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16/10/2017

Impacts du Brexit sur le secteur agricole du Royaume-Uni

Une étude publiée en août dernier par l'Agri-Food and Biosciences Institute (AFBI) analyse les effets potentiels du Brexit sur le secteur agricole du Royaume-Uni (RU), sur la base du modèle d'équilibre partiel américain FAPRI. Comme les autres modèles de ce type, il ne considère pas les interactions avec les autres secteurs de l'économie mais décrit finement celui de l'agriculture. Peu d'analyses quantitatives avaient jusqu'ici permis d'étudier les effets du Brexit sur ce secteur, alors même que les échanges de produits agricoles entre le RU et les autres pays européens représentent une part significative du commerce intra-régional.

Trois scénarios de sortie de l'Union européenne (UE) ont été testés. Le premier repose sur la signature d'un accord de libre échange entre le RU et l'UE, comme envisagé par le gouvernement britannique dans son livre blanc sur le Brexit. Sans cet accord, les deux partenaires seraient contraints de s'appliquer les droits de douane qu'ils accordent aux pays non européens (scénario 2). Le RU pourrait aussi choisir de supprimer unilatéralement les droits de douane sur les importations d'origine UE et des pays tiers (scénario 3).

Par contraste avec le premier scénario, similaire à la situation où le RU est membre de l'UE (hormis des procédures douanières plus coûteuses), les deux autres scénarios auraient des impacts significatifs sur le commerce, et donc sur le secteur agricole britannique (voir tableau ci-dessous). S'agissant du scénario 2, l'impact attendu (positif ou négatif) varie selon que le RU est importateur ou exportateur net du produit concerné. Ainsi, dans les secteurs des produits laitiers, du bœuf, du porc et de la volaille, la baisse des exportations vers l'UE serait insuffisante pour compenser celle des importations, réduisant l'offre nationale et augmentant les prix payés aux producteurs. Inversement, les prix dans le secteur ovin diminueraient. Globalement, la hausse des prix constatée dans la plupart des secteurs pourrait bénéficier aux agriculteurs, car les prix des céréales ne devraient pas augmenter. Les auteurs soulignent néanmoins les effets négatifs potentiels de cette hausse sur les consommateurs pauvres. Le scénario 3 leur serait plus bénéfique mais conduirait à une réduction des prix payés aux producteurs, ainsi qu'à celle de la production dans tous les secteurs, en particulier bovin et ovin où la concurrence internationale est forte.

Impact du Brexit sur le secteur agricole du RU selon trois scénarios (de gauche à droite) : signature d'un accord de libre-échange, suppression réciproque de toutes préférences tarifaires, libéralisation unilatérale de la part du RU

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Source : AFBI

Raphaël Beaujeu, Centre d'études et de prospective

Source : AFBI

10:27 Publié dans 2. Evaluation, Production et marchés | Lien permanent | Tags : brexit, commerce |  Imprimer | | | | |  Facebook

13/10/2017

Une analyse de la connectivité des marchés de matières premières

Depuis la crise financière de 2008, les corrélations entre les différents marchés sont apparues comme un objet de recherche important, notamment dans la compréhension des risques systémiques et de la propagation des mouvements de prix. Des chercheurs américains attachés au National Bureau of Economic Research (NBER) ont ainsi analysé, dans un document de travail publié en août, les connexions entre les principaux marchés financiers dérivés de matières premières.

Ils se sont intéressés à dix-neuf marchés dérivés, dont neuf issus de produits agricoles, en comparant leurs volatilités, calculées en prenant en compte les amplitudes des mouvements de prix journaliers, à l'aide d'un modèle de vecteur auto-régressif (VAR). Ce modèle procure des informations sur l'aspect directionnel de la connexion (transmission d'un marché vers un autre).

Les auteurs mettent ainsi en évidence que la connectivité globale de ce système de matières premières est de 40 %. Autrement dit, en moyenne, 40 % de la volatilité propre à chacun des marchés proviennent de chocs sur les autres matières premières. Il y a de larges différences entre les marchés, le produit agricole le plus connecté (juste après les produits pétroliers) étant le soja. L'analyse du réseau de corrélations qui en résulte fait ressortir des « noyaux » de corrélations, notamment entre les grains et les produits pétroliers. La position du soja (et de l'huile) au sein de ce réseau montre que sa connectivité élevée est liée à l'utilisation de l'huile de soja dans le biodiesel.

Réseau de corrélations des marchés de matières premières

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Source : NBER

Par ailleurs, l'analyse de cette connectivité sur des périodes glissantes de 150 jours met en évidence des phénomènes de corrélations et décorrélations des marchés depuis 2008, rejoignant les conclusions de travaux précédents (voir les études publiées en 2013 et 2016, commandées par le ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation), incluant dans leur analyse d'autres marchés financiers. Cette publication met donc à son tour en évidence les étroites connexions entre des produits très différents, liées à leur substituabilité mais aussi aux reports des investisseurs d'un marché à l'autre.

Jean-Noël Depeyrot, Centre d'études et de prospective

Source : National Bureau of Economic Research

Une très forte exposition aux pesticides a un impact négatif sur les naissances

Dans un article publié en août dans la revue Nature Communications, des chercheurs de l'université de Santa Barbara, aux États-Unis, analysent l'impact de l'exposition aux pesticides sur les naissances, et plus particulièrement sur le poids des nouveaux-nés, le temps de gestation et les anomalies chromosomiques ou de structure, dans la vallée de San Joaquin, en Californie. Dans cette région agricole, la plus productive de l'État, les agriculteurs cultivent des fruits et légumes et des noix à forte valeur ajoutée, ces cultures étant toutefois très consommatrices de main-d’œuvre et d'intrants chimiques. Les auteurs ont mobilisé deux bases de données distinctes :

- celle sur l'utilisation de pesticides, en kilogrammes de substance active appliqués par zone du système de cadastre américain (2,6 km² ou 1 mile2), produite par le département californien de régulation des pesticides pour la période 1996-2012 ;

- les données du fichier statistique californien des naissances sur 1997-2011.

Au total, 137 210 naissances ont été incluses dans l'analyse.

Les données montrent que l'utilisation de pesticides dans la vallée de San Joaquin suit une distribution très asymétrique (première figure ci-dessous) et est très variable d'une année sur l'autre (seconde figure). Ainsi, 50 % des femmes enceintes n'ont pas du tout été exposées aux pesticides, mais 5 % d'entre elles (respectivement 1 %) l'ont été avec des applications supérieures à 4 000 kg/mile2 (respectivement 11 000 kg/mile2).

Distribution de l'usage annuel de substance active de pesticides par section de 2,6 km²

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Source : Nature Communications

Distribution spatiale (a) et écart-type inter-annuel (b) de l'usage de pesticides dans la vallée de San Joaquin

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Source : Nature Communications

Les auteurs ont alors divisé leur échantillon en deux sous-groupes : les 5 % de femmes localisées dans les zones de fortes utilisations des produits phytosanitaires, et les autres. En comparant le premier groupe au second, ils montrent que, lorsque les femmes enceintes sont fortement exposées aux pesticides, le poids de l'enfant à la naissance est statistiquement inférieur de 0,4 %, la probabilité de naissance prématurée est supérieure de 8 % et la probabilité d'une anomalie est supérieure de 9 %. Pour les auteurs, ces résultats suggèrent que des politiques publiques visant les populations localisées dans des zones d'importantes utilisation de produits phytosanitaires pourraient limiter efficacement les problèmes des nouveaux-nés qui leur sont liés.

Estelle Midler, Centre d’études et de prospective

Source : Nature Communications

12/10/2017

Une nouvelle étude sur l'effet cocktail des perturbateurs endocriniens

Un article publié dans la revue Environmental Health Perspectives étudie la perturbation endocrinienne androgénique en lien avec des mélanges de certaines substances chimiques. L'équipe de chercheurs inclut des membres de l'Inserm, du centre hospitalier universitaire de Rennes, de l’École des hautes études en santé publique (EHESP) et de l'Institute of Environment, Health and Societies.

L'expérimentation a porté notamment sur le maintien de la capacité des tissus à synthétiser la testostérone en cas d'exposition aux mélanges. Des tissus testiculaires humains, issus de fœtus du 1er trimestre de grossesse ont été utilisés. Ce type de tissus cultivés in vitro (FEGA pour FEtal Gonad Assay) conserve les caractéristiques androgéniques de l'organe. Les chercheurs ont sélectionné 11 substances chimiques parmi 27 courantes auxquelles les femmes enceintes peuvent ou pouvaient être exposées, incluant des pesticides utilisés en agriculture (chlordecone, imazalil, prochloraz, bitertanol, propiconazole), des médicaments (ketoconazole, acide valproïque, clomiphene, théophylline) et des produits utilisés industriellement (bisphénol A et S). Ces onze substances ont, seules, un effet plus ou moins prononcé de perturbation androgénique. Quatre mélanges différents ont été utilisés, deux comportant quatre composants et deux autres comportant huit composants. Le bisphénol A était inclus dans tous les mélanges.

Le calcul des effets potentiels des mélanges a été effectué d'après le modèle mathématique dit de Dose Additivity (DA), un des modèles de référence utilisés pour mesurer les effets des combinaisons de médicaments. L'incertitude statistique relative à l'effet toxique prédictif a été estimée avec la méthode de Boostrap à un intervalle de confiance de 95 %. Les auteurs ont ainsi mis en évidence un rapport de 1 à 10 000 entre l'effet d'une substance isolée et celui des mélanges, les mélanges comportant 8 molécules étant sensiblement plus actifs que les autres. Ainsi, l'effet androgène était augmenté, y compris quand les substances se trouvaient à des concentrations qui n’auraient pas occasionné d'effet isolément. Si des publications (notamment un rapport publié par l'OMS en 2013 et un article publié dans Environmental Health Perspectives en 2007) avaient déjà signalé les risques potentiels des effets cocktail, cette étude apporte des éléments d'intérêt pour l'évaluation de l’impact du risque associé aux mélanges et pour l'amélioration du modèle de prédiction.

Madeleine Lesage, Centre d'études et de prospective

Source : Environmental Health Perspective

10:18 Publié dans Santé et risques sanitaires | Lien permanent | Tags : perturbateurs endocriniens, effet cocktail |  Imprimer | | | | |  Facebook

Modélisation de deux scénarios alternatifs pour la PAC 2030, entre compétitivité du marché et durabilité

Dans un document de travail publié sur le site du GTAP, des chercheurs du Joint research centre de la Commission européenne, de l'université de Wageningen et de l'Aragonese Agency for Research and Development livrent leurs simulations sur la PAC post-2020 à l'aide du Modular Applied GeNeral Equilibrium Tool (MAGNET), un modèle d'équilibre général calculable représentant l'agriculture et l'agroalimentaire européens. Son paramétrage a été amélioré pour représenter de façon très détaillée les aides de la PAC, notamment les élasticités de l'utilisation des terres, les facteurs de couplage du premier pilier, l'impact des dépenses du deuxième pilier sur la productivité des facteurs et la fin des quotas sucrier et laitier.

Par rapport à un scénario de référence où la situation actuelle est maintenue à l'horizon 2030, deux visions futures diamétralement opposées de la PAC sont testées. Un premier scénario, « compétitivité du marché », met l'accent sur une agriculture à faible coût et compétitive dans un monde ouvert, avec une PAC très réduite, dépourvue notamment de paiements directs et couplés, et une libéralisation accrue. Le second scénario, « durabilité compétitive », insiste sur l'utilisation durable des ressources et la fourniture de biens publics, en réduisant les paiements de base au profit du développement rural, des zones à forte valeur naturelle ou défavorisées et des soutiens couplés à la fourniture d'un bien public. Un scénario de « suppression de la PAC » est testé comme une extension du scénario « marché ». Il amplifie largement les résultats de ce dernier.

Les principaux résultats sont analysés en écart par rapport au scénario de référence. Le scénario « marché » induirait un gain global de « bien-être » de 18,4 milliards d'euros (au niveau de l'efficience allocative, des effets de la technologie et des termes de l'échange), tandis que le scénario « durable » le réduirait de 2,6 milliards. La production agricole serait en baisse de près de 1 % pour les deux scenarii, les prix agricoles augmentant respectivement de 2,9 % pour le premier et de 2,6 % pour le second. Le loyer du foncier serait en baisse pour le scénario « marché » et en hausse pour le « durable » du fait de la capitalisation des aides dans les terres. L'évolution de l'emploi agricole résulterait surtout des variations des aides du premier pilier et serait donc plus prononcée (-4,5 %) pour le premier scénario que pour le second (-1,8 %). Les émissions de gaz à effet de serre se réduiraient respectivement de 1,9 et 2,6 %, ici encore tirées par les changements du premier pilier. Les autres effets environnementaux et la fourniture de biens publics ne sont que partiellement pris en compte dans le modèle.

Décomposition des déterminants de l'emploi dans le secteur agricole en 2030 (% de changements, scénarios versus référence)

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Source : JRC – université de Wageningen

José Ramanantsoa, Centre d'études et de prospective

Source : Centre de ressources GTAP, université de Purdue

10:15 Publié dans 1. Prospective, 4. Politiques publiques, PAC | Lien permanent | Tags : pac, modélisation, gtap |  Imprimer | | | | |  Facebook

11/10/2017

Transitions des systèmes alimentaires à l'horizon 2030 : un document d'orientation stratégique de l'université de Wageningen

Dans un document d'orientation stratégique présenté récemment, l'université de Wageningen expose sa vision des systèmes alimentaires à l'horizon 2030, et propose une approche structurée et intégrée pour assurer les transitions nécessaires pour y parvenir.

Le document d'orientation reprend à son compte les quatre grands objectifs à surmonter pour aboutir à des systèmes alimentaires durables et de haute qualité, identifiés en 2016 à l'occasion de la conférence européenne de haut niveau sur l'alimentation 2030 : nutrition assurant des régimes alimentaires durables et sains, systèmes alimentaires « intelligents » et respectueux de l'environnement, circularité et efficacité de l'utilisation des ressources, innovation et autonomisation des communautés. Les auteurs excluent d'emblée deux réponses, considérées comme illusoires : d'une part le retour aux modèles du passé, d'autre part le recours à une solution « miracle » et uniforme, qui nierait les spécificités des conditions agricoles et alimentaires locales.

L'approche proposée repose sur une matrice croisant chacun de ces quatre objectifs avec huit champs de recherches scientifiques, considérés comme particulièrement pertinents : productions animales et végétales « intelligentes », techniques agronomiques de demain, croissance bleue (meilleure utilisation des ressources en eau douce et marine), production durable de protéines, innovations dans la production et la transformation des aliments post-récolte, utilisation du numérique, pratiques sociales en matière d'alimentation, santé et sécurité alimentaire. Sur la base de cette matrice, le document d'orientation développe, pour chacun des quatre grands objectifs, les principales pistes de recherche.

Systèmes alimentaires 2030 : croisement des défis et des champs de recherche apportant des solutions

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Source : université de Wageningen

Pour les auteurs, l'Europe a un rôle particulier à jouer pour surmonter ces défis, de par la sensibilité de ses citoyens aux questions alimentaires, ses capacités scientifiques et techniques, et sa gouvernance en matière d'environnement et de ressources naturelles. Au-delà de l'importance d'une approche multidisciplinaire, le document souligne également la nécessité d'une bonne coordination des acteurs des systèmes alimentaires pour gérer et réussir les transitions désirées.

Julien Hardelin, Centre d'études et de prospective

Source : université de Wageningen

10:13 Publié dans 1. Prospective | Lien permanent | Tags : systèmes alimentaires, 2030, wageningen |  Imprimer | | | | |  Facebook

« La caméra explore les champs » de la région Centre-Val de Loire

Le numéro de septembre d’Études Rurales, intitulé « La caméra explore les champs », se penche sur la représentation audiovisuelle de la société rurale, s'appuyant sur une série d'analyses de films ethnographiques à dimension sociale ou historique. La sociologue-anthropologue Nadine Michau y éclaire, dans un article analytique, son documentaire « Quel chemin on emprunte ? » sur les mutations agricoles du début du XXIe siècle dans la région Centre-Val de Loire. Ce film fait suite à l'enquête sociologique SOPHY (Conditions d’acceptabilité des changements de pratiques agricoles) menée par le laboratoire Citeres (Cités, territoires environnement et sociétés) et le CNRS-Université François-Rabelais-Tours entre 2011 et 2014, enquête à laquelle la réalisatrice a contribué.

« Quel chemin on emprunte ? » part ainsi de l'interrogation d'un céréalier quant à ses choix de pratiques culturales et son positionnement idéologique, dans un contexte de mutations technologique et économique de l'agriculture, et sous un contrôle citoyen omniprésent. Cinq profils sociaux d'agriculteurs, comme autant de réponses à cette question, sont distingués dans l'enquête SOPHY qui s'appuie sur les critères de conduite d'exploitation (méthodes conventionnelles, raisonnées et biologiques) et de perception par l'agriculteur de son environnement institutionnel et professionnel. Par des entretiens filmés avec des exploitants, N. Michau illustre chacun de ces profils.

Dans l’analyse de son film proposée dans Études Rurales, la réalisatrice critique le support filmographique et le « pouvoir de censure » qu’impose implicitement la caméra. Elle souligne ainsi le décalage entre les propos rapportés lors des entretiens et la réalité. En effet, souffrant de leur image médiatique de « pollueurs aux pratiques intensives », les agriculteurs interrogés mesurent l’image qu’ils offrent au public à travers ce documentaire. Cependant, l’enquête filmée reste, d’après l'auteure, un instrument de reconnaissance et de légitimation pour les exploitants agricoles à la recherche de modes d’expression plus directs auprès des citoyens. Enfin, diffusé aux institutions intéressées, « Quel chemin on emprunte ? » est également un outil intéressant d'investigation et un support de réflexion sociologique sur le métier d’agriculteur.

Capture d'écran du documentaire « Quel chemin on emprunte ? »

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Source : université de Tours

Armelle Huille, Centre d'études et de prospective

Sources : Études rurales, université de Tours

10/10/2017

Le miel. Enquête sur le nouvel or jaune, François Roche, Béatrice Mathieu

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Que disent les préjugés dominants ? Que les abeilles sont ancestrales, gentilles, sociables, infatigables travailleuses et amies des Hommes. Que l'apiculture est authentique, en symbiose avec la nature, artisanale, locale, et d'autant plus estimable qu'elle pause dorénavant ses ruches en centre-ville. Que le miel est doux, pur, sain, plein de vertus thérapeutiques, surtout s'il sort d'un joli pot acheté sous le soleil d'un petit marché lors des dernières vacances d'été.

Cette vision idyllique, décrite par les auteurs (tous deux journalistes) en début d'ouvrage, s'écroule au fil de leur enquête. Aujourd'hui, la ruche est mondialisée, installée au cœur d'un village planétaire. Le produit « terroir » est devenu une « commodité » agricole qui s'échange sur les marchés internationaux dans des barils en métal de 300 kg. La Chine est devenue le premier producteur (500 000 t, doublement en quinze ans), ce qui lui permet de casser les prix. Suivent l'Union européenne (260 000 t), la Turquie, l'Argentine, l'Ukraine, la Russie, l'Inde, le Mexique, les États-Unis et l'Éthiopie. Le port de Hambourg est un des centres névralgiques de ce négoce. En France, en 2014, le miel est à 73 % distribué par des circuits longs, à commencer par les grandes surfaces (56 %), et sur les 40 000 t consommées, un quart seulement est produit chez nous. Plus étonnant encore, sur les 9 550 t écoulées en vente directe, près de la moitié est constituée de miels importés...

Mais les chiffres réservent d'autres surprises. Ainsi, les exportations de miel asiatique (Chine, Vietnam, Thaïlande, Inde) ont augmenté de 200 % entre 2007 et 2015, avec seulement 13 % de ruches supplémentaires ! À l'échelle mondiale, des contradictions similaires apparaissent, avec 1,9 million de tonnes produites en 2015, à savoir une progression de 60 % en quinze ans, pour un nombre de ruches croissant bien plus lentement.

Comment expliquer ces décalages ? À l'évidence, tous les miels ne sont pas du miel, qu'ils soient édulcorés par incorporation de sucre ou d'eau, chauffés à des températures excessives pour rester liquides, ou élaborés par synthèse de glucose et de fructose avec ajouts de colorants, additifs et pollens. Les auteurs insistent sur la multiplication des circuits commerciaux opaques, sur les nombreuses tromperies sur l'origine et la nature des produits, d'autant plus aisées que la traçabilité est, en la matière, difficile. En 2013, une enquête de la DGCCRF sur 138 miels « premier prix » a montré que 69 seulement étaient conformes à la réglementation. Mais il serait faut de croire que la globalisation des échanges est seule responsable : elle n'a fait qu'étendre et perfectionner des fraudes vieilles comme le monde.

Bruno Hérault, Centre d'études et de prospective

Lien : Éditions François Bourin

10:07 Publié dans Mondialisation et international, Production et marchés | Lien permanent | Tags : miel, mondialisation |  Imprimer | | | | |  Facebook

Le véganisme, Valéry Giroux, Renan Larue

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Dans ce court essai, V. Giroux et R. Larue proposent une « conception du véganisme comme mouvement de justice sociale visant à terme la libération des animaux du joug humain ». Mobilisant de nombreuses analyses, les auteurs dressent un tour d'horizon intéressant, malgré des argumentations parfois rapides, d'une thématique de plus en plus médiatisée.

L'histoire des idées dressée est ainsi éclairante quant aux sources du véganisme et aux différents courants et tensions qui le traversent : partant des penseurs grecs (orphiques, pythagoriciens) considérés comme des précurseurs dans l'histoire occidentale, les auteurs s'attachent ensuite à l'histoire récente, depuis le début du XIXe siècle (premières communautés véganes aux États-Unis et en France, fondation de la Vegetarian Society en 1847 puis de la Vegan Society dans les années 1940), jusqu'à la constitution de l'éthique animale comme branche de la philosophie morale dans les années 1970. Ils détaillent ainsi les travaux sur la sensibilité animale, les obligations morales qui en découlent, l'égalité animale ou encore la question des droits (négatifs et/ou positifs) à accorder aux animaux.

Le chapitre consacré aux véganes mobilise des données issues notamment de travaux sociologiques (peu nombreux), d'enquêtes d'opinion, de recherches en psychologie. Il met en lumière le rôle important joué par Internet dans le développement et la consolidation d'une « communauté végane » : diffusion d'informations, création d'une culture commune. S'il est difficile d'en dresser un portrait-type, les véganes partagent des traits communs et constituent en cela, pour les auteurs, un « véritable mouvement social » : plus empathiques que la moyenne et plus méfiants vis-à-vis des conservatismes ; plus intéressés aux questions d'environnement, d'équité sociale, de justice intergénérationnelle, d'éthique animale ; partageant l'expérience de la végéphobie et le souhait de voir abolie l'exploitation des animaux.

Le dernier chapitre, « Vers la libération animale », s'intéresse aux objections adressées par certains acteurs aux activistes du véganisme (choix personnels et individuels qui ont du mal à déboucher sur la constitution d'une cause collective et politique). Il fait également état des travaux sur la consommation « éthique » et l'« activisme politique de la consommation ». In fine, la conception du véganisme proposée présente, selon les auteurs, plusieurs avantages : une politique du quotidien, un mouvement social, un projet de justice globale.

Julia Gassie, Centre d'études et de prospective

Lien : PUF

10:05 Publié dans Alimentation et consommation, Société | Lien permanent | Tags : véganisme, larue, giroux |  Imprimer | | | | |  Facebook

09/10/2017

Histoires extraordinaires des matières premières, Alessandro Giraudo

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Il y a au moins deux manières de raconter l'histoire. D'abord en construisant des modèles, en analysant des systèmes globaux, en décrivant les grandes tendances à l’œuvre, indépendamment des singularités vécues. Mais on peut aussi partir des hommes, et décrire leurs manière d'agir et de penser, au plus près des vies et des expériences quotidiennes. Cette deuxième approche inspire ce livre, dû au chef économiste du groupe international Viel Tradition.

En 40 courts chapitres, dédiés chacun à une matière première, il montre qu'en tous lieux et toutes époques a dominé le besoin de contrôler ces ressources essentielles à la survie. Elles sont à l'origine des échanges marchands et des circuits de transport, du développement économique et des bourgeoisies commerciales. Et combien de risques n'a-t-on pas pris, en galère ou sur terre, de petites en grandes découvertes, pour s'octroyer des monopoles d'approvisionnement !

Les produits agricoles et alimentaires occupent une large place dans l'ouvrage : sel, épices, blé, sucre de canne, cacao, maïs, pomme de terre, tabac, thé, café, noix de muscade, goémon, soja, bois, etc. Les épices, seules, ont représenté environ un tiers du commerce mondial pendant de nombreux siècles. Mais cette stabilité est rare. Le plus souvent, les denrées essentielles à une époque cèdent ensuite la place à d'autres, au gré des goûts et des habitudes, des progrès techniques, des déséquilibres économiques, des guerres et des conquêtes.

Si chaque chapitre n'est qu'une petite pièce du grand puzzle de la mondialisation, quelques régularités se dégagent lorsque l'on prend du recul. Premièrement, cette mondialisation est plus précoce qu'on ne le croit habituellement. Deuxièmement, la « malédiction des matières premières », et la corruption qui l'accompagne, sont des constantes historiques. En troisième lieu, l'agriculture n'a jamais été seulement alimentaire, mais toujours multifonctionnelle et pourvoyeuse de biens diversifiés. De plus, les denrées ont toujours été échangées contre des commodités non- alimentaires. Enfin, avant de fournir des produits bons à consommer, de nombreuses espèces végétales ont d'abord été bonnes pour soigner, leurs propriétés pharmacologiques s'affirmant avant leurs qualités gustatives : pour Avicenne, au XIe siècle, le café est un remède ; le tabac est fumé, au XVIe siècle, pour traiter diverses maladies ; la diffusion européenne du sucre, à partir de Bruges et Anvers, puis Venise, se fait auprès de populations qui le considèrent comme un médicament, etc.

Bruno Hérault, Centre d'études et de prospective

Lien : Éditions François Bourin

L'Empresa Brasileira de Pesquisa Agropecuária (Embrapa) - Entreprise Brésilienne de Recherche Agricole

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Fondée en 1973, l'Entreprise Brésilienne de Recherche Agricole (Embrapa) est un organisme rattaché au ministère de l'Agriculture, de l’Élevage et de l'Alimentation, et fait partie du Système National de Recherche Agricole (SNPA). Elle conduit des actions de recherche, développement, transfert de technologie, communication et développement institutionnel. Organisée en différentes unités (17 centrales et 62 décentralisées), l'Embrapa dispose d'un budget de 62 millions de Réals (16,8 millions d'euros) et emploie près de 9 900 agents, dont environ 2 400 chercheurs. Son action est déclinée en six programmes : pilotage de projets scientifiques de haut niveau, pluri-disciplinaires et multi-partenariaux ; compétitivité et durabilité sectorielles ; soutien au développement de l'agriculture familiale et à la durabilité de l'environnement rural ; etc. Elle consacre le programme « Embrapa et École » à la vulgarisation des connaissances pour les enfants et adolescents, et participe à l'élaboration et à l'exécution de politiques gouvernementales (réduction des émissions de gaz à effet de serre par exemple). Par ailleurs, elle tisse des partenariats internationaux en contribuant au Programme de coopération technique du gouvernement brésilien, notamment par le transfert technologique dans des régions d'agriculture tropicale.

L'Embrapa dispose d'un système d’intelligence stratégique, Agropensa, destiné à appuyer la définition de la stratégie de recherche, développement et innovation de l'institution et de ses partenaires. Il assure une identification et un suivi de tendances, et appuie l'organisation, l'intégration et la diffusion des bases de données et d'informations agricoles. Il réalise des études prospectives, dont la première, Visão 2014–2034: o futuro do desenvolvimento tecnológico da agricultura brasileira, est le fruit du travail collectif de plus de 200 personnes (Embrapa, autres institutions nationales et internationales, représentants des chaînes productives nationales).

Les publications de l'Embrapa traitent, entre autres, d'agro-écologie et de production biologique, d'agroforesterie, de biocarburants. On peut ainsi citer un rapport de juillet 2017 présentant quatre scénarios sur l'augmentation de la part du biodiesel dans la matrice énergétique brésilienne d'ici 2030. Enfin, l'organisme édite quatre revues à comité éditorial (Cadernos de Ciência & Tecnologia, Pesquisa Agropecuária Brasileira, Pesquisa Florestal Brasileira et Revista de Política Agrícola) et une revue de vulgarisation (Ciência para a vida).

Hugo Berman, Centre d'études et de prospective

Source : Embrapa

09:49 Publié dans Enseignement et recherche, Mondialisation et international | Lien permanent | Tags : embrapa, portrait |  Imprimer | | | | |  Facebook

Open science et base de données

L'IIASA a publié dans Scientific data, un journal dédié aux bases de données et à l'Open science, trois articles sur des jeux de données en partie libres d'accès sur la plate-forme Geo-Wiki : structure de la biomasse forestière en Eurasie, occupation et utilisation des terres et terres cultivées à l'échelle mondiale.

Ainsi, la carte ci-dessous, sur les terres cultivées, est le fruit d'une campagne participative de 3 semaines. Les 80 contributeurs ont interprété environ 36 000 images satellites, chacune d'elles étant découpée en 25 cellules. Le participant devait alors spécifier celles avec plus de 50 % de terres agricoles cultivées. Un contrôle qualité était intégré au processus : des images préalablement expertisées étaient soumises de façon régulière aux contributeurs ; au total, toutes les images étaient validées entre 4 et 7 fois. Les 30 premiers participants (classement réalisé à partir du contrôle qualité) pouvaient alors choisir entre être co-auteur de la publication ou recevoir un bon d'achat allant de 50 à 750 euros sur Amazon.

Pourcentage moyen de terres cultivées au niveau mondial, carte établie à partir de la campagne participative

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Source : Scientific data

Sources : IIASA, Scientific data

06/10/2017

Certaines espèces sauvages contribuent à la diminution de maladies zoonotiques vectorielles

Un article publié dans les Proceedings of the Royal Society s'intéresse au rôle des prédateurs dans le risque de maladie transmise par les tiques. En effet, les prédateurs peuvent théoriquement réduire la densité des nymphes infectées avec différents agents pathogènes, diminuant ainsi ce risque. L'étude a porté sur 20 parcelles forestières aux Pays-Bas. Les résultats montrent que la charge larvaire sur deux espèces de rongeurs diminue en présence de deux espèces prédatrices, ce qui traduit la capacité de ces dernières à réduire le nombre de tiques alimentées par des hôtes-réservoirs. Ceci suggère que les populations de prédateurs ont des effets en cascade sur le risque de maladie transmise par les tiques. Ce phénomène avait déjà été signalé par une étude de 2012, qui établissait un parallèle entre l’augmentation des populations de cerfs et la recrudescence de cas de maladie de Lyme aux États-Unis.

Source : Proceedings of the Royal Society B Biological Sciences

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Des biocapteurs pour détecter la fraude à la viande de cheval

Science Daily a rapporté, en septembre 2017, le résultat d'une publication de l'université Complusente de Madrid, datant de juillet 2017, sur la création de biocapteurs électriques permettant de détecter la viande de cheval dissimulée dans la viande bovine. Le processus de détection de cellules équines repose sur la spécificité d'un fragment d'ADN mitochondrial de l'espèce équine. Le diagnostic, établi en moins d'une heure, présente une précision telle que les capteurs peuvent faire la distinction entre les races de cheval. Des réflexions sur son application à d'autres espèces sont en cours.

Cette innovation permet de contrôler finement la composition de la viande, en captant une proportion de 0,5 % de viande équine, seuil fixé par la Commission européenne. Elle est ainsi un moyen de lutte précis et efficace contre la fraude et la dissimulation de viande de cheval dans de la viande étiquetée 100 % bovine.

Principe schématisé des biocapteurs de viande de cheval

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Source : Analytical Chemistry

Sources : Science DailyAnalytical Chemistry

 

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La baisse du nombre d'agriculteurs explique la diminution du nombre d'indépendants depuis 1984

En dépit des évolutions observées avec l'apparition de nouvelles formes d'emploi, les statuts d'emploi restent fortement liés aux métiers exercés et au niveau de qualification. Ce sont les conclusions d'une analyse publiée en septembre par France Stratégie, exploitant les enquêtes « Emploi » de la Dares sur la période 1982-2014.

Ainsi, si le métier d'agriculteur s'exerce toujours majoritairement en indépendant (73 %), la part du salariat y a doublé en trente ans, une évolution similaire à celle observée dans la plupart des professions pratiquées traditionnellement sous ce statut (y compris les professions libérales). Les salariés y sont de plus en plus souvent recrutés sur la base des contrats à durée limitée (CDD, contrats d'usage, etc.).

Positionnement des différents métiers selon le taux de croissance annuel moyen des effectifs salariés et non-salariés entre 1984 et 2014

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Source : France Stratégie

À l'inverse, la relation d'emploi dans les industries de process, parmi lesquelles les IAA, reste majoritairement sous CDI, malgré la progression de l’intérim auquel elles ont recours en variable d'ajustement.

Source : France Stratégie

09:33 Publié dans Agriculteurs, Société, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : france stratégie, indépendant, salariat, iaa |  Imprimer | | | | |  Facebook