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14/06/2019

Analyse critique des liens entre droit et alimentation

Le dernier numéro de la revue Droit et Société propose une analyse critique des relations entre droit et alimentation et souligne, de façon générale, un manque de cohérence et de philosophie dans le droit de l'alimentation français et européen. Un article introductif propose des éclairages historiques sur la construction du droit de l'alimentation contemporain. Loin de constituer une discipline canonique, il apparaît dual et morcelé, produit du droit du commerce (circulation des marchandises, libre-échange), tel qu'il émerge au XVIIIe siècle, et d'un ensemble de règles techniques à visée avant tout sanitaire.

Ce constat est complété dans un deuxième article, qui fait état d'une déconnexion forte entre le droit de et le droit à l'alimentation. Le droit de l'alimentation correspond à l'ensemble des « règles applicables aux denrées alimentaires et aux exploitants du secteur agroalimentaire ». Défini en 1996 lors du Sommet mondial de l'alimentation, le droit à l'alimentation est, quant à lui, de l'ordre de l'éthique et des droits humains, comprenant par exemple les notions de « disponibilité », de « qualité », de « préférences alimentaires ». Pour l'auteur, le droit de l'alimentation actuel ne répond pas aux valeurs portées par le droit à l'alimentation. Ainsi, selon lui, la prédominance de la logique de marché pose des questions d'équité sociale dans l'accès aux aliments et, en parallèle, atténue la diversité alimentaire : les spécificités locales non marchandes (protection de l'environnement, savoir-faire, traditions culturelles) ne demeurent que si elles peuvent être traduites en valeur marchande par contractualisation (signe de qualité, labellisation). En matière sanitaire et nutritionnelle, il met en avant une approche juridique parcellaire des enjeux : c'est par exemple le cas des questions de qualité des apports nutritionnels, pour lesquelles tant le Nutriscore que la régulation des allégations santé manqueraient d'une vision globale pour lutter contre les maladies chroniques non transmissibles. La gestion des crises sanitaires en est une autre illustration, construite, pour l'auteur, sur le court terme et ne prenant pas en compte les risques de long terme.

Signalons enfin deux autres articles, l'un portant sur la prise en compte de la transition écologique par les pouvoirs publics, l'autre sur les résultats du programme de recherche européen Lascaux, relatif à l'établissement d'une « exception alimentaire » similaire à l'« exception culturelle ».

Hélène Milet, Centre d'études et de prospective

Source : Droit et Société

10/11/2017

L'alimentation comme droit humain : défis et opportunités à venir

Le dixième numéro du rapport annuel de l’Observatoire du droit à l’alimentation et à la nutrition traite des systèmes pouvant garantir la souveraineté et la sécurité alimentaire. Selon ses auteurs, dix ans après la crise de 2007-2008, des problèmes persistent : déréglementation des marchés favorisant la spéculation financière sur les produits agricoles de base, inégalités croissantes en matière de revenus, d'accès aux ressources productives et aux aliments, etc. Dans le même temps, des mouvements sociaux se sont organisés et pèsent sur les processus décisionnels. La dizaine d'articles de ce numéro rend compte de ces initiatives et deux d'entre eux illustrent les défis et opportunités en jeu.

Le premier article s'intéresse à trois méga-fusions dans l'agro-industrie, impliquant BASF, Bayer, Dow, DuPont, Monsanto et Syngenta. Ces entreprises contrôlent 75 % du marché mondial de l'agrochimie, 63 % de celui des semences et 75 % des activités de recherche et développement qui y sont consacrées. La fusion Bayer-Monsanto conduirait au contrôle, par une seule société, de 30 % du marché mondial des semences et de 25 % de celui des pesticides et herbicides. Ils évoquent la place croissante de la logique financière dans les systèmes agricoles et dans la structuration des chaînes de valeur, se traduisant par une dépendance des agriculteurs et un affaiblissement relatif des États face à la concentration des techniques et capitaux privés.

Le second article porte sur le thème des communs. Dépassant les notions de « propriété publique » ou « privée », il traite des formes de gouvernance alternative de ces ressources. Dans ce cadre, les auteurs soutiennent qu'il serait intéressant de considérer l'alimentation comme un « commun », de la penser comme un droit, et non plus seulement sous l'angle de la consommation. Selon eux, le caractère multidimensionnel de l'alimentation devrait être à la base de la transformation des systèmes alimentaires, reposant sur un modèle de gouvernance polycentrique et décentralisé.

Hugo Berman, Centre d'études et de prospective

Source : Global Network for the Right to Food and Nutrition