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14/09/2015

Évaluation des tensions sur les eaux souterraines renouvelables : résultats de la mission GRACE

Courant juillet, le journal Water Resources Research a publié des travaux de recherche mobilisant les observations satellitaires de la mission GRACE (Gravity Recovery and Climate Experiment), en vue d’évaluer les tensions sur les eaux souterraines renouvelables. Le jeu de données s’étend de janvier 2003 à décembre 2013 avec un pas de temps mensuel. Les chercheurs ont en particulier étudié les 37 plus grandes aquifères dans le monde, quantifiant le rapport entre l’utilisation de la ressource en eau et sa disponibilité (recharge moyenne annuelle). Une des originalités de ce papier réside dans l’approche choisie qui permet d’estimer les changements du niveau des nappes phréatiques, via les anomalies gravitaires, et ainsi de prendre en compte les variations dues non seulement aux activités anthropiques mais aussi naturelles (ex : recharge). Selon les auteurs, cette évaluation des tensions sur la ressource souterraine est plus fine que celles recourant aux données statistiques de prélèvement. Soulignons qu’un second article publié dans la même revue discute des incertitudes autour de la taille des aquifères (le premier portant sur les variations).

Les auteurs définissent 4 régimes de tensions sur la ressource : tension forte (pas de recharge de l’aquifère), tension principalement exercée par l’homme (recharge liée aux activités humaines, par exemple l’irrigation), tension dite variable (déclin de la nappe malgré la recharge), absence de tension. Les cartes ci-dessous montrent les différents états des nappes étudiés.

Cartes représentant les différents états de tensions sur les 37 aquifères étudiées : (a) tension importante, (b) tension dite variable, (c) tension principalement exercée par l’homme, (d) absence de tension.

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Source : Water Resources Research

À titre d’exemple, les aquifères faisant l’objet des tensions les plus fortes sont celles des bassins Murzuk-Djado et d’Arabie avec les données GRACE, alors qu’il s’agit de celle du bassin de l’Indus avec les données statistiques. Quant à l’aquifère californienne Central Valley, elle fait partie des eaux souterraines caractérisées par une recharge positive et un usage négatif (b), étant classée comme faisant l’objet de fortes tensions quelle que soit la méthode utilisée (données statistiques ou satellitaires). Cette même nappe est aussi concernée par les épisodes de sécheresse qui touchent la Californie depuis plusieurs années (voir un autre billet sur ce blog).

Elise Delgoulet, Centre d’études et de prospective

Sources : Water Resources Research, Water Resources Research

 

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11/09/2015

Biocarburants et changement d’usage des sols : la notion de « greenhouse gas payback time »

Publié avant l’été dans Nature Climate Change, un article, corédigé entre autres par des chercheurs de Radboud University aux Pays-Bas et de l'IIASA, s’intéresse à l’importance de la localisation géographique des productions de biocarburants. L’idée est d’étudier en particulier l’impact de changements d’usage des sols sur les émissions, en prenant en compte la dimension temporelle. Ainsi, les auteurs introduisent le concept de « greenhouse gas payback time » (GPBT) : il s’agit du temps nécessaire aux cultures destinées à la production de biocarburants pour compenser les gaz à effet de serre émis lors du changement d’usage des sols.

Ce travail de modélisation permet aux chercheurs de conclure que le GPBT varie en fonction du type de culture (5 étudiées ici : maïs, colza, soja, canne à sucre et blé d’hiver), des pratiques culturales (avec ou sans intrants) et de l’usage actuel de la surface convertie. La localisation a été identifiée comme le facteur le plus important (expliquant 90 % des variations). Pour l’ensemble de l’exercice, le GPBT varie entre 1 et 162 années (médiane à 19 années), avec la plus longue durée dans les tropiques. Les auteurs déterminent également un GPBT allant de 20 ans pour le colza à 60 ans pour la canne à sucre (en moyenne) en l’absence d’intrants. Cette valeur diminue avec l’application d’intrants pour toutes les cultures, comme l’illustrent par exemple les cartes ci-dessous sur le maïs. Les céréales (maïs et blé d’hiver) ont alors le GPBT le plus faible (moins de 10 années).

Variation du « Greenhouse gas payback time » pour le maïs destiné à la production d’éthanol, en fonction des intrants (irrigation et fertilisants) : avec (en haut) et sans (en bas)

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GPBT2.jpg

Source : IIASA

À partir de ces travaux, les auteurs appellent donc à intégrer la dimension spatiale dans les analyses de cycle de vie. Des travaux complémentaires sur le changement d’usage des sols indirects sont actuellement en cours à l'IIASA, pour lesquels une publication est attendue prochainement.

Elise Delgoulet, Centre d’études et de prospective

Sources : IIASA, Nature Climate Change

 

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La lutte contre l’obésité entre stigmatisation et émancipation des classes populaires

Dans la lignée des fat studiesun champ d’étude consacré à la critique des stéréotypes associés à la forte corpulence -, Actes de la recherche en sciences sociales consacre un dossier à l’obésité comme problème public. Les implications politiques de la lutte contre le surpoids y apparaissent comme fondamentalement ambivalentes.

Menant une enquête sur la perception de soi et les représentations du corps idéal, D. Vandebroeck met en évidence « un consensus certain sur l’association entre une silhouette et une catégorie sociale donnée ». Il rappelle d’ailleurs l’apport des études épidémiologiques sur « l’existence d’une forte relation inverse entre masse corporelle et position sociale, particulièrement nette chez les femmes ».

Pour lui, les jugements sur la corpulence permettent de donner une forme acceptable, euphémisée par le vocabulaire de la responsabilité individuelle, à des intentions discriminatoires (racisme, misogynie, mépris de classe). « La dévalorisation symbolique de la corpulence – et du style de vie qui la produit » est en partie liée à « une intervention accrue de l’État dans la gestion du poids corporel des individus ». « Même s’il s’agit d’efforts tout à fait sincères de maîtrise des effets négatifs de l’obésité », l’action publique contribuerait « à la stigmatisation morale des plus démunis ».

En contrepoint de cette critique virulente, d’autres travaux montrent que les politiques de santé ne peuvent être réduites à l’imposition d’une norme corporelle propre aux classes dominantes. Dans l’étude de E. Martin-Criado sur le contrôle du poids chez les mères de famille des classes populaires en Andalousie, ces politiques jouent aussi comme un levier d’émancipation. L’argument des régimes anti-cholestérol permet aux femmes de prendre des distances avec le repas traditionnel, sans mettre en péril leur qualité de « bonne mère ».

Le dossier aborde également les troubles alimentaires au travail (voir à ce sujet un précédent billet sur les food studies), la place de l’obésité dans l’information télévisée et enfin la naissance de politiques alimentaires territoriales aux États-Unis dans la première moitié des années 1980.

Florent Bidaud, Centre d’études et de prospective

Source : Cairn

Propositions du projet EURODISH pour structurer la recherche européenne en alimentation et santé

L’Union européenne a financé, de 2012 à 2015, le projet EuroDISH (Studying the need for food and health research infrastructures in Europe) piloté par l’université de Wageningen, avec pour objectif de cartographier et caractériser les infrastructures de recherche dans les domaines de l’alimentation, de la nutrition et de la santé. Un article de l’EUFIC en détaille les résultats présentés aux parties prenantes mi-mai dernier dans le cadre de l’exposition universelle de Milan.

Quatre domaines sont étudiés : determinants (D – déterminants), intake (I – consommation), status (S – statut nutritionnel) et health (H – santé). Pour chacun, le projet a identifié les besoins et lacunes en termes d’infrastructures de recherche (IR). Partant du constat qu’une « meilleure synchronisation » est nécessaire pour l’étude des relations entre alimentation, nutrition et santé, la mise en place d’une infrastructure, virtuelle et fonctionnant selon un réseau en étoile, est proposée pour relier les IR existantes et chapeauter les différents domaines.

Parmi les apports possibles de cette proposition (DISH-RI), dont l’achèvement est prévu en 2025 selon la feuille de route, on peut noter l’assistance à la communauté scientifique, la coordination des différents pays, la mise en place de liens entre les chercheurs qui travaillent sur des thématiques communes. Par ailleurs, l’industrie agroalimentaire pourra bénéficier de données actualisées dans le domaine de la nutrition et de la santé. En effet, les données provenant de différentes sources, publiques et privées, seront rassemblées et intégrées, avec un point d’accès central pour les chercheurs et les autres intervenants.

Représentation visuelle de la proposition Eurodish-DISH-RI : les données les outils et les services reliant les différents domaines dans le champ de l’alimentation et de la santé

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Source : EUFIC

Enfin, différents projets d’intérêt, en cours ou à venir, sont cités. Ainsi, des données importantes sont d’ores et déjà disponibles dans le domaine de la nutrition sur le site ENPADASI (European nutritionnal phenotype sharing initiative), développé dans le cadre de la Joint Programming Initiative « A healthy diet for healthy life » (JPI-HDHL). Le projet RICHFIELD, financé dans le cadre d’Horizon 2020 pour débuter en octobre 2015, enrichira quant à lui les données en matière d’effets nutritionnels sur la santé.

Il est prévu que l’infrastructure DISH-RI soit opérationnelle d’ici 10 ans, sachant que le succès de cette ambitieuse entreprise sera évidemment fonction de l’engagement des partenaires et des États membres.

Madeleine Lesage, Centre d’études et de prospective

Source : EUFIC

 

 

10/09/2015

Gaspillage alimentaire : éléments nouveaux publiés par une équipe du Joint Research Center

Une équipe du Joint Research Center (JRC) a publié le 12 août, dans Environmental Research Letters, les résultats de ses travaux sur le gaspillage alimentaire, au niveau du consommateur et à l’échelle de l’Union européenne. Si des estimations avaient déjà été données, tant au niveau international qu’européen, elles présentaient notamment pour limite de ne considérer que des valeurs uniques (gaspillage total et/ou par produit ou groupe de produits), ne prenant pas en compte les incertitudes et manques de données fiables en matière de gaspillage. Les travaux menés par les chercheurs du JRC ont donc eu pour objectif de quantifier d’une part le gaspillage alimentaire au niveau du consommateur, en considérant les incertitudes, et d’autre part une partie des ressources naturelles (eau et azote) nécessaires à la production de ces quantités gaspillées.

Des données fiables n’ont pu être identifiées que dans six États membres (Royaume-Uni – évaluation la plus détaillée avec une étude de terrain auprès de près de 2 000 foyers et la distinction entre différents types de gaspillage –, Pays-Bas, Danemark, Finlande, Allemagne et Roumanie). Les données ont été extrapolées par les chercheurs pour les autres pays. Au niveau européen, le gaspillage alimentaire total représente, en moyenne, 123 kg/pers/an (avec une fourchette de 55 à 190 kg). 80 % de ce volume, soit 97 kg en moyenne, sont considérés comme pouvant être évités (les parties des denrées alimentaires non consommables – noyaux, os, coquilles d’œufs, etc.- sont exclues de cette catégorie). Les variations de quantités gaspillées sont importantes entre pays et liées, selon les auteurs, à des modes de vie et des pouvoirs d’achat différents. De même, le gaspillage diffère selon les produits, les fruits et légumes et les céréales étant les plus concernés.

D’après les résultats présentés, ces quantités représentent des consommations en eau et azote non négligeables et les auteurs élargissent la problématique, en conclusion, à d’autres ressources utilisées (phosphore, énergie, terres). Il convient toutefois de rappeler qu’une définition partagée, à l’échelle internationale, des pertes et gaspillages alimentaires fait toujours défaut.

Julia Gassie, Centre d’études et de prospective

Source : Joint Research Center

 

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Capitalismes agraires. Économie politique de la grande plantation en Indonésie et en Malaisie. Stéphanie Barral

Dans ce livre issu de sa thèse, Stéphanie Barral brosse un portrait historique, économique et social du modèle de la grande plantation, depuis la période coloniale jusqu’à nos jours. Son travail repose sur de l’analyse documentaire, des entretiens, des études de cas, et surtout sur une enquête empirique menée en 2010-2011 selon les préceptes de « l’observation participante ».

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L’auteure commence par rappeler les premiers pas du capitalisme de plantation, dans les colonies néerlandaise et britannique, entre 1860 et 1930. La révolution industrielle européenne augmentait constamment la demande en matières premières des métropoles (caoutchouc, etc.) et les planteurs étaient alors les principaux organisateurs d’une relation salariale violente, faite de châtiments physiques, de travail forcé, d’endettement et d’interdiction de rupture de contrat.

Dans l’après-guerre, la période des indépendances débouche en Malaisie comme en Indonésie sur la construction d’États-nations attentifs aux mouvements syndicaux ouvriers, porteurs d’un droit du travail comme d’une diversification des rapports salariaux. Dans les années 1960, ces pays basculent vers des régimes autoritaires, qui soutiennent les élites économiques et des politiques d’exportation, et favoriseront la croissance hégémonique de la filière palmier à huile.

Deux chapitres présentent ensuite les politiques économiques malaisiennes, puis indonésiennes, des années 1970 à aujourd’hui. En Malaisie, le secteur agricole est d’abord mis au service d’un projet de construction nationale, avant que ne s’enclenche, depuis une vingtaine d’années, un mouvement de développement des plantations privées. En Indonésie, la politique agricole est initialement conçue en réponse aux problèmes de pauvreté rurale, puis elle se libéralise à la fin des années 1980, en privilégiant les grandes firmes.

Des pages intéressantes sont consacrées à la condition ouvrière dans les plantations, aux modes d’habitat, à l’organisation des villages, à la vie quotidienne des familles, au contrôle social exercé par le paternalisme des capitaines d’industrie. On lira également avec intérêt les pages qui, en fin d’ouvrage, montrent comment le capitalisme agraire s’adapte aux nouveaux standards de bonnes pratiques environnementales et sociales.

Bruno Hérault, Centre d’études et de prospective

Lien : Presses de Sciences Po

Voir aussi la note d’Analyse du CEP sur le même sujet

 

09/09/2015

Émissions de méthane : des pistes d’atténuation dans le monde animal et végétal

Cet été, deux publications scientifiques sur le méthane ont attiré l’attention. La première concerne une variété de riz génétiquement modifiée avec de l’ADN d’orge. Les travaux ont été conduits en laboratoire par des chercheurs en Chine, en Suède et aux États-Unis. Ces plants ont la caractéristique d’être moins émetteurs de méthane tout en ayant une productivité plus importante de grains. Au-delà des questions d’acceptation par le consommateur, cette découverte a aussi conduit à des critiques quant aux impacts possibles sur les sols et leurs écosystèmes. En effet, la plus grande production de grains s’accompagne d’une diminution des apports en matière organique (carbone ou nutriments) libérée par la plante dans les sols. Or ce déficit pourrait nécessiter une application supplémentaire de fertilisants azotés, résultant en des émissions de protoxyde d’azote.

La seconde découverte concerne le secteur animal, avec un additif alimentaire pour diminuer le méthane émis par les vaches laitières. Cet inhibiteur, le 3-nitrooxypropanol, permet une réduction des émissions entériques de l’ordre de 30 % par rapport au contrôle, sans affecter la production ou la composition du lait. Cette diminution a lieu dans les deux premières semaines d’utilisation et persistent même au-delà du traitement. Les résultats montrent également un gain de poids des animaux sous traitement. L’expérience a été réalisée sur 48 vaches en stabulation, avec 3 niveaux de prise de l’inhibiteur (entre 40 et 80 mg/kg de matière sèche destinée à l'alimentation), pendant 12 semaines. Une durée que les auteurs souhaiteraient allonger afin de voir si des effets non désirables sont susceptibles d’apparaître sur le long terme.

Sources : PNAS, Nature, Nature

11:17 Publié dans 5. Fait porteur d'avenir, Agronomie, Climat, Enseignement et recherche | Lien permanent | Tags : méthane, atténuation |  Imprimer | | | | |  Facebook

Avancées dans la connaissance des mécanismes des effets cocktails

Dans un article publié le 3 septembre dernier dans la revue Nature Communications, des chercheurs français (Inserm, Cnrs)présentent les résultats de leurs travaux sur un mécanisme moléculaire pouvant contribuer à l’« effet cocktail ». Suspecté jusqu’à présent, ce phénomène correspond au fait que la combinaison, dans des mélanges complexes, de molécules exogènes auxquelles est exposé le corps humain (dont des perturbateurs endocriniens) « pourrait exacerber leur toxicité ».

Travaillant in vitro sur 40 substances (médicaments, pesticides, polluants environnementaux), ils ont montré qu’un œstrogène pharmaceutique et un pesticide organochloré (interdit dans les années 1990 mais persistant), bien que faiblement actifs quand ils sont étudiés séparément, ont « la capacité de se fixer simultanément à un récepteur situé dans le noyau des cellules et de l’activer de façon synergique ». La « coopérativité » entre ces deux molécules « induit un effet toxique à des concentrations largement plus faibles » que pour chacune prise séparément. Selon le communiqué diffusé à l’occasion de la publication de l’article, « si ces travaux sont confirmés in vivo, des retombées importantes sont attendues dans les domaines de la perturbation endocrinienne, la toxicologie et l’évaluation des risques liés à l’utilisation des produits chimiques ».

Sources : Nature communications, CNRS

08/09/2015

Impacts de la sécheresse et transferts d’eau virtuelle aux États-Unis : deux publications récentes

L’université de Davis a actualisé en août ses résultats sur les impacts de la sécheresse en Californie pour l’année 2015 (voir un précédent billet sur ce blog pour plus d’explications sur l’exercice de modélisation). Ainsi, les pertes sont évaluées par les auteurs à 1,84 milliard de dollars pour le secteur agricole (2,74 milliards tous secteurs confondus) et 10 100 emplois saisonniers sont impactés. D’autre part, ils estiment que les ressources en eau souterraine permettent de compenser 70 % de la diminution en eau de surface disponible (avec une augmentation des coûts de pompage et un nombre croissant de puits creusés s’accompagnant d’effets collatéraux comme la subsidence des terrains).

Un autre article, publié dans PNAS, se penche sur les transferts d’eau virtuelle pour les produits agricoles, dont la production mobilise les ressources d’aquifères états-uniennes, en particulier celles de Central Valley, des Grandes plaines et du Mississippi. Les auteurs estiment que 91 % de cette eau virtuelle restent aux Etats-Unis, et que ces transferts représentent 18,5 % de la production domestique de céréales. Ces travaux conduisent également les auteurs à conclure que certains pays comme le Japon, Taiwan ou Panama, dépendent de ces ressources en eau souterraine pour leur approvisionnement domestique en céréales (entre 9 et 10 %).

Sources : UC Davis, PNAS

11:09 Publié dans Enseignement et recherche, Environnement | Lien permanent | Tags : californie, sécheresse, eau, etats-unis |  Imprimer | | | | |  Facebook

L’équilibre fragile de la prise alimentaire entre différentes voies neuronales

Une équipe française (CNRS/Université Paris Diderot) vient de publier, dans Cell Metabolism, les résultats de ses travaux sur le rôle des besoins énergétiques et du plaisir de manger dans la prise alimentaire. Le comportement alimentaire est régulé par différentes voies neuronales et, au regard de l’évolution de pathologies liées à l’alimentation, la compréhension de l’implication et de la connexion de ces circuits est d’importance.

Travaillant, chez des souris, sur un groupe de neurones (NPY/AgRP) situé dans l’hypothalamus et faisant partie du circuit permettant de maintenir l’équilibre énergétique en stimulant la prise alimentaire, les chercheurs ont notamment montré que lorsque ces neurones sont absents ou que leur fonctionnement est inhibé, l’hormone les stimulant active à la place le circuit de la « compensation ». Cette voie entraîne alors une consommation déconnectée des besoins corporels énergétiques et essentiellement dépendante du plaisir donné par la nourriture. Les souris placées dans ce cas mangent des aliments riches en lipides et glucides dans des quantités plus importantes, prennent du poids et sont plus sensibles à des facteurs externes (stress par exemple). Par ailleurs, pour les auteurs, ces résultats montrent qu’« agir à un niveau pharmacologique sur ces neurones pour traiter l’hyperphagie peut être contre-productif ».

Source : CNRS

Inventaires naturalistes et biodiversité agricole

La dernière livraison d’Études rurales porte sur « les mondes des inventaires naturalistes ». Décrire, nommer, ordonner : de l’inventaire botanique au XVIIIe siècle, jusqu’aux inventaires globaux de la biodiversité, la revue trace un parcours original, qui passe notamment par l’Observatoire Agricole de la Biodiversité (OAB), créé en 2010. Suzie Deschamps et Élise Demeulenaere montrent que « la participation à l'OAB suscite chez les agriculteurs des expériences d’observation du vivant, qui contribuent à recréer des ‘’prises’’ sur leur environnement de travail ; elle accompagne la reconfiguration des relations professionnelles, notamment entre agriculteurs et conseillers ». Ainsi, « l’OAB participe au ré-ancrage des pratiques agricoles dans leur milieu, accompagnant ainsi l’évolution actuelle des paradigmes agricoles – de l’artificialisation au pilotage de la nature ».

Source : Cairn

11:06 Publié dans Agriculteurs, Enseignement et recherche, Environnement | Lien permanent | Tags : biodiversité, inventaire naturaliste |  Imprimer | | | | |  Facebook

07/09/2015

L’alimentation, arme du genre ?

Le Journal des anthropologues a récemment consacré un numéro aux croisements entre les études sur l’alimentation et les gender studies. Le dossier fait apparaître l’alimentation comme « un moyen − une arme – très efficace de reproduction de l’ordre du genre ». Il traite, entre autres, de la promotion du régime méditerranéen (qui tendrait à « réifier la division sexuelle inégalitaire du travail domestique »), de l’entrée en dépendance et des habitudes alimentaires des ménages qui « s’en trouvent plus ou moins transformées, pouvant conduire, dans certains cas, à une monotonie alimentaire, voire à un appauvrissement nutritionnel ». Le numéro aborde aussi le« genre de l’ivresse », avec une étude sur l’évolution des consommations d’alcool chez les étudiant-e-s.

Source : Journal des anthropologues

11:00 Publié dans Alimentation et consommation, Enseignement et recherche | Lien permanent | Tags : alimentation, gender studies |  Imprimer | | | | |  Facebook

25/06/2015

Des mesures agro-environnementales efficaces pour limiter le lessivage des nitrates issus de l’élevage bovin en Irlande

Les résultats d’une étude récemment publiée dans la revue scientifique Agriculture, Ecosystems & Environment démontrent les bons résultats de mesures agro-environnementales irlandaises visant à réduire le lessivage des nitrates issus de l’élevage bovin.

Les mesures agro-environnementales, dispositif volontaire du deuxième pilier de la Politique agricole commune, visent à inciter les agriculteurs à adopter des pratiques plus favorables à l’environnement. En Irlande, le programme de protection de l’environnement en milieu rural (Rural Environment Protection Scheme - REPS) est en place depuis 1994. Un agriculteur en faisant partie doit notamment s’engager à limiter l’apport d’azote sur ses parcelles (apport maximum de 170 kg par ha et par an).

Une équipe de recherche irlandaise (Teagasc) a étudié pendant trois ans deux systèmes d’élevage de bovins allaitants, principalement sur prairies permanentes, l’un conduit de manière intensive, l’autre selon le cahier des charges du REPS. Les taux de nitrates en profondeur dans le sol (- 1 m) ont été régulièrement mesurés.

Ces travaux montrent que les quantités de nitrates lessivées dans les eaux souterraines sont très significativement inférieures dans le système REPS. En effet, selon les calculs effectués, les quantités moyennes de nitrates lessivées étaient de 63 kg par ha et par an pour le système intensif alors qu’elles n’étaient que de 15 kg par ha et par an pour le système REPS. Ainsi, les chercheurs démontrent qu’il est possible de conduire un élevage bovin de manière plus durable en Irlande et suggèrent que ce type de système pourrait fortement contribuer à l’atteinte de l’objectif de « bon état écologique des masses d’eau » de la Directive cadre sur l’eau.

Clément Villien, Centre d’études et de prospective

Source : Agriculture, Ecosystems & Environment

09:29 Publié dans Enseignement et recherche, Environnement, Exploitations agricoles | Lien permanent | Tags : teagasc, irlande, élevage, nitrates, mae |  Imprimer | | | | |  Facebook

24/06/2015

Modeler les prises alimentaires : publication des résultats d’une méta-analyse

Dans son édition datée de juillet 2015, la revue Social influence publie les résultats d’une méta-analyse conduite sur le modelage des prises alimentaires (modeling of food intake). La multiplication des travaux depuis le début des années 2000 sur ce sujet permet de disposer d’une masse critique de résultats et les auteurs ont pu s’appuyer sur 38 articles pour quantifier les effets d’individus (« modèles sociaux ») sur la prise alimentaire d’autres personnes. L’exemple donné en début d’article illustre la thématique : deux jours de suite, vous consommez le même repas au restaurant mais avec deux personnes différentes ; les quantités que vous mangerez à chaque fois vont dépendre notamment de celles que l’autre convive consommera.

Cet article comprend un rappel des principaux résultats de la littérature sur le modelage, l’une des influences sociales les plus fortes sur les prises alimentaires. Ce modelage découle des informations sur les quantités appropriées de nourriture à consommer données par les autres convives, et du fait que la notion de « bonne » quantité est souvent ambiguë. Les signaux internes (faim, satiété) sont souvent peu fiables et les personnes peuvent s’appuyer sur l’exemple des autres ou chercher à maximiser leur consommation sans paraître manger excessivement (au sens de « manger plus que ce que les autres mangent »). Ainsi, les normes perçues de la prise alimentaire appropriée servent de médiateur à l’influence des modèles sociaux. La robustesse du modelage est l’un de ses traits les plus notables, observé dans des situations diverses (y compris quand le modèle n’est pas présent physiquement), sachant que des caractéristiques individuelles du modèle (empathie, extraversion, etc.) vont faire varier son influence.

Parmi les résultats de cette méta-analyse, on peut retenir que manger avec une personne à basse consommation peut amener les autres individus à restreindre leurs propres prises alimentaires, cette restriction étant soit perçue comme saine et désirable, soit comme exacerbant des comportements non sains chez les individus à risque de désordre alimentaire. Par ailleurs, manger avec un modèle à consommation élevée peut conduire à une certaine indulgence et à une prise énergétique excessive. Les modèles sociaux semblent toutefois avoir plus d’effets inhibiteurs qu’incitateurs. En conclusion, les auteurs soulignent notamment l’intérêt potentiel de l’utilisation des modèles sociaux pour promouvoir des régimes alimentaires sains.

Julia Gassie, Centre d’études et de prospective

Source : Social Influence

09:23 Publié dans Alimentation et consommation, Enseignement et recherche | Lien permanent | Tags : modelage, prises alimentaires |  Imprimer | | | | |  Facebook

19/06/2015

Les nourritures. Philosophie du corps politique. Corine Pelluchon

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Pourquoi les enjeux du développement durable et de l'agro-écologie, la question du bien-être animal ou la préservation de la saine alimentation ont-ils autant de mal à entrer dans le champ des délibérations démocratiques ? Que faire pour que les éthiques environnementales, élaborées au fil des décennies, pénètrent vraiment les institutions et débats politiques ? Telles sont les questions auxquelles Corine Pelluchon (professeure à l’université de Franche-Comté) essaie de répondre dans ce dense et solide essai philosophique paru début 2015.

Il serait vain de chercher à résumer ses réflexions, qui visent dans une première partie (avec Husserl et surtout Lévinas) à élaborer une nouvelle phénoménologie de l’existence, puis dans la seconde partie (avec Hobbes, Locke, Rousseau, Rawls) à rénover le « contrat social » et à fonder une véritable démocratie écologique. Dans le cadre de ce blog de veille, on se contentera de présenter quelques linéaments de son raisonnement :

1. La faim et la satiété sont les points de départ de nos expériences et de notre existence. Notre rapport au monde est, au commencement, un rapport à ce qui alimente notre corps et à ceux qui l’alimentent. Cette « corporéité du sujet » fait que vivre, c’est toujours « vivre de ».

2. Nous reproduisons constamment ce schéma alimentaire primordial et nous nous « nourrissons » littéralement d’air, de lumière, d’eau et de saveurs, mais aussi de travail, de sentiments, de culture ou de paysages. Nous incorporons tous ces milieux qui nous entourent, nous sommes ce dont nous dépendons et qui nous perfuse. En assurant notre subsistance, le monde définit notre substance.

3. Cette « phénoménologie des nourritures » induit un changement des rapports avec la nature. Si nous sommes consubtantiels à notre environnement, celui-ci ne peut plus être pensé, comme dans l’écologie classique ou les théories du développement durable, en termes de « ressources » externes qu’il s’agirait d’exploiter, de protéger ou de sanctuariser.

4. Parler de « nourritures » plutôt que de « ressources » amène à considérer que notre existence ne peut pas être individuelle : elle est nécessairement collective car nous appartenons au monde de toutes les espèces, de l’écosphère et de la biodiversité. Habiter la terre, c’est partager la « maison commune », c’est-à-dire l’espace et le milieu des autres existants.

5. De fait, l’homme ne peut plus assujettir, exploiter, industrialiser et chosifier les animaux, co-habitants intimement mêlés à nos vies, qui doivent bénéficier de respect, de droits positifs et de conditions décentes d’accomplissement. Il est temps de procurer à la question animale une ontologie et une théorie politique.

6. La faim étant ce besoin primitif qui marque notre dépendance essentielle, manger est un acte économique, moral et politique. Il faut donc renforcer le droit à l'alimentation, à la souveraineté alimentaire, reconnaître le caractère spécifique du commerce des denrées et le doter d’une protection internationale adaptée.

Bruno Hérault, Centre d’études et de prospective

Lien : Éditions du Seuil

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