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17/05/2021

Les mondes légumiers et maraîchers en Normandie

P. Guillemin (ESO Caen) a consacré sa thèse de géographie aux productions de légumes dans l'ancienne région Basse-Normandie (Calvados, Manche et Orne). Elle vient d'être récemment mise en ligne sur le site HAL (archives ouvertes pluridisciplinaires). La première partie présente les grandes tendances repérables en France : concentration, intégration et internationalisation, défis liés à la réduction croissante des traitements phytosanitaires, difficultés de recrutement des salariés, installations hors cadre familial, développement de l’agriculture biologique et des circuits courts, etc.

Positionnant ses travaux par rapport aux sources disponibles, l'auteur rappelle l'utilité des concepts de « filière » et de « bassin » pour étudier l'évolution de ces agricultures. L'exploitation du Recensement agricole de 2010 lui permet d’identifier et de localiser douze types d'exploitations, depuis les grandes structures légumières « aux allures de firme » jusqu'aux petits maraîchages diversifiés en circuits courts de proximité, en passant par des formes mixtes avec des grandes cultures ou de la polyculture-élevage (figure ci-dessous). Pour bien saisir les nombreuses installations sur de petites surfaces, au cours des années 2010 (maraîchage bio, permaculture), cette approche est complétée par la constitution d'une base de données à partir des pages locales du quotidien Ouest-France, qui mettent régulièrement en avant ces sujets. L'auteur y relève une sur-représentation du petit maraîchage biologique, en circuits courts, et une « sous-médiatisation des exploitations agricoles productivistes, de dimensions foncières importantes et commercialisant en circuit long », pourtant largement majoritaires.

Représentation graphique des douze types d’exploitations légumières

maraichage.jpg

Source : P. Guillemin, HAL

Lecture : les exploitations légumières et maraîchères sont réparties selon leur taille (en abscisses) et les caractéristiques du collectif de travail (en ordonnées).

Sur la base de cette analyse structurelle, P. Guillemin délimite des zones (périurbaines) ou des (micro-)bassins de productions légumières et maraîchères, et met en évidence des trajectoires socio-économiques variées (adaptation, crise, reconversion, émergence). Enfin, inspiré par les travaux de G. Laferté sur les céréaliculteurs (voir un billet précédent), il éclaire, en s'appuyant sur des observations et des entretiens, la stratification des mondes légumiers et maraîchers bas-normands. Il met en évidence une hétérogénéité sociale croissante, marquée par l'embourgeoisement des « gros » légumiers, le « déclassement » de petits exploitants en difficulté et l'arrivée de « maraîchers créateurs ». Ces derniers, liés à l'élite culturelle locale demandeuse d'alimentation éthique, sont mis en valeur par le marketing territorial et la presse.

Florent Bidaud, Centre d'études et de prospective

Source : HAL

11/05/2021

Le travail détaché, un facteur de recomposition du salariat agricole

Le salariat migrant présent dans les filières arboricoles et maraîchères se renouvelle, depuis près de vingt ans, du fait de l'instauration en 2003 des prestations de services internationales (PSI), qui permettent la mise à disposition temporaire de travailleurs par des entreprises localisées dans un autre pays de l’Union européenne. Un article publié dans la Nouvelle revue du travail en avril 2021 (numéro consacré au travail en agriculture) explore les différences, en Provence, entre le travail détaché et le recours à l’emploi saisonnier. L’un et l’autre ont pour origine la recherche de coûts salariaux moindres, mais le premier se caractérise par une externalisation de « la fonction RH » (recrutement, paie, remplacement), prise en charge par une entreprise de travail temporaire. Objet de contournements (embauche directement par l’employeur à la suite d’un détachement), la PSI a favorisé la diversification de l’origine nationale des populations laborieuses migrantes, et même la sédentarisation de certaines d’entre elles en lien avec l’activité agricole, à l’instar de populations latino-américaines en Provence.

Source : Nouvelle revue du travail

13/12/2017

Micro-fermes maraîchères et conditions de travail : des principes aux compromis

Les micro-fermes maraîchères, qui suscitent aujourd'hui un certain engouement, constituent-elles un fantasme urbain ou une alternative viable à l'agriculture conventionnelle (voir à ce sujet un précédent billet sur ce blog) ? Des travaux récents se sont à nouveau penchés sur la question.

A. Dumont et P. Baret (université catholique de Louvain) se sont intéressés aux conditions de travail en production légumière en Wallonie. Leurs résultats ont été publiés dans le Journal of Rural Studies. Ils ont mené une enquête auprès de 41 producteurs dans des systèmes techniques variés, « conventionnels » ou bio, de façon à positionner chaque classe d'exploitations (petite, moyenne ou grande) au regard d'une série de critères. Parmi les producteurs bio, ils ont aussi distingué des exploitations qualifiées d'« agro-écologiques » en fonction du respect ou non d'au moins neuf des onze « principes » de l'agro-écologie retenus dans une précédente publication.

Leur étude confirme des faits souvent évoqués, en particulier la difficile conciliation entre les trois dimensions économique, sociale et environnementale de la performance. Pour les plus petites exploitations, « les conditions de travail dans les systèmes agro-écologiques se révèlent plus mauvaises qu'on ne pouvait s'y attendre », en ce qui concerne l'autonomie et l'insatisfaction au travail. La forte compétition sur le créneau des « paniers » pousse à compléter l'offre en recourant à des grossistes, parfois à l'insu des consommateurs, tandis que ceux-ci refusent de s'engager à long terme. Les très petites surfaces sont alors insuffisantes pour vivre de sa production.

La thèse d'agronomie de K. Morel (AgroParisTech) va plus loin, en mettant au point un modèle de simulation du revenu, avec des données d'entrée sur les rendements, le temps de travail, etc., issues notamment d'observations sur une vingtaine de fermes dans le nord de la France et une dizaine à Londres. Les « chances de viabilité » apparaissent variables selon les scénarios et les combinaisons productives, mais dans certains cas bien réelles, ce qui semble converger avec les constats plus positifs des chercheurs belges sur les bonnes performances des exploitations agro-écologiques de taille moyenne.

Florent Bidaud, Centre d'études et de prospective

Sources : Journal of Rural Studies, Archive ouverte HAL