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19/06/2015

Les nourritures. Philosophie du corps politique. Corine Pelluchon

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Pourquoi les enjeux du développement durable et de l'agro-écologie, la question du bien-être animal ou la préservation de la saine alimentation ont-ils autant de mal à entrer dans le champ des délibérations démocratiques ? Que faire pour que les éthiques environnementales, élaborées au fil des décennies, pénètrent vraiment les institutions et débats politiques ? Telles sont les questions auxquelles Corine Pelluchon (professeure à l’université de Franche-Comté) essaie de répondre dans ce dense et solide essai philosophique paru début 2015.

Il serait vain de chercher à résumer ses réflexions, qui visent dans une première partie (avec Husserl et surtout Lévinas) à élaborer une nouvelle phénoménologie de l’existence, puis dans la seconde partie (avec Hobbes, Locke, Rousseau, Rawls) à rénover le « contrat social » et à fonder une véritable démocratie écologique. Dans le cadre de ce blog de veille, on se contentera de présenter quelques linéaments de son raisonnement :

1. La faim et la satiété sont les points de départ de nos expériences et de notre existence. Notre rapport au monde est, au commencement, un rapport à ce qui alimente notre corps et à ceux qui l’alimentent. Cette « corporéité du sujet » fait que vivre, c’est toujours « vivre de ».

2. Nous reproduisons constamment ce schéma alimentaire primordial et nous nous « nourrissons » littéralement d’air, de lumière, d’eau et de saveurs, mais aussi de travail, de sentiments, de culture ou de paysages. Nous incorporons tous ces milieux qui nous entourent, nous sommes ce dont nous dépendons et qui nous perfuse. En assurant notre subsistance, le monde définit notre substance.

3. Cette « phénoménologie des nourritures » induit un changement des rapports avec la nature. Si nous sommes consubtantiels à notre environnement, celui-ci ne peut plus être pensé, comme dans l’écologie classique ou les théories du développement durable, en termes de « ressources » externes qu’il s’agirait d’exploiter, de protéger ou de sanctuariser.

4. Parler de « nourritures » plutôt que de « ressources » amène à considérer que notre existence ne peut pas être individuelle : elle est nécessairement collective car nous appartenons au monde de toutes les espèces, de l’écosphère et de la biodiversité. Habiter la terre, c’est partager la « maison commune », c’est-à-dire l’espace et le milieu des autres existants.

5. De fait, l’homme ne peut plus assujettir, exploiter, industrialiser et chosifier les animaux, co-habitants intimement mêlés à nos vies, qui doivent bénéficier de respect, de droits positifs et de conditions décentes d’accomplissement. Il est temps de procurer à la question animale une ontologie et une théorie politique.

6. La faim étant ce besoin primitif qui marque notre dépendance essentielle, manger est un acte économique, moral et politique. Il faut donc renforcer le droit à l'alimentation, à la souveraineté alimentaire, reconnaître le caractère spécifique du commerce des denrées et le doter d’une protection internationale adaptée.

Bruno Hérault, Centre d’études et de prospective

Lien : Éditions du Seuil

09:07 Publié dans Enseignement et recherche, Environnement | Lien permanent |  Imprimer | | | | |  Facebook

26/05/2015

Pour une nouvelle science des systèmes alimentaires durables

L’International Panel of Experts on Sustainable Food Systems (IPES-Food), groupe d’experts internationaux soutenu par la Fondation Daniel et Nina Carasso, créé en mai 2014 et présidé par Olivier De Schutter et Olivia Yambi, a rendu public en mai son premier rapport The new science of sustainable food systems – Overcoming barriers to food systems reform. Pour ces experts, faire évoluer les systèmes alimentaires vers davantage de durabilité nécessite de développer de nouveaux paradigmes scientifiques et de produire une image cohérente de ces systèmes et de leur économie politique.

Le rapport trace tout d’abord les contours d’un nouveau cadre d’analyse des systèmes alimentaires : réseaux d’interactions, synergies et boucles de rétroactions entre acteurs ; diversité des politiques ayant un impact potentiel (cf. schéma ci-dessous) ; relations de pouvoir et économie politique des systèmes. La nécessité de comprendre la durabilité des systèmes alimentaires à différentes échelles et de façon holistique est également mise en avant.

Some of the potential policy influences on food systems

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Source : IPES-Food

La seconde partie du rapport pose les principes d’une nouvelle science transdisciplinaire sur les systèmes alimentaires durables, à même de produire les savoirs pour accompagner la transition. La troisième partie considère quant à elle les initiatives passées et présentes, à l’interface entre science, politique et pratique.

En conclusion, pour l’IPES-Food, la fragmentation (politique, thématique) des initiatives est un risque majeur. L’enjeu est ici de faire en sorte que celles-ci travaillent ensemble afin d’unifier les espaces de gouvernance alimentaire, notamment en internalisant un mode systémique d’analyse et en élargissant le cadre thématique de questionnement. Par exemple, le changement climatique doit être pleinement pris en compte dans des études centrées sur l’amélioration des trajectoires nutritionnelles. Établissant un parallèle avec les travaux de l’IPCC sur le climat, le groupe d’experts pose qu’une masse critique de preuves doit être atteinte et transposée en recommandations politiques afin de créer une dynamique de transformation des systèmes alimentaires. Enfin, le rapport insiste sur l’interconnection entre science et praticiens.

Julia Gassie, Centre d’études et de prospective

Source : IPES-Food

 

09:23 Publié dans Enseignement et recherche | Lien permanent | Tags : systèmes alimentaires durables |  Imprimer | | | | |  Facebook

20/05/2015

Quelle place faut-il faire aux animaux en sciences sociales ? L’agentivité animale en question

Dominique Guillo (CNRS) livre, dans la Revue française de sociologie, un éclairage exigeant sur le renouveau actuel des travaux autour des relations homme-animal. Pour plusieurs raisons, la thèse du « Grand Partage » moderne entre nature et culture, avancée par Bruno Latour et reprise par Philippe Descola, pour rendre compte de l’exclusion des animaux du champ des sciences sociales, ne tient pas. Sous des airs de radicalité, les recherches ethnométhodologiques, d’une part, en anthropologie des sciences, d’autre part, reconduiraient en fait une posture, figée au XXe siècle, d’opposition entre sciences humaines et sciences de la nature, là où les travaux des fondateurs de la sociologie, au XIXe siècle (Durkheim, Weber), reconnaissaient une certaine continuité entre homme et animaux, ainsi que l’intérêt de collaborer avec les biologistes. Entre-temps, le racisme et l’eugénisme ont pour ainsi dire forcé les sciences sociales à dramatiser l’opposition entre nature et culture (l’humain irréductible à la biologie) et à reproduire les dualismes classiques de la philosophie. Aujourd’hui, pour l’auteur, il importe de ne pas perpétuer ces oppositions en faisant mine de les dépasser, et d’établir « un dialogue sans réductions croisées des sciences sociales avec les sciences de la vie ».

Lien : Revue française de sociologie

09:07 Publié dans Enseignement et recherche, Société | Lien permanent | Tags : animal, sciences sociales |  Imprimer | | | | |  Facebook

Biocarburants et débat public : la rhétorique des générations technologiques

Dans un article publié par la revue de sciences de la communication Réseaux, Thomas Tari (université Paris-Est) entreprend de décortiquer les usages de la notion de « génération » technologique (comme dans « OGM de nième génération »). Il le fait pour le cas des biocarburants, à partir d’un important travail de documentation (constitution d’une base de données à vocation exhaustive de 197 projets de recherche dans le domaine des bioénergies) et d’enquête (50 entretiens avec des chercheurs et managers de la recherche). Cette notion apparaît d’emblée « fortement liée à la trajectoire sociale de ces innovations et aux controverses qu’elles ont parfois suscitées dans l’espace public ». Elle constitue aussi une ressource rhétorique utile pour dialoguer entre experts, « mais surtout avec leurs tutelles, l’État, les médias et le grand public ». Pour l’auteur, ce faisant, elle contribue aussi à infantiliser et obscurcir le débat. Son travail de clarification « constitue donc un plaidoyer pour l’abandon de ce concept, potentiellement néfaste en ce qu’il véhicule un discours simplificateur, qui ne représente aucunement des choix de sociétés essentiels » dans le contexte de la transition énergétique.

Lien : Réseaux

09:06 Publié dans Biomasse/Biocarburants, Enseignement et recherche | Lien permanent | Tags : biocarburants |  Imprimer | | | | |  Facebook

10/04/2015

La sécurité sanitaire des aliments face au changement climatique

Food Research International a publié un numéro spécial sur les risques sanitaires alimentaires et les impacts attendus du changement climatique. L’éditorial rédigé à cette occasion propose un tour d’horizon intéressant sur cette problématique, mettant en perspective les articles de ce numéro au regard de la littérature existante.

Dans un premier temps, une recherche bibliographique sur Scopus (base de données d’articles publiés dans des revues à comité de lecture) avec les expressions « climate change » et « food safety » (ou « food chemistry ») met en évidence la relative nouveauté de ce sujet interdisciplinaire (33 publications en juillet 2014, contre 20 en 2010). L’éditorial montre aussi l’évolution des connaissances sur ce sujet via les travaux cités dans les derniers rapports du GIEC, des informations de plus en plus nombreuses mais jugées limitées (peu de résultats de terrain ou d’analyses quantitatives par exemple).

Puis, des impacts attendus du changement climatique sont développés dans l’éditorial : maladies d’origine alimentaire et micro-organismes, mycotoxines, ainsi que nuisibles et usages de pesticides. Sur ce dernier point, une revue de la littérature scientifique est proposée, qui conclut à une utilisation potentiellement accrue de pesticides (doses, fréquences, volumes et diversité des produits appliqués). De plus, le changement climatique augmenterait la volatilité et la vitesse de dégradation de ces pesticides.

Au-delà de ces conclusions essentiellement qualitatives, ce numéro considère aussi des approches quantitatives (analyse statistique et études de terrain). Il est complété par des travaux mobilisant des scénarios climatiques afin d’évaluer les impacts des évolutions du climat sur la distribution des mycotoxines (en Espagne et en Belgique), des toxines paralysantes des algues (PSP) ou encore du Vibrio parahaemolyticus dans les huîtres. Un article présente également les résultats d’une étude Delphi sur les stratégies d’adaptation pour garantir une sécurité sanitaire des aliments dans le temps long.

Nombre d’articles de cette livraison de Food Research International sont issus des travaux réalisés dans le cadre du projet européen Veg-i-Trade, centré sur les produits frais, lancé en 2010 pour une durée de 4 ans et financé par le septième programme-cadre européen (2007-2013) pour la recherche et le développement technologique.

Élise Delgoulet, Centre d’études et de prospective

Source : Food Research International

07/04/2015

Stratégies d’adaptation des plantes pour mobiliser l’eau du sol : une étude à l’échelle mondiale

Publiée dans Nature, une étude, résultat d’un travail collaboratif à l’échelle mondiale, explore la capacité des plantes à gérer le compromis entre mobilisation de l’eau du sol et croissance (acquisition de carbone). Les chercheurs ont utilisé des données issues d’environnements différents (zones arides, forêt amazonienne, etc.), et ainsi mis en évidence des stratégies adaptatives fonction de l’écosystème. Ce travail ouvre de nouvelles pistes pour une meilleure compréhension des impacts possibles du changement climatique sur les végétaux.

Sources : Nature, Inra

09:40 Publié dans Agronomie, Enseignement et recherche | Lien permanent | Tags : eau |  Imprimer | | | | |  Facebook

17/03/2015

Systèmes de connaissances pour les agriculteurs dans l’UE

Dans sa lettre d’information n°18 de février 2015, le Service Point du Partenariat Européen pour l’Innovation « agriculture productive et durable » présente les résultats d’un inventaire des Systèmes européens de connaissances et d’informations agricoles, qui traite plus particulièrement des services de conseil agricole dans les différents pays de l’Union européenne. Cet inventaire a été réalisé dans le cadre du projet Prospects for Farmers’ Support: Advisory Services in European AKIS (PRO-AKIS). Outre un rapport par pays (rapport sur le système français de conseil rédigé par P. Labarthe - Inra), ce projet a permis la construction d’une base de données et d'une carte à consulter en ligne reprenant les nombreux systèmes de connaissances auxquels participent les agriculteurs européens.

Le rapport de synthèse souligne la diversité des systèmes de conseil en Europe, très liés à l’histoire de chaque pays. Le niveau d’implication de l’État est variable, et, si quatre types d’institutions sont en général présents (le public, le privé, les farm boards organisations (chambres d’agricultures, syndicats, organisations de producteurs) et les ONG), leur importance relative diffère. Les sources de financement sont multiples et associent en général des fonds publics (européens, nationaux ou régionaux) et privés.

Selon le rapport, le public cible des organismes de conseil publics serait plutôt les exploitations moyennes et petites et les jeunes agriculteurs, les organisations privées (à but lucratif ou non lucratif), et les farm board organisations seraient davantage tournées vers l’ensemble des exploitations. De plus, de nouveaux clients pour le conseil sont apparus. Il s’agit des jeunes agriculteurs, des familles, des habitants ruraux, des émigrants, des femmes et des ONG.

Les sujets principaux de conseil sont les productions végétale et animale, la comptabilité, les taxes et les bonnes conditions agronomiques et environnementales. À ces domaines s’ajoutent les problématiques de diversification et de développement rural pour les exploitations de petites taille. Les nouvelles thématiques, à la fois en termes de conseil et de recherche, sont les énergies renouvelables, les OGM, l’agriculture de précision, le biogaz, l’adaptation au changement climatique, la gestion de la ressource en eau, de la biodiversité. Le rapport note également une tendance à la décentralisation et à la fragmentation des systèmes de conseil, notamment en France, en Espagne, en Grèce, au Portugal, en Italie et en Pologne, à la commercialisation et à la privatisation du conseil et à l’augmentation de la concurrence entre producteurs de conseil avec une montée en puissance des ONG et des farm board organisations.

Chaque État membre était obligé d’établir un système de conseil national agricole pour adapter les exploitations aux bonnes conditions agricoles et environnementales (BCAE). Dans la majorité de ces États (23), ce conseil national est coordonné et supervisé par les pouvoirs publics. La plupart des États ont mis en place un système d’accréditation et de certification des conseillers. La mesure 114 « Utilisation des services de conseil agricole » a cofinancé des exploitants dans 20 États membres, seules l’Autriche, la Belgique, la Bulgarie, la Finlande, la France, l’Irlande et la Slovénie ne l’ont pas utilisée. Elle était jugée peu attractive par les agriculteurs étant donné les conditions de financement (petit montant d’aide, cofinancement obligatoire par l’agriculteur, pas de financement de la TVA). La mesure additionnelle 115 pour la mise en place de services de conseil a elle été utilisée dans deux länder allemands, certaines régions en Italie, à Malte, au Portugal et en Espagne.

Anne-Sophie Wepierre, Centre d’études et de prospective

Source : EIP-AGRI

10:24 Publié dans Agriculteurs, Enseignement et recherche | Lien permanent | Tags : pei, akis, systèmes de connaissance |  Imprimer | | | | |  Facebook

10/03/2015

Les sujets prioritaires de recherche pour l’EFSA, à l’horizon 2020

Dans le cadre du projet Horizon 2020, lancé en 2011 par la Commission européenne et dans lequel avaient été retenus trois domaines prioritaires de recherche (excellence scientifique, leadership industriel et challenges sociétaux), l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a identifié, dans un récent rapport d’expertise, 42 priorités de recherche. Relatives à l’axe « challenges sociétaux », certaines de ces priorités avaient déjà été identifiées en 2012 et 2013.

Parmi les sujets mis en avant par l’Agence figurent différents domaines liés à la production agricole et alimentaire, nécessitant des travaux de recherche et des développements méthodologiques pour appuyer une évaluation scientifique et une évaluation des risques. Peuvent notamment être cités :

- des sujets liés à l’environnement et à la santé : impacts des mélanges chimiques sur l’homme et l’environnement, produits chimiques et maladies émergentes ;

- des sujets liés à la santé et au bien-être des animaux : perception par les agriculteurs et les consommateurs, innocuité des nouveaux additifs alimentaires utilisés en aquaculture, pour les santés animale et humaine et pour l’environnement, nouvelles méthodes alternatives in vitro en toxicologie pour réduire le recours à l’expérimentation animale ;

- des sujets liés aux comportements alimentaires : sources alternatives de protéines (insectes par exemple) ;

- des sujets liés aux pratiques agricoles : impact global des pratiques agricoles sur les ravageurs des cultures, protocoles écologiques de surveillance pour contrôler ces ravageurs.

Le présent rapport fait suite à des consultations effectuées au cours de l’été 2014 auprès des instances de l'EFSA. L’Agence poursuivra ce travail afin d’appuyer la Commission dans l’identification des sujets de recherche prioritaires.

Madeleine Lesage, Centre d’études et de prospective

Source : EFSA

09:50 Publié dans Enseignement et recherche, Santé et risques sanitaires | Lien permanent | Tags : efsa |  Imprimer | | | | |  Facebook

06/02/2015

L'agriculture urbaine en Afrique subsaharienne : rendements, impacts environnementaux et risques pour la santé humaine

La revue Agronomy for Sustainable Development vient de publier les résultats d'une étude du CIRAD sur les rendements de l'agriculture urbaine au Bénin et ses impacts environnementaux. Le cas étudié est celui de la tomate conduite en jardin urbain, production de plus en plus intensive à mesure qu'augmentent la demande et la pression foncière (plusieurs récoltes sur une année, pas de rotation, recours aux intrants chimiques).

En appliquant la méthode de l'analyse du cycle de vie sur différentes parcelles, ont été rassemblées des données sur les intrants du système (eau, énergie, traitements phytosanitaires, engrais) et ses sorties (effluents, rendements). Les rendements sont variables, mais globalement faibles, pour un bilan en nutriments élevé, et un usage des pesticides lui aussi « très variable, mais surtout excessif » (« un indice de fréquence des traitements pesticides de 8,9 en moyenne et une variation comprise entre 2,7 et 25 », contre une valeur de 1 pour les bonnes pratiques).

Il est sans doute difficile d'extrapoler à partir de ces résultats très localisés, qui dépendent du niveau de formation agronomique d'agriculteurs donnés, et qui portent sur un seul produit.Cette étude est d'ailleurs présentée comme « un premier pas vers une évaluation environnementale complète des systèmes maraîchers africains selon la méthode du cycle de vie ». Cependant, les résultats obtenus renvoient à une préoccupation récurrente dans les pays en voie de développement. L'agriculture urbaine, qu'elle soit commerciale ou de subsistance, est porteuse de différents bénéfices, souvent analysés à travers le prisme de la « multi-fonctionnalité » (voir à ce sujet un précédent billet sur ce blog) : raccourcissement des circuits d'approvisionnement, accès à une diversité de fruits et légumes, autonomie alimentaire des ménages et maintien des traditions paysannes, etc. Mais elle pose aussi des questions de santé publique, de plus en plusprésentes dans les pays du Nord, avec le développement des jardins partagés par exemple. Les études portant sur l'impact des pollutions (du sol, atmosphériques – voir à ce sujet un précédent billet sur ce blog), sur la diffusion des maladies (malaria notamment) se sont ainsi multipliées. D'autres stratégies d'intensification sont également explorées (bouclage des cycles dans le cadre d'une ingénierie agro-écologique, confinement dans des serres voire des « fermes verticales » sans interaction avec l'environnement urbain).

Florent Bidaud, Centre d'études et de prospective

Sources : CIRAD, Agronomy for Sustainable Development

10:41 Publié dans Développement, Enseignement et recherche | Lien permanent | Tags : agriculture urbaine |  Imprimer | | | | |  Facebook

04/02/2015

Arbres, forêts et changement climatique

L'Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (Onerc) a publié début 2015 un rapport consacré cette année aux arbres et aux forêts en France métropolitaine, ouvrage auquel de nombreux auteurs ont contribué, venant de divers organismes : ONF, IRSTEA, GIP ECOFOR, CNPF-IDF, Onerc, etc. Intitulée L'arbre et la forêt à l'épreuve d'un climat qui change, cette publication synthétise les connaissances actuelles, ainsi que les incertitudes liées, sur la vulnérabilité et les adaptations des arbres et forêts face au changement climatique.

Le lecteur y trouvera plusieurs chapitres dédiés :

- aux impacts attendus d'une modification du climat (réarrangement de la répartition géographique des espèces, modifications du cycle de développement des arbres, recrudescence des insectes et pathogènes) ;

- au rôle protecteur de la forêt (par exemple contre les avalanches, l'érosion des sols) ;

- aux adaptations possibles dans un contexte incertain, avec une présentation d'une démarche d'aide à la décision et un volet sur les potentialités de l'agroforesterie pour les espaces agricoles ;

- à la filière forêt-bois, secteur influençant l'adaptation et l'atténuation du changement climatique.

L'ouvrage se termine sur une proposition de balade dans une forêt de l'Allier en 2050, un exercice narratif et prospectif.

Lien : La Documentation française

10:36 Publié dans Climat, Enseignement et recherche, Forêts Bois | Lien permanent | Tags : changement climatique, forêt |  Imprimer | | | | |  Facebook

14/01/2015

Séminaire « Des animaux de compagnie aux espèces compagnes » : un nouveau front de recherche en sciences sociales

Les relations homme-animal font l’objet d’une attention croissante, comme en témoigne la multiplication des colloques et publications consacrés à ce sujet. Deux questions concentrent l’essentiel du débat : la préservation de la biodiversité sauvage et la cohabitation avec les grands prédateurs (loups, ours), d’une part, le bien-être et la mise à mort des animaux d’élevage, d’autre part. Les relations avec les animaux dits « de compagnie » restent, elles, assez peu analysées, alors qu’elles nourrissent un secteur économique important et ont un effet structurant sur le rapport à d’autres catégories d’animaux.

Contribuant à combler cette lacune, un séminaire de recherche pluri-disciplinaire, inauguré le 12 janvier, soutenu par l’Observatoire CNIEL des Habitudes Alimentaires (OCHA) et la Fondation Adrienne & Pierre Sommer, traitera au cours du premier semestre 2015 de la thématique « Des animaux de compagnie aux espèces compagnes ». Au fil de ses six séances, il proposera une discussion des approches récentes, en faisant dialoguer sociologie et biologie, pour « proposer de nouvelles distinctions théoriques et de nouveaux outils conceptuels permettant de saisir le sens et l’importance de la socialité entre humains et animaux ».

Les sciences sociales se sont en effet renouvelées, depuis les années 1980, en posant la question du rôle des objets dans la coordination de l’action. Les grands partages entre « nature » et « société », entres « états de chose » et « états de personne », ont été remis en question par la formalisation des phénomènes de « réseau » et l’analyse systématique des différents « régimes » d’action. Dans les travaux de Bruno Latour et Michel Callon en sociologie des sciences, et dans ceux de Luc Boltanski et Laurent Thévenot du côté de l’économie des conventions, les animaux avaient une place certaine (comme support d’expérimentation ou comme produit « qualifié »), mais discrète. S’intéresser aux animaux de compagnie permet aujourd’hui de prolonger ce programme de recherche et de l'ouvrir à de nouvelles problématiques. Le séminaire s’intéressera ainsi, entre autres, aux origines de la catégorie « animal de compagnie », aux soins par le contact animalier, aux soins vétérinaires en cabinet et aux frontières entre animal de travail et animal de compagnie.

Signalons enfin, sur le même sujet, a) une recherche comparative concernant la mise à mort des animaux et b) l’organisation par AgroParisTech d’un cycle de conférences sur les relations homme-animal.

Florent Bidaud, Centre d’études et de prospective

Source : Fondation Adrienne & Pierre Sommer

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09/01/2015

La Commission européenne publie un rapport sur les priorités de recherche en alimentation à 2050

Fin 2014, la Commission européenne a publié le résultat d’un travail prospectif intitulé Tomorrow’s Healthy Society – Research Priorities for Foods and Diets. Conduit par le Joint Research Center (JRC) à la demande de la Direction générale de la recherche et de l’innovation, ce travail a pour objectif d’appuyer la mise en œuvre d’Horizon 2020. Centrée sur le consommateur européen et s’appuyant sur les facteurs influençant les habitudes alimentaires, cette démarche participative a conduit à l’élaboration de quatre scénarios décrivant la situation de l’Union européenne en 2050. En a découlé l’identification de priorités de recherche.

Pour appuyer la construction des scénarios, une carte de la consommation alimentaire a été établie sur la base notamment d’une revue de la littérature. Quatre facteurs majeurs influençant directement cette consommation, et de fait la santé du consommateur, sont mis en évidence : la régulation physiologique de l’appétit, les choix alimentaires, l’offre alimentaire et l’accessibilité aux produits. Gouvernance et innovation sont identifiées comme des facteurs transversaux.

Centrés sur l’Union européenne et le consommateur, les quatre scénarios exploratoires ont été construits à partir de deux axes principaux, le prix des produits agricoles (faible ou élevé) et les valeurs sociétales (société individualiste ou esprit communautaire fort) :

  1. « Healthy new world » (caractérisé notamment par des efforts importants de prévention des maladies),

  2. « Heal the world » (une chaîne alimentaire européenne plus durable sur le plan environnemental),

  3. « Eat to live » (des inégalités significativement accrues),

  4. « Me, myself and I » (des progrès technologiques).

Ces scénarios ont été ensuite utilisés pour identifier des priorités de recherche pour des régimes alimentaires sains à l’horizon 2015, avec quatre enjeux déclinés en dix thématiques :

Les quatre enjeux et les dix priorités de recherche identifiés

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Source : JRC

Le JRC souligne enfin la nécessité d’une approche holistique et interdisciplinaire, reflétant une vision systémique des enjeux sociétaux et des opportunités.

Julia Gassie, Centre d’études et de prospective

Source : Joint Research Center

 

15:53 Publié dans 1. Prospective, Alimentation et consommation, Enseignement et recherche | Lien permanent | Tags : jrc |  Imprimer | | | | |  Facebook

11/12/2014

Découverte d’une protéine aux propriétés antibiotiques bactéricides

Des chercheurs de l’Institut de microbiologie de l'École Polytechnique Fédérale de Zurich ont découvert une protéine aux propriétés antibiotiques bactéricides, la copsine, dans le champignon Coprinopsiscinerea.

Le mécanisme d’action de cette protéine, particulièrement stable et capable de se maintenir plusieurs heures à 100 °C, serait lié à sa capacité à se lier aux lipides constitutifs de la paroi bactérienne et à détruire ainsi la bactérie.

Structure tri-dimensionnelle de la copsine

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Source : Essig A et al. JBC 2014

Pour Markus Aebis, qui a dirigé les travaux, l’intérêt potentiel principal, au-delà d'une éventuelle utilisation en thérapeutique, serait de savoir comment ces antibiotiques naturels ont pu garder une activité pendant des millions d’années alors que certains antibiotiques, utilisés depuis seulement quelques décennies, deviennent inactifs. Les structures végétales de type moisissures semblent avoir un code génétique interne leur permettant d’utiliser ces substances sans induire de résistance. Décoder cette instruction serait un sujet de recherche important.

Les applications potentielles de la copsine sont d'ores et déjà enregistrées et protégées par un brevet. Ainsi, une valorisation serait envisageable en industrie alimentaire. En effet, la copsine se révèle efficace contre la bactérie listeria, à l'origine d’intoxications alimentaires dues à la consommation d'aliments non traités par la chaleur (fromages au lait cru et viandes séchées).

Madeleine Lesage, Centre d’études et de prospective

Source : École Polytechnique Fédérale de Zurich

 

10/12/2014

Favoriser les pratiques favorables à la qualité des sols : résultats du projet de recherche européen « Catch-C »

Le 19 novembre 2014, à Bruxelles, ont été présentés les principaux résultats du projet de recherche « Catch-C » sur la qualité des sols. Ce projet européen, dont l’objectif était d’identifier et de favoriser l’adoption de pratiques agricoles favorables à la productivité agricole, à l’atténuation du changement climatique et à la qualité des sols, est le fruit d’une collaboration entre instituts de recherches de huit pays européens (dont la France). Les travaux ont porté sur les effets de ces pratiques, sur les freins et les leviers à leur adoption par les agriculteurs et sur leur prise en compte dans les politiques publiques.

L’incidence d’une cinquantaine de pratiques sur la qualité des sols, l’atténuation du changement climatique et la productivité a été évaluée, en s’appuyant sur les résultats de nombreuses expérimentations de long terme, menées à travers l’Europe. Ces travaux montrent les effets bénéfiques de certaines pratiques, comme la rotation des cultures sur le rendement, l’usage efficient des fertilisants azotés, la diminution du ruissellement, etc. Ils montrent également l’effet plus incertain d’autres pratiques, comme le non-labour ou l’implantation de cultures intermédiaires, pour lesquelles des compromis sont à trouver entre avantages (sur le taux de matière organique et la vie du sol par exemple), et inconvénients (notamment des émissions accrues de gaz à effet de serre). Il n’y a, dans tous les cas, aucune pratique n’ayant que des effets positifs en toutes circonstances.

Les niveaux d’adoption de ces pratiques sont très variables entre pays et entre types d’exploitations. Concernant les techniques culturales sans labour par exemple, ce niveau varie entre 42 et 78 % en France. La lutte contre l’érosion, l’amélioration de la structure et de la vie du sol figurent parmi les leviers fréquemment mentionnés par les enquêtés, alors que la recrudescence des adventices, le risque de transmission de pathogènes ou le manque de matériel agricole adapté sont les principaux freins.

Quelles sont enfin les mesures de politiques publiques qui favorisent l’adoption de ces pratiques ? « Catch-C » en a fait un recensement détaillé et montre qu’elles relèvent principalement de la politique agricole commune (via les mesures agro-environnementales ou la conditionnalité), de la mise en œuvre de directives européennes (directives nitrates et couverture des sols par ex.) et, dans certains cas, de politiques nationales spécifiques.

Ces intéressants résultats de recherche contribueront vraisemblablement à renforcer la stratégie thématique sur les sols de l’UE, comme ont pu en témoigner, lors de ce séminaire, des représentants des directions environnement et agriculture de la Commission.

Clément Villien, Centre d’études et de prospective

Lien : projet Catch-C

14:47 Publié dans Agronomie, Enseignement et recherche | Lien permanent | Tags : sols |  Imprimer | | | | |  Facebook

Sélection animale et agriculture biologique : l'ITAB fait le point sur les travaux et les attentes spécifiques des filières

Les journées techniques nationales de l'ITAB, organisées à Châteauroux en novembre 2014, ont porté sur les besoins et possibilités d'adaptation de la sélection génétique à la production en agriculture biologique (AB), et en particulier en production laitière (cf. actes complets du colloque). Après avoir rappelé que les principes mêmes de la sélection génétique en production animale rendent nécessaires l'organisation collective et l'élaboration d'un consensus sur les schémas de sélection (E. Verrier), les intervenants ont développé des pistes de recherche et des exemples de schémas de sélection pour répondre aux besoins spécifiques de l'AB.

L'analyse du fonctionnement technico-économique des exploitations peut en effet permettre d'estimer le poids économique de différents caractères de sélection (production laitière, composition du lait, fertilité, résistance aux mammites, etc.) selon les systèmes de production. De cette pondération il ressort que certaines races sont plus adaptées à certains systèmes de production, mais, au-delà, cette pondération économique pourrait orienter les choix des éleveurs au sein des schémas de sélection actuels (via un index de synthèse établi « sur mesure ») ou, éventuellement, conduire à la construction de nouveaux schémas spécifiques (M. Brochard). Dans un schéma de sélection par la descendance, cette deuxième option serait toutefois handicapée par des coûts importants et une efficacité limitée (de par la faiblesse du socle et de la pression de sélection).

En revanche, le développement de la sélection génomique devrait permettre de construire des index de sélection sur mesure et pourrait faciliter la prise en compte de nouveaux caractères de sélection à moindre coût, ouvrant ainsi des pistes prometteuses pour une sélection plus ciblée. Par ailleurs, elle permettrait d'améliorer la sélection par la voie femelle : en augmentant la pression de sélection des vaches sur leurs performances propres in situ, la prise en compte des interactions génotype-milieu serait accrue, et l'on pourrait mieux tenir compte des caractéristiques fonctionnelles de l'animal (D. Boichard).

Ce sont justement ces caractéristiques (dont le poids dans les index de sélection a d'ores et déjà été renforcé par rapport à la production laitière), qui fondent la « robustesse » de l'animal, c'est-à-dire, selon les travaux de l'INRA, sa capacité à gérer les compromis entre fonctions vitales en période de stress. Mieux connue, mieux identifiée, cette robustesse pourrait devenir un critère de sélection en tant que tel, particulièrement adapté aux exploitations en AB (L. Delaby & E. Ollion).

Enfin, différents exemples d'adaptation des schémas de sélection ont été mis en avant par les intervenants, via l'évolution des indices de sélection dans le cadre d'un schéma classique (D. Fric), mais aussi dans des schémas de sélection participative issue des exploitations (F. Mercier), selon une approche comparable à celle des réseaux de semences paysannes. Dans tous les cas, l'organisation collective reste fondamentale.

Jean-Noël Depeyrot, Centre d'études et de prospective

Lien : ITAB

14:45 Publié dans Enseignement et recherche, Filières agricoles | Lien permanent | Tags : élevage, agriculture biologique, génétique |  Imprimer | | | | |  Facebook