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04/09/2014

Découverte des bases génétiques de la résistance des insectes au coton Bt

Dans un article de la revue Plos One, des scientifiques ont révélé les mécanismes génétiques à l'origine de la résistance de certains insectes au coton Bt, qui secrète lui-même une ou plusieurs toxines insecticides Bt (Bacillus thurigensis) – voir à ce sujet le billet de mai 2013 de ce blog. L'étude a porté sur le ver rose du cotonnier (Pectinophora gossypiella) en Inde, où les populations de ce ravageur sont devenues résistantes. Les chercheurs ont testé l'hypothèse selon laquelle ces insectes étaient devenus résistants à la toxine Bt selon les mêmes mécanismes génétiques que ceux précédemment observés en laboratoire aux États-Unis.

Les résultats ont finalement montré que la résistance des insectes en Inde était associée au même gène codant pour une protéine cadhérine (protéine transmembranaire), mais que les différentes « versions » de cette protéine étaient étonnamment plus nombreuses que celles repérées en laboratoire aux États-Unis. Les chercheurs ont découvert que la diversité de ces protéines était due à un mécanisme génétique appelé « épissage alternatif ».

Ce mécanisme génétique permet d'obtenir, à partir d'un même brin d'ADN, de très nombreux variants de protéines et de générer l'apparition de résistances à certaines toxines. La compréhension des mécanismes selon lesquels les insectes deviennent résistants au coton Bt devrait ainsi ouvrir la voie à l'élaboration de stratégies pour retarder l'apparition de telles résistances.

Noémie Schaller, Centre d'études et de prospective

Source : University of Arizona

09:45 Publié dans Agronomie, Enseignement et recherche, Protection des végétaux et des animaux | Lien permanent | Tags : coton |  Imprimer | | | | |  Facebook

De nouveaux travaux sur la dépendance de l'agriculture au phosphore

Plusieurs articles scientifiques se sont récemment intéressés à l'utilisation du phosphore (P) en agriculture, et pointent l'importante dépendance du secteur à cette ressource minérale non renouvelable. Utilisé à 90% comme fertilisant agricole dans le monde, le phosphore est en effet extrait chaque année de 178,5 Mt de roches phosphatées dans quelques pays seulement (Maroc, Chine et États-Unis principalement).

Dans le premier article, la contribution du phosphore extrait des roches phosphatées, ci-dessous nommé phosphore anthropique, à la fertilité des sols agricoles a été évaluée au niveau français. L'équipe de chercheurs de l'Inra a combiné diverses bases de données et un modèle simulant les flux de P : ils ont montré que 82% du stock de P dans les sols agricoles français étaient d'origine anthropique en 2009. Cette proportion a considérablement augmenté entre 1948 et 1974 (+2,4% par an), en lien direct avec la forte hausse de l'utilisation des engrais minéraux dans la seconde moitié du XXe siècle. Les auteurs soulignent que malgré la forte baisse de l'utilisation des fertilisants minéraux après 1975, la part de P d'origine anthropique dans les sols a continué à s'accroître. L'article révèle également que la majorité du P présent dans les sols agricoles l'est sous forme stable (762 kg P / ha en moyenne), et donc non accessible pour les plantes à court terme. Le stock de P « labile », directement disponible pour les plantes, représente 187 kg P / ha en moyenne. Les auteurs concluent que, pour les pays ayant une agriculture intensive telle qu'en France, la forte dépendance au P d'origine anthropique contribue à l'épuisement de la ressource et à accroître les risques d'eutrophisation des eaux.

Au niveau européen, d'autres chercheurs ont produit des cartes de concentration en phosphore des sols cultivés dans les différentes régions de l'UE (à partir des mesures de l'enquête LUCAS). Il en ressort qu'environ un tiers des sols ont une faible disponibilité en P, tandis qu'environ la moitié des sols a une forte disponibilité en P (en général, les zones où les rendements attendus sont les plus importants). Les différences peuvent toutefois être marquées au sein d'un même pays : c'est le cas de la France, où la disponibilité en P semble plus importante dans la moitié Nord que dans la moitié Sud. Il est par ailleurs estimé que les besoins annuels européens en P s'élèvent à 3,85 Mt, alors que la consommation en fertilisants minéraux n'est « que » de 2,36 Mt. Mais les auteurs expliquent que, compte tenu du fait qu'environ la moitié du P épandu en Europe provient des effluents d'élevage, le bilan est en réalité largement positif, avec même des zones d'excédents importants.

phosphore.JPG

Carte de la concentration en phosphore des sols cultivés en Europe

(source : Toth et al., 2014. European Journal of Agronomy)

Face à ce constat, une équipe de chercheurs britanniques propose des pistes pour une gestion plus durable de la ressource au service de la production alimentaire. L'idée générale serait de cibler la fertilisation phosphorée davantage sur la plante et moins sur le sol, qui immobilise une grande partie du phosphore (dans le compartiment « stable »). Les quatre pistes de recherche identifiées sont les suivantes : 1) réduire la demande en P des plantes (en améliorant l'efficience d'utilisation, i.e. en diminuant le stockage de P dans les compartiments de la plante sans affecter sa croissance) ; 2) remobiliser le P déjà présent dans le sol (favoriser le transfert du P de la fraction « stable » vers la fraction « labile ») ; 3) recycler en remplaçant le P minéral par du P organique (valoriser davantage les effluents d'élevage, les digestats de méthanisation, les composts, etc., à condition d'en évaluer les impacts environnementaux) ; 4) faciliter l'accessibilité du P à la plante (améliorer la formulation des engrais phosphorés et les méthodes d'application pour limiter l'immobilisation du P dans le compartiment « stable » du sol).

Tous ces travaux font écho aux deux conférences internationales dédiées au phosphore début septembre à Montpellier (Phosphorus in Soils and Plants et Sustainable Phosphorus Summit), ainsi qu'à la volonté des agronomes de développer des méthodes et des travaux de recherche sur l'agronomie globale.

Noémie Schaller, Centre d'études et de prospective

Sources : Global Biogeochemical Cycles, European Journal of Agronomy, Environmental science and technology

 

09:40 Publié dans Agronomie, Enseignement et recherche | Lien permanent | Tags : phosphore |  Imprimer | | | | |  Facebook

03/09/2014

ASIRPA : une méthodologie pour évaluer les impacts de la recherche finalisée

L'Inra vient de rendre public le rapport final du projet ASIRPA, consacré à l'analyse des impacts de la recherche publique agronomique. Mise au point dans le cadre des procédures d'(auto-)évaluation du travail de l'Inra, l'approche procède par études de cas standardisées.

Dans un premier temps, les évaluateurs établissent une chronologie « à plat » d'un domaine de recherche (par exemple, la lutte génétique contre la tremblante du mouton). Dans un second temps, ces événements et actions sont qualifiés et redistribués thématiquement dans un « chemin d'impact » (impact pathway) repérant le contexte, les inputs et les outputs de la recherche, les intermédiaires qui assurent la circulation des outputs, les impacts immédiats (effets sur les premiers utilisateurs de l'innovation) et à plus long terme (généralisation d'une innovation). Enfin, dans un troisième temps, les impacts eux-mêmes sont représentés sous forme de « radars » à cinq dimensions (impacts sanitaire, économique, environnemental, territorial-social, politique), chaque dimension recevant une note de 1 à 5.

La granulométrie choisie permet d'obtenir des synthèses à différents niveaux, les études de détail pouvant être considérées comme des cas d'espèce d'un « méta-cas ». C'est ainsi l'exemple d'une synthèse sur la fertilisation minérale mettant en perspective les analyses d'impact sur les cas de l'azote, de la potasse et du phosphore.

Cette démarche de scoring, pour être probante, suppose de disposer de nombreux cas d'étude. La période couverte par le rapport a permis d'en étudier trente, couvrant des domaines variés. Le rapport final les regroupe en quatre catégories : 1) la productivité durable de la forêt, 2) l'alimentation et les industries agroalimentaires, 3) l'environnement et la gestion durable des ressources, 4) les politiques publiques. Il dégage des « enseignements généraux » sur la temporalité – longue – des investissements nécessaires pour obtenir des impacts significatifs, et sur la conduite de projet (notamment sur la question des partenariats privilégiés et des brevets). Il pose aussi des questions, la tension entre la production de connaissances fondamentales et leur appropriation par les acteurs socio-économiques restant au cœur des enjeux d'une recherche finalisée « de pointe ».

Florent Bidaud, Centre d'études et de prospective

Source : Inra

Présentation de la démarche

Site dédié, avec des résumés des études de cas

09:34 Publié dans Agronomie, Enseignement et recherche | Lien permanent | Tags : inra |  Imprimer | | | | |  Facebook

02/09/2014

Une expertise scientifique collective sur les « Mafor », matières fertilisantes d'origine résiduaire, et leur valorisation sur les sols agricoles

Le 3 juillet 2014 a eu lieu le colloque de restitution de l'expertise scientifique collective « Mafor », commanditée par les ministères de l'agriculture et de l'écologie et réalisée par l'Inra, le CNRS et l'Irstea. Ce travail portait sur la valorisation des matières fertilisantes d'origine résiduaire (Mafor) : il visait à faire le bilan des connaissances sur « les bénéfices agronomiques des Mafor et les impacts de leur épandage en termes de contaminations potentielles des écosystèmes, en tenant compte des intérêts, contraintes et conséquences économiques et sociales de cette pratique ». L'évaluation des risques sanitaires fait quant à elle l'objet d'une saisine de l'Anses.

L'étude a permis de dresser un état des lieux de l'utilisation des Mafor en France. Les effluents d'élevage en représentent la très grande majorité avec 274 Mt brutes en 2012, dont 50% émis directement dans les pâtures. À côté de cela, il existe des Mafor d'origines urbaine et industrielle : environ 0,7 Mt sèches de boues d'épuration urbaines, 2,2 Mt brutes de composts et digestats issus de déchets urbains et 1,8 Mt sèches d'effluents industriels (ex : vinasses de betterave). En 2011, 25% des surfaces de grandes cultures et 30% des prairies ont reçu des Mafor, mais avec de fortes disparités régionales.

Les auteurs de l'étude ont ensuite qualifié la valeur agronomique des Mafor : ces dernières comportent une valeur fertilisante en éléments minéraux (N, P, K) et une valeur amendante (enrichissement en matière organique), qui peuvent chacune varier en fonction des éventuels traitements appliqués (méthanisation, séchage, compostage). Si elles ont des valeurs fertilisantes en phosphore et potassium équivalentes à celles des engrais minéraux, la situation est différente pour l'azote en raison de sa présence sous forme organique dans les Mafor. Les Mafor sont la seule source renouvelable de phosphore et, à l'échelle de la France, « les quantités de phosphore présentes dans les Mafor pourraient couvrir l'ensemble des prélèvements annuels de phosphore par la production agricole ».

Outre les pertes possibles de carbone vers l'environnement (sous forme de méthane ou de composés organiques volatils), les scientifiques ont analysé les risques de transfert d'agents biologiques pathogènes et d'apport de contaminants chimiques. Bien que le lien de cause à effet entre épandage de Mafor et transmission de maladies soit difficilement établi, des agents pathogènes (bactéries, virus, parasites) sont fréquemment détectés dans les effluents d'élevage bruts. Certains traitements (compostage...) permettent d'en abattre la charge potentielle. Par ailleurs, l'épandage de Mafor est susceptible de favoriser la dissémination de l'antibiorésistance dans l'environnement. S'agissant des contaminants chimiques, deux types ont été distingués : les ETM, éléments traces métalliques (principalement cuivre et zinc mais aussi plomb, mercure, cadmium...), qui peuvent s'accumuler dans les sols, même si les apports sont de faible quantité ; et les CTO, composés traces organiques, plutôt d'origine anthropique (molécules pharmaceutiques, résidus de pesticides, PCB, HAP, bisphénol, etc). À l'inverse des ETM, les CTO sont dégradables et peuvent se transformer en divers métabolites. Ils sont plus ou moins persistants dans les sols, et sont susceptibles d'être transférés dans les matières premières alimentaires (accumulation possible dans les tissus graisseux, le lait ou les œufs par exemple).

En conclusion, les Mafor représentent un potentiel non négligeable pour se substituer au moins en partie aux engrais minéraux de synthèse. À ce titre, elles peuvent utilement contribuer au bouclage des cycles (P, K...), au recyclage des déchets et à l'économie circulaire. En revanche, pour optimiser leur utilisation (maximiser l'efficacité agronomique et minimiser les risques environnementaux), il sera nécessaire d'intégrer l'ensemble des caractéristiques des filières de production et de traitement des déchets, d'optimiser les pratiques d'épandage et les périodes d'apport, d'évaluer l'acceptabilité des pratiques et leur balance coût/bénéfice, et enfin de poursuivre les recherches sur les contaminants des Mafor (ex : nanoparticules).

Noémie Schaller, Centre d'études et de prospective

Source : INRA

09:29 Publié dans Agronomie, Enseignement et recherche | Lien permanent | Tags : mafor, inra, irstea, cnrs, sols |  Imprimer | | | | |  Facebook

27/08/2014

Le premier centre de recherche sur les effets globaux de l'agriculture sur la santé

L'université d'État du Michigan a inauguré en juillet dernier le premier centre mondial de recherche sur les effets globaux de l'agriculture sur la santé (center for health impact of agriculture). Ce projet est piloté par un binôme de scientifiques de l'université issus du département de sciences alimentaires et nutrition humaine, et de celui de microbiologie et génétique moléculaire. La directrice du centre met en avant les implications diverses concernant la santé animale et humaine, la production et le commerce : pour nourrir neuf milliards d'habitants en 2050, il ne suffira pas de produire plus mais il conviendra d'avoir une approche intégrée permettant efficacité économique et maintien de la santé.

Source : Michigan State University

09:08 Publié dans Enseignement et recherche, Santé et risques sanitaires, Sécurité alimentaire | Lien permanent | Tags : santé |  Imprimer | | | | |  Facebook

AGROBIOFILM, un film biodégradable à usage agricole

Fabriqué avec des matériaux dégradables par la microfaune du sol, ce film permet de couvrir le sol, et ainsi de réguler la température du sol, lutter contre les adventices, limiter les pertes d'eau. Ses concepteurs mettent l'accent sur les gains environnementaux et économiques réalisés ; en effet, ce biofilm peut être enterré directement dans le sol contrairement à une couverture en matière plastique, synthétisée à partir d'hydrocarbures.

Le projet AGROBIOFILM a été coordonné par le Portugal en collaboration avec la France, l'Espagne, la Norvège et le Danemark via un financement du 7e programme cadre à hauteur de un million d'euros (2011-2013).

Agrobiofilm.JPG

© Ruud Morijn - Fotolia.com

Source : Joint Research Center

 

09:04 Publié dans Agronomie, Biomasse/Biocarburants, Enseignement et recherche | Lien permanent | Tags : biofilm |  Imprimer | | | | |  Facebook

26/08/2014

Nouvelle quantification de l'impact du changement climatique en Europe

Une nouvelle étude du JRC estime, pour l'Union européenne, le coût des dommages du changement climatique à 190 milliards d'euros à la fin du siècle, sans mesures supplémentaires et suite à une augmentation de la température de plus de 3,5°C. Quant au secteur agricole, il subirait des pertes de l'ordre de 18 milliards d'euros. Ces résultats ont été obtenus par modélisation. Pour l'agriculture, la principale variable biophysique prise en compte pour l'évaluation économique est l'impact du changement climatique sur les rendements, et donc sur la productivité.

Dans le cas de la mise en œuvre de politiques d'atténuation limitant l'augmentation de la température à 2°C, l'impact total est évalué à 130 milliards d'euros, soit une réduction d'environ 30%. Cette étude d'impact a été réalisée via le projet PESETA II.

Source : Joint Research Center

09:02 Publié dans 3. Prévision, Climat, Enseignement et recherche | Lien permanent | Tags : changement climatique, jrc |  Imprimer | | | | |  Facebook

25/08/2014

L'Université virtuelle d’agroécologie lance son premier module de formation en ligne

L’Université virtuelle d’agroécologie (UVAE) a été créée par différents établissements d'enseignement supérieur en agronomie, l'Inra et le Cirad. Elle doit permettre la production et diffusion de ressources pédagogiques numériques. L'UVAE a mis en ligne son premier module d'auto-formation, intitulé « Qu’est-ce que l’agroécologie ? ». Destiné à un large public, ce module vise à « décrire la diversité de cette discipline, dans ses dimensions agricoles, scientifiques et sociales ». Ce cours, d'une vingtaine d'heures, est composé de vidéos, d'articles et de recherches guidées à réaliser. Il sera suivi dans les mois qui viennent par d'autres modules, par exemple sur les services écosystémiques rendus par les sols et l'agriculture de conservation.

À noter en parallèle que le groupe interdisciplinaire de recherche en agroécologie (GIRAF) propose en Belgique une formation professionnelle certifiée sous forme de certificat inter-universitaire sur « agroécologie & transition vers des systèmes alimentaires durables ».

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Source : Cirad

 

 

 

08:52 Publié dans Agronomie, Enseignement et recherche | Lien permanent | Tags : uvae, agroécologie |  Imprimer | | | | |  Facebook

07/07/2014

Vues d'ensemble sur l'agriculture urbaine

Faute de données, d'enquêtes et de définitions communes, les enjeux et le potentiel de l'agriculture urbaine restent difficiles à cerner. Plusieurs contributions ont récemment essayé de fournir cette vue d'ensemble, suivant des voies différentes.

La revue Environmental Research Letters présente, dans son numéro de mai, une étude qui prétend mesurer, au-delà de la diversité des cas de figure, la capacité de l'agriculture urbaine et péri-urbaine à répondre aux besoins des citadins en matière de consommation de légumes. 27 cultures et 165 pays sont retenus pour le calcul d'un ratio entre besoins des populations et potentiel de production (déterminé en croisant surface de l'aire urbaine et rendements). Les besoins des populations sont quant à eux déterminés à partir de la consommation constatée en 2001 pour les zones urbaines concernées et des recommandations de la FAO sur l'apport nutritionnel quotidien.

À en croire les auteurs, les perspectives de l'agriculture urbaine semblent bien limitées : l'étude « suggère que dans de nombreux pays, l'agriculture urbaine ne peut pas assurer l'autosuffisance en légumes des citadins, et encore moins résoudre le problème général de la sécurité alimentaire » faute d'espace urbain disponible. « La contrainte spatiale » est encore plus forte dans les pays les plus vulnérables en matière de sécurité alimentaire, « en raison de densités plus élevées ». À vrai dire, ces résultats sont assez peu surprenants.

Le raisonnement démographique utilisé ici n'est pas sans analogie avec de nombreux débats autour des stratégies de développement agricole et il pourra être perçu comme participant d'un effort de relégitimation des systèmes conventionnels d'agriculture intensive. Deux des co-auteurs avaient d'ailleurs participé à l'article « Comparing the yields of organic and conventional agriculture » paru dans Nature en 2012, publication ayant contribué à relancer le débat sur « le bio peut-il nourrir le monde ? ».

De son côté, la revue Agronomy for Sustainable Development livre deux analyses bibliographiques intéressantes. L'une porte sur les pays développés (Amérique du Nord, Grande-Bretagne, Australie et Japon), l'autre sur les pays en voie de développement (y compris la Russie post-soviétique). Quatre dimensions sont particulièrement mises en lumière : les impacts de l'étalement urbain et la possibilité de maintenir ou développer les surfaces cultivées en ville ou en périphérie ; les perspectives en matière de souveraineté alimentaire ; les pollutions et risques sanitaires ; et enfin les mesures d'accompagnement public (notamment les règles d'urbanisme).

Florent Bidaud, Centre d'études et de prospective

Sources : Agronomy for Sustainable Development

Agronomy for Sustainable Development

Environmental Research Letters

17:46 Publié dans Agronomie, Enseignement et recherche, Société, Territoires | Lien permanent | Tags : agriculture urbaine |  Imprimer | | | | |  Facebook

Rapport du HLPE – Pertes et gaspillages de nourriture dans un contexte de systèmes alimentaires durables

Le 3 juillet dernier, le High level panel of experts on food and security and nutrition (HLPE) a remis son rapport intitulé Food losses and waste in the context of sustainable food systems au Comité de la sécurité alimentaire mondiale de la FAO. Considérés comme partie intégrante des systèmes alimentaires, les pertes et gaspillages alimentaires ont été analysés sous trois perspectives : systémique, durable, et de sécurité alimentaire et nutrition.

rapport-hlpe.JPG

Le HLPE pose différentes définitions, dont celles des pertes alimentaires (qui interviennent avant le stade de la consommation finale) et des gaspillages alimentaires (qui interviennent au niveau de la consommation finale). Les pertes et gaspillages alimentaires (dénommés « gaspillage alimentaire » dans la suite de ce billet) correspondent donc à toute perte, en poids et à tous les stades de la chaîne alimentaire, de nourriture destinée à la consommation humaine, sans tenir compte des causes ; les food quality loss or waste se rapportent à la baisse des caractéristiques qualitatives des denrées alimentaires. De nombreuses études existent sur le gaspillage alimentaire mais l'absence de protocole commun en empêche la comparaison.

Trois types d'impacts du gaspillage alimentaire sur la sécurité alimentaire et la durabilité des systèmes sont identifiés par le HLPE : une réduction de la disponibilité, locale et globale, de nourriture ; un impact négatif sur l'accès aux produits alimentaires, à tous les stades de la chaîne ; un effet à long terme en lien avec l'usage non durable de ressources naturelles, dont dépend la future production de denrées alimentaires. L'impact sur la nutrition (pertes de qualités nutritives des aliments), ainsi que les caractéristiques nécessaires à un système alimentaire pour faire face à des variations parfois très importantes de production et de consommation, dans le temps et l'espace, sont moins explorés dans la littérature scientifique. Enfin, pertes et gaspillage jouent sur les trois dimensions de la durabilité des systèmes alimentaires : pertes économiques et baisse du retour sur investissement, ralentissement du développement et des progrès sociaux, impact environnemental (consommation superflue de ressources naturelles, traitement des déchets alimentaires).

Les pertes et gaspillage alimentaires découlent de nombreux facteurs potentiels (microbiologiques, technologiques, comportementaux, etc.), dont l'importance varie selon le produit, le contexte et le stade de la chaîne alimentaire. L'identification des causes et de leurs interrelations nécessite de développer une approche intégrée tout au long de cette chaîne. Le HLPE décrit ces causes selon trois niveaux : micro (pour une étape de la chaîne), méso (causes secondaires ou systémiques) et macro (enjeux systémiques). Des solutions pour chaque niveau sont identifiées, solutions à adapter aux spécificités locales et aux produits concernés.

Le HLPE émet enfin des recommandations à destination de l'ensemble des acteurs. Il s'agit ainsi d'améliorer la collecte des données et le partage de connaissances, de développer des stratégies déclinées en actions concrètes pour réduire le gaspillage alimentaire et de mieux coordonner les politiques afférentes.

Julia Gassie, Centre d'études et de prospective

Source : FAO

17:44 Publié dans Enseignement et recherche, Mondialisation et international | Lien permanent | Tags : gaspillage, fao |  Imprimer | | | | |  Facebook

04/07/2014

Biomasse, consommation énergétique et utilisation des sols

L'étude intitulée A calculation of the EU Bioenergy land footprint discute l'impact des objectifs de l'Union européenne en termes de bioénergie aux horizons 2020 et 2030, tant sur les surfaces cultivées que sur les forêts. Ces travaux ont été réalisés par des chercheurs de l'université de Vienne pour l'association Les Amis de la Terre. Ils estiment le nombre d'hectares nécessaires à l'atteinte de ces objectifs (surface domestique mais aussi liée aux importations) : 44,5 Mha en 2010 (taille de la Suède) et 70,2 Mha en 2030 (taille de la Pologne et de la Suède). À noter qu'en 2010, la biomasse représente 8% de l'énergie finale consommée à l'échelle de l'UE.

Afin d'estimer la demande en biomasse à destination énergétique, les auteurs s'appuient sur les plans d'actions nationaux en termes d'énergies renouvelables en 2020, et les avancées rapportées par les États membres. Pour l'horizon 2030, ils recourent aux résultats d'une étude (Biomass Futures Project) mobilisant le modèle PRIMES, modèle d'équilibre partiel du secteur de l'énergie. À chaque technologie de transformation en chaleur, énergie ou pour les transports, est associée la quantité de biomasse nécessaire. La surface mobilisée en est déduite à partir du rendement moyen par hectare. L'approche pour la forêt est plus théorique et sujette à prudence selon les auteurs. Le calcul est fait à partir de l'activité maximale pour laquelle la productivité du stock n'est pas dégradée.

Cette méthode donne les résultats suivants (cf. tableau ci-dessous) :

- les surfaces dédiées à la bioénergie augmenteraient de 27% à l'horizon 2030 et de 57% à l'horizon 2050 par rapport à l'année 2010 (surface estimée par les auteurs à 44,5 Mha en 2010) ;

- l'augmentation résultant de l'usage de biocarburants serait concentrée sur la période 2010-2020 ;

- les parts des surfaces cultivées et des forêts consacrées au débouché énergie passeraient respectivement, à l'horizon 2030, de 4,6% à 12,4% et de 29,2% à 39%.

bioénergie

En conclusion, les auteurs de l'Institute of the Environment and Regional Development (Vienna University of Economics and Business) critiquent la disponibilité des données, tant sur la ressource elle-même qu'au niveau de l'impact environnemental, pour faire de telles estimations à l'échelle de l'UE, au regard de l'importance des surfaces en jeu.

Élise Delgoulet, Centre d'études et de prospective

Source : Friends of the Earth

17:34 Publié dans Biomasse/Biocarburants, Energie, Enseignement et recherche, Forêts Bois | Lien permanent | Tags : bioénergie |  Imprimer | | | | |  Facebook

Mise au point du contrôle génétique de l'un des principaux insectes parasites chez le mouton

Lucilia caprina, surnommée la « mouche à viande du mouton australien », est l'un des insectes ravageurs les plus redoutés en Australie et en Nouvelle-Zélande. L'insecte se nourrit des chairs de l'animal vivant et peut ainsi entraîner sa mort.

L'équipe de Max Scott, professeur d'entomologie à l'université d'État de Caroline du Nord, travaille sur la modification génétique d'une lignée de Lucilia caprina femelles pour les rendre dépendantes à des antibiotiques de type tétracyclines. Le gène de dépendance antibiotique est en effet lié au sexe et ne concerne que les femelles : celles-ci meurent au stade de larve ou de pupe, avant d'atteindre l'âge adulte et donc sans avoir eu le temps de pondre.

Le caractère vital de la présence d'antibiotique a été démontré par des expériences au cours desquelles 100% des mouches femelles mouraient en cas de carence en tétracycline. Par ailleurs, l'un des effets secondaires inattendus mais positifs de la protéine de marquage du gène modifié est la couleur écarlate qu'elle donne aux larves femelles, permettant de les distinguer des mâles.

Des applications de cette méthode sont également à l'étude chez d'autres insectes ravageurs, comme la drosophile ou la lucilie bouchère (Cochliomyia hominivorax), insecte prédateur redoutable. Cette technique peut compléter la technique du « mâle stérile » fréquemment utilisée depuis presque 40 ans dans la lutte contre les parasites, mais d'un coût économique très important.

Madeleine Lesage, Centre d'études et de prospective

Source : Science Daily

17:31 Publié dans Enseignement et recherche, Protection des végétaux et des animaux | Lien permanent | Tags : ovins |  Imprimer | | | | |  Facebook

03/07/2014

Une équipe de recherche britannique découvre une faille chez certaines bactéries antibiorésistantes

C'est un pas en avant dans la lutte contre l'antibiorésistance que vient de révéler, dans un article publié le 18 juin 2014 dans la revue Nature, l'équipe scientifique pilotée par le professeur Changjiang Dong, de la Norwich Medical School (University of East Anglia), qui s'est associée pour la circonstance à Neil Paterson de l'université d'Oxford.

Les travaux de recherche ont été réalisés grâce au synchrotron britannique, le Diamond ligth source basé à l'université d'Oxford. Ce microscope géant, qui fournit une lumière 10 milliards de fois plus intense que le soleil, a permis de visualiser la protéine constitutive de la paroi bactérienne et d'en identifier le mécanisme de synthèse et la structure

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 Vue de la paroi extérieure de la cellule bactérienne avec les différentes enveloppes protéiques.

 Source : d'après Neil Paterson

La connaissance de la structure de cette protéine donnera la possibilité de rechercher des molécules médicamenteuses capables de la détruire. Cela pourrait être une ouverture vers une nouvelle vague de médicaments, puisque l'équipe de recherche a établi que la bactérie ne pouvait pas survivre si la protéine de paroi était attaquée.

Les travaux ont été menés sur des bactéries dites « à Gram négatif ». Ces bactéries sont pourvues d'une paroi épaisse qui agit comme une barrière défensive, à la fois contre les attaques du système immunitaire de l'hôte ou contre les médicaments bactériens. C'est donc un des principaux facteurs de résistance. Dans cette catégorie figurent certains des germes particulièrement préoccupants sur le plan des résistances bactériennes, tels les salmonelles, les E. coli et les Pseudomonas.

Cette découverte apporte un élément nouveau dans un contexte préoccupant : le risque mondial pour la santé publique lié aux antibiorésistances vient d'être souligné par l'Organisation mondiale de la santé en avril 2014 (voir billet sur ce blog de mai 2014).

Madeleine Lesage, Centre d'études et de prospective

Source : Science Daily

17:26 Publié dans Enseignement et recherche, Santé et risques sanitaires | Lien permanent | Tags : antibiorésistance |  Imprimer | | | | |  Facebook

02/07/2014

Panser avec les animaux. Sociologie du soin par le contact animalier. Jérôme Michalon

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La sociologie des relations homme-animal est aujourd'hui un champ éditorial en plein essor, borné d'un côté par des travaux sur les « animaux de rente » et les pratiques d'élevage (par exemple, ceux de Jocelyne Porcher, Sébastien Mouret ou Catherine Rémy), et de l'autre par des études sur l'animal de compagnie et de loisir. Jérôme Michalon, en prenant pour objet les pratiques émergentes de soin par le contact avec les animaux, se situe clairement du second côté. De plus en plus, en effet, certains animaux (chiens, chevaux, etc.) sont impliqués dans des thérapies, que ce soit dans des environnements semi-ouverts (fermes pédagogiques) ou dans des hôpitaux.

Dans les première et deuxième parties de l'ouvrage, l'auteur explore l'histoire de ces pratiques, qu'il fait remonter au début des années 1960. Les fondements scientifiques et les bénéfices pour les patients demeurent aujourd'hui encore contestés, mais cela n'a pas empêché la mise en place, au fil des années, d'une « communauté Human-Animal Interactions » - HAI, regroupant les acteurs à l'interface entre le monde des animaux et le monde du soin. Des réseaux professionnels ont été constitués, au sein desquels les vétérinaires jouent un rôle important. Dans la troisième partie de l'ouvrage, l'observation ethnographique permet d'analyser la manière dont ces praticiens créent une relation entre les patients et les animaux. La thérapie apparaît comme une occasion de « montée en personnalité » des animaux, construction fugace qui résiste mal au compte rendu et aux protocoles d'expérimentation. Plus généralement, les recherches de l'auteur l'amènent à formuler une hypothèse qui ne manquera pas d'intéresser les prospectivistes et les décideurs publics : le développement de ces pratiques préfigurerait l'avènement d’un nouveau régime de compagnonnage anthropo-zoologique, dans lequel la bienveillance vis-à-vis de l’animal et sa personnalité sont catalysées par le partage d’une activité commune, mise au service de la santé humaine.

Florent Bidaud, Centre d'études et de prospective

Lien : Presses des Mines

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27/06/2014

Conférence « L'innovation au secours de la Biodiversité ? » - IDDRI & Fondation Hermès

Le 13 juin dernier, l'Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI, Sciences-Po) et la Fondation d'entreprise Hermès organisaient une conférence sur le rôle que pourrait avoir l'innovation dans la préservation de la biodiversité. L'une des trois sessions était consacrée aux questions agricoles, avec des débats centrés sur l'innovation variétale.

L'innovation en agriculture est souvent associée au progrès technique et à l'augmentation de la productivité à l'hectare alors qu'elle comporte bien d'autres dimensions (organisationnelle, socio-économique, etc.), rappelle en introduction Sébastien Treyer (IDDRI). Dans le premier cas, la biodiversité est considérée comme préservée par la moindre conversion d'espaces « vierges » en terres cultivées. Dans le deuxième cas, il s'agit de l'intégrer aux pratiques et aux fonctionnements des systèmes agricoles.

Au regard des enjeux liés à l'augmentation de production nécessaire pour nourrir 9 milliards d'êtres humains en 2050, l'innovation variétale pourrait apporter des réponses de façon durable, d'après Macy Merriman (Dupont-Pionneer). Le développement de variétés capables de mieux valoriser la fertilisation azotée dans les pays africains en est une illustration.

Toutefois, les questions posées par la propriété du vivant interviennent ici. Pour François Meienberg (association « Déclaration de Berne »), le régime actuel a un impact négatif sur la biodiversité et sur certaines agricultures, puisque, en permettant l'appropriation de gènes présents dans des variétés autochtones, il en restreint l'accès. Cela se fait en particulier au détriment d'un système informel de création variétale, basé sur l'expérimentation et les échanges entre agriculteurs. La mise en péril de ce système en Afrique, où il est à l'origine de la majorité des semences utilisées, pourrait mettre à mal la sécurité alimentaire de ce continent.

Par ailleurs, selon Frédéric Thomas (IRD et IFRIS), la sélection variétale est en soi réductrice de biodiversité puisqu'elle se focalise sur un nombre restreint de caractéristiques de la plante. Les « variétés populations » (à forte variabilité génétique) sont par exemple exclues du catalogue officiel français. Introduit dès les années 1930 pour orienter la sélection variétale, celui-ci visait à favoriser l'innovation en en protégeant les résultats. Or, les brevets sur le matériel génétique lui-même, apparus plus récemment, pourraient constituer un frein à l'innovation puisqu'ils restreignent l'accès à la connaissance même qui permet la création variétale.

In fine, si l'innovation variétale pourrait représenter une partie de la solution au problème de l'érosion de la biodiversité, pour Émile Frison (ancien directeur de Biodiversity International), il est nécessaire de repenser ce défi de manière plus large. Le système alimentaire dans son ensemble doit ainsi viser une plus grande durabilité.

Clément Villien, Centre d'études et de prospective

Lien : IDDRI

17:07 Publié dans Enseignement et recherche, Environnement | Lien permanent | Tags : biodiversité |  Imprimer | | | | |  Facebook