Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

07/04/2020

Quelles incidences de l'augmentation des populations de cervidés et de loups en zones rurales ?

Une équipe franco-américaine a publié, dans Biological Reviews, une analyse coûts-bénéfices de l'augmentation des populations de cerfs et de loups, et de leurs interactions avec les activités humaines. À partir d'une revue de la littérature, ils ont inventorié les coûts et les bénéfices directs et indirects (sur les écosystèmes, les paysages et les activités humaines) de la présence des cerfs d'un côté, des loups de l'autre, puis leurs conséquences croisées.

Les coûts sont perçus différemment selon l'animal et les acteurs. Ainsi, les dégâts causés par les cerfs (problèmes de régénération forestière, appauvrissement des peuplements, augmentation des parasites tels que les tiques, etc.), sont largement minorés par les chasseurs, les agriculteurs ou la population en général, alors même qu'ils peuvent être importants. En revanche, les prédations de loups sont fortement ressenties par les agriculteurs, créant de facto une asymétrie de perception et générant des conflits entre les acteurs.

Illustration de l'asymétrie d'appréciation (biais de confirmation) des coûts et bénéfices respectifs des cerfs et des loups, dans un contexte de forte densité de cerfs

Cerfs-Loups.jpg

Source : Biological Reviews

Lecture : les figures A et D schématisent des représentations plus fréquentes que B et C. La taille des cases dans chaque figure représente l'importance relative des coûts et des avantages pour une catégorie donnée. La taille et la forme des flèches reflètent l'importance relative accordée aux coûts ou avantages spécifiques lors de l'élaboration d'un argument : les flèches pleines identifient les biais de confirmation, les flèches en pointillés les biais par rapport aux preuves fournies.

Source : Biological Reviews

17:50 Publié dans Environnement | Lien permanent | Tags : cerfs, loups |  Imprimer | | | | |  Facebook

Réchauffement climatique, composition en nutriments des végétaux et populations d'insectes

Dans le dernier numéro de la revue PNAS, des chercheurs ont analysé l'évolution des comptages de sauterelles dans une réserve naturelle des grandes plaines du Kansas, prairie d'herbes hautes qui n'est affectée ni par l'urbanisation ni par les pratiques agricoles. Sur deux décennies, les effectifs de sauterelles baissent de plus de 2 % par an. Cette tendance est corrélée avec la diminution de la concentration des nutriments dans les plantes. L'accroissement du taux de CO2 dans l'air, s'il favorise un volume important de biomasse végétale, entraîne en retour une dilution des éléments minéraux préjudiciable aux insectes herbivores. Cette étude met ainsi en évidence un effet important du dérèglement climatique sur la biodiversité. Plus généralement, il s'ajoute à ceux de l'intensification agricole et du changement d'usage des sols, et permet de mieux comprendre les évolutions et cycles de populations des insectes, les stress végétaux pouvant être favorables à leur multiplication.

Source : PNAS

17:48 Publié dans Climat, Environnement | Lien permanent | Tags : végétaux, nutriments, insectes, kansas, etats-unis |  Imprimer | | | | |  Facebook

Histoire de la productivité de l'élevage en Nouvelle-Zélande et Uruguay, 1870-2010

Un article de la revue Historia Agraria compare la productivité des élevages bovins et ovins de la Nouvelle-Zélande et de l'Uruguay, sur la période 1870-2010. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les deux pays présentaient des caractéristiques communes : démographie, dotation en ressources naturelles, exportation de produits de l'élevage. Leurs performances productives furent similaires jusqu'aux années 1930. Puis, jusqu'aux années 1970, les gains de productivité en Uruguay ont commencé à ralentir par rapport à ceux de la Nouvelle-Zélande. Si les écarts se sont ensuite réduits, la productivité moyenne néo-zélandaise est restée supérieure de 60 %. En comparant les variables de cheptel, de production de viande, laine et lait, et celles relatives aux surfaces et ressources fourragères, l'auteur considère que la divergence entre les deux pays est liée aux différences de trajectoires technologiques empruntées par les filières.

Évolution des « unités d'élevage » par hectare à l'échelle régionale, 1870-2010

NZ-Uruguay.jpg

Source : Historia Agraria

Lecture : l'unité d'élevage (UG : unidad ganadera) est un indicateur de productivité physique. Pour l'Uruguay, deux régions ont été considérées : le littoral Sud-Ouest (région 1) et le Nord-Est (région 2). Pour la Nouvelle-Zélande, les deux îles ont été considérées séparément.

Source : Historia Agraria

17:45 Publié dans Mondialisation et international | Lien permanent | Tags : élevage, nouvelle-zélance, uruguay, productivité, histoire |  Imprimer | | | | |  Facebook

Biais des analyses du cycle de vie pour comparer l'impact environnemental des différents systèmes agricoles et alimentaires

Dans un article publié dans Nature Sustainability, des chercheurs d'INRAE, de l'université d'Aarhus et de l'université de Technologie de Chalmers soulignent des limites des méthodes d'analyse du cycle de vie (ACV). Selon eux, ces dernières négligeraient d'importants aspects de la durabilité du secteur agricole et alimentaire, en prenant rarement en compte des indicateurs d'impact sur la biodiversité ou les terres (érosion, tassement, salinisation, pertes de carbone, etc.), ni des indicateurs d'effets des pesticides. Ils ajoutent que les ACV considèrent uniquement la fonction de production de biomasse, alors que le secteur agricole et alimentaire fournit une multitude d'autres services écosystémiques. Enfin, les études ayant recours aux ACV évalueraient mal certains effets indirects comme les évolutions sociétales de la demande alimentaire. Les auteurs concluent qu'en raison de ces biais, les analyses du cycle de vie sous-estiment les bénéfices des pratiques agrobiologiques et ils formulent des recommandations pour une meilleure comparaison entre les systèmes y ayant recours, tels que l'agriculture biologique et les systèmes d'agriculture intensive basés sur de hauts niveaux d'intrants.

Source : Nature Sustainability

17:43 Publié dans Environnement | Lien permanent | Tags : acv, impact environnemental |  Imprimer | | | | |  Facebook

Motivations et freins à l'adoption de l'agriculture de précision en Chine

Publié en mars 2020 dans Computers and Electronics in Agriculture, un article présente une analyse statistique des motivations et des freins à l'adoption de l'agriculture de précision en Chine, considérant celle-ci comme un moyen d'augmenter la productivité et ainsi la sécurité alimentaire, tout en réduisant les impacts environnementaux des activités agricoles. Pour ce faire, une enquête auprès de 456 agriculteurs des provinces de Hebei, Henan et Shandong a été menée en 2018. 12 % d'entre eux ont déclaré utiliser ces techniques (guidage par GPS, cartographie des rendements, etc.).

L'étude met en évidence l'importance des projets de démonstration de ces pratiques, qui ont convaincu 73 % des agriculteurs participants d'y avoir recours dans les 5 prochaines années. Plus de 70 % des répondants souhaitent bénéficier d'un service commercial pour accompagner la mise en place de ces techniques, et 57 % rencontrent des difficultés pour identifier les aides financières mobilisables. Enfin, le niveau d'études n'influe pas significativement sur l'adoption de l'agriculture de précision.

Significativité des déterminants du recours à l'agriculture de précision (en rouge, non significatif)

Chine.jpg

Source : Computers and Electronics in Agriculture

Lecture : TC : caractéristiques techniques du produit ; NC : besoins d'ordre technique des agriculteurs ; NTF : adéquation entre le besoin et l'offre technique ; PB : bénéfice perçu à adopter ces techniques ; FC : conditions facilitant l'adoption (ex. : support financier) ; SI : influence des caractéristiques sociales ; ITA : intention d'adopter des techniques d'agriculture de précision.

Source : Computers and Electronics in Agriculture

17:40 Publié dans Agriculteurs, Mondialisation et international | Lien permanent | Tags : agriculture de précision, chine |  Imprimer | | | | |  Facebook

06/04/2020

Le drainage agricole : de la tuyauterie à l'hydro-diplomatie

Cet article de B. Vincent (INRAE), publié dans un numéro spécial de la revue Sciences eaux & territoires, propose un état de l'art sur le drainage agricole en France et en Europe. Abordant les différents dispositifs (dimensionnement, entretien), l'article renseigne également sur l'évolution des superficies drainées en France (10 % de la SAU ou 20 % de la sole céréalière en 2010), avec un accroissement de 20 000 ha/an sur la période 2000/2010. L'auteur montre surtout les changements en matière d'ingénierie du drainage, pour laquelle l'innovation ne porte plus tant sur la technologie utilisée que sur l'optimisation des dispositifs de remédiation qui assurent la dépollution des eaux. Permettant une redistribution des bilans hydriques, de solutés et de particules, le drainage est considéré comme un outil de gestion de l'eau : à ce titre, il nécessite le développement d'une ingénierie de la remédiation mobilisant les apports du génie écologique. Les solutions techniques sont mises en place dans le cadre de démarches concertées, avec des outils de dialogue territorial, instituant alors une sorte « d'hydro-diplomatie ».

Source : Science, eaux & territoires

17:36 Publié dans Agronomie, Exploitations agricoles | Lien permanent | Tags : drainage |  Imprimer | | | | |  Facebook

Un nouveau MOOC sur les relations Humain-Animal

La plate-forme France Université Numérique propose, jusqu'à début mai, un nouveau cours en ligne intitulé « Vivre avec les animaux ». D'une durée de trois semaines denses et proposé en deux parcours (« essentiel » et « approfondi »), il envisage les relations entre humains et animaux sous de multiples dimensions : biologiques, comportementales, culturelles, historiques, écologiques, éthiques, juridiques, etc. L'ensemble du règne animal est considéré, des mammifères aux oiseaux, en passant par les poissons, les insectes ou encore les mollusques. Pour cela, l’enseignement mobilise de nombreux spécialistes, issus en particulier du Muséum national d'histoire naturelle : vétérinaires, comportementalistes, biologistes, ethnologues, archéozoologues, historiens, etc. La première semaine est consacrée à l'approche scientifique de l'animal : définition et place dans le monde du vivant, émotions, intelligence, communication, socialité. La deuxième décrit l’histoire des relations Humain-Animal, de la domestication à nos jours, en passant par les notions de « nuisibles » et d'attachement. La dernière envisage l'avenir de ces relations sous les angles de la conservation et de la biodiversité, du biomimétisme, de l'éthique, du bien-être et du droit de l'animal. Deux vidéos supplémentaires présentent l'état des connaissances sur animaux et épidémie de Covid-19.

Source : France Université Numérique

17:35 Publié dans Société | Lien permanent | Tags : rapport homme-animal, mooc |  Imprimer | | | | |  Facebook

Trois quarts des agriculteurs se disent insatisfaits de leurs relations avec les industriels

Dans un contexte d'évaluation des premières répercussions de la loi pour l'équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire, un sondage IPSOS, conduit en novembre-décembre 2019 auprès de 240 agriculteurs, fait état de leur insatisfaction toujours profonde dans leurs relations avec les industriels. Les premières causes citées sont la non-prise en compte des besoins et difficultés (51 %), le manque de mise en valeur des produits et de leurs qualités (44 %), et le défaut d'engagement dans leurs relations au sein de la filière (31 %). Les attentes sont aussi fortes vis-à-vis des autres acteurs de celle-ci, 55 % des répondants souhaitant des relations plus équilibrées et plus justes à cette échelle. Ils s’expriment également en faveur d’une implication plus forte des distributeurs (21 % des répondants), des industriels (18 %) et des coopératives (16 %).

Source : IPSOS

17:33 Publié dans Agriculteurs | Lien permanent | Tags : relations commerciales, agriculteurs |  Imprimer | | | | |  Facebook

Risques professionnels dans les métiers au contact des animaux

En février 2020, la revue Travail et sécurité consacre un dossier aux risques professionnels dans les métiers au contact des animaux vivants : vétérinaires, éleveurs, vendeurs en animalerie, soigneurs animaliers, etc. Il comporte un article synthétique et six autres présentant des témoignages en zoo, élevage avicole, animalerie commerciale, clinique et école vétérinaires, élevage bovin. Si les risques directement liés aux animaux (morsures, griffures, coups, encornages, zoonoses, etc.) sont manifestes, l'accent est mis sur les autres risques associés à ces activités, les auteurs rappelant que, dans le cas des élevages bovins, plus de 40 % des accidents mortels ne sont pas dus à un animal. Les risques sont classés selon qu'ils sont physiques (risques de morsures et griffures lors de la manipulation et la contention, troubles musculo-squelettiques en raison du port de charges lourdes), biologiques (zoonoses), chimiques (mésusage de médicaments) ou psychosociaux (surcharge de travail, pression sociétale dévalorisant ces métiers).

Source : Travail et sécurité

17:32 Publié dans Santé et risques sanitaires, Société | Lien permanent | Tags : animaux, élevage, risques professionnels |  Imprimer | | | | |  Facebook

Les déjections provenant des élevages d'insectes aussi efficaces que les engrais minéraux

C'est ce qu'ont démontré des chercheurs français d'UniLaSalle en testant l'apport de déjections d'insectes, seules ou combinées avec un engrais minéral NPK, sur une culture d'orge. L'analyse de l'absorption des nutriments et des propriétés du sol révèle que les sous-produits des élevages d'insectes pourraient fournir une alternative satisfaisante aux engrais minéraux, particulièrement avec des mélanges à 50 %. Pour les auteurs, ces résultats sont intéressants dans la perspective éventuelle d'un développement important de tels élevages.

Source : Scientific Reports

17:27 Publié dans 5. Fait porteur d'avenir, Agronomie | Lien permanent | Tags : engrais, insectes |  Imprimer | | | | |  Facebook

18/03/2020

The making of a blue revolution in Bangladesh: Enablers, impacts, and the path ahead for aquaculture, Rashid Shahidur, Xiaobo Zhang

Bangladesh1.jpg

À l'instar des tendances mondiales, l'aquaculture au Bangladesh a vu sa productivité croître fortement au cours des trois dernières décennies : contribuant à moins de 20 % de la production nationale de poissons en 1990, elle a atteint 50 % en 2012. Un ouvrage, publié en 2019 par l'International food policy research institute (IFPRI), décrit cette filière et l'organisation de sa chaîne de valeur, évalue son impact sur la pauvreté et envisage ses évolutions à l'horizon 2030.

À la différence de l'élevage bangladais de crevettes, détenu par de riches propriétaires et orienté vers l'exportation, celui de poissons est fait principalement de manière artisanale, dans des étangs, et destiné à 90 % au marché intérieur. En utilisant des données collectées auprès de 12 240 foyers, les auteurs montrent que les gains de productivité de l'aquaculture (hors crevettes), entre 2000 et 2010, ont permis une augmentation totale des revenus des ménages d'environ 2 %. 2 millions de personnes sont ainsi sorties de la pauvreté, ce qui représente 10 % de la réduction de la pauvreté sur cette période. Ce progrès a néanmoins principalement bénéficié au troisième quintile des ménages, en matière de revenus, et peu aux plus pauvres.

Les rendements des fermes aquacoles du Bangladesh étant inférieurs à ceux du Vietnam et de la Thaïlande, des gains de productivité pourraient encore s'observer dans le futur. Différents scénarios d'évolution, à l'horizon 2030, montrent une production de poissons d'élevage en hausse, de 3,65 à 6,35 % par an selon les hypothèses, accompagnée d'une réduction des prix de 0,02 à 0,73 % par an. En conséquence, la consommation bangladaise de poissons d'élevage pourrait s'accroître de 42 à 109 % entre 2015 et 2030. Alors que les préconisations de la FAO sont de 18 kg annuels, les populations rurales et pauvres mangent à l'heure actuelle 14 kg par an de poissons, sauvages ou d'élevage : les progrès de l'aquaculture leur permettraient d'augmenter cette quantité de 7 à 21 kg. Ces projections supposent toutefois une amélioration de l'accès à ces produits, notamment via le transport et le stockage. Enfin, la capture de poissons sauvages pourrait être ralentie du fait de contraintes environnementales croissantes, contrebalançant le développement de l'aquaculture et les gains pour les populations fragiles.

Résultats de trois scénarios de simulation sur la production de poissons, en tonnes, aux horizons 2020 et 2030

Bangladesh2.jpg

Source : IFPRI

Lecture : base : poursuite des tendances actuelles ; simulation 3 : forte productivité et forte demande ; simulation 5 : très forte productivité et forte demande. Origine des poissons : en bleu, aquaculture ; en orange, pêche en eau douce ; en gris, indéterminée ; en jaune, pêche en mer.

Aurore Payen, Centre d'études et de prospective

Lien : IFPRI

Quels horizons pour l'agriculture et le développement rural en Amérique latine et dans les Caraïbes ?

En février 2020, la Comisión Económica para América Latina y el Caribe (CEPAL), la FAO et l'Instituto Interamericano de Cooperación para la Agricultura (IICA) ont publié un rapport traitant des contributions de l'agriculture et du développement rural à l'atteinte, en 2030, des objectifs de développement durable (ODD) de l'ONU. L'analyse fournit d'abord un ensemble de faits et chiffres, par lesquels on apprend que l'Amérique latine et les Caraïbes abritent 50 % de la biodiversité, 57 % des forêts primaires, 31 % de l'eau douce, 33 % des terres cultivables et bénéficient de 29 % des précipitations. Elle décrie aussi les ODD qui seront atteints avant tout grâce au développement structurel du monde rural : « faim zéro », « eau potable », « énergie accessible », etc. (figure ci-dessous).

Le poids du rural dans l'atteinte des ODD

CEPAL1.jpg

Source : CEPAL-FAO-IICA

Lecture : le vert le plus clair correspond à un objectif très pertinent pour le monde rural ; le vert intermédiaire à un objectif moyennement ou faiblement important ; le vert le plus foncé à un objectif exclusivement rural. Colonne du milieu : objectif à atteindre. Colonne de droite : actions nécessaires pour atteindre les objectifs.

Les auteurs identifient également les actions qui seront nécessaires pour favoriser ce développement du monde rural à l'horizon 2030 : politiques de développement territorial, transformations institutionnelles, investissements dans les emplois agricoles et non agricoles, les infrastructures, la R&D, etc. Ces actions clés devraient rapprocher les conditions de vie des populations urbaines et rurales (protection sociale, services, éducation, santé, etc.), dans un contexte de pression sur les ressources naturelles, de changement climatique et d'incertitudes macroéconomiques et géopolitiques.

La bioéconomie est considérée, dans le rapport, comme un cadre de référence propice à l'articulation et à la consolidation des actions (figure ci-dessous). L'agriculture en constitue le « noyau dur » à partir duquel des chaînes de valeur complémentaires pourront être mises en place (industrie, commerce, services). Cela s'inscrit dans une trajectoire historique, la voie des biotechnologies ayant été empruntée assez tôt par certains pays de la région. Appuyée par des politiques et une coopération public-privé, elle a abouti, par exemple, au développement des filières bioéthanol et biodiesel au Brésil et en Argentine, ainsi qu'à l'essor de l'innovation variétale. Celle-ci s'est concrétisée, entre autres, par le développement d'OGM pour limiter les risques biotiques (maladies bactériennes, fongiques, etc.) et abiotiques (tolérance aux herbicides, à la sécheresse, etc.), de soja à haut degré oléique et bas degré linoléique, de riz à teneur élevée en amylose, etc.

Actions possibles pour l'intensification durable de l'agriculture

CEPAL2.jpg

Source : CEPAL-FAO-IICA

Hugo Berman, Centre d'études et de prospective

Source : CEPAL

Stratégies de transformation des fermes canadiennes dans le contexte du changement climatique

Réalisé à la demande de l’Union nationale des fermiers (UNF), ce rapport traite des évolutions de l’agriculture canadienne face au changement climatique. Partant du constat d’une double crise, agricole et climatique, l’auteur souhaite montrer que favoriser une nouvelle forme d’agriculture, rentable, permet de lutter contre le changement climatique.

Il dresse d’abord un état des lieux et montre que l’agriculture, par l’utilisation importante d’intrants, émet 12 % des émissions nationales de gaz à effet de serre. En moyenne, le Canada pourrait connaître plus généralement une augmentation de la température de 3,2 à 6,4 °C sur les 100 prochaines années, ainsi que des événements climatiques extrêmes (inondations et sécheresses notamment).

Évolution de la dette agricole nationale, 1971-2018

Canada1.jpg

Source : UNF (d’après Statistique Canada)

Par ailleurs, le rapport met en avant la dette agricole de plus en plus importante (106 milliards de $), liée aux matériels, aux services bancaires et aux intrants (semences, engrais, etc.). De 1985 à 2018, 95 % du chiffre d’affaires des fermes ont été consacrés à ces derniers. Dans ce contexte, de nombreux foyers agricoles doivent avoir une source de revenus externe à l’exploitation. La diminution du nombre de structures est également notable, en une génération, avec par exemple une réduction du groupe des jeunes chefs d’exploitation de 68 % sur les 25 dernières années.

Évolution du nombre d’exploitations agricoles au Canada, selon les données recueillies lors des recensements de 1911 à 2016

Canada2.jpg

Source : UNF (d’après Statistique Canada)

Pour favoriser la pérennité économique des exploitations et ainsi lutter contre le changement climatique, l’auteur propose ensuite des pistes de réflexion : réduction des intrants (notamment azotés), utilisation de tracteurs électriques ou à hydrogène, investissement dans les énergies renouvelables, agriculture biologique, conservation des sols, rotation des cultures, agriculture de précision, systèmes d’élevage à « taille humaine » et basés sur une alimentation à l’herbe, etc. Il préconise un engagement plus fort des pouvoirs publics dans la transition écologique, par exemple via une taxation du carbone couplée à un remboursement de la taxe pour les producteurs diminuant leurs intrants.

Tiphaine Le Mao, stagiaire au Centre d’études et de prospective

Source : Union nationale des fermiers

17:31 Publié dans Agriculteurs, Climat, Mondialisation et international | Lien permanent | Tags : canada, agriculture |  Imprimer | | | | |  Facebook

17/03/2020

Modélisation des impacts post-Brexit d'une divergence sur les mesures non tarifaires entre le Royaume-Uni et l'Union européenne

La Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (UNCTAD) a publié, en février, une analyse des impacts des mesures non tarifaires (MNT) sur les futures relations commerciales du Royaume-Uni (RU) avec l'Union européenne (UE). Les MNT sont les mesures autres que les droits de douane, notamment sanitaires et phytosanitaires, qui peuvent avoir un effet sur le commerce. Elles induisent des coûts liés à la mise en conformité et à la preuve de cette conformité des produits qui sont, en agriculture, trois fois supérieurs à ceux résultant de l'application de droits de douane.

Comparaison des coûts commerciaux liés aux MNT et aux droits de douane, pour l'agriculture et pour les autres secteurs de production, à l'échelle mondiale, en % de la valeur des biens échangés

UNCTAD1.jpg

Source : UNCTAD

Les auteurs ont utilisé un modèle gravitaire à partir de données de panel sur 1990-2015. Ils montrent d'abord que seule l'appartenance à l'UE favorise le commerce au-delà de la mise à zéro de tous les droits de douane sur les échanges commerciaux, contrairement aux accords de libre-échange classiques et aux unions douanières (figure ci-dessous). Les auteurs attribuent ce résultat à l'importance accordée par l'Union aux MNT. Ils ont ensuite simulé les impacts potentiels d'un retrait du Royaume-Uni de l'UE, selon une relation future sans droits de douane (scénario 1) ou sans droits de douane et sans l'effet facilitateur des MNT (scénario 2).

Ils montrent que les impacts potentiels les plus forts sur les PIB nationaux (référence 2015), toutes choses égales par ailleurs, concernent l'Irlande (- 0,278 % pour le scénario 1 et - 0,736 % pour le scénario 2), le RU (respectivement - 0,233 % et - 0,607 %) et les Pays-Bas (resp. - 0,049 % et - 0,128 %). Les effets économiques sont en moyenne 2,5 fois plus élevés si le Royaume-Uni ne bénéficie plus de la proximité avec l'UE en matière de MNT. Les exports des pays tiers vers le RU évoluent aussi : + 1,3 à 1,5 % dans le scénario 1, et + 3,5 à 4 % dans le scénario 2. Les secteurs les plus impactés sont l'agriculture, l'alimentation, les boissons, le bois et le papier.

En conclusion, pour les auteurs, les mesures non tarifaires devront être suivies avec plus d'attention dans la négociation de la future relation RU-UE que dans les accords de libre-échange et unions douanières classiques.

Effets moyens respectifs de l'appartenance à un accord de libre-échange (Free trade agreement), à une union douanière (Customs Union) et à l'UE (European Union), en % d'augmentation du commerce

UNCTAD2.jpg

Source : UNCTAD

Vincent Hébrail-Muet, Centre d'études et de prospective

Source : UNCTAD

L’impact persistant des droits de douane sur les importations européennes de produits agricoles et agroalimentaires

Dans son numéro de février 2020, l’European Review of Agricultural Economics (ERAE) a publié un article analysant les effets de la politique commerciale de l’Union européenne (UE) sur ses importations de produits agricoles et agroalimentaires avec le reste du monde, entre 2005 et 2017. Les données proviennent des bases COMEXT pour les échanges et TRAINS pour les droits de douane. Depuis le démantèlement tarifaire engagé à l’OMC, à la fin des années 1990, les droits de douane ont fortement diminué. Il est généralement admis qu'ils constituent aujourd'hui une entrave mineure aux échanges, à l'inverse des barrières non tarifaires qui en sont les principaux obstacles. Cet article apporte un éclairage intéressant en se penchant à nouveau sur les droits de douane.

Afin d’estimer l’impact de la politique tarifaire de l’UE sur ses importations, les auteurs utilisent un modèle gravitaire, qui permet de comparer deux situations, avec et sans politique commerciale. L’originalité de l’analyse porte sur la variable tarifaire utilisée. Au lieu de considérer les tarifs douaniers européens appliqués à chaque pays partenaire, l’étude estime un « écart tarifaire » qui mesure l’avantage ou le désavantage tarifaire d’un pays exportateur, compte tenu des droits de douane appliqués aux autres pays. L’idée sous-jacente est que, du point de vue d'un exportateur, l'accès au marché de l’UE dépend davantage du niveau relatif des tarifs que des niveaux absolus.

L'étude montre que les droits de douane influencent encore les importations de l’Union de manière significative, sauf pour les produits animaux et les boissons (tableau ci-dessous). Ces deux groupes sont plus impactés par des barrières non tarifaires : règles sanitaires et phytosanitaires (SPS) pour les premiers, réglementations (monopoles d’État, licences d'importation, etc.) et taxes internes pour les seconds. L’analyse des effets sur le commerce montre, par ailleurs, que les tarifs appliqués par l'UE ont réduit ses importations de 14 % (par rapport à une situation sans tarifs), tandis que les accords préférentiels signés avec certains pays en développement les ont augmentées d'environ 10 % (par rapport à une situation sans préférence tarifaire). Enfin, l’impact est très hétérogène selon les produits considérés.

Estimations des impacts de la politique commerciale de l’UE sur ses importations de produits agricoles et agroalimentaires

Commerce.jpg

Source : ERAE

Lecture : pour chaque groupe de produits, les étoiles indiquent un impact significatif de la variable « écart tarifaire » sur les importations. Trois étoiles : impact très significatif. Pas d'étoile : impact non significatif. Prepared foodstuffs : préparations alimentaires.

Raphaël Beaujeu, Centre d'études et de prospective

Source : European Review of Agricultural Economics