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07/07/2020

L'Agence européenne de l'environnement fait le point sur les biodéchets

L'Agence européenne de l'environnement (EEA) a publié, début juin 2020, un état des lieux de la gestion des biodéchets dans l'UE, afin de promouvoir leur valorisation au sein d'une économie circulaire. Il s'agit aussi d'éclairer les modalités par lesquelles l'Union peut atteindre les cibles qu'elle s'est fixées en matière de réduction et de traitement durable des biodéchets (ex. : recycler 65 % des déchets municipaux d'ici à 2035).

Les auteurs soulignent que les biodéchets représentent 34 % des déchets municipaux dans l'UE, dont 60 % issus de l'alimentation et 36 % des espaces verts. Les pertes et gaspillage alimentaires compte pour 88 millions de tonnes chaque année, soit 173 kg/personne, ou encore 20 % de la nourriture produite. Un tel volume a des effets négatifs en termes environnementaux et de consommation, chaque kg de nourriture gaspillée représentant 0,8 à 4,5 kg de CO2 émis, et 3,2 à 6,1 € perdus pour l'acheteur.

Les biodéchets dans une économie circulaire

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Source : Agence européenne de l'environnement

Les auteurs recensent ensuite les possibilités de traitement et de valorisation des biodéchets, au premier rang desquelles le compostage. Celui-ci nécessite un processus qualité pour que le fertilisant qui en est tiré soit pur et utilisable. L'Allemagne, le Danemark et le Royaume-Uni ont par exemple développé des standards de qualité du digestat. Si les données sur le compostage, notamment des particuliers, sont rares, les auteurs estiment que 48 % des Slovènes ont un dispositif domestique dédié. En parallèle, ils mentionnent la digestion anaérobie produisant du biogaz ou du biodiesel, et l'alimentation animale. Cependant, la capacité de traitement des biodéchets varie beaucoup d'un État membre à un autre (de 0 à 356 kg/personne/an).

Enfin, les auteurs identifient des pistes d'actions publiques pour améliorer la prévention et le traitement des biodéchets : normes d'étiquetage responsable (interdire de labelliser « compostable » ou « biodégradable » des produits contenant du plastique, etc.) ; approches politiques combinant des mesures de sensibilisation et d'autres à caractère économique (annulation de la TVA sur les produits alimentaires donnés, etc.) ou réglementaire ; partenariats public-privé ; plates-formes de redistribution de la nourriture.

Hiérarchie des options préférables dans la gestion des biodéchets

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Source : Agence européenne de l'environnement

Vincent Hébrail-Muet, Centre d'études et de prospective

Source : Agence européenne de l'environnement

15:20 Publié dans Biomasse/Biocarburants, Environnement | Lien permanent | Tags : biodéchets, pertes, gaspillage, économie circulaire |  Imprimer | | | | |  Facebook

06/07/2020

Le développement de filières locales est-il le gage d'une écologisation des pratiques agricoles ?

La relocalisation des systèmes alimentaires contribue-t-elle à l’écologisation des pratiques agricoles ? Pour répondre à cette question, les auteurs d’un article publié en mai 2020, dans la revue Développement durable et territoires, adaptent les cadres d'analyse communément mobilisés pour étudier des démarches agro-écologiques en circuit court, faites de relations entre producteurs, intermédiaires et consommateurs (cf. tableau). L'article compare ainsi l'émergence de deux filières en région Auvergne - Rhône-Alpes :

- la filière du steak haché surgelé « 100 % charolais du Roannais », portée par Roanne agglomération et un groupe d'éleveurs de bovins charolais à l'herbe, associant 17 producteurs et 16 enseignes de distribution, pour 6,5 tonnes de viande en 2017 ;

- une filière de soja en Isère et dans les deux Savoies, mise en place par une coopérative agricole, qui propose un tourteau de soja non OGM aux producteurs de fromages savoyards sous signe de qualité (60 éleveurs engagés, 500 ha de soja soit 1 500 t/an en 2017).

Grille d'analyse du développement de filières productives locales (en grisé, critères agro-écologiques)

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Source : Développement durable et territoires

L’analyse établit que, dans un premier temps, la relocalisation des systèmes alimentaires valorise plus les pratiques agricoles existantes considérées comme écologiques qu'elle n'induit une véritable remise en question des pratiques conventionnelles. Dans l'ensemble, ces démarches de transition socio-économique des systèmes alimentaires n'intègrent pas le consommateur dans leur gouvernance. Le tourteau de soja non OGM, issu d'une trituration mécanique, questionne les pratiques des producteurs (préservation de la qualité du sol, fertilisation, rotations) mais également des polyculteurs-éleveurs qui l'utilisent pour l’alimentation de leurs troupeaux. Quant à la gouvernance multi-partenariale de la filière steak haché « 100 % charolais du Roannais », qui associe acteurs des filières et des territoires, elle est considérée par les auteurs comme le prototype d'une gouvernance adaptative, ouverte à la controverse sur l'écologisation des pratiques d'élevage, ce qui consolide sur le temps long les processus d'apprentissage.

Claire Bernard-Mongin, Centre d'études et de prospective

Source : Développement durable et territoires

03/07/2020

Une cartographie des services écosystémiques forestiers en Europe

Couvrant près de 40 % du territoire de l'Union européenne (UE), la forêt fournit de nombreux services écosystémiques qui sont cartographiés dans un article publié dans la revue Land Use Policy. Leur étude met notamment en évidence des disparités importantes entre les espaces forestiers de l'UE. Ainsi, les forêts du sud de l'Union, de l'ouest français et de l'Angleterre ont une vocation majoritairement récréative. Celles des régions de montagne fournissent essentiellement des services écosystémiques associés à la production de biomasse et à la régulation du cycle de l'eau. Quant aux espaces boisés des zones les plus septentrionales, ils remplissent des fonctions de stockage du carbone. Enfin, les forêts des régions du pourtour de la mer Baltique présentent un profil équilibré, témoignant de leur caractère multi-fonctionnel.

Services écosystémiques forestiers prédominants par région NUTS 3

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Source : Land Use Policy

Source : Land Use Policy

15:06 Publié dans Environnement, Forêts Bois | Lien permanent | Tags : forêts, services écosystémiques |  Imprimer | | | | |  Facebook

Reconnecter production végétale et animale pour la gestion de l'azote en France : les résultats du modèle bioéconomique SYNERGY

La spécialisation agricole a conduit à une déconnexion entre productions végétale et animale, avec des impacts en matière de bilan et de répartition des stocks et flux d'azote, sources de pollution des écosystèmes. À la recherche des possibilités d'une reconnexion et d'un rebouclage des cycles, une équipe de chercheurs d'INRAE a étudié deux solutions : i) l'augmentation des surfaces en légumineuses, pour réduire le besoin en azote minéral et contribuer à la production de protéines pour l'alimentation animale ; ii) les échanges locaux de produits végétaux et d'engrais organique (fumier, lisier) entre exploitations agricoles. Ces deux solutions ont été analysées à l'aide d'un modèle bioéconomique régional (SYNERGY), intégrant les dimensions économique et environnementale, et appliqué à l'Ouest de la France. Les résultats mettent au jour les limites significatives de ces solutions de rebouclage : dans le cas d'une augmentation de 10 % des surfaces en légumineuses, seulement 25 % d’entre elles serviraient à l'alimentation du bétail, car leur écoulement en tant que produits finaux est plus rentable. Les échanges d'engrais organiques tendraient à provoquer un rebond de la production animale, qui ferait plus que compenser l'économie d'engrais minéraux initialement permise.

Échanges d'engrais organique entre exploitations agricoles par département dans l'Ouest de la France dans (a) le scénario de référence et (b) le scénario LEG10 + MaC (superficie initiale de légumineuses de 10 %, échanges locaux de cultures et de fumier)

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Source : Ecological Economics

Lecture : les cercles sont proportionnels à la superficie de chaque type d'exploitation agricole dans chaque département. Les flèches représentant les échanges de cultures sont proportionnelles à la valeur absolue du solde « achats - ventes ».

Source : Ecological Economics

15/06/2020

Un déclin mondial des insectes terrestres mais pas des insectes aquatiques

Des publications récentes ont signalé le déclin des insectes dans certains pays et régions du monde, notamment en Allemagne, mais des questions subsistent quant à l'étendue de ce phénomène. Pour y répondre, des chercheurs allemands et russes ont réalisé une méta-analyse de 166 études conduites entre 1925 et 2018 (avec une durée médiane de 20 ans), couvrant 41 pays et 1 676 sites d'observation. Leurs résultats, publiés en mai dans Science, sont très variables dans l'espace, même pour des sites relativement proches (figure ci-dessous). Toutefois, les auteurs ont dégagé deux tendances globales : un déclin des insectes terrestres (en abondance et en biomasse), estimé à 0,92 % par an, soit - 8,81 % par décennie ; une croissance annuelle de ceux d'eau douce de + 1,08 %, soit + 11,33 % par décennie. Ils précisent que les zones où l'agriculture est la plus intensive sont sous-représentées dans l'échantillon, les tendances négatives observées pouvant donc être sous-estimées. Certaines régions (Amérique du Nord et une partie de l'Europe) sont particulièrement touchées par le déclin des insectes terrestres.

Tendances de long terme pour l'abondance et la biomasse en insectes (166 études)

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Source : Science

Les tendances sur de courtes périodes (10 ans) ont aussi été analysées à partir des années 1960 (figure ci-dessous). En Europe, le déclin des insectes terrestres s'est accentué au fil du temps tandis que les tendances positives observées pour ceux d'eau douce se sont renforcées. Cela pourrait refléter un effet favorable des politiques publiques de protection de la qualité de l'eau.

Évolution des tendances depuis les années 1960

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Source : Science

Les auteurs ont étudié le lien entre abondance en insectes, changement d'usage des terres et changement climatique. Ils remarquent que les tendances observées sont moins marquées dans les aires protégées, et trouvent une relation négative entre urbanisation et évolution de l'abondance des insectes terrestres. Elle pourrait être due à la destruction d'habitats ainsi qu'à la pollution chimique et lumineuse. En ce qui concerne les espèces aquatiques, les tendances sont plus positives lorsque la surface cultivée est plus élevée. Enfin, les auteurs n'ont pas observé de corrélation entre abondance d'insectes et changement climatique.

Estelle Midler, Centre d'études et de prospective

Source : Science

11:59 Publié dans Agronomie, Climat, Environnement | Lien permanent | Tags : insectes, insectes terrestres, insectes aquatiques |  Imprimer | | | | |  Facebook

Quantification de l'empreinte carbone du soja exporté par le Brésil

Six chercheurs de divers instituts européens ont quantifié les émissions de gaz à effet de serre (GES) du soja produit au Brésil et exporté. Grâce à la base de données Trase, ils retracent environ 90 000 configurations différentes de chaîne logistique, depuis les municipalités ou les États fédérés de production jusqu'aux portes des usines des pays importateurs. Ces données représentent la quasi-totalité du soja brésilien exporté entre 2010 et 2015. En appliquant une méthode d'analyses du cycle de vie à l'ensemble de ces configurations, les auteurs quantifient les émissions de GES liées à la production (changements d'usage des terres et pratiques culturales), à la transformation (en huile et en tourteaux) et au transport (domestique et international) du soja et de ses produits dérivés.

Représentation du système et des données collectées pour l'inventaire de cycles de vie du soja brésilien exporté

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Source : Global Environmental Change

Les émissions proviennent en majorité du changement d'usage des terres (pour un tiers), du transport domestique (environ un quart) et de la transformation industrielle (un peu plus de 20 %). Les auteurs soulignent cependant que l'empreinte carbone du soja varie beaucoup selon le lieu de production et les étapes de transport et de transformation. Cette empreinte est particulièrement élevée (jusqu'à six fois la moyenne brésilienne) dans les régions de Matopiba (comprenant les États fédérés de Maranhão, Tocantins, Piauí et Bahia) et de Pará, principalement en raison de la perte récente du couvert végétal naturel. Bien que les importations chinoises soient responsables des émissions les plus importantes (114,70 MteqCO2), soit près de deux fois les émissions de l'Union européenne (67,6 MteqCO2), cette dernière a la plus forte empreinte carbone lorsque le calcul est rapporté à la tonne de soja équivalente (0,77 teqCO2/teqsoja contre 0,67 teqCO2/teqsoja pour la Chine). En effet, le soja importé par l'Union provient du nord du Brésil, particulièrement concerné par les pertes récentes de couvert végétal naturel. Les auteurs soulignent néanmoins le caractère aléatoire du nombre d'années prises en compte pour les changements d'usage des terres, et ils en appellent à une harmonisation des méthodes pour estimer les émissions de gaz à effet de serre liées.

Émissions totales de GES (en millions de teqCO2) liées au soja importé entre 2010 et 2015

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Source : Global Environmental Change

Marie-Hélène Schwoob, Centre d'études et de prospective

Source : Global Environmental Change

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09/06/2020

Augmenter la longueur des bords de champ favoriserait la biodiversité des plantes au sein des parcelles agricoles

Dans un article du Journal of Applied Ecology, une équipe de chercheurs analyse plusieurs facteurs susceptibles de favoriser la diversité des plantes spontanées (non cultivées) en bord de champ et au sein des parcelles agricoles. Sont étudiés l'hétérogénéité de la mosaïque paysagère (diversité des cultures, longueur des bordures des parcelles), ainsi que les éléments semi-naturels du paysage (haies, bandes enherbées, etc.). En se basant sur l'analyse de données d'échantillonnage de 1 451 parcelles agricoles en Europe et au Canada, les auteurs en concluent que la longueur des bords de champ impacte de manière positive la biodiversité des plantes autant que les éléments semi-naturels. Pour eux, la reconfiguration des parcelles constituerait une voie, encore sous-exploitée, pour améliorer la diversité des espèces spontanées au sein de ces parcelles, sans diminuer les surfaces dédiées à la production agricole, et contribuerait ainsi à la préservation de la biodiversité.

Source : Journal of Applied Ecology

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08/06/2020

Les besoins en ressources naturelles du système alimentaire des États-Unis

Une étude de l'USDA, publiée en mai, propose une estimation des besoins en ressources naturelles du système alimentaire des États-Unis. Les auteurs ont notamment évalué l'influence du régime alimentaire, en comparant les consommations de 2007 avec un régime qui satisferait les recommandations nutritionnelles de 2010. Les besoins en ressources naturelles (terres, eau, énergies fossiles, produits forestiers) et les émissions de gaz à effet de serre (GES) ont été estimés en utilisant les modèles FEDS-EIO (intrants agricoles nécessaires jusqu'à l'assiette) et Foodprint (besoins en terres et en bétail). Les importations et exportations alimentaires sont exclues de l'analyse. Les résultats confirment l'influence positive qu'aurait un régime alimentaire « santé » sur la réduction des besoins en ressources naturelles, sauf en matière d'eau (dont les volumes prélevés annuellement augmenteraient de 16 %) et d'émissions de GES (qui resteraient au même niveau).

Estimation du changement d'utilisation de ressources naturelles entre le régime alimentaire de base actuel et le régime « santé » (%)

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Source : USDA

Source : USDA

14/05/2020

« Les visages de la pandémie » : dossier de La vie des idées

Depuis le 12 mars 2020, le site La vie des idées explore les différentes facettes des phénomènes épidémiques grâce à un ensemble de textes, régulièrement enrichi, combinant essais, entretiens et recensions d'ouvrages. Parmi ces contributions éclairantes, notamment sur la pandémie actuelle, plusieurs textes traitent des relations entre humains et animaux. Rappelant que « la vie fonctionne en réseaux, en interrelations » (symbioses, parasitismes, etc.), F. Moutou présente, de façon synthétique, trois voies de transmission des zoonoses : par contact et voisinage (ex. : rougeole), par voie orale et l'alimentation (ex. : ESB), via les vecteurs hémophages (ex. : fièvre jaune). De leur côté, F. et A. Laugrand portent un regard anthropologique sur les chauves-souris, à partir de recherches menées aux Philippines. Ils soulignent comment la proximité avec ces animaux conditionne leur perception et joue sur la sensibilité humaine aux pathogènes dont ils peuvent être des réservoirs. M. Quet, quant à lui, s'intéresse au pangolin, « pris au piège de la marchandisation de la nature » et exposé, pour des usages alimentaires et médicaux, à diverses menaces (braconnage, dégradation de son habitat, etc.).

D'autres contributions apportent des éclairages sur les conséquences de la pandémie pour les populations. La première dresse un portrait de Wuhan, ville mondialisée, et « relate les expériences de confinement racontées par ses habitants ordinaires » : réorganisation de la vie quotidienne, prépondérance du numérique, par exemple pour les courses alimentaires, etc. La deuxième est consacrée à l'Inde et en particulier aux implications du confinement pour l'alimentation des plus défavorisés. Les auteurs rappellent que la part du budget consacrée à la nourriture est, en moyenne, de 43 % pour les ménages urbains, contre 53 % pour les ménages ruraux (et 61 % pour les 5 % les plus pauvres). La crise a alors deux conséquences : une perte de sources de revenus (souvent basées sur des emplois informels) ; un risque d'interruption de la chaîne alimentaire (difficultés d'ouvertures de magasins, de mobilité des travailleurs agricoles, etc.).

Pour finir, on peut signaler plusieurs recensions d'ouvrages : La grande grippe de 1918 (F. Vinet), Un monde grippé (F. Keck), Tempêtes microbiennes (P. Zylberman), etc.

Julia Gassie, Centre d'études et de prospective

Source : La vie des idées

Coronavirus : divers regards sur la crise proposés par Terra Nova

Initiée le 23 mars 2020 par le think tank Terra Nova, cette série de contributions propose des « réflexions, témoignages et questionnements suscités par la pandémie de Covid-19 et ses multiples conséquences ». Parmi la quarantaine de contributions disponibles début mai, T. Pech rappelle les liens étroits entre urgences sanitaire et écologique : le développement des infections zoonotiques est en effet, selon lui, associé au déclin de la biodiversité et à l'augmentation des interactions entre animaux sauvages et domestiques, notamment du fait de l'expansion de l'agriculture et de l'élevage. Dans son texte publié le 10 avril, L. Dablanc revient sur la logistique en temps de crise. Toujours stratégique pour les villes, cette activité est devenue plus visible et prioritaire. Des éclairages sont donnés, grâce à un « Baromètre de la logistique urbaine en confinement », sur les aspects alimentaires (e-commerce, livraisons de repas). Pour finir, mentionnons l'analyse de L. Chabason sur la gouvernance mondiale pour mieux lutter contre les pandémies zoonotiques.

Source : Terra Nova

11/05/2020

Impacts économiques de l'extension de l'aire marine protégée de Papahānaumokuākea (États-Unis, État d'Hawaï)

Suite de l'expansion de cette aire marine protégée, en 2016, un article publié dans Marine Policy estime ses impacts économiques sur l’activité des pêcheurs de thon à la palangre. Des données officielles hawaïennes, relatives à la localisation des zones de pêche, à « l'effort de pêche » (déterminé ici par le nombre d'hameçons utilisés), aux captures et ventes de poissons ont été mobilisées.

En 2016, 141 bateaux palangriers, actifs dans la région d'Hawaï, ont déployé 51 millions d'hameçons et généré 111 millions de dollars de revenus. Pour cette étude, ces thoniers ont été classés en plusieurs catégories selon la part de leur effort de pêche mesurée, entre 2012 et 2016, dans les eaux désormais protégées : ceux dont l'effort était inférieur à 1 % ont constitué le groupe témoin, non exposé aux conséquences de l'agrandissement de l'aire marine protégée, tandis que ceux dont l'effort excédait 6 % ont été considérés comme impactés et leurs résultats économiques analysés. Pour ces pêcheurs (29 bateaux), le nombre de poissons capturés pour 1 000 hameçons a chuté de 7 % et le revenu journalier a baissé de 302 $, soit une perte de revenu de 9 % par voyage. Au cours des 16 mois qui ont suivi l’extension, cette perte est estimée à 3,5 millions de dollars. Selon les auteurs, ces professionnels pourraient encore être en phase d'adaptation et de recherche de zones de pêche permettant une productivité équivalente.

Revenu moyen ($) par sortie en mer du groupe témoin (pointillés) et du groupe impacté (trait plein) en fonction du temps (mois)

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Source : Marine Policy

Lecture : la barre verticale matérialise la date à laquelle l'aire marine protégée de Papahānaumokuākea a été étendue. Après cette extension, les évolutions pour les deux groupes deviennent similaires.

Soulignons que ces conclusions diffèrent de celles proposées par une autre publication de février 2020, parue dans Nature et considérant la même aire marine : les auteurs y montraient que l'industrie de la pêche palangrière hawaïenne n'avait pas subi les effets négatifs de l'expansion. Cette divergence peut s'expliquer par le choix d'un groupe témoin différent (les pêcheurs samoans américains) qui n'avait pas l'autorisation de pêcher dans les eaux maintenant protégées et ne capturaient pas les thons. Dans cette configuration, moins de 10 % des palangriers hawaïens étudiés s'aventuraient dans la zone considérée pour pêcher, ce qui implique un moindre impact de son extension sur l’activité.

Aurore Payen, Centre d'études et de prospective

Sources : Marine Policy, Nature Communications

 

05/05/2020

Le sacre de la nature, Bertrand Sajaloli, Étienne Grésillon (dir.)

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Cet ouvrage collectif, ambitieux et exigeant, brosse en trente chapitres une histoire des liens entre religion et nature, depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours et sur presque tous les continents. Les corpus religieux, en tant qu'interrogations sur les fins dernières et sur l'organisation du cosmos, accordent une grande importance à la création et au fonctionnement de la nature, et à la place que doivent y occuper les humains. Ces conceptions ont varié dans l'histoire mais des constantes demeurent, et ce n'est pas parce que les sociétés contemporaines sont de plus en plus athées et sécularisées que les lectures sacrées du monde vivant ont disparu, bien au contraire. Plusieurs chapitres montrent que fleurissent toujours, aujourd'hui, les discours religieux, quasi-religieux ou d'inspiration religieuse : « sanctuarisation » d'espaces protégés, destructions assimilées à des « sacrilèges », idée de « soumission » à des phénomènes qui nous dépassent, « messianisme » des collapsologues, « fondamentalismes » biologistes ou alimentaires, pèlerinages post-modernes à Brocéliande ou à Solutré, « vertus magiques » du développement durable et des services éco-systémiques, « croisades » pour sauver des temples verts, désir de « communion » avec les règnes animal et végétal, « quête spirituelle » d'une nature bienfaitrice et réparatrice, etc. Bref, « le sacré se porte bien, mais il se porte autrement » (p.31), et si cette sacralisation n'est pas le tout de la pensée écologique actuelle, elle en est un versant important, qui nuit à l'écologie scientifique comme à l'écologie politique.

Lien : Sorbonne université presses

09:35 Publié dans Environnement, Société | Lien permanent | Tags : sajaloli, grézillon, nature, religion, histoire |  Imprimer | | | | |  Facebook

13/04/2020

Application d'échanges de produits alimentaires, gaspillage et émissions de gaz à effet de serre

Un article publié en mars dans Nature Communications estime les impacts sociaux et environnementaux de l'utilisation d'OLIO, application d'échanges entre particuliers de produits alimentaires proches de la date de péremption ou achetés en trop. Lancée en 2015, elle rassemble à ce jour 700 000 utilisateurs dans le monde, dont 73 % au Royaume-Uni. L'étude porte sur la région du Grand Londres et s'appuie sur des données couvrant 19 mois (avril 2017 - octobre 2018).

Les produits enregistrés sur la plate-forme sont regroupés, par une méthode de classification automatique, en 13 catégories selon leurs caractéristiques (frais, congelé ou sec, valeurs nutritionnelles, etc.). Pour chaque échange, des recoupements sont effectués avec les données du recensement britannique pour approcher les caractéristiques sociales des individus. De même, des données géographiques, déclarées dans l'application, permettent d'estimer les émissions de gaz à effet de serre (GES) résultant des déplacements des protagonistes, reconstitués grâce à l'API HERE. 6 scénarios de transport sont ensuite testés, selon le mode choisi (ex. : voiture uniquement) et le niveau de rationalisation avec d'autres déplacements.

Au cours des 19 mois, 90 tonnes d'aliments ont été échangées, soit 60 % des produits proposés sur l'application, pour une valeur de 750 000 £. Quel que soit le scénario de transport, le recours à ce système d'échanges a un niveau d'émissions de GES plus bas que l'achat des quantités équivalentes dans le commerce, permettant d'éviter le rejet de 87 à 156 t CO2eq. Par ailleurs, les échanges ont principalement lieu entre personnes à faibles revenus, mais disposant d'un haut niveau d'études : le développement de ce type de plateforme aurait donc un potentiel limité de réduction de l'insécurité alimentaire (laquelle touche 10 % des Britanniques). Enfin, étant donné que sont gaspillés 124 à 154 kg/pers/an au niveau des magasins et de la consommation finale (soit 10 à 25 % des dépenses alimentaires des ménages), ce type d'applications représente, pour les auteurs, une perspective intéressante d'optimisation des ressources. Ils soulignent toutefois des freins pour les utilisateurs : temps et investissement personnel pour proposer un produit de valeur faible ou nulle ; réticence à consommer une denrée de « seconde main » ; offre limitée en volume et en diversité.

Nombre et pourcentage d'échanges par catégorie de produits alimentaires proposés sur l'application, en fonction du type d'utilisateur

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Source : Nature Communications

Lecture : en abscisses, de gauche à droite : produits de boulangerie ; aliments dits « de base » (farine, boîtes de conserve, huile, condiments, etc.) ; fruits, légumes et aromates ; plats préparés ; sandwiches ; snacks ; boissons (autres que thé ou café) ; thé et café ; autres (pouvant intégrer plusieurs catégories) ; produits laitiers ; protéines animales (viande et substituts, œufs, etc.) ; produits congelés ; aliments pour bébé.

En jaune foncé, produits proposés et échangés par les bénévoles de l'application ; en jaune clair, par les autres utilisateurs ; en gris foncé, produits proposés par les bénévoles n'ayant pas trouvé preneur ; en gris clair, produits proposés par les autres utilisateurs n'ayant pas trouvé preneur.

Aurore Payen, Centre d'études et de prospective

Source : Nature Communications

18:46 Publié dans Alimentation et consommation, Environnement | Lien permanent | Tags : applications, gaspillage, ges |  Imprimer | | | | |  Facebook

10/04/2020

L'agriculture intensive impacte négativement la composition des populations d'oiseaux sur le long terme

L'agriculture est l'une des causes principales de perte de biodiversité, mais elle est aussi un levier majeur pour sa conservation. Des études récentes ont montré que certains paysages agricoles pouvaient abriter une forte biodiversité. Toutefois, les effets à moyen et long termes sont encore peu connus. Dans un article publié en février dans la revue Nature, des chercheurs ont analysé l'impact des monocultures intensives sur la composition des communautés avicoles au Costa Rica. Pour cela, ils ont collecté pendant 18 ans (2000-2017) des données sur les communautés d'oiseaux, dans quatre grands écosystèmes du pays (forêts sèches de plaine, forêts humides de plaine, de moyenne altitude et de basse montagne), pour trois types d'occupation des sols (forêts naturelles, agricultures diversifiées et intensives). Au total, ils ont recueilli plus de 281 000 observations d'oiseaux, de 510 espèces différentes, et les ont combinées avec des données sur le climat et la végétation.

Cinq résultats se dégagent de l'analyse de ces données. Tout d'abord, les espèces d'oiseaux sont plus nombreuses dans les forêts naturelles et dans les milieux agricoles diversifiés que dans les monocultures (52 % de moins qu'en forêt). De plus, la composition des communautés d'oiseaux évolue au fil du temps dans les paysages agricoles, en particulier dans les zones de monocultures, alors qu'elle se maintient dans les forêts naturelles (figure ci-dessous). Ces changements s'expliquent notamment par des modifications de l'abondance relative des espèces : baisse de 28 % du nombre de nectarivores et augmentation de 19 % des granivores.

Évolution de la composition des communautés d'oiseaux (a) dans les forêts naturelles (b), les milieux agricoles diversifiés (c) et les monocultures (d)

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Source : Nature

Lecture : le graphique de gauche montre l'évolution de l'indice de Bray-Curtis qui mesure la similarité de la communauté d'oiseaux au temps t par rapport à l'année 2000. Les graphiques de droite représentent les tendances temporelles moyennes pour cet indicateur. L'ombrage indique un intervalle de confiance de 95 %. Les déviations positives ou négatives indiquent des tendances de long terme.

Si le nombre d'espèces observées et l'abondance totale en oiseaux ne diminuent pas, les auteurs constatent en revanche un déclin du nombre d'espèces endémiques et menacées en monocultures (figure ci-dessous). Enfin, ils montrent que dans ces milieux, les changements de climat (précipitations et températures) et de végétation influencent la composition des communautés d'oiseaux, ce qui n'est pas le cas dans les forêts naturelles et les milieux agricoles diversifiés. Ces résultats confirment que la transition écologique de l'agriculture est un des leviers pour préserver la biodiversité avicole.

Évolution du nombre d'espèces endémiques et menacées dans les forêts naturelles (a), les milieux agricoles diversifiés (b) et les monocultures (c)

Oiseaux2.jpg

Source : Nature

Estelle Midler, Centre d'études et de prospective

Source : Nature

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Eau et changement climatique : rapport de l'Unesco

L'Unesco a publié, en mars, un rapport rappelant que la gestion de l'eau, abordée généralement sous l'angle de l'insuffisance, est aussi un levier incontournable pour s'adapter au changement climatique et atténuer ses effets. Face à la lenteur de l'atteinte des objectifs mondiaux en matière climatique (ODD, notamment n° 2, 6, 13 et 15, Accord de Paris, Cadre de Sendai), le rapport se veut un guide d'aide à l'action concrète et présente des initiatives venant du monde entier.

En complément des enjeux liés à la gestion des ressources en eau, aux infrastructures, aux écosystèmes, aux catastrophes naturelles, à la santé humaine, à l'énergie et à l'industrie, le rapport se penche sur les questions d'alimentation et d'agriculture. Selon les auteurs, le secteur agricole doit progresser davantage vers « l'agriculture intelligente face au climat » (AIC), qui vise à maintenir la croissance de la production agricole tout en limitant le recours aux intrants et les émissions de gaz à effet de serre. Pour cela, il convient selon eux d'aborder la question de l'eau à travers deux objectifs : faire évoluer les modes de production actuels pour mieux gérer les pénuries et les excès ; décarboner l'agriculture par des mesures réduisant les émissions de gaz à effet de serre et renforçant la disponibilité en eau. Entre autres, ils encouragent l'irrigation, notamment pour les régions et cultures dépendant fortement des précipitations.

Pourcentage de la superficie équipée pour l'irrigation

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Source : Unesco

Le rapport examine également plusieurs questions transversales, à commencer par la nécessité d'agir en croisant les enjeux sectoriels listés ci-dessus. Par exemple, l'agriculture de conservation permet de stocker davantage d'eau, de nutriments et de carbone dans les sols, aidant ainsi à la diversité et la richesse des écosystèmes. La diminution du gaspillage alimentaire permettrait, quant à elle, de réduire la quantité d'eau utilisée par l'agriculture (69 % des prélèvements mondiaux). Dans ce but général d'interconnexion des enjeux sectoriels, les auteurs appellent à renforcer la coopération entre communautés de l'eau et du changement climatique, à la participation du public aux politiques climatiques, et à accroître l'effort de financement global, aujourd'hui insuffisant pour atteindre les objectifs mondiaux de disponibilité de l'eau.

Réponses locales de l'agriculture intelligente liées à l'eau

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Source : Unesco

Enfin, les auteurs tracent quelques projections régionales. Pour l'Europe, ils mettent l'accent sur les risques liés à l'évolution des précipitations et sur la nécessité de surmonter certaines difficultés politiques pour gérer efficacement les bassins transfrontaliers.

Vincent Hébrail-Muet, Centre d'études et de prospective

Source : Unesco

18:29 Publié dans Climat, Environnement | Lien permanent | Tags : unesco, eau, changement climatique |  Imprimer | | | | |  Facebook