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16/01/2017

Former les jeunes pour agir sur les familles : en mesurer l'impact

Quel impact la formation agricole des jeunes peut-elle avoir sur leur entourage ? C'est ce qu'une évaluation originale, publiée par la Fondazione Eni Enrico Mattei, a tenté de mesurer dans le cadre du programme scolaire d'école d'agriculture de terrain, implanté dans le nord de l'Ouganda après deux décennies de guerre civile.

Si le concept « d'école d'agriculture de terrain » (ou champ-école des producteurs selon l'appellation de la FAO) s'est largement diffusé en Asie du Sud-Est puis, plus récemment, en Afrique, les programmes s'adressent plus rarement aux enfants. S'appuyant sur l'hypothèse que cette cible constitue un levier important de diffusion des connaissances au sein des populations rurales, ces programmes sont de plus en plus utilisés auprès d'élèves. Peu d'évaluations ont toutefois été menées jusqu'à présent, notamment sur la diffusion des savoirs et des techniques auprès de l'entourage, afin de mesurer la réalité de ce postulat. L'impact sur l'entourage familial est un domaine où l'expérimentation peut apporter des éléments concrets pour étayer les hypothèses mises en avant dans ce type de programme de développement.

L'évaluation exposée dans ce document de travail est donc originale, à la fois par le type d'impacts qu'elle cherche à mesurer (compétences acquises par les élèves et adoption des techniques par leur entourage), mais aussi par la méthode mise en œuvre. Elle couvre à la fois les techniques agricoles et l'évolution des pratiques alimentaires. À cet effet, les auteurs se sont appuyés sur le suivi de deux échantillons d'élèves (30 élèves par école sur 2 groupes d'écoles réparties dans deux cantons, soit au total 600 élèves) : l'un bénéficiait du programme, l'autre non. Les élèves retenus dans les deux configurations ont des caractéristiques similaires et n'avaient jamais bénéficié d'un enseignement dans les matières agricole et alimentaire.

L'étude démontre la présence d'effets retours sur les familles, à la fois par une meilleure maîtrise des techniques agricoles et par l'amélioration des régimes alimentaires (diversification notamment). A contrario, et de manière plus inattendue, l'adoption d'innovations par les jeunes ou leur famille n'est pas facilitée par ces programmes à court terme, horizon d'analyse retenu dans le cadre de cette étude.

Muriel Mahé, Centre d’études et de prospective

Source : Fondazione Eni Enrico Mattei

09:35 Publié dans Développement, Enseignement et recherche | Lien permanent | Tags : école d'agriculture de terrain, ouganda |  Imprimer | | | | |  Facebook

13/01/2017

Retour sur 10 ans d'activités du Programme national de recherche Environnement-Santé-Travail

En novembre 2016, l'Anses a publié un numéro spécial des Cahiers de la recherche à l'occasion des dix ans du Programme National de Recherche Environnement-Santé-Travail. Ce programme répond à une « ambition triple » : « contribuer à soutenir la recherche en amont de l'évaluation de risque », « sensibiliser les communautés scientifiques à la production de données utiles aux différentes phases de l'analyse du risque sanitaire et rapprocher recherche et expertise scientifique », et « contribuer à structurer la recherche ». La question du risque y est abordée de différentes façons, via l'« agent agresseur », la population cible et l'effet, avec la mise en œuvre d'approches et de méthodes variées (épidémiologie, sciences humaines et sociales, etc.). Depuis sa mise en place en 2006, ce programme a soutenu 356 projets pour un montant de 47,8 millions d'euros.

Ce numéro présente dans un premier temps le programme, mettant en avant les domaines d'intérêt majeur, dont les pesticides et perturbateurs endocriniens, les expositions in utero aux produits phytosanitaires et aux substances génotoxiques et neurotoxiques, les expositions professionnelles. Ce dernier point est inclus dans 23 % des projets soutenus, les agriculteurs faisant partie des deux populations les plus étudiées.

Dans un second temps, sont abordées plusieurs thématiques qui permettent d'illustrer, au travers de 75 exemples, les questionnements et connaissances produites. Pour la thématique des « personnes vulnérables », on peut notamment retenir les apports de trois projets :

- une étude de faisabilité sur l'exposition fœtale aux polluants alimentaires, ayant apporté la preuve de concept de « l'effet cocktail » suite à l'observation d'effets métaboliques adverses en réponse à une exposition à un mélange de polluants (chacun présent à une dose supposée sans effet pour l'homme) ;

- un projet en cours sur l'exposition maternelle aux pesticides, qui s'appuie sur la cohorte mère-enfant ELFE ;

- une étude de faisabilité sur l'exposition des enfants aux pesticides en Gironde, évaluant son impact sur la santé respiratoire et allergique.

Sur les « expositions professionnelles », d'autres projets intéressent le domaine agricole : la caractérisation des bioaérosols d'origine fongique, la tolérance et les effets toxiques des poussières de blé chez les céréaliers, les psittacoses en milieu professionnel avicole, ou encore la santé au travail à l'épreuve des risques émergents.

Madeleine Lesage, Julia Gassie, Centre d'études et de prospective

Source : Anses

09:33 Publié dans Enseignement et recherche, Santé et risques sanitaires | Lien permanent | Tags : pnr-est, anses |  Imprimer | | | | |  Facebook

L'International Center for Trade and Sustainable Development (ICTSD)

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L'ICTSD est une organisation internationale à but non lucratif, fondée en 1996 et basée à Genève. Elle est financée, pour la période 2012-2014, par une multitude de donateurs : le département pour le Développement International du Royaume-Uni, les ministères des Affaires étrangères du Danemark, de la Norvège, de la Finlande, des Pays-Bas et de la Suède ainsi que les agences de coopération pour le développement de ces deux derniers pays ; le secrétariat d’État suisse pour les affaires économiques ; le gouvernent australien. Le Centre s'appuie sur un personnel permanent d'une soixantaine de personnes.

Son rôle est de promouvoir un développement viable et durable grâce aux politiques commerciales. Pour cela, l'ICTSD se concentre sur trois axes de travail : 1) la gouvernance (globale et régionale) et les règles commerciales qui en découlent, 2) l'énergie et l'agriculture comme secteurs essentiels du développement, et 3) des problématiques transversales comme l'innovation et l'environnement.

Afin d'alimenter le dialogue politique, l'ICTSD anime un réseau mondial d'experts affiliés à d'autres centres de recherche nationaux, organisations internationales ou du secteur privé. Il constitue une plate-forme de discussion, en publiant les documents scientifiques de ses membres, ainsi qu'en organisant de nombreux événements pour mettre autour de la table les chercheurs, la société civile et les décideurs.

En ce qui concerne l'agriculture, l'institution développe des recherches sur le commerce et sa capacité à réduire les risques d'insécurité alimentaire. Avec une dizaine de publications annuelles, l'ICTSD évalue les politiques agricoles nationales (Farm Bill aux États-Unis) et internationales (Conférence de l'OMC à Nairobi en 2015), afin de dégager les tendances à l’œuvre dans les négociations et les perspectives pour les échanges de produits agricoles. Au titre des publications récentes, citons par exemple un document de recherche traitant de l'importance des stocks publics dans la régulation des marchés. On peut également mentionner une publication comparant les clauses de sauvegarde dans les récents accords commerciaux, traitant en particulier des secteurs agricoles et forestiers (voir à ce sujet un autre billet sur ce blog).

Barthélemy Lanos, Centre d'études et de prospective

Lien : ICTSD

12/01/2017

Méta-analyse des effets de l'augmentation de température sur l'activité de sols

S'appuyant sur 27 études englobant 9 biomes (vaste région biogéographique s’étendant sous un même climat), un collectif de chercheurs a regardé les effets d'un réchauffement « expérimental » sur la respiration des sols. Ils montrent que cette dernière augmente avec la température jusqu'à 25°C, puis le rythme de la respiration décroît pour des températures plus élevées (fonction gaussienne – hors déserts). Par ailleurs, ce travail montre peu de différences entre les contrôles et les parcelles soumises au réchauffement. Les auteurs concluent que l'exposition à une température plus élevée ne modifie pas l'activité des sols (preuve limitée d'acclimatation), hormis dans les déserts et les forêts boréales.

Source : Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America

09:28 Publié dans Climat, Enseignement et recherche | Lien permanent | Tags : sols, température, pnas |  Imprimer | | | | |  Facebook

11/01/2017

Apprentissage : une dynamique positive dans les entreprises agricoles et alimentaires

Plus d'apprentis en 2015 dans l'agriculture et l'agroalimentaire : c'est le constat qui peut être tiré du bilan de l'apprentissage diffusé en décembre par la Dares (ministère du Travail). Dans ces deux secteurs, contrairement à la tendance générale à l'érosion observée au cours des dernières années, l'intégration d'apprentis a même progressé de plus de 10 % depuis 2012.

Dans l'agroalimentaire, la mise en place d'un dispositif d'aide à l'embauche de jeunes apprentis par les très petites entreprises (moins de 11 salariés) a notamment conduit à la hausse des embauches de mineurs sans titre professionnel ni diplôme. Ils représentent ainsi 81 % des apprentis du secteur.

Dernier enseignement, la plupart des apprentis dans les entreprises des secteurs agricole et agroalimentaire sont en formation dans le domaine de la production : 96 % pour l'agriculture et à 80 % pour l'industrie.

Source : Dares

09:25 Publié dans Enseignement et recherche | Lien permanent | Tags : apprentissage |  Imprimer | | | | |  Facebook

13/12/2016

Savoirs multi-référencés : la formation à l'épreuve des controverses

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La mise en œuvre de la transition écologique s'appuie sur la formation comme moyen d'acquérir ou de développer les compétences idoines, tant pour les futurs professionnels (enseignement professionnel initial) que pour les actifs (formation continue). Les « compétences vertes » sont actuellement au cœur des préoccupations en matière de politique de formation et d'emploi : la revue Formation emploi du Céreq y consacre son dernier numéro.

L'un des articles dresse un premier bilan de la mise en œuvre de la politique agro-écologique dans les lycées agricoles : comment se traduisent concrètement, sur le terrain, les nouvelles dispositions relatives au « produire autrement » ? Comment se confrontent les discours et les pratiques, au cours de la formation initiale d'élèves en bac professionnel, que ce soit au sein du lycée ou dans le cadre des stages ?

Prenant appui sur des enquêtes de terrain auprès des enseignants, des tuteurs et des élèves, à la fois dans les classes, les exploitations agricoles des lycées et à l'occasion des stages, la recherche présentée s'intéresse à la traduction de l'injonction de réduction de l'utilisation des pesticides, au sein du système de formation : conduisant à des ruptures conceptuelles et techniques par rapport aux pratiques conventionnelles en grandes cultures, « produire autrement » interroge ainsi en profondeur les pédagogies mises en œuvre, mais également les interactions entre les lycées agricoles (et les lycéens) et leur environnement (familles et professionnels).

Demandant à l'agriculteur en devenir de s'adapter aux conditions de production, dans une prise en compte systémique de l'exploitation, cet article montre qu'il ne s'agit plus de dispenser des « savoirs » techniques mais plutôt d'accompagner les jeunes dans l'appréhension des débats techniques en cours. Les auteurs pointent cependant le risque de la disqualification des savoirs agro-écologiques, dans leur confrontation avec les pratiques professionnelles, et la nécessité de lier, pendant la formation, les connaissances acquises au sein des établissements et les pratiques observées en stage ou dans le cadre familial.

À noter également, dans ce numéro, la présentation d'une recherche exploratoire (analyse lexicale des offres de formation sur le web) sur le thème de la biomasse, visant à analyser la contribution des formations à l'appréhension des controverses et donc à leur diffusion auprès des professionnels, condition d'une fluidité accrue de l'évolution des pratiques.

Muriel Mahé, Centre d’études et de prospective

Source : Formation emploi

13:10 Publié dans Enseignement et recherche | Lien permanent | Tags : transition écologique, formation, cereq |  Imprimer | | | | |  Facebook

09/12/2016

Le Food Climate Research Network (FCRN)

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Créé en 2005 et basé à l'université d'Oxford (Environmental Change Institute), le Food Climate Research Network (FCRN) est un réseau interdisciplinaire et international consacré aux thématiques de l'alimentation, du climat et plus largement de la durabilité. Le FCRN est financé par le programme de recherche du CGIAR sur le changement climatique, l'agriculture et la sécurité alimentaire (CCAFS), le Oxford Martin Programme on the Future of Food et la fondation Esmée Fairbairn. L'objectif de ce réseau est d'encourager le dialogue et la pensée critique nécessaires à la construction d'une compréhension partagée et d'une action collective sur la durabilité des systèmes alimentaires. Il se décline en trois axes :

- production, diffusion et communication de connaissances interdisciplinaires, précises et hors agenda ;

- proposition aux acteurs d'espaces de partage réels et virtuels ;

- promotion du dialogue sur les enjeux émergents et sujets à controverse, entre secteurs, disciplines et idéologies.

À cette fin, le FCRN développe différents types d'action : des actions de communication, d'information, via son site Internet (avec en particulier une bibliothèque riche et intéressante), sa lettre d'information hebdomadaire, des outils de mise en réseau (interviews d'acteurs, blog) ; des actions visant à organiser le dialogue entre acteurs (organisation de séminaires notamment) ; des publications (travaux de recherche, synthèses, etc.). Il s'appuie sur un réseau de 14 000 membres, appartenant à 70 pays et relevant de secteurs variés (industrie agroalimentaire, ONG, institutions publiques, organismes académiques), et de disciplines et méthodes diverses (nutrition humaine, analyse de cycle de vie, sciences du sol, etc.).

Au titre des publications du FCRN, on peut relever celle, en mai 2016, d'un rapport avec la FAO consacré à un état des lieux de la prise en compte, dans les lignes directrices nationales sur la nutrition, des enjeux de santé et de durabilité. Plus récemment, vient d'être mis en ligne un rapport, rédigé avec la Food Foundation et s'appuyant sur une rencontre organisée en novembre, sur la thématique des indicateurs de régimes alimentaires sains et durables, appliquée à l'industrie alimentaire.

Julia Gassie, Centre d'études et de prospective

Lien : FCRN

11:52 Publié dans Alimentation et consommation, Climat, Enseignement et recherche | Lien permanent | Tags : portrait, fcrn |  Imprimer | | | | |  Facebook

08/12/2016

Les sociologues et le périurbain

La Revue française de sociologie publie un numéro consacré aux territoires périurbains. Une revue de littérature pointe les limites de l’apport des sociologues, tardif par rapport à celui des démographes et des géographes. Les travaux menés depuis les années 2000, non dénués d’aspects polémiques, mettent toutefois « en exergue qu’il s’agit d’un espace diversifié et non homogène », d’un « territoire pluriel et ouvert socialement et non intrinsèquement fermé », « en relation étroite tant avec la centralité qu’avec le monde rural » et animé par des « pratiques innovantes », par exemple en matières de gouvernance, d'aménagement ou encore d'agriculture biologique et solidaire.

Signalons deux autres articles : l’un, consacré à la quantification et aux approches statistiques, aboutit à relativiser « l’idée répandue d’une '‘explosion'’ du périurbain » ; l’autre, qui s’intéresse aux règles locales et aux décisions d’urbanisme, rappelle certains facteurs – notamment la « forte proximité entre producteurs et usagers de la règle » – qui font de l’étalement urbain une tendance lourde.

Source : Revue française de sociologie

11:40 Publié dans Enseignement et recherche, Société, Territoires | Lien permanent | Tags : périurbain, sociologie |  Imprimer | | | | |  Facebook

07/12/2016

Décider dans l'incertitude : la recherche apporte sa contribution

Faut-il présenter les résultats scientifiques avec l'incertitude qui les accompagne ? Ou, au contraire, cette transparence décrédibilise-t-elle l'état des connaissances et réduit-elle leur contribution à l'aide à la décision, notamment politique ? Ces questions ont été au cœur d'une grande partie des débats lors du colloque « Quelles nouvelles approches de l'incertitude pour la gestion des forêts et de leur biodiversité ? », organisé le 16 novembre dernier par le GIP Ecofor.

Face aux controverses, mais également à la demande accrue de transparence du grand public, les chercheurs construisent des guides de bonnes pratiques visant à accompagner cette évolution, sans pour autant brouiller les messages. On notera tout particulièrement l'analyse récemment publiée par l'Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services (IPBES), sur l'utilisation des modèles et l'élaboration de scénarios en appui à la mise en œuvre ou à l'évaluation des politiques environnementales, ainsi que le guide de l'Anses sur le traitement de l'incertitude dans les processus d'évaluation des risques sanitaires.

Sources : GIP Ecofor, IPBES, Anses

11:22 Publié dans Enseignement et recherche, Forêts Bois, Santé et risques sanitaires | Lien permanent | Tags : incertitude, risques |  Imprimer | | | | |  Facebook

17/11/2016

Une revue du potentiel des techniques d'ingénierie génétique CRISPR-Cas9

Dans le numéro de septembre 2016 de Nature Biotechnology, J. Doudna et R. Barrangou passent en revue les perspectives offertes par la technologie CRISPR-Cas9 (voir à ce sujet un précédent billet sur ce blog), en termes de recherche fondamentale mais aussi d'applications pratiques. Quatre ans seulement après la publication dans Science de l'article fondateur, cette technologie issue d'un mécanisme bactérien de lutte contre les virus a connu un développement scientifique particulièrement intense dans de nombreux domaines de la biologie. Les auteurs reviennent ainsi sur les principales voies de recherche développées aujourd'hui dans plus de cinquante pays sur le système CRISPR-Cas9 : de l'étude au perfectionnement des outils d'ingénierie génétique, jusqu'à leur application concrète. En effet, ce système, par sa plasticité, sa sélectivité et un coût de mise en œuvre déjà faible, ouvre de nombreuses et prometteuses possibilités concrètes, qui ne sont pas sans poser des questions écologiques et éthiques.

Par exemple, les recherches progressent rapidement dans l'intervention sur le génome des micro-organismes, ouvrant la voie à des moyens de lutte inédits contre les bactéries et virus, capables de cibler des pathogènes au sein d'une population bactérienne, et constituant alors un nouveau type d'antibiotiques à action spécifique. Dans le secteur agricole, de nombreux développements montrent que les outils CRISPR pourraient accélérer la sélection génétique de caractères ciblés. Leur combinaison avec la génomique statistique a déjà permis le développement de porcs protégés contre des virus ou de vaches laitières dépourvues de cornes. Par ailleurs, de nombreux travaux sont déjà menés sur les plantes cultivées (maïs, soja, tomate), et des champignons blancs génétiquement édités pour résister au brunissement ont été autorisés à la production et la commercialisation aux États-Unis, où ils ne sont pas considérés comme « génétiquement modifiés » car ils ne contiennent aucun ADN étranger (à l'inverse des premières générations d'OGM).

C'est probablement dans l'industrie agroalimentaire que les utilisations du système CRISPR-Cas9 sont les plus avancées. C'est d'ailleurs à partir de travaux sur les souches bactériennes lactiques destinées à la fabrication de yaourts que les mécanismes immunitaires des bactéries ont été mis en évidence, conduisant rapidement à la découverte du complexe CRISPR-Cas9. Différentes souches de bactéries lactiques ont ainsi pu être vaccinées contre des virus néfastes. Si les opportunités semblent évidentes en termes de recherche, les techniques d'édition génétique (voire de propagation rapide par gene-drive) soulèvent toutefois de nouvelles questions réglementaires et sociétales.

Jean-Noël Depeyrot, Centre d'études et de prospective

Source : Nature Biotechnology

10/11/2016

Des insectes herbivores aux préférences nutritionnelles marquées

Des chercheurs se sont intéressés à la performance des insectes (ie croissance et survie) au regard, d'une part, des caractéristiques défensives des plantes (ex : concentration en métabolites secondaires toxiques) et, d'autre part, de leurs qualités nutritives (ex : taux protéique, de potassium). Cette publication dans Nature porte en particulier sur la variation de ces deux éléments (défense et nutrition), dans une population végétale donnée, et sur les effets de cette diversité sur les insectes exposés.

Ce travail s'appuie sur une revue de littérature d'expériences réalisées en laboratoire. Ce sont au total 457 jeux de données, sur 53 espèces d'insectes (en majorité des lépidoptères) qui ont été retenus. De cette méta-analyse, les chercheurs identifient qu'une plus grande variété dans les caractéristiques nutritives des plantes contribue à diminuer la performance des insectes herbivores. Ces conclusions montrent qu'accroître la diversité intra- et inter-spécifique des plantes concourt à la lutte contre les nuisibles, entre autres dans les agroécosystèmes.

Source : Nature

09:31 Publié dans Agronomie, Enseignement et recherche | Lien permanent | Tags : insectes |  Imprimer | | | | |  Facebook

08/11/2016

Transition écologique et capital humain : vers une pénurie accrue des compétences ?

Alors que l'Accord de Paris entre en application, la pression s'accentue sur les ressources humaines au plan mondial : les travailleurs d'aujourd'hui disposent-ils des compétences nécessaires pour s'inscrire dans la transition écologique ? C'est en partant de cette interrogation que l'OCDE met en avant des travaux récemment publiés utilisant la base de données américaine O*Net (compétences, tâches, contexte et activités de travail).

Dans le prolongement du document de travail de l'OFCE (voir à ce sujet un précédent billet sur ce blog), cette nouvelle publication analyse, toujours pour les États-Unis, le contenu des emplois, dans leurs dimensions « vertes » et « non vertes », et identifie les compétences clés pour la transition écologique, ainsi que leur mode d'acquisition. En l'état actuel des systèmes éducatifs, il apparaît que les compétences nécessaires à l'avenir pour une économie bas-carbone risquent d'être en tension, générant d'importants coûts d'ajustement via la formation professionnelle.

Source : OCDE

09:23 Publié dans Enseignement et recherche, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : transition écologique, compétences |  Imprimer | | | | |  Facebook

12/10/2016

La préservation de la biodiversité : de nouvelles compétences à développer en agriculture

Dans un avis rendu en septembre, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) identifie la connaissance des écosystèmes et des services qu'ils rendent comme un élément structurant des formations, tant initiales que continues, pour une multitude de métiers, parmi lesquels l'agriculture.

Le rapport en appui à l'avis rendu recense d'abord les différentes méthodes et modalités de comptabilisation des emplois concernés, directement ou indirectement, par la préservation et la restauration de la biodiversité. Il pointe les difficultés à mener ce type d'exercice, dans le cadre de la nomenclature actuelle des « métiers verts », « verdissants » ou des « éco-activités ». En effet, la gestion durable de la biodiversité et les activités de restauration ne sont pas explicitement identifiées, à l'exception de l'entretien et la valorisation des paysages.

L'agriculture et la sylviculture sont exemplaires à ce titre. Seuls les activités et les emplois concernés par l'agriculture biologique d'une part, le reboisement, la sensibilisation à la gestion et la protection des forêts, d'autre part, sont effectivement comptabilisés comme éco-activités par Eurostat. Le constat est identique en prenant l'entrée métiers, une partie minime des emplois de ces secteurs étant identifiée comme « verdissants ».

L'avis souligne pourtant la nécessité stratégique, pour la préservation de la biodiversité, de s'appuyer sur l'ensemble des chefs d'exploitation. Pour ce faire, se basant sur les auditions menées auprès de l'enseignement agricole, le rapporteur préconise de renforcer encore la compréhension des écosystèmes dans les formations techniques, et particulièrement dans le domaine de la production. La diffusion des techniques préservant la biodiversité auprès des agriculteurs installés devrait être assurée par les conseillers des chambres d'agriculture et des coopératives, lesquels devraient bénéficier de formations adaptées.

Comme pour la plupart des secteurs d'activité mentionnés, la préservation de la biodiversité se traduira plus par une évolution des métiers existants, ou le déplacement d'emplois, que par la création nette d'emplois. Une exception toutefois : le développement de l'agriculture biologique ou de la permaculture, plus utilisatrices de main-d’œuvre, devrait continuer à générer des emplois.

Muriel Mahé, Centre d’études et de prospective

Source : CESE

11:22 Publié dans Enseignement et recherche | Lien permanent | Tags : cese, biodiversité, métiers verts |  Imprimer | | | | |  Facebook

10/10/2016

Le Joint Research Center (Centre commun de recherche)

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Le Centre commun de recherche (JRC) est une direction générale de la Commission européenne, placée sous la responsabilité du commissaire européen à la Culture, l'Éducation, la Jeunesse et la Citoyenneté. Il a été créé dans le cadre du traité Euratom de 1957, dont l'objectif était de promouvoir la sûreté et la sécurité nucléaire. Le JRC est défini comme « une organisation de soutien aux politiques publiques orientées vers le client et fondée sur la recherche ». Plus de 3000 personnes travaillent au JRC, 77 % sur des projets scientifiques (dont des chercheurs), 21 % au sein de services supports ou administratifs, et les 2 % restants sur le démantèlement nucléaire et la gestion des déchets. Il est composé de sept instituts répartis dans cinq États membres : Institut de prospective technologique à Séville (Institute for Prospective Technological Studies, IPTS), Institut de l'environnement et du développement durable (Institute for Environment and Sustainability, IES) à Ispra, etc.

Le financement du JRC est assuré principalement par le Programme-cadre de recherche et d'innovation, Horizon 2020, pour l'ensemble des thématiques traitées. Son budget annuel est de l'ordre de 330 millions d'euros. Des fonds additionnels viennent de travaux supplémentaires réalisés pour les services de la Commission ou de contrats passés avec des tiers (ex : industries).

Depuis sa création, le JRC, se positionnant en tant que centre de référence, a développé des compétences et outils pour étudier les politiques publiques européennes. 10 champs thématiques sont actuellement identifiés, en particulier « agriculture et sécurité alimentaire » et « santé et protection des consommateurs », ses productions faisant fréquemment l'objet de billets sur ce blog. Prospective et évaluation font partie des travaux conduits par le Centre : par exemple, des publications récentes ont traité des priorités de recherche pour l'alimentation en 2050, de l'évaluation de l'impact de la mesure « diversité d'assolement », etc. Enfin, parmi les outils produits ou utilisés, peuvent être cités les bases de données (ex : AFOLU data portal), les sites d'information comme l'observatoire sur la bioéconomie, les travaux de modélisation par exemple via le modèle Capri dans EcAMPA (voir un autre billet sur ce blog), les cartes sur l'érosion des sols ou la pollinisation, etc.

Élise Delgoulet, Centre d'études et de prospective

Sources : Joint Research Center, Joint Research Center

11:04 Publié dans Enseignement et recherche | Lien permanent | Tags : portrait, jrc |  Imprimer | | | | |  Facebook

07/10/2016

Une estimation des budgets de la R&D agricole dans le monde

La revue Nature a publié mi-septembre une synthèse sur les dépenses de Recherche & Développement dans le secteur agricole à travers le monde. Les chiffres étayent la thèse d’une double « transition historique » de la R&D. En premier lieu, il s'agit d'une transition entre les pays développés de longue date et les pays émergents (Chine, Brésil et Inde). Selon les auteurs, le secteur agricole et agroalimentaire représente de l’ordre de 5 % de ces dépenses, avec 69,3 milliards de dollars en 2011. 55 % des investissements sont réalisés dans les pays à hauts revenus, contre 69 % en 1980. En second lieu, la recherche est de plus en plus tirée par le secteur privé : 52 % des investissements contre 42 % en 1980 pour les pays à hauts revenus, 35,5 % contre 11 % pour les pays à revenus moyens. La délocalisation de la R&D de certaines firmes multinationales joue ici un rôle important.

Un schéma interactif en ligne permet de visualiser ces évolutions :

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Source : Nature

En contrepoint de ces évolutions encourageantes pour les pays émergents, les auteurs déplorent le retrait relatif de la dépense publique dans les pays développés et le niveau toujours très bas de l’investissement dans les pays les moins avancés. Ces deux évolutions ne paraissent pas de bon augure face aux défis alimentaires de 2050.

Source : Nature

10:58 Publié dans Enseignement et recherche | Lien permanent | Tags : r&d, budget |  Imprimer | | | | |  Facebook