comportements visant à modifier (et pas seulement éliminer) l'utilisation ou la consommation d'animaux pour des raisons morales ». Ce sujet était jusqu'alors peu abordé par l'économie, discipline où « seul le bien-être des humains compte ».

L'auteur aborde en premier lieu les marchés de la viande, avec la montée en puissance des régimes végétarien et végan, montée cependant limitée par la persistance des habitudes alimentaires. Il analyse ensuite les externalités négatives de l'élevage (pollution, déforestation, santé) et les instruments habituellement promus par les économistes pour les internaliser (principe pollueur-payeur, taxes, etc.). Selon N. Treich, la théorie économique ne s'intéresse aux conditions d'élevage que pour autant qu'une demande sociale existe, traduite en « consentement à payer ». Des études montrent que celui-ci est assez élevé, en tout cas dans les déclarations faites par les consommateurs, surtout pour des produits issus de meilleures pratiques, mais les labels valorisant le bien-être animal ne constituent encore qu'une faible part du marché.

Pour dépasser ce cadre classique, l'auteur souligne les défis posés par une économie « non-anthropocentrique ». La pondération entre utilités des humains et souffrance des animaux est particulièrement délicate. L'approche comportementale met en évidence des biais cognitifs (« mauvaise foi », aveuglement sur les conditions de production), les informations étant par ailleurs souvent contrôlées par les groupes d'intérêt liés au secteur de la viande. Sur cette base, N. Treich discute l'efficacité des stratégies des associations de protection animale pour sensibiliser l'opinion publique.

Enfin, il esquisse une réflexion prospective autour de trois scénarios : 1) polarisation entre classes, le maintien d'une consommation de viande toujours moins chère devenant un « marqueur social », 2) régulation des externalités de l'élevage, renchérissement des produits carnés et montée du flexitarisme, et 3) « véganisation » de l'ensemble de la société – un scénario que des alternatives telles que la viande in vitro pourraient soutenir.

Florent Bidaud, Centre d'études et de prospective

Source : Toulouse School of Economics

04/06/2018

Rencontres François Rabelais 2017 : diffusion des enregistrements vidéos sur Youtube

Les vidéos des tables rondes, organisées en novembre 2017 lors des 13e Rencontres François Rabelais de l'IEHCA de Tours, sont depuis début juin disponibles sur la plate-forme Youtube. Parmi les sept rencontres diffusées, l'une d'elles portait sur la question du végétarisme et du véganisme, croisant les regards de chercheurs en sciences sociales (histoire, anthropologie) avec ceux de professionnels.

Vidéo de la table ronde « Du végétarisme au véganisme » – Capture d'écran

iehca.jpg

Source : IEHCA

Un premier temps de ces échanges est consacré à définir et clarifier les notions contemporaines de « véganisme » et « flexitarisme », par rapport aux termes plus anciens de « végétarisme » et « végétalisme ». Dans un deuxième temps, plusieurs facteurs explicatifs sont proposés de la montée de ces courants végétariens en France, et de leur confrontation au modèle alimentaire français et à la gastronomie. Dans un dernier temps, les intervenants cherchent à montrer comment les nouvelles formes de communautés souples, liées aux réseaux sociaux, contribuent activement à favoriser ces courants alimentaires.

Source : IEHCA, IEHCA

09:46 Publié dans Alimentation et consommation | Lien permanent | Tags : iehca, végétarisme, veganisme, flexitarisme |  Imprimer | | | | |  Facebook

10/10/2017

Le véganisme, Valéry Giroux, Renan Larue

Veganisme.jpg

Dans ce court essai, V. Giroux et R. Larue proposent une « conception du véganisme comme mouvement de justice sociale visant à terme la libération des animaux du joug humain ». Mobilisant de nombreuses analyses, les auteurs dressent un tour d'horizon intéressant, malgré des argumentations parfois rapides, d'une thématique de plus en plus médiatisée.

L'histoire des idées dressée est ainsi éclairante quant aux sources du véganisme et aux différents courants et tensions qui le traversent : partant des penseurs grecs (orphiques, pythagoriciens) considérés comme des précurseurs dans l'histoire occidentale, les auteurs s'attachent ensuite à l'histoire récente, depuis le début du XIXe siècle (premières communautés véganes aux États-Unis et en France, fondation de la Vegetarian Society en 1847 puis de la Vegan Society dans les années 1940), jusqu'à la constitution de l'éthique animale comme branche de la philosophie morale dans les années 1970. Ils détaillent ainsi les travaux sur la sensibilité animale, les obligations morales qui en découlent, l'égalité animale ou encore la question des droits (négatifs et/ou positifs) à accorder aux animaux.

Le chapitre consacré aux véganes mobilise des données issues notamment de travaux sociologiques (peu nombreux), d'enquêtes d'opinion, de recherches en psychologie. Il met en lumière le rôle important joué par Internet dans le développement et la consolidation d'une « communauté végane » : diffusion d'informations, création d'une culture commune. S'il est difficile d'en dresser un portrait-type, les véganes partagent des traits communs et constituent en cela, pour les auteurs, un « véritable mouvement social » : plus empathiques que la moyenne et plus méfiants vis-à-vis des conservatismes ; plus intéressés aux questions d'environnement, d'équité sociale, de justice intergénérationnelle, d'éthique animale ; partageant l'expérience de la végéphobie et le souhait de voir abolie l'exploitation des animaux.

Le dernier chapitre, « Vers la libération animale », s'intéresse aux objections adressées par certains acteurs aux activistes du véganisme (choix personnels et individuels qui ont du mal à déboucher sur la constitution d'une cause collective et politique). Il fait également état des travaux sur la consommation « éthique » et l'« activisme politique de la consommation ». In fine, la conception du véganisme proposée présente, selon les auteurs, plusieurs avantages : une politique du quotidien, un mouvement social, un projet de justice globale.

Julia Gassie, Centre d'études et de prospective

Lien : PUF

10:05 Publié dans Alimentation et consommation, Société | Lien permanent | Tags : véganisme, larue, giroux |  Imprimer | | | | |  Facebook

02/05/2016

Barcelone, ville « amie de la culture végétarienne et végane »

barcelone.jpg

Le 22 mars dernier, Barcelone s'est engagée à être une ville « amie de la culture végétarienne et végane ». Cette décision devrait se traduire entre autres par la publication d'un guide végétarien de la ville, comprenant des informations sur les commerces végétariens et végan. Il est prévu également que des repas végétariens soient servis chaque lundi dans tous les établissements publics de la ville.

Barcelone n'est pas la première ville à se positionner sur cette thématique : par exemple, la ville de Gand a également engagé des démarches en ce sens.

Sources : mescoursespourlaplaneteconsoGlobe

09:08 Publié dans Alimentation et consommation, Société | Lien permanent | Tags : barcelone, veganisme, végétarisme |  Imprimer | | | | |  Facebook

13/10/2015

Voir son steak comme un animal mort. Martin Gibert

gibert.jpg

Alors que, selon l’auteur, nous serions de plus en plus informés des dures conditions d’élevage et d’abattage des animaux, qu’un nombre croissant de personnes déclareraient être sensibles à leur bien-être et à leurs droits, que les découvertes de la science confirmeraient l’existence d’une certaine conscience animale, pourquoi continuons-nous à manger leur chair ? Pourquoi refuser de voir que ce steak, dans notre assiette, n’est que de l’animal mort ? Comment expliquer ce décalage entre nos convictions et nos actes, entre nos valeurs et notre appétit ? C’est ce “paradoxe de la viande”, phénomène de “dissonance cognitive”, que Gibert (défenseur du véganisme) essaie d’analyser en s’appuyant sur divers travaux de philosophie éthique, de psychologie morale et de psychologie sociale, ainsi que sur des comparaisons historiques, géographiques et culturelles.

L’ouvrage montre les limites de la cognition humaine face à la nourriture et les failles quotidiennes de la rationalité du mangeur. Il souligne les efforts que nous faisons pour mettre à distance et ne pas voir les souffrances infligées aux animaux. Ainsi, en les démentalisant et en les chosifiant, nous nous persuadons qu’ils ne souffrent pas pour continuer à les manger sans trop culpabiliser : on ne cuisine pas un poulet mais du poulet. Gibert décrit les croyances et alibis que nous mobilisons pour justifier nos comportements alimentaires, échapper à nos contradictions et persévérer dans nos habitudes. Il insiste par exemple sur ces '“omnivores consciencieux”' qui, en s’approvisionnent auprès de “petits éleveurs” bio ou locaux, se dédouanent de leur carnisme en prétendant consommer de la “viande heureuse”. Il démonte les ressorts de ce carnisme, normalité alimentaire inculquée dès l’enfance en famille et à l’école, puis renforcée par les messages de la publicité, des médias, des politiques publiques et des industries agro-alimentaires. Enfin, raisonnant sur l’évolution plus globale des sociétés, il rappelle que la domination masculine a pendant longtemps déterminé l’exploitation des animaux, des colonisés, des femmes et de la nature, et qu’il y a des intersections évidentes entre ces diverses formes de discrimination que sont le sexisme, le racisme, le classisme et le spécisme : '‘les vrais mâles préfèrent la viande’' et ''la masculinité continue de se construire du côté des barbecues'' (p 190).

Bruno Hérault, Centre d’études et de prospective

Lien : LUX Editeur

 

09:25 Publié dans Alimentation et consommation | Lien permanent | Tags : gibert, animal, consommation, viande, mangeur, carnisme, veganisme |  Imprimer | | | | |  Facebook