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08/11/2019

Peut-on se passer de la grande distribution ?

L'une des séances de La fabrique des aliments, cycle de journées d’études organisé à l’initiative des chercheurs Inra de l’IRISSO, était consacrée, le 17 octobre 2019, aux évolutions de la grande distribution. L’historien J.-C. Daumas a d’abord mis en perspective les discours apparus dès les années 1990 annonçant « la fin des hypermarchés » ou, plus récemment, « l’amazonisation complète du commerce », avec ses travaux sur la consommation de masse (voir à ce sujet un précédent billet sur ce blog). Selon lui, l'avenir du commerce alimentaire dépendra notamment de la capacité des distributeurs, qui disposent de réserves financières considérables, à nouer des alliances avec les pure players d’Internet, mais aussi de l’attitude des consommateurs qui, en France, s’enthousiasment pour la livraison… à condition qu’elle soit gratuite. Quatre autres travaux ont ensuite été discutés : ceux du géographe S. Deprez sur les effets territoriaux du commerce connecté (drives d’enseignes et fermiers) ; la recherche en marketing de M. Herbert, I. Robert et F. Saucède, qui ont utilisé des méthodes de prospective pour imaginer comment nous ferons nos courses en 2025 ; la sociologie des négociations entre la grande distribution et ses fournisseurs (S. Billows) ; et, enfin, l’analyse du luxe alimentaire (V. Marcilhac), pour qui l’alliance avec la grande distribution est porteuse d’un risque de banalisation.

Lien : Transhumances

09:34 Publié dans Alimentation et consommation, Société | Lien permanent | Tags : aliments, grande distribution, daumas, internet, drive |  Imprimer | | | | |  Facebook

Raréfaction de l'eau et changement climatique : quelles proportions de surfaces en blé seraient impactées ?

Dans Science Advances est paru, fin septembre, un article étudiant la hausse potentielle des surfaces en blé soumises au manque d'eau, en raison du changement climatique. En moyenne, sur la longue période entre 1911 et 2016, environ 4,5 % des surfaces en blé auraient souffert, chaque année, d'un déficit hydrique (maximum en 2010 et 2012 avec - 15 %). Selon l'hypothèse d'émissions de gaz à effet de serre la plus pessimiste (scénario RCP 8.5 du GIEC), 60 % des surfaces actuelles pourraient subir un épisode de sécheresse sur une période de 3 ans d'ici la fin du siècle. Les dix principaux exportateurs, dont l'Europe, seraient significativement plus touchés que les autres, avec un défi pour la sécurité alimentaire si ces zones étaient atteintes simultanément. Même en supposant que l'objectif des accords de Paris soit tenu (hausse limitée à 1,5 °C), les surfaces concernées par un déficit hydrique devraient doubler d'ici 2070 par rapport à la situation actuelle.

Le prix du blé étant corrélé au manque d'eau (diminution de la production), les auteurs pensent que des politiques de stockage et commerciales sont essentielles pour stabiliser les marchés. De plus, plusieurs méthodes d'adaptation pourraient être envisagées, comme décaler les calendriers de culture pour éviter les périodes à risque. Cependant, pour l'exposition des surfaces au risque de sécheresse, cette option serait moins efficace que de limiter l'augmentation de la température à 1,5 °C.

Surfaces en blé, en pourcentage, qui pourraient être touchées par la raréfaction de l'eau en fonction de différents scénarios d'émissions de gaz à effet de serre et à plusieurs horizons temporels

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Source : Science Advances

Lecture : RCP, pour « Representative Concentration Pathway », désigne des scénarios de forçage radiatifs, représentant différents niveaux d'émissions de gaz à effet de serre. Par exemple, RCP 8.5 correspond à + 8,5 W/m².

Source : Science Advances

09:32 Publié dans Agronomie, Climat | Lien permanent | Tags : eau, changement climatique, blé, sécheresse |  Imprimer | | | | |  Facebook

Panorama de la consommation végétarienne dans quatre pays européens

En octobre 2019 ont été publiés les résultats d'un travail du Crédoc sur la consommation végétarienne en Europe. Ils s'appuient en particulier sur une enquête en ligne réalisée auprès d'échantillons représentatifs des populations de quatre pays : Allemagne, Espagne, France et Royaume-Uni. Il apparaît que, en moyenne, 5,6 % des interrogés se déclarent végétariens, végétaliens ou véganes (8 % au Royaume-Uni, 2,8 % en Espagne). Les auteurs mettent en évidence un décalage entre identité et pratiques, insistant sur un « continuum » de profils : moins de 4 % de la population déclarent éviter les produits carnés, et moins de 1 % tout produit d'origine animale. Par ailleurs, ces pratiques s'inscrivent dans un contexte plus large d'évolution des comportements : par rapport à 2017, 50 % des Français interrogés, 42 % des Allemands, 41 % des Espagnols et 36 % des Britanniques ont diminué leurs consommations de viande. Enfin, l'étude apporte des éléments détaillés sur les caractéristiques des individus (les végétariens-véganes étant plutôt jeunes, cadres et urbains) et leurs motivations (la santé venant en première position).

Motivations de la faible consommation ou de la non-consommation de viande (cumul des quatre pays)

Credoc.jpg

Source : FranceAgriMer

Source : FranceAgriMer

09:29 Publié dans Alimentation et consommation | Lien permanent | Tags : végétarisme, royaume-uni, espagne, allemagne |  Imprimer | | | | |  Facebook

Urbanisation et zoonoses dans les pays du sud

Un article publié en septembre dans Environment and Urbanization s'intéresse aux liens entre urbanisation et zoonoses dans les pays du sud de la planète. L’urbanisation des populations y est en effet de plus en plus importante et elle est corrélée au développement des maladies infectieuses. Une grande partie de celles-ci est constituée de zoonoses, lesquelles représentent, d’après l’OMS, 61 % des maladies humaines en général et 75 % des nouvelles maladies découvertes ces dix dernières années. Cet article étudie les causes de cette corrélation à partir de la littérature scientifique (35 articles retenus après screening). Ce développement en milieu urbain n’est pas seulement lié à la promiscuité, mais également à une plus grande pauvreté, à l’apport par les nouveaux arrivants de nouvelles sources infectieuses, aux transferts d’animaux vivants ou de produits animaux. Les auteurs pointent en particulier un défaut dans les programmes de santé publique, notamment en ce qui concerne l’eau (distribution, hygiène).

Source : Environment and Urbanization

09:28 Publié dans Mondialisation et international, Santé et risques sanitaires | Lien permanent |  Imprimer | | | | |  Facebook

07/11/2019

Produits forestiers non ligneux, un potentiel important en Europe

Un rapport récent de l'European Forest Institute (voir un portrait sur ce blog) fait le point sur les produits forestiers non ligneux en Europe, segment important mais sous-estimé des biens et services forestiers. D'une valeur évaluée à plus de 2 milliards d'euros, dont les trois quarts d'origine végétale, ces produits offrent d'importantes pistes de développement, dans le cadre de la stratégie européenne en faveur de la bioéconomie. Ils sont cependant encore mal identifiés par les systèmes statistiques, en raison de nomenclatures peu adaptées et des modalités de production et de mise en marché, souvent en marge des circuits conventionnels. Leur grande diversité de natures, de débouchés et de réglementations complexifie encore une analyse nécessairement multidimensionnelle (ressources naturelles, matériaux, services écosystémiques, conservation, connaissances traditionnelles, valeurs culturelles, etc.). Les auteurs dressent notamment un inventaire des politiques et réglementations européennes et nationales portant sur la production et la commercialisation (accès aux forêts, droits de cueillette, etc.).

Différents composantes des réglementations nationales en matière de récolte de produits forestiers non ligneux

Produits-forestiers.jpg

Source : European Forest Institute

Dans un objectif de développement de la production et de la commercialisation, les auteurs identifient un vaste champ d'innovations, allant des débouchés (médecine, matériaux renouvelables, etc.) aux réglementations (reconnaissance des produits comme agricoles ou forestiers, mise en place de permis de cueillette, etc.).

Source : European Forest Institute

09:25 Publié dans Forêts Bois | Lien permanent | Tags : forêt, bioéconomie, produits non ligneux |  Imprimer | | | | |  Facebook

L'innovation sociale comme levier du développement des territoires ruraux de montagne

Les territoires ruraux et montagneux marginalisés sont parfois des lieux d'innovation sociale. Dans un numéro de la Revue de géographie alpine, consacré à ce sujet, des chercheurs ont étudié trois initiatives associant innovation sociale et production de laine (Pôle Laine, Ardelaine et Terre de Laine). À travers ces exemples, il s’agissait pour eux de comprendre dans quelle mesure l'innovation sociale pouvait constituer une piste pour le développement des territoires de montagne. Les auteurs montrent que si les projets étudiés sont tous structurés autour de la filière laine, d'un territoire et d'innovations sociales (constitution d'une Scop pour porter le projet, etc.), ces éléments ne se mettent pas en place simultanément ou dans le même ordre selon les cas : tantôt c'est la volonté de re-développer la production de laine qui amorce le projet, l'ancrage territorial et l'innovation sociale ne venant que plus tard, tantôt l'ordre est inversé.

Chronologie comparée des ancrages des trois projets étudiés

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Source : Revue de géographie alpine

Dans tous les cas, ces initiatives ont enclenché des processus de développement local dépassant la seule production de laine (tourisme, culture, restauration, insertion sociale, etc.).

Source : Revue de géographie alpine

09:22 Publié dans Territoires | Lien permanent | Tags : innovation sociale, territoires ruraux, laine |  Imprimer | | | | |  Facebook

Impact métabolique de l'état solide ou liquide du sucre ingéré

La revue Molecular Metabolism a publié les résultats d'une étude conduite par une équipe universitaire chinoise sur le métabolisme du sucre (saccharose), selon qu'il est ingéré sous forme solide ou liquide. Des souris mâles (type C57BL6) ont reçu pendant 8 semaines des rations comportant du sucre sous forme solide (aliment standard en pellets pour rongeurs) et liquide (dans l’eau de boisson), à des pourcentages variables selon les lots. En fin d'expérience, différents paramètres physiologiques ont été contrôlés chez tous les animaux : poids corporel, masse grasse, teneur en glycogène et en graisse du foie, apports et dépenses énergétiques, tolérance au glucose et à l'insuline. Les résultats ont montré un impact significatif selon la forme d'administration du sucre. La consommation sous forme solide, même à des taux importants (jusqu'à 73 % des calories ingérées), n'a pas conduit à une surconsommation alimentaire ni à une adiposité élevée. En revanche, la même quantité sous forme liquide induisait une prise de poids (surtout de masse grasse). Ces données renforcent la connaissance du rôle de la consommation de sucre liquide dans la prise de poids corporel et les syndromes métaboliques associés.

Évolution de différentes constantes chez les souris, selon le type de ration : sucre solide uniquement, en quantité normale (courbes bleues) ou augmentées (courbes noires) ; mélange de sucre solide et liquide (eau sucrée uniquement, courbes rouges ; eau sucrée et eau non sucrée au choix, courbes vertes)

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Source : Molecular Matabolism

Lecture : A : poids corporel ; B : masse grasse ; C : prise de nourriture ; D : prise de liquide sucré ; E : prise d'énergie par voie solide ; F : prise d'énergie par voie liquide ; G : prise de sucrose total ; H : prise d'énergie totale.

Source : Molecular Metabolism

Concordance des temps (France Culture) : la République, l'animal et nous

« L'usage de manger de la viande est, dit-on, fondé sur la Nature. Mais, si vous vous obstinez à soutenir qu'elle vous a fait pour manger la chair des animaux, égorgez-les donc vous-même ». C'est par cette citation de Plutarque que débute l'émission Concordance des temps du 5 octobre 2019, consacrée à « la République, l'animal et nous ». Comme le souligne J.-N. Jeanneney, « pour qui croirait que les soucis de protection des animaux seraient tout récents, voilà un démenti éclatant ». Son invité, P. Serna, professeur d’histoire de la Révolution française à l’université Paris-I-Sorbonne, retrace avec passion et érudition l'histoire des rapports entre l'homme et l'animal depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours, en passant par le Siècle des Lumières et la Révolution industrielle. Des rapports qui évoluent avec les sensibilités collectives, les structures économiques (par exemple, au XVIIIe siècle, la France doit acheter de la laine à l'Angleterre et à l'Espagne et perd ainsi des millions de livres chaque année), et nos conceptions du monde vivant et de la politique : pour Bernardin de Saint-Pierre, les animaux paisibles (vache, cheval, mouton) sont des animaux travailleurs et, donc, républicains. Pour ceux-là, il n'y a pas besoin de « barrière » au contraire des animaux sauvages, métaphores de l'aristocratie. Comme le souligne Pierre Serna, « les animaux ont fait leur révolution avant 1789 ».

Source : Concordance des temps

09:14 Publié dans Société | Lien permanent | Tags : histoire, serna, animal |  Imprimer | | | | |  Facebook

06/11/2019

Les entreprises agroalimentaires thaïlandaises participent à la prévention de la peste porcine africaine

D'après un article publié par la Nikkei Asian Review, pour tenter de préserver la Thaïlande de la peste porcine africaine, les trois principales entreprises agroalimentaires du pays ont décidé d'appuyer le gouvernement dans sa politique de prévention. Elles ont ainsi annoncé qu'elles apporteraient les fonds nécessaires à la mise en place de 50 points de contrôle sanitaire aux frontières, ainsi qu'à la création d'un fonds d'indemnisation des éleveurs.

Source : Nikkei Asian Review

Des nanoparticules d'hydroxyapatite à vocation agricole synthétisées par biomimétisme

Des chercheurs indiens ont mis au point et démontré l’innocuité, pour les bactéries du sol, d'une nouvelle voie biologique de production de nanoparticules d'hydroxyapatite. Utilisant des bactéries (Bacillus licheniformis) capables de solubiliser le phosphore contenu dans des biomatériaux, elle permet de produire des solutions phosphorées directement assimilables par les plantes, limitant les pertes dans le sol.

Source : Nature

L'émission La Terre au carré revient sur la découverte des perturbateurs endocriniens

Dans l'émission La Terre au carré, diffusé sur France Inter le 15 octobre 2019, la biologiste Ana Soto a relaté sa découverte inopinée, en 1988, de substances inertes ayant des effets œstrogéniques. Lors d'une étude sur les effets des œstrogènes sur la prolifération cellulaire, la chercheuse a constaté qu'un lot témoin de sérum présentait, de façon inattendue, une multiplication des cellules. L'objet en cause était un tube à essais en plastique, dont la composition venait d'être modifiée par le fabricant pour y inclure du bisphénol A. La notion de « perturbateur endocrinien » était née, et A. Soto en a été la lanceuse d'alerte.

Source : France Inter

09:08 Publié dans Santé et risques sanitaires | Lien permanent | Tags : perturbateurs endocriniens, ana soto |  Imprimer | | | | |  Facebook

Manque de formation des médecins aux États-Unis sur les questions alimentaires

Dans un rapport publié en septembre par Harvard Food Law and Policy Clinic, les auteurs se demandent pourquoi, étant donné le rôle important de la nourriture pour la santé humaine, la nutrition est si peu enseignée aux États-Unis dans les cursus médicaux. En moyenne, moins d'1 % du volume horaire des cours magistraux est dédié à l'alimentation et seuls 14 % des médecins se sentent qualifiés pour conseiller les patients dans ce domaine. Après avoir présenté les causes potentielles de cette situation, des propositions sont faites pour parvenir à une meilleure formation des praticiens.

Source : Food Law and Policy Clinic, Harvard Law School

16/10/2019

La Banque mondiale livre un diagnostic et des recommandations sur la productivité agricole mondiale

Publié le 16 septembre 2019 par la Banque mondiale en version préliminaire (parution du livre en novembre), Harvesting Productivity: Technology and Productivity Growth in Agriculture constitue le quatrième opus d'une série d'ouvrages consacrés à la productivité de l'économie mondiale, dans le cadre du World Bank Productivity Project. Il porte cette fois-ci sur la productivité agricole, ses déterminants et les politiques publiques permettant de la stimuler.

Sur la période 2001-2015, l'augmentation de la production agricole mondiale a été imputable pour deux tiers à celle de la productivité globale des facteurs (figure ci-dessous). Le monde est ainsi passé d'une croissance basée sur les facteurs de production (modèle des années 1960-70), à une croissance basée sur la productivité, reposant sur l'innovation et la connaissance. Pour les auteurs, cette tendance devra se poursuivre activement pour répondre aux défis à venir que sont la réduction massive de la pauvreté et de la faim dans le monde. Elle sera aussi nécessaire pour rendre l'agriculture plus résiliente au changement climatique.

L'augmentation de la productivité globale des facteurs est devenue une source de plus en plus importante de la croissance de la production agricole

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Source : Banque mondiale

Selon les auteurs, les travaux les plus récents convergent sur le fait que le progrès technologique est la cause principale des gains de productivité globale des facteurs. Le rôle de la ré-allocation plus efficiente des facteurs de production (terre, travail, etc.) serait plus limité que ce qui a pu être communément admis. Ainsi, la productivité du travail agricole, relativement aux autres secteurs, serait généralement sous-estimée. L'importance des économies d'échelle serait également à relativiser : pour les auteurs, il n'existe pas de « taille optimale » de l'exploitation agricole, les petites comme les grandes pouvant être tout aussi efficientes (figure ci-dessous). Partant de ce diagnostic, le rapport analyse ensuite les politiques favorables à la croissance de la productivité agricole : innovation et R&D (chapitre 3), facilitation de l'adoption des technologies par les agriculteurs (chapitre 4, gestion des risques, insertion des producteurs sur les marchés, etc.), promesses offertes par l'intégration des chaînes de valeur (chapitre 5).

Il n'y a pas de taille optimale d'exploitation agricole : les grandes comme les petites peuvent être également efficientes

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Source : Banque mondiale

Julien Hardelin, Centre d'études et de prospective

Source : Banque mondiale

La performance économique des systèmes de production agro-écologiques

Une équipe internationale de chercheurs vient de publier, dans le Journal of Rural Studies, une large revue de la littérature sur la performance économique de l'agro-écologie, allant de l'analyse théorique de ses déterminants à divers travaux empiriques. L'agro-écologie repose sur l'usage des ressources naturelles et le bouclage des cycles biogéochimiques, selon une approche systémique et dynamique, adaptant les systèmes de production au cas par cas à leur environnement. De ce fait, les démarches sont très diverses, mais elles partagent le principe fondamental d'une réduction de l'usage des intrants externes à l'exploitation, conjointement à une amélioration de leur efficience.

Les auteurs présentent les principes qui confèrent à ces systèmes de meilleures performances économiques et leur résilience. L'accroissement de la valeur ajoutée (VA) par rapport au produit brut (PB) constitue l'élément clé, alors que les approches les plus courantes recherchent une augmentation du PB par unité de main-d'œuvre (UTA). La démarche agro-écologique représente ainsi une véritable intensification en valeur ajoutée. Par ailleurs, les deux ratios sont inversement liés, la hausse du PB/UTA ne pouvant se faire qu'au prix d'investissements, d'agrandissements ou d'augmentations des consommations intermédiaires (figure ci-dessous). De son côté, l'accroissement du ratio VA/PB passe par un recentrage sur les ressources internes de l'exploitation, une diversification des activités et l'optimisation des synergies, notamment entre cultures et élevage.

Relation entre les ratios VA/PB et PB/UTA, et modèles organisationnels d'exploitations agricoles

Agroecologie.jpg

Source : Journal of Rural Studies

De plus, la réduction des intrants et l'amélioration de l'efficience diminuent l'exposition aux aléas économiques. Après des décennies favorables à l'agrandissement, la volatilité des prix, la hausse du coût de l'énergie (et donc des intrants), ainsi que la crise financière constituent selon les auteurs un contexte propice aux exploitations agro-écologiques.

Les auteurs étayent leur analyse par une large revue d'exemples concrets issus d'une douzaine de pays européens. Ainsi, au Danemark, l'agrandissement poussé a conduit à une grande fragilité du secteur laitier, la majorité des exploitations de plus de 200 vaches étant en déficit en 2016, alors que la plupart des fermes de moins 100 têtes restaient bénéficiaires. En France, les exploitations économes et autonomes se révèlent particulièrement créatrices de valeur ajoutée.

Jean-Noël Depeyrot, Centre d'études et de prospective

Source : Journal of Rural Studies

11:42 Publié dans Agriculteurs, Exploitations agricoles | Lien permanent | Tags : agro-écologie, performance économique |  Imprimer | | | | |  Facebook

Des propositions pour que la statistique américaine rende mieux compte de la complexité de l’activité agricole

Si la production agricole états-unienne a longtemps reposé sur des exploitations familiales, la majorité de la production est aujourd’hui assurée par des structures complexes, que la statistique agricole peine à saisir. Partant de ce constat, l’Académie des sciences américaine a publié un rapport dans lequel elle formule des propositions de réforme du système statistique afin de l’adapter à ce nouveau contexte.

Le rapport comporte trois parties. La première présente les activités de la statistique agricole aux États-Unis. Elles comportent principalement le recensement exhaustif des exploitations tous les cinq ans (Census of Agriculture) et l’enquête sur la gestion des ressources agricoles (Agricultural Resource Management Survey), réalisée par sondages annuels. La deuxième partie du document explore les raisons de la complexification des entreprises agricoles : exploitations multi-sites, emploi de salariés et prestataires, origine variée des capitaux, diversification et pluri-activité, etc.

Dans la dernière partie, les auteurs formulent de nombreuses recommandations pour mieux saisir statistiquement cette complexité. Ils suggèrent d’abord de revoir la définition de l’exploitation et de distinguer l’établissement agricole, unité fonctionnelle de base, de l’entreprise agricole, laquelle peut regrouper plusieurs établissements détenus par une même personne ou société. Ils appellent également à la création d’un registre qui listerait l’ensemble des établissements et ferait apparaître leurs liens éventuels. De plus, dans la mesure où la production agricole implique aujourd’hui fréquemment des entreprises de services, les auteurs jugent nécessaire de s’intéresser de près à ces dernières. Ils suggèrent ainsi de relancer le programme de recensement des services agricoles (Census of Agricultural Services), suspendu en 1978, et d’intégrer ces entreprises dans le registre mentionné plus haut. Pour terminer, constatant que le taux de réponse aux enquêtes est d’autant plus faible que la structure de production est complexe, les auteurs recommandent de limiter autant que faire se peut le recours à des données d’enquêtes, et d'exploiter prioritairement les données administratives et commerciales disponibles.

Mickaël Hugonnet, Centre d'études et de prospective

Source : The National Academies of Science, Engineering, Medicine